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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Avec Amed la rebelle</title>
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		<dc:creator>Ne var Ne Yok</dc:creator>


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&lt;p&gt;Nos copains du blog Ne var Ne Yok, qui animent &#171; des chroniques du Kurdistan, du Rojava et de Turquie &#187;, se trouvaient du 8 au 22 d&#233;cembre &#224; Diyarbakir (Amed en kurde), capitale des r&#233;gions kurdes du sud-est anatolien, pendant les op&#233;rations de ch&#226;timent collectif inflig&#233;es par l'&#201;tat central turc aux populations kurdes. R&#233;cit d'une lutte pour l'autod&#233;fense et l'autonomie au quotidien. &#171; Quiconque devient ma&#238;tre d'une ville accoutum&#233;e &#224; jouir de sa libert&#233; et qui ne la d&#233;truit pas, doit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nos copains du blog &lt;a href=&#034;https://nevarneyok.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ne var Ne Yok&lt;/a&gt;, qui animent &#171; des chroniques du Kurdistan, du Rojava et de Turquie &#187;, se trouvaient du 8 au 22 d&#233;cembre &#224; Diyarbakir (Amed en kurde), capitale des r&#233;gions kurdes du sud-est anatolien, pendant les op&#233;rations de ch&#226;timent collectif inflig&#233;es par l'&#201;tat central turc aux populations kurdes. R&#233;cit d'une lutte pour l'autod&#233;fense et l'autonomie au quotidien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-385-0e0aa.jpg?1779814991' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Mahmut Bozarslan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; &lt;i&gt;Quiconque devient ma&#238;tre d'une ville accoutum&#233;e &#224; jouir de sa libert&#233; et qui ne la d&#233;truit pas, doit s'attendre &#224; &#234;tre d&#233;truit par elle. Dans toutes ses r&#233;voltes, elle a toujours le cri de libert&#233; pour ralliement et pour refuge, et ses anciennes institutions que ni la longueur du temps ni les bienfaits ne peuvent effacer ; quoi qu'on en fasse, quelques pr&#233;cautions que l'on prenne, si on ne divise les habitants et qu'on ne les disperse, ce nom de libert&#233; ne sort jamais de leur c&#339;ur et de leur m&#233;moire, non plus que de leurs anciennes institutions, mais tous y recourent aussit&#244;t &#224; la moindre occasion.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machiavel, &lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 8 d&#233;cembre.&lt;/strong&gt; Sur, la vieille ville au pied des murailles de Diyarbakir, est assi&#233;g&#233;e par les forces arm&#233;es de l'&#201;tat turc depuis maintenant 7 jours cons&#233;cutifs. Impossible de nous rendre dans le quartier en face de l'historique muraille, comme &#224; notre derni&#232;re visite, fin mars. On y trouve, en temps normal, des vendeurs de racines et leurs charrettes en bois, des boissons chaudes improbables, des &#233;choppes par milliers, des terrasses o&#249; l'on boit le th&#233;, des femmes marchant avec leurs gosses ou leurs copines, des vieux en train de glander allong&#233;s sur l'herbe, des jeunes rigolant en pagaille&#8230; Sur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui les commerces sont ferm&#233;s, personne dans les rues, impossible de franchir Dagkapi, une des portes de la vieille ville. Tout acc&#232;s est bloqu&#233;. La Meydan, la place habituellement pleine de gens, est vide : un chien errant essaye de trouver un passage &#224; travers les barri&#232;res de police, panique un instant et parvient finalement &#224; s'&#233;chapper du pi&#232;ge policier. Les flics en civil, kalach' &#224; la main, font face aux passants qui les regardent inquiets. La ville est transform&#233;e en zone de guerre. On y trouve diff&#233;rents types de v&#233;hicules blind&#233;s : les akrep (&#171; scorpions &#187;), kirpi (&#171; h&#233;rissons &#187;), kobra, des tanks, des panzer, des toma (canons &#224; eau). &#192; l'ext&#233;rieur de la vieille ville, malgr&#233; une ambiance pesante, les gens continuent de vivre quasi &#171; normalement &#187;, &#224; ceci pr&#232;s qu'on peut entendre &#224; tout moment des tirs en rafales, grondements et explosions, chacun peut voir des colonnes de fum&#233;e noircir le ciel. Les r&#233;cits sont les m&#234;mes : les forces sp&#233;ciales balancent des bombes par h&#233;licopt&#232;re sur les habitants qui r&#233;sistent &#224; l'int&#233;rieur de Sur. La vieille mosqu&#233;e, monument qui date de plus de 500 ans, a subi des tirs de mortier. Les pompiers venus pour &#233;teindre le feu, n'ont eu droit qu'&#224; un seul mot des forces sp&#233;ciales : &#171; &lt;i&gt;Laissez ! Cette ville de sales b&#226;tards devrait cramer en entier&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Face &#224; cela, des guerillas [membres du PKK] et des jeunes des YDG-H, jeunes r&#233;volutionnaires [regroup&#233;s d&#233;sormais sous l'appellation YPS, groupe de d&#233;fense populaire &#8211; ndlr] qui m&#232;nent une gu&#233;rilla urbaine d'autod&#233;fense, sont venus aider &#224; tenir le quartier. On nous dit qu'ils seraient &#224; peine 200, mais se relayent par groupe de 10 ou 15. Les guerillas ne sont pas les seuls &#224; d&#233;fendre le quartier : des habitantes de Sur de tous &#226;ges, elles aussi, aident &#224; monter les barricades de sacs de sable et prennent les armes. &#171; &lt;i&gt;On s'endort avec le bruit des tirs&#8230; Et on se r&#233;veille avec le bruit des tirs &lt;/i&gt; &#187;, commente un habitant du centre historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Main basse sur Sur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quotidien kurde &lt;i&gt;&#214;zgur G&#252;ndem&lt;/i&gt; du 25 d&#233;cembre 2015, le journaliste H&#252;seyin Ali voit dans la destruction du vieux quartier une op&#233;ration de restructuration urbaine, en m&#234;me temps qu'un &#171; &lt;i&gt;g&#233;nocide culturel&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;sistance fait rage &#224; Sur, l'&#201;tat annonce : &#8220;les TOKI&lt;/i&gt; [grands ensembles d'habitations construits par le b&#233;tonneur TOKI] &lt;i&gt;doivent rentrer dans Sur. Sur d&#233;truit doit &#234;tre remplac&#233; par des habitats plus modernes.&#8221; Si les TOKI rentrent dans Sur, l'&#226;me historique de ce lieu dispara&#238;tra en y mettant des blocs de b&#233;ton sans sens et sans &#226;me. Et d'autres vont se faire de l'argent sur le dos de cette culture, l'exploiter, la faire dispara&#238;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 d&#233;cembre, quelques centaines d'habitants ont manifest&#233; dans le quartier du centre, Ofis, pour d&#233;noncer ce si&#232;ge qui n'en finit plus. La foule a forc&#233; le barrage de police, les jeunes ont dress&#233; des barricades et ont attaqu&#233; les flics. Ces derniers ont gaz&#233;, utilis&#233; canons &#224; eau, Flash-ball, et balles r&#233;elles : un jeune de 14 ans a &#233;t&#233; touch&#233; par une balle, il est mort quelques heures plus tard. Plusieurs t&#233;moignages &#233;voquent la responsabilit&#233; de barbouzes, surgis d'une Ford Ranger, gros 4x4 noir banalis&#233; aux vitres teint&#233;es r&#244;dant autour des manifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-386-f8c89.jpg?1779603864' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Mahmut Bozarslan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La population nourrit une v&#233;ritable psychose autour de ces v&#233;hicules qui remplacent les Beyaz Toros (en l'occurrence des Renault Toros) des ann&#233;es 1990, durant lesquelles ont disparu de nombreux militants kurdes. Le Premier ministre actuel, Davutoglu, a m&#234;me menac&#233; le printemps dernier, lors d'un de ses meetings &#224; Van (ville &#224; majorit&#233; kurde), que si son parti, l'AKP, ne remportait pas la majorit&#233; au Parlement, &#171; &lt;i&gt;les Beyaz Toros feraient leur retour&lt;/i&gt; &#187;. Ces &#171; escadrons de la mort &#187; ne rel&#232;vent pas du fantasme. Un jeune raconte : &#171; &lt;i&gt;On manifestait, on jetait des pierres sur les canons &#224; eau. On a vu la Ford Ranger arriver, on a su qu'il fallait courir. On a pris une ruelle, pas la bonne. J'entendais les tirs qui sifflaient &#224; mes oreilles pour finir sur les murs. Notre camarade est tomb&#233; sous nos yeux. Ils continuaient de tirer. Je ne sais pas comment j'ai r&#233;ussi &#224; me faufiler, je m'en suis sorti. Pas comme mes deux camarades.&lt;/i&gt; &#187; Le 14&#8239;d&#233;cembre, deux autres jeunes meurent d'une balle dans la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diyarbakir sous les gaz&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9 novembre&lt;/strong&gt;. Comme chaque jour, des avions de chasse survolent la ville et maintiennent une pression psychologique par le boucan qu'ils font. Un vendeur de journaux d'Ofis nous informe qu'une manifestation a lieu non loin de l&#224; o&#249; nous nous trouvons. Nous nous y rendons. &#192; nouveau, des flics partout : blind&#233;s, canons &#224; eau, police anti-&#233;meute, keufs en civil kalach' &#224; la main. Une petite centaine de personnes d&#233;termin&#233;es tentent de faire entendre les revendications suivantes : la lib&#233;ration d'Abdullah &#214;calan &#8211; toujours prisonnier sur son &#238;le turque depuis 1999 et gard&#233; au secret depuis avril dernier &#8211; ; la reprise des n&#233;gociations pour la paix et la reconnaissance par l'&#201;tat turc de l'autonomie formul&#233;e par les villes et les quartiers du Kurdistan. Une demi-heure plus tard, apr&#232;s sit-in et prises de paroles, les manifestants se dispersent dans une ambiance de petite terreur instaur&#233;e par la police. Tout le quartier est noy&#233; sous les gaz lacrymog&#232;nes. Ce gaz se r&#233;pand partout, il est invisible et met du temps &#224; s'&#233;vaporer. Un manifestant nous dira que c'est un gaz d'un type nouveau : &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait 22 ans que je suis dans la rue et que je respire du gaz, celui-ci est pire que les pr&#233;c&#233;dents&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jours suivants, les manifestations se succ&#232;dent selon le m&#234;me sc&#233;nario. On trouve un bon paquet de grands m&#232;res remont&#233;es par des d&#233;cennies de massacres, de tortures, de taule et d'humiliations racistes au quotidien. &#171; &lt;i&gt;Ce sont les m&#232;res et les enfants qui nous aident &#224; tenir moralement. La vraie force, ce sont eux&lt;/i&gt; &#187;, nous confie-t-on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 10 d&#233;cembre&lt;/strong&gt;, le face-&#224;-face avec les flics dure bien deux heures : la police menace r&#233;guli&#232;rement d'attaquer la manifestation car elle est, l&#224; encore, interdite ; les &lt;i&gt;cocuklar&lt;/i&gt;, les enfants, s'&#233;chauffent et commencent &#224; d&#233;paver et briser les briques pour en faire des projectiles ; les adultes calment le jeu et appellent tout le monde &#224; venir s'asseoir et chanter la guerilla au plus pr&#232;s des flics. Un certain nombre de personnes s'&#233;nervent contre le fait qu'il y a vraiment peu de monde, comme le fait ce p&#232;re de famille : &#171; &lt;i&gt;Mais o&#249; sont les autres ? Cette ville est gigantesque et nous ne sommes que 500. Que font les autres ? Ils boivent du th&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; La question se pose. L'&#201;tat turc joue la carte de la terreur et de l'&#233;puisement : il tente de diviser le mouvement en effrayant le plus grand nombre. La plupart des discussions tournent autour des questions de la paix et de la guerre : &#171; &lt;i&gt;Faut-il attendre encore avant d'assumer franchement la guerre qui nous est faite ?&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;La paix, il faut &#339;uvrer &#224; la paix et ne pas c&#233;der aux provocations de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;D'accord, mais en attendant, ils tuent tous les jours plusieurs de nos jeunes&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Est-ce que le PKK et les YDG-H adoptent la bonne strat&#233;gie ? L'autod&#233;fense des villes et des quartiers, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas possible de baisser la t&#234;te devant Daech et Erdogan !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tat de si&#232;ge et arnaque tactique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 d&#233;cembre au soir, l'&#201;tat turc annon&#231;ait la lev&#233;e du si&#232;ge de Sur, mais ce n'est malheureusement que de la poudre aux yeux. Nous nous dirigeons vers la vieille ville pour f&#234;ter la fin du si&#232;ge, pensons-nous. Arriv&#233;s au meydan, les grilles de la police barrent toujours l'acc&#232;s : fouille, palpage et v&#233;rification des identit&#233;s des personnes qui veulent rentrer dans le quartier. Peu de commerces ont rouvert, peut-&#234;tre un sur quatre. L'&#233;tat des chats est un bon indicateur de l'ambiance de ces derniers jours : des cadavres &#224; m&#234;me la chauss&#233;e, et quelques survivants malades et affam&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On atterrit &#224; la terrasse d'un caf&#233; au c&#339;ur de la vieille ville. Des femmes arrivent, se posent &#224; c&#244;t&#233; de nous. Abattues. Elles parlent en kurde, et nous traduisent en turc leurs discussions : &#171; &lt;i&gt;On a entendu hier soir la lev&#233;e du si&#232;ge. On vient voir, et la d&#233;ception est doublement douloureuse. &#199;a pr&#233;sage rien de bon, ces fouilles, ces policiers, ces tanks, partout&#8230; Quel sens &#231;a donne &#224; cette pr&#233;tendue lev&#233;e d'interdiction ? On ne peut m&#234;me pas rentrer dans Sur. Vous imaginez ce que vivent les gens encercl&#233;s par les forces de l'&#201;tat ? Ils sont sans eau, sans &#233;lectricit&#233;, sans nourriture depuis neuf jours. Les seuls &#224; se battre ce sont eux, nos jeunes. Et tous les autres, o&#249; sont-ils ? Certains veulent la paix, un accord qui se ferait avec l'&#201;tat, mais qui n'arrive pas.&lt;/i&gt; &#187; Elles critiquent le HDP &#8211; la coalition pro-kurde alli&#233;e avec des mouvements de gauche non nationalistes &#8211; pour la ti&#233;deur de ses mots d'ordre : &#171; &lt;i&gt; La paix avant tout&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Restez chez vous&lt;/i&gt; &#187;. Et soulignent que &#231;a casse la dynamique du peuple en le rendant plus frileux. Puis les femmes nous embrassent et s'en vont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celles et ceux qui continueraient &#224; s'aventurer pr&#232;s des zones d'affrontement, le risque de contr&#244;le est grand. Et &#231;a l'est encore plus pour les &#233;trangers per&#231;us comme une r&#233;elle menace par les forces sp&#233;ciales de la police du Sultan &#8211; journalistes, espions, rebelles&#8230; Une fouille de sac et ils sont toujours plus tendus, plus mena&#231;ants quand ils tombent sur un appareil photo ou un enregistreur audio : &#231;a augmente leur psychose. Expliquer &#234;tre de simples touristes ou simplement venus voir la famille n'&#233;vacue pas toute la m&#233;fiance. Ils h&#233;sitent et demandent &#224; coup s&#251;r ce que des &lt;i&gt;yabanci&lt;/i&gt;, des &#233;trangers, foutent dans les quartiers d'ici. Si vous avez la malchance d'&#234;tre fran&#231;ais, le chef en cagoule finira par lancer, &#233;nerv&#233; : &#171; &lt;i&gt;Vous voyez, votre pays a d&#233;clar&#233; 3 mois d'&#233;tat d'urgence avec possibilit&#233; de prolonger &#224; 6 mois. Ici en Turquie, nous sommes dans un vrai pays de droits. C'est un des pays les plus libres du monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, une femme parle &#224; haute voix dans la rue : &#171; &lt;i&gt;Vous n'avez rien vu de ce qu'ils ont fait dedans ! Ils ont tout d&#233;moli, et incendi&#233;. Que veut l'&#201;tat ? Nous an&#233;antir, en nous faisant passer pour des terroristes ? J'habite dans ce quartier qu'ils ont saccag&#233; avec la m&#234;me violence et la m&#234;me mentalit&#233; que Daech. Pardon, je vous parle, mais je sais m&#234;me pas si vous &#234;tes policiers ou agents de l'&#201;tat. Mais &#231;a m'est &#233;gal, j'en peux plus. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-387-2ed6d.jpg?1779814991' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Mahmut Bozarslan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Vers la guerre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rendez-vous avec notre ami Baran. Enseignant, il participe habituellement aux assembl&#233;es de quartier et r&#233;unions syndicales qui ont lieu en temps normal. Mais avec la guerre qui arrive, ces assembl&#233;es se tiennent beaucoup moins r&#233;guli&#232;rement. Il consacre beaucoup de son temps au suivi de la situation et s'active sur Twitter &#224; relayer informations et analyses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est sa vision de l'avenir ? &#171; &lt;i&gt;L'&#201;tat turc a pris seul la d&#233;cision de repartir en guerre&lt;/i&gt; &#187;, commence-t-il. &#171; &lt;i&gt;La raison profonde de ce revirement strat&#233;gique est li&#233;e &#224; la situation en Syrie&lt;/i&gt; nous explique Baran. &lt;i&gt;Au Rojava, Tall Abyad, la ville fronti&#232;re c&#244;t&#233; &#8220;syrien&#8221; a &#233;t&#233; reprise &#224; Daech cet &#233;t&#233;, et les cantons de Koban&#233; et de Cizre ont pu ainsi &#234;tre reli&#233;s. Cela coupait un point de passage pour l'&#201;tat islamique. Les &#233;lites turques et le haut commandement militaire ont rapidement pris la d&#233;cision conjointe de d&#233;clarer la guerre aux Kurdes, pour &#233;viter l'ouverture de ce fameux corridor kurde, de Mossoul et Kirkuk jusqu'&#224; la mer M&#233;diterran&#233;e. Pour les autorit&#233;s turques, cela repr&#233;sente un vrai cauchemar. Voil&#224; la vraie raison de la guerre d&#233;clar&#233;e aux Kurdes.&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit en soulignant l'importance du mouvement pour l'autogestion : &#171; &lt;i&gt;Dans certains quartiers ou certaines villes, les jeunes Kurdes ont d&#233;clar&#233; l'autonomie. Du coup, l'&#201;tat a envoy&#233; ses forces sp&#233;ciales &#224; ces endroits-l&#224; : tanks, roquettes, armes lourdes. Ils occupent carr&#233;ment des quartiers entiers, o&#249; vivent &#233;videmment des civils. Quand on parle de l'autonomie, on dit qu'elle a &#8220;neuf pieds&#8221; : l'&#233;conomique, le social, le culturel, la sant&#233;, l'&#233;cologie, les femmes, les jeunes, etc. Dans ces &#8220;neuf pieds&#8221;, il y a aussi l'autod&#233;fense. C'est quelque chose qui na&#238;t naturellement en toute personne qui se rebelle contre n'importe quelle forme de pouvoir. Si l'&#201;tat n'attaquait pas, s'il faisait un pas en arri&#232;re, le peuple s'organiserait autrement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baran insiste bien sur le fait que personne au Kurdistan n'a souhait&#233; la reprise de la guerre, et qu'au contraire, le mouvement kurde a toujours souhait&#233; la paix : &#171; &lt;i&gt;Dans la p&#233;riode de construction de ce mouvement d'autonomie et d'autogestion, on aurait d&#251; pouvoir entamer ces travaux sans avoir &#224; faire intervenir les armes. On aurait pu s'organiser de mani&#232;re tranquille dans nos quartiers, dans nos villages, dans nos villes. C'est une lacune qui incombe au parti politique l&#233;gal kurde, le HDP. Tout a commenc&#233; il y a un an, &#224; Cizre, o&#249; huit jeunes ont &#233;t&#233; abattus par des militaires. Des barricades ont &#233;t&#233; creus&#233;es. &#192; Silvan, par exemple, quand les premi&#232;res barricades ont &#233;t&#233; mont&#233;es au mois d'ao&#251;t, l'&#201;tat a fait marche arri&#232;re en disant : &#8220;On ne vous fera aucun mal. On ne proc&#233;dera &#224; aucune garde &#224; vue, on n'emprisonnera personne. Enlevez seulement ces barricades.&#8221; Mais une fois que les jeunes ont retir&#233; les barricades, et qu'eux-m&#234;mes se sont retir&#233;s de la zone de conflit, les forces de l'ordre ont attaqu&#233; les quartiers comme des barbares. Ils ont br&#251;l&#233; les maisons, les commerces. Ceux qu'ils ont attrap&#233;s ont &#233;t&#233; battus, tortur&#233;s, enferm&#233;s. L&#224; encore les jeunes ont d&#251; reprendre les armes. Ce ne sont pas des terroristes. Vous savez qui sont ces jeunes, aujourd'hui ? Cette g&#233;n&#233;ration de jeunes est le r&#233;sultat des ann&#233;es charni&#232;res 1990. Ce sont les jeunes qui ont perdu un membre de leur famille : abattu, tortur&#233;, mis en prison ou port&#233; disparu. Leurs villages, leurs maisons, ont &#233;t&#233; incendi&#233;s. Ils ont &#233;t&#233; forc&#233;s de migrer vers les villes. Ils ont grandi avec ces histoires. La vengeance anime leurs pens&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer son propos, il nous parle de sa m&#232;re qui lui disait, petit : &#171; &lt;i&gt;&#8220;Attention, si tu ne vas pas te coucher, les militaires turcs vont venir te chercher&#8221;. C'&#233;tait notre loup &#224; nous, elle nous faisait peur comme &#231;a. Est-ce que vous arrivez &#224; comprendre ce que &#231;a signifie ? Un matin, les militaires viennent dans votre village, ils rassemblent les hommes sur la place, les insultent, les humilient, les frappent, les torturent. Toutes ces sales choses qu'on peut s'imaginer, ils les font. Et ensuite, ils rentrent dans vos maisons et font ce qu'ils veulent sur des femmes et des enfants.&lt;/i&gt; &#187; Avant de conclure : &#171; &lt;i&gt;Chaque instant de la vie est devenu un moment de torture pour nous. J'ai 38&#8239;ans aujourd'hui et je ne me sens en s&#233;curit&#233; que l&#224; o&#249; les forces arm&#233;es ne sont pas pr&#233;sentes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et maintenant, la terreur des tanks &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 13 d&#233;cembre, de nouvelles &lt;i&gt;operasyon&lt;/i&gt; &#8211; ces op&#233;rations militaires contre les &#171; &lt;i&gt;terroristes kurdes&lt;/i&gt; &#187; comme aiment &#224; en parler les m&#233;dias aux ordres du Sultan Erdogan &#8211; ont redoubl&#233; en une large offensive dans les r&#233;gions kurdes. Plus de 10 000 militaires, policiers et gendarmes des forces sp&#233;ciales sont partis &#224; l'assaut de Silopi, Cizre, Nusaybin, etc. Autant de villes kurdes ayant d&#233;clar&#233; leur autonomie et qui se sont vues successivement plac&#233;es sous couvre-feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces sp&#233;ciales se vantent d'avoir tu&#233; plus de 120 guerillas dans toutes ces villes, mais rien n'est moins s&#251;r, car l'&#201;tat joue sur les chiffres &#224; des fins de propagande. &#192; Sur, d'apr&#232;s ce qu'il se raconte dans les caf&#233;s et aux coins des rues, les forces r&#233;pressives de l'&#201;tat n'avanceraient pas d'un pouce. Le si&#232;ge du quartier de la vieille ville, commenc&#233; le 2 d&#233;cembre, ne donne semble-t-il pas les r&#233;sultats escompt&#233;s. Les YDG-H revendiqueraient le 21 d&#233;cembre plus de 25 flics tu&#233;s pour les derniers jours &#224; Silopi, Cizre et Sur, ainsi que plusieurs prisonniers&#8230; Dur &#224; v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, les partis pro-kurdes, le HDP et le BDP ont &#233;t&#233; critiqu&#233;s par la base pour leur silence face aux &#233;v&#233;nements. Le co-pr&#233;sident Selahattin Demirtas a finalement d&#233;clar&#233; que les Kurdes de Turquie avaient le droit de d&#233;cider s'ils voulaient vivre en autonomie ou &#171; &lt;i&gt;sous la tyrannie d'un homme&lt;/i&gt; &#187;, en r&#233;f&#233;rence au pr&#233;sident Erdogan. Ce dernier a parl&#233; de &#171; &lt;i&gt;trahison&lt;/i&gt; &#187; et le parquet d'Ankara et celui de Diyarbakir ont lanc&#233; une enqu&#234;te pour atteinte &#224; l'ordre constitutionnel et &#171; &lt;i&gt;s&#233;paratisme&lt;/i&gt; &#187;. Le terme de &#171; s&#233;paratisme &#187; est contest&#233; par le mouvement kurde qui &#233;voque au contraire un &#171; &lt;i&gt;combat pour l'autonomie locale et la d&#233;mocratie locale&lt;/i&gt; &#187; et non la cr&#233;ation d'un nouvel &#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les manifs, la population n'oublie pas les &lt;i&gt;sehit&lt;/i&gt;, les &#171; martyrs &#187; tu&#233;s par les forces de police. Des lieux de recueillement ont &#233;t&#233; mis en place par la mairie HDP de la ville. Les familles des victimes, pendant trois jours et trois nuits, sont visit&#233;es par les voisins touch&#233;s par la mort des jeunes. Ils viennent faire leurs condol&#233;ances, manger ensemble, boire le th&#233;, faire des &lt;i&gt;agit&lt;/i&gt; (&#171; chants, pleurs &#187;). Il y a un lieu pour les femmes, un autre pour les hommes. Des centaines de personnes s'y bousculeront pendant ces trois jours. Dans les villes sous couvre-feu, les autorit&#233;s de l'&#201;tat ont interdit la tenue des fun&#233;railles priv&#233;es, obligeant les familles &#224; livrer les corps. La plupart pr&#233;f&#232;rent garder leurs d&#233;funts aupr&#232;s d'elles plut&#244;t que de se les voir confisquer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-388-f303b.jpg?1779814991' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Mahmut Bozarslan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tuer le syst&#232;me qui est en nous &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amet a 25 ans, il habite avec toute sa famille &#224; Baglar, qui est, avec Sur, le quartier le plus populaire du centre-ville de Diyarbakir. Baglar est un gigantesque entrelacement d'immeubles et de ruelles. &#171; &lt;i&gt;Imprenable par la police !&lt;/i&gt; &#187;, avertissent certains. Tout le monde s'entraide, se pr&#233;vient, se prot&#232;ge. Les petites rues voient tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement pneus et poubelles br&#251;ler, &#224; toute heure du jour ou de la nuit. Les trottoirs sont d&#233;pav&#233;s et servent aux barricades de fortune ou de projectiles contre les blind&#233;s. Chacun et chacune se rappelle des nuits du 6 et 7 octobre 2014, o&#249; le &lt;i&gt;serhildan&lt;/i&gt; &#8211; &#171; l'&#233;meute, la r&#233;volte &#187; &#8211; pour Koban&#233; avait enflamm&#233; les c&#339;urs. Ce que les jeunes attendent, c'est de r&#233;ussir &#224; &#171; &lt;i&gt;maintenir un serhildan quotidien qui relierait Baglar &#224; Sur en passant par Ofis&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup d'autres gal&#233;riens de son quartier, Amet est pr&#233;sent &#224; chaque manif. Et il ronge son frein en attendant de sentir le moment o&#249; il pourra s'engager &#171; &lt;i&gt;plus avant&lt;/i&gt; &#187;. Le lot commun des habitants de Baglar, en plus du manque d'argent, c'est de subir le racisme, les humiliations et les attaques de la police depuis des ann&#233;es. Toute sa famille est ultra-politis&#233;e et tr&#232;s engag&#233;e dans le mouvement : sa grande s&#339;ur est partie il y a 4 ans dans la montagne retrouver la guerilla ; son petit fr&#232;re semble s'investir aux c&#244;t&#233;s des YDG-H, les groupes d'autod&#233;fense des quartiers ; sa petite s&#339;ur de 13&#8239;ans tient d&#233;j&#224; la longueur dans les discussions politiques ; et les parents, pas peu fiers de leur prog&#233;niture, sont l&#224; &#224; tenir la logistique pour tout ce petit monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amet nous apporte assez rapidement quelques pr&#233;cisions sur les YDG-H, dont il se sent assez proche : &#171; &lt;i&gt;Ce sont des jeunes qui sortent de diff&#233;rentes organisations. Ils ont &#233;tudi&#233; leur histoire, connaissent leur culture, et de cette fa&#231;on r&#233;fl&#233;chissent &#224; comment d&#233;fendre tout cela. En r&#233;alit&#233;, ils travaillent &#224; faciliter l'&#233;mancipation des gens dans nos quartiers. Mais ces derniers mois, ils sont malheureusement contraints de ne se pencher que sur la question de l'autod&#233;fense. Ce sont des groupes d'une dizaine, d'une quinzaine de personnes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La copine d'Amet est en d&#233;tention pr&#233;ventive depuis quelques mois, simplement pour ne pas avoir respect&#233; le couvre-feu dans Sur. &#171; &lt;i&gt;Au Kurdistan&lt;/i&gt;, nous explique Amet, &lt;i&gt;il n'y a nulle honte ni peur d'aller en taule. Il y a tellement de personnes enferm&#233;es pour des motifs politiques que lorsque tu te fais emprisonner, tu es pris en charge par les camarades, et il s'agira alors pour toi de prendre tranquillement le temps de lire et discuter politique, histoire et philosophie&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discuter philosophie et politique, c'est justement un sport collectif au Kurdistan. Que ce soit dans les familles o&#249; nous sommes invit&#233;s, avec le vendeur de journaux ou dans n'importe quel caf&#233;, c'est la r&#232;gle : apr&#232;s quelques blagues vient le temps des r&#233;flexions s&#233;rieuses. Amet n'&#233;chappe pas &#224; la norme, quand il souligne qu'&#171; &lt;i&gt;il faut tuer le syst&#232;me qui est en nous&lt;/i&gt; &#187;, s'extirper du capitalisme qui p&#233;n&#232;tre les esprits, m&#234;me si au Kurdistan il a moins colonis&#233; tous les aspects de la vie. &#171; &lt;i&gt;Il faudra bien que les riches, les bourgeois se remettent comme tout le monde en question un jour ou l'autre&lt;/i&gt; &#187;, afin que le capitalisme ne d&#233;truise l'&#226;me du Kurdistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Aujourd'hui il n'y a pas &#233;cole&#8230; Et demain ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 d&#233;cembre. Deux jeunes ont &#233;t&#233; tu&#233;s dans les rues de Diyarbakir. L'un, Siyar Baran, n'avait que 13 ans tandis que l'autre, Serhat Dogan, abattu d'une balle dans la t&#234;te, en avait 19. Aujourd'hui il n'y avait pas &#233;cole. Les habitants de la capitale kurde ont d&#233;cid&#233; d'une journ&#233;e ville morte pour protester contre le si&#232;ge du quartier de Sur et contre la terreur d'&#201;tat. En attendant, les assassins professionnels, les escadrons de la mort turcs, sont encore sortis de leurs 4x4 noirs pour tuer efficacement et froidement les jeunes manifestants pour la libert&#233;. Et de ce point de vue, le bilan de la journ&#233;e est encore terriblement lourd : &#224; Amed, deux jeunes sont tomb&#233;s sous les balles de l'&#201;tat. Tandis que dans le reste du pays, cinq civils se sont faits tuer &#224; Cizre, deux &#224; Nusaybin, un &#224; Silopi, un &#224; Mersin et deux &#224; Istanbul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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