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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Remettre de la vie apr&#232;s les ann&#233;es de braise &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
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&lt;p&gt;Raconte-Arts, festival populaire itin&#233;rant se tenant tous les ans en Kabylie, est un pr&#233;texte &#224; vivre et &#224; prendre l'espace. Les villageois sont &#224; la fois organisateurs, spectateurs et acteurs. L'art de l'oralit&#233; et l'expression s'y font m&#233;diums actifs et d&#233;cloisonnent les fonctionnements trop fig&#233;s. Grande Kabylie. Ait Ouabane. 1 000 m&#232;tres d'altitude. Les figuiers sont partout et en fleur. Temp&#233;rature moyenne : 42 degr&#233;s. Des chemins escarp&#233;s &#224; flanc de collines desservent des maisons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no158-octobre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;158 (octobre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ma-cabane-pas-au-Canada" rel="tag"&gt;Ma cabane pas au Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ismail-Bentaallah" rel="tag"&gt;Ismail Bentaallah&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Raconte-Arts, festival populaire itin&#233;rant se tenant tous les ans en Kabylie, est un pr&#233;texte &#224; vivre et &#224; prendre l'espace. Les villageois sont &#224; la fois organisateurs, spectateurs et acteurs. L'art de l'oralit&#233; et l'expression s'y font m&#233;diums actifs et d&#233;cloisonnent les fonctionnements trop fig&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Grande Kabylie. Ait Ouabane. 1 000 m&#232;tres d'altitude. Les figuiers sont partout et en fleur. Temp&#233;rature moyenne : 42 degr&#233;s. Des chemins escarp&#233;s &#224; flanc de collines desservent des maisons en pierre, plus bas, dans la vall&#233;e du Djurdjura. Les femmes en habit traditionnel se retrouvent &#224; l'ombre sur un banc improvis&#233; ou au lavoir pour discuter. Elles se disent plus libres ici que dans le reste de l'Alg&#233;rie. La plupart ne se couvrent pas les cheveux. Si elles descendent au village pour faire leurs courses, c'est rare de les croiser au c&#339;ur de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mosqu&#233;e sans imam &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-256-4ce67.jpg?1779602829' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ismail Bentaallah.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lundi 24 juillet. D&#233;fil&#233; de mini-bus et de taxis collectifs sur la rue principale. Le c&#339;ur du village est satur&#233; d'artistes et d'invit&#233;s venus de plusieurs r&#233;gions d'Alg&#233;rie, de Tunisie, de France et d'Italie. Le point d'accueil se trouve &#224; la mosqu&#233;e, laquelle a &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;e de sa fonction religieuse&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant l'ann&#233;e, l'ancien lieu de culte sert pour des r&#233;unions.Son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Les habitants ont vir&#233; l'imam. Juju dit que sa pr&#233;sence &#233;tait n&#233;faste : &#171; &lt;i&gt;&#199;a risquait d'influencer nos jeunes&#8230; C'est pas possible !&lt;/i&gt; &#187; Et Pika de compl&#233;ter : &#171; &lt;i&gt;Les islamistes ont fait plusieurs tentatives pour installer des imams, nous les avons tous renvoy&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Pareil en ce qui concerne les flics : &#171; &lt;i&gt;On leur a dit de ne pas se m&#234;ler de l'organisation.&lt;/i&gt; &#187; Ce sont les habitants qui veillent au bon d&#233;roul&#233; de la semaine, en autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le festival, la mosqu&#233;e devient une extension de la place. Raconte-Arts en a fait le QG de son journal quotidien. L'&#233;quipe tournante y a install&#233; ses ordinateurs. Dans le couloir de l'entr&#233;e, les toilettes et puis des robinets : la pr&#233;cieuse eau est rationn&#233;e et partag&#233;e par quartier. Elle ne coule que 18 heures par jour. Non loin, A&#239;ssa, peintre venu du sud de l'Alg&#233;rie pour la 4e &#233;dition, a install&#233; son atelier. Sa toile : les murs de la rue principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Remettre de la vie &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2004, en r&#233;ponse aux ann&#233;es de violence qui ont boulevers&#233; la Kabylie, le trio Salah Silem, Denis Martinez et Hac&#232;ne Metref cr&#233;e l'&#233;v&#233;nement. Bande de potes, membres de la Ligue des arts cin&#233;matographiques et dramatiques de Tizi-Ouzou, ils pensent que le moment est venu de sortir les esprits de la terreur. &#171; &lt;i&gt;Le festival est n&#233; pour remettre de la vie dans nos villages apr&#232;s ces ann&#233;es de braise&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Hac&#232;ne, directeur du festival. L'objectif est de donner la parole aux cultures vues comme subalternes &#8211; au premier rang desquelles la culture kabyle &#8211; tout en d&#233;veloppant une ouverture vers l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconte&#8209;Arts n'avait &#224; l'origine pas de vocation nomade. Mais apr&#232;s trois &#233;ditions dans le m&#234;me village, les &#233;lus ont fait comprendre &#224; l'organisation qu'il &#233;tait temps d'aller voir ailleurs. Une exclusion finalement positive, explique Hac&#232;ne : &#171; S&lt;i&gt;ans ces emp&#234;cheurs, nous n'aurions jamais v&#233;cu l'itin&#233;rance, qui permet &#224; notre festival de prendre une nouvelle couleur &#224; chaque fois. Les villages ont commenc&#233; &#224; postuler &#224; partir de la 7e &#233;dition.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvoir de l'oralit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Raconte-Arts a fait le choix de l'improvisation contr&#244;l&#233;e,&lt;/i&gt; continue Hac&#232;ne. &lt;i&gt;Les artistes peuvent g&#233;rer &#224; leur guise, mais l'organisateur ne doit pas non plus perdre le contr&#244;le de la machine. On pr&#233;voit des activit&#233;s fixes dans le festival In pour avoir une charpente sur laquelle viennent se greffer tous les ajouts spontan&#233;s qui rel&#232;vent du Off.&lt;/i&gt; &#187; Le In pose donc des rep&#232;res quotidiens. Le matin, des auteurs sont invit&#233;s. M&#339;urs, culture et trag&#233;die s'y d&#233;voilent &#224; travers des histoires personnelles. Des &#339;uvres qui rappellent, voire convoquent, la po&#233;sie kabyle et son pouvoir de l'oralit&#233;, la puissance litt&#233;raire et instinctive du mot et de la description.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les soirs est aussi organis&#233; un &#171; grand gala &#187;. Le village entier se pointe au rendez&#8209;vous, c'est la cohue face &#224; l'unique sc&#232;ne du village. Au menu, des pi&#232;ces de Kateb Yacine, du slam tunisien ou des chansons anciennes du trio Tighri Uzar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconte&#8209;Arts se d&#233;marque des autres festivals par son horizontalit&#233;. Les propositions artistiques qui s'y c&#244;toient, toutes acoustiques, n'ont rien &#224; voir avec un quelconque star&#8209;syst&#232;me. Les 400 invit&#233;s du Off (groupes, individus, conteurs, musicien.ne.s, chanteurs, &#233;crivain.e.s, r&#233;alisateurs, peintres, plasticiens) ne re&#231;oivent ainsi qu'une seule consigne : jouer o&#249; ils veulent quand ils le veulent. Pour espace, tout le village. Comme l'infrastructure culturelle manque, les lieux du quotidien sont r&#233;invent&#233;s avec souplesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recr&#233;er de la curiosit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-257-97611.jpg?1779610504' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ismail Bentaallah.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre particularit&#233;, aucun artiste n'est r&#233;mun&#233;r&#233;. Le budget de l'&#233;v&#233;nement est ainsi consacr&#233; aux d&#233;penses basiques : nourriture pour les repas, communication, transport. En mettant l'&#233;conomique de c&#244;t&#233;, le festival choisit de se recentrer sur autre chose. Pour objectif premier, fabriquer des relations et recr&#233;er de la curiosit&#233;. La dur&#233;e relativement longue du festival et le fait que les artistes dorment chez l'habitant les conditionnent &#224; vivre au rythme de l'environnement et &#224; traverser diff&#233;rents &#233;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait d'ailleurs pas toujours bien si l'on vit au rythme du festival ou &#224; celui du village. Les rencontres se multiplient. Au d&#233;tour d'une rue, nous voil&#224; alpagu&#233;s par des habitants pour une discussion, un repas, une invitation &#224; un mariage. Jouer &#171; son spectacle &#187; devient presque d&#233;risoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du caf&#233; au lavoir, de la place &#224; la fontaine, de l'abribus &#224; la mosqu&#233;e, les temps s'inventent et les espaces se reprennent. Habitu&#233;s ou novices ont compris que le premier jour est essentiel &#224; la d&#233;couverte : c'est en connaissance des lieux qu'on choisit de s'installer ici ou l&#224; pour jouer. Le deuxi&#232;me jour, un petit groupe opte pour le caf&#233; Chez Ali, y interpr&#233;tant des chansons fran&#231;aises. Des Kabyles ne tardent pas &#224; les rejoindre. Le r&#233;pertoire prend une autre direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; S'&#233;clater librement &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi matin, des conteurs de Bejaia et de Montpellier se r&#233;unissent pr&#232;s du lavoir. Des femmes sont en train de laver leur linge. Les histoires dites, elles se mettent &#224; chanter spontan&#233;ment. L'assembl&#233;e suivra ! On ne sait plus qui &#233;tait venu l&#224; pour faire quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, une fois leurs &#233;choppes ferm&#233;es, des commer&#231;ants du village se retrouvent &#224; chanter sur la place ou sous la &lt;i&gt;khaima&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tente touareg.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le th&#233; est servi par Ali et ses comp&#232;res venus du sud de l'Alg&#233;rie. Ici, &#231;a joue jusqu'&#224; &#233;puisement, provoquant des moments de communions magiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux derni&#232;res matin&#233;es voient les musiciens d&#233;ambuler dans les rues vers les habitations des plus vieux, des immobiles, des malades et des femmes rest&#233;es &#224; la maison. Chanteurs, guitaristes, joueurs de oud, de mandole ou de bendir s'accordent et improvisent. Sur le chemin, chacun est libre d'embo&#238;ter le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le festival peut se lire comme une r&#233;appropriation du quotidien, le refus de la r&#233;duction des villes et villages &#224; leurs dimensions fonctionnelle et s&#233;curitaire. Il incite &#224; red&#233;couvrir aussi bien son corps que les usages de l'agglom&#233;ration. Avec en filigrane le rejet des logiques marchandes de l'art et de la f&#234;te. Les organisateurs se situent d'ailleurs sur un fil tendu pour m&#233;nager l'&#233;v&#233;nement face &#224; la notori&#233;t&#233;. Sans jamais perdre de vue son objectif initial, ainsi r&#233;sum&#233; par Hac&#232;ne : &#171; &lt;i&gt;Une semaine o&#249; l'Alg&#233;rien s'exprime librement, circule librement, s'&#233;clate librement sans se faire tancer par les tenants de la morale et de l'autorit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Durant l'ann&#233;e, l'ancien lieu de culte sert pour des r&#233;unions.Son haut-parleur diffuse des messages &#224; tout le village pour des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, annonce les coupures d'eau ou encore les d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tente touareg.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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