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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Soignantes et soignants : une arm&#233;e sans munitions</title>
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		<dc:date>2020-04-03T20:53:21Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Martin Barzilai, Mathieu L&#233;onard, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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&lt;p&gt;Il ne faudrait pas que les applaudissements qu'on leur doit couvrent la parole des soignant&#183;es. Extraits d'une rage encore contenue. Ce sont de vrais h&#233;ros et h&#233;ro&#239;nes sans pouvoirs. &#192; Mulhouse, le mercredi 25 avril, tout en multipliant les appels &#224; une unit&#233; factice et les fausses promesses de sauvetage du secteur de la sant&#233;, Emmanuel Macron imaginait d&#233;j&#224; dresser un monument &#224; &#171; la m&#233;moire des soignants qui ont pay&#233; de leur vie leur engagement, pour sauver d'autres vies &#187;. Mais cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il ne faudrait pas que les applaudissements qu'on leur doit couvrent la parole des soignant&#183;es. Extraits d'une rage encore contenue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L443xH400/-1505-84393.jpg?1782641456' width='443' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e sont de vrais h&#233;ros et h&#233;ro&#239;nes sans pouvoirs. &#192; Mulhouse, le mercredi 25 avril, tout en multipliant les appels &#224; une unit&#233; factice et les fausses promesses de sauvetage du secteur de la sant&#233;, Emmanuel Macron imaginait d&#233;j&#224; dresser un monument &#224; &#171; &lt;i&gt;la m&#233;moire des soignants qui ont pay&#233; de leur vie leur engagement, pour sauver d'autres vies &#187;&lt;/i&gt;. Mais cette h&#233;ro&#239;sation &#171; &lt;i&gt;n'est pas un geste neutre, elle a une fonction bien pr&#233;cise : d&#233;politiser la crise de l'h&#244;pital public &#187;&lt;/i&gt;, comme le note le sociologue Pierre-Andr&#233; Juven sur le site &lt;i&gt;Bastamag&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour Emmanuel Macron, tout l'enjeu consiste &#224; sauver le capitalisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnel soignant des h&#244;pitaux publics en a bien conscience : le manque de moyens auquel il est cruellement confront&#233; aujourd'hui dans cette crise &#8211; certes exceptionnelle &#8211; est largement la cons&#233;quence de vingt ans de politiques d'aust&#233;rit&#233; et de management lib&#233;ral. En 2015 par exemple, le ministre de l'&#201;conomie avait resserr&#233; le budget des h&#244;pitaux, ce qui s'&#233;tait traduit par &#171; &lt;i&gt;la suppression de 22 000 postes, soit 2 % des effectifs &#187;&lt;/i&gt;. Le ministre d'alors s'appelait&#8230; Emmanuel Macron. Il ne faudrait pas que les applaudissements qu'on leur doit couvrent la parole des soignant&#183;es. Extraits d'une rage encore contenue.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les h&#233;ros du peuple sont sous-pay&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Euphrasie* est &#233;tudiante infirmi&#232;re en deuxi&#232;me ann&#233;e. &#171; R&#233;quisitionn&#233;e &#187; en r&#233;animation depuis le 17 mars dans un h&#244;pital d'Occitanie, elle a vu la vague gonfler, pr&#234;te &#224; engloutir jusqu'au personnel soignant sous-pay&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 25 mars, Euphrasie d&#233;crivait un service de r&#233;animation satur&#233; : &#171; &lt;i&gt;On est en train de remplir le service, quand je suis partie hier, il restait cinq places en r&#233;animation. Je suis pas s&#251;re que les patients en r&#233;a survivent... Le bloc et la salle de r&#233;veil ont &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;s pour cr&#233;er une autre salle de r&#233;a, mais quid du mat&#233;riel ? Les masques manquent, ainsi que les respirateurs. Franchement, c'est pitoyable le peu de moyens et les &#233;conomies sur tout&#8230; sauf sur le personnel r&#233;quisitionn&#233;. Ils font d&#233;sormais appel &#224; tous les m&#233;decins retrait&#233;s et &#224; des &#233;tudiants gratos&#8230; Tout &#231;a parce qu'ils ont supprim&#233; 20 000 postes depuis quinze ans. On subit de plein fouet la casse du service public. Ce serait bien que les gens qui nous applaudissent le soir &#224; 20 h r&#233;fl&#233;chissent &#224; comment ils votent la prochaine fois. On ne les a pas beaucoup vus dans la rue soutenir les soignants, les profs ou les Gilets jaunes qui se faisaient taper dessus par la police. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'incurie, &lt;/strong&gt;pour Euphrasie, est &#233;videmment politique : &#171; &lt;i&gt;On a un gouvernement totalement incons&#233;quent et condescendant, obs&#233;d&#233; par le profit, qui n'a rien appris de la Chine ni de l'Italie. Beaucoup de choses auraient pu &#234;tre anticip&#233;es par Agn&#232;s Buzyn : formation des professionnels, stocks de mat&#233;riel, fric pour les soignants et la recherche... L&#224; tous les soignants naviguent &#224; vue. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tudiante infirmi&#232;re &lt;/strong&gt;constate l'impr&#233;paration psychologique d'un personnel soignant &#224; bout de course : &#171; &lt;i&gt;Hier, j'ai failli chialer pour une petite dame tout &#224; fait consciente qui disait en pleurant qu'elle savait qu'elle n'allait pas se r&#233;veiller. &#199;a m'arrache les tripes et le coeur. On est comme des cons, pas du tout pr&#233;par&#233;s &#224; cette violence psychologique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comble du comble, &lt;/strong&gt;l'absence de d&#233;pistage concerne aussi le personnel soignant : &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me, c'est aussi la contamination des soignants : on ne teste plus personne. Par exemple, j'ai une amie dans un autre service de r&#233;animation dont un des coll&#232;gues s'est r&#233;v&#233;l&#233; positif. Il est maintenant confin&#233; chez lui. Elle a pass&#233; beaucoup de temps avec lui. Elle n'a pas de sympt&#244;mes, mais, sans avoir &#233;t&#233; test&#233;e, elle continue &#224; travailler au risque de contaminer d'autres soignants et &#233;ventuellement des membres de sa famille. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Euphrasie pense aussi &lt;/strong&gt;&#224; la compagne avec qui elle vit, potentiellement une &#171; personne &#224; risque &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je fais hyper gaffe pour elle, on a install&#233; un sas de d&#233;contamination &#224; la maison : je me change compl&#232;tement, je me douche et enferme toutes mes fringues dans un sac de linge &#8220;sp&#233;cial Covid&#8221;. Si la situation empire, faudra que j'aille dormir ailleurs... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour l'infirmi&#232;re &#171; b&#233;n&#233;vole &#187;&lt;/strong&gt;, cette crise sanitaire &#171; &lt;i&gt;r&#233;v&#232;le bien toutes les exploitations du monde capitaliste &#187;&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il faudrait qu'on parle un peu de la r&#233;quisition des &#233;tudiants en m&#233;decine ou des infirmiers qui sont envoy&#233;s au front, sans &#234;tre pay&#233;s. Tous les &#233;tudiants p&#232;tent les plombs en ce moment car ils sont consid&#233;r&#233;s comme des &#8220;stagiaires&#8221;. On aurait d&#251; avoir des contrats, mais profitant de l'aubaine, ils ont fait passer &#231;a sous forme de stage&#8230; donc tout b&#233;nef. &#8220;&#199;a vous fera une exp&#233;rience&#8221;, entend-on... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;pid&#233;mie, ce &#171; surligneur &#187; de la casse hospitali&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samuel* est m&#233;decin r&#233;animateur dans un h&#244;pital public d'Auvergne-Rh&#244;ne-Alpes. Jusqu'au d&#233;clenchement de l'&#233;pid&#233;mie, il &#233;tait tr&#232;s impliqu&#233; dans le mouvement de contestation des politiques gouvernementales. Dans l'attente anxiog&#232;ne du &#171; pic &#187; &#224; venir, il d&#233;nonce des politiques irresponsables.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Contrairement &#224; certains h&#244;pitaux d'Alsace ou d'&#206;le-de-France, nous sommes loin d'avoir atteint la p&#233;riode la plus grave, qui d'apr&#232;s nos calculs devrait advenir d'ici neuf &#224; onze jours &lt;i&gt;[entretien r&#233;alis&#233; le jeudi 26 mars]&lt;/i&gt;. Mais c'est en train de prendre de l'ampleur. Depuis hier, il y a beaucoup de cas graves qui arrivent et le service de r&#233;animation &#8220;classique&#8221; est presque plein. Mais on s'organise : on a fait en sorte de pouvoir accueillir quatre fois plus de cas, soit soixante personnes, en empruntant des locaux &#224; d'autres services. Je ne suis pas s&#251;r que ce sera suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au fond&lt;/strong&gt;, je vois cette &#233;pid&#233;mie comme une forme de surligneur. Elle met en &#233;vidence cette casse de l'h&#244;pital public qu'on d&#233;nonce depuis tant de temps. On voit bien qu'on manque de places, de personnels, de mat&#233;riel, que tout est satur&#233;, qu'on pourrait faire bien mieux, et tout cela souligne l'absurdit&#233; de la gestion financi&#232;re de l'h&#244;pital. C'est une violente mise en lumi&#232;re des d&#233;rives. Et m&#234;me si Macron reprend d&#233;sormais nos &#233;l&#233;ments de langage, parce qu'il a le nez dedans, ce sont juste des effets d'annonce. Quand il annonce un futur &#8220;plan massif d'investissement pour l'h&#244;pital&#8221;, personne ne le prend au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut noter que dans mon h&#244;pital&lt;/strong&gt;, le nouveau directeur semble mieux g&#233;rer la situation que d'autres. &#192; Versailles par exemple, la direction a mis du temps &#224; se ranger &#224; l'avis des soignants &#8211; sachant qu'un retard de quelques jours dans la pr&#233;paration, ce sont des morts en plus. Pas ici. Depuis qu'on sait qu'on ne va pas &#234;tre &#233;pargn&#233;s, le mode de relation entre administration et soignants a compl&#232;tement chang&#233;. Si on demande du mat&#233;riel, du personnel ou des locaux, on a vite une r&#233;ponse, un dialogue. Alors qu'avant il fallait batailler pour tout et n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour le personnel, &lt;/strong&gt;c'est tr&#232;s dur car la situation se d&#233;grade vite : les aides-soignants et infirmiers sont d&#233;j&#224; dans le dur. Ainsi, les infirmiers anesth&#233;sistes deviennent des infirmiers de r&#233;animation, ce qui n'est pas la m&#234;me chose. En gros, on va faire appel &#224; un peu tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai l'impression &lt;/strong&gt;que cette mani&#232;re de nous traiter en h&#233;ros est compl&#232;tement surjou&#233;e, qu'elle ne correspond en rien &#224; la r&#233;alit&#233;. Parce qu'en pratique on n'a pas le mat&#233;riel pour se prot&#233;ger, ni les ressources humaines. On va avoir plein de gens en &#233;puisement. Pour l'instant on dispose de masques, mais &#231;a ne durera pas forc&#233;ment. Sachant que les r&#232;gles n'arr&#234;tent pas de changer et que leur &#8220;long&#233;vit&#233;&#8221; augmente : d&#233;sormais, un masque peut faire la journ&#233;e. Dans le m&#234;me temps, les consignes d'hygi&#232;ne ont chang&#233;, avec un niveau d'exigence &#224; la baisse. On n'est plus oblig&#233;s de mettre de gants ou de charlottes, m&#234;me au contact des malades. Autre probl&#232;me : on pourrait manquer de respirateurs, alors que c'est la cl&#233; en cas d'insuffisance respiratoire aigu&#235; et qu'en moyenne il faut quatorze jours de respiration artificielle. C'est clairement une question de vie ou de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je m'entretiens &lt;/strong&gt;fr&#233;quemment avec des coll&#232;gues de toute la France et ceux qui travaillent dans les h&#244;pitaux les plus touch&#233;s me disent que les crit&#232;res d'admission changent, que le &#8220;tri&#8221; devient drastique. En Alsace, par exemple, ils ont commenc&#233; par prendre des patients de plus de 70 ans et &#224; les mettre sous respirateur, puis ils ont regrett&#233; devant l'afflux de patients plus jeunes qu'ils ne pouvaient plus prendre. C'est tr&#232;s dur. Sachant que le tri ne se fait pas que sur l'&#226;ge, il y a d'autres crit&#232;res : on essaye de distribuer les ressources l&#224; o&#249; il y a la meilleure chance de survie. En tout cas, jusqu'ici on trouvait toujours une solution quand on nous amenait un jeune de 20 ans avec une m&#233;ningite. L&#224;, pour les d&#233;tresses respiratoires des moins de 70 ans, &#231;a risque de n'&#234;tre plus le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les effets d'annonce &lt;/strong&gt;du gouvernement me semblent totalement hypocrites. Je suis convaincu que leur syst&#232;me de pens&#233;e n'est pas remis en cause, qu'ils reprennent juste un discours conciliant. Au fond, c'est la suite qui va &#234;tre importante. Il y aura des comptes &#224; rendre. C'est ce que je vois par exemple au sein du collectif Inter-H&#244;pitaux : tout le monde pr&#233;voit de passer &#224; l'offensive, avec des personnes qui ont d&#233;j&#224; port&#233; plainte contre des membres du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour ma part, &lt;/strong&gt;j'envisage la p&#233;riode &#224; venir avec beaucoup d'inqui&#233;tude. Il y a cette impression qu'on est l&#226;ch&#233;s en pleine d&#233;b&#226;cle et que notre sant&#233; &#224; nous importe peu. Quand on voit qu'ils ont tard&#233; &#224; fermer les &#233;coles et ont tenu &#224; organiser les municipales, on se dit qu'ils vivent dans un autre monde &#8211; c'est criminel. Comme &#233;tait criminelle cette premi&#232;re communication visant &#224; faire passer le virus pour une grosse grippe. Ok, ce n'est pas la peste. Mais beaucoup de gens vont mourir. Et les gens au pouvoir et ceux qui ont d&#233;mantel&#233; l'h&#244;pital public porteront une grande responsabilit&#233; dans ce d&#233;sastre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est en train de chercher des cotons-tiges dans le septi&#232;me pays le plus riche du monde ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille* est infirmi&#232;re aux urgences dans un h&#244;pital priv&#233; des Bouches-du-Rh&#244;ne. Elle a fait une partie de sa carri&#232;re en r&#233;animation. Pour elle aussi, la crise sanitaire est le r&#233;sultat de choix politiques d&#233;sastreux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a &#233;t&#233; un peu pr&#233;serv&#233;s au d&#233;but, mais l&#224; c'est fini : on fonctionne en mode d&#233;grad&#233;. On a arr&#234;t&#233; toutes les hospitalisations qui n'&#233;taient pas urgentes. &#192; &#8220;pas urgentes&#8221;, on peut commencer &#224; mettre de gros guillemets : on voit des gens sortir alors qu'ils sont tr&#232;s malades. On annule toutes les op&#233;rations programm&#233;es, de la cataracte aux chimioth&#233;rapies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En termes de gestion &lt;/strong&gt;du personnel, c'est &#233;galement chaotique. Ce qui est aberrant c'est qu'il y a actuellement des infirmi&#232;res au ch&#244;mage technique. Les filles qui faisaient les endoscopies, les coloscopies, la chirurgie ambulatoire, la gyn&#233;co... tous ces secteurs ont ferm&#233;. Dans le public, elles ont droit &#224; un &#8220;cong&#233; Covid&#8221;. Un repos qui ne sera pas d&#233;compt&#233; de leurs cong&#233;s pay&#233;s. Dans le priv&#233;, c'est les cong&#233;s pay&#233;s forc&#233;s, alors qu'on aurait pu r&#233;quisitionner ce personnel pour le former &#224; la r&#233;a plut&#244;t que de le larguer au dernier moment. En parall&#232;le, on a r&#233;quisitionn&#233; les &#233;l&#232;ves infirmiers qui &#233;taient en stage en les payant 12 &#8364; par jour. Nous, on est pay&#233;es 12 &#8364; de l'heure. Malgr&#233; les discours, ils en sont encore &#224; faire des &#233;conomies sur les soignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce qu'on parle du Covid, &lt;/strong&gt;mais &#231;a fait un an que le collectif Inter-Urgences est en gr&#232;ve. On n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas en mesure de faire face avant, comment veux-tu que ce soit le cas aujourd'hui ? Ce qui se passe maintenant, ce n'est pas la crise du coronavirus, c'est la crise d'un syst&#232;me public de sant&#233; qu'on a &#233;trangl&#233; depuis vingt ans, petit &#224; petit. On dit que la sant&#233; n'a pas de prix, mais qu'elle a un co&#251;t, on le mesure davantage aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour nous, &lt;/strong&gt;c'est dur physiquement et surtout &#233;motionnellement. &#192; cause du confinement hospitalier, les gens sont tout seuls dans leur chambre, n'ont pas droit aux visites. Les patients te supplient d'aller voir leur m&#232;re, te menacent. Quand ils n'agonisent pas tout seuls. C'est tr&#232;s &#233;prouvant. Autre chose violente : dans certains h&#244;pitaux, on en est au tri &#8211; c'est&#224;- dire que la personne la plus vuln&#233;rable va rester sur le carreau. C'est l'antith&#232;se de notre m&#233;tier. Face &#224; cette situation, il y a des soignants qui p&#232;tent les plombs. J'ai en t&#234;te la r&#233;action hyst&#233;rique d'un m&#233;decin qui s'est barr&#233; au d&#233;but de la journ&#233;e en disant : &#8220;&lt;i&gt;Je ne peux pas.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi la question &lt;/strong&gt;du mat&#233;riel. Clairement l'h&#244;pital est en manque. On doit compter nos blouses tout comme les femmes qui font l'entretien des locaux sont oblig&#233;es de rendre des comptes. Pareil pour le mec qui travaille au sous-sol, s'occupe des d&#233;chets et transporte toute la journ&#233;e des bombes bact&#233;riologiques. Mais le vrai probl&#232;me, c'est la m&#233;decine en dehors de l'h&#244;pital. Je pense aux infirmi&#232;res lib&#233;rales qui vont contaminer tous les gens vuln&#233;rables qu'elles visitent. C'est juste aberrant qu'on n'ait pas suffisamment de masques. On vient t'expliquer qu'on est en train de chercher des cotons-tiges pour des d&#233;pistages dans le septi&#232;me pays le plus riche du monde ! Ils ne sont pas incomp&#233;tents : ils ont fait des choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En parlant de choix capitalistes, &lt;/strong&gt;depuis les urgences je vois bien qui bosse : des chauffeurs-livreurs, des caissi&#232;res, des &#233;boueurs... Le t&#233;l&#233;travail ne concerne pas les smicards. Ces gens-l&#224;, les pauvres, ils respectent le confinement, ne voient pas leur famille, mais vont au travail et chopent le Covid. Apr&#232;s on vient te dire qu'on est en guerre&#8230; C'est un lexique martial qui insupporte les soignants. &#201;pid&#233;mie, c'est un mot qui se suffit &#224; lui-m&#234;me : nous on a du respect pour les gens qui se prennent en ce moment des balles dans la t&#234;te et des bombes dans leur salon. Macron est clairement en train de se griller chez les soignants. Pour l'instant on g&#232;re la crise, mais lui et son gouvernement peuvent d&#233;j&#224; se pr&#233;parer au retour de b&#226;ton ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Martin Barzilai, &#201;milien Bernard, Tiphaine Gu&#233;ret &amp; Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* : pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Macron-plan-massif-pour-hopital-Etat-providence-Big-Pharma-covid19-neoliberalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour Emmanuel Macron, tout l'enjeu consiste &#224; sauver le capitalisme sanitaire et ses grandes industries&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Bastamag.net&lt;/i&gt; (27/03/2020). Pierre-Andr&#233; Juven est l'auteur, avec Fr&#233;d&#233;ric Pierru et Fanny Vincent, du livre &lt;i&gt;La Casse du si&#232;cle : &#224; propos des r&#233;formes de l'h&#244;pital public&lt;/i&gt;, Raison d'agir, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ne tirez plus sur l'h&#244;pital</title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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&lt;p&gt;Saint-&#201;tienne-du-Rouvray, son &#233;glise, son cur&#233; assassin&#233;&#8230; mais aussi son h&#244;pital psy en lutte. Depuis la fin de l'&#233;t&#233;, le personnel soignant s'est mis en gr&#232;ve contre la r&#233;forme manag&#233;riale impos&#233;e par la loi Touraine et appliqu&#233;e par la direction. Reportage. Derri&#232;re de hauts murs de silex et de briques qui s'&#233;tendent sur plusieurs kilom&#232;tres et encerclent le plus grand parc arbor&#233; de Seine-Maritime se trouve le Centre hospitalier psychiatrique du Rouvray. Plus de 2 000 personnes y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/hopitaux" rel="tag"&gt;h&#244;pitaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Saint-&#201;tienne-du-Rouvray, son &#233;glise, son cur&#233; assassin&#233;&#8230; mais aussi son h&#244;pital psy en lutte. Depuis la fin de l'&#233;t&#233;, le personnel soignant s'est mis en gr&#232;ve contre la r&#233;forme manag&#233;riale impos&#233;e par la loi Touraine et appliqu&#233;e par la direction. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2847 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L335xH500/-1099-fed2d.jpg?1782658872' width='335' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;erri&#232;re de hauts murs de silex et de briques qui s'&#233;tendent sur plusieurs kilom&#232;tres et encerclent le plus grand parc arbor&#233; de Seine-Maritime se trouve le Centre hospitalier psychiatrique du Rouvray. Plus de 2 000 personnes y bossent, dont 1 300 des services de soins et 160 m&#233;decins. Concernant les &#171; soign&#233;s &#187;, c'est plus difficile &#224; comptabiliser, outre ceux et celles qui sont en traitement pour d&#233;pression, drogue ou autres, le centre du Rouvray a, d&#232;s les ann&#233;es 1970, &#233;t&#233; un &#233;tablissement pilote au niveau de la sectorisation. Ce qui fait qu'il y a un gros contingent de malades en ambulatoire (qui sortent de l'h&#244;pital chaque soir) ou qui fr&#233;quentent les h&#244;pitaux de jour diss&#233;min&#233;s dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les grilles de l'entr&#233;e, &lt;/strong&gt;des banderoles appellent au retrait de la loi sant&#233; ou loi Touraine, disent non aux &#171; effectifs cible &#187; ou, tout simplement annoncent que le personnel est en gr&#232;ve. Une situation qui n'est pas rare dans cet &#233;tablissement o&#249; le personnel est assez combatif. Lors du printemps dernier, une grande banderole exigeait &#233;galement le retrait de la loi El Khomry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En entrant &lt;/strong&gt;dans l'&#233;tablissement, je longe un chemin balis&#233; par de nouvelles banderoles appelant aux AG quotidiennes &#224; 15 heures ou disant &lt;i&gt;&#171; Si nous sommes les cibles, nous ne nous laisserons pas faire &#187;. &lt;/i&gt;J'atteins un tas de palettes et un grand barnum o&#249; se trouve le piquet de gr&#232;ve. Une dizaine de personnes discutent, offrent le caf&#233;. Sur les murs les derni&#232;res infos sur le mouvement ainsi que le planning des volontaires pour tenir le piquet de gr&#232;ve. Des habitants du quartier et des militants mais &#233;galement des patients font un passage, s'informent ou tout simplement viennent apporter leur soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Le mouvement de gr&#232;ve &lt;/strong&gt;a commenc&#233; le 30 ao&#251;t&lt;/i&gt;, me dit Romuald. &lt;i&gt;C'est &#224; l'initiative du personnel soignant non syndiqu&#233;. Rapidement la CGT s'est jointe au mouvement et la CFTC vient de le faire &#233;galement. &#187; &lt;/i&gt;Ce n'est m&#234;me pas la peine de le pr&#233;ciser mais, le 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; syndicat de la bo&#238;te, la CFDT, approuve la r&#233;forme. &lt;i&gt;&#171; Cette gr&#232;ve fait suite aux annonces de la direction sur sa volont&#233; de r&#233;duire de fa&#231;on drastique les effectifs, &lt;/i&gt;ajoute Ren&#233;. &lt;i&gt;Alors que nous, ce que nous demandons, c'est qu'ils prennent en compte notre souffrance et que, pour le moins, les d&#233;parts en retraite soient remplac&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Ce qui se passe &lt;/strong&gt;au centre du Rouvray correspond juste &#224; l'application de la loi Sant&#233; qui pr&#233;voit, dans les ann&#233;es &#224; venir, la suppression de 60 &#224; 70 000 postes dans les h&#244;pitaux. Pour quiconque a d&#251; c&#244;toyer les h&#244;pitaux ces derni&#232;res ann&#233;es, on sent partout le manque de personnel et le stress des soignants et soignantes. G&#233;rer l'h&#244;pital comme une entreprise reste, h&#233;las , le mantra r&#233;p&#233;t&#233; par les managers, lesquels &lt;i&gt;&#171; comptabilisent et prennent en charge des lits et non plus des &#234;tres en souffrance &#187;, &lt;/i&gt;poursuit Ren&#233;. Jusqu'&#224; pr&#233;sent plut&#244;t &#233;pargn&#233;, le personnel soignant du Rouvray se retrouve soumis, depuis cet &#233;t&#233; et le rattachement du centre au CHU de Rouen, &#224; la Gestion hospitali&#232;re territoriale charg&#233;e de r&#233;organiser les effectifs en fonction des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, &lt;/strong&gt;pour l'h&#244;pital psychiatrique, la direction veut fixer un effectif minimum dans chaque service avec un pool, une &#233;quipe polyvalente, qui pourra intervenir n'importe o&#249; (et &#233;videmment sans embauche). &#192; croire qu'on soigne de la m&#234;me fa&#231;on en p&#233;diatrie, en g&#233;riatrie, en addictologie ou aupr&#232;s des malades dangereux. &lt;i&gt;&#171; Et depuis quand r&#233;duire le nombre de soignants dans une &#233;quipe est mieux pour le patient et mieux pour l'&#233;quipe ou pour la qualit&#233; de soins ? &#187;, &lt;/i&gt;demande Fran&#231;ois. &lt;i&gt;&#171; Il s'agit d'une organisation essentiellement comptable, &lt;/i&gt;reprend Ren&#233;, &lt;i&gt;qui va &#224; l'encontre de toute approche humaniste et respectueuse des patients. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Dans le calcul &lt;/strong&gt;de la direction, les chambres d'isolement, les renforts, les rendez-vous, les accompagnements ne sont aucunement pris en compte. Cela aura des r&#233;percussions sur le temps accord&#233; aux patients hospitalis&#233;s ainsi que sur la r&#233;flexion par rapport aux soins &#224; apporter. Cerise sur le g&#226;teau, la directrice a &#233;galement annonc&#233; que, pour faciliter et rendre plus efficace les interventions du pool, un logiciel sera install&#233; pour g&#233;rer l'ensemble du personnel en tranchant l&#224; o&#249; il manque du monde et l&#224; o&#249; il y en a trop. &lt;i&gt;&#171; Jusqu'&#224; pr&#233;sent, &lt;/i&gt;me dit Carole, &lt;i&gt;c'&#233;tait nous qui g&#233;rions nos repos et nos vacances dans les &#233;quipes, entre nous, apr&#232;s discussion. Maintenant &#231;a va &#234;tre un logiciel ! On est de plus en plus loin de l'humain. &#187; &lt;/i&gt;Et une autre jeune femme de m'interpeller : &lt;i&gt;&#171; Comme si s'occuper des patients, c'&#233;tait juste leur donner des m&#233;dicaments et faire des piq&#251;res&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Le personnel soignant &lt;/strong&gt;est en col&#232;re partout en France. Il doit payer le prix fort de la restructuration lib&#233;rale. Ces derniers mois, il y a eu 5 suicides dans les h&#244;pitaux. Le 14 septembre, un mouvement touchait l'ensemble des h&#244;pitaux. Le 15, infirmiers et infirmi&#232;res du Rouvray &#233;taient massivement en gr&#232;ve et en t&#234;te de manif rouennaise. &#192; l'heure o&#249; cet article est &#233;crit, le mouvement continue, la gr&#232;ve vient d'&#234;tre &#224; nouveau vot&#233;e pour les huit prochains jours, les syndicats font intervenir le comit&#233; hygi&#232;ne, s&#233;curit&#233; et des conditions de travail et d'autres actions sont men&#233;es. Une nouvelle banderole a &#233;t&#233; plant&#233;e sur la pelouse : &#171; Gr&#232;ve totale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Coup de gueule d'un soignant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#171; C&lt;/petitelettrine&gt;e management exalt&#233; et froid, ces praticiens occup&#233;s &#224; faire passer et imposer leurs nouvelles r&#233;formes, r&#233;duire les co&#251;ts, faire des &#233;conomies, mutualiser les moyens, tracent un trait sur les sp&#233;cificit&#233;s de notre m&#233;tier, sur l'humain, sur l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette humanit&#233; qui nous a fait choisir de nous occuper de patients atteint par ce type de troubles. L'essence m&#234;me de notre investissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dites-vous bien que cette dimension humaine est d&#233;sormais bannie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci de rationalisation se traduit par une destruction lente et progressive des soins en psychiatrie. Ce lien si durement acquis avec le malade n'est plus essentiel. Cette dimension humaine se dissout au profit d'un &#8220;objet&#8221; &#224; traiter, de cibles de soins et de troubles &#224; corriger. Nous ne parlons plus de souffrance psychique et humaine qu'il s'agit de comprendre et d'apaiser, mais de troubles. Trouble &#224; l'ordre public qui devient l'ennemi &#224; r&#233;primer. Le d&#233;lire n'est plus un langage &#224; entendre et d&#233;crypter mais un sympt&#244;me &#224; supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous inonde de protocoles, de normes, de contr&#244;les, d'accr&#233;ditations. Une traque &#224; la dimension humaine du soin est lanc&#233;e. Il ne faut surtout plus s'impliquer ou prendre des initiatives. Il faut lisser les attitudes et les soins, supprimer les temps d'&#233;changes, supprimer toute subjectivit&#233;, ne plus discuter d'alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La norme fait acte de loi. Bosser en obst&#233;trique sera bient&#244;t la m&#234;me chose que de travailler en psychiatrie. Seule la technicit&#233; sera diff&#233;rente. Le somatique se prend en charge de la m&#234;me mani&#232;re que le psychiatrique. On nous demande de traiter une psychose comme on traiterait un cancer. La normalisation est l&#224; pour parachever ce travail de destruction de notre m&#233;tier. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne laissons pas faire. Car ce combat s'adresse &#224; toutes et tous. Car, outre le fait de cette perte d'identit&#233; de ce m&#233;tier que nous aimons, outre le fait que nous ne travaillerons bient&#244;t qu'en effectif minimum, peu importe la charge de travail, outre le fait que nos temps de repos, de vacances nous seront impos&#233;s, accepter cela c'est renoncer &#224; ce qui fait de nous des soignants, renoncer &#224; ce qui fait de nous des &#234;tres humains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Extrait d'un tract distribu&#233; dans la r&#233;gion rouennaise.&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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