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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La nuit des libraires : T&#233;moignage d'un ancien libraire ind&#233;pendant</title>
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		<dc:creator>G&#233;rard Lambert-Ullmann</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Brecht Evens</dc:subject>
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		<dc:subject>nouveaux</dc:subject>

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&lt;p&gt;Que faire quand les lecteurs se rar&#233;fient, les loyers augmentent, les grandes surfaces s'implantent et les distributeurs augmentent leurs marges ? Tenir, tenir... jusqu'&#224; fermer un lieu de sociabilit&#233;. Septembre rejoue le traditionnel tsunami de la rentr&#233;e litt&#233;raire : pr&#232;s de 600 nouveaux romans en &#224; peine deux mois vont s'ajouter aux 67 041 nouveaux titres produits dans l'ann&#233;e et aux 728 400 r&#233;f&#233;rences disponibles. Quand on sait que les gens consid&#233;r&#233;s comme grands lecteurs (acheteurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Brecht-Evens" rel="tag"&gt;Brecht Evens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nouveaux-romans" rel="tag"&gt;nouveaux romans&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/traditionnel-tsunami" rel="tag"&gt;traditionnel tsunami&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/libraire" rel="tag"&gt;libraire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nouveaux-titres" rel="tag"&gt;nouveaux titres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nouveaux" rel="tag"&gt;nouveaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que faire quand les lecteurs se rar&#233;fient, les loyers augmentent, les grandes surfaces s'implantent et les distributeurs augmentent leurs marges ? Tenir, tenir... jusqu'&#224; fermer un lieu de sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2543 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-808.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH1085/-808-4bd7e.jpg?1779680854' width='400' height='1085' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Brecht Evens.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Septembre rejoue le traditionnel tsunami de la rentr&#233;e litt&#233;raire : pr&#232;s de 600 nouveaux romans en &#224; peine deux mois vont s'ajouter aux 67 041 nouveaux titres produits dans l'ann&#233;e et aux 728 400 r&#233;f&#233;rences disponibles&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres de 2015, minist&#232;re de la Culture, Observatoire de l'&#233;conomie du livre.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Quand on sait que les gens consid&#233;r&#233;s comme grands lecteurs (acheteurs d'au moins douze livres par an) repr&#233;sentent seulement 13% de la population adulte&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;24% en ont achet&#233; de 1 &#224; 4, 14% en ont achet&#233; de 5 &#224; 11, 13% en ont achet&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, on imagine vite la quantit&#233; de ces livres pr&#233;destin&#233;s au pilon. Mais, pour les libraires, c'est chaque ann&#233;e le m&#234;me casse-t&#234;te : Que faut-il commander ? Que faudra-t-il avoir en stock pour ne pas louper une vente ? Comment &#233;viter la r&#233;flexion grin&#231;ante du client : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, vous ne pouvez pas tout avoir !&lt;/i&gt; &#187; qui ira chercher le livre dont &#171; on &#187; parle dans la grande surface voisine ou sur Amazon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il se flatte de choisir en toute ind&#233;pendance les livres qu'il va essayer de conseiller, le libraire ind&#233;pendant est sous cette pression. &#192; moins que sa librairie ne soit pens&#233;e comme devant lui co&#251;ter de l'argent au lieu d'en rapporter, il ne peut se permettre de m&#233;priser les livres dont &#171; on &#187; parle s'il veut garder une client&#232;le plus &#233;toff&#233;e qu'une poign&#233;e de lecteurs &#171; exigeants &#187;. Son ind&#233;pendance est donc toute relative, conditionn&#233;e par ce compromis. Car ce &#171; on &#187; a des moyens marketing &#233;normes que n'ont pas les petits &#233;diteurs : budgets de pub consid&#233;rables, attach&#233;.e.s de presse efficaces, copinages dans les m&#233;dias (voire carr&#233;ment certains journalistes dans leur &#171; &#233;curie &#187;), repr&#233;sentants commerciaux mordants, etc. Le poids de cet appareil explique que sur les presque 1 500 &#233;diteurs existant en France, les 5 grands groupes (Hachette-Lagard&#232;re, Planeta-Editis, Madrigall-Gallimard, etc.) poss&#233;dant environ 200 &#233;diteurs r&#233;alisent &#224; eux seuls 85% des ventes. Face &#224; ce rouleau compresseur, la marge de man&#339;uvre des libraires reste au final al&#233;atoire : malgr&#233; l'imagerie que d&#233;fendent certaines petites &#233;choppes pour se distinguer des cha&#238;nes et autres gros &#171; empileurs de livres &#187;, ce n'est pas la passion qui commande, mais la tr&#233;sorerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les dix-huit ann&#233;es o&#249; j'ai &#233;t&#233; libraire, de 1994 &#224; 2012, ce fut mon perp&#233;tuel dilemme. Pour la librairie Voix au chapitre que j'avais cr&#233;&#233;e &#224; Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), ce jeu d'&#233;quilibriste entre titres de choix et incontournables m&#233;diatiques &#233;tait vital. Car, m&#234;me si je n'avais pas ouvert cette librairie dans l'espoir de faire fortune, il fallait bien payer les charges et essayer de sortir un maigre salaire. Ce que ne manquaient pas de me rappeler mon banquier m'incitant &#224; &#171; &lt;i&gt;faire du chiffre&lt;/i&gt; &#187;, et les comptabilit&#233;s des &#233;diteurs. Ces derniers, tout en sachant vanter le dynamisme des librairies ind&#233;pendantes, s'en remettent sans trop rechigner &#224; leurs diffuseurs-distributeurs pour r&#233;duire les remises des plus petits &#8211; qui ne vendent pas assez &#224; leurs yeux &#8211; et favoriser les grosses bo&#238;tes qui, passant de grosses commandes, ont le pouvoir de n&#233;gocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un libraire ind&#233;pendant b&#233;n&#233;ficie en g&#233;n&#233;ral d'une &#171; remise moyenne &#187; de 30 &#224; 35%. S'il marche bien, une fois tous ses frais pay&#233;s, il r&#233;cup&#232;re au mieux entre 2 et 5% du prix du livre. Mais bien souvent la dette s'accumule et finit par l'&#233;trangler. Les fermetures de petites librairies ind&#233;pendantes se multiplient depuis quelques ann&#233;es. Aux faibles marges s'ajoutent la concurrence des grandes surfaces &#171; culturelles &#187; qui se multiplient (et b&#233;n&#233;ficient, elles, de remises de 40% &#224; 45% &#8211; auxquelles s'ajoutent diverses op&#233;rations de promotion), celle des ventes en ligne (favoris&#233;es par une ignorance tenace sur le prix unique du livre&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis le 10 ao&#251;t 1981, la loi dite &#171; Lang &#187; prot&#232;ge les libraires d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;) et une d&#233;saffection croissante des jeunes g&#233;n&#233;rations pour la lecture d'imprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc fallu jongler en permanence pour faire ce m&#233;tier de la mani&#232;re dont j'estimais qu'il devait &#234;tre fait : d&#233;fendre des livres choisis par go&#251;t, hors de la liste des t&#234;tes de gondole ; avoir un fonds suffisamment solide dans un espace r&#233;duit ; contribuer &#224; ce que Musso n'&#233;crase pas totalement Scutenaire et que Max Gallo n'occulte pas enti&#232;rement Daniel Gu&#233;rin ou Lissagaray. J'avais pour cela la marge de libert&#233; que n'ont pas les &#171; cha&#238;nes &#187;. Cela me permettait, parfois, de vendre en quantit&#233; importante un titre &#171; invisibilis&#233; &#187; par la presse, produit par un petit &#233;diteur auquel cette vente permettait de souffler temporairement. Les rencontres avec des auteurs et des &#233;diteurs que j'organisais dans ma librairie o&#249; en partenariat avec des associations renfor&#231;aient aussi ce processus. Le prix Loin du marketing&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les coud&#233;es franches.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, que j'ai fond&#233; et d&#233;fends toujours y contribuait &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la passion ne peut pas tout. Je devais aussi faire face aux difficult&#233;s que connaissent tous les libraires ind&#233;pendants : loyers de centre-ville en hausse constante, frais de transport et de fournitures rognant fortement la marge, difficult&#233; &#224; n&#233;gocier des conditions commerciales correctes avec des repr&#233;sentants n'ayant plus assez de temps &#224; consacrer aux &#171; petits &#187;. Sans compter la production &#233;ditoriale tripl&#233;e en vingt ans, saturant le libraire et emp&#234;chant toute connaissance exhaustive des parutions et tout conseil de qualit&#233;. Car, contrairement &#224; ce que pensent bien des lecteurs, le libraire ne passe pas sa journ&#233;e &#224; lire. Il se consacre aux clients, puis &#224; faire ses comptes et s'occuper des urgences logistiques &#8211; commandes, livraisons, retours&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chez la plupart des gros &#233;diteurs, le libraire a un d&#233;lai pour retourner des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#8211; et autre paperasse administrative. Bref, par passion, mais aussi parce que le m&#233;tier l'exige, un bon libraire est un libraire insomniaque. Ce qui &#233;tait heureusement mon cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, lorsque trois grandes surfaces &#171; culturelles &#187; se sont install&#233;es sur la ville en l'espace de quelques mois, mon chiffre d'affaires a chut&#233; de 40%. J'ai d&#251; mettre la cl&#233; sous la porte, apr&#232;s de longues ann&#233;es pass&#233;es &#224; tenir sur la corde raide. J'en garde la fiert&#233; d'avoir fait un &#171; beau m&#233;tier &#187; et le regret de ne pas avoir su faire suffisamment comprendre &#224; quel point les librairies sont vitales pour la libert&#233; de cr&#233;ation et d'opinion, pour le d&#233;veloppement des connaissances, de l'imagination et de l'esprit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;rard Lambert-Ullmann&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chiffres de 2015, minist&#232;re de la Culture, Observatoire de l'&#233;conomie du livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;24% en ont achet&#233; de 1 &#224; 4, 14% en ont achet&#233; de 5 &#224; 11, 13% en ont achet&#233; 12 et plus, soit 51% de la population adulte fran&#231;aise, ce qui signifie que 49% de cette population, soit pr&#232;s de la moiti&#233;, n'a achet&#233; aucun livre ! (Statistiques de l'Observatoire de l'&#233;conomie du livre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis le 10 ao&#251;t 1981, la loi dite &#171; Lang &#187; prot&#232;ge les libraires d'un possible &lt;i&gt;dumping&lt;/i&gt; par les grandes surfaces en imposant un prix unique du livre : chaque livre a un prix fix&#233; par l'&#233;diteur, qui doit figurer sur l'ouvrage et qui est le m&#234;me quels que soient les points de vente. Les livres ne sont donc pas moins chers en grande surface. Mais la plupart des consommateurs continuent &#224; en &#234;tre persuad&#233;s, aid&#233;s en cela par des publicit&#233;s roublardes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/lescoudeesfranches.ouvaton.org'&gt;Les coud&#233;es franches&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chez la plupart des gros &#233;diteurs, le libraire a un d&#233;lai pour retourner des nouveaut&#233;s invendues. Ce qui peut para&#238;tre une sorte d'assurance mais est en r&#233;alit&#233; un pi&#232;ge pouvant plomber la tr&#233;sorerie car le libraire doit avancer l'argent de ces &#171; mises en place &#187; avant d'&#234;tre cr&#233;dit&#233; de ses retours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Des livres et des luttes</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Des-livres-et-des-luttes</link>
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		<dc:date>2016-09-03T09:54:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Brecht Evens</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Introduction du dossier &#034;Des livres et des luttes&#034; : douze pages de reportages, d'analyses, de cartographie et de rencontres autour du livre, de ses travailleurs et de ses combats. A retrouver dans le num&#233;ro 146 (septembre 2016) de CQFD. &#171; J'ai appris &#224; &#233;crire, et bougrement bien. Des oiseaux et des trucs dans ce go&#251;t-l&#224; ; pas seulement de l'&#233;criture de mots. Mon p&#232;re serait pas content s'il me voyait sortir un oiseau comme &#231;a d'un seul coup de crayon. (...) Les fantaisies de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-edition" rel="tag"&gt;l'&#233;dition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/J-ai-appris" rel="tag"&gt;J'ai appris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-ecriture" rel="tag"&gt;l'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/appris" rel="tag"&gt;appris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/bougrement" rel="tag"&gt;bougrement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction du dossier &#034;Des livres et des luttes&#034; : douze pages de reportages, d'analyses, de cartographie et de rencontres autour du livre, de ses travailleurs et de ses combats. A retrouver dans le num&#233;ro 146 (septembre 2016) de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; &lt;i&gt;J'ai appris &#224; &#233;crire, et bougrement bien. Des oiseaux et des trucs dans ce go&#251;t-l&#224; ; pas seulement de l'&#233;criture de mots. Mon p&#232;re serait pas content s'il me voyait sortir un oiseau comme &#231;a d'un seul coup de crayon. (...) Les fantaisies de ce genre-l&#224;, &#231;a lui pla&#238;t pas. D&#233;j&#224; l'&#233;criture, il aime pas &#231;a. J'ai id&#233;e qu'&#231;a lui fait un peu peur. &#192; chaque fois que Pa a vu de l'&#233;criture, y a toujours eu quelqu'un qui lui a pris quelque chose.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Steinbeck, &lt;i&gt;Les Raisins de la col&#232;re&lt;/i&gt;, 1939.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lire et &#233;crire sonne encore comme l'un des premiers marqueurs sociaux, &#233;l&#233;mentaire &#233;cr&#233;mage pour s&#233;parer les aptes des inaptes, les sachants des ignares, voire les barbares des civilis&#233;s. Plus encore que le nom des rues ou les documents administratifs, l'&#233;paisseur des livres, et les jargons dont ils s'arment, exclut et divise. Selon l'Insee, en 2014, 70% des ouvriers et des agriculteurs, et 40% des employ&#233;s contre 20% des cadres n'avaient ouvert aucun livre. La &#171; d&#233;mocratisation &#187; de la culture tant d&#233;sir&#233;e par la gauche post-68 a augment&#233; les dividendes des Fnac et des Leclerc, pendant que les gens oubliaient de lire. Entre 1973 et 2008, le nombre des 15-39 ans lisant une vingtaine d'ouvrages par an a chut&#233; de 38,5 &#224; 14% pour les hommes et de 55,5 &#224; 16,5% pour les femmes. Plus que jamais, passer la porte d'une librairie ou d'une biblioth&#232;que de quartier, s'avancer nu dans ce silence sans corps, n'est pas donn&#233; &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pourtant pas le livre en tant que tel, mais les pratiques sociales qui l'entourent. L'&#233;ducation populaire a su pour un temps casser l'&#233;litisme du papier, et la lecture garde encore aujourd'hui sa promesse d'&#233;vasion. C'est avec des livres que les gens se sont organis&#233;s en communistes contre le capitalisme, en anarchistes contre l'&#201;tat, en r&#234;veurs contre les tristesses du r&#233;el. Ce n'est donc pas du livre qui domine dont ce dossier parle, mais de celui qui rassemble, et de celui qui lutte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-53.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH1085/-53-dfb75.jpg?1779632950' width='400' height='1085' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Brecht Evens.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pris dans les logiques de la modernit&#233;, le monde de l'&#233;dition ressemble fort &#224; l'accaparement des terres du roman de Steinbeck, avec le sinistre &#233;puisement des sols que nous vivons aujourd'hui. Depuis l'apr&#232;s-guerre, la concentration du march&#233; n'a cess&#233; de s'affirmer, laissant de grandes entreprises (Voir la cartographie p. VI-VII du dossier dans le journal papier) avaler les maisons d'&#233;dition qui brillaient plus par leur originalit&#233; ou leur libert&#233; &#233;ditoriales que par leur prouesses comptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, le secteur de la logistique, activit&#233; &#224; faible valeur symbolique ajout&#233;e, a fini par s'imposer comme arbitre du march&#233;. Que ce soient avec Amazon ou les g&#233;ants de l'&#233;dition qui s'&#233;quipent d'un puissant outil de distribution, les lois de l'entrep&#244;t ont triomph&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2009, les dix plus gros diffuseurs-distributeurs de livres repr&#233;sentaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le marketing gouverne la production de livres, avec ses &lt;i&gt;cost-killers&lt;/i&gt;, super-managers, directeurs financiers... Et comme en agriculture, on n'h&#233;site pas &#224; surproduire pour saturer le march&#233; et mieux vendre, quitte &#224; anticiper la destruction des produits surnum&#233;raires&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le pilon ne constitue pas seulement la sanction d'une m&#233;vente. L'&#233;clatante (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Bref, dire que la mainmise des gestionnaires sur le monde de l'&#233;dition menace l'imagination et la critique contenue dans les livres rel&#232;ve du doux euph&#233;misme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces chantres du lib&#233;ralisme charrient leur chagrin : les logiques du travail &#224; la t&#226;che et &#224; la journ&#233;e rappellent les mis&#233;rables heures de la paysannerie d'antan. Les m&#233;tiers du livre s'organisent aujourd'hui comme un grand laboratoire de l'exploitation moderne : le statut d'autoentrepreneur permet un salariat d&#233;guis&#233; &#8211; bon march&#233; et docile&#8211;, les contrats d'embauche et les CDI se font de plus en plus rares, le travail &#224; domicile via Internet emp&#234;che toute solidarit&#233; entre travailleurs et toute lutte collective en cas de conflit... La r&#233;mun&#233;ration symbolique sert alors &#224; justifier les salaires au lance-pierres, et l'usage banalis&#233; du paiement en droits d'auteur (moins on&#233;reux en charges patronales et n'ouvrant &#224; quasi aucun droit social) pour &#224; peu pr&#232;s tous les m&#233;tiers (correcteurs, graphistes, maquettistes, etc.) permet de combler les br&#232;ches. En somme, l'&#233;conomie des belles lettres carbure &#224; la crasse pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi le monde du livre pourrait-il &#234;tre un autre laboratoire, celui des luttes sociales &#224; venir, des organisations loin des syndicats &#224; papa qui ne parviennent pas &#224; penser l'en dehors du salariat et de l'usine. &#192; travers des t&#233;moignages de libraires, d'&#233;diteurs ou de distributeurs engag&#233;s, des rencontres avec des collectifs de pr&#233;caires et des reportages dans des lieux menac&#233;s, ce dossier explore cette piste : penser l'&#233;crit comme une lib&#233;ration de la parole r&#233;volt&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2009, les dix plus gros diffuseurs-distributeurs de livres repr&#233;sentaient 95 % du march&#233;. Et ils r&#233;alisaient plus de quatre milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit pr&#232;s du double de celui des 10 000 &#233;diteurs fran&#231;ais, et &#224; peu pr&#232;s autant que celui des 15 000 librairies du pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Le pilon ne constitue pas seulement la sanction d'une m&#233;vente. L'&#233;clatante r&#233;ussite d'un auteur produit autant de pilonnage que l'&#233;chec. Cela fait partie d'une strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;e de surproduction. Il n'est pas rare qu'un &#233;diteur prenne d&#232;s le d&#233;part le parti de faire imprimer des milliers de livres pour les pilonner. Car leur r&#244;le consistera &#224; impressionner, &#224; donner le sentiment de l'importance de l'&#339;uvre. Il faut se montrer, faire masse dans les Fnac, &#233;craser la concurrence par le poids. L'entassement de 100 000 livres sert &#224; en faire acheter 50 000. Les 50 000 autres seront broy&#233;s. Car le pilon co&#251;te moins cher que le stockage. Il rapporte, m&#234;me : 100 euros la tonne de papier.&lt;/i&gt; &#187;, &#171; Le cauchemar du pilon &#187;, Pierre Jourde, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 30 oct. 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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