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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Trois mois en &#201;thiopie</title>
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		<dc:creator>Mira Garou et Donatien Ducasse</dc:creator>


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&lt;p&gt;L'&#201;thiopie ? Avant de rencontrer No&#233;mie, Abel et leurs trois enfants, nous n'avions jamais pens&#233; y aller. Par contre, r&#233;volt&#233;s par la situation faite ici aux migrants, nous &#233;tions curieux. Abel est n&#233; en &#201;rythr&#233;e quand celle-ci &#233;tait encore &#233;thiopienne. Il dit la beaut&#233; de cette r&#233;gion, mais aussi le scandale des famines de 1973 et 1984 : &#171; L'&#201;thiopie est riche, toutes les terres sont cultiv&#233;es, c'est la sp&#233;culation qui a provoqu&#233; &#231;a. &#187; Abel peut parler pendant des heures de son enfance en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#201;thiopie ? Avant de rencontrer No&#233;mie, Abel et leurs trois enfants, nous n'avions jamais pens&#233; y aller. Par contre, r&#233;volt&#233;s par la situation faite ici aux migrants, nous &#233;tions curieux. Abel est n&#233; en &#201;rythr&#233;e quand celle-ci &#233;tait encore &#233;thiopienne. Il dit la beaut&#233; de cette r&#233;gion, mais aussi le scandale des famines de 1973 et 1984 : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;thiopie est riche, toutes les terres sont cultiv&#233;es, c'est la sp&#233;culation qui a provoqu&#233; &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Abel peut parler pendant des heures de son enfance en &#201;rythr&#233;e. &#201;lev&#233; par les grands-parents, parce que son p&#232;re &#233;tait parti combattre pour l'ind&#233;pendance, il se rem&#233;more son voyage &#224; pied avec les rebelles pour rejoindre le Soudan : &#171; &lt;i&gt;Les conditions devaient &#234;tre terribles pour les adultes, on marchait tout le temps, dans la montagne... Et pourtant ils &#233;taient doux avec nous, les petits, ils nous donnaient tout ce qu'il y avait de meilleur...&lt;/i&gt; &#187; Puis les camps de r&#233;fugi&#233;s. &#192; l'ind&#233;pendance de l'&#201;rythr&#233;e, sa famille rentre au pays, mais lui d&#233;cide de rester au Soudan. Il y rencontre No&#233;mie, avec qui il vient en France, o&#249; ils resteront sept ans. Abel raconte qu'en &#201;rythr&#233;e, l'enr&#244;lement militaire est obligatoire pour les hommes, toute leur vie. La dictature enl&#232;ve, torture, et de plus en plus d'&#201;rythr&#233;ens &#233;chappent &#224; cet enfer en se r&#233;fugiant dans d'autres pays africains, en particulier l'&#201;thiopie, ou tentent le grand saut vers l'Europe, les USA... Tout est dit avec col&#232;re, mais aussi en riant, comme pour relativiser, adoucir, au gr&#233; de mille anecdotes relatant la solidarit&#233;, l'humour et la force de caract&#232;re des &#201;thiopiens. Quand No&#233;mie et Abel ont d&#233;cid&#233; d'aller vivre l&#224;-bas, nous savions que nous irions les rejoindre. Et, &#224; la fin du voyage, Abel nous chargera d'une mission : &#171; &lt;i&gt;Racontez ce que vous avez vu ici !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2415 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH366/-682-da284.jpg?1768651932' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par le Cresadt.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout appara&#238;t &#224; la fois fragile, &#233;ph&#233;m&#232;re et en m&#234;me temps immuable, &#233;ternel. Dans ce pays qui a subi tant de calamit&#233;s, de famines, de guerres, une vie ne vaut pas cher et l'&#233;nergie vitale de la jeunesse est d&#233;bordante. On y per&#231;oit une tension permanente entre une explosion qui semble imminente et une sorte de sagesse h&#233;rit&#233;e d'un sort commun, qui se manifeste dans les gestes quotidiens, les attitudes faites de respect mutuel, de dignit&#233; et de&#8230; gentillesse&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette gentillesse, si d&#233;su&#232;te aux yeux des ricaneurs trop faits aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays n'a pas connu de rupture coloniale. Certes, les fascistes italiens s'y sont install&#233;s pendant cinq ans, de 1936 &#224; 1941, mais conqu&#233;rir n'est pas coloniser. C'est d'ailleurs un d&#233;sir de revanche qui animait Mussolini : quarante ans auparavant, en 1896, les troupes italiennes avait &#233;t&#233; taill&#233;es en pi&#232;ces par M&#233;n&#233;lik II, &#224; Adoua, dans le Tigr&#233;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la deuxi&#232;me victoire d'une arm&#233;e africaine sur la sup&#233;riorit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. La fiert&#233; d'appartenir &#224; une nation qui n'a jamais &#233;t&#233; colonis&#233;e permet une relation apais&#233;e, motiv&#233;e par la seule curiosit&#233;, avec les quelques visiteurs &lt;i&gt;faranjies&lt;/i&gt; (&#171; Francs &#187;) qu'on croise. On n'exprime vis-&#224;-vis d'eux ni complexe d'inf&#233;riorit&#233;, ni ressentiment d'anciens colonis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quelques semaines, ce qui frappe et provoque un sentiment de vertige, c'est la d&#233;mesure et le paradoxe : le choc entre la p&#233;rennit&#233; d'une antique civilisation et les contraintes impos&#233;es par une modernisation impitoyable, aveugle. La m&#233;tropole d'Addis-Abeba&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fleur nouvelle &#187;, en amharique. Celle de l'eucalyptus, que M&#233;n&#233;lik II fit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, par exemple, est constitu&#233;e &#224; 80 % d'un habitat de type &#171; favelas &#187; o&#249; la vie est tr&#233;pidante, o&#249; foisonnent les petits commerces... et dans lequel sont fich&#233;es de gigantesques tours, des quartiers entiers de tours de b&#233;ton au pied desquelles survivent des groupes de mendiants, dont on ne sait pas bien si certains sont encore en vie. Ce d&#233;cor urbain se retrouve dans la plupart des agglom&#233;rations &#233;thiopiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des zones les plus urbanis&#233;es aux villes moyennes et &#224; la campagne, les deux principales religions, chr&#233;tienne et musulmane, se livrent &#224; une concurrence architecturale d&#233;brid&#233;e. Les &#233;glises orthodoxes et les mosqu&#233;es, des plus monumentales aux plus modestes, se c&#244;toient et poussent comme des champignons. Chaque religion veut imposer son prestige &#224; l'autre et faire montre de son influence et de sa richesse. Un peu plus de 50 % des &#201;thiopiens sont de religion chr&#233;tienne orthodoxe copte&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, l'&#201;glise &#233;thiopienne est ind&#233;pendante du patriarcat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, 40 % pratiquent la religion musulmane et le reste est animiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir du clerg&#233; orthodoxe s'affiche dans la vie quotidienne : il n'est pas rare de voir des jeunes, filles et gar&#231;ons au look branch&#233;, s'arr&#234;ter dans la rue pour baiser la croix ou la bague d'un pr&#234;tre qui les b&#233;nira en retour, ou lui offrir le prix de sa place dans un minibus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre un appendice lointain et isol&#233; du continent africain, l'&#201;thiopie &#8211; il faut inclure de ce point de vue l'&#201;rythr&#233;e actuelle, puisque leurs histoires ont &#233;t&#233; communes jusqu'en 1993 &#8211; a &#233;t&#233; un carrefour extraordinaire de cultures et de civilisations qui ont fond&#233; son histoire &#8211; et sa sp&#233;cificit&#233;. D&#232;s le IVe et Ve si&#232;cles, le royaume chr&#233;tien d'Aksoum, au nord du pays, d&#233;veloppait des relations commerciales et politiques avec la vall&#233;e du Nil, Alexandrie, Rome, Palmyre en Syrie, et l'Extr&#234;me-Orient, jusqu'au sud de l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mesure dans l'espace : sa topographie d'abord &#8211; deux tiers du pays sont situ&#233;s entre 1 500 et 4 500 m&#232;tres d'altitude : hauts plateaux culminant &#224; 2 000 ou 3 000 m&#232;tres, d&#233;chir&#233;s de rivi&#232;res encaiss&#233;es, gorges profondes, massifs escarp&#233;s. La vall&#233;e du Rift est une cicatrice b&#233;ante de 6 000 kilom&#232;tres de long. La fracture s'ouvre en Syrie et se prolonge dans la mer Rouge, traverse l'&#201;thiopie du nord au sud et sillonne le paysage jusqu'au Mozambique. Les Hautes-Terres ont &#233;t&#233; historiquement le lieu du pouvoir, le refuge des lieux saints, de l'&#233;lite aristocratique. De l&#224; est partie la reconqu&#234;te du pays entreprise par M&#233;n&#233;lik &#224; la fin du XIXe, qui donna &#224; l'&#201;thiopie ses fronti&#232;res actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mesure dans le temps : depuis vingt si&#232;cles, une entit&#233; politique, un &#201;tat se r&#233;clamant d'une civilisation &#233;crite, puis d'une tradition chr&#233;tienne venue du Moyen-Orient, se perp&#233;tue sur les hauts plateaux de la Corne de l'Afrique. &#171; &lt;i&gt;Pour les chr&#233;tiens &#233;thiopiens, cette terre est un don de Dieu&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;Jusqu'&#224; Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, ses seuls dirigeants l&#233;gitimes descendaient de Salomon, comme les rois d'Isra&#235;l. La culture &#233;thiopienne trouve ses racines dans une histoire sainte&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Gascon, Sur les hautes terres comme au ciel, Publications de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIe si&#232;cle, l'Empire chr&#233;tien amhara a bien failli dispara&#238;tre, emport&#233; par le djihad du Gragn. En 1531, les troupes musulmanes assaillent les hauts plateaux. Aksoum tombe en 1535. Mais en 1543, le Gragn (le gaucher en arabe) est tu&#233;. Son arm&#233;e, vaincue gr&#226;ce &#224; l'intervention du roi tr&#232;s catholique du Portugal qui, pour s&#233;curiser la route des Indes, disposait d'une flottille dans la mer Rouge, se replie sur Harar d'o&#249; il &#233;tait parti. Mais le traumatisme li&#233; &#224; cette invasion va perdurer. Les basses terres, d'o&#249; &#233;tait parti le djihad, resteront pour des si&#232;cles une terre vue comme impie, dangereuse, peupl&#233;e de barbares incultes, de primitifs. N&#233;anmoins, l'islam aura laiss&#233; son empreinte pour toujours, en particulier &#224; l'est et au sud du pays. De plus, les Oromos, &#233;leveurs et agriculteurs venus du sud, profitant de l'affaiblissement du royaume chr&#233;tien, entam&#232;rent de leur c&#244;t&#233; une lente progression vers le nord, l'est et l'ouest pour s'installer jusqu'aux marches de l'empire. Qui devait ensuite les soumettre en les r&#233;duisant &#224; un &#233;tat de quasi-esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me monarchique, qui promouvait la modernisation du pays tout en perp&#233;tuant le cadre autoritaire traditionnel, f&#233;odal et religieux duquel le n&#233;gus tirait sa l&#233;gitimit&#233;, n'a pas fondamentalement disparu. Il a &#233;volu&#233;. Le respect de la hi&#233;rarchie qui fondait un Empire chr&#233;tien sacralis&#233; marque encore aujourd'hui la soci&#233;t&#233; &#233;thiopienne, m&#234;me si, ces quarante derni&#232;res ann&#233;es, le pays a subi l'acc&#233;l&#233;ration de l'histoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#233;clin et fin de l'ancien r&#233;gime avec la chute de Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;lan irr&#233;sistible, puis fossilisation de la r&#233;volution du Derg avec Mengistu et son marxisme officiellement ath&#233;e, militaire et nationaliste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Lib&#233;ralisme actuel, affich&#233; et fond&#233; sur le nationalisme et le poids de l'&#201;tat, accompagn&#233; de l'expropriation brutale des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cr&#233;tant en 1975 une r&#233;forme agraire radicale, les militaires voulurent &#224; la fois affaiblir le pouvoir amhara, fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re des princes, et redistribuer les terres aux paysans. Ayant reconnu dans la Constitution l'&#233;galit&#233; entre les cultures et les peuples d'&#201;thiopie, la r&#233;volution formulait le projet de changer leur r&#233;partition et leur habitat de fa&#231;on &#224; favoriser leur fusion et l'&#233;closion d'&#171; un peuple socialiste &#187;. Seulement voil&#224;, le peuple n'est pas quinquennal ! Et si la chute du n&#233;gus (roi des rois) et la r&#233;volution avaient au d&#233;but soulev&#233; l'enthousiasme des paysans, les jeunes id&#233;ologues &#8211; des &#233;tudiants charg&#233;s d'aller pr&#234;cher la bonne parole dans le pays &#8211; furent rapidement re&#231;us &#224; coups de lances et de kalachnikovs par des peuples qui refusaient d'abandonner leurs terres, leur longue exp&#233;rience de cultivateurs et leurs lois coutumi&#232;res r&#233;gissant la propri&#233;t&#233; des sols. Ce que le pouvoir nommait &#171; villagisation &#187; dissimulait une d&#233;portation massive dans des esp&#232;ces de kolkhozes isol&#233;s sur des terres sans ressources. Le pouvoir dut faire face &#224; un soul&#232;vement, du nord au sud, de la population paysanne, qualifi&#233;e entre-temps d'arri&#233;r&#233;e. La r&#233;pression fut sanglante. Le r&#232;gne du n&#233;gus rouge et de ses militaires, de 1974 &#224; 1991, se solda par la disparition ou l'ex&#233;cution d'environ 200 000 personnes. Mengistu alla jusqu'&#224; bombarder certaines villes du nord-est du pays. En 1991, il s'enfuit au Zimbabwe, abandonnant son arm&#233;e, dont les survivants vont constituer une part importante des mendiants, souvent infirmes, qui peuplent les trottoirs des zones urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, les forces du Front populaire d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire &#233;thiopien (FPDRE), alli&#233;es au Front populaire de lib&#233;ration du Tigr&#233; (FPLT), instituent un gouvernement provisoire. En 1994 ont lieu les premi&#232;res &#233;lections d&#233;mocratiques. De fa&#231;on &#224; concilier les int&#233;r&#234;ts souvent antagoniques des quelque quatre-vingts ethnies du pays, 547 d&#233;put&#233;s ont r&#233;dig&#233; et adopt&#233; une nouvelle Constitution qui r&#233;git la R&#233;publique d&#233;mocratique f&#233;d&#233;rale d'&#201;thiopie jusqu'&#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa reconnaissance du droit des peuples &#224; la s&#233;cession, cette Constitution n'emp&#234;che pas l'indiff&#233;rence et le m&#233;pris des pouvoirs successifs envers la population. C'est sans vergogne aucune que le pouvoir actuel expulse ou d&#233;porte &#224; sa guise, sans compensation financi&#232;re, la population rurale, paysans ou &#233;leveurs. Quand on sait que 80 % de la main-d'&#339;uvre travaille dans l'agriculture, on mesure la gravit&#233; des catastrophes dont l'avidit&#233; des classes dirigeantes fait le lit. L'&#201;tat brade les terres aux grands groupes internationaux, chinois, saoudiens, indiens, europ&#233;ens et am&#233;ricains, leur accordant des concessions pour 100 ou 150 ans. La Chine, par exemple, est charg&#233;e de construire la bien nomm&#233;e &#171; route chinoise &#187;, qui traversera le pays d'est en ouest, et dont les explosifs et les bulldozers &#233;ventrent les villages qui se trouvent sur son chemin, les asphyxiant dans un nuage permanent de poussi&#232;re et exploitant sauvagement leurs habitants sur ses chantiers. L'Arabie Saoudite a pris possession d'immenses zones humides &#224; l'ouest du pays, en pr&#233;vision d'un manque d'eau chez elle, et alors qu'une terrible s&#233;cheresse s'annonce depuis deux ans. Les conditions sont encore une fois r&#233;unies pour qu'une terrible famine s'abatte sur le pays&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux grandes famines ont frapp&#233; l'&#201;thiopie contemporaine, principalement les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Les Oromos&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Oromos et les Amharas repr&#233;sentent ensemble 70 % de la population, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, qui repr&#233;sentent 35 % de la population, manifestent depuis novembre 2015 pour protester contre un projet d'agrandissement d'Addis-Abeba. Ils craignent &#224; juste titre que l'on oblige les paysans &#224; quitter leurs terres ancestrales. Au cours de la d&#233;cennie &#233;coul&#233;e, 150 000 fermiers oromos ont d&#251; abandonner leurs villages. Et en d&#233;cembre 2015, lors de deux manifestations de masse, 140 personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat a donc besoin d'une arm&#233;e forte et d'une police omnipr&#233;sente. Cela lui co&#251;te cher&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L' &#201;thiopie est consid&#233;r&#233;e par les Occidentaux comme un alli&#233; cl&#233; dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; et le pousse &#224; faire appel &#224; de nouveaux investisseurs. La boucle est boucl&#233;e et se resserre au cou des &#201;thiopiens. Et la question r&#233;currente pos&#233;e &#224; tous les gouvernements depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle reste irr&#233;solue : comment maintenir l'ordre des choses en centralisant &#224; outrance le pouvoir politique&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis plus de vingt ans, le pouvoir central se concentre surtout entre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; tout en satisfaisant, partiellement au moins, les aspirations r&#233;gionalistes, linguistiques, religieuses des ethnies, toujours consid&#233;r&#233;es comme mena&#231;antes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;quilibre pr&#233;caire aggrav&#233; par une irr&#233;sistible pouss&#233;e d&#233;mographique. Les n&#233;gus achetaient les notables des r&#233;gions qu'ils venaient de conqu&#233;rir. Mengistu imposait aux &#201;tats f&#233;d&#233;raux nouvellement cr&#233;&#233;s une bureaucratie s'&#233;tendant jusqu'au plus petit village. Un trac&#233; assez machiav&#233;lique de nouvelles fronti&#232;res entre ces &#201;tats permettait de jouer une ethnie contre une autre quand cela arrangeait le pouvoir central. M&#233;thode qu'appliquent encore ses successeurs. Mais les risques d'&#233;clatement sont grands, chaque &#201;tat f&#233;d&#233;ral aspirant avec le temps &#224; plus d'ind&#233;pendance. &#192; l'&#233;poque des n&#233;gus, les hommes et les femmes &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des serfs ; pour Mengistu, ils &#233;taient des ectoplasmes prol&#233;tariens en devenir ; et aux yeux des affairistes lib&#233;raux qui dirigent le pays depuis plus de vingt ans, ils n'existent tout simplement pas. Sauf quand il s'agit de les r&#233;primer &#224; balles r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH378/-679-85ffe.jpg?1768651932' width='400' height='378' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Carnets d'un voyage au &#171; pays des visages br&#251;l&#233;s &#187;&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En grec ancien, &#171; &#233;thiopos &#187;.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Addis-Abeba &#8211; 2500m d'altitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;r&#233;monie du caf&#233; &#8211; &lt;i&gt;bunna&lt;/i&gt; dans toutes les langues &#233;thiopiennes &#8211;, c'est l'affaire des jeunes femmes. &#192; elles de rendre accueillant un devant de porte parfois sordide o&#249; les gens viennent finir de se r&#233;veiller et bavardent avant d'aller vaquer &#224; leurs activit&#233;s. Ici, toute la sociabilit&#233; se joue sur le seuil, rarement dans les maisons. Elles pr&#233;parent les braises, disposent un tapis d'herbes &#8211; &lt;i&gt;keitama&lt;/i&gt; &#8211; autour duquel les convives s'installent. Les grains verts sont grill&#233;s &#224; la po&#234;le avant d'&#234;tre moulus au pilon et pr&#233;sent&#233;s au client pour qu'il en appr&#233;cie l'ar&#244;me. Le caf&#233; est alors vers&#233; dans la &lt;i&gt;djebena&lt;/i&gt; (broc en argile), o&#249; il va bouillir. Retir&#233; du feu, on attend que le caf&#233; se d&#233;pose. Pendant cette pr&#233;paration, les femmes jettent de l'encens, des bois parfum&#233;s et des grains de caf&#233; sur des braises qui rougeoient dans une &lt;i&gt;gatcha&lt;/i&gt;, bras&#233;ro en terre cuite. Par raffinement, le caf&#233; est servi avec une plante, &lt;i&gt;teni adam&lt;/i&gt;, dans la &lt;i&gt;djebena&lt;/i&gt; ou pos&#233;e pr&#232;s de la tasse. Elle le parfume et att&#233;nue son amertume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les campagnes, il est fr&#233;quent d'avoir dans le jardin enclos quelques plants de caf&#233;. Jusqu'au XIXe si&#232;cle, l'&#201;glise condamnait son usage et celui du tabac, signes d'appartenance &#224; l'islam. L'arriv&#233;e du chemin de fer &#224; Addis-Abeba, en 1917, poussa l'onde caf&#233;i&#232;re vers l'ouest : progression irr&#233;sistible du domaine du caf&#233;, dont le n&#233;gus disputait les b&#233;n&#233;fices aux ras, seigneurs locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de notre voyage, d&#232;s le lever du soleil, nous chercherons le premier &lt;i&gt;bunna-shop&lt;/i&gt; ouvert pour le plaisir de ce rituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ankober &#8211; 3000m d'altitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyage en minibus depuis Addis &#8211; 30 km de campagnes cultiv&#233;es, de hameaux, dans une ambiance paisible et des paysages grandioses. C'est la fin de la saison des pluies. Pendant juillet, ao&#251;t et m&#234;me septembre, il est tomb&#233; des trombes d'eau sur cette r&#233;gion, tous les jours, pendant des heures. En octobre et jusqu'en janvier, c'est la saison des semailles, des r&#233;coltes. Les paysans utilisent l'araire et les b&#339;ufs, la moindre parcelle est travaill&#233;e : bl&#233;, mil, sorgho, teff (c&#233;r&#233;ale end&#233;mique), lentilles, pois chiches&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;n&#233;lik II avait install&#233; sa premi&#232;re capitale ici, dans le Choa, avant de choisir Addis. Quand nous disons o&#249; nous dormons, les gens &#233;clatent de rire. Notre h&#244;tel, qui a &#233;t&#233; fort bien con&#231;u &#8211; grandes baies vitr&#233;es sur chaque fa&#231;ade &#8211;, est une coquille vide. La citerne sur le toit est ass&#233;ch&#233;e et les canalisations cass&#233;es. Toute la plomberie a disparu. Il n'y a plus de prises &#233;lectriques, les c&#226;bles sont &#224; nu et l'intensit&#233; &#233;lectrique tr&#232;s faible. &#171; &lt;i&gt;L'h&#244;tel n'a jamais fonctionn&#233;. Il faudrait une pompe pour faire monter l'eau de la rivi&#232;re, mais la municipalit&#233; n'a pas d'argent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;choppes, avec le caf&#233; ou le th&#233;, on sert une &lt;i&gt;inj&#233;ra&lt;/i&gt; (galette de teff) &#233;miett&#233;e, tremp&#233;e dans une sauce et servie dans une autre &lt;i&gt;inj&#233;ra&lt;/i&gt; &#8211; le &lt;i&gt;ferfer&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Vous voyez, les &#201;thiopiens aiment tellement l'inj&#233;ra qu'ils mettent de l'inj&#233;ra dans l'inj&#233;ra !&lt;/i&gt; &#187; L'arriv&#233;e d'un inconnu provoque un silence soudain : &#171; &lt;i&gt;Il y a beaucoup d'indicateurs de police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la campagne, un paysan, sa kalachnikov en bandouli&#232;re, prot&#232;ge sa famille qui marche derri&#232;re. Des enfants nous r&#233;clament des stylos et des cahiers. Plusieurs adultes nous demandent de l'argent&#8230; et nous h&#233;sitons. Mais tout le monde donne aux mendiants, ils font partie de la soci&#233;t&#233;. Il n'y a pas de regard n&#233;gatif sur eux. Ils sont souvent handicap&#233;s, ou alors ce sont des femmes avec des enfants en bas &#226;ge et les personnes valides en tiennent compte. Nous restons quatre jours &#224; Ankober. Elle a imprim&#233; son rythme &#224; notre voyage : la lenteur, le plaisir et le temps de la rencontre, la bienveillance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH225/-680-5f68a.jpg?1768651932' width='400' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Addis-Abeba&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour &#224; Addis, o&#249; nous passons quelques jours. &#171; &lt;i&gt;Depuis 1974, l'&#201;tat est propri&#233;taire des terres et les paysans ont la jouissance de ce qu'ils produisent&lt;/i&gt;, nous explique Abel. &lt;i&gt;On donnait telle ou telle parcelle &#224; une famille en fonction du nombre d'enfants. Il n'y a pas longtemps encore, il n'y avait pratiquement pas d'argent qui circulait, la production familiale &#233;tait auto-suffisante, les gens n'avaient besoin d'acheter que le sel, le sucre, la lessive&#8230; Avec l'arriv&#233;e de la t&#233;l&#233;, du t&#233;l&#233;phone, il est n&#233;cessaire d'avoir plus d'argent : une carte SIM co&#251;te de dix &#224; vingt birrs par jour. Et puis, ces derni&#232;res ann&#233;es, l'&#201;tat loue les terres &#224; des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es avec des baux de 99 ans. Les choses &#233;voluent, dans le mauvais sens. Dans notre quartier, il y a l'eau une fois par semaine, et encore pas tout le temps ! Juste avant les &#233;lections, l'an dernier, sept personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es devant le local du parti d'opposition.&lt;/i&gt; &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nazret (Adama, en oromo) &lt;/strong&gt; Dans ce bus plein &#224; craquer, il y a cinq femmes, une en niqab noir, trois avec des foulards et une t&#234;te nue. Juste devant nous, ils sont trois ou quatre qui se partagent un gros bouquet de &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; et nous en offrent quelques branches. Ils vont discuter, rire vivement pendant plusieurs heures. Les autres passagers sont plut&#244;t silencieux. Le &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; est un stup&#233;fiant qui aide &#224; supporter la fatigue. Il enflamme l'imagination et les conversations. &#171; Brout&#233; &#187; surtout par les musulmans, il se r&#233;pand en ville chez les jeunes chr&#233;tiens. C'est un arbuste dont on mastique les jeunes pousses fra&#238;ches et juteuses. Tout au long du voyage, nous verrons des march&#233;s r&#233;serv&#233;s au &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; et, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, tout le monde en consomme &#8211; un peu moins toutefois dans le Tigr&#233;. Sur les routes, &#224; la verticale des pr&#233;cipices les plus vertigineux, il n'est pas rare que le chauffeur m&#226;chonne son bouquet en l'accompagnant de cacahu&#232;tes et de soda, car le &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; dess&#232;che la bouche. Dans la r&#233;gion de Harar, les caf&#233;iers reculent devant l'expansion du &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt;, export&#233; au Y&#233;men, en Somalie. &#192; Djibouti, o&#249; c'est un monopole d'&#201;tat, les gens y engloutissent jusqu'&#224; 60 % de leurs revenus. &#171; &lt;i&gt;Dans les avions en partance pour Djibouti, les ballots de qat sont prioritaires sur les passagers&lt;/i&gt;, raconte Abel. &lt;i&gt;L&#224;-bas, une journ&#233;e sans arrivage peut provoquer des &#233;meutes.&lt;/i&gt; &#187; En 2001, &#224; cause de la baisse des cours mondiaux du caf&#233;, ce stup&#233;fiant est pass&#233; ici au deuxi&#232;me rang des exportations, devant les cuirs et les peaux. Le caf&#233; est toujours le premier pourvoyeur de devises. Les seigneurs de la guerre somaliens assoient leur pouvoir sur le trafic d'armes et de &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2414 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-681-ad6da.jpg?1768651932' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dir&#233;-Daoua&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depardon et Guillebaud, dans le livre &lt;i&gt;La Porte des larmes&lt;/i&gt;, s'attardent sur la situation de cette ville : &#171; &lt;i&gt;En soixante ans, les habitants se seront trouv&#233;s, trois fois de suite, aux premi&#232;res loges pour assister &#224; l'&#233;croulement d'un nouveau monde qu'ils avaient vu na&#238;tre. En 1935, c'est par Dir&#233;-Daoua et son chemin de fer que Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, roi depuis 1928 et empereur depuis 1931, s'enfuit devant les troupes italiennes&#8230; En 1974, c'est d'ici que partit la r&#233;volte militaire qui allait emporter le r&#233;gime imp&#233;rial. La premi&#232;re manifestation d'indiscipline eut lieu dans cette vaste province. En janvier de cette ann&#233;e-l&#224;, les soldats cantonn&#233;s &#224; Gode face &#224; l'ennemi somalien, prirent en otage et contraignirent un g&#233;n&#233;ral venu d'Addis &#224; manger la nourriture infecte et avari&#233;e des soldats. Quelques mois plus tard se leva la temp&#234;te qui allait emporter l'empereur. En 1991, les soldats du n&#233;gus rouge en retraite livrent leur ultime combat.&lt;/i&gt; &#187; Deuxi&#232;me ville du pays, Dir&#233;-Daoua est un important carrefour commercial. Il y a deux gros march&#233;s, le &#171; &lt;i&gt;chinese market&lt;/i&gt; &#187; et le &#171; &lt;i&gt;qat market&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Harar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre chambre a un balcon qui donne sur une place o&#249;, d&#232;s le lever du jour, les femmes s'installent &#224; m&#234;me le sol avec &lt;i&gt;qat,&lt;/i&gt; oignons, ail, tomates, pommes de terre, citrons, oranges&#8230;, et y resteront jusqu'&#224; la nuit. Les hommes s'affairent avec les brouettes, les charrettes &#224; deux roues tir&#233;es par des chevaux, les &lt;i&gt;bagaj&lt;/i&gt; (triporteurs), les 404... Les enfants nous abordent en criant &#171; &lt;i&gt;Rimbaud ! Rimbaud !&lt;/i&gt; &#187; pour nous conduire &#224; la (fausse) maison du po&#232;te, am&#233;nag&#233;e en mus&#233;e. Beaucoup refusent de parler l'amharique&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De nos jours, l'amharique est la langue majoritaire des &#201;thiopiens, pour 27 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt; et r&#233;pondent en oromo, harari ou somali. En bas de l'h&#244;tel, un vieux gardien enroul&#233; dans une couverture, kalachnikov &#224; l'&#233;paule, se met au garde-&#224;-vous d&#232;s qu'on entre ou sort. Nous avons achet&#233; du &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; et l&#224;, apr&#232;s-midi d&#233;lirante&#8230; Tout nous r&#233;jouissait, nous faisait rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cit&#233; fond&#233;e au Ve si&#232;cle, Harar fut capitale d'un &#201;tat musulman. Nous n'y avons pas trouv&#233; la grande pauvret&#233; qui prend &#224; la gorge &#224; Dir&#233;-Daoua, &#224; seulement 40 km de l&#224;. &#192; l'ext&#233;rieur des remparts, dans la ville nouvelle, les produits chinois ont tout envahi. Autrefois, les habitants jetaient leurs ordures par des meurtri&#232;res verticales, d'antiques vide-ordures qui d&#233;bouchaient sur des cavit&#233;s am&#233;nag&#233;es au pied des murailles, et les hy&#232;nes venaient y d&#233;vorer ce que l'homme d&#233;daigne. Aujourd'hui, elles r&#244;dent toujours et aller les nourrir &#224; la tomb&#233;e de la nuit avec un &#171; dresseur &#187; est devenu une attraction touristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voyage en bus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quittons Harar pour Awash, porte du Pays afar. D&#233;filent de vastes plateaux pel&#233;s, parsem&#233;s d'&#233;pineux. Puis soudain un feu d'artifice de couleurs, on traverse un village avec son march&#233; et ses &#226;nes charg&#233;s de produits agricoles. L'habitat est &#233;parpill&#233; &#224; travers la campagne, les toits en t&#244;le brillent au soleil, &#224; perte de vue : fruit de la politique de villagisation forc&#233;e de Mengistu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Awash &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'axe routier Djibouti-Addis, nous remontons vers Bati en longeant la rivi&#232;re Awash. Le chauffeur routier nous d&#233;posera &#224; Mill&#233;. Peuple de pasteurs semi-nomades, les Afars ont toujours d&#233;clar&#233; la guerre &#224; quiconque tentait d'empi&#233;ter sur leur territoire, qu'il s'agisse de leurs voisins issas, oromos, somalis, de colons europ&#233;ens ou du gouvernement &#233;thiopien. Exclus des d&#233;cisions politiques, m&#233;pris&#233;s, regard&#233;s comme une entrave &#224; la modernisation, ils sont peu &#224; peu spoli&#233;s de leurs terres les plus fertiles. D&#232;s 1962, dans la vall&#233;e de l'Awash, &#224; l'important potentiel hydraulique, l'&#201;tat a autoris&#233; les premi&#232;res entreprises &#233;trang&#232;res &#224; pratiquer des cultures industrielles &#8211; sucre et coton. Projet tr&#232;s rentable, mais qui a oblig&#233; les populations locales &#224; s'&#233;loigner des rives de l'Awash. La pollution de l'eau, l'&#233;rosion des sols et la d&#233;pendance &#233;conomique accrue vis-&#224;-vis des centres urbains entra&#238;nent l'appauvrissement des Afars. Nous voulions les rencontrer, mais le d&#233;sert du Danakil n'est accessible qu'avec une autorisation du gouvernement f&#233;d&#233;ral et sous escorte militaire, avec 4x4, chauffeur et guide&#8230; Tr&#232;s peu pour nous, et tant pis pour les paysages lunaires annonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-683-9dd54.jpg?1768651932' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mill&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Awash &#233;tait une ville sans centre, Mill&#233; ressemble &#224; un centre sans ville. Ici, sur cette route en plein d&#233;sert, dans un grand bar ouvert aux quatre vents, il n'y a pas de chambre &#224; louer, seulement des lits, et chacun installe le sien &#224; la belle &#233;toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coiffures des femmes sont superbes, telles celles des reines d'&#201;gypte il y a 3 000 ans, tresses serr&#233;es sur le cr&#226;ne et cheveux l&#226;ch&#233;s sur les &#233;paules. C'est &#224; croire que les hommes afars font expr&#232;s de s'habiller de fa&#231;on aussi extravagante : pagnes traditionnels, chemises occidentales, et pourtant si dignes. Hier soir, B&#233;rihu nous parlait d'eux. Cet homme sensible et &#233;nergique est en col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Les Afars n'ont qu'une solution : la guerre. La police, l'arm&#233;e ne vont pas sur leur territoire. Ils sont hostiles... Peut-&#234;tre que dans quelques ann&#233;es, ils seront parqu&#233;s dans des r&#233;serves. Leurs couteaux, c'est surtout pour les querelles entre eux&lt;/i&gt;. &#187; Et les kalachnikovs ? &#171; &lt;i&gt;Ici les camions charg&#233;s de containers ne sont pas contr&#244;l&#233;s. Par contre, les passagers des bus doivent descendre pour &#234;tre palp&#233;s, ainsi que les ballots qui sont sur le toit ou en soute. La modernisation de l'&#201;thiopie ? Comme ici sur cette route ? Il y a du p&#233;trole, mais aucune retomb&#233;e pour la population, pas d'&#233;coles, rien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bati&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route chinoise, le spectacle est d&#233;solant. Maisons &#233;ventr&#233;es, arbres arrach&#233;s. Les maisons restantes se retrouvent coll&#233;es &#224; la route, &#233;branl&#233;es par le passage des camions. Des jeunes r&#233;cup&#232;rent les pierres sur le chantier pour reconstruire plus &#224; l'&#233;cart leur nouvelle demeure. Nous bavardons avec ces glaneurs, ils critiquent le chantier, la pr&#233;sence des Chinois, des capitaux chinois surtout, et les accords entre gouvernements, le m&#233;pris pour les gens. &#171; Les Chinois &#187; ont obtenu une concession pour 150 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; de Bati est un des plus grands march&#233;s du pays, avec son &#171; parking &#224; dromadaires &#187;, ses quartiers aux l&#233;gumes, c&#233;r&#233;ales, sel, &#233;pices, tissus, v&#234;tements&#8230; Il se d&#233;gage de ce march&#233; un sentiment de paix&#8230; et de vie intense. Nous avions envie de tout acheter, oranges, citrons, mangues, gingembre, miel (export&#233; en Italie)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mak'al&#233;, capitale du Tigr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche d'un plan de la ville nous a conduits jusqu'&#224; la cit&#233; administrative (mairie), immense &#233;difice de b&#233;ton. Dans une grande salle presque vide, quelques ordinateurs, des piles de dossiers pos&#233;s par terre : les employ&#233;s num&#233;risent les archives. Notre demande les embarrasse. Ambiance bureaucratique et feutr&#233;e. Notre requ&#234;te passe d'un service &#224; l'autre, et c'est en murmurant qu'on nous informe qu'un fonctionnaire viendra nous chercher le lendemain &#224; 9h &#224; l'h&#244;tel pour nous emmener &#224; l'Office du tourisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 1h du matin, musique &#224; fond ! Nous logeons dans une maison de passe / night-club. Le quartier est baign&#233; de lumi&#232;res vives par les enseignes en n&#233;on des &#233;tablissements nocturnes. &#192; chaque coupure d'&#233;lectricit&#233; &#8211; fr&#233;quentes &#8211;, une clameur monte : les clients protestent, puis s'extasient lorsque la lumi&#232;re revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;kest&#233; le fonctionnaire nous a apport&#233; une carte touristique du Tigr&#233; et un plan de la ville, ainsi que celui d'Aksoum, introuvables dans le commerce. En la retournant, nous nous apercevons que la carte a &#233;t&#233; arrach&#233;e &#224; un mur, il y a encore des traces de pl&#226;tre. Dans tout ce bel &#233;difice, c'&#233;tait sans doute l'unique exemplaire. Ah, p&#233;nurie&#8230; Ah, g&#233;n&#233;rosit&#233;... L'accueil des touristes en est &#224; ses balbutiements, ce qui nous r&#233;jouit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'ind&#233;pendance contre le n&#233;gus, puis contre le r&#233;gime de Mengistu, s'est termin&#233;e il y a un peu plus de vingt-deux ans. La nouvelle g&#233;n&#233;ration est omnipr&#233;sente. Les adolescents se coiffent et s'habillent de mani&#232;re branch&#233;e. Nous avons d&#233;nombr&#233; vingt-cinq bars de nuit sur 200 m&#232;tres. &#171; &lt;i&gt;Oublions le pass&#233; et le futur !&lt;/i&gt; &#187;, scandent ces bandes de jeunes aux crini&#232;res joliment sculpt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle plong&#233;e dans le temps : nous quittons Mak'al&#233;, ville en plein boom &#233;conomique et d&#233;mographique, pour rejoindre le village de Y&#233;ha, o&#249; se trouve le plus ancien temple du continent, &#233;difi&#233; par des Sab&#233;ens venus du Y&#233;men, adorateurs de la Lune &#8211; symbole masculin &#8211; et du Soleil &#8211; symbole f&#233;minin &#8211;, huit si&#232;cles avant J.-C. Ici, rien ne para&#238;t avoir chang&#233; depuis 3 000 ans, si ce n'est la pr&#233;sence de deux autocars d&#233;catis et d'une &#233;glise orthodoxe accol&#233;e au temple et vieille de seulement&#8230; mille ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une villageoise nous pr&#233;pare le &lt;i&gt;bunna&lt;/i&gt; et reste assise aupr&#232;s de nous, ses enfants coll&#233;s &#224; elle. &#171; J&lt;i&gt;e suis contente d'&#234;tre instruite, j'utilise des contraceptifs et j'ai pu d&#233;cider de n'avoir que deux enfants. Les femmes qui ne sont pas all&#233;es &#224; l'&#233;cole en ont parfois huit ou dix.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assomm&#233;s par un voyage de dix heures en minibus sur une route accroch&#233;e &#224; la corniche d'une forteresse naturelle dont les murailles auraient plus de mille m&#232;tres de haut, et qui surplombe l'infini d&#233;sert du Pays afar, enfin rendus au c&#339;ur du Tigr&#233;, nous d&#233;couvrons la cit&#233; antique d'Aksoum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aksoum&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre arriv&#233;e, une des plus grandes f&#234;tes orthodoxes de l'ann&#233;e s'ach&#232;ve. Inutile de chercher une chambre, il n'y en a plus et les prix sont multipli&#233;s par trois ou quatre. C'est le festival de Meryam Zion. Lors d'une procession, la copie de l'Arche d'alliance&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s la l&#233;gende, M&#233;n&#233;lik, fruit des amours de la reine de Saba et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt; est tir&#233;e hors de l'&#233;glise et pr&#233;sent&#233;e au public par les pr&#234;tres et les &#233;tudiants en religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Aksoum s'&#233;tend un invraisemblable champ de st&#232;les de pr&#232;s de trente m&#232;tres de haut, monuments fun&#233;raires de l'&#233;poque sab&#233;enne symbolisant des maisons &#224; &#233;tages, avec leurs fen&#234;tres sculpt&#233;es dans la pierre, en &#233;cho lointain des maisons que l'on trouve encore aujourd'hui au Y&#233;men. Images de p&#233;plum, images bibliques, profond&#233;ment ancr&#233;es en nous&#8230; Ici, le temps s'est arr&#234;t&#233;, l'espace aussi semble en suspens. La campagne aksoumite est inchang&#233;e depuis deux mill&#233;naires. Le travail de la terre avec l'ancestral araire tir&#233; par une paire de b&#339;ufs imprime le rythme lent des paysans et le soleil rend tout cela &#233;tincelant. &#171; &lt;i&gt;Rien n'a vraiment chang&#233;, peut-&#234;tre m&#234;me le paysan &#233;tait-il plus heureux il y a 2 000 ans&lt;/i&gt; &#187;, proclame un panneau sur le site. Toujours les m&#234;mes mules charg&#233;es lourdement, les m&#234;mes caravanes de dromadaires, les m&#234;mes rassemblements de femmes et d'hommes dans une lumi&#232;re aveuglante, et les interminables files de pi&#233;tons sur le bord des routes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gondar, ancienne cit&#233; imp&#233;riale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pied des remparts de la vieille cit&#233;, dans un quartier populaire, nous tombons sur une campagne contre le sida : musique, danses effr&#233;n&#233;es et animations diverses. Le public est compos&#233; de familles, adolescents, enfants. Une jeune fille et deux jeunes hommes font une d&#233;monstration de pose de pr&#233;servatif sur deux solides p&#233;nis en bois pos&#233;s sur une table. Le public approuve, se marre, mais reste attentif. Un badaud maladroit fait une tentative sous les rires. Tout se passe dans la bonne humeur. L'apr&#232;s-midi s'ach&#232;vera avec les bougies, un loto et des vol&#233;es de gamins tr&#232;s excit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; Addis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de modernisation du gouvernement est au service des investisseurs. L'&#201;tat vend ou conc&#232;de les terres pour 150 ans, sans respect pour le mode de vie de la population, qui vit ou survit de l'agriculture, de l'&#233;levage et du commerce. Les Oromos, qui constituent 75 % de la population paysanne, sont victimes de la spoliation de leurs terres, pour construire des routes, des immeubles. La pauvret&#233; prend &#224; la gorge, l'acc&#232;s aux soins est un luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos amis louent une grande maison et en font un usage remarquable. Les personnes qu'ils h&#233;bergent, des &#201;rythr&#233;ens, sont en attente de papiers. Dans les pi&#232;ces situ&#233;es autour de la cour, chacun peut rester ind&#233;pendant, mais tous passent assez librement dans le salon, la cuisine et la v&#233;randa de la maison principale o&#249; vivent No&#233;mie et Abel avec leurs enfants. La propri&#233;t&#233;, lov&#233;e autour d'un jardin, est un espace rassurant. Une petite fille r&#233;cemment arriv&#233;e, &#224; peine deux ans et demi, s'&#233;panouit chaque jour, est de plus en plus joyeuse. La jeune m&#232;re attend pour rejoindre son mari en Su&#232;de. Une autre, avec ses deux adolescents, a pu retrouver son mari en Italie. Un couple a d&#251; laisser son enfant aux grands-parents en &#201;rythr&#233;e pour se r&#233;fugier ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a discut&#233; salaires. Beaucoup ici travaillent pour 300 &#224; 600 birrs (12 &#224; 24 euros) par mois. Ils survivent gr&#226;ce &#224; leurs r&#233;seaux familiaux : ceux qui sont rest&#233;s &#224; la campagne leur fournissent des c&#233;r&#233;ales, des l&#233;gumes ; ceux partis en Europe envoient de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le Web&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre deux coupures de courant, on consulte un site qui diffuse tout ce qui est publi&#233; &#224; l'&#233;tranger sur l'&#201;thiopie &#8211; apr&#232;s censure &#8211; &#171; &lt;i&gt;La censure co&#251;te tr&#232;s cher au gouvernement &lt;/i&gt; &#187;, ironise Abel. 21/12/2015 &#224; 19h : Alerte &#201;thiopie : Oromia : 75 morts. Les manifs ont commenc&#233; le mois dernier en Oromia, immense &#201;tat f&#233;d&#233;ral qui va du Soudan jusqu'&#224; la fronti&#232;re k&#233;nyane, en passant par Addis. La p&#233;riph&#233;rie agricole de la capitale est en &#233;bullition et proteste contre un projet d'agrandissement de la cit&#233;, qui a suscit&#233; des craintes d'expropriation des terres. Les forces de s&#233;curit&#233; ont tir&#233;, il y a eu des dizaines de morts &#224; Shewa et &#224; Wollega. En d&#233;cembre, &#224; Walliso, proche banlieue d'Addis, la police a tir&#233; dans la foule, comme en avril et mai 2014. On d&#233;nonce des milliers d'arrestations, des disparitions forc&#233;es, des tortures et des ex&#233;cutions sommaires. Le gouvernement accuse les opposants de soutenir les &#171; terroristes &#187; de l'Oromia liberation front (OLF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise alimentaire de 2008 a acc&#233;l&#233;r&#233; le mouvement d'accaparement des terres par les multinationales. 60 &#224; 80 millions d'hectares de terres les plus fertiles ont &#233;t&#233; arrach&#233;s aux petits agriculteurs par des puissances agro-alimentaires ou financi&#232;res. Les petits agriculteurs ont &#233;t&#233; r&#233;install&#233;s de force sur les terres les moins fertiles : dans la r&#233;gion Gambela, proche du Soudan, 42 % des terres ont &#233;t&#233; confisqu&#233;es et les &#233;leveurs expuls&#233;s. En 2011, il y a eu 300 morts et des dizaines de femmes viol&#233;es par les forces de s&#233;curit&#233;. Le gouvernement vend les terres au groupe saoudien Saudistar ou &#224; la compagnie indienne Karoutour, qui pratiquent l'agrobusiness pour l'exportation des agrocarburants vers l'Europe, les USA et Isra&#235;l en particulier. Cons&#233;quence, depuis 2006, les importations de c&#233;r&#233;ales ont explos&#233; : 95 % du sorgho vient des USA, alors qu'en 1996 la balance alimentaire &#233;tait exc&#233;dentaire. &#171; &lt;i&gt;Un pillage d'&#201;tat pour avoir des devises &#233;trang&#232;res, pour d&#233;velopper les infrastructures n&#233;cessaires au d&#233;veloppement du pays&lt;/i&gt;, en d&#233;duit Abel. &lt;i&gt;C'est l&#233;gal, puisque l'&#201;tat est propri&#233;taire de la terre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ultime p&#233;riple avant le retour &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous descendons vers le sud en longeant la vall&#233;e du Rift. En quittant Addis en bus, nous avons d&#233;couvert le spectacle d&#233;chirant des meules de foin, traces d'une ultime moisson, au pied de hauts immeubles en construction. Pendant 250 km la route est droite, toute plate. Pour la premi&#232;re fois, nous voyons des serres industrielles, des villages r&#233;cents aux maisons align&#233;es, h&#233;ritage du collectivisme de Mengistu. Puis nous filons vers les lacs, et ensuite, presque sans transition, c'est la savane. Le lac Awassa est l'un des rares non pollu&#233;s. Nous y d&#233;vorons du poisson grill&#233; en nous d&#233;fendant des voraces marabouts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nouveau les gorges profondes du Rift ceinturant le massif du Bal&#233;, impressionnant plateau d&#233;sertique perch&#233; &#224; 4 000 m&#232;tres. R&#233;gion traditionnellement insoumise, &#224; la fois refuge du mouvement s&#233;paratiste oromo et zone control&#233;e par des bandits de grands chemins. Dans les rues des petites villes au pied du massif, la tension provoqu&#233;e par la pr&#233;sence salafiste est palpable. En contrepoint, l'agr&#233;able surprise de cette gamine d'une dizaine d'ann&#233;es, toute de noir voil&#233;es qui se pr&#233;cipite sur nous pour nous embrasser effusivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certaines villes, l'eau &#233;tait coup&#233;e depuis plusieurs jours. H&#244;teliers et serveurs s'excusaient, d&#233;sol&#233;s. Mais c'est aussi dans cette r&#233;gion que nous avons senti, le soir, dans des bars o&#249; se r&#233;unissent jeunes et familles, une r&#233;elle envie de chanter, danser, boire&#8230; Dans le bus du retour, nous avons discut&#233; avec deux jeunes qui montaient &#224; la capitale pour &#233;tudier. Ils apportaient avec eux d'&#233;normes sacs de c&#233;r&#233;ales, d'&#233;pices, leur nourriture pour toute l'ann&#233;e scolaire. &#171; &lt;i&gt;Eux n'iront jamais au restaurant&lt;/i&gt; &#187;, souligne Abel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re nuit &#224; Addis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soir&#233;e m&#233;morable &#224; Kanzatchi. Quartier populaire plein de bars ouverts toute la nuit que le gouvernement s'est mis en t&#234;te de raser et de moderniser. Dans l'un des derniers lieux traditionnels qui ait &#233;chapp&#233; &#224; la destruction, nous &#233;coutons les &lt;i&gt;asmaris&lt;/i&gt;, troubadours &#233;thiopiens qui jouent du macinko, sorte de violon &#224; une corde typique du Tigr&#233; et de l'&#201;rythr&#233;e. Le musicien accompagne des chanteurs ou chanteuses qui interpellent le public, le provoquent, se moquant de tel ou telle avant de l'inviter &#224; danser. Les &lt;i&gt;faranjis&lt;/i&gt; que nous sommes ne passons pas inaper&#231;us et avons droit &#224; notre lot de plaisanteries. Ces soir&#233;es sont aussi l'occasion de manifester son m&#233;contentement vis-&#224;-vis de la politique. Tout ceci accompagn&#233; de &lt;i&gt;tedj&lt;/i&gt;, un hydromel local parfum&#233; aux feuilles de houblon et servi dans une carafe en terre cuite, le &lt;i&gt;b&#233;r&#233;b&#233;&lt;/i&gt;. Le voyage va s'achever demain matin. Apr&#232;s trois mois, nous avons le sentiment de juste commencer &#224; comprendre, d'&#234;tre enfin pr&#234;ts &#224; le poursuivre. L'ivresse est proche, c'est l'heure o&#249; nous pourrions involontairement rater l'avion.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2411 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-678-b699d.jpg?1768651932' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Afars : la fin des nomades ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Peuple mill&#233;naire de la Corne de l'Afrique, les Afars sont plus d'un million et demi, dont 80 % en &#201;thiopie. Leur vaste territoire forme un triangle entre Djibouti &#224; l'est, Awash au sud, les &#238;les Dah en &#201;rythr&#233;e au nord et les pentes des hauts plateaux &#224; l'ouest. Peuple de pasteurs semi-nomades, ils sont pour la plupart de confession musulmane sunnite. Leur langue est d'origine s&#233;mitique. Les chefferies traditionnelles ont parfois &#233;volu&#233; en sultanats. &#192; partir des ann&#233;es 1840, certaines tribus assurent la protection, contre r&#233;tribution, des caravanes de commer&#231;ants europ&#233;ens qui circulent entre mer Rouge et &#201;thiopie centrale. Mais, &#224; partir de 1885, avec la reconqu&#234;te militaire de M&#233;n&#233;lik II, le contr&#244;le du territoire leur &#233;chappe peu &#224; peu. Les c&#244;tes de la mer Rouge sont &#224; l'&#233;poque partag&#233;es entre les puissances europ&#233;ennes : le Somaliland anglais, l'&#201;rythr&#233;e italienne et la C&#244;te fran&#231;aise des Somalis autour de Djibouti. Des fronti&#232;res coloniales sont trac&#233;es entre 1891 et 1955 et les Afars voient leurs zones de p&#226;turage partag&#233;es entre plusieurs entit&#233;s nationales &#8211; en 1993, l'ind&#233;pendance de l'&#201;rythr&#233;e ajoutera une troisi&#232;me souverainet&#233; sur leurs territoires. L'&#201;tat &#233;thiopien les a toujours consid&#233;r&#233;s comme des rebelles ou des bandits, et cherche &#224; leur imposer s&#233;dentarisation, agriculture et &#233;changes mon&#233;taris&#233;s. Les Afars ont d&#233;fendu leur mode de vie les armes &#224; la main, puis par l'action politique de jeunes intellectuels d&#233;sirant int&#233;grer la modernit&#233; sans renier la culture des anciens&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui n'emp&#234;che pas la r&#233;sistance arm&#233;e d'&#234;tre toujours latente.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;. Depuis dix ans, l'association de femmes Gamissa se bat contre la coutume des mutilations g&#233;nitales &#8211; 75 % des femmes &#233;thiopiennes sont excis&#233;es et la proportion atteint presque les 100 % en territoire afar. En 2009, une loi contre l'excision et l'infibulation a &#233;t&#233; vot&#233;e. Ce combat est men&#233; parall&#232;lement &#224; celui pour l'acc&#232;s aux &#233;tudes des filles &#8211; et des enfants afars en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Oromos : conqu&#234;te, servage et autonomie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Originaire du sud du pays (royaume historique du Bal&#233;) et du nord du Kenya, cette ethnie constitue aujourd'hui 35 % de la population. Elle est surtout install&#233;e dans la r&#233;gion-&#201;tat d'Oromia, qui s'&#233;tend de l'est au sud-ouest de l'&#201;thiopie. D&#233;sign&#233;s, jusqu'&#224; Mengistu qui en interdit l'usage, par le nom &lt;i&gt;gallas&lt;/i&gt; &#224; connotation p&#233;jorative [esclaves], ils ont longtemps &#233;t&#233; d&#233;crits dans la litt&#233;rature des chr&#233;tiens comme des guerriers redoutables, des brigands, des rustres, des pa&#239;ens, en un mot, des barbares &#8211; sentiment encore pr&#233;gnant actuellement. Au XVIe si&#232;cle, profitant du jihad du Gragn et de la d&#233;sorganisation du royaume chr&#233;tien, les Oromos &#233;tendent leur emprise territoriale. En quelques d&#233;cennies, ils encerclent les centres de pouvoir chr&#233;tien et musulman. &#192; l'est, les musulmans sont submerg&#233;s, &#224; l'ouest les chr&#233;tiens se retirent vers la vall&#233;e du Nil. Entre le XVIIe et XVIIIe si&#232;cle, les Oromos se s&#233;dentarisent, d&#233;veloppent une &#233;conomie o&#249; domine l'&#233;levage, mais aussi l'agriculture. Apr&#232;s leur soumission et leur mise en servage par M&#233;n&#233;lik, puis Ha&#239;l&#233;-S&#233;lassi&#233;, un mouvement nationaliste oromo na&#238;t en 1970. Lors de l'arriv&#233;e au pouvoir du FPDRE, en 1991, l'Organisation populaire d&#233;mocratique oromo (OPDO) participe au gouvernement. En 1990, c'est par les armes que le Front de lib&#233;ration oromo (FLO) tente d'imposer ses revendications : autonomie culturelle et ind&#233;pendance. En 1991, l'alphabet latin est pr&#233;f&#233;r&#233; au gu&#232;ze et le drapeau oromo pavoise sur les b&#226;timents publics. En juin 1992, le r&#233;sultat d'un r&#233;f&#233;rendum sur l'autonomie est contest&#233; par le pouvoir et 10 000 &#224; 20 000 membres du FLO sont envoy&#233;s dans des camps de r&#233;&#233;ducation. Cette radicalisation du pouvoir provoque des conflits arm&#233;s, dont l'&#201;rythr&#233;e est accus&#233;e de tirer les ficelles. En 2009, le gouvernement &#233;dicte une loi antiterroriste qui autorise la d&#233;tention et l'inculpation des opposants politiques et des journalistes critiques. On ne compte plus les cas d'arrestations arbitraires, de tortures, de viols et d'emprisonnements sans proc&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette gentillesse, si d&#233;su&#232;te aux yeux des ricaneurs trop faits aux conditions &#233;prouvantes de la vie en Occident, nous l'avons exp&#233;riment&#233;e tout au long du voyage. Il s'agit de la manifestation la plus imm&#233;diate de la solidarit&#233;, si n&#233;cessaire l&#224;-bas, entre &#171; damn&#233;s de la terre &#187;. Une forme de r&#233;sistance, sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est la deuxi&#232;me victoire d'une arm&#233;e africaine sur la sup&#233;riorit&#233; technique et militaire occidentale, apr&#232;s la punition inflig&#233;e par les Zoulous aux Britanniques lors de la bataille de Rorke's Drift, en 1879.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Fleur nouvelle &#187;, en amharique. Celle de l'eucalyptus, que M&#233;n&#233;lik II fit importer d'Australie par milliers pour boiser sa capitale, &#233;difi&#233;e &#224; partir de 1887. Addis-Abeba est situ&#233;e en plein pays oromo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, l'&#201;glise &#233;thiopienne est ind&#233;pendante du patriarcat copte d'Alexandrie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alain Gascon, &lt;i&gt;Sur les hautes terres comme au ciel&lt;/i&gt;, Publications de la Sorbonne, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Deux grandes famines ont frapp&#233; l'&#201;thiopie contemporaine, principalement les hauts plateaux et le Tigr&#233;. La premi&#232;re en 1973&#8209;74, la seconde en 1984&#8209;85. Ces fl&#233;aux ont pr&#233;cipit&#233; la chute des deux n&#233;gus &#8211; le &#8220;blanc&#8221; et le &#8220;rouge&#8221; &#8211; qui cristallis&#232;rent la col&#232;re contre eux pour avoir tent&#233; de dissimuler l'ampleur de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Oromos et les Amharas repr&#233;sentent ensemble 70 % de la population, auxquels il faut ajouter les Afars et les Somalis, ainsi qu'une myriade d'ethnies minoritaires install&#233;es surtout &#224; l'ouest et au sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L' &#201;thiopie est consid&#233;r&#233;e par les Occidentaux comme un alli&#233; cl&#233; dans la lutte contre l'extr&#233;misme islamiste dans la Corne de l'Afrique. Le r&#233;gime &#233;thiopien re&#231;oit quelque 3,3 milliards de dollars par an des &#201;tats-Unis pour entretenir un contingent de 4 000 soldats bas&#233;s en Somalie sous le drapeau de l'Union africaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis plus de vingt ans, le pouvoir central se concentre surtout entre les mains des Tigr&#233;ens, ethnie qui ne repr&#233;sente que 6 % de la population. Population compos&#233;e de 80 ethnies et qui atteindra bient&#244;t les 100 millions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En grec ancien, &#171; &#233;thiopos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De nos jours, l'amharique est la langue majoritaire des &#201;thiopiens, pour 27 millions d'entre eux comme langue maternelle. Si l'on tient compte de ceux qui le parlent en seconde langue, plus de 50 millions savent le parler.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s la l&#233;gende, M&#233;n&#233;lik, fruit des amours de la reine de Saba et de Salomon, roi de J&#233;rusalem, aurait d&#233;rob&#233; l'Arche d'alliance (table de la loi mosa&#239;que) dans le temple de la ville sainte pour l'emporter &#224; Aksoum.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce qui n'emp&#234;che pas la r&#233;sistance arm&#233;e d'&#234;tre toujours latente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au sommaire du n&#176;143 : sp&#233;cial &#034;Debout partout&#034;</title>
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&lt;p&gt;En kiosque &#224; partir du samedi 7 mai 2016. En une : &#034;Debout R&#233;publique&#034;. Photo de Yann Levy. Les autres articles seront archiv&#233;s sur notre site trois mois plus tard. D'ici-l&#224;, tu as tout le temps d'aller saluer ton kiosquier ou de t'abonner... L'&#233;dito : La police d&#233;teste tout le monde ! Paris, le 1er mai, boulevard Diderot. Les CRS font obstruction &#224; la traditionnelle journ&#233;e de solidarit&#233; des travailleurs, pensant isoler le bon grain de l'ivraie, les gentils pacifistes des redoutables (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no143-mai-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;143 (mai 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Yann-Levy-81" rel="tag"&gt;Yann Levy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ferdinand-Cazalis-190" rel="tag"&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mira-Garou-et-Donatien-Ducasse-206" rel="tag"&gt;Mira Garou et Donatien Ducasse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/lutte" rel="tag"&gt;lutte&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/boulevard-Diderot" rel="tag"&gt;boulevard Diderot&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nuits" rel="tag"&gt;Nuits&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1709-ca1a7.jpg?1768731722' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En kiosque &#224; partir du samedi 7 mai 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En une : &#034;Debout R&#233;publique&#034;. Photo de &lt;a href=&#034;http://yannlevy.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yann Levy&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article sera mis en ligne, &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/CQFD-no143-mai-2016&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chaque semaine&lt;/a&gt;. Les autres articles seront archiv&#233;s sur notre site trois mois plus tard. D'ici-l&#224;, tu as tout le temps d'aller saluer ton kiosquier ou de &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Ce-qu-il-faut-debourser'&gt;t'abonner&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;dito : La police d&#233;teste tout le monde !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 1er mai, boulevard Diderot. Les CRS font obstruction &#224; la traditionnelle journ&#233;e de solidarit&#233; des travailleurs, pensant isoler le bon grain de l'ivraie, les gentils pacifistes des redoutables casseurs. En v&#233;rit&#233;, les choses sont devenues un peu plus compliqu&#233;es que cela. Qui peut pr&#233;tendre que le slogan &#171; Tout le monde d&#233;teste la police ! &#187; n'est entonn&#233; que par une infime minorit&#233; ? Par moments, au vu de la pr&#233;sence polici&#232;re massive, certains manifestants, &#224; bout de patience, croyaient assister &#224; une manif de flics encercl&#233;e par des ouvrier.e.s, &#233;tudiant.e.s, pr&#233;caires, etc. Face &#224; la rang&#233;e de robocops, sourds &#224; toute discussion &#8211; la plupart utilisent des bouchons d'oreille pour ne pas entendre les insultes et les quolibets &#8211; et prompts &#224; gazer tout ce qui s'agite, une vieille citation revient &#224; l'esprit : &#171; La question n'est pas de comprendre pourquoi il y a des gens qui se battent contre la police, mais pourquoi il n'y en a pas plus. &#187; C'est de qui d&#233;j&#224; ? Wilhem Reich ? A moins que ce ne soit apocryphe&#8230; Peu importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de casseurs qui s'infiltrent et cassent pour le fun&lt;/i&gt;, estimait ainsi un syndicaliste rennais dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 2 mai. [&#8230;]&lt;i&gt; Ils ne sont pas en marge du mouvement social, ils sont int&#233;gr&#233;s aux cort&#232;ges.&lt;/i&gt; &#187; Les mobilisations du printemps 2016 ont chang&#233; la donne. Le discours politico-m&#233;diatique sur les &#171; casseurs &#187; a de moins en moins de prise parmi les gens mobilis&#233;s. La mont&#233;e en puissance de la violence dans les cort&#232;ges est en grande partie une r&#233;action &#224; la strat&#233;gie de tension d'un pouvoir qui veut imposer ses conditions de manifester. Il s'agit aussi d'un l&#233;gitime sentiment de r&#233;volte face &#224; une r&#233;pression sans frein : plus de mille arrestations enregistr&#233;es depuis le d&#233;but de la mobilisation contre la loi El Khomri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant le sempiternel d&#233;bat sur la violence &#8211; c'est bien ou c'est pas bien ? (sondage Chien rouge/&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;) &#8211; est un bourbier qui englue ceux qui s'en font les d&#233;positaires dans des postures st&#233;riles. Il y a certes des violences nuisibles au mouvement et qui mettent certains espaces de lutte en danger &#8211; ceux o&#249; l'on veut pouvoir venir avec nos enfants par exemple. Ainsi, le 1er mai au soir, prenant pr&#233;texte d'une attaque contre un magasin de sport, place de la R&#233;publique, les gaz lacrymog&#232;nes policiers ont eu raison de la tenue d'une Nuit Debout pourtant massive. Et &#231;a, c'est &#233;videmment ce que souhaitent les tenants du retour &#224; l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH711/-5-e7157.jpg?1768695703' width='400' height='711' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Graffitivre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dossier sp&#233;cial : Debout partout&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris-R&#233;publique : Le mois le plus long &gt;&lt;/strong&gt; Plusieurs nuits se superposent &#224; la Nuit Debout parisienne, qui a d&#233;but&#233; un 32 mars pour ne plus finir. Une somme de singularit&#233;s et de rencontres qu'on ne peut r&#233;sumer ni figer. Voici donc quelques-unes de ces lunes, sans pr&#233;cision de calendrier, sans pr&#233;tention d'&#233;clairage, sans possibilit&#233; de mettre &#224; jour. Un humble rappel des r&#233;veils souriants, parsem&#233; d'oublis obscurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris-Banlieues : &#192; l'aube de nouvelles Nuits &gt;&lt;/strong&gt; Non, la R&#233;publique n'est pas le centre du monde. Les banlieues et les quartiers se l&#232;vent aussi ! Reportage &#224; Aubervilliers en Seine-Saint-Denis et sur la place des F&#234;tes, &#224; Paris, o&#249;, loin des grands m&#233;dias, on fait aussi sa Nuit Debout, m&#234;me avec peu de monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rennes : La bataille du centre-ville &gt;&lt;/strong&gt; Drapeaux, slogans, banderoles et distribution de s&#233;rum phy. Les manifs rennaises ressemblent aux autres. &#192; une diff&#233;rence pr&#232;s : le centre-ville, interdit d'acc&#232;s par la mairie et la pr&#233;fecture, est devenu un enjeu du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lille : Convergence des nuits &gt;&lt;/strong&gt; A Lille la Nuit Debout s'oppose parfois &#224; l'activisme. Un horizon commun en perspective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marseille : Le S.O. fait son chaud &gt;&lt;/strong&gt; Cr&#226;nes ras&#233;s, oreillettes, gazeuses sous le bras, carrure imposante derri&#232;re des lunettes de soleil, talkies-walkies&#8230; Impossible de rater ces aficionados des manifs. Et attention, ils veillent au grain : tout doit se passer dans les clous. Enqu&#234;te sp&#233;ciale au c&#339;ur du Service d'ordre (S.O.) CGT-S&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Syndicats : Un Pastis... bien noy&#233; ! &gt;&lt;/strong&gt; Lors du 51e congr&#232;s de la CGT, Martinez a install&#233; son leadership, mais sous la surveillance tendue de sa base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;cariat : &#171; Tout le monde apprend avec la crise &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Exil&#233; en France apr&#232;s les mouvements italiens des ann&#233;es 1970, auteur du &lt;i&gt;Gouvernement par la dette&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Marcel Duchamp et le refus du travail,&lt;/i&gt; le philosophe Maurizio Lazzarato accompagne la lutte des Intermittents depuis les ann&#233;es 1990. Il aborde ici la crise de la dette, la g&#233;n&#233;ralisation du pr&#233;cariat et le renouvellement des formes de lutte internationales, notamment autour des occupations de places et de leurs transversalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#233;moignage : &#171; La gr&#232;ve, c'est relever la t&#234;te &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Entretien avec Laurent, chauffeur de bus RATP depuis 27 ans, Lutte ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#233;moignage : &#171; Un degr&#233; de violence rare &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Paul s'est fait d&#233;molir la rotule par des flics lors d'une r&#233;cente manifestation parisienne contre la Loi Travail. Il raconte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-6-76f50.jpg?1768695703' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Enqu&#234;tes et reportages &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Immigration : Dieppe, l'autre Calais &gt;&lt;/strong&gt; Quand on ne peut passer par ici, il faut passer par l&#224;. La cit&#233; normande accueille elle aussi des candidats au d&#233;part pour la Grande-Bretagne. Au grand dam du maire, tout communiste qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Panama Papers : Sous le chapeau, le bas de laine &gt;&lt;/strong&gt; C'est le nouveau scandale financier, la cuv&#233;e 2016. L'affaire des Panama Papers, relay&#233;e par tous les m&#233;dias, est une petite bombe &#224; fragmentation qui vient de p&#233;ter &#224; la tronche des capitalistes et politiques de tout poil. L'&#233;ni&#232;me du genre avant la prochaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nucl&#233;aire : Du d&#233;ni &#224; l'autogestion &gt;&lt;/strong&gt; &#192; l'occasion du trenti&#232;me anniversaire de l'accident de Tchernobyl, l'association La qualit&#233; de vie a vu grand. De 9h &#224; minuit, plus de cinquante personnes &#8211; m&#233;decins, chercheurs, travailleurs et militants &#8211;, sont intervenus, le samedi 23 avril, &#224; la mairie du 2e arrondissement de Paris pour une conf&#233;rence-marathon intitul&#233;e &#171; Tchernobyl day and night . En voici quelques morceaux choisis pour &#233;clairer radieusement l'actualit&#233; de cet accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kurdistan : Survivre &#224; Sur &gt;&lt;/strong&gt; &#192; Diyarbakir, capitale de la r&#233;gion kurde du Sud-Est anatolien, malgr&#233; toutes les violences subies par la population et la crainte des attentats, la f&#234;te du Newroz, qui c&#233;l&#232;bre le nouvel an et l'esprit de r&#233;sistance, a r&#233;uni plusieurs centaines de milliers de personnes. Reportage parmi les rescap&#233;s du quartier de Sur, qui a &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de sanglants affrontements avec les forces de l'&#201;tat turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois mois en &#201;thiopie : Invitation au voyage &gt;&lt;/strong&gt; L'&#201;thiopie ? Avant de rencontrer No&#233;mie, Abel et leurs trois enfants, nous n'avions jamais pens&#233; y aller. Par contre, r&#233;volt&#233;s par la situation faite ici aux migrants, nous &#233;tions curieux. Abel est n&#233; en &#201;rythr&#233;e quand celle-ci &#233;tait encore &#233;thiopienne. Il dit la beaut&#233; de cette r&#233;gion, mais aussi le scandale des famines de 1973 et 1984 : &#171; &lt;i&gt; L'&#201;thiopie est riche, toutes les terres sont cultiv&#233;es, c'est la sp&#233;culation qui a provoqu&#233; &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; (...) Abel raconte qu'en &#201;rythr&#233;e, l'enr&#244;lement militaire est obligatoire pour les hommes, toute leur vie. La dictature enl&#232;ve, torture, et de plus en plus d'&#201;rythr&#233;ens &#233;chappent &#224; cet enfer en se r&#233;fugiant dans d'autres pays africains, en particulier l'&#201;thiopie, ou tentent le grand saut vers l'Europe, les USA... Tout est dit avec col&#232;re, mais aussi en riant, comme pour relativiser, adoucir, au gr&#233; de mille anecdotes relatant la solidarit&#233;, l'humour et la force de caract&#232;re des &#201;thiopiens. Quand No&#233;mie et Abel ont d&#233;cid&#233; d'aller vivre l&#224;-bas, nous savions que nous irions les rejoindre. Et, &#224; la fin du voyage, Abel nous chargera d'une mission : &#171; &lt;i&gt;Racontez ce que vous avez vu ici !&lt;/i&gt; &#187; Reportage exclusif en cinq pages.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-7-3d7c4.jpg?1768695703' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;A l'ext&#233;rieur des murailles de Harar. Photo de Mira Garou et Donatien Ducasse.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cultures et analyses&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;dia : Le retour du gros canard &gt;&lt;/strong&gt; En octobre 2014 sortait en librairies le premier num&#233;ro de &lt;i&gt;Jef Klak&lt;/i&gt;, &#171; Marabout &#187;. Un an et demi plus tard, le troisi&#232;me num&#233;ro &#171; Selle de Ch'val &#187; sort du box. Interview de complaisance sans concession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bouquin : &lt;i&gt;Gadjo !&lt;/i&gt; Mange tes morts ! &gt;&lt;/strong&gt; &#199;a sort chez l'&#233;diteur Steinkis et vaut largement ses 20 &lt;i&gt;zorros&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Manouches&lt;/i&gt; est le cinqui&#232;me album que Kkrist Mirror consacre au peuple tsigane. C'est dense, pugnace, dramatique. &#199;a rend de la noblesse aux nomades et toute leur laideur aux notables. &lt;i&gt;Michto !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma cabane pas au Canada : D&#233;cadrer la psychiatrie &gt; &lt;/strong&gt; Depuis 2012, ils se retrouvent une fois par semaine pour un atelier photo &#224; Marseille et pour publier &lt;i&gt;Un autre journal&lt;/i&gt;. Sans clich&#233;s, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; est all&#233; &#224; la rencontre de ces photographes autodidactes, qui ont en commun d'avoir connu un suivi psychiatrique en h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Film : &lt;i&gt;Les Gracieuses&lt;/i&gt;, de Fatima Sissani, &#224; fleur de banlieue &gt;&lt;/strong&gt; Comment un film sur une bande d'amies du Val-de-Marne soul&#232;ve-t-il autant de d&#233;bats lors des projections publiques ? Peut-&#234;tre parce que, tout en douceur, il met le doigt l&#224; o&#249; &#231;a saigne. Et r&#233;v&#232;le le soup&#231;on maladif auquel sont soumises les identit&#233;s multiples dans ce pays. Conversation avec Fatima Sissani.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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