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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'irr&#233;gularit&#233; enferme les sans-papiers dans une position de fragilit&#233; &#187;</title>
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		<dc:date>2022-07-08T11:58:25Z</dc:date>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat. Pendant plusieurs ann&#233;es, le sociologue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sasha-Wizel" rel="tag"&gt;Sasha Wizel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200lecourant_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH574/1200lecourant_resultat-81d14.jpg?1779735783' width='500' height='574' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Sasha Wizel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;endant plusieurs ann&#233;es, le sociologue Stefan Le Courant a enqu&#234;t&#233; dans un local de r&#233;tention administrative (LRA) et recueilli les t&#233;moignages de centaines de personnes en attente de r&#233;gularisation. Dans son livre &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;, paru au Seuil au mois d'avril, il d&#233;crit des existences sur le qui-vive en permanence. Des vies emprisonn&#233;es dans leur condition clandestine, emp&#234;ch&#233;es de se projeter vers l'avenir et, souvent, de tisser des liens solides avec leur environnement. Des existences invisibilis&#233;es, oubli&#233;es, soumises &#224; une implacable et absurde politique du chiffre des expulsions. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre sur la condition des sans-papiers en France s'intitule &lt;i&gt;Vivre sous la menace&lt;/i&gt;. Quelles sont celles qui p&#232;sent sur les personnes exil&#233;es en attente de r&#233;gularisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re menace &#224; laquelle on pense est &#233;videmment celle de l'expulsion vers le pays d'origine, mais en r&#233;alit&#233; elle se concr&#233;tise assez rarement : moins de 20 % des obligations de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) sont ex&#233;cut&#233;es. En r&#233;alit&#233;, le seul fait de s&#233;journer irr&#233;guli&#232;rement en France &#233;tend la menace &#224; d'autres sph&#232;res : le risque quotidien, c'est alors d'&#234;tre contr&#244;l&#233;, arr&#234;t&#233;, enferm&#233;&#8230; avec toutes les cons&#233;quences que l'on suppose sur la vie de tous les jours, le travail, le logement, les relations personnelles&#8230; L'irr&#233;gularit&#233; enferme aussi les personnes dans une position de fragilit&#233; qui les expose &#224; toutes sortes d'abus de la part d'autres personnes qui exploiteraient leur faiblesse : employeurs, interm&#233;diaires ou logeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vivre dans l'attente&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation passe par un v&#233;ritable parcours du combattant de plusieurs ann&#233;es, dont les personnes sortent souvent essor&#233;es, physiquement et psychologiquement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Durant mon enqu&#234;te dans un local de r&#233;tention administrative (LRA), antichambre des centres de r&#233;tention administrative (CRA), j'ai en effet rencontr&#233; beaucoup de personnes dont la sant&#233; semblait d&#233;t&#233;rior&#233;e. Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e, du fait des conditions de vie pr&#233;caire, de travail et de logement&#8230; La sant&#233; mentale est aussi affect&#233;e ; c'est pour cela que j'ai tenu &#224; ce que le livre se termine sur ma rencontre avec un homme qui me semblait &#8220;fou&#8221;. Il r&#233;pondait &#224; c&#244;t&#233; de mes questions. J'ai mis du temps &#224; comprendre qu'&#224; mes interrogations juridiques &#8211; je remplissais en r&#233;tention une mission d'assistance juridique &#8211; il r&#233;pondait par une &#233;vocation, parfois confuse, de ses conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les vies que j'ai observ&#233;es sont des existences sur le qui-vive, les personnes sont toujours en train de se demander o&#249; le danger va surgir, comment s'en pr&#233;munir, en qui elles peuvent avoir confiance&#8230; Les circonstances les conduisent &#224; se m&#233;fier d'un peu tout, au point que certaines d'entre elles d&#233;veloppent des obsessions. Un de mes interlocuteurs m'a dit un jour : &#8220;&lt;i&gt;Au moins, la prison, on sait quand &#231;a s'arr&#234;te&lt;/i&gt;.&#8221; Les personnes vivent suspendues dans un &#233;ternel pr&#233;sent, dans l'attente de la r&#233;gularisation, et nourrissent un sentiment d'incapacit&#233;, d'impuissance&#8230; Elles se retrouvent prises dans un monde o&#249; il est impossible de savoir quand l'irr&#233;gularit&#233; prendra fin, un monde dans lequel il est difficile de se projeter, tant l'avenir est conditionn&#233; par l'obtention des papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie sans papiers impacte aussi les relations personnelles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait partie des choses qui m'ont surpris : jusqu'o&#249; l'irr&#233;gularit&#233; exerce ses effets chez certains. Beaucoup de personnes en couple avec une ou un sans-papiers se rendent compte, par exemple, du pouvoir que celui des deux qui a la nationalit&#233; fran&#231;aise finit par acqu&#233;rir (&#224; son corps d&#233;fendant) sur son conjoint. Les autorit&#233;s fran&#231;aises impliquent les deux conjoints dans les d&#233;marches administratives, demandent des preuves de la r&#233;alit&#233; de la relation et poussent les couples &#224; envisager rapidement le mariage puisqu'il s'agit de la seule union v&#233;ritablement reconnue&#8230; Des sentiments de l'un peut ainsi d&#233;pendre le s&#233;jour de l'autre.
C'est pourquoi beaucoup de sans-papiers h&#233;sitent &#224; dire qu'ils sont en situation irr&#233;guli&#232;re au d&#233;but d'une relation. Car ils ont int&#233;rioris&#233; la figure d&#233;pr&#233;ciative du sans-papiers qui serait un manipulateur ou un profiteur &#8211; tandis que son conjoint serait forc&#233;ment une victime, ou trop na&#239;f. En 2009, le ministre de l'Immigration &#201;ric Besson avait d&#233;nonc&#233; les &#8220;&lt;i&gt;mariages gris&lt;/i&gt;&#8221;, o&#249; l'un des &#233;poux abuse l'autre afin d'obtenir des papiers. C'est absurde : comment prouver devant un juge la r&#233;alit&#233; d'un sentiment ? Mais ce genre de d&#233;clarations a un impact politique, elles renforcent les clich&#233;s sur les sans-papiers et p&#232;sent sur la vie des personnes concern&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans le labyrinthe administratif&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre travail interroge beaucoup la question de l'acc&#232;s &#224; l'administration&#8230; Les rapports avec une bureaucratie &#233;trang&#232;re sont n&#233;cessairement compliqu&#233;s et anxiog&#232;nes, mais vous &#233;voquez aussi une &#171; &lt;i&gt;ins&#233;curit&#233; juridique&lt;/i&gt; &#187; li&#233;e aux fr&#233;quents changements des lois et des r&#232;glements, et aussi &#224; un certain arbitraire dans leur application. Comment &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'application du droit des &#233;trangers rel&#232;ve moins de l'&lt;i&gt;arbitraire&lt;/i&gt;, au sens o&#249; il s'exercerait ind&#233;pendamment de lois et r&#232;glements existants, que du &lt;i&gt;discr&#233;tionnaire&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; leur application est soumise &#224; l'interpr&#233;tation de l'administration. C'est d'ailleurs sa sp&#233;cificit&#233; : il y a tellement de lois et de circulaires qui se superposent, de pratiques possibles, que les agents en pr&#233;fecture ont la possibilit&#233; de s'appuyer sur des textes tr&#232;s diff&#233;rents qui leur permettent de justifier des d&#233;cisions souvent peu coh&#233;rentes. Ce pouvoir discr&#233;tionnaire fait partie de leurs attributions, il leur est explicitement confi&#233; par la pr&#233;fecture, par exemple lorsqu'elle leur demande d'&#233;valuer le niveau de langue d'un demandeur avant de lui d&#233;livrer un titre, alors qu'ils n'ont pas de comp&#233;tences sp&#233;cifiques pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'impression, chez beaucoup de sans-papiers, qu'il y a des incoh&#233;rences, que les choses ne marchent pas comme elles devraient. S'impose alors l'id&#233;e que la loi et le droit ne sont pas stables, qu'ils ne permettent pas r&#233;ellement de comprendre la situation ni de s'orienter concr&#232;tement. L'exemple typique, c'est quand un demandeur apprend que quelqu'un qui est arriv&#233; en France apr&#232;s lui a re&#231;u des papiers avant lui. Les sans-papiers passent beaucoup de temps &#224; s'interroger sur les d&#233;cisions de l'administration, &#224; essayer de se rep&#233;rer dans leurs m&#233;andres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout que la r&#233;gularisation ne passe pas forc&#233;ment par les formes l&#233;gales...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce labyrinthe, il n'est pas toujours facile de distinguer voies l&#233;gales et ill&#233;gales. On peut prendre l'exemple de cette ancienne employ&#233;e de pr&#233;fecture que j'ai nomm&#233;e Sabrina, qui monnaye ses comp&#233;tences en pr&#233;parant des dossiers de demande de r&#233;gularisation. Certains de mes interlocuteurs qui avaient eu affaire &#224; elle ne savaient pas si son intervention &#233;tait tout &#224; fait l&#233;gale &#8211; d'autant qu'en effet, ses comp&#233;tences tiennent sans doute autant &#224; son savoir-faire en mati&#232;re de constitution des dossiers qu'&#224; ses contacts &#224; la pr&#233;fecture ! Tout le monde sait ce qu'est une &#8220;vraie&#8221; carte de s&#233;jour mais les voies pour l'obtenir sont moins &#233;videntes : les sans-papiers ont donc l'impression d'errer dans un univers opaque o&#249; ils cherchent des interstices. Ce sont des qu&#234;tes tr&#232;s solitaires, qui n'encouragent pas &#224; mettre en commun le savoir. Beaucoup ont int&#233;gr&#233; le discours du &#8220;seuil&#8221;, de la &#8220;capacit&#233; maximale d'accueil des &#233;trangers sur le territoire&#8221; &#8211; discours qui rel&#232;ve du politique et pas d'une quelconque r&#233;alit&#233; d&#233;mographique. Les demandeurs s'estiment ainsi souvent en comp&#233;tition les uns contre les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation signifie-t-elle au moins la fin des probl&#232;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la grande d&#233;sillusion de beaucoup de mes interlocuteurs. Dans leur esprit, le jour o&#249; ils obtiendront des papiers sera aussi celui o&#249; ils pourront retourner voir leurs parents &#8211; quand je leur demandais ce qu'ils feraient quand ils seraient r&#233;gularis&#233;s, &#231;a venait toujours en premier &#8211; et travailler normalement. Mais en r&#233;alit&#233;, m&#234;me avec des papiers, ils ne sont pas forc&#233;ment qualifi&#233;s, ils subissent le racisme et se retrouvent en fait cantonn&#233;s aux m&#234;mes t&#226;ches subalternes qu'avant, au moins les premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s leur r&#233;gularisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez une &#171; &lt;i&gt;politique d'expulsion qui n'expulse pas&lt;/i&gt; &#187;. C'est absurde&#8230; Quelle est selon vous la finalit&#233; de ce syst&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout cela part du constat que les &#201;tats n'arrivent pas &#224; appliquer leur souverainet&#233; dans le sens d'un contr&#244;le effectif des personnes qui entrent sur leur territoire. Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire, dans un contexte plus g&#233;n&#233;ral d'encadrement des populations jug&#233;es ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de s'entendre pour accueillir les migrants, les pays europ&#233;ens se livrent &#224; une concurrence par le bas dans l'espoir qu'ils se rabattront sur celui d'&#224; c&#244;t&#233;, o&#249; les conditions de vie seraient un peu moins hostiles, o&#249; le harc&#232;lement policier serait un peu moins syst&#233;matique. Mais ces politiques n'ont pas beaucoup d'influence sur les parcours individuels : les circulations ne sont pas fonction des l&#233;gislations mais des liens familiaux ou communautaires, des histoires coloniales&#8230; Calais en est un bon exemple : aussi ferm&#233;e que paraisse la fronti&#232;re, les gens continuent de vouloir passer en Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Travailler sans papiers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le maintien de travailleurs sans-papiers dans l'ill&#233;galit&#233; fournit &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre particuli&#232;rement corv&#233;able et docile, qui ne jouit d'aucun droit social. Dans quelle mesure ce march&#233; du travail &lt;i&gt;bis &lt;/i&gt;constitue-t-il une &#171; finalit&#233; cach&#233;e &#187; de la politique migratoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains chercheurs voudraient trouver une fonction &#224; ces politiques r&#233;pressives, avec l'id&#233;e que l'&#201;tat fournirait ainsi &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre corv&#233;able. C'est s&#233;duisant en th&#233;orie : en effet, les travailleurs sans-papiers sont cantonn&#233;s &#224; des t&#226;ches peu r&#233;mun&#233;ratrices et se comportent souvent en employ&#233;s mod&#232;les afin de ne pas attirer l'attention. Mais pour un patron, il n'est pas toujours avantageux d'employer un sans-papiers qui risque en permanence de se faire arr&#234;ter et de quitter son poste du jour au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture est donc un peu r&#233;ductrice. Entre le patron exploiteur et celui qui aide son employ&#233; &#224; obtenir ses papiers, entre les sans-papiers travaillant dans des conditions proches de l'esclavage moderne (priv&#233;s de passeport, vivant au domicile de leurs patrons, pas ou rarement pay&#233;s) et d'autres qui jouissent des conditions normales d'un travail r&#233;gulier avec cong&#233;s pay&#233;s et paiement des heures suppl&#233;mentaires, les situations sont tr&#232;s vari&#233;es. Le &#8220;travail au noir&#8221; n'est pas l'apanage des seuls sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers &#233;clatent r&#233;guli&#232;rement, qui d&#233;bouchent parfois sur la r&#233;gularisation d'une partie des gr&#233;vistes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;but de mon travail correspond avec les grandes gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers de 2006-2009. Les chercheurs qui les ont suivies de pr&#232;s ont montr&#233; comment le droit au travail a pu servir de support au droit au s&#233;jour&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Avec ces mobilisations, on s'est rendu compte que beaucoup de travailleurs sans-papiers &#233;taient en fait r&#233;guliers, avaient des fiches de paie, payaient des imp&#244;ts, etc., en utilisant les papiers d'autres personnes. Les gr&#232;ves ont ainsi permis de faire exister la figure du travailleur sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation g&#233;n&#233;rale des sans-papiers a longtemps fait partie des revendications traditionnelles de la gauche, qui l'a d'ailleurs partiellement mise en &#339;uvre en 1981 et 1997. Or vous signalez que cette question s'est aujourd'hui d&#233;politis&#233;e, au point de dispara&#238;tre du d&#233;bat public. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut &#233;videmment signaler le glissement du champ politique vers la droite, dans un contexte o&#249; l'&#201;tat est de moins en moins capable d'intervenir sur l'&#233;conomie et se concentre d'autant plus sur ses pouvoirs r&#233;galiens, notamment autour des questions migratoires. Un tournant important a &#233;t&#233; celui de la politique du chiffre, mise en place suite &#224; la loi organique de 2001 relative aux lois de finances, qui organise le budget de l'&#201;tat en fonction de missions et d'objectifs &#224; atteindre, et que Nicolas Sarkozy a mise en application &#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait ministre de l'Int&#233;rieur (2002-2004 et 2005-2007). D&#232;s lors, toute la cha&#238;ne du contr&#244;le, du policier de terrain au pr&#233;fet, est soumise &#224; des obligations de r&#233;sultat chiffr&#233;es. Cette politique exerce donc des effets concrets sur les sans-papiers. Depuis 2012, il n'existe officiellement plus d'objectifs chiffr&#233;s. En r&#233;alit&#233;, toute la politique n'est &#233;valu&#233;e qu'en fonction du nombre de personnes expuls&#233;es ; c'est l&#224;-dessus que communique le ministre de l'Int&#233;rieur. Or, &#224; partir du moment o&#249; le chiffre devient une finalit&#233;, l'impact social ou politique, ou l'efficacit&#233; d'une politique, ne sont plus interrog&#233;s. La politique du chiffre exclut du d&#233;bat public la question de la pertinence ou de la l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en voit le r&#233;sultat aujourd'hui : au d&#233;but des ann&#233;es 1980, quand un r&#233;gime de r&#233;tention sp&#233;cifique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour les &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re, cela a suscit&#233; d'&#233;normes d&#233;bats. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout discut&#233;, y compris par la gauche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette, &lt;i&gt;On bosse ici, on reste ici&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#8211; La Gr&#232;ve des sans-papiers : une aventure in&#233;dite&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gwen Fauchois : &#171; Les citoyens ne d&#233;cident de rien mais sont responsables de tout &#187;</title>
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		<dc:date>2020-06-14T17:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ancienne vice-pr&#233;sidente d'Act Up-Paris, Gwen Fauchois a particip&#233; en premi&#232;re ligne aux luttes de la &#171; communaut&#233; Sida &#187; dans les ann&#233;es 1990. &#192; l'aune de cette exp&#233;rience militante, elle d&#233;cortique l'incurie des autorit&#233;s dans la gestion de la crise sanitaire actuelle. Entretien. C'&#233;tait il y a long&#8202;temps, tr&#232;s longtemps. Le 12 mars dernier, quelques jours avant le d&#233;but du confinement. Dans un billet intitul&#233; &#171; Coronavirus : la r&#233;duction des risques et la solidarit&#233;, c'est nous &#187;, Gwen (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eugene-Riousse" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Riousse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwen-Fauchois" rel="tag"&gt;Gwen Fauchois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ancienne vice-pr&#233;sidente d'Act Up-Paris, Gwen Fauchois a particip&#233; en premi&#232;re ligne aux luttes de la &#171; communaut&#233; Sida &#187; dans les ann&#233;es 1990. &#192; l'aune de cette exp&#233;rience militante, elle d&#233;cortique l'incurie des autorit&#233;s dans la gestion de la crise sanitaire actuelle. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L468xH400/-1554-bd2cb.jpg?1779604614' width='468' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a long&#8202;temps, tr&#232;s longtemps. Le 12 mars dernier, quelques jours avant le d&#233;but du confinement. Dans un billet intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://gwenfauchois.blogspot.com/2020/03/coronavirus-la-reduction-des-risques-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Coronavirus : la r&#233;duction des risques et la solidarit&#233;, c'est nous&lt;/a&gt; &#187;, Gwen Fauchois s'aga&#231;ait sur son blog de voir passer des comparaisons &#171; &lt;i&gt;idiotes&lt;/i&gt; &#187; entre le coronavirus et le VIH : &#171; &lt;i&gt;Deux virus et deux &#233;pid&#233;mies qui m&#233;dicalement ne sont pas comparables&lt;/i&gt; &#187;, ass&#233;nait-elle. &#171; &lt;i&gt;Pourtant,&lt;/i&gt; ajoutait l'ancienne vice-pr&#233;sidente de l'association Act Up-Paris,&lt;i&gt; s'il y a une communaut&#233; qui devrait partager son exp&#233;rience, c'est bien la communaut&#233; sida.&lt;/i&gt; &#187; Et la militante f&#233;ministe et lesbienne, habitante du 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de la capitale, de rappeler l'auto-organisation qui s'&#233;tait alors &#233;labor&#233;e entre les personnes s&#233;ropositives et leurs proches : &#171; &lt;i&gt;Nous avons su et d&#251; ne pas attendre l'&#201;tat pour organiser des r&#233;ponses &#224; notre &#233;chelle. Nous savions la n&#233;cessit&#233; de prendre soin de soi pour ne pas transmettre &#224; d'autres y compris des pathologies b&#233;nignes pour nous mais potentiellement graves pour nos amis immuno-d&#233;&#8202;prim&#233;s. Nous savions respecter les mesures de pr&#233;cautions &#233;l&#233;mentaires, ne plus nous embrasser s'il le fallait et quand il le fallait et c&#233;l&#233;brer la vie n&#233;anmoins. Nous savions faire leurs courses, leurs d&#238;ners, leurs lessives si besoin. Nous pouvons nous inspirer de ces exp&#233;riences. Des savoirs et solidarit&#233;s populaires. Des savoirs de ceux qui savent d'abord devoir compter sur eux-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mai, quelques jours avant la fin du confinement g&#233;n&#233;ralis&#233;, nous avons demand&#233; &#224; Gwen Fauchois quel &#233;tait son regard sur ces deux mois de choix politiques ubuesques. Bilan s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton billet du 12 mars, alors que s'esquissait une gestion autoritaire de la crise sanitaire, tu nous avertissais qu'une pand&#233;mie ne se g&#232;re pas contre les gens mais avec eux, et que les communaut&#233;s ont des ressources pr&#233;cieuses, comme tu l'as exp&#233;riment&#233; en militant &#224; Act Up. On est deux mois plus tard et on cause de tout &#231;a juste avant un d&#233;confinement qui va beaucoup faire appel au civisme et &#224; la responsabilit&#233; individuelle... alors m&#234;me que les &#233;lites politiques se sont comport&#233;es de mani&#232;re inique. Quels sont les points communs entre ces deux pand&#233;mies, le VIH et le Covid-19 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les points communs, on peut retenir certaines formes de gestion ou de non-gestion par les pouvoirs publics. Dans mon billet pr&#233;-confinement, j'attirais l'attention sur le fait qu'&#224; partir de nos exp&#233;riences pass&#233;es on pouvait se douter que l'&#201;tat allait g&#233;rer la pand&#233;mie avec des temps de retard sur le rythme de sa progression et que ses priorit&#233;s ne seraient sans doute pas celles de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ces deux points se sont av&#233;r&#233;s exacts. D'une part, le gouvernement a syst&#233;matiquement pris ses d&#233;cisions en se calant sur ce qu'il observait en temps r&#233;el. Ce d&#233;faut d'anticipation a conduit &#224; ce que ses mesures perdent de l'efficacit&#233; qu'elles auraient pu avoir &#224; un stade ant&#233;rieur, provoquant une surench&#232;re de brutalit&#233; car intervenant chaque fois dans un contexte d&#233;pass&#233; et plus mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la priorit&#233; qui a dict&#233; ces choix n'&#233;tait pas le soutien et la protection des personnes, mais d'abord l'id&#233;e de prot&#233;ger &#224; tout prix l'appareil de production des cons&#233;quences d'une h&#233;catombe potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre-l&#224;, le soin aux personnes &#233;tait plus connexe que premier. Il s'est moins agi d'organiser prise en charge et pr&#233;vention, fin des contaminations ou &#233;radication de l'&#233;pid&#233;mie que d'ajuster les effets de celle-ci au socialement acceptable. C'est-&#224;-dire, en gros : quelles morts allaient &#234;tre socialement et &#233;conomiquement admises sans provoquer d'explosion sociale, quelle part de la population on pouvait confiner ou contraindre &#224; prendre des risques et &#224; aller au travail et quelle proportion de malades l'appareil sanitaire serait capable d'absorber, notamment les services de r&#233;animation aux capacit&#233;s r&#233;duites par des ann&#233;es d'aust&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; du &#171; tou&#183;tes ensemble &#187; et de &#171; la loi qui est la m&#234;me pour tou&#183;tes &#187;, ce qui a saut&#233; aux yeux, c'&#233;tait l'in&#233;galit&#233; devant les conditions de confinement (conditions de logement et de travail, acc&#232;s &#224; un revenu). La maladie elle-m&#234;me touche les corps diff&#233;remment selon la classe et le statut social. En quoi l'action de l'&#201;tat a-t-elle aggrav&#233; ces in&#233;galit&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les pouvoirs publics ont fait comme si on pouvait traiter de fa&#231;on indiff&#233;renci&#233;e la population, en faisant abstraction des conditions mat&#233;rielles et sp&#233;cifiques dans lesquelles les gens vivent. Ils ont pr&#233;tendu que le virus frappait de fa&#231;on universelle et que les barri&#232;res pouvaient &#234;tre con&#231;ues en ne consid&#233;rant que les seuls aspects m&#233;dicaux, en n&#233;gligeant les volets humains et sociaux de la propagation. Alors qu'en r&#233;alit&#233; une &#233;pid&#233;mie se d&#233;place, cro&#238;t ou se combat en fonction du r&#233;el, des conditions d'existence comme des pratiques de la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a syst&#233;matiquement parl&#233; &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; confinement, comme s'il n'y en avait qu'un, alors que ce n'est pas du tout la m&#234;me chose &#8211; je vais caricaturer un peu &#8211; d'&#234;tre confin&#233;&#183;e &#224; plusieurs dans un petit appartement ou au bord de sa piscine dans son jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce confinement a &#233;t&#233; construit en se basant sur un &#233;talon pos&#233; comme universel mais qui en r&#233;alit&#233; ne ressemble qu'&#224; un segment tr&#232;s partiel de la population. Ce standard ressemble d'assez pr&#232;s &#224; ceux qui nous gouvernent : c'est plut&#244;t un homme blanc, ais&#233;, h&#233;t&#233;ro, cis, ayant un logement. Peu importe qu'il ne corresponde que fort peu &#224; une tr&#232;s large partie de la population, il est &#233;rig&#233; en prototype repr&#233;sentatif. Et c'est &#224; partir de ses mode de vie et besoins qu'est impos&#233; le mod&#232;le de r&#233;ponse &#224; l'&#233;pid&#233;mie sans que soient prises en compte la diversit&#233; des r&#233;alit&#233;s et les difficult&#233;s sp&#233;cifiques des un&#183;es et des autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; des conditions de vie tr&#232;s in&#233;gales, le m&#234;me comportement &#233;tait demand&#233; &#224; chacun.e, avec une suspicion envers les quartiers populaires. Le 7 mai on comptait au moins huit morts sous les coups de la police en &#224; peine huit semaines. C'est un ennemi de l'int&#233;rieur qu'on a construit, la figure du jeune mec racis&#233; de cit&#233; qui ne respecte pas le confinement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois le confinement b&#226;ti sur un mod&#232;le cens&#233; pouvoir s'appliquer uniform&#233;ment, les conduites ont &#233;t&#233; &#233;valu&#233;es en rapport avec l'&#233;cart &#224; ce mod&#232;le. Mais les repr&#233;sentations des diff&#233;rents segments de la population ne sont pas plus abstraites que les conditions de vie. Elles sont culturellement et id&#233;ologiquement construites en fonction de la place de chacun&#183;e sur l'&#233;chiquier social, et notamment &#233;conomique. Mais aussi &#224; travers des prismes genr&#233;s et racis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi des classes de population sont pr&#233;sent&#233;es &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;comme plus ou moins responsables, en capacit&#233; de respecter le confinement ou au contraire pr&#233;sum&#233;es irresponsables et dangereuses. Ce qui permet dans un second temps de justifier un contr&#244;le qui, contrairement au confinement, est lui diff&#233;renci&#233; : extr&#234;mement autoritaire envers certaines classes et tol&#233;rant vis-&#224;-vis d'autres composantes de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple, quand il s'est agi de mettre en sc&#232;ne &lt;i&gt;[m&#233;diatiquement]&lt;/i&gt; des gens dans l'espace ext&#233;rieur : s'ils &#233;taient plut&#244;t blancs, ais&#233;s, dans des quartiers bourgeois et qu'ils ne respectaient pas strictement les r&#232;gles du confinement, on expliquait assez facilement que c'&#233;tait parce qu'ils avaient besoin de respirer, que ce comportement &#233;tait de leur part exceptionnel et m&#234;me bien normal, compr&#233;hensible. Quand il s'agissait de populations de quartiers populaires, en particulier des jeunes mecs racis&#233;s, &#224; ce moment-l&#224; on &#233;tait quasi imm&#233;diatement dans le registre de l'irresponsabilit&#233;, il n'&#233;tait plus question de ce besoin de respirer momentan&#233;ment, d'exception (et ce alors m&#234;me que leurs conditions de confinement &#233;taient bien plus rudes). Ils &#233;taient pr&#233;sent&#233;s presque par nature comme suspects de n'avoir jamais respect&#233; le confinement. Une pr&#233;somption de culpabilit&#233; leur &#233;tait appliqu&#233;e, justifiant par avance des formes de violences &#224; leur &#233;gard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au d&#233;but de la crise sanitaire, pour pallier la p&#233;nurie de masques ou de tests, le gouvernement a choisi de communiquer sur l'inutilit&#233; de porter un masque ou de tester les personnes ne pr&#233;sentant pas de sympt&#244;mes. De quelles ressources collectives nous privent les mensonges des dirigeants et leur fa&#231;on d'infantiliser le public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La p&#233;nurie de masques et de tests a &#233;t&#233; terrible &#224; tous points de vue. D'abord elle a sans doute &#8211; conjugu&#233;e au retard et au d&#233;faut d'anticipation des pouvoirs publics (anticipation qui aurait certainement &#233;t&#233; possible, en observant ce qui se passait dans les pays voisins) &#8211; contribu&#233; au d&#233;veloppement de l'&#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; partir du moment o&#249; on n'avait pas de masques, pas de tests, et o&#249; on ne d&#233;cidait pas de s'en procurer en urgence, il fallait pour les autorit&#233;s publiques (en contradiction avec les savoirs et imp&#233;ratifs sanitaires) d&#233;cr&#233;ter qu'ils &#233;taient inutiles, m&#234;me s'il s'agissait d'un mensonge. D&#232;s lors qu'on ne les utilisait pas, la seule solution &#233;tait un confinement autoritaire et massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saura jamais si on aurait pu, comme d'autres pays, s'en passer. Peut-&#234;tre n'&#233;tait-il pas la seule solution ; peut-&#234;tre aurait-il pu, accompagn&#233; de distribution de masques et de tests massifs des cas symptomatiques et de leurs contacts, &#234;tre d&#233;clin&#233; sur des modes plus souples ou moins longs. Mais les p&#233;nuries et les choix politiques tardifs ne nous ont laiss&#233; que des solutions drastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a en outre pr&#233;f&#233;r&#233; essayer de se couvrir en dissimulant ces p&#233;nuries plut&#244;t que de les reconna&#238;tre. Ce qui a sabot&#233; un peu plus la cr&#233;dibilit&#233; de la parole publique. Mais surtout a encore retard&#233; le freinage de l'&#233;pid&#233;mie, mat&#233;riellement mais &#233;galement en termes comportementaux puisque chacun devait trier des injonctions et informations contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie, c'est comme un serpent qui se mord la queue. Comme les d&#233;cisions ne sont pas prises &#224; temps, elles ne produisent pas d'effet optimum. Il faut donc y ajouter d'autres mesures plus brutales, impos&#233;es par ces choix et ce retard. Comme il est difficile pour le politique d'avouer que cette brutalit&#233; est de sa responsabilit&#233;, il a tendance &#224; verser dans un autoritarisme accru pour l'imposer et masquer son incurie et sa part de responsabilit&#233;. C'est un cercle vicieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce peuple a priori mal comprenant et mal ex&#233;cutant, il s'est pourtant organis&#233; pour faire vivre les solidarit&#233;s et faire reculer la maladie sans sacrifier l'une &#224; l'autre...
&lt;/strong&gt; &#171; Face &#224; un confinement d'urgence, con&#231;u dans la verticalit&#233; &#8211; avec les d&#233;cideurs en haut et les ex&#233;cutants en bas &#8211;, faisant tr&#232;s largement abstraction des conditions de vie et &#224; l'universalit&#233; de fa&#231;ade, la population a bien compris qu'elle &#233;tait livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me et devait compter sur ses propres savoir-faire pour que le confinement fonctionne. Elle a refus&#233; la passivit&#233; dans laquelle les pouvoirs publics pr&#233;tendaient l'enfermer ; au contraire, elle a multipli&#233; les initiatives pour essayer de compenser les moyens que les politiques ne mettaient pas &#224; sa disposition.
Elle s'est organis&#233;e &#224; l'&#233;chelle micro-locale et constitu&#233;e en r&#233;seaux de solidarit&#233; d'aide directe mat&#233;rielle (masques, m&#233;dicaments, nourriture) mais aussi d'auto-information. Elle a mis en place collectes, cagnottes redistributives, repas pour les laiss&#233;&#183;es-pour-compte. Sans cette auto-organisation, le confinement n'aurait pas pu tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons l'exemple des masques. La population, qui est loin d'&#234;tre irresponsable, a compris que m&#234;me si ce n'&#233;tait pas l'id&#233;al, le masque allait non pas prot&#233;ger mais au moins limiter les risques. Chacun&#183;e s'est mis&#183;e selon son savoir-faire &#224; fabriquer des masques, &#224; en coudre, &#224; en distribuer et &#224; adopter de fa&#231;on micro-locale une strat&#233;gie de r&#233;duction des risques alors que le gouvernement en &#233;tait incapable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement a donn&#233; lieu &#224; des mesures liberticides graves (gardes &#224; vue sans avocat, prolongation sans audience des d&#233;tentions provisoires&#8230;) et &#224; des injustices aux cons&#233;quences moindres (comme les verbalisations arbitraires suivant les normes morales de policiers majoritairement hommes blancs de classe moyenne). Si on ignorait qu'on &#233;tait des administr&#233;. es, on l'a bien compris sur ce coup-ci ! Les moyens publics semblent avoir &#233;t&#233; mis sur la r&#233;pression plus que sur la pr&#233;vention et le soin. &#192; venir, le flicage des personnes contamin&#233;es. Tu peux nous expliquer le danger d'une telle politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire des luttes contre les &#233;pid&#233;mies nous apprend que les mesures autoritaires sont contre-productives. Le gouvernement voudrait faire croire qu'autoritarisme et absence de consentement sont n&#233;cessit&#233; de sant&#233; publique alors que c'est exactement le contraire. Et m&#234;me dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si se faire tester suscite la crainte de subir une forme d'incarc&#233;ration, de stigmatisation ou de discrimination, cela provoquera immanquablement une m&#233;fiance vis-&#224;-vis des m&#233;decins et du m&#233;dico-social, du d&#233;ni, des conduites d'&#233;vitement, de refus et d'&#233;chappement. Ce qui favorise m&#233;caniquement la persistance de cha&#238;nes de contaminations invisibles, plus difficiles &#224; briser, soit l'exact inverse d'une politique de sant&#233; responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle r&#233;clame plut&#244;t des individus inform&#233;s et adh&#233;rant aux mesures propos&#233;es et &#224; leur mise en &#339;uvre, parce qu'ils per&#231;oivent &#224; la fois individuellement et collectivement les b&#233;n&#233;fices attendus de la connaissance de leur &#233;tat de sant&#233; et d'une prise en charge respectueuse offrant des moyens de prendre soin de soi et des siens. Des individus qui deviennent, &#224; leur tour, des acteurs de pr&#233;vention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de sant&#233; comme de libert&#233;s publiques, se passer du consentement est la pire des options. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement avait bien mis la pression aux gens mais le d&#233;confinement va continuer. Et parall&#232;lement &#224; &#231;a, on voit les dirigeants organiser leur auto-amnistie (pas encore vot&#233;e &#224; l'heure de cet entretien &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s plusieurs allers-retours entre le gouvernement, le S&#233;nat et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;). Il y a un deux poids, deux mesures en mati&#232;re de responsabilit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique du gouvernement, c'est : il d&#233;cide de tout mais n'est responsable de rien et inversement les citoyens ne d&#233;cident de rien mais sont responsables de tout. Le d&#233;confinement ne changera rien &#224; ce positionnement id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la pression s'exerce pour un retour g&#233;n&#233;ral au travail sans que l'organisation de protection des conditions de travail soit premi&#232;re. Depuis le d&#233;but, la pression n'est pas d'abord mise sur les entreprises mais sur les travailleurs. On s'est servi d'un m&#233;lange de m&#233;pris social et d'h&#233;ro&#239;sation de celles et ceux qui devaient continuer &#224; travailler dans ces conditions pour rendre acceptable le sacrifice de leur protection et leur sant&#233;. Mais le consensus qui s'&#233;tait d&#233;gag&#233; sur cette base pour rendre acceptable le sacrifice de certaines cat&#233;gories sociales aurait &#233;t&#233; plus difficile &#224; universaliser. D'autant plus difficile que la population n'avait pas fait sien le discours national-martial, le &#8220;&lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt;&#8221; qui aurait pu permettre aux pouvoirs publics de justifier cette extension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or d&#233;confiner, c'est peu &#224; peu g&#233;n&#233;raliser ce retour au travail, m&#234;me si les hi&#233;rarchies sociales offrent des d&#233;lais et une meilleure protection &#224; ceux qui peuvent se passer de reprendre physiquement leur activit&#233; professionnelle. Ce qui signifie une visibilit&#233; accrue de cette protection m&#233;diocre des travailleurs et notamment du fait que la distanciation physique est peu mise en &#339;uvre par les entreprises et autres structures, priv&#233;es comme publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si c'est d'ailleurs &#224; ce moment-l&#224; que le masque redevient, dans le discours &#233;tatique, utile. Voire m&#234;me obligatoire. Encore une fois, on renvoie &#224; la responsabilit&#233; individuelle ce qui devrait relever de d&#233;cisions politiques. Et c'est au public et aux employ&#233;&#183;es qu'il est demand&#233; de compenser les d&#233;ficits d'organisation et de protection tant des pouvoirs publics que des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le constate concr&#232;tement, la d&#233;cision de d&#233;confiner a pr&#233;c&#233;d&#233; sa pr&#233;paration et non l'inverse. Ce n'est pas la performance de cette pr&#233;paration qui en a d&#233;cid&#233; mais la relance de l'&#233;conomie qui a prim&#233;. Y compris sur le plan &#233;pid&#233;mique. Le gouvernement avait pr&#233;tendu que le d&#233;confinement d&#233;pendrait du niveau de circulation du virus et d'occupation des lits de r&#233;animation. Or, s'il avait respect&#233; ses propres crit&#232;res, il ne pouvait d&#233;cr&#233;ter le d&#233;confinement en &#206;le-de-France (o&#249; le taux de passage aux urgences pour suspicion de Covid-19 et les hospitalisations &#8211; plus de deux fois sup&#233;rieures &#224; la pr&#233;valence nationale &#8211; restaient &#233;lev&#233;s) sans &#224; tout le moins une meilleure organisation pr&#233;alable, tant au niveau des transports que dans les entreprises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Aude Vidal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s plusieurs allers-retours entre le gouvernement, le S&#233;nat et l'Assembl&#233;e, cette volont&#233; de cr&#233;er une sorte d'amnistie pr&#233;ventive pour les &#233;lus locaux et/ou les ministres a finalement &#233;t&#233; bien att&#233;nu&#233;e : la loi du 11 mai 2020 prolongeant l'&#233;tat d'urgence sanitaire renvoie essentiellement au cadre juridique existant, &#224; savoir la loi du 10 juillet 2000 sur la responsabilit&#233; des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes de m&#233;nage : &#171; Le capitalisme fait des corps racis&#233;s des sources d'exploitation jusqu'&#224; leur &#233;puisement &#187;</title>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves se sont succ&#233;d&#233; dans le secteur du nettoyage. Si les contrats pr&#233;caires et les cadences infernales commencent &#224; &#234;tre m&#233;diatis&#233;s, pas un mot en revanche sur la sant&#233; des agent&#8226;es de nettoyage, menac&#233;e par l'usage r&#233;p&#233;t&#233; de produits chimiques toxiques. Pour Fran&#231;oise Verg&#232;s, auteure du livre Un f&#233;minisme d&#233;colonial, ce silence se comprend &#224; la lumi&#232;re de l'histoire de la profession, intimement li&#233;e au pass&#233; colonial de la France. Entretien. Elles se l&#232;vent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Rien-que-pour-le-web" rel="directory"&gt;Rien que pour le web&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/racisees" rel="tag"&gt;racis&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves se sont succ&#233;d&#233; dans le secteur du nettoyage. Si les contrats pr&#233;caires et les cadences infernales commencent &#224; &#234;tre m&#233;diatis&#233;s, pas un mot en revanche sur la sant&#233; des agent&#8226;es de nettoyage, menac&#233;e par l'usage r&#233;p&#233;t&#233; de produits chimiques toxiques. Pour Fran&#231;oise Verg&#232;s, auteure du livre &lt;i&gt;Un f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;/i&gt;, ce silence se comprend &#224; la lumi&#232;re de l'histoire de la profession, intimement li&#233;e au pass&#233; colonial de la France. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L140xH214/-1394-360d4.jpg?1779605999' width='140' height='214' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;lles se l&#232;vent aux aurores pour lessiver les sols des gares, d&#233;tartrer la fa&#239;ence des toilettes publiques ou nettoyer les vitres des h&#244;tels de luxe. Elles, ce sont les salari&#233;es du secteur du nettoyage. Dans beaucoup de grosses bo&#238;tes sp&#233;cialis&#233;es dans la propret&#233;, les contrats, souvent d&#233;croch&#233;s par des femmes racis&#233;es, ont des allures de billet aller pour la pr&#233;carit&#233;. Les conditions de travail sont r&#233;guli&#232;rement d&#233;nonc&#233;es par les employ&#233;&#8226;es. En t&#233;moignent le combat des salari&#233;.es d'Onet &#224; Paris en 2017 ou celui, plus r&#233;cent, des femmes de chambre de l'H&#244;tel Ibis Clichy-Batignolles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces luttes ont permis un v&#233;ritable coup de projecteur sur une profession sous pression, une zone d'ombre persiste : dans les m&#233;dias, rien ou presque&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Femmes de m&#233;nage : un m&#233;tier &#224; hauts risques toxiques oubli&#233; par l'&#233;cologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sur l'utilisation quotidienne de produits m&#233;nagers et les risques chimiques associ&#233;s qui planent sur une partie des 500 000 personnes&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les statistiques de la F&#233;d&#233;ration des entreprises de la propret&#233;.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; embauch&#233;es par le secteur. Un danger pourtant bien connu de l'Institut national de recherche et de s&#233;curit&#233; pour la pr&#233;vention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), comme l'explique notre article &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Femmes-de-menage-un-travail-qui' class=&#034;spip_in&#034;&gt; Femmes de m&#233;nage : un travail qui empoisonne &lt;/a&gt; &#187; (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;180, octobre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que ce risque soit &#224; ce point ignor&#233; ? Nous avons pos&#233; la question &#224; Fran&#231;oise Verg&#232;s, politologue, militante et auteure du livre un &lt;i&gt;f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;/i&gt; (La Fabrique, 2019), dans lequel elle interroge, entre autres, la place que la soci&#233;t&#233; r&#233;serve &#224; &#171; &lt;i&gt;celles et ceux qui nettoient le monde&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le secteur de la propret&#233; est massivement investi par les femmes, &#224; fortiori par les femmes racis&#233;es. Comment expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut revenir &#224; l'esclavage colonial o&#249; les femmes noires esclavagis&#233;es accomplissaient le travail de soin et de nettoyage des &#8220;blanches et blancs&#8221; et de leurs enfants. Elles les habillaient, les coiffaient, leur donnaient le bain, les soignaient, s'occupaient des enfants qu'elles allaitaient, nourrissaient. Souvent forc&#233;es de dormir au pied des lits soit des femmes, soit des enfants, elles devaient &#234;tre &#224; leur disposition jour et nuit. De tr&#232;s jeunes filles pouvaient &#234;tre mises &#224; ces postes. Les r&#233;cits de maltraitance et de violence &#8220;gratuite&#8221; abondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nettoyer et prendre soin &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant naturellement le travail de subalternes. Une bourgeoise, une propri&#233;taire d'esclaves, ne s'abaissait pas &#224; faire ces travaux. Ce travail, qui exigeait d'exprimer de l'affection, impliquait que la femme blanche accepte une proximit&#233; avec une femme racis&#233;e donc m&#233;pris&#233;e, et que la femme noire accepte cette m&#234;me proximit&#233; avec une femme qui avait tous les droits sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime colonial, ce sont encore des femmes racis&#233;es qui ont accompli ces travaux. Pendant qu'en France, les domestiques &#233;taient des femmes de la campagne ou de familles d&#233;sargent&#233;es, dans les colonies, ce furent des femmes racis&#233;es qui accomplissaient ces travaux, et les accomplissent toujours pour les &#171; expats &#187; fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960, alors que la classe moyenne fran&#231;aise se d&#233;veloppe, que les &#8220;bonnes&#8221; espagnoles ou portugaises se font plus rares et que les gouvernements fran&#231;ais ont peur de la jeunesse des &#8220;outre-mer&#8221; dans le contexte de la premi&#232;re d&#233;colonisation, ils organisent la migration de jeunes femmes des Antilles, de La R&#233;union et de la Guyane, qui sont amen&#233;es en France par milliers soit pour devenir domestiques dans les maisons bourgeoises, soit pour occuper les postes subalternes dans les services publics, notamment pour les travaux de soin et de nettoyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie du nettoyage dans les ann&#233;es 1990-2000 recrute en majorit&#233; des femmes racis&#233;es migrantes, pr&#233;caris&#233;es, sous-pay&#233;es, dans un monde du travail connu pour l'existence de harc&#232;lement et de violence sexuelle. En r&#233;sum&#233;, la racialisation et f&#233;minisation du travail de soin et de nettoyage est ancienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet h&#233;ritage expliquerait donc en partie le peu d'int&#233;r&#234;t port&#233; aux conditions de travail des professionnel&#8226;les du nettoyage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la th&#233;orie &#233;conomique lib&#233;rale ou pour l'id&#233;ologie patriarcale, c'est un travail qui a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme mineur, comme n'exigeant aucune comp&#233;tence. Les f&#233;ministes mat&#233;rialistes ont mis en lumi&#232;re cette r&#233;alit&#233; mais leurs grilles de lecture n'int&#232;grent pas la dimension racialis&#233;e, centrale dans l'histoire du travail de soin et de nettoyage. La demande du f&#233;minisme bourgeois que les femmes entrent dans le monde du travail a intensifi&#233; la racialisation du travail de soin et de nettoyage consid&#233;r&#233; comme n'ayant aucune &lt;i&gt;valeur&lt;/i&gt;. C'est un travail m&#233;pris&#233; dont on devrait m&#234;me avoir honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie de l'&#233;galit&#233; de genre est raciale quand elle ne consid&#232;re pas comment la notion de genre n'est pas neutre et universelle, ni qu'elle int&#232;gre classe et race. Le racisme est structurel, c'est-&#224;-dire qu'il ne vient pas &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt;, il fait partie de la structure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un &lt;i&gt;f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;/i&gt;, vous parlez d'&#171; &lt;i&gt;&#233;conomie de l'usure des corps racialis&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire une &#233;conomie &#171; &lt;i&gt;dans laquelle des individus sont d&#233;sign&#233;s par le capital et l'&#201;tat comme &#233;tant propres &#224; &#234;tre us&#233;s, &#224; &#234;tre victimes de maladies, de d&#233;bilitations et handicaps&lt;/i&gt; &#187;. Est-ce que le d&#233;sint&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral au sujet de l'exposition des agent&#8226;es de nettoyage &#224; des agents chimiques toxiques fait &#233;cho &#224; cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#224; fait. Je commencerai par dire que ce que j'appelle &#8220;l'&#233;conomie de l'&#233;puisement&#8221; est au c&#339;ur de l'&#233;conomie capitaliste, du capitalisme racial qui fait de la nature et des corps racis&#233;s, des sources d'exploitation jusqu'&#224; leur &#233;puisement. Ensuite, je dirai que le but d'une analyse d&#233;coloniale est de tirer tous les fils afin de mettre en lumi&#232;re tout ce qui fait &#8220;exploitation racis&#233;e&#8221; : ici, migrations, genre, race, vuln&#233;rabilisation, pr&#233;carisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de nettoyage industriel (h&#244;tels, grands magasins, &#233;coles, universit&#233;s, h&#244;pitaux, bureaux...) est un travail d'&lt;i&gt;usure&lt;/i&gt; des corps qui entra&#238;ne des probl&#232;mes tr&#232;s graves de sant&#233; &#8211; comme des douleurs articulaires, des maux de t&#234;te, des probl&#232;mes urinaires. Ainsi, dans certains h&#244;tels, les directions interdisent aux femmes de m&#233;nage d'utiliser les salles de bain qu'elles nettoient pour se soulager ; elles doivent donc se retenir pendant des heures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'ils officient dans les gares t&#244;t le matin ou dans les bureaux tard le soir, celles et ceux qui &#171; nettoient le monde &#187; semblent invisibles. Est-ce que le fait qu'on soit rarement confront&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; du nettoyage permet en partie d'expliquer le peu d'int&#233;r&#234;t port&#233; aux conditions dans lesquelles il est effectu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certes, invisibiliser ce travail garantit aux usagers de ne pas &#234;tre confront&#233;s &#224; sa r&#233;alit&#233;, mais je pense qu'une des raisons principales de son invisibilisation est la volont&#233; de pr&#233;server son aspect mineur, sa non-qualification, sa f&#233;minisation, sa racialisation. L'invisibilisation est structurelle ; tout travail fait par des subalternes, d'autant plus si ce sont des femmes, doit &#234;tre invibilis&#233;, minor&#233;. Le &#8220;vrai&#8221; travail serait alors celui accompli dans un endroit &#8220;propre&#8221;, le bureau, cet espace qui d&#233;finit le cadre, comme l'a d&#233;crit [le sociologue] Luc Boltanski dans &lt;i&gt;Le nouvel esprit du capitalisme&lt;/i&gt; (2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait un &#8220;travail propre&#8221; et un &#8220;travail sale&#8221;. Dans les grands magasins, o&#249; travaillent une majorit&#233; de femmes et dont la client&#232;le est elle aussi majoritairement f&#233;minine, la hi&#233;rarchie est tr&#232;s prononc&#233;e. Les vendeuses font un travail propre, autour de &#8220;l'embellissement de la femme&#8221;, elles doivent &#234;tre visibles, appr&#234;t&#233;es selon les normes de la f&#233;minit&#233; bourgeoise. Quant aux femmes qui nettoient ces magasins et sans qui le magasin ne pourrait pas &#8220;servir la beaut&#233; de la femme&#8221;, elles ne doivent pas &#234;tre visibles. Leur invisibilit&#233; a &#224; voir avec la division bourgeoise entre propre et sale, beaut&#233; et laideur, blanc et non blanc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous tentez de &#171; &lt;i&gt;comprendre la relation entre le capitalisme comme producteur de d&#233;chets mat&#233;riels et toxiques et sa fabrication d'&#234;tres humains comme jetables&lt;/i&gt; &#187;. Quel est le lien entre ce postulat et le manque de prise en compte des risques qui p&#232;sent sur la sant&#233; des professionnel&#8226;les du nettoyage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ne s'int&#233;ressant pas &#224; la dangerosit&#233; des conditions de travail des agent&#8226;es du nettoyage, on continue &#224; nier que le capitalisme est une production de d&#233;chets, que l'hyperconsommation est bas&#233;e sur une hyperproduction qui est in&#233;vitablement destin&#233;e &#224; ne pas &#234;tre consomm&#233;e. Les femmes et hommes qui produisent ces marchandises-d&#233;chets sont associ&#233;&#8226;es &#224; la &#8220;nature&#8221; de ces objets : jetables, &#224; la vie courte. L'hyperproduction n'a pas d'autre but que le profit, que de faire marcher la machine, l'hyperconsommation aussi. Toutes deux sont toxiques au sens o&#249; elles d&#233;truisent l'environnement et les conditions qui permettent aux humains de vivre : elles transforment la vie d'une grande majorit&#233; en survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, prendre en compte la dangerosit&#233; des conditions de travail des agent&#8226;es du nettoyage signifierait faire une analyse de leur travail qui ne se contente pas d'en d&#233;noncer les conditions &lt;i&gt;visibles&lt;/i&gt; mais aussi tout un environnement &#8211; harc&#232;lement, violence sexuelle, toxicit&#233; &#8211; qui met &#224; jour la multiplicit&#233; et le croisement des aspects discriminants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire sur le m&#234;me th&#232;me&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Notre article&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Femmes-de-menage-un-travail-qui' class=&#034;spip_in&#034;&gt; Femmes de m&#233;nage : un travail qui empoisonne &lt;/a&gt; &#187; (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;180, octobre 2019).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Menace-chimique-pour-les-salarie-e&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Femmes de m&#233;nage : un m&#233;tier &#224; hauts risques toxiques oubli&#233; par l'&#233;cologie&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Bastamag &lt;/i&gt;(4/03/2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon &lt;a href=&#034;https://www.monde-proprete.com/chiffres-cles-du-secteur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les statistiques&lt;/a&gt; de la F&#233;d&#233;ration des entreprises de la propret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Et quatre de plus qui font&#8230; 2042</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Et-quatre-de-plus-qui-font-2042</link>
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		<dc:date>2019-10-17T16:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Quelques ami.es de Fabrice Borom&#233;e</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entr&#233; en taule en 2010 pour une peine de huit ans, Fabrice Borom&#233;e en a d&#233;sormais, au total, plus de trente &#224; tirer. Cet &#233;t&#233;, quatre nouvelles ann&#233;es lui ont &#233;t&#233; gentiment distribu&#233;es. Des ami.es de Fabrice racontent ici ce dernier proc&#232;s. 16 juillet 2019, 14 h. Fabrice Borom&#233;e est jug&#233; &#224; Tarascon (Bouches-du-Rh&#244;ne) pour avoir violent&#233; un maton. Incarc&#233;r&#233; depuis huit ans en m&#233;tropole, loin de sa Guadeloupe familiale, Fabrice en a pass&#233; sept &#224; l'isolement. L'arbitraire de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/detention" rel="tag"&gt;d&#233;tention&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/conditions" rel="tag"&gt;conditions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fabrice" rel="tag"&gt;Fabrice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fabrice-reconnait" rel="tag"&gt;Fabrice reconna&#238;t&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fabrice-Boromee" rel="tag"&gt;Fabrice Borom&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Guadeloupe" rel="tag"&gt;Guadeloupe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fabrice-n-ont" rel="tag"&gt;Fabrice n'ont&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entr&#233; en taule en 2010 pour une peine de huit ans, Fabrice Borom&#233;e en a d&#233;sormais, au total, plus de trente &#224; tirer. Cet &#233;t&#233;, quatre nouvelles ann&#233;es lui ont &#233;t&#233; gentiment distribu&#233;es. Des ami.es de Fabrice racontent ici ce dernier proc&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;16 juillet 2019, 14 h. Fabrice Borom&#233;e&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur son histoire, lire aussi &#171; Fabrice, &#233;crou 15 964, isolement &#187;, CQFD n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; est jug&#233; &#224; Tarascon (Bouches-du-Rh&#244;ne) pour avoir violent&#233; un maton. Incarc&#233;r&#233; depuis huit ans en m&#233;tropole, loin de sa Guadeloupe familiale, Fabrice en a pass&#233; sept &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arbitraire de l'administration p&#233;nitentiaire (AP), il conna&#238;t : isolement total, n&#233;gligence dans les soins m&#233;dicaux, humiliations et violences. Une torture carc&#233;rale qui confirme sans aucun doute que la peine de mort (&#224; petit feu) n'a pas &#233;t&#233; abolie et que les QHS (quartiers de haute s&#233;curit&#233;) de sinistre m&#233;moire n'ont pas r&#233;ellement ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une histoire de lentilles&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 2 d&#233;cembre 2014, Fabrice Borom&#233;e est incarc&#233;r&#233; &#224; Arles. Au moment de la distribution du repas, l'absence d'une barquette de lentilles d&#233;clenche une altercation entre Fabrice et le surveillant Christian Dumont. Ce dernier s'en sort avec trois jours d'ITT (incapacit&#233; totale de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Fabrice reconna&#238;t les faits, il en pr&#233;cise les raisons : s'il a frapp&#233; ce maton, c'est en r&#233;ponse aux multiples provocations de sa part ; c'est &#233;galement en vue de le prendre en otage afin de d&#233;noncer ses conditions de d&#233;tention et de revendiquer son transfert en Guadeloupe pour rapprochement familial. Avec cet aveu, les motifs avanc&#233;s prennent une ampleur nouvelle, mais pas de quoi troubler les juges, qui se contentent des d&#233;clarations de l'AP : le surveillant n'y est pour rien, Fabrice ment. Les causes de l'agression sont bien une histoire de lentilles... et surtout pas des conditions de d&#233;tention inhumaines.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ne pas comprendre pour m&#233;priser&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les justifications exprim&#233;es par Fabrice n'ont pas trouv&#233; d'oreilles attentives, c'est d'abord parce que ce dernier ne se fait pas entendre. Le d&#233;bit de sa parole est rapide et saccad&#233; (Fabrice b&#233;gaie de plus en plus depuis qu'il est &#224; l'isolement), son accent cr&#233;ole est pr&#233;gnant et son attitude trop &#171; vindicative &#187;, pas assez lisse et soumise... En cons&#233;quence, le tribunal ne comprend visiblement qu'un mot sur deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas comprendre, c'est aussi simplifier &#224; l'exc&#232;s. Pour cerner un coupable, on &#233;tablit sa &#171; personnalit&#233; &#187;. Pour Fabrice, cela s'est limit&#233; aux dix-huit &#171; mentions &#187; inscrites &#224; son casier judiciaire, dont la majorit&#233; l'ont &#233;t&#233; pendant sa d&#233;tention. Cette longue litanie de &#171; r&#233;bellions et violences &#187; n'a pas pour but d'&#233;clairer les juges sur la situation et la trajectoire de Fabrice, mais bien de le d&#233;crire comme l'inhumain qui m&#233;rite son sort. Pour l'avocat de la victime, la &#171; &lt;i&gt;personnalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; de Fabrice est d&#232;s lors &#171; &lt;i&gt;inqui&#233;tante&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;une haine dont le d&#233;tenu a fait la preuve&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Une fureur&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;une violence inacceptable intol&#233;rable et grave&lt;/i&gt; &#187;, compl&#233;tera le procureur....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, peut-&#234;tre qu'une liste de d&#233;cisions de justice suffit &#224; cr&#233;er un monstre, &#224; pourrir la vie des gens et faire d'un minot des rues un homme qui n'a plus rien &#224; perdre. Mais alors il faut tout dire : mise en institution avec s&#233;paration de la fratrie &#224; la mort de sa m&#232;re quand il a 8 ans, placement dans une famille d'accueil violente, premi&#232;re incarc&#233;ration &#224; 16 ans, puis d&#233;portation en m&#233;tropole pour purger une peine de huit ans prononc&#233;e en 2010 (la derni&#232;re pour des faits commis dehors), refus de permission pour l'enterrement de son p&#232;re, nouvelles peines &#171; internes &#187;, violences d'agents p&#233;nitentiaires ayant entra&#238;n&#233; une surdit&#233; totale d'une oreille, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un monstre, vous dit-on ! Qui m&#233;rite son sort et que l'on doit m&#233;priser. C'est en quelque sorte ce que s'est &#233;vertu&#233; &#224; faire l'un des juges quand, comble du cynisme ou de l'ignorance, il interroge Fabrice sur ses conditions de d&#233;tention. Mais, pr&#233;cisera-t-il : &#171; &lt;i&gt;Pouvez-vous nous en dire deux mots, sans que ce soit trop long&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Outre l'ignorance d'un quotidien dans les quartiers d'isolement des prisons fran&#231;aises (rebaptis&#233;s &#171; &lt;i&gt;tombeaux secrets&lt;/i&gt; &#187; par les d&#233;tenus), ce juge souhaite donc que Fabrice s'exprime succinctement. Il le fera simplement : &#171; &lt;i&gt;Ma t&#234;te est sur le billot... Je suis l'homme &#224; abattre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur aura, quant &#224; lui, une attitude plus directe dans le m&#233;pris et l'insulte, en attribuant &#224; Fabrice &#171; &lt;i&gt;un niveau de r&#233;flexion z&#233;ro&lt;/i&gt; &#187;. Clair et limpide !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chronique d'une mort annonc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est 15 h. L'audience aura dur&#233; moins d'une heure. Le d&#233;lib&#233;r&#233; est sans surprise : quatre ans ferme. &#192; ce jour, entre ses 16 et ses 38 ans, Fabrice a donc pass&#233; 7 mois dehors. Il est dor&#233;navant lib&#233;rable en 2042. Sans compter qu'il lui reste encore deux proc&#232;s pour des faits similaires, o&#249; Fabrice d&#233;non&#231;ait ses conditions de d&#233;tention et r&#233;affirmait sa volont&#233; d'&#234;tre transf&#233;r&#233; en Guadeloupe. Encore une occasion de rallonger la peine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la &#171; victime &#187;, c'est du velours : les indemnit&#233;s s'&#233;l&#232;vent &#224; un peu plus de 46 000 &#8364;. &#171; &lt;i&gt;Il s'est offert une villa sur ton dos&lt;/i&gt; &#187;, blagueront les &#201;ris (&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;) qui ont escort&#233; Fabrice de la prison au tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'audience, la loi impose au juge de laisser la parole &#224; l'accus&#233;. Fabrice en profite pour rappeler une &#233;vidence : &#171; &lt;i&gt;Si la directrice que j'avais vue le matin m&#234;me m'avait &#233;cout&#233;, avait pris en compte mon besoin de rentrer chez moi, avait entendu que la pression montait, rien de tout &#231;a ne se serait pass&#233;. Mais elle m'a mal parl&#233;, a &#233;t&#233; m&#233;prisante et voil&#224; o&#249; on en est aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las pour Fabrice, l'AP ne cherche pas l'apaisement. Contact&#233;, il nous informe que son r&#233;gime d'isolement a &#233;t&#233; prolong&#233; au motif que &#171; &lt;i&gt;refuser de sortir de sa cellule pour aller seul en promenade ou en salle de sport prouve une inaptitude &#224; la vie sociale minimale requise pour &#234;tre en b&#226;timent comme les autres prisonniers&lt;/i&gt; &#187;. Fabrice reconna&#238;t en effet avoir peur que les d&#233;placements, menott&#233; et entour&#233; d'une demi-douzaine d'agents &#233;quip&#233;s et provocateurs, ne soient qu'une occasion pour la matonnerie de se venger et de le frapper &#224; mort, en r&#233;ponse &#224; ses multiples tentatives de prises de parole concernant son r&#233;gime de d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il poursuit (en fran&#231;ais, la seule langue qui lui permet de communiquer depuis sept ans car ni les surveillants ni ses cod&#233;tenus ne parlent cr&#233;ole, sa langue maternelle, et qu'il n'a pas de parloir avec sa famille rest&#233;e en Guadeloupe) : &#171; &lt;i&gt;Ils ont d&#233;j&#224; tu&#233; le Guadeloup&#233;en en moi&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;Maintenant, tous les matons de France me connaissent, les syndiqu&#233;s veulent ma peau suite aux prises d'otage que j'ai tent&#233;es. Je ne serai en paix nulle part. L'ulc&#232;re me fait super mal au ventre. Mon p&#232;re me manque, ma famille me manque. C'est trop de souffrance tout &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quelques potes et t&#233;moins pr&#233;sents au tribunal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur son histoire, lire aussi &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/La-prison-une-entreprise-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Fabrice, &#233;crou 15 964, isolement&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 159 (novembre 2017). Pour lui &#233;crire, c'est &#224; cette adresse : Fabrice Borom&#233;e &#8211; 368 &#8211; Maison centrale &#8211; Quartier d'isolement &#8211; 5, rue L&#233;on Druoux &#8211; 62880 Vendin-le-Vieil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Venezuela non grata</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Venezuela-non-grata</link>
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		<dc:date>2018-11-21T23:47:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
		<dc:subject>migrants</dc:subject>
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		<dc:subject>V&#233;n&#233;zu&#233;liens pourraient</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le samedi 18 ao&#251;t, dans la petite ville frontali&#232;re de Paracaima, au nord du Br&#233;sil, des dizaines d'habitants ont attaqu&#233;, bastonn&#233; et br&#251;l&#233; un campement de r&#233;fugi&#233;s&#8200;v&#233;n&#233;zu&#233;liens,&#8200;apr&#232;s l'agression d'un commer&#231;ant local imput&#233;e &#224; ces derniers... *** Cette pouss&#233;e de fi&#232;vre x&#233;nophobe a contraint 1 200 migrants &#224; quitter le territoire br&#233;silien. Au moins 93 V&#233;n&#233;zu&#233;liens ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tu&#233;s au Br&#233;sil au cours du premier trimestre, s'ajoutant aux 83 morts violentes enregistr&#233;es l'ann&#233;e pass&#233;e. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/conditions" rel="tag"&gt;conditions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/economique" rel="tag"&gt;&#233;conomique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Venezueliens" rel="tag"&gt;V&#233;n&#233;zu&#233;liens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Suely-Campos" rel="tag"&gt;Suely Campos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Venezuela" rel="tag"&gt;Venezuela&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Michel-Temer" rel="tag"&gt;Michel Temer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Venezueliens-pourraient" rel="tag"&gt;V&#233;n&#233;zu&#233;liens pourraient&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le samedi 18 ao&#251;t, dans la petite ville frontali&#232;re de Paracaima, au nord du Br&#233;sil, des dizaines d'habitants ont attaqu&#233;, bastonn&#233; et br&#251;l&#233; un campement de r&#233;fugi&#233;s&#8200;v&#233;n&#233;zu&#233;liens,&#8200;apr&#232;s l'agression d'un commer&#231;ant local imput&#233;e &#224; ces derniers...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1779602857' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette pouss&#233;e de fi&#232;vre x&#233;nophobe&lt;/strong&gt; a contraint 1 200 migrants &#224; quitter le territoire br&#233;silien. Au moins 93 V&#233;n&#233;zu&#233;liens ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tu&#233;s au Br&#233;sil au cours du premier trimestre, s'ajoutant aux 83 morts violentes enregistr&#233;es l'ann&#233;e pass&#233;e. Face &#224; l'afflux des migrants, Suely Campos, le gouverneur de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral de Roraima, a d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt; Nous craignons que cela entra&#238;ne une d&#233;stabilisation &#233;conomique et sociale dans notre &#201;tat. Je m'occupe des besoins des V&#233;n&#233;zu&#233;liens au d&#233;triment des Br&#233;siliens. &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; El &#233;xodo de los venezolanos sofoca al norte de Brasil &#187;, par Ernesto (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#192; la fin du mois d'ao&#251;t, le pr&#233;sident Michel Temer a fait se d&#233;ployer l'arm&#233;e &#171; &lt;i&gt;pour garantir la loi et l'ordre &lt;/i&gt; &#187; le long de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tous les jours&lt;/strong&gt;, ce sont au moins 5 000 V&#233;n&#233;zu&#233;liens de toutes conditions sociales qui fuient la pauvret&#233; et la p&#233;nurie et cherchent &#224; passer dans les principaux pays d'Am&#233;rique latine, voire les &#201;tats-Unis ou l'Espagne. Les Nations unies consid&#232;rent ce ph&#233;nom&#232;ne comme le plus grand exode de l'histoire de l'Am&#233;rique latine. Les pays limitrophes ont durci les conditions d'entr&#233;e sur leur territoire, exigeant d&#233;sormais la pr&#233;sentation d'un passeport. Depuis des mois, des files de migrants, venus &#224; pied ou en car, fuient leur pays, dans des conditions sanitaires p&#233;nibles, subissant l'humiliation bureaucratique, oblig&#233;s de recourir &#224; toutes sortes d'exp&#233;dients pour survivre, notamment la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concernant l'Uruguay&lt;/strong&gt;, notre correspondant Cheru Corisco nuan&#231;ait le rejet des autochtones : &#171; &lt;i&gt;Quelques milliers de V&#233;n&#233;zu&#233;liens ont d&#233;barqu&#233; ici aussi et ils sont plut&#244;t bien trait&#233;s. Rien &#224; voir avec la parano p&#233;ruvienne ou les pogroms br&#233;siliens ! L'Uruguay est un pays peu peupl&#233; qui se d&#233;finit encore comme une terre d'accueil. Il n'exige d'ailleurs pas de passeport pour une entr&#233;e terrestre, une carte d'identit&#233; suffit. L'&#233;loignement g&#233;ographique du Venezuela fait aussi que ceux qui arrivent sont plut&#244;t issus des classes moyennes. &lt;/i&gt; &#187; Cela &#233;tant, les entr&#233;es en Uruguay &#8211; pays qui soutenait jusqu'&#224; r&#233;cemment le r&#233;gime chaviste &#8211; restent loin derri&#232;re celles de l'Argentine ou du Chili, pays dans lequel 124 501 arriv&#233;es ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; enregistr&#233;es au premier semestre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au total, 2,3 &#224; 3 millions de personnes&lt;/strong&gt; sont parties du Venezuela depuis 1998, dont 1,6 million depuis 2015, ann&#233;e o&#249; la situation &#233;conomique s'est consid&#233;rablement d&#233;t&#233;rior&#233;e. Plus de 1,8 million de V&#233;n&#233;zu&#233;liens pourraient encore quitter le pays d'ici fin 2018. Et plus d'un tiers de la population l'envisagerait&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Calculating Our Diaspora &#187;, sur le site Caracas chronicles.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En f&#233;vrier 2018&lt;/strong&gt;, selon une &#233;tude de l'institut Datincorp aupr&#232;s de familles de migrants, 45 % des sond&#233;s donnait la crise &#233;conomique pour raison principale de leur d&#233;part, 25 % le manque d'espoir de changement politique et 15 % l'ins&#233;curit&#233; personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; cette h&#233;morragie d&#233;mographique&lt;/strong&gt; doubl&#233;e d'une crise humanitaire, le pouvoir de Maduro s'enfonce dans le d&#233;ni et le d&#233;lire parano&#239;aque, faisant porter la responsabilit&#233; du chaos int&#233;rieur &#224; &#171; une intervention &#233;trang&#232;re &#187; &#8211; ourdie comme de bien entendu par Washington, l'Union europ&#233;enne et les pays du groupe de Lima. Un sc&#233;nario de propagande monolithique que personne ne croit de bonne foi, sauf peut-&#234;tre dans les m&#233;dias de la France insoumise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Je dis aux V&#233;n&#233;zu&#233;liens&lt;/strong&gt; qui souhaitent &#233;chapper &#224; l'esclavage &#233;conomique : arr&#234;tez de laver les toilettes &#224; l'&#233;tranger et venez vivre dans votre patrie &lt;/i&gt; &#187;, a d&#233;clar&#233;, le mardi 28 ao&#251;t, Nicolas Maduro, tout en promettant un &#171; plan de relance &#187; qui pr&#233;voit entre autres la multiplication par 34 du salaire minimum face &#224; une menace d'inflation de&#8230; 1 000 000 %. Peu de chance que son annonce inverse la tendance.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Regards sur un pays &#224; la d&#233;rive &#8211; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Venezuela-complots-exode-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Venezuela : complots, exode et d&#233;composition&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;169 (octobre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;El &#233;xodo de los venezolanos sofoca al norte de Brasil &lt;/i&gt; &#187;, par Ernesto Londo&#241;o sur le site du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, 30 avril 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Calculating Our Diaspora &#187;, sur le site Caracas chronicles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Immigration : Dieppe, l'autre Calais</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Immigration-Dieppe-l-autre-Calais</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Immigration-Dieppe-l-autre-Calais</guid>
		<dc:date>2018-04-25T14:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>migrants</dc:subject>
		<dc:subject>Calais</dc:subject>
		<dc:subject>conditions</dc:subject>
		<dc:subject>avril</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;fugi&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>flics</dc:subject>
		<dc:subject>ferry transmanche</dc:subject>
		<dc:subject>Dieppe</dc:subject>
		<dc:subject>Albanais</dc:subject>
		<dc:subject>Itin&#233;rance Dieppe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand on ne peut passer par ici, il faut passer par l&#224;. La cit&#233; normande accueille elle aussi des candidats au d&#233;part pour la Grande-Bretagne. Au grand dam du maire, tout communiste qu'il soit. Dieppe, sa plage, ses galets, son ch&#226;teau, son port et son ferry transmanche. Une porte pour l'Angleterre avec des travers&#233;es vers Newhaven deux fois par jour. Depuis quelques mois, pour sortir du bourbier de Calais, des r&#233;fugi&#233;s descendent le long des c&#244;tes normandes. Dieppe, comme Ouistreham, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no143-mai-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;143 (mai 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Calais" rel="tag"&gt;Calais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/conditions" rel="tag"&gt;conditions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/avril" rel="tag"&gt;avril&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/refugies" rel="tag"&gt;r&#233;fugi&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/flics" rel="tag"&gt;flics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ferry-transmanche" rel="tag"&gt;ferry transmanche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Dieppe" rel="tag"&gt;Dieppe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Albanais" rel="tag"&gt;Albanais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Itinerance-Dieppe" rel="tag"&gt;Itin&#233;rance Dieppe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand on ne peut passer par ici, il faut passer par l&#224;. La cit&#233; normande accueille elle aussi des candidats au d&#233;part pour la Grande-Bretagne. Au grand dam du maire, tout communiste qu'il soit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dieppe, sa plage, ses galets, son ch&#226;teau, son port et son ferry transmanche. Une porte pour l'Angleterre avec des travers&#233;es vers Newhaven deux fois par jour. Depuis quelques mois, pour sortir du bourbier de Calais, des r&#233;fugi&#233;s descendent le long des c&#244;tes normandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieppe, comme Ouistreham, Cherbourg et depuis peu Le Havre&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis peu... en mai 2016. (Note du webmaster.)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, est devenu un lieu de passage. Mais la cit&#233; normande n'a rien &#224; voir avec Calais en termes d'affluence, les migrants n'&#233;tant qu'entre quatre-vingts et cent quarante suivant les jours. Par contre, question conditions de vie, c'est kif-kif. &#171; &lt;i&gt;Les migrants vivent dans des conditions difficiles : pas de toilettes, pas de douches, pas de points d'eau, pas de poubelles... La situation est comparable &#224; celle de Calais : rien n'est fait pour accueillir les personnes dans des conditions dignes&lt;/i&gt; &#187;, souligne Christian, de M&#233;decins du monde. La mairie ? Elle ne fait rien. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a aucun point de distribution de nourriture de la part de la municipalit&#233;. Les gens peuvent crever !&lt;/i&gt; &#187;, s'insurge Sophie, ancienne travailleuse sociale devenue b&#233;n&#233;vole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la plupart des r&#233;fugi&#233;s campent face aux vents et &#224; la mer, certains ont investi les &#171; gobes &#187;, grottes aux pieds des falaises &#224; deux pas de l'embarquement des ferries. Ces cavit&#233;s, ouvertes au XVIIe si&#232;cle pour extraire des pierres et de l'argile destin&#233;s &#224; la construction de la ville, ont ensuite servi d'habitation &#224; une population pauvre jusqu'au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Aujourd'hui, elles sont occup&#233;es par des Albanais, ainsi que des &#201;rythr&#233;ens, des Irakiens et des Soudanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce camp est devenu un sujet de crispation, m&#234;me si les migrants viennent peu en centre-ville. Fin mars, Herv&#233; Morin, nouveau pr&#233;sident de la r&#233;gion normande (UDI) et S&#233;bastien Jumel, maire de Dieppe (PCF), ont demand&#233; l'expulsion de ce campement. Le discours du maire est digne de Tartuffe, puisqu'il assure qu'il faut aider les Syriens, Irakiens et autres victimes de guerre, mais veut se d&#233;barrasser des Albanais, migrants &#233;conomiques, dont certains se seraient montr&#233;s agressifs. Jumel parle m&#234;me de &#171; &lt;i&gt;mafia albanaise&lt;/i&gt; &#187;, sauf que la vie des &#171; mafieux &#187; albanais, dans leurs tentes Quechua et leurs fringues de r&#233;cup, n'a rien &#224; voir avec Les Soprano. Le tribunal administratif a suivi les d&#233;sirs des &#233;diles ainsi que du syndicat mixte du port, et a ordonn&#233; l'expulsion du camp le 1er avril. Quand flics, pelleteuses et bulldozers sont arriv&#233;s, les migrants avaient quitt&#233; les lieux, dispers&#233;s un peu plus loin, dans des endroits plus dangereux, sous des falaises risquant de s'&#233;bouler. L'&#201;tat, face &#224; l'accroissement de la pression migratoire, au lieu de proposer des b&#226;timents en dur pour loger les personnes ou pour stocker v&#234;tements et nourriture, a diligent&#233; plus de flics encore. Le 21 avril, les migrants ont re&#231;u une nouvelle notification d'huissier pour un avis d'audience au tribunal administratif se tenant... d&#232;s le lendemain matin (!), vendredi 22 avril &#224; 9h &#224; Rouen ! Aucune possibilit&#233; pour eux d'organiser une d&#233;fense dans ces conditions, ni de prendre le temps de trouver une solution de repli ! L'ordonnance d'expulsion a &#233;t&#233; prise le 22 avril... 80 personnes vont donc se retrouver une nouvelle fois expuls&#233;es de nulle part...vers nulle part, dont des mineurs isol&#233;s, et sans qu'aucune solution leur soit propos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien ? Il existe &#224; travers le Centre d'accueil des demandeurs d'asile et M&#233;decins du monde. Par ailleurs, chaque soir, une association issue de la communaut&#233; turque locale, Point Humanitaire 76, distribue 90 &#224; 100 repas aux migrants quai de la Marne. Des collectes de v&#234;tements et de repas secs sont organis&#233;es &#224; F&#233;camp, Yvetot et m&#234;me &#224; Rouen. Un agriculteur de F&#233;camp a donn&#233; 250 kilogrammes de pommes de terre. Un concert de soutien a rapport&#233; 1 000 euros&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre association s'est cr&#233;&#233;e, Itin&#233;rance Dieppe, qui aborde les aspects juridiques, les probl&#232;mes d'h&#233;bergement, la sant&#233; et l'hygi&#232;ne, l'alphab&#233;tisation et surtout, assure collectes et redistributions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces assos sont appr&#233;ci&#233;es par les migrants, il n'en va pas de m&#234;me des pouvoirs publics locaux. Il est plus que compliqu&#233; d'obtenir des locaux pour stocker le mat&#233;riel et recevoir les r&#233;fugi&#233;s. La mairie accuse m&#234;me ces associations de favoriser la mont&#233;e du Front national !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir d'un autre chemin vers l'Angleterre s'&#233;tant d&#233;velopp&#233;, on peut penser que, malgr&#233; les hautes cl&#244;tures install&#233;es ces jours derniers et les flics de plus en plus nombreux, la pr&#233;sence de migrants est partie pour durer. &#171; &lt;i&gt;Nous avons toujours peur que, sous pr&#233;texte d'&#233;tat d'urgence, la distribution de repas au quai de la Marne soit remise en cause et que les flics viennent faire des rafles&lt;/i&gt; &#187;, souligne Nicolas Legrand, d'Itin&#233;rance Dieppe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis peu... en mai 2016. (Note du webmaster.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Arevafrique</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-Arevafrique</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonathan Ludd</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>France</dc:subject>
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&lt;p&gt;Le nucl&#233;aire, c'est l'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique de la France, c'est une &#233;nergie propre ! Vraiment ? Et l'uranium des centrales fran&#231;aises, d'o&#249; vient-il ? Dans quelles conditions est-il exploit&#233; par Areva ? Qu'est-ce qui se cache tout au bout de nos prises &#233;lectriques ? CQFD a rencontr&#233; Rapha&#235;l Granvaud, auteur d'un bouquin tout juste sorti en librairie : Areva en Afrique &#8211; Une face cach&#233;e du nucl&#233;aire fran&#231;ais (&#233;ditions Agone, 2012). CQFD : En quoi l'Afrique int&#233;resse-t-elle Areva, et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no98-mars-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;98 (mars 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nucleaire-597" rel="tag"&gt;nucl&#233;aire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/francaise" rel="tag"&gt;fran&#231;aise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Areva" rel="tag"&gt;Areva&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Niger" rel="tag"&gt;Niger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-uranium" rel="tag"&gt;l'uranium&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gabon" rel="tag"&gt;Gabon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le nucl&#233;aire, c'est l'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique de la France, c'est une &#233;nergie propre ! Vraiment ? Et l'uranium des centrales fran&#231;aises, d'o&#249; vient-il ? Dans quelles conditions est-il exploit&#233; par Areva ? Qu'est-ce qui se cache tout au bout de nos prises &#233;lectriques ? &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a rencontr&#233; Rapha&#235;l Granvaud, auteur d'un bouquin tout juste sorti en librairie : &lt;a href=&#034;http://atheles.org/agone/dossiersnoirs/arevaenafrique/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Areva en Afrique &#8211; Une face cach&#233;e du nucl&#233;aire fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (&#233;ditions Agone, 2012).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : En quoi l'Afrique int&#233;resse-t-elle Areva, et dans quels pays ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapha&#235;l Granvaud :&lt;/strong&gt; L'Afrique est li&#233;e &#224; l'histoire du nucl&#233;aire depuis les origines. Le combustible des premi&#232;res bombes am&#233;ricaines provient du sous-sol de l'actuelle R&#233;publique D&#233;mocratique du Congo. D&#232;s la fondation du Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique (CEA) en 1945, dont la v&#233;ritable fonction &#233;tait de pr&#233;parer dans la clandestinit&#233; la bombe atomique fran&#231;aise, toutes les colonies fran&#231;aises ont &#233;t&#233; sillonn&#233;es &#224; la recherche d'uranium. On a d'abord pens&#233; trouver l'eldorado &#224; Madagascar ou au Congo, mais c'est finalement au Gabon et surtout au Niger que l'exploitation a commenc&#233; dans les ann&#233;es 1960. Alors que la France s'est rapidement lanc&#233;e dans la construction d'un parc &#233;lectronucl&#233;aire d&#233;mesur&#233;, l'approvisionnement en uranium a constitu&#233; l'une des motivations importantes du maintien de ces pays sous tutelle fran&#231;aise. On le savait pour ce qui concerne le p&#233;trole, mais c'&#233;tait moins connu s'agissant de l'uranium. Progressivement, la Cog&#233;ma, devenue Areva en 2001, a diversifi&#233; ses approvisionnements (Canada, Australie, Kazakhstan&#8230;), mais une large part provient toujours du Niger et c'est sans doute la plus rentable. En 2007, en pleine euphorie nucl&#233;aire, et lorsque les cours mondiaux s'envolaient sous l'effet de la sp&#233;culation, Areva a souhait&#233; doubler le volume de sa production. Elle s'est &#224; nouveau tourn&#233;e vers l'Afrique, en faisant l'acquisition du plus grand gisement africain, &#224; Imouraren, toujours au Niger, mais aussi d'autres sites en Namibie, en Centrafrique, en Afrique du Sud, etc. Aujourd'hui que les cours sont retomb&#233;s, et que la valeur r&#233;elle de certains de ces gisements s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre grossi&#232;rement surestim&#233;e, tous ces projets ont &#233;t&#233; gel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ces conditions, peut-on parler d'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique fran&#231;aise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique de la France gr&#226;ce au nucl&#233;aire est un mensonge au croisement de la propagande nucl&#233;aire et de la rh&#233;torique n&#233;ocoloniale. L'uranium qui a &#233;t&#233; exploit&#233; en France n'aurait jamais suffi &#224; alimenter nos centrales, et depuis 2001, la totalit&#233; de l'uranium est import&#233;e puisque toutes les mines fran&#231;aises ont ferm&#233;. Dans ces conditions, parler d'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique, au motif que ces importations sont diversifi&#233;es, s&#233;curis&#233;es et peu on&#233;reuses, comme l'a fait encore r&#233;cemment le ministre de l'industrie &#201;ric Besson, c'est dissimuler les conditions politiques et environnementales de l'obtention de cet uranium &#224; bas prix, en particulier en Afrique, o&#249; l'on continue de faire comme si le sous-sol des anciennes colonies &#233;tait propri&#233;t&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, pouvez-vous revenir rapidement sur les conditions de l'exploitation de l'uranium ? On parle souvent du nucl&#233;aire comme d'une &#171; &#233;nergie propre &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; encore un mensonge. Pour obtenir les presque 150 000 tonnes d'uranate qui ont &#233;t&#233; extraites du sous-sol africain, il a fallu concasser et traiter chimiquement des millions de tonnes de roches. Ces d&#233;chets, qui contiennent la grande majorit&#233; de la radioactivit&#233; naturelle, sont laiss&#233;s &#224; l'air libre, ou jet&#233;s dans l'eau comme au Gabon. Au Niger, les sols, les nappes phr&#233;atiques et l'air sont pollu&#233;s autour des villes mini&#232;res, et les travailleurs comme les populations lentement mais s&#251;rement contamin&#233;s. Face &#224; cette situation, Areva se contente de nier tout lien entre la radioactivit&#233; et les pathologies nombreuses dont souffrent et d&#233;c&#232;dent les anciens mineurs, ou rejette simplement la responsabilit&#233; sur ses filiales. Mais l'apport sp&#233;cifique du livre et du travail de l'association Survie, c'est de montrer que l'uranium est &#233;galement une source de pollution de la vie politique. Pour s&#233;curiser ses approvisionnements au Gabon et au Niger, les autorit&#233;s fran&#231;aises n'ont eu de cesse de promouvoir les r&#233;gimes les plus autoritaires et les moins soucieux du bien-&#234;tre de leur population. C'&#233;tait L&#233;on M'Ba puis Omar Bongo au Gabon. Au Niger, &#231;a a commenc&#233; avec l'&#233;limination politique du leader ind&#233;pendantiste Bakary Djibo avant m&#234;me l'ind&#233;pendance, au profit de Hamani Diori, puis le renversement de ce dernier par une junte militaire en 1974, pr&#233;cis&#233;ment quand il a voulu ren&#233;gocier le prix de l'uranium... En 1996, alors que le peuple nig&#233;rien venait tout juste d'imposer la d&#233;mocratie, les r&#233;seaux Foccart ont sponsoris&#233; un nouveau coup d'&#233;tat militaire. Plus r&#233;cemment, on a vu des repr&#233;sentants officiels et officieux de l'&#201;tat fran&#231;ais voler au secours d'Areva quand le pr&#233;sident Tandja a voulu &#224; son tour r&#233;viser le prix pay&#233; par la firme fran&#231;aise. Nicolas Sarkozy s'est ensuite d&#233;plac&#233; personnellement au Niger pour tresser des lauriers &#224; Mamadou Tandja, alors que ce dernier s'appr&#234;tait ouvertement &#224; commettre son coup d'&#233;tat constitutionnel. En &#233;change, Areva a obtenu le gisement g&#233;ant d'Imouraren. Une fois ce gisement obtenu, la France a laiss&#233; Tandja se faire renverser par un nouveau coup d'&#233;tat dont ses services secrets avaient &#233;t&#233; avertis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le lien entre la fili&#232;re nucl&#233;aire et la Fran&#231;afrique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un lien ancien et &#233;troit : les protagonistes sont pour partie les m&#234;mes, &#224; commencer par le g&#233;n&#233;ral De Gaulle, initiateur du programme nucl&#233;aire et fondateur avec Foccart du dispositif n&#233;ocolonial. Ou Pierre Guillaumat, v&#233;ritable p&#232;re du programme militaire fran&#231;ais en tant qu'administrateur g&#233;n&#233;ral du CEA de 1951 &#224; 1958, mais aussi premier pr&#233;sident d'Elf, et instigateur de ce syst&#232;me de caisse noire permettant de financer des coups d'&#233;tat ou des guerres civiles en Afrique. On a vu aussi certaines personnalit&#233;s passer de fonctions diplomatiques &#224; la direction des mines d'uranium au Gabon ou au Niger, et inversement, ou une autre figure du monde nucl&#233;aire, Robert Galley, devenir ministre de la Coop&#233;ration. Plus r&#233;cemment, quand Areva a &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; la concurrence chinoise au Niger, aux nouvelles pr&#233;tentions du r&#233;gime nig&#233;rien, et &#224; une r&#233;bellion touar&#232;gue qui mena&#231;ait ses int&#233;r&#234;ts, elle a recrut&#233; un ancien colonel de l'arm&#233;e fran&#231;aise qui avait &#233;t&#233; en poste au Niger &#224; une &#233;poque o&#249; les services secrets fran&#231;ais &#233;taient tr&#232;s impliqu&#233;s dans une pr&#233;c&#233;dente crise touar&#232;gue. Elle a &#233;galement plac&#233; &#224; la t&#234;te de ses activit&#233;s au Niger un diplomate, Dominique Pin, ancien de la cellule Afrique de l'&#201;lys&#233;e. Tous les deux ont &#233;t&#233; rapidement expuls&#233;s du pays en raison d'activit&#233;s diplomatiques parall&#232;les assez troubles. Au chapitre du recyclage des r&#233;seaux fran&#231;africains les moins rago&#251;tants, on peut &#233;galement citer l'utilisation comme &#171; facilitateurs &#187;, pour obtenir des permis en Centrafrique ou en RDC, du d&#233;put&#233; de Levallois-Perret et grand ami de Nicolas Sarkozy, Patrick Balkany, de l'homme d'affaires belge mais consul honoraire de France &#224; Lubumbashi, Georges Forrest, ou encore Fabien Singaye, cet ancien espion rwandais li&#233; au clan g&#233;nocidaire et &#224; Paul Barril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que l'affaire Uramin dont parlent de plus en plus les m&#233;dias ? S'agit-il d'une nouvelle affaire Elf ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, pour diversifier ses permis miniers, Areva a fait l'acquisition d'une junior canadienne, Uramin, immatricul&#233;e dans un paradis fiscal. Areva a accept&#233; toutes les conditions impos&#233;es par le vendeur et s'est priv&#233;e des moyens de v&#233;rifier la valeur des gisements convoit&#233;s. Celui de Namibie particuli&#232;rement, o&#249; Areva a d&#233;j&#224; investi plus de 700 millions d'euros, semble avoir &#233;t&#233; une v&#233;ritable escroquerie. Areva a pourtant pay&#233; le prix fort : 1,8 milliard d'euros pour une entreprise qui n'en valait que 300 millions quelques mois plus t&#244;t, ce qui laisse soup&#231;onner un possible d&#233;lit d'initi&#233;. La question est de savoir s'il s'agit simplement d'une n&#233;gligence coupable ou si des complicit&#233;s internes &#224; Areva ont favoris&#233; cette op&#233;ration en toute connaissance de cause. Les actionnaires d'Uramin &#233;tant pour partie masqu&#233;s, on ne conna&#238;t pas tous les b&#233;n&#233;ficiaires de la vente&#8230; Luc Oursel, le nouveau dirigeant d'Areva, n'a pas manqu&#233; de rappeler que l'achat d'Uramin &#233;tait sous la responsabilit&#233; directe d'Anne Lauvergeon, mais semble maintenant jouer l'apaisement. Je pense que personne n'a envie d'un grand d&#233;ballage et d'une r&#233;&#233;dition de ce qui s'&#233;tait produit avec l'affaire Elf, lorsque Jaffr&#233; avait lev&#233; un coin du voile sur les activit&#233;s de son pr&#233;d&#233;cesseur, permettant &#224; la justice d'enqu&#234;ter plus qu'il ne l'aurait souhait&#233;. Comme pour l'affaire Elf, de toute fa&#231;on, le v&#233;ritable scandale est ailleurs que dans les questions d'enrichissement personnel : ce sont les conditions dans lesquelles les autorit&#233;s fran&#231;aises s&#233;curisent leurs approvisionnements et le prix pay&#233; par les populations africaines depuis cinquante ans au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les r&#233;sistances auxquelles se confronte Areva dans les pays o&#249; elle est implant&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont de diff&#233;rentes natures. Il y a bien s&#251;r les travailleurs nig&#233;riens qui se battent pour de meilleures conditions de travail, en particulier du point de vue de la s&#233;curit&#233;, pour eux comme pour les populations environnantes. Avec les anciens travailleurs gabonais, ils r&#233;clament &#233;galement la reconnaissance des pathologies d'origine professionnelle, une prise en charge m&#233;dicale et une indemnisation l&#233;gitime. Il y a &#233;galement des mouvements qui r&#233;clament davantage de transparence dans les revenus g&#233;n&#233;r&#233;s par l'uranium, une revalorisation et une meilleure redistribution de ces revenus, qui n'ont pour l'instant gu&#232;re profit&#233; aux populations. M&#234;me s'il y a des pr&#233;occupations environnementales, il faut reconna&#238;tre que la majorit&#233; des mouvements et des revendications vont dans le sens d'une meilleure exploitation de l'uranium, plut&#244;t que de son abandon au profit d'autres moyens de d&#233;veloppement &#233;conomique et &#233;nerg&#233;tique. C'est une difficult&#233; pour des revendications communes avec les mouvements antinucl&#233;aires fran&#231;ais ou europ&#233;ens, pour lesquelles la sortie du nucl&#233;aire doit &#233;videmment s'accompagner d'un arr&#234;t de l'exploitation de l'uranium. &#192; titre personnel et au vu de l'histoire que je retrace dans le livre, je pense qu'une exploitation &#171; propre &#187; de l'uranium est un leurre. C'est bien &#233;videmment aux populations africaines de d&#233;cider ce qu'elles souhaitent faire de leur sous-sol. Mais encore faut-il qu'elles puissent le faire de mani&#232;re d&#233;mocratique. De ce point de vue, ce que nous pouvons r&#233;clamer en revanche, en tant que citoyens fran&#231;ais, c'est que les autorit&#233;s politiques ou les firmes fran&#231;aises comme Areva cessent de confisquer ce d&#233;bat par les moyens les plus cyniques et les plus criminels au nom d'une pr&#233;tendue &#171; ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique &#187; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles ont &#233;t&#233; vos m&#233;thodes d'enqu&#234;te, vos sources, pour publier un tel ouvrage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas &#224; proprement parler d'une enqu&#234;te, au sens journalistique du terme, et le livre ne contient aucun scoop, m&#234;me s'il a l'ambition de faire la lumi&#232;re sur des questions qui sont aujourd'hui tr&#232;s mal connues, hors d'un cercle restreint de militants ou de sp&#233;cialistes. Je me suis appuy&#233; sur des ouvrages universitaires, des t&#233;moignages d'acteurs de premier plan, de nombreux rapports d'ONG, des articles de presse, des reportages et bien s&#251;r sur le travail quotidien de d&#233;cryptage de l'actualit&#233; fran&#231;africaine que r&#233;alise l'association Survie depuis de nombreuses ann&#233;es. Il n'existait pas d'ouvrage de synth&#232;se rapportant &#224; la fois des &#233;l&#233;ments de compr&#233;hension historique et une analyse d&#233;taill&#233;e des &#233;v&#233;nements de ces derni&#232;res ann&#233;es concernant les enjeux politiques, &#233;conomiques et environnementaux du nucl&#233;aire fran&#231;ais en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir aussi &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Les-ressources-d-uranium-dans-le'&gt;&#171; Les ressources d'uranium dans le monde colonial &#187;&lt;/a&gt;, une carte du &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/le-CRESADT'&gt;Centre de recherches en sciences absconses du territoire (Cresadt)&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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