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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Au Congo-Kinshasa, c'est le rem&#232;de qui risque de tuer le malade</title>
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		<dc:creator>Alexis Huguet</dc:creator>


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&lt;p&gt;En R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, le Covid-19 reste encore discret. Mais les mesures prises pour &#233;viter sa propagation ont des effets secondaires n&#233;fastes. Entre autres ph&#233;nom&#232;nes, la fermeture des fronti&#232;res, le ralentissement de l'&#233;conomie et la r&#233;duction des budgets humanitaires d&#233;di&#233;s &#224; d'autres maladies pourraient faire bien plus de morts que le coronavirus. Photojournaliste bas&#233; &#224; Goma, dans l'Est du pays, Alexis Huguet raconte ici la crise sanitaire dans sa version congolaise, sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alexis-Huguet-274" rel="tag"&gt;Alexis Huguet&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Kivu-Lodge" rel="tag"&gt;Kivu Lodge&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, le Covid-19 reste encore discret. Mais les mesures prises pour &#233;viter sa propagation ont des effets secondaires n&#233;fastes. Entre autres ph&#233;nom&#232;nes, la fermeture des fronti&#232;res, le ralentissement de l'&#233;conomie et la r&#233;duction des budgets humanitaires d&#233;di&#233;s &#224; d'autres maladies pourraient faire bien plus de morts que le coronavirus. Photojournaliste bas&#233; &#224; Goma, dans l'Est du pays, Alexis Huguet raconte ici la crise sanitaire dans sa version congolaise, sans oublier de jeter un regard caustique sur lui-m&#234;me et ses semblables : les reporters, chercheurs et humanitaires occidentaux qui &#171; &lt;i&gt;vivent des crises&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3370 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;159&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1557-d5050.jpg?1779733569' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;P&#233;riph&#233;rie de Goma, 28 mars 2019. Un policier congolais arr&#234;te des v&#233;hicules &#224; un barrage routier dans le cadre de la lutte contre Ebola.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Alexis Huguet
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Une grande Simba, bien fra&#238;che s'il vous pla&#238;t&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Accoud&#233; &#224; la balustrade du Lac Kivu Lodge, j'allume une cigarette en attendant ma bi&#232;re. Je dois l'avouer, je suis un peu f&#233;brile ce soir. Nous sommes &#224; la mi-mars. L'atmosph&#232;re est douce mais il n'y a presque pas de clients. Seulement trois autres Fran&#231;ais, tout aussi excit&#233;s que moi, dans l'ambiance tamis&#233;e d'une terrasse chic &#224; l'Est de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC). Nous attendons impatiemment de voir la t&#234;te de Macron appara&#238;tre sur l'&#233;cran fix&#233; au mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle ironie du sort ! Cela fait un an et demi que nous, journalistes, humanitaires, chercheurs, engloutissons des cocktails sur cette terrasse, les yeux dans le coucher de soleil, &#224; deviser sur les morts d'Ebola. Entre deux bouch&#233;es de risotto aux c&#232;pes, nous nous indignons de l'inint&#233;r&#234;t de l'Occident pour cette &#233;pid&#233;mie qui a tu&#233; en vingt mois plus de 2 000 personnes dans d'horribles souffrances, ici, dans les Kivus. Un coin d'Afrique aux paysages de montagnes enchanteurs, mais qui semble damn&#233; depuis le g&#233;nocide des Tutsis au Rwanda voisin en 1994. Cet &#233;pisode sanguinaire a enfant&#233; un nombre incalculable de conflits arm&#233;s, d'&#233;pid&#233;mies et de crises humanitaires au milieu desquelles les habitants de l'Est du Congo slaloment encore pour survivre &#8211; vingt-six ans apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Macron vient d'entrer en piste. Je m'&#233;touffe dans ma fum&#233;e de clope en entendant l'anaphore martiale d'un enfant du monde Uber 2.0 qui ne conna&#238;t rien au quotidien de la guerre. Les quatre &lt;i&gt;Frenchies&lt;/i&gt; que nous sommes l'insultons copieusement par-dessus le clapotis des vagues qui caressent le ponton de notre restaurant. Ce soir, vu de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, j'ai un peu l'impression que les p&#244;les se sont invers&#233;s. J'ai ce sentiment honteux en moi de &#171; &lt;i&gt;Ah&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Maintenant c'est vous qui gal&#233;rez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; C'est moche, mais c'est peut-&#234;tre parce que j'ai tout le temps l'impression que le monde entier se fout gaiement de toutes les mis&#232;res d'ici. Oui, il m'arrive d'&#234;tre content de me dire que &#231;a d&#233;conne aussi de l'autre c&#244;t&#233;. Du c&#244;t&#233; riche, du c&#244;t&#233; pr&#233;tentieux du monde. Du c&#244;t&#233; qui se sent invincible. Du c&#244;t&#233; d'o&#249; je viens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Voil&#224; Monsieur Alexis. Votre bi&#232;re, Monsieur Alexis.&lt;/i&gt; &#187; Dans son costume de majordome, le serveur me tend religieusement la bouteille givr&#233;e. Ni lui ni ses coll&#232;gues ne sont vraiment bouscul&#233;s par le discours de notre jeune pr&#233;sident va-t-en-guerre. &#192; dire vrai, ils sont plut&#244;t hilares de voir tous ces &lt;i&gt;bazungu&lt;/i&gt; (les Blancs, en kiswahili) affol&#233;s. Pour eux, enfants des pays pauvres, enfants du &#171; tiers monde &#187;, d&#233;pouill&#233;s de leur humanit&#233; et transmu&#233;s en statistiques d&#232;s lors qu'ils enfourchent un Zodiac crev&#233; sous le feu libyen, c'est plut&#244;t cocasse de voir les fiers dirigeants de l'Occident, donneurs de le&#231;ons depuis des temps imm&#233;moriaux, perdre la face en se contredisant &#224; chaque point-presse devant les t&#233;l&#233;s du monde. Ce soir, nos serveurs sont plus pr&#233;occup&#233;s par de possibles fusillades sur le trajet du retour &#224; la maison ou par la sant&#233; d'un de leurs enfants encore frapp&#233; par la malaria, que par les mesures de confinement qui fleurissent en Europe. Ils en ont vu d'autres, des crises, dans la r&#233;gion. Et ils continuent d'en subir &#8211; et des plus structurelles et des sauvagement mortelles.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce soir-l&#224;, le SARS-CoV-2 paraissait encore bien loin de Goma&lt;/strong&gt; et de la r&#233;gion des Grands Lacs (Ouganda, Rwanda, Burundi, Est de la RDC). Pourtant, il accaparait d&#233;j&#224; notre espace mental, nourrissant nos fantasmes et nos peurs. C'est que les m&#233;dias &#171; internationaux &#187;, prisme d&#233;formant de la vie de notre esp&#232;ce sur Terre, n'avaient d&#233;j&#224; plus que cet unique mot dans leur dictionnaire : coronavirus. Et nous, tout en sirotant des &lt;i&gt;gin and tonic&lt;/i&gt; dans la brise du lac, suivions hypnotis&#233;s la litanie macabre des morts au nord de l'Italie et &#224; Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme drogu&#233;s, les pupilles riv&#233;es sur Trump, Johnson et Macron, nous n'&#233;tions pas en train de documenter les aventures du bacille virgule (agent pathog&#232;ne du chol&#233;ra) dans les alpages verdoyants du Masisi. Pourtant, &#224; moins de trois heures de piste boueuse de notre Lac Kivu Lodge, il en vidait des intestins de gosses, entass&#233;s sous des b&#226;ches plastiques, apr&#232;s avoir fui les combats de leurs grands fr&#232;res. Pas de point-presse ni de cam&#233;ra non plus dans les centres de sant&#233; du territoire d'Aru, quelques centaines de kilom&#232;tres plus au nord. Dans la steppe assomm&#233;e de soleil, &#224; deux pas du Soudan du Sud, un morbillivirus &#8211; lointain cousin des coronavirus, responsable de la rougeole &#8211; emportait les enfants par dizaines.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis un an et demi, la rougeole besogne donc tranquille&lt;/strong&gt;, &#224; l'abri des regards, tuant m&#233;ticuleusement les plus jeunes qui ont le malheur d'&#233;chapper aux campagnes de vaccination. Quelques organisations humanitaires tentent bien d'acheminer, &#224; dos de moto, des &lt;i&gt;lunchs-boxes&lt;/i&gt; isothermes contenant quelques centaines de milliers de vaccins aux quatre coins du pays. Mais pour ces campagnes-l&#224;, les ONG manquent de moyens : la rougeole, &#231;a n'est pas vendeur. Au vrai, m&#233;dias et bailleurs de fonds occidentaux s'en tamponnent un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que dans le vaste univers des crises sanitaires, il est des maladies sexy et d'autres qui ne le sont pas. &#171; &lt;i&gt;Les financements d&#233;pendent beaucoup de l'impact que peut avoir telle ou telle &#233;pid&#233;mie sur les pays bailleurs&lt;/i&gt; &#187;, explique un employ&#233; de la Banque mondiale en Afrique centrale. Pr&#233;f&#233;rant garder l'anonymat, l'homme encha&#238;ne en prenant l'exemple de la lutte contre le virus Ebola, qui a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une couverture journalistique et de financements majeurs : &#171; &lt;i&gt;La vraie motivation derri&#232;re, c'&#233;tait quand m&#234;me qu'Ebola aurait pu atteindre l'Europe ou les &#201;tats-Unis. C'est &#231;a qui fait peur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Et c'est donc beaucoup plus facile de convaincre les parlements dans les pays qui donnent beaucoup d'argent pour qu'ils donnent encore plus afin de pr&#233;venir une pand&#233;mie globale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre aspect du probl&#232;me : comme la &#171; g&#233;n&#233;rosit&#233; &#187; occidentale a ses limites, pour habiller Paul il faut souvent d&#233;shabiller Pierre. Ebola a donc trust&#233; des fonds auparavant utilis&#233;s pour lutter contre d'autres maladies moins spectaculaires, plus &#171; banales &#187; mais n&#233;anmoins ravageuses. Le Covid-19 jouera-t-il le m&#234;me r&#244;le d&#233;l&#233;t&#232;re ? Beaucoup le craignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : l'actuelle foire d'empoigne sur le march&#233; des mat&#233;riels de protection individuelle n'arrange rien. La France, pourtant &#233;tablie du bon c&#244;t&#233; du monde, en avait fait les frais fin mars. Elle s'&#233;tait fait squeezer &#224; la derni&#232;re minute par les &#201;tats-Unis qui, semble-t-il&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une commande fran&#231;aise de masques d&#233;tourn&#233;e vers les &#201;tats-Unis sur un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, rachetaient &lt;i&gt;cash&lt;/i&gt; les stocks de masques destin&#233;s &#224; d'autres, directement sur les tarmacs des a&#233;roports chinois. Or, que p&#232;se-t-on &#224; la cri&#233;e m&#233;dicale de Shenzhen ou de Zhengzhou quand on s'appelle R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, Niger ou Gambie ? &#192; peu pr&#232;s rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin mai, M&#233;decins sans fronti&#232;res (MSF) a donc appel&#233; &#171; &lt;i&gt;de toute urgence&lt;/i&gt; &#187; &#224; la r&#233;gulation de ce march&#233; d&#233;loyal &#171; &lt;i&gt;afin d'assurer une distribution plus &#233;quitable du mat&#233;riel m&#233;dical&lt;/i&gt; &#187;. Coordinatrice des urgences de l'organisation en RDC, Trish Newport insiste : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;quipements de protection individuelle, tels que les gants et les masques, ne sont pas seulement utilis&#233;s pour faire face &#224; la pand&#233;mie de Covid-19. En RDC par exemple, MSF r&#233;pond actuellement &#224; de nombreuses situations d'urgence, notamment l'&#233;pid&#233;mie de rougeole en cours et le grand nombre de personnes qui ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;es par les violences.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me quand il s'agit de traiter des maladies courantes comme la malaria et les diarrh&#233;es, ces &#233;quipements sont n&#233;cessaires &#171; &lt;i&gt;pour assurer la s&#233;curit&#233; du personnel et des patients&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 30 mai, la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo comptait officiellement 3 070 cas confirm&#233;s&lt;/strong&gt; de contamination au coronavirus, pour 72 d&#233;c&#232;s. Des chiffres certainement sous-estim&#233;s, puisqu'il n'existe pour tout le pays &#8211; grand comme quatre fois la France &#8211; qu'un seul laboratoire en capacit&#233; de proc&#233;der aux tests. La situation g&#233;n&#233;rale ne fait toutefois gu&#232;re de doute : ici, l'&#233;pid&#233;mie est incomparablement moins virulente que, par exemple, chez l'ancien colon belge. De Kinshasa &#224; Lumumbashi, plus que le poison, c'est l'antidote qui risque de mettre le pays &#224; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan des libert&#233;s publiques, les couvre-feux nocturnes qui s&#233;vissent depuis fin mars dans certaines r&#233;gions font les choux gras d'une police souvent violente et corrompue. La fermeture des fronti&#232;res, elle, repr&#233;sente un double coup dur. D'une part, les approvisionnements en m&#233;dicaments et mat&#233;riel m&#233;dical, d&#233;j&#224; laborieux d'habitude, risquent d'arriver au compte-goutte et avec un co&#251;t de transport exorbitant. D'autre part, l'&#233;conomie est dans le rouge : les importations de denr&#233;es alimentaires et les exportations de minerais (principale richesse du pays) connaissent de graves difficult&#233;s. En cette fin mai, bars et restaurants gardent porte close tandis que les transports restent perturb&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Ici, les restrictions li&#233;es au Covid pourraient &#234;tre pires que la maladie elle-m&#234;me,&lt;/i&gt; s'alarme une responsable humanitaire bas&#233;e au Nord-Kivu. &lt;i&gt;Beaucoup d'entreprises sont ferm&#233;es et &#224; cause des mesures beaucoup de gens ne peuvent plus travailler. &#192; Goma, le prix de la nourriture a beaucoup augment&#233;. Les effets se voient beaucoup plus vite ici que, par exemple, en Europe, o&#249; les gouvernements peuvent toujours un peu aider avec de l'argent si tu as perdu ton emploi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre probl&#232;me, d'ordre m&#233;dical : le renoncement aux soins. Selon MSF, beaucoup de patients de la province de Kinshasa, qu'ils soient touch&#233;s par la rougeole, le paludisme ou le VIH, arr&#234;tent de fr&#233;quenter les structures de sant&#233; de peur d'y attraper le coronavirus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion globale de Karel Janssens, le chef de mission belge de MSF &#224; Kinshasa ? &#171; &lt;i&gt;La situation sanitaire est gravissime.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Flashback&lt;/strong&gt;. A&#233;roport de Goma, le 27 avril. Je tra&#238;ne p&#233;niblement ma valise en direction du comptoir d'enregistrement. Derri&#232;re mon masque FFP &#224; 1,5 dollar am&#233;ricain &#8211; plus que le revenu journalier moyen en RDC&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la Banque mondiale, le revenu national brut par habitant en RDC est de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; je scrute les logos sur les tee-shirts des passagers qui m'entourent. Toute la plan&#232;te humanitaire est l&#224;. Sauve qui peut ! Chacun rentre chez soi, essentiellement en Europe et en Am&#233;rique du Nord. Ce vol charter, d&#233;rogatoire &#224; la fermeture g&#233;n&#233;rale des fronti&#232;res, a &#233;t&#233; affr&#233;t&#233; sp&#233;cialement pour nous &#8211; le prix du billet est tellement ind&#233;cent que je le tairai ici. Les vols r&#233;guliers avaient &#233;t&#233; suspendus fin mars et un vent de panique avait alors remplac&#233; la brise du lac : dans la communaut&#233; &#171; expats &#187;, certains se sont dit que la situation pouvait salement d&#233;g&#233;n&#233;rer si l'&#233;pid&#233;mie frappait fort le pays. Il valait mieux d&#233;caniller. D'autres n'ont pas eu le choix : leur employeur ou leur ambassade ne voulait pas avoir &#224; les g&#233;rer en cas de crise s&#233;curitaire s&#233;v&#232;re caus&#233;e par la crise sanitaire. D'autres encore avaient tout simplement besoin de rejoindre leurs proches dans tel ou tel pays d'Occident copieusement amoch&#233; par la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de moi l'id&#233;e que nous soyons tous essentiels au Nord-Kivu, mais &#224; cet instant-l&#224;, cette vision des Blancs qui d&#233;guerpissent a quelque chose d'un peu inqui&#233;tant pour la suite. D'autant qu'avec la fermeture des fronti&#232;res, il risque de se passer un moment avant que les personnels m&#233;dicaux form&#233;s et autres &lt;i&gt;essential staff&lt;/i&gt; puissent revenir ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre charter est arriv&#233;. En file indienne, face &#224; la passerelle, nous n'en menons pas large. Dans nos tee-shirts blancs couverts de slogans bienfaiteurs, nous baissons les yeux sur le goudron br&#251;lant. Est-ce notre r&#233;v&#233;rence d'adieu au volcan Nyiragongo, qui crache, imperturbable, sa lave en bout de piste ? Ou notre propre l&#226;chet&#233; qui nous gifle la nuque ? Sensation d&#233;sagr&#233;able d'&#234;tre forc&#233; &#224; se regarder dans le miroir. Dans quelques heures, nous serons de l'autre c&#244;t&#233; des d&#233;serts d'&#201;thiopie et d'&#201;gypte, et loin, si loin des d&#233;serts m&#233;dicaux congolais. Ces centres de sant&#233; qui s'effondrent sous les pluies, ces pharmacies vides et ces milliers d'infirmiers sans moyens ni salaires : c'est peut-&#234;tre &#231;a aussi que nous fuyons, alors que la ville d&#233;file &#224; toute vitesse &#224; travers le hublot. Mais nous, journalistes, chercheurs, humanitaires, nous vivons des crises. Et au moment o&#249; le train d'atterrissage s'arrache enfin au bitume de Goma, une chose est s&#251;re : t&#244;t ou tard, nous reviendrons. Ici, m&#234;me apr&#232;s le Covid-19, nous aurons du travail encore pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte &amp; photo Alexis Huguet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le paludisme en force ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au niveau continental, les restrictions de circulation et autres perturbations li&#233;es &#224; la lutte contre le Covid-19 inqui&#232;tent l'Organisation mondiale de la sant&#233; (OMS). Dans une &#233;tude publi&#233;e fin avril, elle envisage neuf sc&#233;narios dans lesquels l'acc&#232;s aux outils fondamentaux de lutte contre le paludisme serait perturb&#233; dans 41 pays pendant la pand&#233;mie. &#171; &lt;i&gt;Dans le pire de ces sc&#233;narios, qui pr&#233;voit la suspension de toutes les campagnes de distribution de moustiquaires impr&#233;gn&#233;es d'insecticide et un recul de 75 % de l'acc&#232;s aux antipalud&#233;ens efficaces, on compterait, selon les estimations, 769 000 d&#233;c&#232;s dus au paludisme en Afrique subsaharienne pour 2020, soit deux fois plus que les chiffres de 2018 dans la r&#233;gion. Cela reviendrait &#224; retrouver des taux de mortalit&#233; due au paludisme jamais vus depuis vingt ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vaccins : l'Afrique n'est pas une &#171; terre de cobayes &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; avril dernier, deux pontes de la m&#233;decine sont en direct sur le plateau de LCI. Ils y discutent en toute d&#233;contraction des recherches sur l'utilisation du vaccin contre la tuberculose (BCG) pour pr&#233;venir la propagation du Covid-19. Et patatras ! Sans m&#234;me s'en rendre compte, Jean-Paul Mira, chef du service de r&#233;animation &#224; l'h&#244;pital Cochin &#8211; &#224; Paris &#8211; lance un Scud &#224; la face des Africains : &#171; &lt;i&gt;Si je peux &#234;tre provocateur, est-ce qu'on ne devrait pas faire cette &#233;tude en Afrique, o&#249; il n'y a pas de masques, pas de traitement, pas de r&#233;animation, un peu comme c'est fait d'ailleurs sur certaines &#233;tudes avec le sida, ou chez les prostitu&#233;es : on essaie des choses parce qu'on sait qu'elles sont hautement expos&#233;es. Qu'est-ce que vous en pensez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Et Camille Locht, directeur de recherche &#224; l'Inserm (Institut national de la sant&#233; et de la recherche m&#233;dicale) de r&#233;pondre tranquillement : &#171; &lt;i&gt;Vous avez raison. D'ailleurs, on est en train de r&#233;fl&#233;chir en parall&#232;le &#224; une &#233;tude en Afrique avec le m&#234;me type d'approches. &#199;a n'emp&#234;che pas qu'on puisse r&#233;fl&#233;chir en parall&#232;le &#224; une &#233;tude en Europe et en Australie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence compl&#232;te dure moins de deux minutes, mais de Rabat &#224; Capetown, c'est un continent entier qui se l&#232;ve contre les mots de Jean-Paul Mira, qui sonnent comme des relents naus&#233;eux de l'&#232;re coloniale. Sur les r&#233;seaux sociaux, des dizaines de milliers de citoyens, des stars de la musique et du foot et quelques hommes politiques africains hurlent leur rage de se sentir rel&#233;gu&#233;s au rang de rats de laboratoire. Macky Sall, le pr&#233;sident du S&#233;n&#233;gal, d&#233;clare par exemple que l'Afrique &#171; &lt;i&gt;n'est pas un &lt;/i&gt;no man's land&lt;i&gt;. Elle ne saurait, non plus, s'offrir comme terre de cobayes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la violence symbolique de tels propos, on peut s'inqui&#233;ter de leur effet sur l'acceptation sociale de la vaccination de mani&#232;re globale. Mi-mai, Radio France International rapportait que les autorit&#233;s s&#233;n&#233;galaises notaient une baisse de fr&#233;quentation des centres de vaccination : &#171; &lt;i&gt;Certains parents ne veulent plus faire vacciner leurs enfants contre la rougeole, la poliomy&#233;lite ou encore la tuberculose. Ils expliquent vouloir refuser le test sur leurs enfants d'un suppos&#233; vaccin contre le Covid-19 par des m&#233;decins europ&#233;ens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/france/2020/04/01/une-commande-francaise-de-masques-detournee-vers-les-etats-unis-sur-un-tarmac-chinois_1783805&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une commande fran&#231;aise de masques d&#233;tourn&#233;e vers les &#201;tats-Unis sur un tarmac chinois&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (01/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon la Banque mondiale, le revenu national brut par habitant en RDC est de 490 dollars par an.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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