<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=18302&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le syst&#232;me de sant&#233; a happ&#233; Jean sans crier gare &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-systeme-de-sante-a-happe-Jean</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Le-systeme-de-sante-a-happe-Jean</guid>
		<dc:date>2024-01-12T11:12:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, &#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Roxane Gay</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pilier historique de CQFD, ami et camarade, Bruno Le Dantec publie un r&#233;cit autobiographique aussi touchant que rageur : Et mon p&#232;re un oiseau ? Il y conte la mort de son paternel Jean, auquel il n'a pu dire au revoir alors que le Covid avait plong&#233; sur l'hexagone et son h&#244;pital public en souffrance. Pr&#233;sentation et extrait. C'est une histoire &#224; la fois banale et &#233;difiante, typique de cette p&#233;riode mortif&#232;re o&#249; les mots &#171; covid &#187;, &#171; confinement &#187; ou &#171; gestes barri&#232;res &#187; s'&#233;taient impos&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no226-janvier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;226 (janvier 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Roxane-Gay" rel="tag"&gt;Roxane Gay&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pilier historique de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, ami et camarade, Bruno Le Dantec publie un r&#233;cit autobiographique aussi touchant que rageur : &lt;i&gt;Et mon p&#232;re un oiseau ?&lt;/i&gt; Il y conte la mort de son paternel Jean, auquel il n'a pu dire au revoir alors que le Covid avait plong&#233; sur l'hexagone et son h&#244;pital public en souffrance. Pr&#233;sentation et extrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5423 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_226_13_roxanegay_oiseau_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/web_226_13_roxanegay_oiseau_1200px-34361.jpg?1780242171' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Une illustration de Roxane Gay
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;'est une histoire &#224; la fois banale et &#233;difiante, typique de cette p&#233;riode mortif&#232;re o&#249; les mots &#171; covid &#187;, &#171; confinement &#187; ou &#171; gestes barri&#232;res &#187; s'&#233;taient impos&#233;s dans le lexique. Rappelez-vous, il y a un si&#232;cle trois ans et des brouettes, les personnes &#226;g&#233;es tombaient comme des mouches dans les Ehpad tandis qu'un gouvernement criminel continuait &#224; sabrer cet h&#244;pital public o&#249; l'on pratiquait le tri des malades. Pour Jean, le p&#232;re de Bruno, cela a eu des cons&#233;quences funestes. Suite &#224; une op&#233;ration annul&#233;e pour cause d'engorgement hospitalier, il s'envolait sans que son fils puisse lui rendre visite &#8211; impossible adieu. Viendront ensuite les cascades de tracasseries administratives &#171; &lt;i&gt;[brouillant] le deuil et ses peines&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Panne g&#233;n&#233;rale d'humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Bruno, qui, pour conjurer la p&#233;riode et le chagrin, a d&#233;cid&#233; de les coucher sur le papier, polissant encore et encore&lt;i&gt;Et mon p&#232;re un oiseau ?&lt;/i&gt;(Hors d'Atteinte, 2023.)jusqu'&#224; estimer l'hommage assez abouti pour faire office d'&#233;pitaphe.
&#171; &lt;i&gt;Comme si un mauvais g&#233;nie s'acharnait &#224; nier ton passage ici &lt;/i&gt; &#187;, pose-t-il, tandis que la &#171; deuxi&#232;me vague &#187; fait annuler un ap&#233;ro en l'honneur de feu Jean. Alors il en retrace la vie, homme discret mais droit et passionn&#233;, qui &#224; bien des niveaux a tant d&#233;teint sur lui : les &#233;merveillements du minot devant le savoir naturaliste du &lt;i&gt;padre&lt;/i&gt;, l'amour de Marseille la bigarr&#233;e, le nez sur un cap existentiel sans artifices qui le voit tutoyer r&#233;bellion et drogues avant de s'apaiser, &#171; Bruno Future &#187; d&#233;laissant finalement les escapades au Mexique en lutte ou en Angleterre punk pour s'enraciner sur la terre de Jean et de sa m&#232;re Andr&#233;e avec sa m&#244;me Marie. L&#224;, il puisera dans la proximit&#233; de ses parents et des luttes locales un baume aux crissements du monde. Alors quand on a voulu lui kidnapper son p&#232;re et sa m&#233;moire, il ne s'est pas laiss&#233; faire, ces pages en sont la preuve. &#171; &lt;i&gt;J'aime imaginer ma m&#232;re comme une &#238;le. Et mon p&#232;re un oiseau ?&lt;/i&gt; &#187; Et les plumes de se dresser contre l'&#233;poque, po&#233;sie ou merle, kif-kif la belle rage.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Morceaux choisis de &lt;i&gt;Et mon p&#232;re un oiseau&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Automne 2020. Nous voil&#224; de nouveau confin&#233;s apr&#232;s un &#233;t&#233; &#224; l'air libre. Je noircis des pages et des pages de mon carnet, r&#233;&#233;crivant dix fois le m&#234;me paragraphe sous le coup d'une inspiration nocturne, ou matinale, au risque de radoter &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; des obsessions inachev&#233;es. Ce r&#233;cit s'en ressent encore aujourd'hui, m&#234;me si je ne garde que ce qui exprime l'&#233;tranget&#233; d&#233;pli&#233;e &#224; l'infini, le face-&#224;-face avec soi-m&#234;me, le huis clos impos&#233; &#224; une humanit&#233; forc&#233;e de se regarder le nombril, de s'inventer des plaisirs miniatures et des introspections aussi &#233;touffantes que vertigineuses.
Depuis sa chambre, Marie m'observe et se moque. Elle dit qu'elle ne sera plus jamais tranquille quand on ira &#224; la montagne ensemble : je lui rappelle trop le Jack Nicholson (encore lui) de &lt;i&gt;Shining&lt;/i&gt;, qui mart&#232;le cent fois la m&#234;me phrase sur sa machine &#224; &#233;crire avant sa bouff&#233;e d&#233;lirante et l'apoth&#233;ose finale.
J'&#233;coute une radio publique qui s'&#233;chine &#224; rendre supportable l'invivable isolement mais qui, par le ton, l'accent et le profil de ceux et celles &#224; qui elle tend le micro, semble s'adresser en priorit&#233; &#224; une bourgeoisie parisienne partie se confiner &#224; la campagne. Grand bien vous fasse, annonce le titre d'une de ces &#233;missions-cocons. Pour les questions &#233;conomiques et r&#233;galiennes, en revanche, &#231;a ne rigole pas, c'est la &lt;i&gt;Pravda&lt;/i&gt;.
Mon humeur fait des loopings. J'essaie d'&#233;crire, puis j'abandonne. Je surfe sur Internet comme on boit pour (se sentir vivre et) oublier. J'ai besoin de raconter les derniers jours de mon p&#232;re, mais le c&#339;ur n'y est pas &#8211; ou il y est trop. Je n'arrive de toute fa&#231;on plus &#224; &#233;crire autre chose. Le trop-plein d'exp&#233;riences et d'&#233;motions partag&#233;es avec la bataille de la Plaine, le drame de Noailles et le soul&#232;vement des Gilets jaunes m'a laiss&#233; exsangue, au bord d'une d&#233;pression rampante qui n'a jamais dit son nom.
Je me noie dans l'&#233;cran de ce maudit MacBook qui me suit jusqu'aux chiottes et je tombe sur les &#8220;Grandes gueules&#8221; de RMC o&#249; est interrog&#233; un certain &#201;ric, formateur en clinique dans les Bouches-du-Rh&#244;ne. &#8220;&lt;i&gt;Ce qui est vraiment scandaleux, c'est qu'on nous dit &#8216;On doit faire un confinement pour &#233;viter la surcharge du syst&#232;me hospitalier', on est d'accord ?&lt;/i&gt;&#8221;
Sur le plateau, les journalistes opinent du chef. &#8220;&lt;i&gt;Mais ce qu'on oublie de dire, c'est qu'on parle de l'hospitalier public ! Et on oublie le priv&#233; ! Et les cliniques priv&#233;es sont vides ! Il y a 115 000 lits dans le priv&#233; !&lt;/i&gt;&#8221; Une journaliste rappelle alors un fait qui me fait l'effet d'un coup de lame entre deux c&#244;tes : &#8220;&lt;i&gt;Au premier confinement, &#231;a a &#233;t&#233; exactement pareil, on a re&#231;u le pr&#233;sident des h&#244;pitaux et cliniques priv&#233;s, qui disait qu'on leur avait fait vider les h&#244;pitaux et annuler toutes les interventions chirurgicales qui n'&#233;taient pas li&#233;es &#224; la Covid. Et en fait, on n'a absolument pas utilis&#233; ces lits-l&#224;.&lt;/i&gt;&#8221;
Ce qui est arriv&#233; &#224; mon p&#232;re est expliqu&#233; l&#224;, en direct, le 28 octobre 2020 &#224; 10 h 47. Dans son t&#233;l&#233;phone, &#201;ric s'emporte : &#8220;&lt;i&gt;Pourquoi l'h&#244;pital priv&#233; n'est pas sollicit&#233; ? Sans doute pour une question de co&#251;ts. Et je ne sais pas si je fais bien de dire &#231;a, mais j'ai quand m&#234;me l'impression que &#231;a arrange bien l'h&#244;pital public.&lt;/i&gt;&#8221; Ou en tout cas ceux qui sont plac&#233;s &#224; sa t&#234;te pour le d&#233;membrer et aiguiller ses patients vers le priv&#233;. Mes parents ont v&#233;cu ce transfert sans qu'on ne leur ait jamais demand&#233; leur avis. C'est alors qu'est survenue une pand&#233;mie mondiale et les belles cliniques ont regard&#233; ailleurs, vers des client&#232;les solvables et friandes de soins dits de confort, rondement factur&#233;s &#224; la S&#233;cu. Pour l'anecdote, ce jour-l&#224;, des petites mains de RMC tweettent l'info pour faire le buzz et, dans leur h&#226;te, se plantent : elles &#233;voquent 115 000 lits en r&#233;animation disponibles dans le priv&#233;, alors qu'il s'agit de 115 000 lits tout court. Ce qui permet ensuite aux chasseurs de &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt; du minist&#232;re de la V&#233;rit&#233; de disqualifier l'ensemble du propos.
La pand&#233;mie s'est diffus&#233;e &#224; la vitesse de l'&#233;clair du fait d'un march&#233; mondial &#224; flux tendu, d'&#233;cosyst&#232;mes fragilis&#233;s, d'&#233;levages concentrationnaires, de marchandises sillonnant en tous sens les oc&#233;ans, d'hommes d'affaires milanais de retour de Wuhan, de croisi&#233;ristes entass&#233;s par milliers dans des HLM flottants&#8230; Et le syst&#232;me de sant&#233;, qui d&#233;compensait s&#233;v&#232;rement et compensait ses manques par une gestion erratique, a happ&#233; Jean sans crier gare.
Foutus technocrates &#224; l'&#226;me roide.
Jean &#233;tait en fin de vie et s'est laiss&#233; partir. Il n'emp&#234;che qu'il a bien &#233;t&#233; tri&#233;, mis de c&#244;t&#233;. Pour que, finalement, on n'utilise m&#234;me pas les lits et les &#233;quipements ainsi lib&#233;r&#233;s. Jean n'est plus qu'un num&#233;ro dans la colonne de pertes de leurs statistiques de sociopathes. Bien en dessous de leurs chafouines courbes de croissance.
Une chose est claire : mon p&#232;re n'est pas mort du coronavirus, mais de tristesse. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
