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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Trois mois en &#201;thiopie</title>
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		<dc:creator>Mira Garou et Donatien Ducasse</dc:creator>


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&lt;p&gt;L'&#201;thiopie ? Avant de rencontrer No&#233;mie, Abel et leurs trois enfants, nous n'avions jamais pens&#233; y aller. Par contre, r&#233;volt&#233;s par la situation faite ici aux migrants, nous &#233;tions curieux. Abel est n&#233; en &#201;rythr&#233;e quand celle-ci &#233;tait encore &#233;thiopienne. Il dit la beaut&#233; de cette r&#233;gion, mais aussi le scandale des famines de 1973 et 1984 : &#171; L'&#201;thiopie est riche, toutes les terres sont cultiv&#233;es, c'est la sp&#233;culation qui a provoqu&#233; &#231;a. &#187; Abel peut parler pendant des heures de son enfance en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#201;thiopie ? Avant de rencontrer No&#233;mie, Abel et leurs trois enfants, nous n'avions jamais pens&#233; y aller. Par contre, r&#233;volt&#233;s par la situation faite ici aux migrants, nous &#233;tions curieux. Abel est n&#233; en &#201;rythr&#233;e quand celle-ci &#233;tait encore &#233;thiopienne. Il dit la beaut&#233; de cette r&#233;gion, mais aussi le scandale des famines de 1973 et 1984 : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;thiopie est riche, toutes les terres sont cultiv&#233;es, c'est la sp&#233;culation qui a provoqu&#233; &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Abel peut parler pendant des heures de son enfance en &#201;rythr&#233;e. &#201;lev&#233; par les grands-parents, parce que son p&#232;re &#233;tait parti combattre pour l'ind&#233;pendance, il se rem&#233;more son voyage &#224; pied avec les rebelles pour rejoindre le Soudan : &#171; &lt;i&gt;Les conditions devaient &#234;tre terribles pour les adultes, on marchait tout le temps, dans la montagne... Et pourtant ils &#233;taient doux avec nous, les petits, ils nous donnaient tout ce qu'il y avait de meilleur...&lt;/i&gt; &#187; Puis les camps de r&#233;fugi&#233;s. &#192; l'ind&#233;pendance de l'&#201;rythr&#233;e, sa famille rentre au pays, mais lui d&#233;cide de rester au Soudan. Il y rencontre No&#233;mie, avec qui il vient en France, o&#249; ils resteront sept ans. Abel raconte qu'en &#201;rythr&#233;e, l'enr&#244;lement militaire est obligatoire pour les hommes, toute leur vie. La dictature enl&#232;ve, torture, et de plus en plus d'&#201;rythr&#233;ens &#233;chappent &#224; cet enfer en se r&#233;fugiant dans d'autres pays africains, en particulier l'&#201;thiopie, ou tentent le grand saut vers l'Europe, les USA... Tout est dit avec col&#232;re, mais aussi en riant, comme pour relativiser, adoucir, au gr&#233; de mille anecdotes relatant la solidarit&#233;, l'humour et la force de caract&#232;re des &#201;thiopiens. Quand No&#233;mie et Abel ont d&#233;cid&#233; d'aller vivre l&#224;-bas, nous savions que nous irions les rejoindre. Et, &#224; la fin du voyage, Abel nous chargera d'une mission : &#171; &lt;i&gt;Racontez ce que vous avez vu ici !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2415 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH366/-682-da284.jpg?1779608886' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par le Cresadt.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout appara&#238;t &#224; la fois fragile, &#233;ph&#233;m&#232;re et en m&#234;me temps immuable, &#233;ternel. Dans ce pays qui a subi tant de calamit&#233;s, de famines, de guerres, une vie ne vaut pas cher et l'&#233;nergie vitale de la jeunesse est d&#233;bordante. On y per&#231;oit une tension permanente entre une explosion qui semble imminente et une sorte de sagesse h&#233;rit&#233;e d'un sort commun, qui se manifeste dans les gestes quotidiens, les attitudes faites de respect mutuel, de dignit&#233; et de&#8230; gentillesse&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette gentillesse, si d&#233;su&#232;te aux yeux des ricaneurs trop faits aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays n'a pas connu de rupture coloniale. Certes, les fascistes italiens s'y sont install&#233;s pendant cinq ans, de 1936 &#224; 1941, mais conqu&#233;rir n'est pas coloniser. C'est d'ailleurs un d&#233;sir de revanche qui animait Mussolini : quarante ans auparavant, en 1896, les troupes italiennes avait &#233;t&#233; taill&#233;es en pi&#232;ces par M&#233;n&#233;lik II, &#224; Adoua, dans le Tigr&#233;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la deuxi&#232;me victoire d'une arm&#233;e africaine sur la sup&#233;riorit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. La fiert&#233; d'appartenir &#224; une nation qui n'a jamais &#233;t&#233; colonis&#233;e permet une relation apais&#233;e, motiv&#233;e par la seule curiosit&#233;, avec les quelques visiteurs &lt;i&gt;faranjies&lt;/i&gt; (&#171; Francs &#187;) qu'on croise. On n'exprime vis-&#224;-vis d'eux ni complexe d'inf&#233;riorit&#233;, ni ressentiment d'anciens colonis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quelques semaines, ce qui frappe et provoque un sentiment de vertige, c'est la d&#233;mesure et le paradoxe : le choc entre la p&#233;rennit&#233; d'une antique civilisation et les contraintes impos&#233;es par une modernisation impitoyable, aveugle. La m&#233;tropole d'Addis-Abeba&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fleur nouvelle &#187;, en amharique. Celle de l'eucalyptus, que M&#233;n&#233;lik II fit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, par exemple, est constitu&#233;e &#224; 80 % d'un habitat de type &#171; favelas &#187; o&#249; la vie est tr&#233;pidante, o&#249; foisonnent les petits commerces... et dans lequel sont fich&#233;es de gigantesques tours, des quartiers entiers de tours de b&#233;ton au pied desquelles survivent des groupes de mendiants, dont on ne sait pas bien si certains sont encore en vie. Ce d&#233;cor urbain se retrouve dans la plupart des agglom&#233;rations &#233;thiopiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des zones les plus urbanis&#233;es aux villes moyennes et &#224; la campagne, les deux principales religions, chr&#233;tienne et musulmane, se livrent &#224; une concurrence architecturale d&#233;brid&#233;e. Les &#233;glises orthodoxes et les mosqu&#233;es, des plus monumentales aux plus modestes, se c&#244;toient et poussent comme des champignons. Chaque religion veut imposer son prestige &#224; l'autre et faire montre de son influence et de sa richesse. Un peu plus de 50 % des &#201;thiopiens sont de religion chr&#233;tienne orthodoxe copte&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, l'&#201;glise &#233;thiopienne est ind&#233;pendante du patriarcat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, 40 % pratiquent la religion musulmane et le reste est animiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir du clerg&#233; orthodoxe s'affiche dans la vie quotidienne : il n'est pas rare de voir des jeunes, filles et gar&#231;ons au look branch&#233;, s'arr&#234;ter dans la rue pour baiser la croix ou la bague d'un pr&#234;tre qui les b&#233;nira en retour, ou lui offrir le prix de sa place dans un minibus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre un appendice lointain et isol&#233; du continent africain, l'&#201;thiopie &#8211; il faut inclure de ce point de vue l'&#201;rythr&#233;e actuelle, puisque leurs histoires ont &#233;t&#233; communes jusqu'en 1993 &#8211; a &#233;t&#233; un carrefour extraordinaire de cultures et de civilisations qui ont fond&#233; son histoire &#8211; et sa sp&#233;cificit&#233;. D&#232;s le IVe et Ve si&#232;cles, le royaume chr&#233;tien d'Aksoum, au nord du pays, d&#233;veloppait des relations commerciales et politiques avec la vall&#233;e du Nil, Alexandrie, Rome, Palmyre en Syrie, et l'Extr&#234;me-Orient, jusqu'au sud de l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mesure dans l'espace : sa topographie d'abord &#8211; deux tiers du pays sont situ&#233;s entre 1 500 et 4 500 m&#232;tres d'altitude : hauts plateaux culminant &#224; 2 000 ou 3 000 m&#232;tres, d&#233;chir&#233;s de rivi&#232;res encaiss&#233;es, gorges profondes, massifs escarp&#233;s. La vall&#233;e du Rift est une cicatrice b&#233;ante de 6 000 kilom&#232;tres de long. La fracture s'ouvre en Syrie et se prolonge dans la mer Rouge, traverse l'&#201;thiopie du nord au sud et sillonne le paysage jusqu'au Mozambique. Les Hautes-Terres ont &#233;t&#233; historiquement le lieu du pouvoir, le refuge des lieux saints, de l'&#233;lite aristocratique. De l&#224; est partie la reconqu&#234;te du pays entreprise par M&#233;n&#233;lik &#224; la fin du XIXe, qui donna &#224; l'&#201;thiopie ses fronti&#232;res actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mesure dans le temps : depuis vingt si&#232;cles, une entit&#233; politique, un &#201;tat se r&#233;clamant d'une civilisation &#233;crite, puis d'une tradition chr&#233;tienne venue du Moyen-Orient, se perp&#233;tue sur les hauts plateaux de la Corne de l'Afrique. &#171; &lt;i&gt;Pour les chr&#233;tiens &#233;thiopiens, cette terre est un don de Dieu&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;Jusqu'&#224; Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, ses seuls dirigeants l&#233;gitimes descendaient de Salomon, comme les rois d'Isra&#235;l. La culture &#233;thiopienne trouve ses racines dans une histoire sainte&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Gascon, Sur les hautes terres comme au ciel, Publications de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIe si&#232;cle, l'Empire chr&#233;tien amhara a bien failli dispara&#238;tre, emport&#233; par le djihad du Gragn. En 1531, les troupes musulmanes assaillent les hauts plateaux. Aksoum tombe en 1535. Mais en 1543, le Gragn (le gaucher en arabe) est tu&#233;. Son arm&#233;e, vaincue gr&#226;ce &#224; l'intervention du roi tr&#232;s catholique du Portugal qui, pour s&#233;curiser la route des Indes, disposait d'une flottille dans la mer Rouge, se replie sur Harar d'o&#249; il &#233;tait parti. Mais le traumatisme li&#233; &#224; cette invasion va perdurer. Les basses terres, d'o&#249; &#233;tait parti le djihad, resteront pour des si&#232;cles une terre vue comme impie, dangereuse, peupl&#233;e de barbares incultes, de primitifs. N&#233;anmoins, l'islam aura laiss&#233; son empreinte pour toujours, en particulier &#224; l'est et au sud du pays. De plus, les Oromos, &#233;leveurs et agriculteurs venus du sud, profitant de l'affaiblissement du royaume chr&#233;tien, entam&#232;rent de leur c&#244;t&#233; une lente progression vers le nord, l'est et l'ouest pour s'installer jusqu'aux marches de l'empire. Qui devait ensuite les soumettre en les r&#233;duisant &#224; un &#233;tat de quasi-esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me monarchique, qui promouvait la modernisation du pays tout en perp&#233;tuant le cadre autoritaire traditionnel, f&#233;odal et religieux duquel le n&#233;gus tirait sa l&#233;gitimit&#233;, n'a pas fondamentalement disparu. Il a &#233;volu&#233;. Le respect de la hi&#233;rarchie qui fondait un Empire chr&#233;tien sacralis&#233; marque encore aujourd'hui la soci&#233;t&#233; &#233;thiopienne, m&#234;me si, ces quarante derni&#232;res ann&#233;es, le pays a subi l'acc&#233;l&#233;ration de l'histoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#233;clin et fin de l'ancien r&#233;gime avec la chute de Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;lan irr&#233;sistible, puis fossilisation de la r&#233;volution du Derg avec Mengistu et son marxisme officiellement ath&#233;e, militaire et nationaliste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Lib&#233;ralisme actuel, affich&#233; et fond&#233; sur le nationalisme et le poids de l'&#201;tat, accompagn&#233; de l'expropriation brutale des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cr&#233;tant en 1975 une r&#233;forme agraire radicale, les militaires voulurent &#224; la fois affaiblir le pouvoir amhara, fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re des princes, et redistribuer les terres aux paysans. Ayant reconnu dans la Constitution l'&#233;galit&#233; entre les cultures et les peuples d'&#201;thiopie, la r&#233;volution formulait le projet de changer leur r&#233;partition et leur habitat de fa&#231;on &#224; favoriser leur fusion et l'&#233;closion d'&#171; un peuple socialiste &#187;. Seulement voil&#224;, le peuple n'est pas quinquennal ! Et si la chute du n&#233;gus (roi des rois) et la r&#233;volution avaient au d&#233;but soulev&#233; l'enthousiasme des paysans, les jeunes id&#233;ologues &#8211; des &#233;tudiants charg&#233;s d'aller pr&#234;cher la bonne parole dans le pays &#8211; furent rapidement re&#231;us &#224; coups de lances et de kalachnikovs par des peuples qui refusaient d'abandonner leurs terres, leur longue exp&#233;rience de cultivateurs et leurs lois coutumi&#232;res r&#233;gissant la propri&#233;t&#233; des sols. Ce que le pouvoir nommait &#171; villagisation &#187; dissimulait une d&#233;portation massive dans des esp&#232;ces de kolkhozes isol&#233;s sur des terres sans ressources. Le pouvoir dut faire face &#224; un soul&#232;vement, du nord au sud, de la population paysanne, qualifi&#233;e entre-temps d'arri&#233;r&#233;e. La r&#233;pression fut sanglante. Le r&#232;gne du n&#233;gus rouge et de ses militaires, de 1974 &#224; 1991, se solda par la disparition ou l'ex&#233;cution d'environ 200 000 personnes. Mengistu alla jusqu'&#224; bombarder certaines villes du nord-est du pays. En 1991, il s'enfuit au Zimbabwe, abandonnant son arm&#233;e, dont les survivants vont constituer une part importante des mendiants, souvent infirmes, qui peuplent les trottoirs des zones urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, les forces du Front populaire d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire &#233;thiopien (FPDRE), alli&#233;es au Front populaire de lib&#233;ration du Tigr&#233; (FPLT), instituent un gouvernement provisoire. En 1994 ont lieu les premi&#232;res &#233;lections d&#233;mocratiques. De fa&#231;on &#224; concilier les int&#233;r&#234;ts souvent antagoniques des quelque quatre-vingts ethnies du pays, 547 d&#233;put&#233;s ont r&#233;dig&#233; et adopt&#233; une nouvelle Constitution qui r&#233;git la R&#233;publique d&#233;mocratique f&#233;d&#233;rale d'&#201;thiopie jusqu'&#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa reconnaissance du droit des peuples &#224; la s&#233;cession, cette Constitution n'emp&#234;che pas l'indiff&#233;rence et le m&#233;pris des pouvoirs successifs envers la population. C'est sans vergogne aucune que le pouvoir actuel expulse ou d&#233;porte &#224; sa guise, sans compensation financi&#232;re, la population rurale, paysans ou &#233;leveurs. Quand on sait que 80 % de la main-d'&#339;uvre travaille dans l'agriculture, on mesure la gravit&#233; des catastrophes dont l'avidit&#233; des classes dirigeantes fait le lit. L'&#201;tat brade les terres aux grands groupes internationaux, chinois, saoudiens, indiens, europ&#233;ens et am&#233;ricains, leur accordant des concessions pour 100 ou 150 ans. La Chine, par exemple, est charg&#233;e de construire la bien nomm&#233;e &#171; route chinoise &#187;, qui traversera le pays d'est en ouest, et dont les explosifs et les bulldozers &#233;ventrent les villages qui se trouvent sur son chemin, les asphyxiant dans un nuage permanent de poussi&#232;re et exploitant sauvagement leurs habitants sur ses chantiers. L'Arabie Saoudite a pris possession d'immenses zones humides &#224; l'ouest du pays, en pr&#233;vision d'un manque d'eau chez elle, et alors qu'une terrible s&#233;cheresse s'annonce depuis deux ans. Les conditions sont encore une fois r&#233;unies pour qu'une terrible famine s'abatte sur le pays&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux grandes famines ont frapp&#233; l'&#201;thiopie contemporaine, principalement les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Les Oromos&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Oromos et les Amharas repr&#233;sentent ensemble 70 % de la population, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, qui repr&#233;sentent 35 % de la population, manifestent depuis novembre 2015 pour protester contre un projet d'agrandissement d'Addis-Abeba. Ils craignent &#224; juste titre que l'on oblige les paysans &#224; quitter leurs terres ancestrales. Au cours de la d&#233;cennie &#233;coul&#233;e, 150 000 fermiers oromos ont d&#251; abandonner leurs villages. Et en d&#233;cembre 2015, lors de deux manifestations de masse, 140 personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat a donc besoin d'une arm&#233;e forte et d'une police omnipr&#233;sente. Cela lui co&#251;te cher&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L' &#201;thiopie est consid&#233;r&#233;e par les Occidentaux comme un alli&#233; cl&#233; dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; et le pousse &#224; faire appel &#224; de nouveaux investisseurs. La boucle est boucl&#233;e et se resserre au cou des &#201;thiopiens. Et la question r&#233;currente pos&#233;e &#224; tous les gouvernements depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle reste irr&#233;solue : comment maintenir l'ordre des choses en centralisant &#224; outrance le pouvoir politique&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis plus de vingt ans, le pouvoir central se concentre surtout entre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; tout en satisfaisant, partiellement au moins, les aspirations r&#233;gionalistes, linguistiques, religieuses des ethnies, toujours consid&#233;r&#233;es comme mena&#231;antes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;quilibre pr&#233;caire aggrav&#233; par une irr&#233;sistible pouss&#233;e d&#233;mographique. Les n&#233;gus achetaient les notables des r&#233;gions qu'ils venaient de conqu&#233;rir. Mengistu imposait aux &#201;tats f&#233;d&#233;raux nouvellement cr&#233;&#233;s une bureaucratie s'&#233;tendant jusqu'au plus petit village. Un trac&#233; assez machiav&#233;lique de nouvelles fronti&#232;res entre ces &#201;tats permettait de jouer une ethnie contre une autre quand cela arrangeait le pouvoir central. M&#233;thode qu'appliquent encore ses successeurs. Mais les risques d'&#233;clatement sont grands, chaque &#201;tat f&#233;d&#233;ral aspirant avec le temps &#224; plus d'ind&#233;pendance. &#192; l'&#233;poque des n&#233;gus, les hommes et les femmes &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des serfs ; pour Mengistu, ils &#233;taient des ectoplasmes prol&#233;tariens en devenir ; et aux yeux des affairistes lib&#233;raux qui dirigent le pays depuis plus de vingt ans, ils n'existent tout simplement pas. Sauf quand il s'agit de les r&#233;primer &#224; balles r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH378/-679-85ffe.jpg?1779604635' width='400' height='378' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Carnets d'un voyage au &#171; pays des visages br&#251;l&#233;s &#187;&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En grec ancien, &#171; &#233;thiopos &#187;.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Addis-Abeba &#8211; 2500m d'altitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;r&#233;monie du caf&#233; &#8211; &lt;i&gt;bunna&lt;/i&gt; dans toutes les langues &#233;thiopiennes &#8211;, c'est l'affaire des jeunes femmes. &#192; elles de rendre accueillant un devant de porte parfois sordide o&#249; les gens viennent finir de se r&#233;veiller et bavardent avant d'aller vaquer &#224; leurs activit&#233;s. Ici, toute la sociabilit&#233; se joue sur le seuil, rarement dans les maisons. Elles pr&#233;parent les braises, disposent un tapis d'herbes &#8211; &lt;i&gt;keitama&lt;/i&gt; &#8211; autour duquel les convives s'installent. Les grains verts sont grill&#233;s &#224; la po&#234;le avant d'&#234;tre moulus au pilon et pr&#233;sent&#233;s au client pour qu'il en appr&#233;cie l'ar&#244;me. Le caf&#233; est alors vers&#233; dans la &lt;i&gt;djebena&lt;/i&gt; (broc en argile), o&#249; il va bouillir. Retir&#233; du feu, on attend que le caf&#233; se d&#233;pose. Pendant cette pr&#233;paration, les femmes jettent de l'encens, des bois parfum&#233;s et des grains de caf&#233; sur des braises qui rougeoient dans une &lt;i&gt;gatcha&lt;/i&gt;, bras&#233;ro en terre cuite. Par raffinement, le caf&#233; est servi avec une plante, &lt;i&gt;teni adam&lt;/i&gt;, dans la &lt;i&gt;djebena&lt;/i&gt; ou pos&#233;e pr&#232;s de la tasse. Elle le parfume et att&#233;nue son amertume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les campagnes, il est fr&#233;quent d'avoir dans le jardin enclos quelques plants de caf&#233;. Jusqu'au XIXe si&#232;cle, l'&#201;glise condamnait son usage et celui du tabac, signes d'appartenance &#224; l'islam. L'arriv&#233;e du chemin de fer &#224; Addis-Abeba, en 1917, poussa l'onde caf&#233;i&#232;re vers l'ouest : progression irr&#233;sistible du domaine du caf&#233;, dont le n&#233;gus disputait les b&#233;n&#233;fices aux ras, seigneurs locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de notre voyage, d&#232;s le lever du soleil, nous chercherons le premier &lt;i&gt;bunna-shop&lt;/i&gt; ouvert pour le plaisir de ce rituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ankober &#8211; 3000m d'altitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyage en minibus depuis Addis &#8211; 30 km de campagnes cultiv&#233;es, de hameaux, dans une ambiance paisible et des paysages grandioses. C'est la fin de la saison des pluies. Pendant juillet, ao&#251;t et m&#234;me septembre, il est tomb&#233; des trombes d'eau sur cette r&#233;gion, tous les jours, pendant des heures. En octobre et jusqu'en janvier, c'est la saison des semailles, des r&#233;coltes. Les paysans utilisent l'araire et les b&#339;ufs, la moindre parcelle est travaill&#233;e : bl&#233;, mil, sorgho, teff (c&#233;r&#233;ale end&#233;mique), lentilles, pois chiches&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;n&#233;lik II avait install&#233; sa premi&#232;re capitale ici, dans le Choa, avant de choisir Addis. Quand nous disons o&#249; nous dormons, les gens &#233;clatent de rire. Notre h&#244;tel, qui a &#233;t&#233; fort bien con&#231;u &#8211; grandes baies vitr&#233;es sur chaque fa&#231;ade &#8211;, est une coquille vide. La citerne sur le toit est ass&#233;ch&#233;e et les canalisations cass&#233;es. Toute la plomberie a disparu. Il n'y a plus de prises &#233;lectriques, les c&#226;bles sont &#224; nu et l'intensit&#233; &#233;lectrique tr&#232;s faible. &#171; &lt;i&gt;L'h&#244;tel n'a jamais fonctionn&#233;. Il faudrait une pompe pour faire monter l'eau de la rivi&#232;re, mais la municipalit&#233; n'a pas d'argent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;choppes, avec le caf&#233; ou le th&#233;, on sert une &lt;i&gt;inj&#233;ra&lt;/i&gt; (galette de teff) &#233;miett&#233;e, tremp&#233;e dans une sauce et servie dans une autre &lt;i&gt;inj&#233;ra&lt;/i&gt; &#8211; le &lt;i&gt;ferfer&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Vous voyez, les &#201;thiopiens aiment tellement l'inj&#233;ra qu'ils mettent de l'inj&#233;ra dans l'inj&#233;ra !&lt;/i&gt; &#187; L'arriv&#233;e d'un inconnu provoque un silence soudain : &#171; &lt;i&gt;Il y a beaucoup d'indicateurs de police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la campagne, un paysan, sa kalachnikov en bandouli&#232;re, prot&#232;ge sa famille qui marche derri&#232;re. Des enfants nous r&#233;clament des stylos et des cahiers. Plusieurs adultes nous demandent de l'argent&#8230; et nous h&#233;sitons. Mais tout le monde donne aux mendiants, ils font partie de la soci&#233;t&#233;. Il n'y a pas de regard n&#233;gatif sur eux. Ils sont souvent handicap&#233;s, ou alors ce sont des femmes avec des enfants en bas &#226;ge et les personnes valides en tiennent compte. Nous restons quatre jours &#224; Ankober. Elle a imprim&#233; son rythme &#224; notre voyage : la lenteur, le plaisir et le temps de la rencontre, la bienveillance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH225/-680-5f68a.jpg?1779604635' width='400' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Addis-Abeba&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour &#224; Addis, o&#249; nous passons quelques jours. &#171; &lt;i&gt;Depuis 1974, l'&#201;tat est propri&#233;taire des terres et les paysans ont la jouissance de ce qu'ils produisent&lt;/i&gt;, nous explique Abel. &lt;i&gt;On donnait telle ou telle parcelle &#224; une famille en fonction du nombre d'enfants. Il n'y a pas longtemps encore, il n'y avait pratiquement pas d'argent qui circulait, la production familiale &#233;tait auto-suffisante, les gens n'avaient besoin d'acheter que le sel, le sucre, la lessive&#8230; Avec l'arriv&#233;e de la t&#233;l&#233;, du t&#233;l&#233;phone, il est n&#233;cessaire d'avoir plus d'argent : une carte SIM co&#251;te de dix &#224; vingt birrs par jour. Et puis, ces derni&#232;res ann&#233;es, l'&#201;tat loue les terres &#224; des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es avec des baux de 99 ans. Les choses &#233;voluent, dans le mauvais sens. Dans notre quartier, il y a l'eau une fois par semaine, et encore pas tout le temps ! Juste avant les &#233;lections, l'an dernier, sept personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es devant le local du parti d'opposition.&lt;/i&gt; &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nazret (Adama, en oromo) &lt;/strong&gt; Dans ce bus plein &#224; craquer, il y a cinq femmes, une en niqab noir, trois avec des foulards et une t&#234;te nue. Juste devant nous, ils sont trois ou quatre qui se partagent un gros bouquet de &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; et nous en offrent quelques branches. Ils vont discuter, rire vivement pendant plusieurs heures. Les autres passagers sont plut&#244;t silencieux. Le &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; est un stup&#233;fiant qui aide &#224; supporter la fatigue. Il enflamme l'imagination et les conversations. &#171; Brout&#233; &#187; surtout par les musulmans, il se r&#233;pand en ville chez les jeunes chr&#233;tiens. C'est un arbuste dont on mastique les jeunes pousses fra&#238;ches et juteuses. Tout au long du voyage, nous verrons des march&#233;s r&#233;serv&#233;s au &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; et, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, tout le monde en consomme &#8211; un peu moins toutefois dans le Tigr&#233;. Sur les routes, &#224; la verticale des pr&#233;cipices les plus vertigineux, il n'est pas rare que le chauffeur m&#226;chonne son bouquet en l'accompagnant de cacahu&#232;tes et de soda, car le &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; dess&#232;che la bouche. Dans la r&#233;gion de Harar, les caf&#233;iers reculent devant l'expansion du &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt;, export&#233; au Y&#233;men, en Somalie. &#192; Djibouti, o&#249; c'est un monopole d'&#201;tat, les gens y engloutissent jusqu'&#224; 60 % de leurs revenus. &#171; &lt;i&gt;Dans les avions en partance pour Djibouti, les ballots de qat sont prioritaires sur les passagers&lt;/i&gt;, raconte Abel. &lt;i&gt;L&#224;-bas, une journ&#233;e sans arrivage peut provoquer des &#233;meutes.&lt;/i&gt; &#187; En 2001, &#224; cause de la baisse des cours mondiaux du caf&#233;, ce stup&#233;fiant est pass&#233; ici au deuxi&#232;me rang des exportations, devant les cuirs et les peaux. Le caf&#233; est toujours le premier pourvoyeur de devises. Les seigneurs de la guerre somaliens assoient leur pouvoir sur le trafic d'armes et de &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2414 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-681-ad6da.jpg?1779604635' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dir&#233;-Daoua&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depardon et Guillebaud, dans le livre &lt;i&gt;La Porte des larmes&lt;/i&gt;, s'attardent sur la situation de cette ville : &#171; &lt;i&gt;En soixante ans, les habitants se seront trouv&#233;s, trois fois de suite, aux premi&#232;res loges pour assister &#224; l'&#233;croulement d'un nouveau monde qu'ils avaient vu na&#238;tre. En 1935, c'est par Dir&#233;-Daoua et son chemin de fer que Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, roi depuis 1928 et empereur depuis 1931, s'enfuit devant les troupes italiennes&#8230; En 1974, c'est d'ici que partit la r&#233;volte militaire qui allait emporter le r&#233;gime imp&#233;rial. La premi&#232;re manifestation d'indiscipline eut lieu dans cette vaste province. En janvier de cette ann&#233;e-l&#224;, les soldats cantonn&#233;s &#224; Gode face &#224; l'ennemi somalien, prirent en otage et contraignirent un g&#233;n&#233;ral venu d'Addis &#224; manger la nourriture infecte et avari&#233;e des soldats. Quelques mois plus tard se leva la temp&#234;te qui allait emporter l'empereur. En 1991, les soldats du n&#233;gus rouge en retraite livrent leur ultime combat.&lt;/i&gt; &#187; Deuxi&#232;me ville du pays, Dir&#233;-Daoua est un important carrefour commercial. Il y a deux gros march&#233;s, le &#171; &lt;i&gt;chinese market&lt;/i&gt; &#187; et le &#171; &lt;i&gt;qat market&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Harar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre chambre a un balcon qui donne sur une place o&#249;, d&#232;s le lever du jour, les femmes s'installent &#224; m&#234;me le sol avec &lt;i&gt;qat,&lt;/i&gt; oignons, ail, tomates, pommes de terre, citrons, oranges&#8230;, et y resteront jusqu'&#224; la nuit. Les hommes s'affairent avec les brouettes, les charrettes &#224; deux roues tir&#233;es par des chevaux, les &lt;i&gt;bagaj&lt;/i&gt; (triporteurs), les 404... Les enfants nous abordent en criant &#171; &lt;i&gt;Rimbaud ! Rimbaud !&lt;/i&gt; &#187; pour nous conduire &#224; la (fausse) maison du po&#232;te, am&#233;nag&#233;e en mus&#233;e. Beaucoup refusent de parler l'amharique&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De nos jours, l'amharique est la langue majoritaire des &#201;thiopiens, pour 27 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt; et r&#233;pondent en oromo, harari ou somali. En bas de l'h&#244;tel, un vieux gardien enroul&#233; dans une couverture, kalachnikov &#224; l'&#233;paule, se met au garde-&#224;-vous d&#232;s qu'on entre ou sort. Nous avons achet&#233; du &lt;i&gt;qat&lt;/i&gt; et l&#224;, apr&#232;s-midi d&#233;lirante&#8230; Tout nous r&#233;jouissait, nous faisait rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cit&#233; fond&#233;e au Ve si&#232;cle, Harar fut capitale d'un &#201;tat musulman. Nous n'y avons pas trouv&#233; la grande pauvret&#233; qui prend &#224; la gorge &#224; Dir&#233;-Daoua, &#224; seulement 40 km de l&#224;. &#192; l'ext&#233;rieur des remparts, dans la ville nouvelle, les produits chinois ont tout envahi. Autrefois, les habitants jetaient leurs ordures par des meurtri&#232;res verticales, d'antiques vide-ordures qui d&#233;bouchaient sur des cavit&#233;s am&#233;nag&#233;es au pied des murailles, et les hy&#232;nes venaient y d&#233;vorer ce que l'homme d&#233;daigne. Aujourd'hui, elles r&#244;dent toujours et aller les nourrir &#224; la tomb&#233;e de la nuit avec un &#171; dresseur &#187; est devenu une attraction touristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voyage en bus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quittons Harar pour Awash, porte du Pays afar. D&#233;filent de vastes plateaux pel&#233;s, parsem&#233;s d'&#233;pineux. Puis soudain un feu d'artifice de couleurs, on traverse un village avec son march&#233; et ses &#226;nes charg&#233;s de produits agricoles. L'habitat est &#233;parpill&#233; &#224; travers la campagne, les toits en t&#244;le brillent au soleil, &#224; perte de vue : fruit de la politique de villagisation forc&#233;e de Mengistu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Awash &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'axe routier Djibouti-Addis, nous remontons vers Bati en longeant la rivi&#232;re Awash. Le chauffeur routier nous d&#233;posera &#224; Mill&#233;. Peuple de pasteurs semi-nomades, les Afars ont toujours d&#233;clar&#233; la guerre &#224; quiconque tentait d'empi&#233;ter sur leur territoire, qu'il s'agisse de leurs voisins issas, oromos, somalis, de colons europ&#233;ens ou du gouvernement &#233;thiopien. Exclus des d&#233;cisions politiques, m&#233;pris&#233;s, regard&#233;s comme une entrave &#224; la modernisation, ils sont peu &#224; peu spoli&#233;s de leurs terres les plus fertiles. D&#232;s 1962, dans la vall&#233;e de l'Awash, &#224; l'important potentiel hydraulique, l'&#201;tat a autoris&#233; les premi&#232;res entreprises &#233;trang&#232;res &#224; pratiquer des cultures industrielles &#8211; sucre et coton. Projet tr&#232;s rentable, mais qui a oblig&#233; les populations locales &#224; s'&#233;loigner des rives de l'Awash. La pollution de l'eau, l'&#233;rosion des sols et la d&#233;pendance &#233;conomique accrue vis-&#224;-vis des centres urbains entra&#238;nent l'appauvrissement des Afars. Nous voulions les rencontrer, mais le d&#233;sert du Danakil n'est accessible qu'avec une autorisation du gouvernement f&#233;d&#233;ral et sous escorte militaire, avec 4x4, chauffeur et guide&#8230; Tr&#232;s peu pour nous, et tant pis pour les paysages lunaires annonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-683-9dd54.jpg?1779604635' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mill&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Awash &#233;tait une ville sans centre, Mill&#233; ressemble &#224; un centre sans ville. Ici, sur cette route en plein d&#233;sert, dans un grand bar ouvert aux quatre vents, il n'y a pas de chambre &#224; louer, seulement des lits, et chacun installe le sien &#224; la belle &#233;toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coiffures des femmes sont superbes, telles celles des reines d'&#201;gypte il y a 3 000 ans, tresses serr&#233;es sur le cr&#226;ne et cheveux l&#226;ch&#233;s sur les &#233;paules. C'est &#224; croire que les hommes afars font expr&#232;s de s'habiller de fa&#231;on aussi extravagante : pagnes traditionnels, chemises occidentales, et pourtant si dignes. Hier soir, B&#233;rihu nous parlait d'eux. Cet homme sensible et &#233;nergique est en col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Les Afars n'ont qu'une solution : la guerre. La police, l'arm&#233;e ne vont pas sur leur territoire. Ils sont hostiles... Peut-&#234;tre que dans quelques ann&#233;es, ils seront parqu&#233;s dans des r&#233;serves. Leurs couteaux, c'est surtout pour les querelles entre eux&lt;/i&gt;. &#187; Et les kalachnikovs ? &#171; &lt;i&gt;Ici les camions charg&#233;s de containers ne sont pas contr&#244;l&#233;s. Par contre, les passagers des bus doivent descendre pour &#234;tre palp&#233;s, ainsi que les ballots qui sont sur le toit ou en soute. La modernisation de l'&#201;thiopie ? Comme ici sur cette route ? Il y a du p&#233;trole, mais aucune retomb&#233;e pour la population, pas d'&#233;coles, rien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bati&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route chinoise, le spectacle est d&#233;solant. Maisons &#233;ventr&#233;es, arbres arrach&#233;s. Les maisons restantes se retrouvent coll&#233;es &#224; la route, &#233;branl&#233;es par le passage des camions. Des jeunes r&#233;cup&#232;rent les pierres sur le chantier pour reconstruire plus &#224; l'&#233;cart leur nouvelle demeure. Nous bavardons avec ces glaneurs, ils critiquent le chantier, la pr&#233;sence des Chinois, des capitaux chinois surtout, et les accords entre gouvernements, le m&#233;pris pour les gens. &#171; Les Chinois &#187; ont obtenu une concession pour 150 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; de Bati est un des plus grands march&#233;s du pays, avec son &#171; parking &#224; dromadaires &#187;, ses quartiers aux l&#233;gumes, c&#233;r&#233;ales, sel, &#233;pices, tissus, v&#234;tements&#8230; Il se d&#233;gage de ce march&#233; un sentiment de paix&#8230; et de vie intense. Nous avions envie de tout acheter, oranges, citrons, mangues, gingembre, miel (export&#233; en Italie)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mak'al&#233;, capitale du Tigr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche d'un plan de la ville nous a conduits jusqu'&#224; la cit&#233; administrative (mairie), immense &#233;difice de b&#233;ton. Dans une grande salle presque vide, quelques ordinateurs, des piles de dossiers pos&#233;s par terre : les employ&#233;s num&#233;risent les archives. Notre demande les embarrasse. Ambiance bureaucratique et feutr&#233;e. Notre requ&#234;te passe d'un service &#224; l'autre, et c'est en murmurant qu'on nous informe qu'un fonctionnaire viendra nous chercher le lendemain &#224; 9h &#224; l'h&#244;tel pour nous emmener &#224; l'Office du tourisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 1h du matin, musique &#224; fond ! Nous logeons dans une maison de passe / night-club. Le quartier est baign&#233; de lumi&#232;res vives par les enseignes en n&#233;on des &#233;tablissements nocturnes. &#192; chaque coupure d'&#233;lectricit&#233; &#8211; fr&#233;quentes &#8211;, une clameur monte : les clients protestent, puis s'extasient lorsque la lumi&#232;re revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;kest&#233; le fonctionnaire nous a apport&#233; une carte touristique du Tigr&#233; et un plan de la ville, ainsi que celui d'Aksoum, introuvables dans le commerce. En la retournant, nous nous apercevons que la carte a &#233;t&#233; arrach&#233;e &#224; un mur, il y a encore des traces de pl&#226;tre. Dans tout ce bel &#233;difice, c'&#233;tait sans doute l'unique exemplaire. Ah, p&#233;nurie&#8230; Ah, g&#233;n&#233;rosit&#233;... L'accueil des touristes en est &#224; ses balbutiements, ce qui nous r&#233;jouit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'ind&#233;pendance contre le n&#233;gus, puis contre le r&#233;gime de Mengistu, s'est termin&#233;e il y a un peu plus de vingt-deux ans. La nouvelle g&#233;n&#233;ration est omnipr&#233;sente. Les adolescents se coiffent et s'habillent de mani&#232;re branch&#233;e. Nous avons d&#233;nombr&#233; vingt-cinq bars de nuit sur 200 m&#232;tres. &#171; &lt;i&gt;Oublions le pass&#233; et le futur !&lt;/i&gt; &#187;, scandent ces bandes de jeunes aux crini&#232;res joliment sculpt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle plong&#233;e dans le temps : nous quittons Mak'al&#233;, ville en plein boom &#233;conomique et d&#233;mographique, pour rejoindre le village de Y&#233;ha, o&#249; se trouve le plus ancien temple du continent, &#233;difi&#233; par des Sab&#233;ens venus du Y&#233;men, adorateurs de la Lune &#8211; symbole masculin &#8211; et du Soleil &#8211; symbole f&#233;minin &#8211;, huit si&#232;cles avant J.-C. Ici, rien ne para&#238;t avoir chang&#233; depuis 3 000 ans, si ce n'est la pr&#233;sence de deux autocars d&#233;catis et d'une &#233;glise orthodoxe accol&#233;e au temple et vieille de seulement&#8230; mille ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une villageoise nous pr&#233;pare le &lt;i&gt;bunna&lt;/i&gt; et reste assise aupr&#232;s de nous, ses enfants coll&#233;s &#224; elle. &#171; J&lt;i&gt;e suis contente d'&#234;tre instruite, j'utilise des contraceptifs et j'ai pu d&#233;cider de n'avoir que deux enfants. Les femmes qui ne sont pas all&#233;es &#224; l'&#233;cole en ont parfois huit ou dix.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assomm&#233;s par un voyage de dix heures en minibus sur une route accroch&#233;e &#224; la corniche d'une forteresse naturelle dont les murailles auraient plus de mille m&#232;tres de haut, et qui surplombe l'infini d&#233;sert du Pays afar, enfin rendus au c&#339;ur du Tigr&#233;, nous d&#233;couvrons la cit&#233; antique d'Aksoum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aksoum&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre arriv&#233;e, une des plus grandes f&#234;tes orthodoxes de l'ann&#233;e s'ach&#232;ve. Inutile de chercher une chambre, il n'y en a plus et les prix sont multipli&#233;s par trois ou quatre. C'est le festival de Meryam Zion. Lors d'une procession, la copie de l'Arche d'alliance&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s la l&#233;gende, M&#233;n&#233;lik, fruit des amours de la reine de Saba et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt; est tir&#233;e hors de l'&#233;glise et pr&#233;sent&#233;e au public par les pr&#234;tres et les &#233;tudiants en religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Aksoum s'&#233;tend un invraisemblable champ de st&#232;les de pr&#232;s de trente m&#232;tres de haut, monuments fun&#233;raires de l'&#233;poque sab&#233;enne symbolisant des maisons &#224; &#233;tages, avec leurs fen&#234;tres sculpt&#233;es dans la pierre, en &#233;cho lointain des maisons que l'on trouve encore aujourd'hui au Y&#233;men. Images de p&#233;plum, images bibliques, profond&#233;ment ancr&#233;es en nous&#8230; Ici, le temps s'est arr&#234;t&#233;, l'espace aussi semble en suspens. La campagne aksoumite est inchang&#233;e depuis deux mill&#233;naires. Le travail de la terre avec l'ancestral araire tir&#233; par une paire de b&#339;ufs imprime le rythme lent des paysans et le soleil rend tout cela &#233;tincelant. &#171; &lt;i&gt;Rien n'a vraiment chang&#233;, peut-&#234;tre m&#234;me le paysan &#233;tait-il plus heureux il y a 2 000 ans&lt;/i&gt; &#187;, proclame un panneau sur le site. Toujours les m&#234;mes mules charg&#233;es lourdement, les m&#234;mes caravanes de dromadaires, les m&#234;mes rassemblements de femmes et d'hommes dans une lumi&#232;re aveuglante, et les interminables files de pi&#233;tons sur le bord des routes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gondar, ancienne cit&#233; imp&#233;riale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pied des remparts de la vieille cit&#233;, dans un quartier populaire, nous tombons sur une campagne contre le sida : musique, danses effr&#233;n&#233;es et animations diverses. Le public est compos&#233; de familles, adolescents, enfants. Une jeune fille et deux jeunes hommes font une d&#233;monstration de pose de pr&#233;servatif sur deux solides p&#233;nis en bois pos&#233;s sur une table. Le public approuve, se marre, mais reste attentif. Un badaud maladroit fait une tentative sous les rires. Tout se passe dans la bonne humeur. L'apr&#232;s-midi s'ach&#232;vera avec les bougies, un loto et des vol&#233;es de gamins tr&#232;s excit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; Addis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de modernisation du gouvernement est au service des investisseurs. L'&#201;tat vend ou conc&#232;de les terres pour 150 ans, sans respect pour le mode de vie de la population, qui vit ou survit de l'agriculture, de l'&#233;levage et du commerce. Les Oromos, qui constituent 75 % de la population paysanne, sont victimes de la spoliation de leurs terres, pour construire des routes, des immeubles. La pauvret&#233; prend &#224; la gorge, l'acc&#232;s aux soins est un luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos amis louent une grande maison et en font un usage remarquable. Les personnes qu'ils h&#233;bergent, des &#201;rythr&#233;ens, sont en attente de papiers. Dans les pi&#232;ces situ&#233;es autour de la cour, chacun peut rester ind&#233;pendant, mais tous passent assez librement dans le salon, la cuisine et la v&#233;randa de la maison principale o&#249; vivent No&#233;mie et Abel avec leurs enfants. La propri&#233;t&#233;, lov&#233;e autour d'un jardin, est un espace rassurant. Une petite fille r&#233;cemment arriv&#233;e, &#224; peine deux ans et demi, s'&#233;panouit chaque jour, est de plus en plus joyeuse. La jeune m&#232;re attend pour rejoindre son mari en Su&#232;de. Une autre, avec ses deux adolescents, a pu retrouver son mari en Italie. Un couple a d&#251; laisser son enfant aux grands-parents en &#201;rythr&#233;e pour se r&#233;fugier ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a discut&#233; salaires. Beaucoup ici travaillent pour 300 &#224; 600 birrs (12 &#224; 24 euros) par mois. Ils survivent gr&#226;ce &#224; leurs r&#233;seaux familiaux : ceux qui sont rest&#233;s &#224; la campagne leur fournissent des c&#233;r&#233;ales, des l&#233;gumes ; ceux partis en Europe envoient de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le Web&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre deux coupures de courant, on consulte un site qui diffuse tout ce qui est publi&#233; &#224; l'&#233;tranger sur l'&#201;thiopie &#8211; apr&#232;s censure &#8211; &#171; &lt;i&gt;La censure co&#251;te tr&#232;s cher au gouvernement &lt;/i&gt; &#187;, ironise Abel. 21/12/2015 &#224; 19h : Alerte &#201;thiopie : Oromia : 75 morts. Les manifs ont commenc&#233; le mois dernier en Oromia, immense &#201;tat f&#233;d&#233;ral qui va du Soudan jusqu'&#224; la fronti&#232;re k&#233;nyane, en passant par Addis. La p&#233;riph&#233;rie agricole de la capitale est en &#233;bullition et proteste contre un projet d'agrandissement de la cit&#233;, qui a suscit&#233; des craintes d'expropriation des terres. Les forces de s&#233;curit&#233; ont tir&#233;, il y a eu des dizaines de morts &#224; Shewa et &#224; Wollega. En d&#233;cembre, &#224; Walliso, proche banlieue d'Addis, la police a tir&#233; dans la foule, comme en avril et mai 2014. On d&#233;nonce des milliers d'arrestations, des disparitions forc&#233;es, des tortures et des ex&#233;cutions sommaires. Le gouvernement accuse les opposants de soutenir les &#171; terroristes &#187; de l'Oromia liberation front (OLF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise alimentaire de 2008 a acc&#233;l&#233;r&#233; le mouvement d'accaparement des terres par les multinationales. 60 &#224; 80 millions d'hectares de terres les plus fertiles ont &#233;t&#233; arrach&#233;s aux petits agriculteurs par des puissances agro-alimentaires ou financi&#232;res. Les petits agriculteurs ont &#233;t&#233; r&#233;install&#233;s de force sur les terres les moins fertiles : dans la r&#233;gion Gambela, proche du Soudan, 42 % des terres ont &#233;t&#233; confisqu&#233;es et les &#233;leveurs expuls&#233;s. En 2011, il y a eu 300 morts et des dizaines de femmes viol&#233;es par les forces de s&#233;curit&#233;. Le gouvernement vend les terres au groupe saoudien Saudistar ou &#224; la compagnie indienne Karoutour, qui pratiquent l'agrobusiness pour l'exportation des agrocarburants vers l'Europe, les USA et Isra&#235;l en particulier. Cons&#233;quence, depuis 2006, les importations de c&#233;r&#233;ales ont explos&#233; : 95 % du sorgho vient des USA, alors qu'en 1996 la balance alimentaire &#233;tait exc&#233;dentaire. &#171; &lt;i&gt;Un pillage d'&#201;tat pour avoir des devises &#233;trang&#232;res, pour d&#233;velopper les infrastructures n&#233;cessaires au d&#233;veloppement du pays&lt;/i&gt;, en d&#233;duit Abel. &lt;i&gt;C'est l&#233;gal, puisque l'&#201;tat est propri&#233;taire de la terre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ultime p&#233;riple avant le retour &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous descendons vers le sud en longeant la vall&#233;e du Rift. En quittant Addis en bus, nous avons d&#233;couvert le spectacle d&#233;chirant des meules de foin, traces d'une ultime moisson, au pied de hauts immeubles en construction. Pendant 250 km la route est droite, toute plate. Pour la premi&#232;re fois, nous voyons des serres industrielles, des villages r&#233;cents aux maisons align&#233;es, h&#233;ritage du collectivisme de Mengistu. Puis nous filons vers les lacs, et ensuite, presque sans transition, c'est la savane. Le lac Awassa est l'un des rares non pollu&#233;s. Nous y d&#233;vorons du poisson grill&#233; en nous d&#233;fendant des voraces marabouts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nouveau les gorges profondes du Rift ceinturant le massif du Bal&#233;, impressionnant plateau d&#233;sertique perch&#233; &#224; 4 000 m&#232;tres. R&#233;gion traditionnellement insoumise, &#224; la fois refuge du mouvement s&#233;paratiste oromo et zone control&#233;e par des bandits de grands chemins. Dans les rues des petites villes au pied du massif, la tension provoqu&#233;e par la pr&#233;sence salafiste est palpable. En contrepoint, l'agr&#233;able surprise de cette gamine d'une dizaine d'ann&#233;es, toute de noir voil&#233;es qui se pr&#233;cipite sur nous pour nous embrasser effusivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certaines villes, l'eau &#233;tait coup&#233;e depuis plusieurs jours. H&#244;teliers et serveurs s'excusaient, d&#233;sol&#233;s. Mais c'est aussi dans cette r&#233;gion que nous avons senti, le soir, dans des bars o&#249; se r&#233;unissent jeunes et familles, une r&#233;elle envie de chanter, danser, boire&#8230; Dans le bus du retour, nous avons discut&#233; avec deux jeunes qui montaient &#224; la capitale pour &#233;tudier. Ils apportaient avec eux d'&#233;normes sacs de c&#233;r&#233;ales, d'&#233;pices, leur nourriture pour toute l'ann&#233;e scolaire. &#171; &lt;i&gt;Eux n'iront jamais au restaurant&lt;/i&gt; &#187;, souligne Abel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re nuit &#224; Addis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soir&#233;e m&#233;morable &#224; Kanzatchi. Quartier populaire plein de bars ouverts toute la nuit que le gouvernement s'est mis en t&#234;te de raser et de moderniser. Dans l'un des derniers lieux traditionnels qui ait &#233;chapp&#233; &#224; la destruction, nous &#233;coutons les &lt;i&gt;asmaris&lt;/i&gt;, troubadours &#233;thiopiens qui jouent du macinko, sorte de violon &#224; une corde typique du Tigr&#233; et de l'&#201;rythr&#233;e. Le musicien accompagne des chanteurs ou chanteuses qui interpellent le public, le provoquent, se moquant de tel ou telle avant de l'inviter &#224; danser. Les &lt;i&gt;faranjis&lt;/i&gt; que nous sommes ne passons pas inaper&#231;us et avons droit &#224; notre lot de plaisanteries. Ces soir&#233;es sont aussi l'occasion de manifester son m&#233;contentement vis-&#224;-vis de la politique. Tout ceci accompagn&#233; de &lt;i&gt;tedj&lt;/i&gt;, un hydromel local parfum&#233; aux feuilles de houblon et servi dans une carafe en terre cuite, le &lt;i&gt;b&#233;r&#233;b&#233;&lt;/i&gt;. Le voyage va s'achever demain matin. Apr&#232;s trois mois, nous avons le sentiment de juste commencer &#224; comprendre, d'&#234;tre enfin pr&#234;ts &#224; le poursuivre. L'ivresse est proche, c'est l'heure o&#249; nous pourrions involontairement rater l'avion.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2411 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-678-b699d.jpg?1779602900' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Afars : la fin des nomades ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Peuple mill&#233;naire de la Corne de l'Afrique, les Afars sont plus d'un million et demi, dont 80 % en &#201;thiopie. Leur vaste territoire forme un triangle entre Djibouti &#224; l'est, Awash au sud, les &#238;les Dah en &#201;rythr&#233;e au nord et les pentes des hauts plateaux &#224; l'ouest. Peuple de pasteurs semi-nomades, ils sont pour la plupart de confession musulmane sunnite. Leur langue est d'origine s&#233;mitique. Les chefferies traditionnelles ont parfois &#233;volu&#233; en sultanats. &#192; partir des ann&#233;es 1840, certaines tribus assurent la protection, contre r&#233;tribution, des caravanes de commer&#231;ants europ&#233;ens qui circulent entre mer Rouge et &#201;thiopie centrale. Mais, &#224; partir de 1885, avec la reconqu&#234;te militaire de M&#233;n&#233;lik II, le contr&#244;le du territoire leur &#233;chappe peu &#224; peu. Les c&#244;tes de la mer Rouge sont &#224; l'&#233;poque partag&#233;es entre les puissances europ&#233;ennes : le Somaliland anglais, l'&#201;rythr&#233;e italienne et la C&#244;te fran&#231;aise des Somalis autour de Djibouti. Des fronti&#232;res coloniales sont trac&#233;es entre 1891 et 1955 et les Afars voient leurs zones de p&#226;turage partag&#233;es entre plusieurs entit&#233;s nationales &#8211; en 1993, l'ind&#233;pendance de l'&#201;rythr&#233;e ajoutera une troisi&#232;me souverainet&#233; sur leurs territoires. L'&#201;tat &#233;thiopien les a toujours consid&#233;r&#233;s comme des rebelles ou des bandits, et cherche &#224; leur imposer s&#233;dentarisation, agriculture et &#233;changes mon&#233;taris&#233;s. Les Afars ont d&#233;fendu leur mode de vie les armes &#224; la main, puis par l'action politique de jeunes intellectuels d&#233;sirant int&#233;grer la modernit&#233; sans renier la culture des anciens&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui n'emp&#234;che pas la r&#233;sistance arm&#233;e d'&#234;tre toujours latente.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;. Depuis dix ans, l'association de femmes Gamissa se bat contre la coutume des mutilations g&#233;nitales &#8211; 75 % des femmes &#233;thiopiennes sont excis&#233;es et la proportion atteint presque les 100 % en territoire afar. En 2009, une loi contre l'excision et l'infibulation a &#233;t&#233; vot&#233;e. Ce combat est men&#233; parall&#232;lement &#224; celui pour l'acc&#232;s aux &#233;tudes des filles &#8211; et des enfants afars en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Oromos : conqu&#234;te, servage et autonomie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Originaire du sud du pays (royaume historique du Bal&#233;) et du nord du Kenya, cette ethnie constitue aujourd'hui 35 % de la population. Elle est surtout install&#233;e dans la r&#233;gion-&#201;tat d'Oromia, qui s'&#233;tend de l'est au sud-ouest de l'&#201;thiopie. D&#233;sign&#233;s, jusqu'&#224; Mengistu qui en interdit l'usage, par le nom &lt;i&gt;gallas&lt;/i&gt; &#224; connotation p&#233;jorative [esclaves], ils ont longtemps &#233;t&#233; d&#233;crits dans la litt&#233;rature des chr&#233;tiens comme des guerriers redoutables, des brigands, des rustres, des pa&#239;ens, en un mot, des barbares &#8211; sentiment encore pr&#233;gnant actuellement. Au XVIe si&#232;cle, profitant du jihad du Gragn et de la d&#233;sorganisation du royaume chr&#233;tien, les Oromos &#233;tendent leur emprise territoriale. En quelques d&#233;cennies, ils encerclent les centres de pouvoir chr&#233;tien et musulman. &#192; l'est, les musulmans sont submerg&#233;s, &#224; l'ouest les chr&#233;tiens se retirent vers la vall&#233;e du Nil. Entre le XVIIe et XVIIIe si&#232;cle, les Oromos se s&#233;dentarisent, d&#233;veloppent une &#233;conomie o&#249; domine l'&#233;levage, mais aussi l'agriculture. Apr&#232;s leur soumission et leur mise en servage par M&#233;n&#233;lik, puis Ha&#239;l&#233;-S&#233;lassi&#233;, un mouvement nationaliste oromo na&#238;t en 1970. Lors de l'arriv&#233;e au pouvoir du FPDRE, en 1991, l'Organisation populaire d&#233;mocratique oromo (OPDO) participe au gouvernement. En 1990, c'est par les armes que le Front de lib&#233;ration oromo (FLO) tente d'imposer ses revendications : autonomie culturelle et ind&#233;pendance. En 1991, l'alphabet latin est pr&#233;f&#233;r&#233; au gu&#232;ze et le drapeau oromo pavoise sur les b&#226;timents publics. En juin 1992, le r&#233;sultat d'un r&#233;f&#233;rendum sur l'autonomie est contest&#233; par le pouvoir et 10 000 &#224; 20 000 membres du FLO sont envoy&#233;s dans des camps de r&#233;&#233;ducation. Cette radicalisation du pouvoir provoque des conflits arm&#233;s, dont l'&#201;rythr&#233;e est accus&#233;e de tirer les ficelles. En 2009, le gouvernement &#233;dicte une loi antiterroriste qui autorise la d&#233;tention et l'inculpation des opposants politiques et des journalistes critiques. On ne compte plus les cas d'arrestations arbitraires, de tortures, de viols et d'emprisonnements sans proc&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette gentillesse, si d&#233;su&#232;te aux yeux des ricaneurs trop faits aux conditions &#233;prouvantes de la vie en Occident, nous l'avons exp&#233;riment&#233;e tout au long du voyage. Il s'agit de la manifestation la plus imm&#233;diate de la solidarit&#233;, si n&#233;cessaire l&#224;-bas, entre &#171; damn&#233;s de la terre &#187;. Une forme de r&#233;sistance, sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est la deuxi&#232;me victoire d'une arm&#233;e africaine sur la sup&#233;riorit&#233; technique et militaire occidentale, apr&#232;s la punition inflig&#233;e par les Zoulous aux Britanniques lors de la bataille de Rorke's Drift, en 1879.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Fleur nouvelle &#187;, en amharique. Celle de l'eucalyptus, que M&#233;n&#233;lik II fit importer d'Australie par milliers pour boiser sa capitale, &#233;difi&#233;e &#224; partir de 1887. Addis-Abeba est situ&#233;e en plein pays oromo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, l'&#201;glise &#233;thiopienne est ind&#233;pendante du patriarcat copte d'Alexandrie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alain Gascon, &lt;i&gt;Sur les hautes terres comme au ciel&lt;/i&gt;, Publications de la Sorbonne, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Deux grandes famines ont frapp&#233; l'&#201;thiopie contemporaine, principalement les hauts plateaux et le Tigr&#233;. La premi&#232;re en 1973&#8209;74, la seconde en 1984&#8209;85. Ces fl&#233;aux ont pr&#233;cipit&#233; la chute des deux n&#233;gus &#8211; le &#8220;blanc&#8221; et le &#8220;rouge&#8221; &#8211; qui cristallis&#232;rent la col&#232;re contre eux pour avoir tent&#233; de dissimuler l'ampleur de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Oromos et les Amharas repr&#233;sentent ensemble 70 % de la population, auxquels il faut ajouter les Afars et les Somalis, ainsi qu'une myriade d'ethnies minoritaires install&#233;es surtout &#224; l'ouest et au sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L' &#201;thiopie est consid&#233;r&#233;e par les Occidentaux comme un alli&#233; cl&#233; dans la lutte contre l'extr&#233;misme islamiste dans la Corne de l'Afrique. Le r&#233;gime &#233;thiopien re&#231;oit quelque 3,3 milliards de dollars par an des &#201;tats-Unis pour entretenir un contingent de 4 000 soldats bas&#233;s en Somalie sous le drapeau de l'Union africaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis plus de vingt ans, le pouvoir central se concentre surtout entre les mains des Tigr&#233;ens, ethnie qui ne repr&#233;sente que 6 % de la population. Population compos&#233;e de 80 ethnies et qui atteindra bient&#244;t les 100 millions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En grec ancien, &#171; &#233;thiopos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De nos jours, l'amharique est la langue majoritaire des &#201;thiopiens, pour 27 millions d'entre eux comme langue maternelle. Si l'on tient compte de ceux qui le parlent en seconde langue, plus de 50 millions savent le parler.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s la l&#233;gende, M&#233;n&#233;lik, fruit des amours de la reine de Saba et de Salomon, roi de J&#233;rusalem, aurait d&#233;rob&#233; l'Arche d'alliance (table de la loi mosa&#239;que) dans le temple de la ville sainte pour l'emporter &#224; Aksoum.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce qui n'emp&#234;che pas la r&#233;sistance arm&#233;e d'&#234;tre toujours latente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sous le paradigme kurde (&#233;pisode 1)</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Sous-le-paradigme-kurde-episode-1</link>
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		<dc:date>2015-06-28T17:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ce qui se joue aujourd'hui au Rojava syrien et au Kurdistan nord (&#171; Bakur &#187;, c&#244;t&#233; turc) ressemble moins &#224; une lutte nationale qu'&#224; une r&#233;volution sur des bases d'auto-organisation qui d&#233;passe largement la simple carte identitaire kurde. Accompagnant une petite d&#233;l&#233;gation, et gr&#226;ce &#224; un excellent traducteur, CQFD s'est rendu dans le sud-est du territoire turc &#224; la rencontre d'une soci&#233;t&#233; kurde intens&#233;ment politis&#233;e&#8230; et &#224; la recherche de sentiments communs. Reportage r&#233;alis&#233; avec l'aide de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no132-mai-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;132 (mai 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Supplement" rel="tag"&gt;Suppl&#233;ment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Yann-Renoult-172" rel="tag"&gt;Loez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mathieu-Leonard-182" rel="tag"&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cresadt" rel="tag"&gt;Cresadt&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Kurdes" rel="tag"&gt;Kurdes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/kurde" rel="tag"&gt;kurde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-Etat-turc" rel="tag"&gt;l'&#201;tat turc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement-kurde" rel="tag"&gt;mouvement kurde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Newroz-pirozbe" rel="tag"&gt;Newroz pirozbe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Newroz" rel="tag"&gt;Newroz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qui se joue aujourd'hui au Rojava syrien et au Kurdistan nord (&#171; &lt;i&gt;Bakur&lt;/i&gt; &#187;, c&#244;t&#233; turc) ressemble moins &#224; une lutte nationale qu'&#224; une r&#233;volution sur des bases d'auto-organisation qui d&#233;passe largement la simple carte identitaire kurde. Accompagnant une petite d&#233;l&#233;gation, et gr&#226;ce &#224; un excellent traducteur, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; s'est rendu dans le sud-est du territoire turc &#224; la rencontre d'une soci&#233;t&#233; kurde intens&#233;ment politis&#233;e&#8230; et &#224; la recherche de sentiments communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reportage r&#233;alis&#233; avec l'aide de Richard Schwartz et les traductions d'Aydin Mirobotan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reportage feuilleton. Voici le premier &#233;pisode.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/kurd2015_04_carte_kurdistan.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH346/kurd2015_04_carte_kurdistan-7b2ce.jpg?1779617241' width='500' height='346' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carte du Cresadt.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Newroz pirozbe !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;21&#8200;mars, fin de matin&#233;e.&lt;/strong&gt; &#192; Diyarbakir (Amed en kurde), capitale politique et culturelle du Kurdistan nord, des milliers de personnes affluent &#224; pied vers l'immense terrain vague en p&#233;riph&#233;rie de la ville o&#249; se tient le Newroz. Malgr&#233; les averses, plus d'un million de Kurdes sont venus participer &#224; ce rassemblement qui c&#233;l&#232;bre, chaque premier jour de printemps, le passage &#224; la nouvelle ann&#233;e dans les soci&#233;t&#233;s irano-kurdes. Depuis 1984, c'est plus sp&#233;cifiquement un moment de revendication de l'identit&#233; kurde bafou&#233;e par l'&#201;tat central, ce qui donne lieu certaines ann&#233;es &#224; des heurts violents avec la police. En 2012, alors que le gouvernement central avait interdit le rassemblement, la police anti-&#233;meute avait tu&#233; un militant kurde. Cette ann&#233;e, la f&#234;te se d&#233;roule dans un climat relativement &#171; pacifi&#233; &#187;. &#171; &lt;i&gt;C'est devenu un peu un carnaval&lt;/i&gt;, nous confie Malxw&#234;, &lt;i&gt;un chef de famille d'une soixantaine d'ann&#233;es. Avant, c'&#233;tait plus violent.&lt;/i&gt; &#187; Les &#233;charpes et les drapeaux aux couleurs kurdes, jaune, rouge, vert, les &lt;i&gt;chafiye&lt;/i&gt; (keffieh) et les foulards russes &#224; fleurs multicolores offrent une tonalit&#233; chamarr&#233;e &#224; cette journ&#233;e pluvieuse. Un peu partout, des grappes mixtes, en ligne ou en cercle ouvert, se jettent dans la danse traditionnelle qui ressemble un peu &#224; l'&lt;i&gt;an-dro&lt;/i&gt; breton, en plus &#233;nergique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux jeunes, gar&#231;ons et filles, arborent fi&#232;rement l'uniforme couleur olive de la gu&#233;rilla PKK&#8200;&#8211;&#8200;sarouel large, une &#233;charpe en guise de ceinture et gilet &#224; poches&#8200;&#8211; dont le gouvernement voudrait interdire le port dans les lieux publics. On peut difficilement faire abstraction de l'influence du PKK au sein la population kurde, mais c'est surtout la bataille de Koban&#233; contre Daech qui a galvanis&#233; les jeunes Kurdes de Turquie. Par milliers, ils sont partis au Rojava rejoindre les rangs des YPG (Unit&#233;s de protection du peuple) et des YPJ, leurs brigades f&#233;minines, &#233;valu&#233;es &#224; 30&#8200;% des forces combattantes kurdes, soient 10 000&#8200;combattantes. Les manifestations d'octobre 2014, &#224; Istanbul, Ankara, Izmir ou encore &#224; Diyarbakir, en soutien &#224; Koban&#233; avaient provoqu&#233; la mort d'au moins trente-huit personnes sous les assauts d'une police ultra-militaris&#233;e, ainsi que des milliers d'arrestations. On y reprochait l'inertie de l'&#201;tat turc, voire certaines complicit&#233;s au sein de l'arm&#233;e avec Daech, et la promesse non tenue de laisser passer des combattants pour se battre &#224; Koban&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/kurd-newrozdanz-d7692.jpg?1779604420' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Yann Renoult.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Profitant d'une &#233;claircie&lt;/strong&gt;, les intervenants &#224; la tribune annoncent la lecture d'un discours d'&#214;calan&#8200;&#8211;&#8200;le leader du PKK, parfois surnomm&#233; &#171; &lt;i&gt;le soleil des Kurdes&lt;/i&gt; &#187;&#8200;&#8211;, &#233;crit depuis l'&#238;le-prison d'Imrali, dans la mer de Marmara, dont il est le seul pensionnaire depuis son arrestation, au Kenya, en 1999 et o&#249; il est gard&#233; par mille soldats &#8211; impitoyable pension compl&#232;te co&#251;tant 70 000&#8200;euros par jour &#224; l'&#201;tat&#8230; Malgr&#233; son isolement, &#214;calan reste l'acteur incontournable des n&#233;gociations entam&#233;es avec l'&#201;tat turc, en d&#233;cembre 2013, pour r&#233;pondre &#224; la demande constitutionnelle des droits des Kurdes et leur donner des garanties d'autonomie politique. Son discours a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; par la plupart des m&#233;dias occidentaux comme l'annonce unilat&#233;rale d'abandon des armes pour le printemps, mais en r&#233;alit&#233; cette d&#233;cision reste suspendue &#224; dix conditions &#171; &lt;i&gt;pour &#233;tablir la paix et la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187;, ambitieux programme pour l'ensemble du Moyen-Orient, qui exige les garanties juridiques d'une citoyennet&#233; libre, le respect du pluralisme culturel et religieux, des perspectives nouvelles en mati&#232;re d'&#233;cologie, de droits des femmes, etc. Le chef de l'&#201;tat turc, Erdog&#228;n&#8200;&#8211;&#8200;qui d&#233;clarait, le 27&#8200;f&#233;vrier dernier, qu'&#171; &lt;i&gt; il n'y a plus de probl&#232;me kurde&lt;/i&gt; &#187;&#8200;&#8211; ne s'y trompe pas en feignant de rejeter publiquement toute n&#233;gociation avec le PKK, consid&#233;r&#233; comme une &#171; &lt;i&gt;organisation terroriste&lt;/i&gt; &#187;. Le pr&#233;sident turc cherche dans le m&#234;me temps &#224; donner des gages &#224; sa puissante extr&#234;me-droite, les Loups-gris du MHP (Milliyet&#231;i Hareket Partisi &#8211;&#8200;Parti d'action nationaliste), dont il doit s'assurer du soutien afin de conserver sa majorit&#233; lors des prochaines l&#233;gislatives de juin. Pour ces &#233;lections, le bloc pro-kurde HDP (Parti d&#233;mocratique des peuples) a lui-m&#234;me r&#233;uni une large coalition, avec l'appui de quelques mouvements de la gauche turque et parfois des &#233;l&#233;ments tr&#232;s h&#233;t&#233;roclites&#8200;&#8211;&#8200;il y a m&#234;me un candidat assez excentrique, le tr&#232;s fort en gueule Altan Tan, qui, en d&#233;pit de la ligne politique, truffe ses interventions de r&#233;f&#233;rence &#224; la charia ! Le HDP pourrait bien franchir le seuil de la repr&#233;sentativit&#233; en Turquie, la fameuse barre des 10&#8200;%, et constituer de ce fait un groupe parlementaire qui aurait certaines pr&#233;rogatives constitutionnelles.
M&#234;me si, dans un pays qui se raidit sous la conduite d'une politique autoritaire, la perspective d'une nouvelle donne politique pourrait en partie se jouer dans les urnes, c'est au sein de la soci&#233;t&#233; civile elle-m&#234;me que l'on peut ressentir le nouveau souffle du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; R&#233;tr&#233;cir l'&#201;tat &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;22 mars. Centre ville de Diyarbakir. Le grand b&#226;timent ray&#233; de Konukevi, qui h&#233;berge le Congr&#232;s pour la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique (en turc Kongreya civaka demokrat&#238;k &#8211;&#8200;KCD), conna&#238;t une effervescence de pr&#233;campagne &#233;lectorale. Musa Farisgullari, le visage aust&#232;re marqu&#233; par l'&#233;preuve du combat, dont la gravit&#233; est accentu&#233;e par des yeux d'un bleu m&#233;tallique, accepte de nous recevoir entre deux r&#233;unions. Orhan, le camarade qui nous guide dans la ville, nous l'avait d&#233;crit avec une certaine admiration comme un &#171; &lt;i&gt;loup politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH364/kurd-musa-e981f.jpg?1779604420' width='400' height='364' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Musa. Par Mathieu L&#233;onard.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Le KCD est une organisation&lt;/strong&gt; civile et soci&#233;tale qui tient le r&#244;le d'un protoparlement du mouvement kurde&lt;/i&gt;, nous explique Musa. &lt;i&gt;Il est compos&#233; de 501&#8200;d&#233;l&#233;gu&#233;s, hommes et femmes, dont 60&#8200;% sont &#233;lus lors d'une consultation populaire et le reste mandat&#233;s d&#233;mocratiquement par diff&#233;rentes organisations politiques. Nous tenons une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale tous les trois mois, o&#249; nous veillons &#224; prendre les d&#233;cisions par consensus. Le Congr&#232;s refuse la hi&#233;rarchie et la mentalit&#233; &#233;tatique. Il refuse &#233;galement la modernit&#233; capitaliste et essaie de lui substituer une modernit&#233; d&#233;mocratique.&lt;/i&gt; &#187; Musa nous expose, dans un discours plut&#244;t formel, les paradigmes du projet d&#233;mocratique du mouvement kurde. &#171; &lt;i&gt; Le KCD cherche &#224; appliquer trois principes : 1) L'auto-administration de la soci&#233;t&#233; civile. 2) L'autosuffisance &#233;conomique vis-&#224;-vis de l'&#201;tat. 3) L'interd&#233;pendance et la coop&#233;ration entre les organisations et les diff&#233;rentes composantes ethniques du Kurdistan&lt;/i&gt; (Arm&#233;niens, Assyriens, Aram&#233;ens, Syriaques, Chald&#233;ens, etc.)&lt;i&gt;. De la commune villageoise au canton, du quartier &#224; l'assembl&#233;e de ville, nous encourageons la soci&#233;t&#233; &#224; s'organiser du bas jusqu'en haut.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Diyarbakir, il y a quarante-deux assembl&#233;es de quartier, ainsi qu'une dizaine de &#171; commissions &#187; portant sur les diff&#233;rents paradigmes : &#233;ducation, travail, industrie non productiviste, urbanisme, &#233;cologie, femmes, jeunes, diplomatie, &#171; probl&#232;mes et r&#233;parations &#187;&#8200;&#8211; paradigme qui repose sur un r&#232;glement des contentieux par des formes de m&#233;diation, en opposition &#171; &lt;i&gt; au droit &#8220;positiviste&#8221; de la justice d'&#201;tat qui repose sur la sanction et cr&#233;e plus de probl&#232;mes qu'il n'en r&#233;sout&lt;/i&gt; &#187;. Assembl&#233;es et commissions se croisent et s'entrem&#234;lent et les couches du mille-feuilles du mod&#232;le d&#233;mocratique kurde sont parfois complexes &#224; d&#233;m&#234;ler. &#171; &lt;i&gt;Notre combat prend en compte tous les acquis des mouvements ant&#233;rieurs comme leurs d&#233;faites. Ainsi, nous pensons que la r&#233;volution russe de 1917 a &#233;chou&#233; &#224; cr&#233;er une alternative d&#233;mocratique &#224; la modernit&#233; capitaliste et nous ne reconnaissons aucun pays socialiste au monde. Par ailleurs, nous n'attendons rien de l'&#201;tat turc, qui, malgr&#233; quarante ans de r&#233;sistance kurde, ne nous a jamais laiss&#233; aucun espace d'expression. Notre but est pr&#233;cis&#233;ment de r&#233;tr&#233;cir l'&#201;tat et d'augmenter l'espace d&#233;mocratique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; d&#233;mocratie &#187; !&lt;/strong&gt; L&#224; o&#249; en Europe on aurait tendance &#224; &#234;tre d&#233;sabus&#233; par un principe en caoutchouc tellement galvaud&#233; dans la bouche des politiciens et sermonneurs de plateaux t&#233;l&#233;, nos interlocuteurs prennent l'id&#233;e au mot et se l'approprient. Dans la grande librairie-salon de th&#233; qui jouxte le centre du KCD, nous partageons avec Orhan et Mehmet, deux enseignants d'une quarantaine d'ann&#233;es, nos exp&#233;riences politiques r&#233;ciproques, autour de moult &lt;i&gt;&#231;ay&lt;/i&gt; (th&#233;). &#171; &lt;i&gt; Les Kurdes sont moins atteints par la servitude et l'individualisme que dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes occidentales&lt;/i&gt;, estime Mehmet. &lt;i&gt;Nous avons la chance par rapport aux Europ&#233;ens de ne pas conna&#238;tre la m&#234;me atomisation dans notre rapport de force vis-&#224;-vis du pouvoir. Nous n'avons rien &#224; envier &#224; vos d&#233;mocraties fictives qui montrent leur vrai visage dans leurs politiques imp&#233;rialistes.&lt;/i&gt; &#187; Orhan r&#233;agit : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas tout &#224; fait d'accord avec toi. M&#234;me si les &#201;tats europ&#233;ens ne sont pas d&#233;mocratiques au niveau mondial, &#224; l'int&#233;rieur de vos syst&#232;mes, il y a plus de droits qu'ici. Un monarque europ&#233;en aura toujours moins d'impunit&#233; qu'un colonel turc.&lt;/i&gt; &#187; Le constat des ravages du capitalisme se fait commun : &#171; &lt;i&gt;Cette civilisation de l'&#233;conomie s'impose au monde entier&lt;/i&gt;, poursuit Orhan. &lt;i&gt;Au moins, au temps des conqu&#234;tes barbares de Gengis Khan, on pouvait r&#233;sister. Aujourd'hui, face &#224; une telle h&#233;g&#233;monie, c'est difficile.&lt;/i&gt; &#187; Mehmet : &#171; &lt;i&gt;Ils nous traitent comme des cafards, mais la r&#233;sistance peut casser la peur. C'est dans l'humain qu'on peut trouver la solution. La r&#233;ponse, c'est nous.&lt;/i&gt; &#187; Notre traducteur le chambre un peu : &#171; &lt;i&gt; Tu n'en as pas l'air, Mehmet, mais tu es un philosophe, en fait !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Il ne faut pas mettre les gens dans des cases, c'est toujours r&#233;ducteur&lt;/i&gt; &#187;, conclut le sage Mehmet sans s'&#233;mouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pisode 1 : &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Sous-le-paradigme-kurde-episode-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo de &lt;a href=&#034;http://cargocollective.com/yannrenoult&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yann Renoult&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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