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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title> &#171; Des papiers pour tous, ou pas de papiers du tout ! &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Des-papiers-pour-tous-ou-pas-de</link>
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		<dc:date>2023-04-17T09:01:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Sasha Wizel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On aurait pu craindre que la mobilisation pour les retraites n'&#233;clipse celle contre la loi Immigration. Au contraire, la premi&#232;re a nourri la seconde, comme l'ont prouv&#233; les manifestations du 25 mars &#224; Marseille et dans tout le pays. Le climat social a m&#234;me contraint l'ex&#233;cutif &#224; reporter le texte. Les jambes &#233;taient sans doute un peu lourdes vu le rythme effr&#233;n&#233; des manifs ces derniers temps, mais la mobilisation a bien &#233;t&#233; au rendez-vous : samedi 25 mars, plusieurs milliers de personnes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no219-avril-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;219 (avril 2023)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sasha-Wizel" rel="tag"&gt;Sasha Wizel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On aurait pu craindre que la mobilisation pour les retraites n'&#233;clipse celle contre la loi Immigration. Au contraire, la premi&#232;re a nourri la seconde, comme l'ont prouv&#233; les manifestations du 25 mars &#224; Marseille et dans tout le pays. Le climat social a m&#234;me contraint l'ex&#233;cutif &#224; reporter le texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200lecourant_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH574/1200lecourant_resultat-81d14.jpg?1779735783' width='500' height='574' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Sasha Wizel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es jambes &#233;taient sans doute un peu lourdes vu le rythme effr&#233;n&#233; des manifs ces derniers temps, mais la mobilisation a bien &#233;t&#233; au rendez-vous : samedi 25 mars, plusieurs milliers de personnes ont d&#233;fil&#233; dans au moins une vingtaine de grandes villes fran&#231;aises contre le &#171; projet de loi pour contr&#244;ler l'immigration, am&#233;liorer l'int&#233;gration &#187;, dite loi Darmanin. &#192; Marseille, ils &#233;taient un bon millier &#224; marcher vers le quartier populaire de la Belle de Mai, dans une ambiance combative mais joyeuse &#8211; qui tranchait, il faut bien le dire, avec celle parfois un peu mollassonne des grosses journ&#233;es de mobilisation dans la cit&#233; phoc&#233;enne. Autre diff&#233;rence notable, la pr&#233;sence de nombreuses personnes sans papiers, premi&#232;res concern&#233;es par l'affligeante politique du gouvernement en mati&#232;re d'accueil des immigr&#233;s. T&#233;moignant des origines diverses des manifestants, quelques slogans sont lanc&#233;s en anglais en t&#234;te de cort&#232;ge : &#171; &lt;i&gt;Say it loud, say it clear, immigrants are welcome here !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Clame-le haut et fort, les migrants sont les bienvenus ! &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; ou l'incontournable &#171; No justice, no peace !&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pas de justice, pas de paix ! &#187;&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, aux c&#244;t&#233;s des plus attendus &#171; &lt;i&gt;De l'air, de l'air, ouvrez les fronti&#232;res !&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;Des papiers pour tous ou pas de papiers du tout !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La France veut profiter de nos forces mais pr&#233;f&#232;re nous laisser dans l'ill&#233;galit&#233; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avant le d&#233;part du cort&#232;ge, deux jeunes femmes prennent le micro au nom d'un groupe de sans-papiers pour dire leur &#171; &lt;i&gt;col&#232;re&lt;/i&gt; &#187; contre &#171; &lt;i&gt;ce projet de loi qui nous criminalise et refoule les &#233;trangers dans leur pays d'origine ou hors de l'Europe&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;En tant que personnes sans-papiers, nous subissons l'esclavage moderne, d&#233;nonce la premi&#232;re. La plupart d'entre nous sont oblig&#233;s d'accepter n'importe quel travail dans des conditions [&#233;pouvantables] : pas de ch&#244;mage, pas de cong&#233;s, pas d'assurance, aucun moyen d'avoir un bail.&lt;/i&gt; &#187; La seconde reprend : &#171; &lt;i&gt;La France veut profiter de nos forces mais pr&#233;f&#232;re nous laisser dans l'ill&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la condition des sans-papiers en France aujourd'hui, voir &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; Et de lancer : &#171; &lt;i&gt;Nous vivons ici avec nos enfants, nos amis, nos voisins, on travaille, on fait du b&#233;n&#233;volat, on paie des imp&#244;ts&#8230; Nous demandons la r&#233;gularisation de toutes et tous pour vivre dignement et en paix. En paix !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;29 lois sur l'immigration en 42 ans&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le projet de loi port&#233; par le ministre de l'Int&#233;rieur s'inscrit dans un v&#233;ritable torrent l&#233;gislatif visant, depuis quarante ans au moins, &#224; durcir sans cesse les conditions d'entr&#233;e et d'installation des &#233;trangers non &#171; occidentaux &#187; sur le territoire fran&#231;ais : pas moins de 29 lois vot&#233;es entre 1980 et 2022, une tous les 17 mois en moyenne. Cet &#233;ni&#232;me texte condense et aggrave encore des d&#233;cennies de politiques iniques, racistes et liberticides sur les questions d'immigration en France. Sont annonc&#233;s, p&#234;le-m&#234;le : plus de moyens pour emp&#234;cher l'acc&#232;s au territoire des personnes exil&#233;es ou faciliter leur expulsion, l'inscription des sans-papiers sous le coup d'une obligation de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) au fichier des personnes recherch&#233;es&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette mesure figure d&#233;j&#224; dans la circulaire du ministre de l'Int&#233;rieur du 17 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, des dispositions pour limiter le regroupement familial, la fin de l'aide m&#233;dicale d'&#201;tat qui permet aux &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re de b&#233;n&#233;ficier d'un acc&#232;s aux soins&#8230; Mais aussi un volet consacr&#233; &#224; l'&#171; int&#233;gration &#187; : en r&#233;alit&#233;, de nouvelles mesures pour assurer une main-d'&#339;uvre bon march&#233; et corv&#233;able &#224; merci aux secteurs dits &#171; en tension &#187; &#8211; &#233;videmment pas ceux aux conditions de travail les moins p&#233;nibles et aux r&#233;mun&#233;rations les plus attrayantes &#8211; via des r&#233;gularisations pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de la mobilisation du 25 mars est d'autant plus &#224; saluer que le projet de loi Darmanin, soutenu par les diverses composantes d'une droite toujours plus abjecte, venait de conna&#238;tre un s&#233;rieux coup d'arr&#234;t : trois jours plus t&#244;t, et alors qu'il devait arriver devant le S&#233;nat le 28 mars, Emmanuel Macron l'avait report&#233; sine die. Si le climat social explosif est incontestablement &#224; l'origine de cette reculade, pas de quoi crier victoire pour autant. D&#232;s le 24 mars, G&#233;rald Darmanin d&#233;fendait sur CNews le besoin d'un &#171; &lt;i&gt;texte ferme contre l'immigration irr&#233;guli&#232;re&lt;/i&gt; &#187; et annon&#231;ait son retour &#171; &lt;i&gt;dans quelques semaines&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Pour expulser des &#233;trangers d&#233;linquants, on a besoin d'une loi, j'en ai besoin pour en expulser 4 000 par an de plus&lt;/i&gt; &#187;, vomissait le flic en chef, pas pr&#232;s de l&#226;cher son filon extr&#234;me droitier. La loi Darmanin pourrait en fait essuyer les pl&#226;tres d'une &#171; &lt;i&gt;nouvelle m&#233;thode&lt;/i&gt; &#187; gouvernementale, Macron ayant annonc&#233; le d&#233;coupage du texte en plusieurs morceaux susceptibles de moins f&#233;d&#233;rer les oppositions. Ou l'art de passer en douce.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ne pas subir leur loi ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le cort&#232;ge marseillais, personne n'est dupe, cette lutte-l&#224; a tout &#224; voir avec celle qui secoue l'Hexagone depuis janvier. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes ici pour protester contre cet encha&#238;nement de lois qu'ils sont en train de nous imposer, qu'il s'agisse de la r&#233;forme des retraites ou de la loi Immigration&lt;/i&gt; &#187; confie Amel, banderole &#224; la main. Cette militante du Collectif des habitants organis&#233;s du 3e (CHO3)&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si c'&#233;tait une commune, le troisi&#232;me arrondissement de Marseille serait la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, qui lutte contre les discriminations, notamment &#224; l'encontre des personnes en situation irr&#233;guli&#232;re, d&#233;veloppe : &#171; &lt;i&gt;Cette loi Darmanin, elle va servir qui ? Les patrons, les grosses bo&#238;tes du CAC 40&#8230; Tout se recoupe ! Ils veulent qu'on travaille plus longtemps, dans des conditions toujours plus d&#233;grad&#233;es, sans aucun droit, &#224; leur merci.&lt;/i&gt; &#187; Aussi &#233;mue qu'&#233;nergique, elle conclut : &#171; &lt;i&gt;Ils essaient de nous mettre &#224; terre, de faire dispara&#238;tre tous nos acquis du pass&#233;, mais on est l&#224; pour leur montrer qu'on ne veut pas subir leur loi !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Clame-le haut et fort, les migrants sont les bienvenus !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Pas de justice, pas de paix !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur la condition des sans-papiers en France aujourd'hui, voir &#171; L'irr&#233;gularit&#233; enferme les sans-papiers dans une position de fragilit&#233; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 211 (juillet-ao&#251;t 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette mesure figure d&#233;j&#224; dans la circulaire du ministre de l'Int&#233;rieur du 17 novembre 2022 demandant aux pr&#233;fets de la mettre en place &#171; sans attendre les nouvelles &#233;volutions l&#233;gislatives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Si c'&#233;tait une commune, le troisi&#232;me arrondissement de Marseille serait la plus pauvre de France, avec plus d'un habitant sur deux vivant sous le seuil de pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; L'irr&#233;gularit&#233; enferme les sans-papiers dans une position de fragilit&#233; &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-irregularite-enferme-les-sans</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/L-irregularite-enferme-les-sans</guid>
		<dc:date>2022-07-08T09:58:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>sans-papiers</dc:subject>
		<dc:subject>travailleurs sans-papiers</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>Sasha Wizel</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;gularisation</dc:subject>
		<dc:subject>papiers</dc:subject>
		<dc:subject>vie</dc:subject>
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		<dc:subject>conditions</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat. Pendant plusieurs ann&#233;es, le sociologue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sans-papiers" rel="tag"&gt;sans-papiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travailleurs-sans-papiers" rel="tag"&gt;travailleurs sans-papiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sasha-Wizel" rel="tag"&gt;Sasha Wizel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/regularisation" rel="tag"&gt;r&#233;gularisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/papiers" rel="tag"&gt;papiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/conditions" rel="tag"&gt;conditions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200lecourant_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH574/1200lecourant_resultat-81d14.jpg?1779735783' width='500' height='574' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Sasha Wizel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;endant plusieurs ann&#233;es, le sociologue Stefan Le Courant a enqu&#234;t&#233; dans un local de r&#233;tention administrative (LRA) et recueilli les t&#233;moignages de centaines de personnes en attente de r&#233;gularisation. Dans son livre &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;, paru au Seuil au mois d'avril, il d&#233;crit des existences sur le qui-vive en permanence. Des vies emprisonn&#233;es dans leur condition clandestine, emp&#234;ch&#233;es de se projeter vers l'avenir et, souvent, de tisser des liens solides avec leur environnement. Des existences invisibilis&#233;es, oubli&#233;es, soumises &#224; une implacable et absurde politique du chiffre des expulsions. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre sur la condition des sans-papiers en France s'intitule &lt;i&gt;Vivre sous la menace&lt;/i&gt;. Quelles sont celles qui p&#232;sent sur les personnes exil&#233;es en attente de r&#233;gularisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re menace &#224; laquelle on pense est &#233;videmment celle de l'expulsion vers le pays d'origine, mais en r&#233;alit&#233; elle se concr&#233;tise assez rarement : moins de 20 % des obligations de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) sont ex&#233;cut&#233;es. En r&#233;alit&#233;, le seul fait de s&#233;journer irr&#233;guli&#232;rement en France &#233;tend la menace &#224; d'autres sph&#232;res : le risque quotidien, c'est alors d'&#234;tre contr&#244;l&#233;, arr&#234;t&#233;, enferm&#233;&#8230; avec toutes les cons&#233;quences que l'on suppose sur la vie de tous les jours, le travail, le logement, les relations personnelles&#8230; L'irr&#233;gularit&#233; enferme aussi les personnes dans une position de fragilit&#233; qui les expose &#224; toutes sortes d'abus de la part d'autres personnes qui exploiteraient leur faiblesse : employeurs, interm&#233;diaires ou logeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vivre dans l'attente&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation passe par un v&#233;ritable parcours du combattant de plusieurs ann&#233;es, dont les personnes sortent souvent essor&#233;es, physiquement et psychologiquement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Durant mon enqu&#234;te dans un local de r&#233;tention administrative (LRA), antichambre des centres de r&#233;tention administrative (CRA), j'ai en effet rencontr&#233; beaucoup de personnes dont la sant&#233; semblait d&#233;t&#233;rior&#233;e. Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e, du fait des conditions de vie pr&#233;caire, de travail et de logement&#8230; La sant&#233; mentale est aussi affect&#233;e ; c'est pour cela que j'ai tenu &#224; ce que le livre se termine sur ma rencontre avec un homme qui me semblait &#8220;fou&#8221;. Il r&#233;pondait &#224; c&#244;t&#233; de mes questions. J'ai mis du temps &#224; comprendre qu'&#224; mes interrogations juridiques &#8211; je remplissais en r&#233;tention une mission d'assistance juridique &#8211; il r&#233;pondait par une &#233;vocation, parfois confuse, de ses conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les vies que j'ai observ&#233;es sont des existences sur le qui-vive, les personnes sont toujours en train de se demander o&#249; le danger va surgir, comment s'en pr&#233;munir, en qui elles peuvent avoir confiance&#8230; Les circonstances les conduisent &#224; se m&#233;fier d'un peu tout, au point que certaines d'entre elles d&#233;veloppent des obsessions. Un de mes interlocuteurs m'a dit un jour : &#8220;&lt;i&gt;Au moins, la prison, on sait quand &#231;a s'arr&#234;te&lt;/i&gt;.&#8221; Les personnes vivent suspendues dans un &#233;ternel pr&#233;sent, dans l'attente de la r&#233;gularisation, et nourrissent un sentiment d'incapacit&#233;, d'impuissance&#8230; Elles se retrouvent prises dans un monde o&#249; il est impossible de savoir quand l'irr&#233;gularit&#233; prendra fin, un monde dans lequel il est difficile de se projeter, tant l'avenir est conditionn&#233; par l'obtention des papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie sans papiers impacte aussi les relations personnelles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait partie des choses qui m'ont surpris : jusqu'o&#249; l'irr&#233;gularit&#233; exerce ses effets chez certains. Beaucoup de personnes en couple avec une ou un sans-papiers se rendent compte, par exemple, du pouvoir que celui des deux qui a la nationalit&#233; fran&#231;aise finit par acqu&#233;rir (&#224; son corps d&#233;fendant) sur son conjoint. Les autorit&#233;s fran&#231;aises impliquent les deux conjoints dans les d&#233;marches administratives, demandent des preuves de la r&#233;alit&#233; de la relation et poussent les couples &#224; envisager rapidement le mariage puisqu'il s'agit de la seule union v&#233;ritablement reconnue&#8230; Des sentiments de l'un peut ainsi d&#233;pendre le s&#233;jour de l'autre.
C'est pourquoi beaucoup de sans-papiers h&#233;sitent &#224; dire qu'ils sont en situation irr&#233;guli&#232;re au d&#233;but d'une relation. Car ils ont int&#233;rioris&#233; la figure d&#233;pr&#233;ciative du sans-papiers qui serait un manipulateur ou un profiteur &#8211; tandis que son conjoint serait forc&#233;ment une victime, ou trop na&#239;f. En 2009, le ministre de l'Immigration &#201;ric Besson avait d&#233;nonc&#233; les &#8220;&lt;i&gt;mariages gris&lt;/i&gt;&#8221;, o&#249; l'un des &#233;poux abuse l'autre afin d'obtenir des papiers. C'est absurde : comment prouver devant un juge la r&#233;alit&#233; d'un sentiment ? Mais ce genre de d&#233;clarations a un impact politique, elles renforcent les clich&#233;s sur les sans-papiers et p&#232;sent sur la vie des personnes concern&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans le labyrinthe administratif&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre travail interroge beaucoup la question de l'acc&#232;s &#224; l'administration&#8230; Les rapports avec une bureaucratie &#233;trang&#232;re sont n&#233;cessairement compliqu&#233;s et anxiog&#232;nes, mais vous &#233;voquez aussi une &#171; &lt;i&gt;ins&#233;curit&#233; juridique&lt;/i&gt; &#187; li&#233;e aux fr&#233;quents changements des lois et des r&#232;glements, et aussi &#224; un certain arbitraire dans leur application. Comment &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'application du droit des &#233;trangers rel&#232;ve moins de l'&lt;i&gt;arbitraire&lt;/i&gt;, au sens o&#249; il s'exercerait ind&#233;pendamment de lois et r&#232;glements existants, que du &lt;i&gt;discr&#233;tionnaire&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; leur application est soumise &#224; l'interpr&#233;tation de l'administration. C'est d'ailleurs sa sp&#233;cificit&#233; : il y a tellement de lois et de circulaires qui se superposent, de pratiques possibles, que les agents en pr&#233;fecture ont la possibilit&#233; de s'appuyer sur des textes tr&#232;s diff&#233;rents qui leur permettent de justifier des d&#233;cisions souvent peu coh&#233;rentes. Ce pouvoir discr&#233;tionnaire fait partie de leurs attributions, il leur est explicitement confi&#233; par la pr&#233;fecture, par exemple lorsqu'elle leur demande d'&#233;valuer le niveau de langue d'un demandeur avant de lui d&#233;livrer un titre, alors qu'ils n'ont pas de comp&#233;tences sp&#233;cifiques pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'impression, chez beaucoup de sans-papiers, qu'il y a des incoh&#233;rences, que les choses ne marchent pas comme elles devraient. S'impose alors l'id&#233;e que la loi et le droit ne sont pas stables, qu'ils ne permettent pas r&#233;ellement de comprendre la situation ni de s'orienter concr&#232;tement. L'exemple typique, c'est quand un demandeur apprend que quelqu'un qui est arriv&#233; en France apr&#232;s lui a re&#231;u des papiers avant lui. Les sans-papiers passent beaucoup de temps &#224; s'interroger sur les d&#233;cisions de l'administration, &#224; essayer de se rep&#233;rer dans leurs m&#233;andres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout que la r&#233;gularisation ne passe pas forc&#233;ment par les formes l&#233;gales...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce labyrinthe, il n'est pas toujours facile de distinguer voies l&#233;gales et ill&#233;gales. On peut prendre l'exemple de cette ancienne employ&#233;e de pr&#233;fecture que j'ai nomm&#233;e Sabrina, qui monnaye ses comp&#233;tences en pr&#233;parant des dossiers de demande de r&#233;gularisation. Certains de mes interlocuteurs qui avaient eu affaire &#224; elle ne savaient pas si son intervention &#233;tait tout &#224; fait l&#233;gale &#8211; d'autant qu'en effet, ses comp&#233;tences tiennent sans doute autant &#224; son savoir-faire en mati&#232;re de constitution des dossiers qu'&#224; ses contacts &#224; la pr&#233;fecture ! Tout le monde sait ce qu'est une &#8220;vraie&#8221; carte de s&#233;jour mais les voies pour l'obtenir sont moins &#233;videntes : les sans-papiers ont donc l'impression d'errer dans un univers opaque o&#249; ils cherchent des interstices. Ce sont des qu&#234;tes tr&#232;s solitaires, qui n'encouragent pas &#224; mettre en commun le savoir. Beaucoup ont int&#233;gr&#233; le discours du &#8220;seuil&#8221;, de la &#8220;capacit&#233; maximale d'accueil des &#233;trangers sur le territoire&#8221; &#8211; discours qui rel&#232;ve du politique et pas d'une quelconque r&#233;alit&#233; d&#233;mographique. Les demandeurs s'estiment ainsi souvent en comp&#233;tition les uns contre les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation signifie-t-elle au moins la fin des probl&#232;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la grande d&#233;sillusion de beaucoup de mes interlocuteurs. Dans leur esprit, le jour o&#249; ils obtiendront des papiers sera aussi celui o&#249; ils pourront retourner voir leurs parents &#8211; quand je leur demandais ce qu'ils feraient quand ils seraient r&#233;gularis&#233;s, &#231;a venait toujours en premier &#8211; et travailler normalement. Mais en r&#233;alit&#233;, m&#234;me avec des papiers, ils ne sont pas forc&#233;ment qualifi&#233;s, ils subissent le racisme et se retrouvent en fait cantonn&#233;s aux m&#234;mes t&#226;ches subalternes qu'avant, au moins les premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s leur r&#233;gularisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez une &#171; &lt;i&gt;politique d'expulsion qui n'expulse pas&lt;/i&gt; &#187;. C'est absurde&#8230; Quelle est selon vous la finalit&#233; de ce syst&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout cela part du constat que les &#201;tats n'arrivent pas &#224; appliquer leur souverainet&#233; dans le sens d'un contr&#244;le effectif des personnes qui entrent sur leur territoire. Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire, dans un contexte plus g&#233;n&#233;ral d'encadrement des populations jug&#233;es ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de s'entendre pour accueillir les migrants, les pays europ&#233;ens se livrent &#224; une concurrence par le bas dans l'espoir qu'ils se rabattront sur celui d'&#224; c&#244;t&#233;, o&#249; les conditions de vie seraient un peu moins hostiles, o&#249; le harc&#232;lement policier serait un peu moins syst&#233;matique. Mais ces politiques n'ont pas beaucoup d'influence sur les parcours individuels : les circulations ne sont pas fonction des l&#233;gislations mais des liens familiaux ou communautaires, des histoires coloniales&#8230; Calais en est un bon exemple : aussi ferm&#233;e que paraisse la fronti&#232;re, les gens continuent de vouloir passer en Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Travailler sans papiers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le maintien de travailleurs sans-papiers dans l'ill&#233;galit&#233; fournit &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre particuli&#232;rement corv&#233;able et docile, qui ne jouit d'aucun droit social. Dans quelle mesure ce march&#233; du travail &lt;i&gt;bis &lt;/i&gt;constitue-t-il une &#171; finalit&#233; cach&#233;e &#187; de la politique migratoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains chercheurs voudraient trouver une fonction &#224; ces politiques r&#233;pressives, avec l'id&#233;e que l'&#201;tat fournirait ainsi &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre corv&#233;able. C'est s&#233;duisant en th&#233;orie : en effet, les travailleurs sans-papiers sont cantonn&#233;s &#224; des t&#226;ches peu r&#233;mun&#233;ratrices et se comportent souvent en employ&#233;s mod&#232;les afin de ne pas attirer l'attention. Mais pour un patron, il n'est pas toujours avantageux d'employer un sans-papiers qui risque en permanence de se faire arr&#234;ter et de quitter son poste du jour au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture est donc un peu r&#233;ductrice. Entre le patron exploiteur et celui qui aide son employ&#233; &#224; obtenir ses papiers, entre les sans-papiers travaillant dans des conditions proches de l'esclavage moderne (priv&#233;s de passeport, vivant au domicile de leurs patrons, pas ou rarement pay&#233;s) et d'autres qui jouissent des conditions normales d'un travail r&#233;gulier avec cong&#233;s pay&#233;s et paiement des heures suppl&#233;mentaires, les situations sont tr&#232;s vari&#233;es. Le &#8220;travail au noir&#8221; n'est pas l'apanage des seuls sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers &#233;clatent r&#233;guli&#232;rement, qui d&#233;bouchent parfois sur la r&#233;gularisation d'une partie des gr&#233;vistes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;but de mon travail correspond avec les grandes gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers de 2006-2009. Les chercheurs qui les ont suivies de pr&#232;s ont montr&#233; comment le droit au travail a pu servir de support au droit au s&#233;jour&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Avec ces mobilisations, on s'est rendu compte que beaucoup de travailleurs sans-papiers &#233;taient en fait r&#233;guliers, avaient des fiches de paie, payaient des imp&#244;ts, etc., en utilisant les papiers d'autres personnes. Les gr&#232;ves ont ainsi permis de faire exister la figure du travailleur sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation g&#233;n&#233;rale des sans-papiers a longtemps fait partie des revendications traditionnelles de la gauche, qui l'a d'ailleurs partiellement mise en &#339;uvre en 1981 et 1997. Or vous signalez que cette question s'est aujourd'hui d&#233;politis&#233;e, au point de dispara&#238;tre du d&#233;bat public. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut &#233;videmment signaler le glissement du champ politique vers la droite, dans un contexte o&#249; l'&#201;tat est de moins en moins capable d'intervenir sur l'&#233;conomie et se concentre d'autant plus sur ses pouvoirs r&#233;galiens, notamment autour des questions migratoires. Un tournant important a &#233;t&#233; celui de la politique du chiffre, mise en place suite &#224; la loi organique de 2001 relative aux lois de finances, qui organise le budget de l'&#201;tat en fonction de missions et d'objectifs &#224; atteindre, et que Nicolas Sarkozy a mise en application &#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait ministre de l'Int&#233;rieur (2002-2004 et 2005-2007). D&#232;s lors, toute la cha&#238;ne du contr&#244;le, du policier de terrain au pr&#233;fet, est soumise &#224; des obligations de r&#233;sultat chiffr&#233;es. Cette politique exerce donc des effets concrets sur les sans-papiers. Depuis 2012, il n'existe officiellement plus d'objectifs chiffr&#233;s. En r&#233;alit&#233;, toute la politique n'est &#233;valu&#233;e qu'en fonction du nombre de personnes expuls&#233;es ; c'est l&#224;-dessus que communique le ministre de l'Int&#233;rieur. Or, &#224; partir du moment o&#249; le chiffre devient une finalit&#233;, l'impact social ou politique, ou l'efficacit&#233; d'une politique, ne sont plus interrog&#233;s. La politique du chiffre exclut du d&#233;bat public la question de la pertinence ou de la l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en voit le r&#233;sultat aujourd'hui : au d&#233;but des ann&#233;es 1980, quand un r&#233;gime de r&#233;tention sp&#233;cifique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour les &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re, cela a suscit&#233; d'&#233;normes d&#233;bats. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout discut&#233;, y compris par la gauche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette, &lt;i&gt;On bosse ici, on reste ici&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#8211; La Gr&#232;ve des sans-papiers : une aventure in&#233;dite&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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