<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=18280&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Virer Debord</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Virer-Debord</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Virer-Debord</guid>
		<dc:date>2024-05-03T12:11:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>
		<dc:subject>Mes h&#233;ros toxiques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;V'l&#224; que soudain tu r&#233;fl&#233;chis. Et que tu fais ce bilan. Parmi tous les artistes que tu as &#233;cout&#233;s, regard&#233;s et lus dans ta jeunesse, une grosse partie &#233;taient des mecs. Pire : beaucoup avaient des facettes toxiques. Ce mois-ci, place &#224; Guy Debord, le tonton impressionnant dont on s'aper&#231;oit trop tard que c'&#233;tait en fait un vieux vicelard. Quand j'ai commenc&#233; &#224; lire Guy Debord, j'avais seize ans. Debord &#233;tait mort deux ans plus t&#244;t (en 1994) et il &#233;tait &#224; la mode. Il avait fait la une des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no230-en-kiosque" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;230 (mai 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mes-heros-toxiques" rel="tag"&gt;Mes h&#233;ros toxiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;V'l&#224; que soudain tu r&#233;fl&#233;chis. Et que tu fais ce bilan. Parmi tous les artistes que tu as &#233;cout&#233;s, regard&#233;s et lus dans ta jeunesse, une grosse partie &#233;taient des mecs. Pire : beaucoup avaient des facettes toxiques. Ce mois-ci, place &#224; Guy Debord, le tonton impressionnant dont on s'aper&#231;oit trop tard que c'&#233;tait en fait un vieux vicelard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_230_13_debord_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH604/web_230_13_debord_1200px-2-13e17.jpg?1779878080' width='500' height='604' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Sleven
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uand j'ai commenc&#233; &#224; lire Guy Debord, j'avais seize ans. Debord &#233;tait mort deux ans plus t&#244;t (en 1994) et il &#233;tait &#224; la mode. Il avait fait la une des &lt;i&gt;Inrocks.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle &lt;/i&gt;venait de sortir en poche, bient&#244;t suivie des &lt;i&gt;Commentaires&lt;/i&gt; et du recueil du bulletin de l'Internationale lettriste &lt;i&gt;Potlatch&lt;/i&gt;. On r&#233;&#233;ditait la revue &lt;i&gt;Internationale situationniste&lt;/i&gt;, on entamait la publication de la &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;. Je parle d'un temps o&#249; internet n'existait pour ainsi dire pas en France, o&#249; les textes circulaient sur papier. Bref, pendant la petite dizaine d'ann&#233;es que la mode a dur&#233;, j'ai tout d&#233;vor&#233;.
&#192; chaque d&#233;m&#233;nagement, j'&#233;cr&#232;me ma biblioth&#232;que, mais du Debord et des situs, il m'en reste un m&#232;tre lin&#233;aire. &#199;a doit bien faire dix ans que je n'ai rien relu : &#224; chaque fois que j'essaie, j'ai l'impression de sentir un &#233;tau presser mes tempes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui chez Debord a tellement enthousiasm&#233; l'ado et le post-ado intello que j'&#233;tais, tendance r&#233;volutionnaire ? La radicalit&#233;, d'abord. La radicalit&#233; la plus extr&#234;me, l'ultra-gauchisme dans sa variante la plus snob. Radicalit&#233; dans le discours, hein, s'agissait pas de prendre les armes ni m&#234;me un manche de pioche. Ce sont, sur un mur, ces mots : &#171; Ne travaillez jamais &#187;. Et Dieu sait que l'id&#233;e de devoir travailler un jour me terrorisait &#8211; l'ennui, les horaires contraints, la subordination. Mais &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt;, &#231;a veut dire &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt;. (Que se passe-t-il si tu travailles ? Eh bien, tu es m&#233;prisable, c'est Debord lui-m&#234;me qui le dit dans &lt;i&gt;Pan&#233;gyrique&lt;/i&gt;.) Dans les saum&#226;tres ann&#233;es 1980-1990, la radicalit&#233; debordienne, ce n'&#233;tait m&#234;me pas &lt;i&gt;no future&lt;/i&gt;, c'&#233;tait &lt;i&gt;no present&lt;/i&gt;. Il n'y avait plus rien &#224; sauver, tout &#233;tait foutu &#8211; et si tu aimais quoique ce soit du monde qui t'entourait, tu &#233;tais soit un collabo, soit un pigeon. Pour d&#233;corer tout ce d&#233;sespoir, il y avait ces r&#233;f&#233;rences cryptiques, les grands moralistes du XVIIe si&#232;cle, et ce style que les fans de Debord ont longtemps continu&#233; &#224; singer. S&#233;duction du snobisme. Il para&#238;t qu'en priv&#233;, Debord aimait transmettre ; dans ses livres, il &#233;tait puant. Et, comme beaucoup de jeunes fans de Debord depuis un demi-si&#232;cle, j'&#233;tais un petit mec puant, que la lecture de Debord n'a fait qu'encourager l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien y regarder, il y avait pourtant, d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, de quoi me mettre la puce &#224; l'oreille. Certains avaient tiqu&#233; en voyant Debord signer chez Gallimard pour la r&#233;&#233;dition de ses &#339;uvres, puis chez Canal+ pour son dernier film, diffus&#233; un mois apr&#232;s sa mort. Question puret&#233; r&#233;volutionnaire, &#231;a la foutait mal. Ce que &#231;a venait rappeler, c'est que Debord &#233;tait avant tout un rejeton de la grande bourgeoisie, tr&#232;s &#224; l'aise avec les affaires d'argent. Dans sa biographie, Christophe Bourseiller raconte qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;crivait &#171; Ne travaillez jamais &#187; sur un mur de la rue de Seine, &#224; Paris, il renvoyait toutes les semaines son linge sale &#224; sa grand-m&#232;re, &#224; Cannes. Je suppose qu'&#224; 18 ans, j'ai trouv&#233; &#231;a styl&#233;. Je n'avais pas percut&#233; tout ce que &#231;a change, dans la vie, de na&#238;tre avec ou sans argent &#8211; dangereuse erreur, quand on appartient &#224; la seconde cat&#233;gorie. Les situs, c'est pas une &#233;cole de lutte des classes&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui, parmi les diff&#233;rentes traditions de la critique du travail, et sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Quelque part dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt; (si je me souviens bien), Debord d&#233;finit le prol&#233;tariat comme la classe des r&#233;volutionnaires. Si tu es &#8211; si tu te dis &#8211; r&#233;volutionnaire, m&#234;me si tu as h&#233;rit&#233; ou que tu vis de la sueur de tes locataires, t'es un prol&#233;taire. Pratique.
Il y avait aussi ces lettres g&#234;nantes, publi&#233;es par son ex-disciple Jean-Fran&#231;ois Martos, o&#249; on voyait Debord contrecarrer la publication en fran&#231;ais de &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt; de G&#252;nther Anders, dont il n'avait aucune id&#233;e, accusant le traducteur de &#171; debordiser &#187; sa pens&#233;e. Et pour cause : Anders y exprimait, d&#232;s 1956, un grand nombre des id&#233;es que Debord &#233;noncerait onze ans plus tard dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt;. De fait, une bonne partie de ce que j'ai appris chez Debord, je l'ai retrouv&#233; ailleurs : la critique des m&#233;dias chez Karl Kraus, celle de la culture de masse chez Adorno et Horkheimer, l'art de la promenade chez Walter Benjamin&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reste la question de la place de Debord dans l'histoire de la pens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Mais, &#224; peu de chose pr&#232;s, j'ai d&#251; le chercher par moi-m&#234;me. Car ce que r&#233;v&#233;lait l'attitude de Debord envers Anders, c'&#233;tait une mesquinerie pr&#233;somptueuse qui est parfois un (mauvais) trait de caract&#232;re de certains autodidactes &#8211; comme Debord l'&#233;tait, et moi aussi dans une large mesure : le fait de rejeter, de traiter par avance et syst&#233;matiquement avec m&#233;pris ce qu'on ne conna&#238;t pas, de peur d'&#234;tre pris en d&#233;faut. Au lieu de reconna&#238;tre ses dettes, de discuter les penseurs proches de lui et de donner des billes &#224; son lecteur pour qu'il se fasse sa propre id&#233;e, Debord d&#233;zingue tous ceux qui risqueraient d'un peu trop marcher sur ses plates-bandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai peu &#224; peu arr&#234;t&#233; de lire Debord, sans trop savoir pourquoi. Le d&#233;clic est venu plus tard, en plein r&#233;examen de mes attitudes merdiques, en lisant sa biographie par Jean-Marie Apostolid&#232;s. Le bouquin est malveillant, plein de commentaires psy &#224; la truelle, mais solidement r&#233;f&#233;renc&#233;. D'un bout &#224; l'autre, c'est le catalogue classique des m&#339;urs d'une avant-garde et de son gourou : les d&#233;cisions arbitraires, les caprices, les ruptures (sentimentales comme politiques), les porte-flingues tyrannis&#233;s, exploit&#233;s. Et pressur&#233;s : quand on a des go&#251;ts de luxe, pas d'argent et envie ni d'en gagner ni de prendre de risques, la seule issue, c'est de &lt;i&gt;taper&lt;/i&gt; les autres (ou d'envoyer bosser sa meuf.) Mais surtout, le portrait que dresse Apostolid&#232;s est celui d'un manipulateur pervers, ne connaissant de relation &#224; l'autre que dans la possession, la suj&#233;tion. Le tableau de la vie de boh&#232;me du jeune Debord et de ses copains, romantis&#233;e dans &lt;i&gt;Potlatch &lt;/i&gt;et dans les livres de sa premi&#232;re femme Mich&#232;le Bernstein, &#233;tait particuli&#232;rement peu reluisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexion faite, tout &#231;a apparaissait d&#233;j&#224; en toutes lettres dans l'&#339;uvre de Debord, dans ses livres et surtout dans sa correspondance, que j'avais d&#233;vor&#233;e. &#192; 15 ans, 20 ans ou 25 ans, je n'ai pas su le lire. &#199;a correspondait sans doute en partie &#224; ce que j'&#233;tais alors, et &#231;a n'a pas arrang&#233; les choses. Je ne vais pas raconter ma &lt;i&gt;life &lt;/i&gt;ici &#8211; rien de plus vomitif que les mecs quadrag&#233;naires qui monopolisent le crachoir pour expliquer combien ils &#233;taient des connards, &lt;i&gt;avant. &lt;/i&gt;Mais quand un jeune homme se trouve sur un fil, en &#233;quilibre instable entre la pression des r&#244;les sociaux &#8211; la famille, le virilisme ambiant &#8211; et l'image du type bien qu'il aimerait &#234;tre malgr&#233; tout, un auteur comme Debord p&#232;se lourd pour le faire pencher du c&#244;t&#233; petite merde toxique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre, cela fera 30 ans que Debord est mort. Ses archives sont &#224; la Biblioth&#232;que nationale de France (BnF). On s'en souvient : en 2008, l'universit&#233; de Yale ayant fait une offre d'achat &#224; la veuve, la ministre de la Culture de Sarkozy avait class&#233; le legs &#171; tr&#233;sor national &#187; afin qu'il soit pr&#233;empt&#233; par l'&#201;tat. Reconnaissant l'un des leurs, des m&#233;c&#232;nes ultra-friqu&#233;s avaient mis la main &#224; la poche pour la BnF. Une grande expo a f&#234;t&#233; tout &#231;a en 2013. Dix ans plus tard, j'ai l'impression qu'&#224; part quelques mondains de l'art, Debord n'int&#233;resse plus grand monde. Ce n'est pas forc&#233;ment tr&#232;s grave.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce qui, parmi les diff&#233;rentes traditions de la critique du travail, et sous l'allure h&#233;g&#233;lo-marxiste de son discours, rattache plut&#244;t Debord &#224; une &#233;thique aristocratique. D'o&#249; la s&#233;duction qu'il exer&#231;a sur un dandy bourgeois comme Philippe Sollers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Reste la question de la place de Debord dans l'histoire de la pens&#233;e marxienne, que d&#233;crivait Anselm Jappe en 1995 dans sa remarquable petite biographie intellectuelle. Jappe est aujourd'hui l'un des principaux th&#233;oriciens de la critique de valeur et, sauf erreur, il ne mobilise plus gu&#232;re dans ses livres que le Debord m&#233;taphysique, moraliste &#8211; le contempteur de la disparition du go&#251;t et du sens rationnel, et du grand remplacement de la culture (populaire comme bourgeoise) par l'industrie des loisirs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Se r&#233;approprier nos conflits</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Se-reapproprier-nos-conflits</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Se-reapproprier-nos-conflits</guid>
		<dc:date>2023-12-15T11:46:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;tienne Jallot</dc:creator>


		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En se penchant sur les mani&#232;res dont sont prises en charge les violences (notamment sexistes et sexuelles) dans les milieux militants, l'ouvrage d'Elsa Deck Marsault Faire justice dresse un constat : on n'est pas sortis des logiques punitives. Et propose des pistes &#233;mancipatrices. Dans Faire justice &#8211; Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes (La fabrique, septembre 2023), la militante queer et f&#233;ministe Elsa Deck Marsault, membre du groupe (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no225-decembre-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;225 (d&#233;cembre 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En se penchant sur les mani&#232;res dont sont prises en charge les violences (notamment sexistes et sexuelles) dans les milieux militants, l'ouvrage d'Elsa Deck Marsault &lt;i&gt;Faire justice&lt;/i&gt; dresse un constat : on n'est pas sortis des logiques punitives. Et propose des pistes &#233;mancipatrices.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5386 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_225_11_slev_justicepu_2_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/web_225_11_slev_justicepu_2_1200px-ed8fd.jpg?1780103064' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Une illustration de Slevenn
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans &lt;i&gt;Faire justice &#8211; Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes&lt;/i&gt; (La fabrique, septembre 2023), la militante queer et f&#233;ministe Elsa Deck Marsault, membre du groupe d'aide &#224; la gestion de conflits Fracas&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur leur site (collectif-fracas.com), grande bo&#238;te &#224; outils, source de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, passe au crible les mani&#232;res de faire justice dans les milieux &#171; &lt;i&gt; progressistes &lt;/i&gt; &#187; &#8211; de gauche et d'extr&#234;me gauche. Spoiler : on ne fait pas beaucoup mieux que l'&#201;tat quand il s'agit de nous autojuger. Pire, notre justice serait empreinte de logiques punitives : menaces, exclusions, harc&#232;lement et isolement&#8230; Dans son livre, elle pose les jalons d'une justice communautaire qui collerait avec nos id&#233;aux d'&#233;mancipation. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre part du constat suivant : les milieux &#171; &lt;strong&gt; progressistes &lt;/strong&gt; &#187; sont empreints de logiques punitives dans la r&#233;solution des conflits tout en pr&#233;tendant les combattre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ces milieux, malgr&#233; la volont&#233; de combattre le capitalisme, le patriarcat et toutes les formes d'oppression, on reproduit en effet souvent les logiques punitives du syst&#232;me p&#233;nal-carc&#233;ral quand il s'agit de faire justice nous-m&#234;mes. La premi&#232;re raison est &#233;vidente, et valable pour la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re : nous sommes des enfants du syst&#232;me p&#233;nal-carc&#233;ral d'&#201;tat et nous reproduisons presque inconsciemment ses m&#233;canismes. La seconde est plus profonde. Elle a &#224; voir avec le n&#233;olib&#233;ralisme et plus g&#233;n&#233;ralement ce que la politologue Wendy Brown a qualifi&#233; de &#8220;&lt;i&gt;moralisme progressiste&lt;/i&gt;&#8221;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brown Wendy, Politics Out of History, Princetown University Press, 2001.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. D'apr&#232;s elle, la recherche de la perfection morale dans les milieux militants prime sur les luttes collectives. On valorise la &#8220;d&#233;construction&#8221; et la conscientisation de ses privil&#232;ges, on condamne certains mots et gestes de certaines personnes au d&#233;triment de la lutte collective contre les dominations. Et ce, en parfaite coh&#233;rence avec la soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale, o&#249; nos ennemi&#183;es sont des individus et non plus des classes sociales. Alors que la lutte contre le patriarcat, par exemple, n&#233;cessiterait de lutter contre des structures &#233;conomiques et politiques, on s'attaque aux comportements et aux paroles d'un&#183;e camarade&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'on agit ainsi, pour pallier notre sentiment d'impuissance face &#224; la difficult&#233; de mener des luttes &#224; grande &#233;chelle. Il est plus facile d'attaquer un&#183;e camarade que le patron de Total. M&#234;me si cela n'aura rien chang&#233; structurellement, on aura l'impression d'avoir agi politiquement&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles alors de &#171; &lt;strong&gt;surench&#232;re punitive &lt;/strong&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Effectivement, une fois que telle ou telle personne a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;e &#8220;probl&#233;matique&#8221; ou &#8220;toxique&#8221;, tous les coups semblent permis. Une personne peut se faire exclure &#224; vie de certains collectifs, lieux ou associations pour des propos parfois tenus des ann&#233;es auparavant. Un groupe souvent auto-d&#233;sign&#233; prend en charge le conflit sans qu'aucune limite ne soit fix&#233;e. Il peut y avoir des effets de &#8220;surpuissance du groupe&#8221; o&#249;, sous pr&#233;texte de luttes (l&#233;gitimes) contre les oppressions, on l&#233;gitime absolument tout : exclusion, harc&#232;lement, humiliations publiques, violences physiques&#8230; Et la d&#233;sescalade est souvent impossible. Dans les ann&#233;es 1970, certaines f&#233;ministes militaient contre le syst&#232;me p&#233;nal-carc&#233;ral, en portant l'id&#233;e que punir des individus pour leurs actes, notamment les violeurs, ne permettrait pas de changer le syst&#232;me qui sous-tendait ces violences : le patriarcat. Certaines actions ont consist&#233; &#224; se rendre dans des tribunaux pour demander des proc&#232;s sans peine : une reconnaissance publique et p&#233;nale des faits, mais sans condamnation d'enfermement. Aujourd'hui, en faisant de la lutte contre les oppressions une affaire de punitions individuelles, nous sommes pass&#233;&#183;es de &#8220;proc&#232;s sans peines&#8221; &#224; des &#8220;peines sans proc&#232;s&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces agissements ne sont-ils pas parfois les seules solutions lorsque la justice d'&#201;tat est d&#233;faillante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'exclusion et les menaces ne devraient &#234;tre utilis&#233;es qu'en dernier recours, lorsqu'on a &#233;puis&#233; un certain nombre d'outils pr&#233;alables &#8211; et cela d&#233;pend &#233;videmment des situations. Cela ne veut pas dire qu'on s'interdit toute sanction : il me para&#238;t acceptable qu'une personne soit exclue d'une communaut&#233; sur un temps donn&#233; au vu de ses actes, mais tout d&#233;pend de la question de l'objectif. &#192; mon sens, l'exclusion doit toujours &#234;tre cadr&#233;e dans le temps et la personne exclue, accompagn&#233;e (dans l'id&#233;al), pour qu'elle puisse comprendre ce qui lui est reproch&#233; et comment elle peut r&#233;parer la situation. L'exclusion peut notamment se justifier quand une personne met en danger de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e les autres au sein du lieu ou du collectif dans lequel elle se trouve. Il ne s'agit pas de passer d'une approche moralisante de &#8220;il faut exclure les violeurs&#8221; &#224; &#8220;il ne faut absolument exclure personne&#8221;. Il s'agit de faire le constat que, si l'exclusion est parfois une n&#233;cessit&#233;, nous devons apprendre &#224; expliciter au mieux les raisons de ce choix et son cadre &#224; la personne touch&#233;e par cette sanction. Cependant, exclure une personne nous prive d'un potentieltransformateur pour le groupe, et nous emp&#234;che de comprendre quels dysfonctionnements nous ont amen&#233; &#224; un tel niveau de tension ou de violence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces questions sont celles pos&#233;es par la justice transformatrice que tu valorises dans ton livre. Quel est son int&#233;r&#234;t ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La justice transformatrice propose que nous nous r&#233;appropriions nos conflits, plut&#244;t que de laisser la police et les avocats s'en charger. Les conflits sont alors per&#231;us comme des opportunit&#233;s pour transformer les individus et la soci&#233;t&#233; afin de r&#233;duire les rapports de domination, qui sont tr&#232;s souvent &#224; l'origine de ces violences.
Avec le collectif Fracas, nous essayons de promouvoir cette approche. Par exemple, lorsqu'une personne est victime d'agression dans un collectif, nous proposons des solutions de soutien aux deux parties, puis nous travaillons avec le collectif pour comprendre quels sont les ressorts individuels et collectifs qui ont permis ces violences. Le groupe peut alors dessiner les contours de sa responsabilit&#233; et ensuite travailler sur lui-m&#234;me afin de mettre en place des outils ad&#233;quats pour &#233;viter que cette situation se r&#233;p&#232;te, ou mieux l'affronter si elle recommence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, l'important est de d&#233;finir des protocoles clairs, avec des limites de temps et d'implication de chaque personne dans le processus. Il faut aussi pouvoir pr&#233;voir des cercles de supervision, avec qui d&#233;briefer de ce qui a &#233;t&#233; mis en place, de ce qui a &#233;t&#233; fait, pour pouvoir tirer la sonnette d'alarme quand on va dans le mauvais sens. Cela pourrait &#233;viter les m&#233;canismes d&#233;crits plus haut : surench&#232;re punitive et surpuissance du groupe&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les collectifs n'ont souvent ni le temps ni l'argent pour se former &#224; de nouvelles pratiques de justice. Comment g&#233;n&#233;raliser ces pratiques en faisant face &#224; ces limites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r, il y a de nombreux obstacles. Au-del&#224; des contraintes mat&#233;rielles bien r&#233;elles, le fait que l'&#201;tat s'impose au fil des si&#232;cles comme seul gestionnaire l&#233;gitime des conflits nous a rendu&#183;es d&#233;pendant&#183;es du syst&#232;me p&#233;nal-carc&#233;ral. De plus, la justice transformatrice n&#233;cessite l'existence de communaut&#233;s solides. Si on les r&#233;investit, elles peuvent devenir de vrais supports d'une justice dont l'horizon est l'&#233;quit&#233; sociale et qu'on pourrait d&#233;velopper &#224; un niveau toujours plus vaste, de la communaut&#233; jusqu'&#224; la soci&#233;t&#233;. La position de &#8220;tiers&#8221; ext&#233;rieur au conflit pourrait &#233;galement &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;e. C'est de cette position que nous agissons avec Fracas, et elle permet de ne pas &#234;tre juge et partie, et percevoir la situation dans son ensemble. Par exemple, un tiers d'une ville pourrait &#234;tre envoy&#233; dans une autre ville, o&#249; il n'est pas emp&#234;tr&#233; dans les dynamiques internes&#8230;
La critique du syst&#232;me p&#233;nal-carc&#233;ral et le &#8220;pari abolitionniste&#8221; ne peuvent pas se limiter &#224; des d&#233;clarations d'intentions, elle peut s'accompagner d&#232;s maintenant de pratiques nouvelles, inscrites dans les communaut&#233;s et pour inventer, autant que possible, des alternatives &#224; la justice punitive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;tienne Jallot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur leur site (collectif-fracas.com), grande bo&#238;te &#224; outils, source de r&#233;f&#233;rences et recueil de t&#233;moignages, Fracas se d&#233;finit comme &#171; &lt;i&gt;collectif queer et f&#233;ministe d'aide &#224; la gestion de conflits interpersonnels, de violences et d'agressions au sein de collectifs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Brown Wendy, &lt;i&gt;Politics Out of History&lt;/i&gt;, Princetown University Press, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'heure de sortir les ordures</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-heure-de-sortir-les-ordures</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/L-heure-de-sortir-les-ordures</guid>
		<dc:date>2023-04-05T12:38:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rares dans une vie les moments o&#249; l'on se sent aussi proches d'un basculement politique. &#192; la fois acteurs d'un mouvement et spectateurs d'un d&#233;labrement politique acc&#233;l&#233;r&#233;, on a construit ce num&#233;ro sp&#233;cial &#171; Bordel partout &#187; dans une urgence un peu fr&#233;n&#233;tique. Le texte qui suit est &#224; la fois son introduction et le miroir de nos r&#233;flexions &#224; l'aube d'un printemps qui s'annonce encore mouvement&#233; &#8211; et, on l'esp&#232;re, d&#233;cisif. Et donc, &#231;a a fini par p&#233;ter. On le pressentait, l'annon&#231;ait, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no219-avril-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;219 (avril 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rares dans une vie les moments o&#249; l'on se sent aussi proches d'un basculement politique. &#192; la fois acteurs d'un mouvement et spectateurs d'un d&#233;labrement politique acc&#233;l&#233;r&#233;, on a construit ce num&#233;ro sp&#233;cial &#171; Bordel partout &#187; dans une urgence un peu fr&#233;n&#233;tique. Le texte qui suit est &#224; la fois son introduction et le miroir de nos r&#233;flexions &#224; l'aube d'un printemps qui s'annonce encore mouvement&#233; &#8211; et, on l'esp&#232;re, d&#233;cisif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5073 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_219_slevenn_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH612/web_219_slevenn_1200px-f0966.jpg?1779859584' width='500' height='612' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;t donc, &#231;a a fini par p&#233;ter. On le pressentait, l'annon&#231;ait, l'esp&#233;rait : l'opposition &#224; cette &#233;ni&#232;me r&#233;forme des retraites a d&#233;bouch&#233; sur un vaste et emballant mouvement de r&#233;volte, social et populaire. Apr&#232;s le 49.3 du 16 mars, la col&#232;re, jusque-l&#224; engonc&#233;e dans des journ&#233;es de mobilisation intersyndicales un chou&#239;a trop convenues, s'est exprim&#233;e avec une rage et une d&#233;termination d&#233;multipli&#233;es. Comme lors de chaque mobilisation d'ampleur &#8211; plan Jupp&#233; (1995), loi Travail (2016), Gilets jaunes (2018)&#8230; &#8211; la contestation d&#233;passe largement le sujet de d&#233;part : d&#232;s le mois de janvier, il est d'ailleurs &#233;vident que le report &#224; 64 ans de l'&#226;ge de la retraite n'est que la goutte qui fait d&#233;border, un d&#233;tonateur, la claque de trop. Dans chaque manif, chaque blocage, chaque vitrine bris&#233;e, chaque poubelle cram&#233;e s'expriment un rejet toujours plus massif du pouvoir macroniste et de ce qu'il repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#231;a fait du bien, bordel. Faut-il le rappeler ? Hors quelques interm&#232;des r&#233;prim&#233;s sans m&#233;nagement et rest&#233;s sans suite, on s'&#233;tait habitu&#233;s depuis des ann&#233;es &#224; ne pas avoir voix au chapitre, &#224; constater semaine apr&#232;s semaine le grignotage de nos droits, les progr&#232;s du d&#233;sastre &#233;cologique, du racisme et du sexisme et l'arrogance des puissants en l'absence de tout contre-pouvoir. S&#251;r, &#231;a fait un moment qu'ils font tr&#232;s fort : la quasi totalit&#233; des m&#233;dias appartiennent &#224; une poign&#233;e de multimilliardaires ; le r&#233;gime &#224; leur botte s'autoreconduit par acclamation tous les cinq ans ; les moyens de surveillance et de r&#233;pression de la populace indocile sont sans cesse perfectionn&#233;s ; ministres, conseillers et d&#233;put&#233;s sont mis en examen les uns apr&#232;s les autres dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale tandis que sur les &#233;crans, une poign&#233;e de bourgeois parisiens s&#233;niles s'accaparent le crachoir. Oui, l'oligarchie se porte tr&#232;s bien, merci pour elle. Mais voil&#224; qu'ayant un peu trop pris la confiance, les &#233;lites sont all&#233;es &lt;i&gt;trop loin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ce qui a fait p&#233;ter un boulard &#224; une grande partie des Fran&#231;ais, c'est l'injustice et l'arbitraire&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a fait p&#233;ter un boulard g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; une grande partie des Fran&#231;ais dans cette histoire de r&#233;forme des retraites, c'est certainement plus que tout l'injustice et l'arbitraire. D&#232;s le d&#233;part, m&#234;me les &#233;conomistes les plus r&#233;acs ont d&#233;menti la propagande gouvernementale sur la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;forme ; tandis que les plus progressistes observaient que du pognon, il y en a, et qu'il n'y avait qu'&#224; le prendre l&#224; o&#249; il se trouve. Rien, en somme, qui impose d'obliger l'ensemble des travailleurs &#224; trimer deux ans de plus. &lt;i&gt;Deux ans !&lt;/i&gt; Le temps de faire pousser un jardin, d'apprendre une langue ou, pour un gosse, &#224; marcher et &#224; parler. Et ce qui, confus&#233;ment, a fus&#233; dans les esprits tout au long de cet hiver, c'est le sentiment que cette r&#233;forme inutile et inique &#233;tait en r&#233;alit&#233; une d&#233;monstration de toute-puissance, une attaque destin&#233;e &#224; tester notre r&#233;sistance et que, si celle-l&#224; passait, tout passerait. On a r&#233;sist&#233;, et on a vu ce que le pouvoir avait derri&#232;re la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on en a appris, des choses, en quelques semaines. La proc&#233;dure l&#233;gislative n'a plus de secrets pour nous, pas plus que la diff&#233;rence entre ce qui est d&#233;mocratique, ce qui est l&#233;gitime et ce qui est seulement l&#233;gal (voir &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Desole-pour-la-democratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;notre &#233;dito&lt;/a&gt; du mois). Entre l'examen acc&#233;l&#233;r&#233; de la loi, le vote bloqu&#233; au S&#233;nat et le 49.3 &#224; l'Assembl&#233;e, le gouvernement a &#233;puis&#233; tous les artifices pour faire passer son texte en force. Et puis, lorsque la contestation s'est install&#233;e dans la dur&#233;e, &#233;tendue &#224; la lutte pour les droits des femmes, celle contre le projet de loi Immigration ou encore celle contre les aberrantes m&#233;gabassines, et durcie &#8211; sans proportions, pourtant, avec les hors-pistes des Gilets jaunes &#8211;, on a vu aussi ce dont le gouvernement &#233;tait capable, et que, peut-&#234;tre, il attendait depuis le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Une fascisation qui ne dit pas son nom, mais qui nous p&#232;te toujours plus &#224; la gueule&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Impossible en effet de recenser les exactions polici&#232;res commises aux quatre coins du pays contre des manifestants intimid&#233;s, nass&#233;s, interpell&#233;s &#224; titre pr&#233;ventif (c'est-&#224;-dire hors de tout cadre l&#233;gal), gaz&#233;s, tabass&#233;s, bless&#233;s, condamn&#233;s pour des v&#233;tilles au terme de jugements sommaires&#8230; Point d'orgue de cette fuite en avant : la r&#233;pression sanglante du rassemblement contre la m&#233;gabassine de Sainte-Soline, les grenades mutilantes qui pleuvent au milieu de la foule et, parmi ceux qui tombent, S., toujours entre la vie et la mort &#224; l'heure o&#249; nous &#233;crivons ces lignes. Dans les jours qui ont suivi, le ministre de l'Int&#233;rieur, omnipr&#233;sent, s'est impos&#233; comme le visage d'une fascisation qui ne dit pas son nom, mais qui nous p&#232;te toujours plus &#224; la gueule. Soutien ind&#233;fectible des &#171; forces de l'ordre &#187; dont les abus sont pourtant plus que document&#233;s, menteur &#233;hont&#233;, Darmanin balaie les critiques d'institutions aussi peu radicales que le Conseil de l'Europe, Human Rights Watch ou l'ONU. En parall&#232;le, il d&#233;roule la suite de son agenda liberticide : dissolution des Soul&#232;vements de la Terre et de la Defco (D&#233;fense collective, la&lt;i&gt; legal team&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une legal team est un collectif qui apporte, entre autres et pour r&#233;sumer, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; rennaise), cr&#233;ation d'une cellule anti-Zad&#8230; Autant dire une croisade contre ce qu'il appelle le &#171; terrorisme intellectuel &#187; d'une &#171; extr&#234;me gauche &#187; qui comprend, si on le suit jusqu'au bout, tous ceux qui pensent que les pauvres ont le droit de manger et qu'on devrait pouvoir exprimer son d&#233;saccord contre les politiques de l'&#201;tat sans y laisser un &#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la France de 2023, ces violences impunies et la morgue de ceux qui les d&#233;cha&#238;nent sont la r&#233;alit&#233; de ce que le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; crasseux des dominants appelle &#171; R&#233;publique &#187; et &#171; d&#233;mocratie &#187; et qu'il conviendrait d'opposer &#224; l'&#171; &lt;i&gt;&#233;meute&lt;/i&gt; &#187;, quand bien m&#234;me celle-ci exprimerait l'opinion de 70 % des Fran&#231;ais. Comme les bouchers staliniens sous la plume du po&#232;te Bertolt Brecht, Macron et ses satrapes pr&#233;f&#233;reraient &#171; &lt;i&gt;dissoudre le peuple pour en &#233;lire un autre&lt;/i&gt; &#187;. Apr&#232;s des d&#233;cennies de fascisation des esprits, de violences polici&#232;res impunies, de manipulations dignes des plus mauvais illusionnistes, les coups de menton de Darmanin amorcent en fait un ralliement des bourgeois vers une extr&#234;me droite qu'ils auront tout fait pour placer au pouvoir. De fait, le Rassemblement national (RN) boit du petit lait. Sorti des l&#233;gislatives de 2022 avec un nombre record de 89 d&#233;put&#233;s en faisant &#224; peine campagne, le parti lep&#233;niste sait qu'il n'a pas grand-chose d'autre &#224; foutre que d'attendre son heure. Les sondages valent ce qu'ils valent, mais ce sont bien les fascistes qu'ils d&#233;signent comme les gagnants de la s&#233;quence. Jordan Bardella, pr&#233;sident du RN, peut d&#233;sormais affirmer, relax : &#171; &lt;i&gt; Je pense que cela va se terminer par notre arriv&#233;e au pouvoir.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur France 2, le 23 mars.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La d&#233;mocratie, c'est nous&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On le sait bien, le Rassemblement national au pouvoir, ce serait encore bien pire. Mais c'est bien &#224; cela qu'en renon&#231;ant aux principes minimaux de l'&#201;tat de droit, le pouvoir actuel cherche &#224; nous habituer : un monde o&#249; la violence des puissants s'exerce &#224; cru, sans recours. C'est vers l&#224; que nous allons toujours un peu plus, c'est contre &#231;a que nous nous battons : la d&#233;mocratie, c'est nous. Et ce printemps partag&#233; dans la rue et autour de piquets de gr&#232;ve ou de poubelles en feu vient nous rapporter une dose de courage bienvenue. Il nous rappelle que le mouvement est lanc&#233;, et qu'il essaime. Les r&#233;actions v&#233;h&#233;mentes et d&#233;mesur&#233;es du pouvoir montrent combien ils nous craignent. Nous leur montrerons qu'ils ont raison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une &lt;i&gt;legal team&lt;/i&gt; est un collectif qui apporte, entre autres et pour r&#233;sumer, un soutien juridique &#224; des militants aux prises avec la justice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur France 2, le 23 mars.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les parasites ne sont pas ceux que l'on croit</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Les-parasites-ne-sont-pas-ceux-que</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Les-parasites-ne-sont-pas-ceux-que</guid>
		<dc:date>2023-04-04T17:22:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Framont</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sociologue et r&#233;dacteur en chef de Frustration Magazine, Nicolas Framont vient de publier Parasites (Les Liens qui lib&#232;rent), un ouvrage qui d&#233;construit les mythes dont nous abreuvent les classes dominantes. Il prolonge ici sa critique des bourgeois et insiste : les vrais parasites, ce sont eux. Jean-Marc dresse de grandes perspectives d'&#233;volution de la filiale qu'il dirige : &#171; Il faut aller vers une premiumisation de nos produits, pour r&#233;pondre &#224; la mont&#233;e en gamme de la fili&#232;re et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no218-mars-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;218 (mars 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sociologue et r&#233;dacteur en chef de Frustration Magazine, Nicolas Framont vient de publier Parasites (Les Liens qui lib&#232;rent), un ouvrage qui d&#233;construit les mythes dont nous abreuvent les classes dominantes. Il prolonge ici sa critique des bourgeois et insiste : les vrais parasites, ce sont eux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5032 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_218_slevenn_manger_les_riches_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH704/web_218_slevenn_manger_les_riches_1200px-6685e.jpg?1779608077' width='500' height='704' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;ean-Marc dresse de grandes perspectives d'&#233;volution de la filiale qu'il dirige : &#171; Il faut aller vers une premiumisation de nos produits, pour r&#233;pondre &#224; la mont&#233;e en gamme de la fili&#232;re et &#233;voluer ensemble vers une organisation plus flexible, plus transversale, pour sortir du travail en silo qui a trop longtemps marqu&#233; la culture du groupe Dasl&#233; en France. &#187; Jean-Marc regarde par la grande baie vitr&#233;e, au loin, fier du petit effet qu'il croit avoir eu sur ses interlocuteurs. Son PowerPoint brille de mille feux. C'est pour cela qu'il est pay&#233; 30 000 euros par mois et d&#233;tient un bon paquet d'actions Dasl&#233; : il sait toujours pr&#233;voir le coup d'apr&#232;s et faire &#233;voluer une entreprise et ses collaborateurs vers les d&#233;fis de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mes deux coll&#232;gues expertes CSE&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis 2020, le comit&#233; social et &#233;conomique (CSE) remplace plusieurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, nous nous regardons d'un air entendu. Ce topo, nous l'avons d&#233;j&#224; entendu une bonne dizaine de fois. Par d'autres Jean-Marc. C'est la &#233;ni&#232;me rencontre que nous faisons avec un type en veste bleue marine, montre ch&#232;re, cheveux de riches (vous savez, amen&#233;s vers l'arri&#232;re). Tous les directeurs financiers de filiales d'entreprises du CAC 40 se ressemblent, autant qu'ils ressemblent &#224; leurs homologues des entreprises &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;All&#233;gorie du &#171; bullshit &#187; patronal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette capacit&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter un discours entendu cent fois comme si vous veniez de l'inventer, est-ce ceci qu'on apprend en &#233;cole de commerce ? En tout cas, l'aplomb est bien le propre de ces cadres sup' qui, estimant que leur valeur est proportionnelle &#224; leurs revenus, se croient sup&#233;rieurs au reste de la population. Dans mon m&#233;tier de sociologue du travail mandat&#233; par les CSE, j'ai d&#233;j&#224; rencontr&#233; cat&#233;gorie plus aga&#231;ante : les dirigeants d'entreprises publiques qui ont pour point commun d'avoir fait Polytechnique. Je ne sais pas grand-chose de cette &#233;cole, si ce n'est qu'elle est l'une des plus &#233;litistes du pays et que chacun de ses &#233;tudiants co&#251;te au contribuable sept fois plus cher que leurs homologues de la fac (62 350 euros par an contre 8 790 euros, respectivement&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pourquoi il faut supprimer les grandes &#233;coles &#187;, Frustration magazine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;). Je sais aussi que, chaque 14 juillet, ils d&#233;filent en uniforme napol&#233;onien. Ma m&#232;re a l'habitude de dire, quand quelqu'un n'arrive pas &#224; ouvrir une bo&#238;te de conserve ou utiliser correctement un outil, &#171; on voit que t'as pas fait Polytechnique &#187;, alors que ce serait pr&#233;cis&#233;ment le cas d'un polytechnicien : il n'utilise pas ses mains, il fait travailler celles des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirigeants d'entreprises priv&#233;es ou publiques ont donc pour point commun un m&#233;pris incommensurable pour leurs salari&#233;s et un immense sentiment de sup&#233;riorit&#233;. Lors d'une expertise en conditions de travail, visant &#224; aider les repr&#233;sentants du personnel &#224; contre-expertiser un projet de la direction (un plan de licenciement, un d&#233;m&#233;nagement, une r&#233;organisation des services&#8230;), nous rencontrons un &#233;chantillon repr&#233;sentatif des salari&#233;s impact&#233;s et les &#171; sponsors &#187; du projet, c'est-&#224;-dire les membres de la direction qui en sont les promoteurs (pas les concepteurs : un cabinet de conseil est pass&#233; par l&#224; pour pondre les PowerPoint que commente Jean-Marc avec d&#233;lice). D'o&#249; notre connaissance du bullshit patronal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien de bullshit, au sens de propos vains, vagues et sans grand rapport avec la r&#233;alit&#233;. Car ce dont il s'agit en fait, c'est d'enrober une s&#233;rie de mesures qui ont souvent pour cons&#233;quence de renforcer le contr&#244;le sur la vie des salari&#233;s pour augmenter leurs r&#233;sultats et, in fine, am&#233;liorer ceux des actionnaires. Mais ce qui est fascinant, c'est la capacit&#233; des Jean-Marc de France et du monde &#224; faire comme s'il s'agissait de quelque chose d'autre. Une grande &#339;uvre issue de leur imagination, une vision de l'entreprise de demain qui les m&#232;nerait au Panth&#233;on des grands hommes du capitalisme : Henry Ford, connu pour le d&#233;veloppement du travail &#224; la cha&#238;ne, moins pour son admiration pour Hitler et l'entretien d'une milice interne charg&#233;e de casser les genoux des syndicalistes ; Bernard Tapie, fougueux entrepreneur qui a mis en faillite une bonne partie des entreprises qu'on l'envoyait sauver ; et d&#233;sormais Rodolphe Saad&#233;, plus forte progression fran&#231;aise dans le classement Challenges des 500 plus grandes fortunes de France, h&#233;ro&#239;que entrepreneur qui a travaill&#233; dur pour na&#238;tre dans la famille de son p&#232;re, propri&#233;taire de CMA-CGM, le g&#233;ant du transport maritime bas&#233; &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des &#233;lites d&#233;connect&#233;es mais s&#251;res d'elles&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du haut de la tour CMA-CGM qui surplombe la ville, que se disent Rodolphe Saad&#233; et ses lieutenants ? Qu'ils sont des g&#233;nies ? De v&#233;ritables rois ? Qu'ils ont b&#226;ti cet empire maritime &#224; la force de leur poignet ? Sans doute. Ce que je trouve le plus ridicule chez les bourgeois, c'est certainement leur propension &#224; nier leur position de classe et l'origine de celle-ci : l'h&#233;ritage. Parlez avec un bourgeois, un petit bourgeois ou un sous-bourgeois (celles et ceux dont le niveau de dipl&#244;me les place dans une position d'interm&#233;diaire bien r&#233;mun&#233;r&#233;) de sa position de classe, il arrivera toujours &#224; vous d&#233;busquer un grand-p&#232;re mineur, une cousine factrice ou une petite anomalie culturelle qui justifiera sa profonde singularit&#233; sociale (&#171; ma m&#232;re regardait Les Feux de l'amour avant de filer &#224; l'Op&#233;ra &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde du travail, la malhonn&#234;tet&#233; intellectuelle de la classe bourgeoise atteint des sommets. Les cadres sup&#233;rieurs mentionn&#233;s pr&#233;c&#233;demment sont persuad&#233;s de pouvoir utiliser leurs sch&#233;mas de pens&#233;es pr&#233;con&#231;us pour analyser et transformer une situation de travail &#224; laquelle, le plus souvent, ils ne comprennent rien. Leur vision de leur propre entreprise est de plus en plus sous-trait&#233;e &#224; des cabinets de conseil dont la consigne absolue semble &#234;tre : &#171; Ne surtout pas demander leurs avis aux travailleurs &#187;. C'est ainsi que l'on se retrouve, au travail, avec des proc&#233;dures inapplicables, une organisation qui change perp&#233;tuellement, de nouveaux slogans p&#233;t&#233;s qui ne correspondent &#224; rien&#8230; Le gouffre est souvent immense entre la vision erron&#233;e de celui qui d&#233;cide et la description claire et pragmatique de ceux qui vivent la situation. Et &#224; la fin, celui qui d&#233;cide ne sera pas inqui&#233;t&#233; pour son incomp&#233;tence. Au moment de la remise du rapport, il passera peut-&#234;tre, au pire, un moment d&#233;sagr&#233;able face &#224; des repr&#233;sentants du personnel tr&#232;s irrit&#233;s de sa d&#233;connexion. Mais les bourgeois, qu'ils soient en politique ou en &#233;conomie, savent que ce proc&#232;s en d&#233;connexion est le prix &#224; payer des &#171; d&#233;cisions difficiles &#187; qu'ils prennent pour assurer &#171; la p&#233;rennit&#233; de notre syst&#232;me social et de notre entreprise &#187; selon la formule consacr&#233;e et us&#233;e jusqu'&#224; la corde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;B&#234;tise bourgeoise et m&#233;pris&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me demande toujours, lorsque j'entends un Macron ou un Dussopt d&#233;biter ce genre d'&#226;neries : pense-t-il vraiment ce qu'il est en train de raconter ? Croit-il agir dans &#171; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; ou bien sait-il qu'&#233;videmment, il agit cyniquement pour le compte des poss&#233;dants ? Dans le premier cas, ce serait une preuve de b&#234;tise. Je veux bien croire que les PowerPoint peuvent &#234;tre un peu hypnotisants, mais il ne faut pas abuser. Dans le second cas, c'est du cynisme&#8230; Du pur &#233;go&#239;sme de classe rendu possible par une quantit&#233; industrielle de mauvaise foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois fondamentalement que la b&#234;tise bourgeoise, li&#233;e &#224; une &#233;ducation &#233;triqu&#233;e et mystifiante, tient &#224; cette capacit&#233; &#224; croire que ses int&#233;r&#234;ts et ceux de ses proches sont communs &#224; tous les humains. Ou du moins &#224; tout faire pour ne pas en douter. Ne pas se confronter aux autres, pour commencer, ou alors les autres lointains : les bourgeois voyagent beaucoup et ont vu la &#171; vraie &#187; mis&#232;re, eux, celles des gens qui n'ont rien et pourtant vous donnent tout.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le m&#233;pris de classe est un puissant moteur de la vie bourgeoise&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Puis m&#233;priser, &#233;videmment. Le m&#233;pris de classe est un puissant moteur de la vie bourgeoise. Cela consiste &#224; trouver que les membres des classes laborieuses manquent de go&#251;t, de panache. Que leur situation subalterne, ils ne m&#233;ritent finalement pas mieux. Que leur donner une once de pouvoir, ce serait s'exposer au chaos. Le m&#233;pris de classe participe de &#171; l'empowerment &#187; bourgeois. C'est ce qui leur donne de la force au quotidien, cette certitude que leur assistante de direction est une gourde et l'employ&#233; de leur usine un gros beauf. C'est ce qui soude la l&#233;gitimit&#233; qu'ils se donnent &#224; diriger entreprises et pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#224; notre tour : pour nous sentir plus forts, plus unis et, un jour, capables de mener nous-m&#234;mes notre travail et notre soci&#233;t&#233;, rappelons-nous qui nous avons face &#224; nous. Non pas une classe dominante, puissante certes, organis&#233;e oui, riche ind&#233;niablement, qui dirige &#224; notre place. Mais des individus de chair et d'os. Qui ont un nom, une adresse. Qui sont pr&#233;tentieux, de mauvaise foi et, oui, m&#234;me quand ils sont tr&#232;s dipl&#244;m&#233;s, souvent tr&#232;s b&#234;tes. Le m&#233;pris de classe qui les rend si forts, retournons-le contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Framont&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis 2020, le comit&#233; social et &#233;conomique (CSE) remplace plusieurs instances de repr&#233;sentation du personnel au sein des entreprises. Une fusion critiqu&#233;e par les syndicats, pour qui il s'agit surtout d'une r&#233;duction des co&#251;ts et d'un gain d'efficacit&#233; pour l'employeur, au d&#233;triment des repr&#233;sentants du personnel et des int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Pourquoi il faut supprimer les grandes &#233;coles &#187;, Frustration magazine (13/01/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La France a impos&#233; son agenda aux autorit&#233;s maliennes &#187; </title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-France-a-impose-son-agenda-aux</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/La-France-a-impose-son-agenda-aux</guid>
		<dc:date>2023-03-17T16:52:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Accueillie en lib&#233;ratrice en 2013, l'arm&#233;e fran&#231;aise a quitt&#233; le Mali l'&#233;t&#233; dernier au comble de l'impopularit&#233;. Que s'est-il pass&#233; ? Et que font encore les soldats fran&#231;ais dans les pays voisins ? Entretien avec le journaliste R&#233;mi Carayol, auteur d'un livre-enqu&#234;te qui vient tout juste d'&#234;tre publi&#233;, Le Mirage sah&#233;lien. Il y a trois ans, un article de R&#233;mi Carayol pr&#233;venait les lecteurs de CQFD : &#171; Au Mali, les soldats fran&#231;ais commencent &#224; &#8220;fatiguer&#8221; les civils. &#187; &#192; force de brutalit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no217-fevrier-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;217 (f&#233;vrier 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/web_dark-marianne_logo-2f330.jpg?1779613946' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Accueillie en lib&#233;ratrice en 2013, l'arm&#233;e fran&#231;aise a quitt&#233; le Mali l'&#233;t&#233; dernier au comble de l'impopularit&#233;. Que s'est-il pass&#233; ? Et que font encore les soldats fran&#231;ais dans les pays voisins ? Entretien avec le journaliste R&#233;mi Carayol, auteur d'un livre-enqu&#234;te qui vient tout juste d'&#234;tre publi&#233;,&lt;i&gt; Le Mirage sah&#233;lien&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4989 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_dark_marianne_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH624/web_dark_marianne_1200px-b7c40.jpg?1779613946' width='500' height='624' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l y a trois ans, un article de R&#233;mi Carayol pr&#233;venait les lecteurs de &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Au Mali, les soldats fran&#231;ais commencent &#224; &#8220;fatiguer&#8221; les civils.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CQFD n&#176;185 (mars 2020).&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#192; force de brutalit&#233; et de maladresse, avertissait-il, la France &#233;tait en train de rater sa &#171; &lt;i&gt;conqu&#234;te des c&#339;urs&lt;/i&gt; &#187; maliens. Bien vu. L'&#233;t&#233; dernier, invit&#233;e &#224; d&#233;gager le plancher par la junte au pouvoir &#224; Bamako, l'arm&#233;e hexagonale a fini par plier bagage, sans avoir rempli sa mission initiale : r&#233;soudre le probl&#232;me des groupes djihadistes arm&#233;s&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un probl&#232;me apparu au lendemain de la chute du dictateur libyen Mouammar (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Au contraire, ceux-ci ne cessent d'&#233;tendre leur influence, au point d'avoir pris le contr&#244;le de r&#233;gions enti&#232;res du Burkina Faso voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre, Emmanuel Macron a officiellement mis fin &#224; l'op&#233;ration Barkhane. D&#233;clench&#233;e en 2014, celle-ci avait pris la suite de l'op&#233;ration Serval, par laquelle les forces fran&#231;aises &#233;taient arriv&#233;es au Mali un an plus t&#244;t. Mais cette fin annonc&#233;e n'a pas sign&#233; le retrait de l'arm&#233;e hexagonale du Sahel, o&#249; elle dispose encore de milliers de soldats, notamment au Niger et au Tchad. Fin janvier toutefois, les militaires putschistes au pouvoir &#224; Ouagadougou ont imit&#233; leurs homologues maliens en demandant aux troupes fran&#231;aises stationn&#233;es au Burkina Faso de quitter le pays dans un d&#233;lai d'un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;cennie apr&#232;s le d&#233;clenchement de l'op&#233;ration Serval, quel bilan tirer des op&#233;rations militaires antidjihadistes de la France dans ses anciennes colonies du Sahel ? Durant toutes ces ann&#233;es, le journaliste ind&#233;pendant R&#233;mi Carayol&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#233;galement coanimateur du tr&#232;s recommand&#233; site d'informations Afrique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; a travaill&#233; sur la question. Il vient de publier &lt;i&gt;Le Mirage sah&#233;lien. La France en guerre en Afrique. Serval, Barkhane et apr&#232;s ?&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2023). On en parle avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la guerre au Sahel, o&#249; est le &#171; mirage &#187; qui donne son titre &#224; ton livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un mirage, c'est un ph&#233;nom&#232;ne optique qui consiste &#224; croire qu'on voit des choses alors qu'elles n'existent pas. Cette image illustre assez bien la perception du conflit sah&#233;lien par les autorit&#233;s fran&#231;aises. Qu'elles soient militaires ou politiques, elles y ont vu une guerre contre le terrorisme, alors que la r&#233;alit&#233; est beaucoup plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Sahel, on est en pr&#233;sence d'un grand nombre d'insurrections qui sont d'ordre local. Elles sont certes agglom&#233;r&#233;es dans un cadre global de djihad arm&#233;, mais elles ont toutes des ferments locaux. Cette incompr&#233;hension a &#233;t&#233; l'une des raisons de l'incapacit&#233; de l'arm&#233;e fran&#231;aise &#224; atteindre les objectifs fix&#233;s par les responsables politiques et &#224; jouer un r&#244;le positif sur le terrain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derri&#232;re ceux qu'on appelle &#171; djihadistes &#187;, il y a plein de motivations diff&#233;rentes, qui n'ont parfois rien &#224; voir avec la religion...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En lui-m&#234;me, le terme de &#8220;djihadistes&#8221; n'est pas d&#233;rangeant parce qu'effectivement, on parle d'hommes qui ont rejoint des groupes djihadistes. Ce qui est probl&#233;matique, c'est de parler de &#8220;terroristes&#8221; &#8211; un terme qui est tr&#232;s relatif en fonction de qui l'emploie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La plupart des gens qui rejoignent ces groupes au Sahel ne le font pas pour des motifs d'ordre religieux &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, plusieurs &#233;tudes de chercheurs et journalistes ont d&#233;montr&#233; que la plupart des gens qui rejoignent ces groupes au Sahel ne le font pas pour des motifs d'ordre religieux, parce qu'ils &#233;pouseraient compl&#232;tement l'id&#233;ologie d'Al-Qa&#239;da ou de l'&#201;tat islamique. Pour certains, c'est un moyen de renverser l'ordre &#233;tabli, que ce soit celui fix&#233; par les autorit&#233;s &#233;tatiques ou celui r&#233;gnant au sein de leur communaut&#233;, avec des strates et des hi&#233;rarchies quasiment ind&#233;passables. Les raisons peuvent aussi &#234;tre &#233;conomiques : des gens qui n'ont pas forc&#233;ment de travail et &#224; qui on promet un peu d'argent rejoignent les groupes djihadistes. Il y a &#233;galement des trajectoires relevant de la vengeance : certains combattants ont rejoint les rangs djihadistes parce qu'un membre de leur famille avait &#233;t&#233; tu&#233; par l'arm&#233;e nationale de leur pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est en 2013 que le pr&#233;sident Fran&#231;ois Hollande lance l'op&#233;ration Serval. Que va faire la France au Mali &#224; ce moment-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;poque, le Mali est presque coup&#233; en deux : les groupes djihadistes ont pris le contr&#244;le des principales villes du nord du pays. En janvier 2013, ils font mouvement vers le centre du pays, et les autorit&#233;s maliennes &#8211; qui sont issues d'un coup d'&#201;tat &#8211; font appel &#224; la France. Elles estiment que, pour stopper l'avanc&#233;e des djihadistes, elles ont besoin du soutien de l'arm&#233;e fran&#231;aise, essentiellement dans le domaine a&#233;rien. Paris ne se fait pas prier : au sommet de l'&#201;tat, on r&#233;fl&#233;chissait depuis quelque temps &#224; intervenir militairement au Mali contre les djihadistes. L'arm&#233;e avait d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233; des plans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la France intervient en 2013, c'est donc effectivement &#224; la demande du Mali. Pourtant, les autorit&#233;s fran&#231;aises commencent tout de suite &#224; mentir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Disons qu'elles ont arrang&#233; l'histoire pour l&#233;gitimer d'autant plus leur intervention. Au d&#233;but, les Maliens attendaient surtout un appui a&#233;rien, pas forc&#233;ment une intervention au sol. Mais les Fran&#231;ais se sont arrang&#233;s pour que soit mentionn&#233;e, dans la lettre &#8220;d'appel &#224; l'aide&#8221; transmise par le pr&#233;sident par int&#233;rim malien, la possibilit&#233; d'envoyer des troupes au sol.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#192; ce moment-l&#224;, il fallait l&#233;gitimer l'intervention fran&#231;aise&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ils se sont &#233;galement arrang&#233;s avec la r&#233;alit&#233; quant &#224; la menace que repr&#233;sentaient les djihadistes. Paris a parl&#233; de la descente d'une &#8220;colonne djihadiste&#8221; vers la capitale. &#192; l'&#233;vidence, les groupes arm&#233;s voulaient descendre vers le centre du Mali, gagner du terrain, mais rien ne d&#233;montre qu'ils visaient Bamako, qui est situ&#233;e au sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, il fallait l&#233;gitimer l'intervention fran&#231;aise. Et &#231;a a fonctionn&#233;, puisque cette op&#233;ration militaire a &#233;t&#233; tr&#232;s peu contest&#233;e, obtenant une sorte d'unanimit&#233;. M&#234;me des pays comme l'Afrique du Sud, historiquement assez r&#233;tifs &#224; l'influence de la France dans ses anciennes colonies, ont applaudi des deux mains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Baptis&#233;e &#171; Serval &#187;, cette premi&#232;re op&#233;ration est plut&#244;t un succ&#232;s en termes de r&#233;sultats militaires comme en termes d'image. Mahamadou Issoufou, alors pr&#233;sident du Niger, dit m&#234;me qu'il s'agit de &#171; &lt;i&gt;la plus populaire de toutes les interventions fran&#231;aises en Afrique&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Beaucoup de gens se souviennent de ces images o&#249; on voit des Maliens agitant des drapeaux bleu blanc rouge au passage des soldats fran&#231;ais qui montent vers le nord. C'est vrai, au d&#233;but, il y a eu une esp&#232;ce de parenth&#232;se enchant&#233;e o&#249; pendant deux ou trois mois, la France a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme le sauveur du Mali. Ce n'&#233;tait pas compl&#232;tement exag&#233;r&#233; : cette intervention a permis de repousser tr&#232;s rapidement les groupes djihadistes et de lib&#233;rer les villes qui &#233;taient sous leur joug depuis quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez la plupart des chefs d'&#201;tat, mais aussi au sein des populations sur le continent africain, &#231;a a &#233;t&#233; une op&#233;ration assez bien vue : les gens estimaient que le Mali avait &#233;t&#233; sauv&#233; de la menace des djihadistes, qui s'&#233;taient quand m&#234;me fait remarquer les mois pr&#233;c&#233;dents par leur justice tr&#232;s violente. Ils avaient coup&#233; des mains &#224; Gao, ils avaient lapid&#233; un couple non mari&#233; &#224; Aguelhok. Face &#224; cet ennemi qui faisait peur &#224; tout le monde, Serval &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une op&#233;ration l&#233;gitime et juste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;ois Hollande avait pr&#233;vu que le s&#233;jour de l'arm&#233;e fran&#231;aise ne durerait que quelques mois. Elle est rest&#233;e plus de neuf ans au Mali et, quand elle a effectivement quitt&#233; le pays &#224; l'&#233;t&#233; 2022, elle y &#233;tait devenue tr&#232;s impopulaire. Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour une arm&#233;e &#233;trang&#232;re, une pr&#233;sence longue dans un pays tiers est toujours un probl&#232;me. Elle finit par &#234;tre consid&#233;r&#233;e par une partie de la population comme &#233;tant ill&#233;gitime, voire comme une force d'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier non plus que si le Mali est une ancienne colonie fran&#231;aise, il a toujours &#233;t&#233; &#224; la marge de l'influence de Paris, contrairement &#224; la C&#244;te d'Ivoire ou au Gabon qui sont des pays cl&#233;s de la Fran&#231;afrique. Vu l'histoire du pays&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Illustration de cette trajectoire diff&#233;rente : de 1962 &#224; 1984, le Mali a mis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, il &#233;tait &#233;vident qu'en restant longtemps, la cote de popularit&#233; ne ferait que baisser.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'arm&#233;e fran&#231;aise a &#233;t&#233; incapable de &#8220;terrasser&#8221; les groupes djihadistes. Au contraire, ils n'ont cess&#233; de gagner du terrain &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Surtout, l'arm&#233;e fran&#231;aise a &#233;t&#233; incapable de &#8220;terrasser&#8221; les groupes djihadistes. Au contraire, ils ont repris du poil de la b&#234;te et n'ont cess&#233; de gagner du terrain au fil des ann&#233;es. Et &#231;a, pour les Maliens, mais aussi pour les Nig&#233;riens, les Burkinab&#233;s et tous les habitants de la r&#233;gion, c'est assez incompr&#233;hensible vu le rapport des forces tr&#232;s d&#233;s&#233;quilibr&#233; entre l'arm&#233;e fran&#231;aise et les groupes djihadistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gens ont m&#234;me fini par se dire que &#231;a cachait quelque chose : &#8220;Non seulement cette arm&#233;e n'est pas capable de nous aider, mais est-ce qu'elle ne jouerait pas contre nous, finalement ?&#8221; Ces derni&#232;res ann&#233;es ont vu &#233;merger de plus en plus de th&#233;ories complotistes, pr&#233;tendant que l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait l&#224; pour aider les groupes djihadistes, afin de fragiliser les &#201;tats dans le but de piller les ressources naturelles &#8211; je r&#233;sume &#224; gros traits. Ces th&#233;ories ne sont pas fond&#233;es, mais elles sont en vogue chez beaucoup de gens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; des th&#233;ories conspirationnistes, l'arm&#233;e fran&#231;aise a commis des fautes r&#233;elles, notamment dans le domaine des droits humains...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; aucun moment la France ne s'est rendue coupable de massacres d'ampleur. Par contre, elle a commis un certain nombre de &#8220;bavures&#8221; : la plus connue, c'est celle de Bounti, lorsque l'arm&#233;e fran&#231;aise a bombard&#233; une c&#233;r&#233;monie de mariage d&#233;but 2021 dans le centre du Mali. Un rapport de l'Onu l'a document&#233;, mais la France continue de nier, estimant que ce sont des djihadistes qui &#233;taient r&#233;unis alors qu'il s'agissait de civils pour la plupart. En 2016, l'arm&#233;e fran&#231;aise a aussi tu&#233; un enfant de huit ans en pr&#233;textant que c'&#233;tait un guetteur qui donnait des informations aux groupes djihadistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a d'autres fautes qui sont moins &#8220;spectaculaires&#8221;, mais qui me semblent tout aussi importantes. Par exemple, l'arm&#233;e fran&#231;aise a collabor&#233; avec des groupes arm&#233;s qui combattaient les groupes djihadistes et qui ont commis des exactions au moment m&#234;me o&#249; elle coop&#233;rait avec eux. Elle a aussi abandonn&#233; des alli&#233;s, par exemple des informateurs qui coop&#233;raient avec elle : plusieurs ont &#233;t&#233; menac&#233;s par les groupes djihadistes &#224; cause de cette collaboration, puis tu&#233;s sans avoir re&#231;u la moindre protection de la part de l'arm&#233;e fran&#231;aise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a d'autres m&#233;thodes qui posent question. Des assassinats cibl&#233;s, l'usage de drones tueurs...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Fran&#231;ais ont dress&#233; une liste de chefs de groupes djihadistes qu'il fallait &#233;liminer, tout simplement. Il n'&#233;tait m&#234;me pas question de les arr&#234;ter. On les a donc tu&#233;s, soit via des frappes a&#233;riennes, soit via des op&#233;rations commandos. Les assassinats cibl&#233;s ont commenc&#233; d&#232;s 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les drones, eux, n'ont &#233;t&#233; arm&#233;s que fin 2019. Le probl&#232;me que posent ces drones arm&#233;s, c'est qu'on peut les utiliser pour r&#233;aliser des &#8220;frappes-signatures&#8221;, qui entra&#238;nent un grand risque de bavures. Il s'agit de frappes qui ne sont pas men&#233;es contre des personnes dont on conna&#238;t l'&#233;tat civil, dont on sait par exemple qu'elles sont des chefs de groupes ennemis. Elles sont men&#233;es apr&#232;s &#233;tude des comportements via les images des drones, quand le comportement d'un groupe d'hommes est estim&#233; suspect. On ne sait pas qui sont ces hommes mais on consid&#232;re que leur comportement ressemble &#224; celui de djihadistes et donc on les frappe, au risque de tuer des gens n'ayant rien &#224; voir avec le conflit. La question s'est pos&#233;e : est-ce que la France a men&#233; ce genre de frappes, comme l'ont fait les &#201;tats-Unis au Pakistan ? Paris a toujours ni&#233; l'avoir fait au Mali, mais il y a plusieurs cas qui posent s&#233;rieusement question. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton livre, tu expliques que les dirigeants fran&#231;ais se trompent en pensant pouvoir r&#233;soudre les probl&#232;mes uniquement par l'usage de la force. Tu cites une ancienne ministre malienne, Aminata Traor&#233;, qui estimait d&#232;s mai 2013 que &#171; &lt;i&gt;pour que le Mali retrouve son &#233;quilibre, il ne faut pas faire la guerre au djihad mais la guerre au ch&#244;mage et &#224; la mis&#232;re&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a du vrai dans cette d&#233;claration, m&#234;me si c'est un peu plus compliqu&#233; que &#231;a. Au Sahel, on a affaire &#224; des r&#233;voltes rurales dans lesquelles les gens prennent les armes contre un syst&#232;me qui les a opprim&#233;s depuis des g&#233;n&#233;rations, dans un contexte de grande pauvret&#233;. Aujourd'hui, au Mali, tout le monde a compris qu'il allait falloir mener des discussions politiques avec ces groupes djihadistes, en tout cas avec certains d'entre eux, et que les r&#233;ponses de fond sont d'ordre &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains estiment cependant qu'il faut continuer &#224; exercer une pression militaire contre ces groupes djihadistes. Le probl&#232;me, c'est que la France a toujours consid&#233;r&#233; que c'&#233;tait la seule r&#233;ponse, que le seul moyen d'en finir avec ces groupes &#233;tait de les &#233;radiquer. &#8220;&lt;i&gt;D&#233;truisez-les !&lt;/i&gt;&#8221; : voil&#224; les termes employ&#233;s par Fran&#231;ois Hollande devant les soldats fran&#231;ais en 2013. &#8220;&lt;i&gt;D&#233;truisez-les !&lt;/i&gt;&#8221; : c'est la seule option qui a &#233;t&#233; celle de la France pendant toutes ces ann&#233;es, alors que, d&#232;s 2016-2017, au Mali notamment, des gens ont commenc&#233; &#224; dire qu'il fallait essayer de discuter avec les djihadistes et qu'on pourrait peut-&#234;tre ainsi trouver une solution politique &#224; ce conflit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce pour &#231;a que tu dis dans le livre que la pr&#233;sence fran&#231;aise a sans doute retard&#233; l'&#233;closion d'autres solutions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Exactement. La France a longtemps jou&#233; un r&#244;le d&#233;mesur&#233;. Elle a impos&#233; son agenda aux autorit&#233;s maliennes parce qu'elle avait jusqu'&#224; cinq milliers de soldats engag&#233;s sur le terrain. Forc&#233;ment, &#231;a donne une forme de l&#233;gitimit&#233;, sur le mode : &#8220;Nos hommes sont venus se battre et certains perdent m&#234;me la vie chez vous. Donc on a notre mot &#224; dire sur la strat&#233;gie que vous employez.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Lorsque des notables, des responsables religieux ou communautaires ont exprim&#233; le v&#339;u d'entamer des discussions avec les djihadistes, la France a oppos&#233; son veto &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; plusieurs reprises, lorsque des notables, des responsables religieux ou communautaires, au cours d'assises nationales, ont exprim&#233; le v&#339;u d'entamer des discussions avec les djihadistes, la France a oppos&#233; son veto : &#8220;Hors de question. Nos soldats se battent contre ces hommes, on ne va pas discuter avec eux.&#8221; Il y a m&#234;me eu plusieurs &#233;pisodes o&#249; des opportunit&#233;s de discussion ont &#233;t&#233; torpill&#233;es, parce que la France a men&#233; pile &#224; ce moment-l&#224; des op&#233;rations contre les groupes djihadistes, par exemple en ciblant des chefs. R&#233;sultat : elle a emp&#234;ch&#233; toute forme de dialogue. &#192; mon sens, c'est un des principaux effets n&#233;fastes de la pr&#233;sence militaire fran&#231;aise dans cette zone. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 15 ao&#251;t dernier, l'arm&#233;e fran&#231;aise a compl&#232;tement quitt&#233; le Mali. Qu'est-ce qui l'a amen&#233;e &#224; partir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle y a &#233;t&#233; plus ou moins contrainte. En ao&#251;t 2020, le pr&#233;sident Ibrahim Boubacar Ke&#239;ta, qui &#233;tait plus ou moins inf&#233;od&#233; au pouvoir fran&#231;ais, a &#233;t&#233; d&#233;mis par un coup d'&#201;tat. Au d&#233;but, les militaires qui ont pris le pouvoir &#233;taient assez bien vus par Paris. Mais la brouille n'a pas tard&#233;, notamment parce que ces militaires voulaient s'&#233;terniser au pouvoir. Il y a eu une rupture diplomatique et ils ont fini par demander aux soldats fran&#231;ais de quitter le territoire malien, ce que ces derniers ont bien &#233;t&#233; oblig&#233;s de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, &#231;a a bien arrang&#233; les responsables politiques fran&#231;ais, parce que &#231;a faisait un moment qu'ils envisageaient de quitter le Mali, sans trouver de porte de sortie &#224; cette guerre qu'ils avaient comprise ingagnable. Emmanuel Macron n'&#233;tait donc pas m&#233;content de voir les soldats fran&#231;ais partir du pays, m&#234;me s'ils sont toujours dans la r&#233;gion par ailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, la France a quitt&#233; le Mali, mais elle reste pr&#233;sente au Sahel. Pour quoi faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la bonne question : pour quoi faire ? Les responsables politiques sont toujours dans leur logique de guerre contre le terrorisme, donc ils estiment que les soldats fran&#231;ais doivent encore jouer un r&#244;le majeur dans cette r&#233;gion pour &#233;radiquer les groupes djihadistes. On a encore plus de mille hommes au Niger, presque autant au Tchad, tandis que les bases historiques sont maintenues au S&#233;n&#233;gal et en C&#244;te d'Ivoire. Signalons aussi, pour quelques semaines encore, la base des forces sp&#233;ciales de Ouagadougou, au Burkina Faso. Et puis Paris veut d&#233;velopper sa coop&#233;ration militaire avec d'autres &#201;tats, notamment du golfe de Guin&#233;e, qui sont aujourd'hui de plus en plus menac&#233;s par les groupes djihadistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la France veut continuer &#224; jouer un r&#244;le majeur dans cette guerre qu'elle qualifie d'antiterroriste. Il est donc hors de question pour elle de quitter cette zone, alors que le contexte devrait mener les responsables politiques &#224; s'interroger, puisque son image est fortement d&#233;grad&#233;e dans de nombreux pays. Beaucoup de gens demandent le d&#233;part des troupes fran&#231;aises, qui n'ont jamais quitt&#233; la r&#233;gion depuis les ind&#233;pendances. Elles ont toujours &#233;t&#233; l&#224;. C'est un des gros griefs contre la Fran&#231;afrique. C'en est d'ailleurs une composante majeure, puisque c'est un moyen pour la France de peser consid&#233;rablement sur le destin de ces pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quel &#233;tat la France a-t-elle laiss&#233; le Mali ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans un piteux &#233;tat. Mais elle n'est pas la seule responsable : les responsables politiques locaux ont aussi leur part de responsabilit&#233;, et elle est grande. Aujourd'hui, l'&#201;tat malien ne contr&#244;le qu'une petite partie du pays. Toutes les zones rurales du nord et du centre lui &#233;chappent, d&#233;sormais c'est m&#234;me le cas de certaines zones du sud. Sur le plan s&#233;curitaire, c'est catastrophique. Des exactions sont aussi commises r&#233;guli&#232;rement par l'arm&#233;e malienne, par des milices et aussi par Wagner, la soci&#233;t&#233; de mercenaires russes proche du Kremlin qui, d'une certaine mani&#232;re, a pris la rel&#232;ve de la France en termes de coop&#233;ration militaire&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wagner est aujourd'hui solidement implant&#233;e au Mali et en Centrafrique, o&#249; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation politique est &#233;galement tr&#232;s compliqu&#233;e puisque la junte au pouvoir semble vouloir s'y &#233;terniser. Elle a tr&#232;s clairement pris la forme d'une dictature. Beaucoup de journalistes aujourd'hui se taisent, tandis que des d&#233;fenseurs des droits humains ont quitt&#233; le pays parce que la critique n'est plus autoris&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sormais, c'est la Russie qui a pris la place de la France comme premier partenaire strat&#233;gique du Mali. Quelles sont les implications de cette &#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Du point de vue des dirigeants fran&#231;ais, c'est un probl&#232;me parce que la France perd un pays de son &#8220;pr&#233; carr&#233;&#8221; &#8211; elle risque d'ailleurs bien d'en perdre un deuxi&#232;me puisque le Burkina Faso a tendance &#224; se rapprocher lui aussi de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#233;galement un probl&#232;me pour les civils au Mali. Il ne faut pas r&#233;&#233;crire le pass&#233; : &#224; l'&#233;poque o&#249; l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait sur place, l'arm&#233;e malienne et divers groupes arm&#233;s commettaient d&#233;j&#224; des exactions contre des civils. Mais l'arriv&#233;e des hommes de Wagner a accru ce genre d'exactions. Sur ce point-l&#224;, c'est donc une catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, c'est une question diplomatique. La Russie ne fait pas &#231;a pour rien : elle cherche des soutiens &#224; l'international, notamment dans le cadre de la guerre qu'elle m&#232;ne en Ukraine, suivant la logique imp&#233;rialiste de Vladimir Poutine. Si la France a toujours voulu conserver son influence sur ses anciennes colonies, c'est en partie pour la m&#234;me raison que la Russie aujourd'hui : avoir du poids &#224; l'Onu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On parlait tout &#224; l'heure de th&#233;ories du complot. R&#233;guli&#232;rement, la Russie est soup&#231;onn&#233;e d'en alimenter. En r&#233;ponse, le Quai d'Orsay a d&#233;cr&#233;t&#233; qu'il allait se lancer lui aussi dans une guerre informationnelle. Qui en sera la victime ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est trop t&#244;t pour le dire. En tout cas, c'est une erreur de la part de la France de vouloir se lancer dans cette guerre. D'abord parce qu'elle l'a d&#233;j&#224; perdue : au sein des opinions publiques en Afrique de l'Ouest, son image est consid&#233;rablement d&#233;grad&#233;e. Ensuite parce que, dans cette guerre de l'information, il va falloir employer des m&#233;thodes bien d&#233;gueulasses &#8211; et j'ai l'impression qu'en la mati&#232;re les Russes seront forc&#233;ment meilleurs que les Fran&#231;ais, qui auront toujours des r&#233;ticences sur certains aspects alors que les &#8220;nouveaux venus&#8221; n'en ont aucune.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Beaucoup de responsables fran&#231;ais pensent que si l'image de la France est d&#233;grad&#233;e, c'est uniquement &#224; cause de la propagande russe. C'est faux &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Surtout, la grave erreur que commettent beaucoup de responsables fran&#231;ais, c'est de penser que si l'image de la France est d&#233;grad&#233;e, c'est uniquement &#224; cause de la propagande russe. C'est faux. Oui, cette propagande rajoute de l'huile sur le feu, mais le feu couvait auparavant. L'image de la France &#233;tait d&#233;j&#224; mauvaise pour tout un tas de raisons. Certaines sont en lien avec la guerre contre les djihadistes, mais d'autres sont plus profondes, historiques, li&#233;es &#224; la forme de d&#233;colonisation qui a &#233;t&#233; men&#233;e dans les anciennes colonies fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, cette erreur d'analyse &#8211; croire que tout est de la faute des Russes &#8211; pousse les responsables fran&#231;ais &#224; continuer de s'engager dans cette guerre au Sahel alors qu'ils ont perdu tout cr&#233;dit aupr&#232;s d'une partie des populations des pays concern&#233;s. Tant qu'ils n'auront pas compris &#231;a, ils ne pourront que commettre des erreurs. En voulant &#8220;reconqu&#233;rir les c&#339;urs et les esprits&#8221; des Sah&#233;liens, ils vont finir par les perdre d&#233;finitivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5050 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_dei_sert_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH246/web_dei_sert_1200px-2-7fb68.jpg?1779613946' width='500' height='246' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;185 (mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un probl&#232;me apparu au lendemain de la chute du dictateur libyen Mouammar Kadhafi, provoqu&#233;e par l'intervention militaire franco-britannique de 2011, pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il est &#233;galement coanimateur du tr&#232;s recommand&#233; site d'informations &lt;i&gt;Afrique XXI&lt;/i&gt;, qui vient d'ailleurs de lancer une campagne de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Illustration de cette trajectoire diff&#233;rente : de 1962 &#224; 1984, le Mali a mis en place sa propre monnaie, contrairement &#224; la plupart de ses voisins qui n'ont jamais cess&#233; d'utiliser le franc CFA.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Wagner est aujourd'hui solidement implant&#233;e au Mali et en Centrafrique, o&#249; elle se finance par l'exploitation de ressources naturelles. Sa pr&#233;sence au Burkina Faso n'est pas encore confirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sahara : sonner l'alarme dans le d&#233;sert</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Sahara-sonner-l-alarme-dans-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Sahara-sonner-l-alarme-dans-le</guid>
		<dc:date>2023-03-08T15:31:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour de nombreux Subsahariens d&#233;sireux de rejoindre l'Europe, le Niger est un passage oblig&#233;. Alors que Bruxelles arrose le pays de subventions en &#233;change d'une politique visant &#224; bloquer les migrations, la route y est de plus en plus compliqu&#233;e &#8211; et trop souvent mortelle. Ce que tentent de contrecarrer les militantes et militants du r&#233;seau Alarm Phone Sahara. Le 13 d&#233;cembre dernier, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) annon&#231;ait la d&#233;couverte de 27 corps en plein (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no217-fevrier-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;217 (f&#233;vrier 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour de nombreux Subsahariens d&#233;sireux de rejoindre l'Europe, le Niger est un passage oblig&#233;. Alors que Bruxelles arrose le pays de subventions en &#233;change d'une politique visant &#224; bloquer les migrations, la route y est de plus en plus compliqu&#233;e &#8211; et trop souvent mortelle. Ce que tentent de contrecarrer les militantes et militants du r&#233;seau Alarm Phone Sahara.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH322/carte_sahara_217-0c2c1.jpg?1780103067' width='500' height='322' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte : Adrien Labbe
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 13 d&#233;cembre dernier, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) annon&#231;ait la d&#233;couverte de 27 corps en plein Sahara, dont ceux de quatre enfants. Des personnes en exil parties en pick-up de Moussoro, au Tchad, 17 mois plus t&#244;t, en direction de la Libye, vraisemblablement mortes de soif apr&#232;s la panne de leur v&#233;hicule. Il a donc fallu pr&#232;s d'un an et demi pour que leurs corps soient d&#233;couverts, d&#233;lai macabre soulignant &#224; quel point le Sahara est une zone grise, un angle mort o&#249; les drames se jouent loin des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de personnes y perdent la vie chaque ann&#233;e ? Difficile &#224; dire avec pr&#233;cision. L'OIM comptabilise plus de 5 600 personnes port&#233;es disparues ou d&#233;c&#233;d&#233;es dans cette vaste zone&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Sahara s'&#233;tend sur 5 000 kilom&#232;tres d'ouest en est. La majorit&#233; des morts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; depuis 2014, mais c'est sans doute un chiffre tr&#232;s en de&#231;&#224; de la r&#233;alit&#233;. C'est en tout cas ce qu'affirme Diory Traor&#233;, militante malienne du droit des personnes exil&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Je dis parfois qu'il y a plus de d&#233;c&#232;s de migrants dans le Sahara que dans la M&#233;diterran&#233;e. Sachant qu'il y a une grande diff&#233;rence avec la mer qui, elle, expulse souvent les corps. Dans le d&#233;sert, les morts sont rapidement recouverts de sable, comme si rien ne s'&#233;tait pass&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le cadenas nig&#233;rien&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne n'est pas nouveau, l'histoire r&#233;cente de la r&#233;gion &#233;tant jalonn&#233;e de drames similaires &#8211; d&#233;but octobre 2013, 92 personnes avaient ainsi trouv&#233; la mort &#224; quelques encablures de la fronti&#232;re alg&#233;rienne. Mais au Niger ces derniers temps tout va de mal en pis pour les personnes exil&#233;es. Le principal coupable ? L'Europe, qui finance grassement les autorit&#233;s pour qu'elles les bloquent largement en amont de leur destination. Le Niger est en effet &#8211; avec la Libye, la Turquie ou le Maroc &#8211; l'un des principaux pions de la strat&#233;gie d'externalisation de la gestion des fronti&#232;res europ&#233;ennes&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment le dossier &#171; En finir avec la forteresse Europe &#187;, CQFD n&#176;209 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Un r&#244;le de garde-chiourme au service de la forteresse Europe endoss&#233; &#224; la suite du sommet afro-europ&#233;en de La Valette (Malte), qui s'est tenu en novembre 2015. Des centaines de millions d'euros&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;266,2 millions d'Euros vers&#233;s par le Fonds fiduciaire d'urgence pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; en &#233;change d'une traque toujours plus pouss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;change de bons mauvais proc&#233;d&#233;s, ainsi r&#233;sum&#233; par le journaliste R&#233;mi Carayol &lt;i&gt;[lire p. 5 &#224; 7]&lt;/i&gt;, sp&#233;cialiste de la r&#233;gion : &#171; &lt;i&gt;Si le gouvernement du Niger a pris le parti de tout cadenasser, c'est qu'il y trouve un double int&#233;r&#234;t : d'un c&#244;t&#233;, l'argent coule &#224; flots en provenance de l'Europe, de l'autre, il a accru son contr&#244;le sur le territoire. Pour les migrants, par contre, c'est une catastrophe. Contraints &#224; la clandestinit&#233;, ils sont forc&#233;s d'adopter de nouvelles routes vers l'Alg&#233;rie ou la Libye. D'autres passent par le nord du Mali malgr&#233; les risques li&#233;s &#224; la pr&#233;sence de groupes djihadistes. D'autres encore se tournent vers la voie maritime atlantique, o&#249; les naufrages se multiplient.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tout ce qui ressemble &#224; une forme d'hospitalit&#233; ou de commerce transfrontalier a &#233;t&#233; banni de la r&#233;gion &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour celles et ceux qui n'ont pas d&#233;vi&#233; du Niger, l'enlisement est souvent de mise. Beaucoup sont bloqu&#233;s &#224; Assamaka, petite ville de l'extr&#234;me-nord du pays, o&#249; des dizaines de milliers de personnes en exil ont atterri ces derni&#232;res ann&#233;es apr&#232;s avoir &#233;t&#233; expuls&#233;es d'Alg&#233;rie, pratique syst&#233;matis&#233;e par Alger&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Niger : le calvaire des migrants subsahariens refoul&#233;s par l'Alg&#233;rie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. D'autres patientent &#224; Agadez, capitale du Nord, autrefois carrefour revendiqu&#233; des migrations, d&#233;sormais repli&#233;e sur elle-m&#234;me. Calfeutr&#233;s dans des &#171; ghettos &#187; et d&#233;pendants des r&#233;seaux de passeurs, des centaines d'entre elles cherchent en vain une voie de sortie&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet : &#171; Les migrants dans la nasse &#224; Agadez &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. La cons&#233;quence notamment d'une l&#233;gislation nationale stricte venue ent&#233;riner ce r&#244;le de gendarme de l'Europe : la loi 2015-36, qui permet peu ou prou d'incriminer chaque interaction avec une personne &#233;trang&#232;re subsaharienne, sous pr&#233;texte de participation &#224; l'&#233;conomie de la migration&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Les arrestations de passeurs au Niger : une criminalisation des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Selon Diory Traor&#233;, les cons&#233;quences sont terribles : &#171; &lt;i&gt;Depuis son adoption, tout ce qui ressemble &#224; une forme d'hospitalit&#233; ou de commerce transfrontalier a &#233;t&#233; banni de la r&#233;gion. Des personnes install&#233;es au Burkina Faso ne peuvent pas venir voir leur famille au Niger pour un mariage. Il suffit d'&#234;tre vu avec un migrant, m&#234;me ton cousin ou ton fr&#232;re, pour &#234;tre criminalis&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Alarm Phone : la solidarit&#233; pour repousser le d&#233;sert&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De passage &#224; Marseille en d&#233;cembre dernier, Diory Traor&#233; est un concentr&#233; de d&#233;termination militante. Alors qu'elle est &#233;galement impliqu&#233;e dans l'Association pour la d&#233;fense des &#233;migr&#233;s maliens et dans le r&#233;seau Afrique-Europe-Interact, c'est Alarm Phone Sahara (APS), dont elle est la cofondatrice, qui &#233;tait au centre de nos discussions lors de notre rencontre. Ce r&#233;seau transnational d'assistance, dot&#233; d'une antenne &#224; Agadez, est bas&#233; sur le m&#234;me principe qu'Alarm Phone M&#233;diterran&#233;e&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont CQFD vous a parl&#233; plusieurs fois. Voir par exemple &#171; En mer &#201;g&#233;e : le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; : la mise en place d'une ligne t&#233;l&#233;phonique d'assistance aux personnes en d&#233;tresse. Un processus lanc&#233; en 2014, &#224; la suite d'une &#233;mission radio o&#249; Diory &#233;voquait le travail maritime d'Alarm Phone. L'id&#233;e a fait tache d'huile : &#171; &lt;i&gt;On a re&#231;u plein de coups de fil d'auditeurs nous disant qu'il fallait cr&#233;er la m&#234;me chose pour le Sahara. Au Mali comme au Niger, tout le monde sait qu'il y a beaucoup de migrants &#233;gar&#233;s qui y meurent de faim ou de soif.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re facette du boulot d'APS : la sensibilisation aux dangers du d&#233;sert et des hommes qui le mettent en coupe r&#233;gl&#233;e. Diory me pr&#233;sente ainsi un flyer imprim&#233; par le r&#233;seau et donnant des conseils basiques concernant l'approvisionnement en eau ou les m&#233;dicaments &#224; emporter. On y apprend aussi comment r&#233;agir en cas de panne de v&#233;hicule ou de rencontre avec des militaires. Des recommandations vitales qu'il faut ensuite diffuser : &#171; &lt;i&gt;On va &#224; la rencontre des migrants dans les gares routi&#232;res, les villages, les hameaux. Parfois, on prend le bus avec eux.&lt;/i&gt; &#187; Une sensibilisation qui n'&#233;lude pas les sujets sensibles : &#171; &lt;i&gt;Concernant les passeurs, on leur explique que les personnes de confiance sont connues, qu'il ne faut pas partir avec des gens sortis de nulle part, susceptibles de les abandonner en plein d&#233;sert. On leur rappelle aussi qu'il faut faire attention au mat&#233;riel, s'assurer par exemple que les passeurs sont munis d'un t&#233;l&#233;phone satellite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; On s'appuie aussi sur un r&#233;seau de lanceurs d'alerte diss&#233;min&#233;s dans le d&#233;sert &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Le travail d'APS ne s'arr&#234;te pas l&#224;. En cas de probl&#232;me sur la route, la structure dispose notamment d'un triporteur motoris&#233; pour r&#233;cup&#233;rer les personnes en d&#233;tresse. Leur lieu d'intervention principal : la zone frontali&#232;re alg&#233;ro-nig&#233;rienne o&#249; les militaires alg&#233;riens abandonnent les personnes en plein d&#233;sert, &#224; quinze bornes &#173;d'Assamaka. Ailleurs, les solidarit&#233;s s'organisent : &#171; &lt;i&gt;On s'appuie aussi sur un r&#233;seau de lanceurs d'alerte diss&#233;min&#233;s dans le d&#233;sert&lt;/i&gt;, explique Diory.&lt;i&gt; Pour chaque hameau situ&#233; &#224; un point strat&#233;gique, on a une personne munie d'un t&#233;l&#233;phone satellite, &#224; qui on fournit eau et m&#233;dicaments pour s'occuper des gens avant que les secours n'arrivent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plein d&#233;veloppement, la structure s'appuie aussi sur les solidarit&#233;s locales. Diory mentionne par exemple un point de passage connu des exil&#233;s, &#171; le puits de solidarit&#233; &#187;, creus&#233; par des villageois souhaitant apporter leur aide. La militante veut y voir l'amorce de r&#233;seaux plus d&#233;velopp&#233;s, notamment dans cette zone de non-droit que reste le d&#233;sert alg&#233;rien. De quoi l'inciter &#224; ne pas baisser les bras face &#224; l'ampleur de la t&#226;che et l'immensit&#233; du d&#233;sert : &#171; &lt;i&gt;Pas question de se d&#233;courager, je continuerai &#224; lutter. M&#234;me si c'est parfois un peu rageant de voir que partout en Afrique il y a tant de luttes m&#233;ritant d'&#234;tre d&#233;fendues qui manquent de moyens pour vraiment se d&#233;velopper &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut facilement faire un don sur le site www.alarmphonesahara.info.&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5050 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_dei_sert_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH246/web_dei_sert_1200px-2-7fb68.jpg?1779613946' width='500' height='246' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Sahara s'&#233;tend sur 5 000 kilom&#232;tres d'ouest en est. La majorit&#233; des morts recens&#233;s concernent cependant la zone centrale, avec au sud le Tchad et le Niger et au nord l'Alg&#233;rie et la Libye.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notamment le dossier &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/En-finir-avec-l-Europe-forteresse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; En finir avec la forteresse Europe &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;209 (mai 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;266,2 millions d'Euros vers&#233;s par le Fonds fiduciaire d'urgence pour l'Afrique pour la seule p&#233;riode 2016-2018, estime le journaliste R&#233;mi Carayol dans &lt;i&gt;Le Mirage sah&#233;lien&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; Niger : le calvaire des migrants subsahariens refoul&#233;s par l'Alg&#233;rie &#187;, &lt;i&gt;France 24 (&lt;/i&gt;13/12/22).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet : &#171; Les migrants dans la nasse &#224; Agadez &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; (juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Les arrestations de passeurs au Niger : une criminalisation des pratiques d'entraide en situation de migration &#187;, &lt;i&gt;M&#233;tropolitiques&lt;/i&gt; (02/06/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; vous a parl&#233; plusieurs fois. Voir par exemple &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/En-mer-Egee-Le-bateau-a-un-trou' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; En mer &#201;g&#233;e : le bateau &#224; un trou mais les garde-c&#244;tes ne nous aident pas &#187;&lt;/a&gt;, n&#176;186 (avril 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On peut facilement faire un don sur le site &lt;a href=&#034;https://www.alarmphonesahara.info&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.alarmphonesahara.info&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Spartacus n'est pas mort !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Spartacus-n-est-pas-mort</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Spartacus-n-est-pas-mort</guid>
		<dc:date>2023-01-22T13:04:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La doyenne des maisons d'&#233;dition militantes dispara&#238;t&#8230; pour mieux perdurer. Ce 1er janvier, les &#233;ditions Spartacus sont devenues une collection chez Syllepse. Une transmission rare et r&#233;jouissante. Le tout premier ouvrage publi&#233; par les Cahiers Spartacus, Seize fusill&#233;s de Victor Serge, d&#233;non&#231;ait le premier des grands proc&#232;s staliniens en URSS. C'&#233;tait en 1936. C'est dire l'incroyable pan d'histoire sociale et politique que repr&#233;sente ce qui deviendra par la suite les &#233;ditions Spartacus. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no216-janvier-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;216 (janvier 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La doyenne des maisons d'&#233;dition militantes dispara&#238;t&#8230; pour mieux perdurer. Ce 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; janvier, les &#233;ditions Spartacus sont devenues une collection chez Syllepse. Une transmission rare et r&#233;jouissante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_216_22_slevenn-spartacustxt_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/web_216_22_slevenn-spartacustxt_1200px-b097f.jpg?1780103068' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e tout premier ouvrage publi&#233; par les Cahiers Spartacus, &lt;i&gt;Seize fusill&#233;s&lt;/i&gt; de Victor Serge, d&#233;non&#231;ait le premier des grands proc&#232;s staliniens en URSS. C'&#233;tait en 1936. C'est dire l'incroyable pan d'histoire sociale et politique que repr&#233;sente ce qui deviendra par la suite les &#233;ditions Spartacus. Dans leur catalogue, on retrouve p&#234;le-m&#234;le d'importants noms des luttes sociales du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, comme Piotr Archinov, Paul Mattick, Rudolf Rocker, Maurice Dommanget, Daniel Gu&#233;rin ou encore Rosa Luxemburg, figure du soul&#232;vement spartakiste de 1919. Car c'est d'abord &#224; ce mouvement r&#233;volutionnaire allemand, plus qu'au c&#233;l&#232;bre meneur de la r&#233;volte des esclaves sous la Rome antique, que fait r&#233;f&#233;rence le nom de cette maison quasi nonag&#233;naire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Daniel Guerrier, pr&#233;sident de l'association des Amis de Spartacus qui g&#233;rait les &#233;ditions, cette long&#233;vit&#233; s'explique d'abord par une absence de dogmatisme : &#171; &lt;i&gt;Nous avons toujours veill&#233; &#224; ne pas devenir l'officine d'une petite secte d'ultra gauche. Nous nous inscrivons dans une vieille tradition marxiste, conseilliste, syndicaliste-r&#233;volutionnaire&#8230; Pour sch&#233;matiser, &#224; la gauche de L&#233;nine. Mais nous refusons d'avoir une ligne tranch&#233;e. Nous n'avons d'ailleurs pas tous les m&#234;mes opinions politiques au sein des Amis. &lt;/i&gt; &#187; Un &#233;clectisme qui a pu en d&#233;friser certain : &#171; &lt;i&gt;Pour les anars, nous &#233;tions trop marxistes, pour les marxistes, trop libertaires ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;ditions Spartacus n'auront toutefois jamais cess&#233; de porter l'&#233;ducation populaire ch&#232;re &#224; leur fondateur Ren&#233; Lefeuvre. Ce ma&#231;on autodidacte, devenu correcteur de presse, aura cr&#233;&#233;, anim&#233;, financ&#233; souvent de sa poche l'entreprise. Mais il a &#233;galement eu &#224; c&#339;ur de la partager et la p&#233;renniser, se souvient Daniel : &#171; &lt;i&gt;Ren&#233; est d&#233;c&#233;d&#233; en 1988, mais, d&#232;s 1979, il fondait l'association qui prendrait sa suite et on pr&#233;parait le tuilage avec lui. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;On a vu trop d'initiatives militantes ind&#233;pendantes dispara&#238;tre, et beaucoup de leur histoire avec&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette volont&#233; de transmission, les successeurs de Lefeuvre se devaient de l'honorer. Constatant le ralentissement de leurs activit&#233;s, les Amis de Spartacus, vieillissants et r&#233;duits &#224; sept personnes, ont refus&#233; la fatalit&#233; d'une mort lente. &#171; &lt;i&gt;On a vu trop d'initiatives militantes ind&#233;pendantes dispara&#238;tre, et beaucoup de leur histoire avec&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole Daniel. Le collectif s'est d'abord attach&#233; &#224; ce que l'int&#233;gralit&#233; du fonds soit correctement conserv&#233;e dans des espaces aussi bien militants qu'universitaires. Pass&#233; ce travail patrimonial, restait &#224; trouver comment poursuivre l'aventure et en premier lieu comment assurer la circulation des nombreux titres encore dignes d'int&#233;r&#234;t aujourd'hui &#8211; 78 ouvrages ont &#233;t&#233; retenus, soit plus ou moins la moiti&#233; du catalogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;ditions Spartacus redeviennent ainsi en ce mois de janvier les &#171; Cahiers Spartacus &#187;, une toute nouvelle collection chez Syllepse. Une maison d'&#233;dition elle aussi associative, &lt;i&gt;&#171; ayant des liens organiques avec le mouvement social, et dans laquelle nous avons confiance &#187;,&lt;/i&gt; explique Daniel. Qui pr&#233;cise que des conditions ont tout de m&#234;me &#233;t&#233; pos&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Qu'ils fassent r&#233;ellement vivre Spartacus ! Qu'ils poursuivent la diffusion des quelque 8 000 volumes que nous leur c&#233;dons, qu'ils r&#233;&#233;ditent les ouvrages &#233;puis&#233;s qui le m&#233;ritent. Et qu'ils continuent &#224; enrichir la collection si d'aventure ils rep&#232;rent des textes qui y auraient leur place. &#187;&lt;/i&gt; Une transaction &#224; z&#233;ro euro : &#171; &lt;i&gt;On donne tout, cadeau ! Nous sommes une structure non commerciale qui a toujours &#233;t&#233; anim&#233;e par des b&#233;n&#233;voles, et de toute fa&#231;on, on arr&#234;te. Le plus important est d'assurer la p&#233;rennisation de Spartacus. Mais c'&#233;tait assez dr&#244;le de voir ces anticapitalistes notoires l'accepter difficilement. En bons marxistes pour qui tout a une valeur, ils souhaitaient nous payer un minimum ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saluons un passage de relais trop rare. Et esp&#233;rons que cette nouvelle vie chez Syllepse sera l'occasion de redynamiser un fonds peu visible ces derni&#232;res ann&#233;es, la faute notamment &#224; des choix graphiques pas toujours tr&#232;s engageants. Que Spartacus, pour reprendre les mots de Lefeuvre, nous &#171; &lt;i&gt;arme id&#233;ologiquement &#187;&lt;/i&gt; et nous &#171; &lt;i&gt;pr&#233;pare &#224; la lutte sur tous les terrains &#187;&lt;/i&gt; encore un bon bout de temps !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Supplique contre la b&#233;tonisation de S&#232;te</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Supplique-contre-la-betonisation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Supplique-contre-la-betonisation</guid>
		<dc:date>2023-01-12T23:54:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F&#233;cile, Kostik, Seb 7 &amp; Vanush</dc:creator>


		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Situ&#233;e au c&#339;ur de la ville de S&#232;te, la place Aristide-Briand est menac&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es par un projet de parking souterrain. Cr&#233;&#233; en 2021, le collectif Bancs publics est en lutte contre l'imposition d'un r&#233;am&#233;nagement jug&#233; &#233;cocidaire et aberrant. C'&#233;tait dans mon programme &#187; est &#224; peu pr&#232;s le seul argument de Fran&#231;ois Commeinhes, maire divers droite de S&#232;te depuis plus de 21 ans, pour d&#233;fendre son projet de parking sous la place Aristide-Briand. Avec un co&#251;t estim&#233; de dix &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Situ&#233;e au c&#339;ur de la ville de S&#232;te, la place Aristide-Briand est menac&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es par un projet de parking souterrain. Cr&#233;&#233; en 2021, le collectif Bancs publics est en lutte contre l'imposition d'un r&#233;am&#233;nagement jug&#233; &#233;cocidaire et aberrant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_slevenn_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/web_215_slevenn_1200px-65ea2.jpg?1779603069' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;lettriene&gt;C'&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#233;tait dans mon programme&lt;/i&gt; &#187; est &#224; peu pr&#232;s le seul argument de Fran&#231;ois Commeinhes, maire divers droite de S&#232;te depuis plus de 21 ans, pour d&#233;fendre son projet de parking sous la place Aristide-Briand. Avec un co&#251;t estim&#233; de dix &#224; quatorze millions d'euros pour plus de 300 places sur plusieurs niveaux, celui-ci menace une place embl&#233;matique du centre-ville, un lieu de passage et de brassage populaire, de march&#233;s et de brocantes, ombrag&#233; par plus de 70 tilleuls argent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;e est sortie des tiroirs en 2018 dans le cadre du programme &#171; C&#339;ur de Ville &#187;, c'est le 3 d&#233;cembre 2021 que le maire annonce, lors d'une r&#233;union publique d'information, le d&#233;but des travaux pour janvier 2022. Au menu de cette soir&#233;e : des plans plus que sommaires, des permis de construire en cours d'instruction, et une absence de consultation de la population, l'adjoint au maire affirmant lui-m&#234;me qu'il s'agit non pas &#171; &lt;i&gt;de d&#233;battre s'il faut ou pas le faire, mais de comment on va le faire &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; S&#232;te : r&#233;union houleuse autour de la pr&#233;sentation du parking (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;. C'est en sortant de cette r&#233;union houleuse que Bancs publics, un collectif rapidement constitu&#233; en association, d&#233;cide de lutter activement contre ce projet aberrant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Actions populaires et lutte juridique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette soir&#233;e, l'association d&#233;cide de nourrir le rapport de force avec la mairie en utilisant tous les moyens l&#233;gitimes &#224; sa disposition. Une p&#233;tition circule pour r&#233;colter le plus de signatures possible, la place est occup&#233;e par une permanence d'information quasi quotidienne, une r&#233;union publique hebdomadaire est organis&#233;e les samedis matin, souvent accompagn&#233;e de performances artistiques. D'autres actions sont men&#233;es pour intervenir lors des conseils municipaux et intercommunautaires. Elles se soldent syst&#233;matiquement par une fin de non-recevoir, un accueil s&#233;curitaire disproportionn&#233; et des propos m&#233;prisants du maire (&#171; &lt;i&gt;Avec ce genre de personnages, moi je ne fais pas d'apaisement&lt;/i&gt; &#187;) ou de ses adjoints, parlant &#171; &lt;i&gt;des macaques de Bancs publics&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'&#233;t&#233; 2022, la mairie produit une s&#233;rie de permis de d&#233;molir, construire, reconstruire et autres d&#233;clarations pr&#233;alables de travaux et, en septembre, attaque les travaux manu militari. La place est contr&#244;l&#233;e par la police municipale, aid&#233;e de la police nationale, pour faire face aux activistes qui tentent de s'opposer &#224; la pose de palissades tout autour. En vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs recours et r&#233;f&#233;r&#233;s sont d&#233;pos&#233;s pour stopper le chantier, mais les travaux sont lanc&#233;s sans attendre aucune d&#233;cision de justice. Quand celle-ci tombe, il est trop tard pour le kiosque &#224; musique du xix&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, mais pas pour les arbres, qui ne peuvent &#234;tre enlev&#233;s sans une d&#233;rogation pr&#233;fectorale. Malgr&#233; la d&#233;cision du tribunal administratif de suspendre temporairement la transplantation des arbres, le reste du chantier continue, et la lutte aussi. Le 25 octobre dernier, plus de 400 personnes ont rejoint la r&#233;union publique organis&#233;e par Bancs publics pour discuter du projet, parler urbanisme et mesurer l'ampleur du d&#233;sastre &#233;cologique et social &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Menaces sur l'eau et les arbres&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La place Aristide-Briand se trouve au-dessus d'un aquif&#232;re karstique, une sorte d'&#233;norme &#233;ponge gorg&#233;e d'eau, compos&#233; d'un r&#233;seau complexe d'alv&#233;oles qui communiquent entre elles, et qui repr&#233;sente la principale ressource en eau propre du bassin de Thau. Le fait d'y creuser un trou pour y couler du b&#233;ton risque de mettre en danger ce syst&#232;me en &#233;quilibre. Et r&#233;aliser le fond du niveau bas du parking impliquerait un pompage d'un volume d'eau tel qu'il pourrait d&#233;passer les seuils admis pour obtenir une dispense d'&#233;tude d'impact environnemental.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le fait d'y creuser un trou pour y couler du b&#233;ton risque de mettre en danger ce syst&#232;me en &#233;quilibre&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En surface, les tilleuls argent&#233;s profitent de cette eau abondante, qui les rend r&#233;sistants &#224; la s&#233;cheresse, et grandissent sans &#234;tre arros&#233;s. Plant&#233;s il y a seulement cinq ans, ils rafra&#238;chissent un centre-ville de b&#233;ton qui, comme partout ailleurs, subit l'air pollu&#233;, les &#238;lots de chaleur et les canicules extr&#234;mes engendr&#233;es par le d&#233;r&#232;glement climatique. Selon des botanistes pr&#233;sents lors d'une des r&#233;unions, l'action de &#171; d&#233;plantation-replantation &#187; pr&#233;vue pour la construction du parking verrait survivre, &#224; terme, moins de 50 % des arbres. Ces tilleuls &#233;tant qualifi&#233;s d'&#171; alignement d'arbres &#224; pr&#233;server &#187;, la mairie doit modifier le Plan local d'urbanisme (PLU) et pr&#233;senter une mesure compensatoire pour obtenir une d&#233;rogation pr&#233;fectorale. Mais pour elle, c'est une occasion en or de tenter de verdir son projet : en lieu et place des 76 tilleuls &#173;argent&#233;s, ce sont bien 120 arbres qui seront replant&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant la d&#233;cision de justice, la mairie promet une ville &#171; apais&#233;e &#187;, une place restaur&#233;e et arbor&#233;e, tente de faire oublier que son projet de parking va favoriser la voiture en ville et que les arbres ne poussent pas sur des tonnes de b&#233;ton. Selon l'association Bancs publics, c'est aussi l'occasion de faire oublier les infiltrations d'eau dans le deuxi&#232;me sous-sol du parking Victor-Hugo, la destruction de la salle Georges-Brassens pour agrandir le parking des Halles, ou encore l'abatage de 120 cypr&#232;s en juin dernier pour cr&#233;er&#8230; une voie verte !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;M&#233;pris du pouvoir et favoritisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; S&#232;te, malgr&#233; trois parkings payants en centre-ville, rarement pleins (plus d'un millier de places), et plus de 3000 places gratuites aux entr&#233;es de ville, la circulation reste probl&#233;matique, surtout en &#233;t&#233;. En ne d&#233;veloppant pas les transports publics et les mobilit&#233;s douces, au profit d'un &#233;ni&#232;me parking payant, la commune contraint toujours plus les riverain&#183;es &#224; payer leur stationnement. Un budget quotidien qui n'est pas &#224; la port&#233;e de tou&#183;tes dans une ville o&#249;, selon les chiffres 2019 de l'Insee, le taux de pauvret&#233; s'&#233;l&#232;ve &#224; 24 % et le ch&#244;mage &#224; 21 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la mairie, on ne conna&#238;t pas les m&#234;mes soucis d'argent. En octobre 2022, Fran&#231;ois Commeinhes, &#233;galement pr&#233;sident de l'agglom&#233;ration depuis 2014, est soup&#231;onn&#233; de d&#233;tournements de fonds publics suffisamment graves pour que le parquet requi&#232;re une peine de cinq ans d'in&#233;ligibilit&#233;, douze mois de prison avec sursis et une amende de 144 000 euros &#224; son encontre &#8211; verdict le 12 d&#233;cembre 2022&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a finalement &#233;t&#233; relax&#233; par le tribunal de Montpellier &#034;au b&#233;n&#233;fice du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En d&#233;cembre 2021, il avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; une peine de 10 mois de prison avec sursis et 8 000 euros d'amende pour avoir enfreint les r&#232;gles de proc&#233;dure de march&#233;s publics au profit de proches ou de connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre favoritisme et projets impos&#233;s, S&#232;te est aujourd'hui un vaste chantier. Ses habitants&#183;es sont divis&#233;&#183;es par les manipulations client&#233;listes et les tentatives d'intimidation exerc&#233;es par les d&#233;tenteurs du pouvoir local. Au-del&#224; d'un d&#233;bat &#233;colo-citoyen, il s'agit aujourd'hui d'un combat opposant un maire et sa majorit&#233; trempant dans les conflits d'int&#233;r&#234;ts &#224; des habitant&#183;es exasp&#233;r&#233;&#183;es par une b&#233;tonisation syst&#233;matique, une gentrification li&#233;e au tourisme de masse et aux s&#233;ries de l'industrie t&#233;l&#233;visuelle, et une ville pens&#233;e pour la voiture, et non par sa population.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;F&#233;cile, Kostik, Seb 7 &amp; Vanush&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; S&#232;te : r&#233;union houleuse autour de la pr&#233;sentation du parking Aristide-Briand &#187;, &lt;i&gt;Midi Libre&lt;/i&gt; (03/12/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a finalement &#233;t&#233; relax&#233; par le tribunal de Montpellier &#034;au b&#233;n&#233;fice du doute&#034;. Le parquet a fait appel en janvier 2023 (NDLR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
