<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=18278&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1782637830</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Familles, je vous hais</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Familles-je-vous-hais</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Familles-je-vous-hais</guid>
		<dc:date>2026-02-21T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lluno</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. &#201;pisode 4 : une pens&#233;e pour les familles. Pour entrer, je sonne, je montre ma tronche &#224; la cam&#233;ra et j'attends que la porte se d&#233;verrouille. Parfois, il faut patienter un moment mais l'autre bout de l'interphone ne prend pas toujours la peine de m'informer. Alors j'attends. Je poursuis ma lecture en m'adossant au mur d'enceinte, une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no249-fevrier-2026-251" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;249 (f&#233;vrier 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chronique-carcerale" rel="tag"&gt;Chronique carc&#233;rale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_1_-7-207e5.png?1782649006' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. &#201;pisode 4 : une pens&#233;e pour les familles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/prison_final2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH295/prison_final2-f57bf.jpg?1782649006' width='500' height='295' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour entrer, je sonne, je montre ma tronche &#224; la cam&#233;ra et j'attends que la porte se d&#233;verrouille. Parfois, il faut patienter un moment mais l'autre bout de l'interphone ne prend pas toujours la peine de m'informer. Alors j'attends. Je poursuis ma lecture en m'adossant au mur d'enceinte, une jambe pli&#233;e et l'autre droite, dans cette posture qui m'est confortable. &#171; &lt;i&gt;Enlevez votre pied, vous n'&#234;tes pas chez vous !&lt;/i&gt; &#187; C'est un petit homme &#233;triqu&#233;, en civil. Je l'ai d&#233;j&#224; crois&#233; ici mais je n'ai aucune id&#233;e de la fonction qu'il occupe. &#171; &lt;i&gt;Vous me retirerez &#233;galement la casquette avant d'entrer. Vous venez voir qui ? - Bonjour. Euh&#8230; Je viens voir personne, je suis l'intervenant en m&#233;diation artistique&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oups&lt;/i&gt;, il est contrit le petit monsieur. Le voil&#224; qui change de ton et bafouille une excuse. C'est qu'il a cru que j'attendais pour un parloir et les gens des parloirs - les &#171; &lt;i&gt;familles&lt;/i&gt; &#187; comme on les appelle invariablement quelle que soit la nature de leur lien avec les personnes d&#233;tenues - on est visiblement autoris&#233; &#224; leur parler comme de la merde, &#224; les infantiliser d&#232;s le perron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir un proche en prison, c'est toucher du doigt l'arbitraire et la d&#233;mesure bureaucratique qui r&#232;gnent derri&#232;re les miradors. Les proches - quand il y en a - effectuent tout un tas de d&#233;marches pour les d&#233;tenus : envoyer de la thune, apporter le linge propre et r&#233;cup&#233;rer le sale, organiser les parloirs, adresser les garanties pour les demandes d'am&#233;nagement de peine. Chacune de ces actions est r&#233;gie par des r&#232;gles pointilleuses et qui varient d'une d&#233;tention &#224; l'autre. Il faut faire bonne figure avec les gens qui enferment ton fils, ton ami, garder son calme, au risque de voir son permis de visite suspendu. Pour quelques mois ou pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah non Madame, vous ne pouvez pas lui donner toutes ces photos de vos enfants, c'est interdit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; Mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; Parce que c'est interdit Madame, cinq photos maximum, c'est pas moi qui fais les r&#232;gles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s l'heure, c'est plus l'heure ! Oui, je sais vous avez fait quatre heures de route mais c'est pas moi qui fais les r&#232;gles.&lt;/i&gt; &#187;
Est-ce que c'est &#233;crit quelque part que les familles aussi sont coupables ou est-ce qu'elles ne sont qu'un levier de plus dont on se sert pour punir ?
L'an dernier, un d&#233;tenu qui jouissait d'un haut niveau de surveillance me racontait &#224; quoi ressemblait d&#233;sormais les parloirs avec sa femme malade, vivant &#224; 450 kilom&#232;tres de l&#224; : fouille &#224; nu avant d'entrer, entretien de 45 minutes dans un cagibi avec vitre de s&#233;paration, fouille &#224; nu en ressortant. Deux fouilles int&#233;grales alors qu'ils ne peuvent m&#234;me pas se toucher ?
&#201;puis&#233;, il avait fait une demande de transfert pour rapprochement, la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme reconnaissant aux personnes d&#233;tenues un droit fondamental au maintien de leurs liens familiaux. L'administration a &#233;tudi&#233; son dossier. Elle a consid&#233;r&#233; que l'&#233;loignement n'&#233;tait pas un probl&#232;me : puisque l'&#233;pouse avait r&#233;ussi &#224; venir &#224; plusieurs reprises, elle pouvait tr&#232;s bien continuer &#224; le faire. Un mois plus tard, j'ai appris qu'on l'avait transf&#233;r&#233; encore plus loin, &#224; l'autre bout du pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Luno&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Prisons : les ench&#232;res de la d&#233;shumanisation</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Prisons-les-encheres-de-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Prisons-les-encheres-de-la</guid>
		<dc:date>2025-06-21T00:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lluno</dc:creator>


		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Interdiction des activit&#233;s ludiques, r&#233;gime de d&#233;tention sp&#233;cial, construction express de places suppl&#233;mentaires en Algeco&#8230; &#192; deux ans de la pr&#233;sidentielle, Darmanin fait son beurre (rance) sur le dos des prisonniers. Retour sur six mois d'escalade d&#233;magogique. Il ne manquait plus que lui ! Mardi 13 mai, en direct &#224; la t&#233;loche, Emmanuel Macron s'est, &#224; son tour, l&#226;ch&#233; sur les prisons. Coupant l'herbe sous le pied de ses omnipr&#233;sents ministres de la Justice et de l'Int&#233;rieur, il s'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no242-juin-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;242 (juin 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_1_-f68ad.png?1782649006' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Interdiction des activit&#233;s ludiques, r&#233;gime de d&#233;tention sp&#233;cial, construction express de places suppl&#233;mentaires en Algeco&#8230; &#192; deux ans de la pr&#233;sidentielle, Darmanin fait son beurre (rance) sur le dos des prisonniers. Retour sur six mois d'escalade d&#233;magogique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/242_09_audreyesnault_prison.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH511/242_09_audreyesnault_prison-06554.jpg?1782649006' width='500' height='511' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l ne manquait plus que lui ! Mardi 13 mai, en direct &#224; la t&#233;loche, Emmanuel Macron s'est, &#224; son tour, l&#226;ch&#233; sur les prisons. Coupant l'herbe sous le pied de ses omnipr&#233;sents ministres de la Justice et de l'Int&#233;rieur, il s'est d&#233;clar&#233; favorable &#224; la location de places en &#233;tablissement p&#233;nitentiaire &#224; l'&#233;tranger. Tout feu tout flamme, G&#233;rald Darmanin lui a embo&#238;t&#233; le pas quelques jours plus tard en proposant, sans concertation, la construction d'une taule de haute s&#233;curit&#233; &#224; Saint Laurent-du-Maroni. Une prison sp&#233;ciale au c&#339;ur de la jungle guyanaise&#8230; &#199;a vous rappelle quelque chose ? Mais comment en est-on arriv&#233; &#224; une telle surench&#232;re ? Pour comprendre, il faut revenir un an plus t&#244;t, un jour de mai 2024, en Normandie. Lourdement arm&#233;, un commando attaque un convoi p&#233;nitentiaire au p&#233;age d'Incarville, faisant deux morts et trois bless&#233;s parmi les surveillants pr&#233;sents. Le d&#233;tenu transport&#233;, jusqu'alors consid&#233;r&#233; comme peu dangereux, aurait lui m&#234;me coordonn&#233; l'&#233;vasion depuis sa cellule. L'&#233;v&#233;nement remet alors imm&#233;diatement une pi&#232;ce dans la machine &#224; fantasmes des m&#233;dias et des politiques : que se passe-t-il &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; derri&#232;re les murs d'enceinte et les miradors des presque 190 &#233;tablissements p&#233;nitentiaires fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pas d'horizon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Il faut souligner une r&#233;alit&#233; carc&#233;rale : en prison, on meurt&#8211; et beaucoup plus qu'&#224;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; l'ext&#233;rieur&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il se passe qu'en prison, on vit dans des conditions indignes. D'abord, la promiscuit&#233; : au total &#171; &lt;i&gt;il y a 5 500 matelas par terre &lt;/i&gt; &#187; dans les prisons fran&#231;aises, explique Dominique Simonnot, la contr&#244;leuse g&#233;n&#233;rale des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL), dont le dernier rapport annuel paru fin mai d&#233;nonce&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;une croissance inqui&#233;tante et nocive de la surpopulation carc&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;. Ensuite, l'ennui. Le travail &#8211; peu int&#233;ressant et r&#233;mun&#233;r&#233; entre 20 et 45 % du SMIC &#8211; continue d'&#234;tre vu comme un privil&#232;ge ou une r&#233;compense et ne concerne qu'un tiers des d&#233;tenus selon l'Observatoire international des prisons (OIP). Les autres activit&#233;s &#8211; ateliers d'&#233;criture, projections, activit&#233;s sportives, sorties encadr&#233;es, etc. &#8211; n'ont quant &#224; elles jamais retrouv&#233; leur niveau d'avant Covid. Or, rappelle encore le rapport du CGLPL : &#171; &lt;i&gt;L'absence d'activit&#233;s constitue un facteur &#233;vident d'accroissement des tensions [&#8230;] Il rel&#232;ve du bon sens le plus &#233;l&#233;mentaire que le fait de maintenir trois personnes enferm&#233;es 22 heures sur 24 dans 9 m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;2&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, sans autre horizon que t&#233;l&#233;visuel, ne peut qu'impacter n&#233;gativement leur sant&#233; mentale. &lt;/i&gt; &#187; Enfin, il faut souligner une autre r&#233;alit&#233; carc&#233;rale, cons&#233;quence tragique des pr&#233;c&#233;dentes : en prison, on meurt &#8211; et beaucoup plus qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Selon l'OIP, &#171; &lt;i&gt;on compte en moyenne un d&#233;c&#232;s tous les deux ou trois jours. La plupart du temps par suicide&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le nouvel &#171; ennemi int&#233;rieur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais apr&#232;s Incarville, ces voix sont rendues inaudibles au profit de celles qui affirment avec v&#233;h&#233;mence qu'en prison, on se pr&#233;lasse, on t&#233;l&#233;phone, on corrompt, on se fait livrer des kebabs par drone, on trafique et surtout, on organise la criminalit&#233;. Cette conception du prisonnier comme agent criminel fomentant de l'int&#233;rieur le chaos du dehors appara&#238;t en m&#234;me temps que l'importation dans le d&#233;bat fran&#231;ais du terme &#171; narcotrafic &#187; en remplacement de &#171; trafic de drogue &#187;, ringardis&#233;. Ce qui se joue ici, c'est la fabrication d'un ennemi int&#233;rieur suppl&#233;mentaire, un &#233;ni&#232;me barbare. Le prisonnier n'est plus un citoyen ayant commis une faute et devant travailler &#224; sa r&#233;habilitation, mais un criminel en exercice qu'il faut &#8211; &#224; tout prix &#8211; couper de l'ext&#233;rieur. Punir, de plus en plus brutalement, sans discernement et &#171; sans commis&#233;ration &#187; comme le disait Bruno Retailleau en mai sur CNEWS. Le sujet est une aubaine pour ces figures de droite en campagne permanente cherchant &#224; rejeter les accusations de laxisme formul&#233;es &#224; leur encontre par leurs petits camarades du Rassemblement national (RN).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des annonces &#224; la pelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette ambiance r&#233;pressive que G&#233;rald Darmanin, fra&#238;chement d&#233;plac&#233; &#224; la Justice, fait un tabac en janvier dernier en annon&#231;ant un nouveau r&#233;gime de d&#233;tention ultra restrictif. Son id&#233;e : prendre une prison, la vider, la s&#233;curiser davantage et y placer les 100 plus gros trafiquants de drogue &#224; l'isolement quasi total. La proposition est si bien re&#231;ue que, dans les mois qui suivent, on parle finalement de 200, puis de 1 000 d&#233;tenus, de deux, puis de quatre &#233;tablissements s&#233;lectionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Aucune &#233;tude n'a d&#233;montr&#233; d'effet dissuasif de l'emprisonnement sur la d&#233;linquance ni d'efficacit&#233; &#224; pr&#233;venir la r&#233;cidive &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier, le &#171; ministre des prisons &#187; profite d'une pol&#233;mique autour de suppos&#233;s soins esth&#233;tiques&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un communiqu&#233; du 12 f&#233;vrier dernier, le syndicat Force ouvri&#232;re justice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#224; la maison d'arr&#234;t de Toulouse-Seysses pour interdire l'ensemble des activit&#233;s &#171; &lt;i&gt;ludiques et provocantes&lt;/i&gt; &#187; en d&#233;tention, d&#232;s lors qu'elles n'ont trait ni &#224; la langue fran&#231;aise ni au sport. &#171; &lt;i&gt;Personne ne comprend pourquoi ces activit&#233;s existent&lt;/i&gt; &#187;, tonne le ministre qui assure que 95 % (au doigt mouill&#233; ?) des Fran&#231;ais sont d'accord avec lui. &#171; &lt;i&gt;Tout &#233;tait faux d'un bout &#224; l'autre dans cette histoire&lt;/i&gt; &#187;, s'agace la contr&#244;leuse g&#233;n&#233;rale dans les pages du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;alors que le Conseil d'&#201;tat vient d'interdire l'interdiction. Mais qu'importe : on a montr&#233; les muscles, la pol&#233;mique a pris, c'est bien &#231;a qui compte.
En mars, Darmanin affirme que les d&#233;tenus paieront bient&#244;t pour les co&#251;ts engendr&#233;s par leur incarc&#233;ration (&#231;a s'appelait les &#171; frais d'entretien &#187; et &#231;a a &#233;t&#233; supprim&#233; en 2003). En mars toujours, G&#233;rald se souvient du ministre de l'Int&#233;rieur qu'il &#233;tait et recommence &#224; s'en prendre aux &#233;trangers : puisqu'ils repr&#233;sentent 25 % de la population carc&#233;rale, explique-t-il en substance, il suffirait de les envoyer purger leurs peines dans &#171; &lt;i&gt;leurs pays d'origine&lt;/i&gt; &#187; pour r&#233;gler le probl&#232;me de la suroccupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se serait en travail. Dans la foul&#233;e, il r&#233;dige une circulaire pour inciter les procureurs &#224; requ&#233;rir aux Obligations de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) contre tous les d&#233;tenus &#233;trangers, d&#232;s que c'est possible. Avril enfin : annonce de la construction rapide de 3 000 nouvelles places de prison gr&#226;ce &#224; des modules en b&#233;ton arm&#233;, pr&#233;fabriqu&#233;s puis assembl&#233;s &#224; l'ombre des b&#226;timents actuels. Le prisonnier, pris comme objet d'attention politique, fait recette comme jamais. Toutes ces annonces, aussi spectaculaires soient-elles, ne r&#233;gleront pourtant rien ni aux probl&#232;mes de la violence ni &#224; ceux de la taule. Augmenter le nombre de places de prison ne fait pas baisser la surpopulation carc&#233;rale, cela augmente juste le nombre de personnes d&#233;tenues. Et bien s&#251;r, il est peu probable que &#231;a fasse baisser la criminalit&#233;. Comme le souligne l'OIP : &#171; &lt;i&gt;Aucune &#233;tude n'a d&#233;montr&#233; d'effet dissuasif de l'emprisonnement sur la d&#233;linquance ni d'efficacit&#233; &#224; pr&#233;venir la r&#233;cidive.&lt;/i&gt; &#187; Et si tant est que l'on croie qu'enfermer des personnes permet de les r&#233;habiliter, c'est plut&#244;t l'incapacit&#233; de l'administration &#224; recruter les agents n&#233;cessaires &#224; ces missions qui devrait alerter au minist&#232;re. Actuellement, il y aurait 7 000 postes vacants de matons et de conseillers d'insertion p&#233;nitentiaire. &#199;a tente quelqu'un ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lluno&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le myst&#232;re &#171; DDPF &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu de ce festival d'annonces, on a assist&#233; &#224; l'irruption d'un &#233;ph&#233;m&#232;re et myst&#233;rieux groupe de &#171; D&#233;fense des droits des prisonniers fran&#231;ais &#187; (DDPF). Tout au long du mois d'avril, des prisons ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es, des v&#233;hicules incendi&#233;s, des logements de surveillants pris pour cibles et bomb&#233;s de l'&#233;nigmatique sigle. L'affaire a d'abord mis les renseignements en PLS. Constatant des tags en &#233;criture inclusive, ils pensent &#224; l'&#171; ultra gauche &#187;, mais les tirs &#224; l'arme automatique ne collent pas. Le crime organis&#233; en mode revanche apr&#232;s les r&#233;cents coups de filet et le vote de la loi dite &#171; pour sortir la France du pi&#232;ge du narcotrafic &#187; ? Darmanin se frotte les mains : pour lui cette vague d'actions constitue bien la preuve que les trafiquants ont franchi un cap et qu'il faut de toute urgence les boucler et &#171; &lt;i&gt;les couper du monde&lt;/i&gt; &#187;. &#192; l'en croire, la R&#233;publique serait d&#233;finitivement en p&#233;ril et la prison son dernier rempart. Depuis, une vingtaine de personnes ont &#233;t&#233; mises en examen sans grand lien les unes avec les autres. Le groupe, qui n'existait pas ailleurs que sur Telegram, s'est &#233;vapor&#233; dans la nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans un communiqu&#233; du 12 f&#233;vrier dernier, le syndicat Force ouvri&#232;re justice du centre p&#233;nitentiaire s'insurgeait de voir des &#171; soins du visage &#187; propos&#233;s aux d&#233;tenus &#224; l'occasion de la Saint Valentin. Il s'agissait en r&#233;alit&#233; de donner gratuitement des conseils de soins de la peau &#224; des d&#233;tenus ayant parfois une pi&#232;tre estime d'eux-m&#234;mes, dans le but d'aider &#224; leur r&#233;insertion&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Je ne suis pas un rocher plant&#233; quelque part &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Je-ne-suis-pas-un-rocher-plante</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Je-ne-suis-pas-un-rocher-plante</guid>
		<dc:date>2025-03-16T18:03:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pauline Laplace</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans son film La Langue du feu, Tarek Sami raconte l'exil d'un point de vue intime. Parmi les visages &#233;clair&#233;s dans la nuit d'un monde qui ne tourne pas rond, il y a celui de Noureddine, son fr&#232;re, parti vivre en Afrique du Sud. Entretien crois&#233; autour de la n&#233;cessit&#233; du mouvement, loin des murs &#233;rig&#233;s par l'Occident. Dans un film documentaire sorti l'ann&#233;e pass&#233;e, Tarek Sami circule entre les montagnes kabyles en Alg&#233;rie quitt&#233;es il y a vingt ans, la jungle de Calais et l'Afrique du Sud, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no239-mars-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;239 (mars 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH76/pourla-eaaa6.jpg?1782643959' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son film &lt;i&gt;La Langue du feu&lt;/i&gt;, Tarek Sami raconte l'exil d'un point de vue intime. Parmi les visages &#233;clair&#233;s dans la nuit d'un monde qui ne tourne pas rond, il y a celui de Noureddine, son fr&#232;re, parti vivre en Afrique du Sud. Entretien crois&#233; autour de la n&#233;cessit&#233; du mouvement, loin des murs &#233;rig&#233;s par l'Occident.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6030 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/239_05_rocher_esnault_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/239_05_rocher_esnault_1200px-708b3.jpg?1782643959' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Audrey Esnault
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans un film documentaire sorti l'ann&#233;e pass&#233;e, Tarek Sami circule entre les montagnes kabyles en Alg&#233;rie quitt&#233;es il y a vingt ans, la jungle de Calais et l'Afrique du Sud, o&#249; son fr&#232;re, Noureddine, taille un bout de vie. Il nous emporte dans un monde o&#249; les fronti&#232;res s'effacent et o&#249; des hommes se retrouvent autour de foyers. &#192; travers &lt;i&gt;La Langue du feu&lt;/i&gt;, l'exil se raconte depuis l'intime. Tarek est un ami de longue date, Noureddine est arriv&#233; en France il y a tout juste un mois. Le temps d'un trajet en bagnole, on parle tous les trois, de mouvement et de cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi on bouge ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; Pourquoi on ne bougerait pas ?! Nous ne sommes pas des plantes ou des arbres qui auraient besoin de racines pour vivre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Quand les Europ&#233;ens viennent en Afrique, on les appelle &#8220;expatri&#233;s&#8221;. Pourquoi ce ne sont pas des immigr&#233;s, eux ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noureddine :&lt;/strong&gt; &#171; M&#234;me les plantes voyagent. Les semences sont port&#233;es par le vent. &#199;a me rappelle un cousin dont on parlait, quand on s'est retrouv&#233;s tous les deux en Afrique du Sud. Il est toujours rest&#233; au village, alors que nous on a boug&#233; et nos mentalit&#233;s ont &#233;volu&#233;. Ce cousin &#8211; on riait &#8211; on le comparait &#224; un rocher. Je ne suis pas un rocher plant&#233; quelque part. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que vous pensez du terme &#171; immigration &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; Quand les Europ&#233;ens viennent en Afrique, on les appelle &#8220;expatri&#233;s&#8221;. Il y a quelque chose de l'ordre de la domination dans le choix des termes. Pourquoi ce ne sont pas des immigr&#233;s, eux ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Noureddine :&lt;/strong&gt; &#171; C'est l'arrogance occidentale. Si un Europ&#233;en voyage avec son passeport, il va o&#249; il veut et il est respect&#233; partout. Surtout en Afrique. Un Blanc en Afrique c'est comme quelqu'un qui chie du miel ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que dans certains films, la repr&#233;sentation des personnes en exil vous choque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; L'Occident est une forteresse qui contient des richesses immenses &#8211; dont la plupart ont &#233;t&#233; pill&#233;es &#8211; et on a construit des murs pour la prot&#233;ger. Toute personne qui prend le point de vue du mur et qui regarde celui qui arrive de cet endroit me pose probl&#232;me. M&#234;me quand il y a une forme d'empathie. Certains films construisent un regard qui dit : &#8220;&lt;i&gt;&#212;, pauvre migrant, je plains ta mis&#232;re&#8230;&lt;/i&gt;&#8221; C'est m&#233;prisant. C'est un point de vue pos&#233; depuis la forteresse et qui, d&#233;j&#224;, inscrit une diff&#233;rence. Bien s&#251;r, on peut avoir de l'empathie. Mais si l'Autre n'est pas, dans ton regard, une histoire humaine qui pourrait &#234;tre la tienne, tu es du point de vue du mur, du flic. On est tous des exil&#233;s de quelque part. De quelque chose. Quand tu te dis, par exemple, &#8220;&lt;i&gt;la politique de mon pays, je ne la reconnais pas, je me sens comme un exil&#233; &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cet espace&lt;/i&gt;&#8221;, alors tu reconnais que tu es en exil et tu vas aller vers d'autres exil&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; C'est leur projet : cr&#233;er le maximum de d&#233;sordre pour que les gens ne se retrouvent pas, humainement et par int&#233;r&#234;t de classe, par convictions, pour lutter. Qu'ils se sentent &#224; part les uns des autres &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'il y a des moments o&#249; vous sentez un regard peser sur vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noureddine :&lt;/strong&gt; &#171; Oui, parfois, le regard des autres fait que tu te sens diff&#233;rent. &#199;a fait un mois que je suis en France. Tout le monde a des choses en commun, des sujets de conversation que je n'ai pas. Je me sens &#224; l'&#233;cart. C'est sans doute transitoire&#8230; Mais c'est l&#224;. Il y a un malaise qui plane. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; Tu viens d'arriver ! Moi, &#231;a fait vingt ans que je suis l&#224;. Aux derni&#232;res &#233;lections, l'extr&#234;me droite &#233;tait pr&#234;te &#224; passer. Dans le village o&#249; je vis, avec les gens qui m'entourent, je pensais qu'on &#8220;formait peuple&#8221; &#8211; en termes politiques, j'entends &#8211; m&#234;me si je n'ai pas la nationalit&#233; fran&#231;aise. Mais des gens sont venus me voir et m'ont dit : &#8220;&lt;i&gt;Tarek ! J'ai pens&#233; &#224; toi ! J'ai eu peur pour toi.&lt;/i&gt;&#8221; Je me suis dit : &#8220;&lt;i&gt;Pourquoi t'as pens&#233; &#224; moi ?&lt;/i&gt;&#8221; Tu vois&#8230; Il y avait cette sorte de bienveillance que je trouve m&#233;prisante&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noureddine :&lt;/strong&gt; &#171; C'est une autre mani&#232;re de te faire sentir que tu n'es pas chez toi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le projet, non ? Emp&#234;cher les gens de &#171; faire peuple &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; Oui, cr&#233;er le maximum de d&#233;sordre pour que les gens ne se retrouvent pas, humainement et par int&#233;r&#234;t de classe, par convictions, pour lutter. Qu'ils se sentent &#224; part les uns des autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Noureddine :&lt;/strong&gt; &#171; Les politiciens abusent du sujet de l'immigration et ils ont r&#233;ussi : les esprits ont &#233;t&#233; colonis&#233;s. Mais je n'ai pas beaucoup pens&#233; &#224; la situation politique en venant ici. Je suis venu pour am&#233;liorer ma situation. Je crois que c'est le cas de la plupart des gens qui arrivent. Parfois, je me dis qu'on a perdu quelque chose d'important&#8230; Qu'on n'arrive pas &#224; se satisfaire de ce qu'on a chez nous. Avant, au village, il n'y avait pas assez de confort, mais les gens ne voulaient pas partir. Notre grand-m&#232;re n'y a jamais pens&#233;. Aujourd'hui, tout le monde veut partir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Du point de vue de l'autochtone, on te dit : &#8220;Ta vie est merdique, ton salut est chez nous.&#8221; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; Les gens &#233;taient dans l'ignorance du monde. Aujourd'hui, on vit &#224; une &#233;chelle monde. Et ce monde est habit&#233; par des vendeurs de r&#234;ves et des marchands de sommeil&#8230; C'est un cycle infernal. Tu nais en Alg&#233;rie, qui est une fabrication fran&#231;aise. Une fabrication coloniale, dans sa g&#233;ographie m&#234;me. Le pays devient ind&#233;pendant dans les ann&#233;es 1960. La France garde la mainmise sur les ressources jusqu'aux ann&#233;es 1970. Dans nos villages recul&#233;s, vingt ans plus tard, tout s'acc&#233;l&#232;re. L'&#233;lectricit&#233; arrive. La t&#233;l&#233;. La chute du mur de Berlin. Il n'y a plus qu'un seul bloc dans le monde. Ce bloc d&#233;verse son r&#234;ve &#224; toute la plan&#232;te : &#8220;&lt;i&gt;C'est comme &#231;a qu'il faut vivre, consomme, consomme.&lt;/i&gt;&#8221; Et du point de vue de l'autochtone, on te dit : &#8220;&lt;i&gt;Ta vie est merdique, ton salut est chez nous.&lt;/i&gt;&#8221; Donc tu te dis simplement, allons dans le lieu o&#249; le r&#234;ve existe. Tu es en Alg&#233;rie, en pleine guerre civile, dans un tunnel pas possible, sans aucune visibilit&#233; sur quoi que ce soit. Tu as l'image d'une maison en feu. Et des crieurs r&#233;sonnent, comme des voix dans ta t&#234;te qui te disent : &#8220;&lt;i&gt;Ton salut est par l&#224; !&lt;/i&gt;&#8221; Mais quand tu veux bouger, on te dit : &#8220;&lt;i&gt;Non ! Reste dans cette maison en feu.&lt;/i&gt;&#8221; Avec le recul, tu comprends que les pyromanes sont les crieurs. Une fois que tu es arriv&#233; en Europe, tu es dans une position de domin&#233;, avec ses complexes. Combien de fois je vois des jeunes, en France, qui ont honte que leurs parents parlent en kabyle, rient fort dans la rue. Et les migrants alg&#233;riens, qui ont honte ici, quand ils reviennent en Alg&#233;rie, ils ont la belle bagnole, etc. Ils disent, au fond : &#8220;&lt;i&gt;&#199;a y est, j'ai r&#233;ussi, je vends du r&#234;ve &#224; mon tour.&lt;/i&gt;&#8221; Ils deviennent eux-m&#234;mes des crieurs. Tout &#231;a est d&#233;gueulasse. Domination sur domination. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il y a un tri des humains. Des humains premier choix et des humains deuxi&#232;me choix. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noureddine :&lt;/strong&gt; &#171; &#199;a tourne sans doute autour de &#231;a. Le domin&#233; vient ici pour pouvoir retourner dominer les autres dans son pays. Mais il y a aussi la question &#233;conomique. En kabyle, il y a une expression qui dit &#8220;&lt;i&gt;Je vais chercher du pain&#8221;&lt;/i&gt;. La Kabylie est une r&#233;gion montagneuse. On y vivait dans une pauvret&#233; extr&#234;me. Donc pendant plus d'un si&#232;cle, une famille qui n'avait pas quelqu'un qui partait en ville pour travailler, elle &#233;tait cuite. Notre grand-p&#232;re a v&#233;cu sa vie &#224; Paris, &#224; turbiner pour nourrir les vingt bouches de sa famille rest&#233;e en Kabylie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a r&#233;ussi &#224; faire croire, mondialement, que chacun &#233;tait l'entrepreneur de sa propre vie. Mais quand des personnes viennent en Europe, depuis des pays pauvres, en se disant &#171; &lt;i&gt;je vais r&#233;ussir et faire du fric&lt;/i&gt; &#187;, c'est mal vu. Le migrant &#233;conomique, c'est le bas de l'&#233;chelle&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; En faisant le film, je pensais &#8220;&lt;i&gt;tri des d&#233;chets&lt;/i&gt;&#8221;. Des milliers de m&#233;decins alg&#233;riens sont accueillis en France&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Pour freiner l'exode de ses m&#233;decins, l'Alg&#233;rie g&#232;le la certification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est cher de former des m&#233;decins, et plein de m&#233;decins fran&#231;ais n'ont pas envie de bouger dans des petites communes, donc on les importe. Il y a un tri des humains. Des humains premier choix et des humains deuxi&#232;me choix. Des m&#233;decins, on peut leur trouver une place. Ils sont recyclables. Et d'autres tombent dans la d&#233;chetterie de l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ton film s'appelle &lt;i&gt;La Langue du feu&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; En arabe, on appelle &#8220;&lt;i&gt;langue du feu&lt;/i&gt;&#8221; les bouts de flammes qui se d&#233;crochent du foyer. Et le film se passe toujours dans l'intime. &#192; l'int&#233;rieur. Noureddine, j'ai cueilli sa parole pr&#232;s d'un feu. C'est le feu au sens de foyer. Dehors, il y a le feu de la guerre ; dedans, le feu de l'intime. Souvent, dans les repr&#233;sentations, on confisque l'individualit&#233;. On regarde des troupeaux. Un flux de personne. Dans le film, on se retrouve autour du feu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noureddine :&lt;/strong&gt; &#171; Est-ce qu'il y a un rapport entre la langue du feu et le fait de bouger ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarek :&lt;/strong&gt; &#171; Pour moi, le mouvement, ce n'est pas la question. Quelqu'un qui bouge n'a pas &#224; se justifier de son mouvement. Pour moi la question c'est : &#8220;&lt;i&gt;Qu'est-ce que j'habite ? Avec qui j'habite ? Avec qui je forme peuple ?&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Pauline Laplace&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/08/01/pour-freiner-l-exode-de-ses-medecins-l-algerie-gele-la-certification-de-leurs-diplomes_6263803_3212.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour freiner l'exode de ses m&#233;decins, l'Alg&#233;rie g&#232;le la certification de leurs dipl&#244;mes&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (01/08/2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Transmettre la r&#233;volution</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Transmettre-la-revolution</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Transmettre-la-revolution</guid>
		<dc:date>2025-02-21T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;tienne Jallot</dc:creator>


		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans Femmes p&#233;dagogues, Gr&#233;gory Chambat met &#224; l'honneur l'engagement des femmes dans les combats p&#233;dagogiques du XIXe si&#232;cle &#224; nos jours, souvent rest&#233;s dans l'ombre. Militantes f&#233;ministes et r&#233;volutionnaires, elles se battent contre le conservatisme scolaire et inventent d'autres mani&#232;res d'apprendre. Aux grands hommes, les grandes &#339;uvres p&#233;dagogiques : C&#233;lestin Freinet et sa p&#233;dagogie de rupture, Francisco Ferrer et sa p&#233;dagogie libertaire&#8230; L'histoire des combats pour une autre &#233;cole, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no136-decembre-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;236 (d&#233;cembre 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH66/236_16_audreyesnault_fempedagog-a8cbd.jpg?1782648130' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Femmes p&#233;dagogues&lt;/i&gt;, Gr&#233;gory Chambat met &#224; l'honneur l'engagement des femmes dans les combats p&#233;dagogiques du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours, souvent rest&#233;s dans l'ombre. Militantes f&#233;ministes et r&#233;volutionnaires, elles se battent contre le conservatisme scolaire et inventent d'autres mani&#232;res d'apprendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH475/236_16_audreyesnault_fempedagog-b2568.jpg?1782648130' width='500' height='475' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Audrey Esnault
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;ux grands hommes, les grandes &#339;uvres p&#233;dagogiques : C&#233;lestin Freinet et sa p&#233;dagogie de rupture, Francisco Ferrer et sa p&#233;dagogie libertaire&#8230; L'histoire des combats pour une autre &#233;cole, m&#234;me quand ils se veulent de gauche, reste empreinte de sexisme&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; titre d'exemple, la revue Sciences humaines ne pr&#233;sentait qu'une seule (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.librairielibertalia.com/web/femmes-pedagogues.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Femmes p&#233;dagogues&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (Libertalia, 2024), l'enseignant et syndicaliste Gr&#233;gory Chambat, revient sur des figures oubli&#233;es des luttes p&#233;dagogiques pourtant &#224; l'avant-garde des combats pour une &#233;ducation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#234;cheuses de r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, alors que l'&#233;cole est surtout r&#233;serv&#233;e aux gar&#231;ons et que l'&#233;ducation des filles est le plus souvent religieuse, la r&#233;volution de 1848 d&#233;clenche un foisonnement d'id&#233;es et de pratiques nouvelles en mati&#232;re d'&#233;ducation, notamment entre les genres. Dans son programme d'&#233;ducation, l'Association fraternelle des instituteurs, institutrices et professeurs socialistes, tr&#232;s critique de l'&#233;cole qu'elle qualifie de &#171; casernement &#187;, posent les principes d'une &#233;ducation non genr&#233;e : il faut que &#171; &lt;i&gt;la femme, aussi bien que l'homme, soit &#233;lev&#233;e comme un &#234;tre libre [&#8230;] Nous voulons que l'&#233;ducation ouvre librement &#224; toutes comme &#224; tous les carri&#232;res de l'industrie, de l'art et de la science&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visionnaire pour l'&#233;poque, cette conception de l'&#233;cole est battue en br&#232;che apr&#232;s le coup d'&#201;tat de 1851, apr&#232;s lequel plus de 4 000 enseignant&#183;es militant&#183;es seront &#233;vinc&#233;&#183;es de l'instruction publique. Deux enseignantes, Pauline Roland et Jeanne Deroin, paieront m&#234;me le prix fort pour leur implication dans la r&#233;volution de 1848 : six mois de prison ferme. En signe de contre-r&#233;volution, le Parlement &#233;l&#232;ve de 50 centim&#232;tres la &#171; cloison s&#233;parative &#187; qui scinde les salles de classe des &#233;coles communales entre les filles d'un c&#244;t&#233; et les gar&#231;ons de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;pression, la remise en cause de l'ordre patriarcal continue pendant le Second Empire. Certaines femmes s'engagent dans l'&#233;ducation populaire&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Hussardes &#224; l'avant-garde &#187;, CQFD n&#176;232&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et d'autres fondent des clubs pour s'instruire collectivement. Pendant la Commune, alors que des institutrices montent sur les barricades &#8211; &#224; l'image de la glorieuse Louise Michel &#8211; aucune n'est convi&#233;e &#224; la commission &#233;ducative cr&#233;&#233;e dans la foul&#233;e. Cette derni&#232;re adopte, sans elles, la gratuit&#233; et la mixit&#233; &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les combats pour une autre &#233;cole, m&#234;me quand ils se veulent de gauche, reste emprunts de sexisme &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, les femmes p&#233;dagogues ne se d&#233;couragent pas et s'engagent sur le terrain. L'institutrice Marie Mani&#232;re ouvre un &#171; atelier &#233;cole &#187; pour les filles. La militante Marie Verdure pr&#233;figure un projet de cr&#232;che la&#239;que. Apr&#232;s la Semaine sanglante, nombre d'institutrices communardes sont condamn&#233;es, accus&#233;es par l'&#201;tat d'avoir &#171; &lt;i&gt;usurp&#233;es dans les &#233;coles les fonctions v&#233;n&#233;r&#233;es des s&#339;urs de charit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louise Michel est d&#233;port&#233;e en Kanaky : l&#224;-bas, elle fonde une &#233;cole pour les enfants des banni&#183;es. Plus tard, pendant son exil &#224; Londres, elle ouvre une &#233;cole anarchiste o&#249; parole et autorit&#233; sont partag&#233;es&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;cole fermera apr&#232;s que la police a d&#233;couvert une bombe stock&#233;e dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Jusqu'&#224; la fin de sa vie, elle conjuguera engagement r&#233;volutionnaire et enseignement, avec pour principe : &#171; &lt;i&gt;apprendre toujours, partager ce savoir, soulager la mis&#232;re et pour cela pr&#234;cher la r&#233;volution&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir mat&#233; la Commune, la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique r&#233;tablit l'in&#233;galit&#233; de salaires entre instituteurs et institutrices et cantonne les jeunes &#233;coli&#232;res de primaire &#171; &lt;i&gt;aux soins du m&#233;nage et aux ouvrages de femme&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vers l'avenir social&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, alors que l'&#233;cole est rendue la&#239;que et obligatoire pour tous&#183;tes, des femmes p&#233;dagogues continuent &#224; faire vivre le flambeau d'une p&#233;dagogie lib&#233;ratrice, en dehors de l'&#233;cole comme en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La militante et p&#233;dagogue libertaire Madeleine Vernet cr&#233;e en 1906 l'Avenir social, un orphelinat fond&#233; sur les principes d'un enseignement &#171; &lt;i&gt;int&#233;gral&lt;/i&gt; &#187; : physique, manuel, intellectuel, artistique mais aussi social. &#171; &lt;i&gt;Nous les habituons &#224; rendre de petits services, &#224; utiliser leurs forces qui sont pour eux autant une distraction qu'un travail.&lt;/i&gt; &#187; Critique de l'&#233;cole de Jules Ferry, qui valorise chez les hommes la force et l'intelligence et qui &#171; &lt;i&gt;habitue la fillette &#224; la vie passive, faite de docilit&#233; et de soumission&lt;/i&gt; &#187;, cet orphelinat m&#233;lange filles et gar&#231;ons et leur donne les m&#234;mes enseignements. Loin d'une exp&#233;rience isol&#233;e, Vernet imagine un r&#233;seau d'orphelinats ouvriers proches des organisations militantes comme la CGT, auquel l'Avenir social est rattach&#233; en 1912.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le syndicat milite pour l'enseignement obligatoire de la couture chez les gar&#231;ons &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me p&#233;riode, des enseignantes comme Josette Cornec s'engagent dans le syndicalisme r&#233;volutionnaire. Alors que les syndicats enseignants sont interdits, elle participe &#224; la cr&#233;ation du syndicat du Finist&#232;re, proche du mouvement ouvrier qu'il soutient dans les gr&#232;ves. F&#233;ministe, le syndicat milite pour l'enseignement obligatoire de la couture chez les gar&#231;ons. Cornec critique cependant le &#171; &lt;i&gt;r&#244;le effac&#233; que les femmes jouent dans [ce] syndicat&lt;/i&gt; &#187; et participe &#224; la cr&#233;ation de comit&#233;s f&#233;ministes o&#249; &#171; &lt;i&gt;les institutrices syndiqu&#233;es s'y instruiront, s'y &#233;duqueront mutuellement&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre l'ignorance, des femmes libres&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors que le temps des r&#233;volutions s'ach&#232;ve en France, c'est du c&#244;t&#233; de la R&#233;volution espagnole de 1936 que l'&#233;tincelle p&#233;dagogique reprend vigueur. Les &lt;i&gt;Mujeres Libres&lt;/i&gt;, nom d'une revue f&#233;ministe qui milite pour l'enseignement des femmes, devient le nom d'un groupe f&#233;ministe tr&#232;s engag&#233; dans la r&#233;volution. D'apr&#232;s elles, les femmes souffrent d'un &#171; &lt;i&gt;triple esclavage : l'ignorance, la condition de productrice et de femelle&lt;/i&gt; &#187;. Pour pallier l'ignorance &#8211; 60 % des femmes espagnoles ne savent ni lire ni &#233;crire &#8211; les Mujeres Libres r&#233;quisitionnent des locaux et y tiennent des cours. Chaque groupe, en ville o&#249; &#224; la campagne, se doit de cr&#233;er un centre d'&#233;ducation &#171; &lt;i&gt;afin qu'il ne reste pas une seule campagne qui ne sache lire et &#233;crire&lt;/i&gt; &#187;. Au 65&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; jour de la r&#233;volution, preuve que l'auto-&#233;ducation des femmes fait &#339;uvre de r&#233;volution, les Mujeres Libres &#171; &lt;i&gt;ne se contentent plus d'alphab&#233;tiser mais &#233;duquent et forment politiquement des milliers de femmes &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les Mujeres Libres ne se contentent plus d'alphab&#233;tiser, mais &#233;duquent et forment politiquement des milliers de femmes &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au cours du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, d'autres figures, comme Rosa Luxembourg et son &#233;cole du socialisme, ou Germaine Tillion et son action &#233;ducative anticoloniale pendant la guerre d'Alg&#233;rie, ont marqu&#233; l'histoire de la p&#233;dagogie. Mais tr&#232;s souvent le pouvoir a guett&#233; et r&#233;prim&#233; ces femmes qui cherchaient &#224; lib&#233;rer l'enseignement des logiques de classe et de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est aujourd'hui plus question de s&#233;parer filles et gar&#231;ons, l'enseignement vise rarement &#224; rendre les rapports entre les genre &#233;gaux. Seul 15 % des &#233;l&#232;ves ont des cours d'&#233;ducation sexuelle et les tentatives pour g&#233;n&#233;raliser son enseignement se heurtent souvent au camp r&#233;actionnaire. Dernier exemple en date : le syndicat Parents vigilants et le Syndicat de la famille y d&#233;plorent, dans une p&#233;tition publi&#233;e ce mois-ci au &lt;i&gt;JDD&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;l'id&#233;ologie du genre&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;l'influence woke&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Jallot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; titre d'exemple, la revue &lt;i&gt;Sciences humaines&lt;/i&gt; ne pr&#233;sentait qu'une seule femme dans son num&#233;ro hors-s&#233;rie n&#176;17 &#171; &lt;a href=&#034;https://www.scienceshumaines.com/les-grands-penseurs-de-l-education_fr_674.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les grands penseurs de l'&#233;ducation&lt;/a&gt; &#187;, octobre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Hussardes-a-l-avant-garde' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Hussardes &#224; l'avant-garde&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;232&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'&#233;cole fermera apr&#232;s que la police a d&#233;couvert une bombe stock&#233;e dans les sous-sols...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; qui profite le yoga ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/A-qui-profite-le-yoga</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/A-qui-profite-le-yoga</guid>
		<dc:date>2024-04-19T12:36:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Zineb Fahsi </dc:creator>


		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Zineb Fahsi enseigne le yoga, et porte un regard critique sur &#173;l'instrumentalisation de cette discipline. Du paravent &#171; Peace and Love &#187; derri&#232;re lequel Modi cache sa politique meurtri&#232;re, aux techniques de d&#233;veloppement personnel en entreprise, l'autrice du livre Le Yoga, nouvel esprit du capitalisme , partage son analyse. &#171; Le yoga rassemble. Il unit le corps et l'esprit, l'humanit&#233; et la nature, et il rapproche des millions de personnes de part et d'autre de la plan&#232;te, pour qui il est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no229-avril-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;229 (avril 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH106/audreenaut-yoga-inde-vignette-3caf0.png?1783929500' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Zineb Fahsi enseigne le yoga, et porte un regard critique sur &#173;l'instrumentalisation de cette discipline. Du paravent &#171; Peace and Love &#187; derri&#232;re lequel Modi cache sa politique meurtri&#232;re, aux techniques de d&#233;veloppement personnel en entreprise, l'autrice du livre &lt;i&gt;Le Yoga, nouvel esprit du capitalisme&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Textuel, 2023.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; , partage son analyse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5569 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_229_inde_20_aesnault_yoga_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH630/web_229_inde_20_aesnault_yoga_1200px-28d50.jpg?1783929500' width='500' height='630' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Audrey Esnault
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Le&lt;/span&gt;&lt;i&gt; yoga rassemble. Il unit le corps et l'esprit, l'humanit&#233; et la nature, et il rapproche des millions de personnes de part et d'autre de la plan&#232;te, pour qui il est source de force, d'harmonie et de paix [&#8230;]. Il fait ressortir notre humanit&#233; commune et nous aide &#224; comprendre qu'en d&#233;pit de nos diff&#233;rences, nous ne faisons qu'un. En cette journ&#233;e internationale du yoga, embrassons l'esprit d'unit&#233; et employons-nous r&#233;solument &#224; &#233;difier un monde meilleur et plus harmonieux pour les gens, la plan&#232;te et nous-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187; Ce discours semble venir tout droit de la bouche d'un gourou. Et pourtant, c'est celui du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU, Ant&#243;nio Guterres, prononc&#233; &#224; l'occasion de la journ&#233;e internationale du yoga le 21 juin 2023. Discours qui ne manquera pas d'&#234;tre retweet&#233; par le Premier ministre indien Narendra Modi, l'initiateur m&#234;me de cette journ&#233;e. Le yoga au service d'un monde meilleur ? Une id&#233;e qui pourrait faire r&#234;ver, si elle ne servait pas en r&#233;alit&#233; &#224; travestir les politiques d'institutionnalisation du privil&#232;ge hindou, men&#233;es par le BJP en Inde depuis son accession au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le yoga au coeur du &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt; indien&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis le XIXe si&#232;cle, le yoga, un ensemble de voies spirituelles mill&#233;naires dont la pratique repose entre autres sur des postures corporelles, des exercices de respiration et de la m&#233;ditation, est au c&#339;ur du &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt; indien, et plus pr&#233;cis&#233;ment hindou. Une dynamique initi&#233;e d&#232;s 1893 par le moine Vivekananda. En pleine p&#233;riode d'expansion coloniale et missionnaire europ&#233;enne, celui-ci se rend au Parlement des religions, situ&#233; dans la ville de Chicago, aux &#201;tats-Unis. Dans un discours puissant, il pr&#233;sente l'hindouisme et son pendant pratique, le yoga, comme une religion de paix et de tol&#233;rance, par opposition au christianisme conqu&#233;rant, affirmant ainsi la sup&#233;riorit&#233; morale et spirituelle de l'Inde sur l'Occident colonisateur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ces discours perp&#233;tuent le fantasme orientaliste d'une Inde &#233;ternelle, paisible, profond&#233;ment spirituelle et mystique&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960 et 1970, alors que l'Occident sort tout juste des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, s'enfonce dans la Guerre froide et que les &#201;tats-Unis s'enlisent au Vietnam, les gourous transnationaux indiens et leurs audiences hippies perp&#233;tuent cette association entre spiritualit&#233;s dites orientales et pacifisme. La figure de Gandhi, qui combattit les Britanniques par un mouvement de masse non violent et fut &#233;rig&#233; en exemple par Martin Luther King, contribue &#224; nourrir l'image de l'hindouisme et du yoga comme une religion et une pratique intrins&#232;quement tol&#233;rantes, au service de la paix. Consciemment ou inconsciemment, pour mieux critiquer la modernit&#233; occidentale, ces discours perp&#233;tuent le fantasme orientaliste d'une Inde &#233;ternelle, paisible, profond&#233;ment spirituelle et mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finitivement par&#233; de son aura &#171; Peace and Love &#187;, le yoga devient alors le cache-mis&#232;re idoine de nombreux agendas politiques nettement moins bienveillants. Pour d&#233;signer cette instrumentalisation, la sociologue Sheena Sood d&#233;veloppe le concept de &#171; omwashing &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des &#8220;cabines zen&#8221; dans les entrep&#244;ts Amazon : m&#234;me les dystopies n'avaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; faisant r&#233;f&#233;rence au mantra sacr&#233; souvent chant&#233; au d&#233;but et &#224; la fin des cours de yoga. Alors que Narendra Modi utilise le yoga pour valoriser l'Inde &#224; l'&#233;tranger et masquer ainsi son agenda politique ethnonationaliste (faisant oublier par exemple, &#224; l'international, sa responsabilit&#233; dans les massacres de musulman&#183;es ayant eu lieu en 2002 dans le Gujarat alors qu'il &#233;tait &#224; la t&#234;te de cet &#201;tat), de nombreuses grandes entreprises occidentales mettent en place des cours de yoga &#224; destination de leurs employ&#233;&#183;es. &#192; premi&#232;re vue inoffensive, cette mesure permet de ne pas remettre en question l'organisation du travail pour faire porter la responsabilit&#233; du bien-&#234;tre au travail sur les salari&#233;&#183;es. Par exemple, l'entreprise Amazon, connue pour la p&#233;nibilit&#233; et la pr&#233;carit&#233; des conditions de travail, a mis en place dans ses entrep&#244;ts des cabines &#171; AmaZen &#187;. Il s'agit de box minuscules qui proposent un catalogue de pratiques dites de &#171; &lt;i&gt;sant&#233; mentale et &#233;motionnelle&lt;/i&gt; &#187;, allant de la m&#233;ditation de pleine conscience &#224; la r&#233;p&#233;tition d'affirmations positives, cens&#233;es &#171; &lt;i&gt;stimuler les salari&#233;s et les aider &#224; recharger leurs batteries&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des &#8220;cabines zen&#8221; dans les entrep&#244;ts Amazon : m&#234;me les dystopies n'avaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus perturbant encore, une vid&#233;o qui a r&#233;cemment circul&#233; sur les r&#233;seaux sociaux, o&#249; l'on voit Nissim Amon, instructeur zen isra&#233;lien, invitant les soldat&#183;es isra&#233;lien&#183;nes &#224; m&#233;diter&#8230; pour mieux viser. Ne fermons plus les yeux sur ce que peuvent cacher nos salutations.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Zineb Fahsi &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Textuel, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Des &#8220;cabines zen&#8221; dans les entrep&#244;ts Amazon : m&#234;me les dystopies n'avaient pas os&#233; &#187;, &lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt;, mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Des &#8220;cabines zen&#8221; dans les entrep&#244;ts Amazon : m&#234;me les dystopies n'avaient pas os&#233; &#187;, &lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt;, mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Not all men &#187; ?!</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Not-all-men-4086</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Not-all-men-4086</guid>
		<dc:date>2024-01-12T11:51:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonas Schnyder</dc:creator>


		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une bonne r&#233;solution pour la nouvelle ann&#233;e ? Lire ou offrir le dernier ouvrage de Francis Dupuis-D&#233;ri, Les Hommes et le f&#233;minisme &#8211; Faux amis, poseurs ou alli&#233;s ? Une boite &#224; outils critique sur un engagement politique qui ne va pas de soi. Dans Les Hommes et le f&#233;minisme &#8211; Faux amis, poseurs ou alli&#233;s ? (Textuel, 2023), Francis Dupuis-D&#233;ri revient de mani&#232;re didactique sur un engagement qui ne va pas de soi : celui des hommes prof&#233;ministes. Faut-il les consid&#233;rer comme f&#233;ministes, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no226-janvier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;226 (janvier 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une bonne r&#233;solution pour la nouvelle ann&#233;e ? Lire ou offrir le dernier ouvrage de Francis Dupuis-D&#233;ri, &lt;i&gt;Les Hommes et le f&#233;minisme &#8211; Faux amis, poseurs ou alli&#233;s ?&lt;/i&gt; Une boite &#224; outils critique sur un engagement politique qui ne va pas de soi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_226_14_esnault_homfeministe_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH269/web_226_14_esnault_homfeministe_1200px-cb4e1.jpg?1784196771' width='500' height='269' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Une illustration de Audrey Esnault
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Les Hommes et le f&#233;minisme &#8211; Faux amis, poseurs ou alli&#233;s ?&lt;/i&gt; (Textuel, 2023), Francis Dupuis-D&#233;ri revient de mani&#232;re didactique sur un engagement qui ne va pas de soi : celui des hommes prof&#233;ministes. Faut-il les consid&#233;rer comme f&#233;ministes, prof&#233;ministes, alli&#233;s &#8211; &#224; moins qu'ils n'aient rien &#224; faire dans les luttes des meufs ? Il y a d&#233;bat &#224; l'interne des milieux f&#233;ministes sur les mani&#232;res d'accepter (ou non) cette d&#233;marche. Apr&#232;s avoir pos&#233; des bases historiques et politiques, l'auteur met en avant quelques exemples d'hommes prof&#233;ministes de par le monde pour &#171; &lt;i&gt;contrer l'illusion que seuls les hommes blancs fortement &#233;duqu&#233;s d'Europe et d'Am&#233;rique du Nord seraient suffisamment civilis&#233;s pour appuyer l'&#233;mancipation des femmes&lt;/i&gt; &#187;. Il fait ensuite l'histoire d'un engagement bourr&#233; de contradictions, d'&#233;checs et de trahisons. Prises de pouvoir, opportunisme, rapports de s&#233;duction, strat&#233;gies de valorisation&#8230; Les f&#233;ministes se m&#233;fient de nous, et elles n'ont pas tort. Mais alors, que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dupuis-D&#233;ri nous fournit pistes concr&#232;tes et conseils. Cela passe en premier lieu par le fait d'&#233;couter activement, d'apprendre et de s'&#233;duquer par soi-m&#234;me &#8211; c'est-&#224;-dire sans se reposer sur les f&#233;ministes. Viennent ensuite la remise en question de ses propres privil&#232;ges (en termes de pouvoir, d'autorit&#233;&#8230;), la mise au ban des &#171; &lt;i&gt;bonnes intentions&lt;/i&gt; &#187; qui servent trop souvent &#224; se d&#233;douaner des cons&#233;quences de nos actes, ou encore la lutte contre la solidarit&#233; masculine. Tout un programme que l'auteur traduit en pratique, en nous invitant &#224; nous poser r&#233;guli&#232;rement cinq questions : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que vous savez ce que la femme &#224; qui vous parlez sait sur le m&#234;me sujet ; quand elle parle, est-ce que vous &#233;coutez ce qu'elle est en train de dire ou &#234;tes-vous simplement en train de r&#233;p&#233;ter votre prochaine r&#233;plique ; est-ce que vous universalisez &#224; propos de vos propres exp&#233;riences et sentiments ; est-ce que vous lui expliquez sa propre exp&#233;rience ; est-ce que vous savez vraiment de quoi vous parlez ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cerise sur le g&#226;teau, l'ouvrage se termine par la r&#233;&#233;dition du &#171; Petit guide de disempowerment&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Initialement publi&#233; par la revue qu&#233;b&#233;coise Possibles, vol.38, n&#176;1 (2014), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, dont on laisse l'auteur nous r&#233;sumer le message : &#171; &lt;i&gt;Il faut (1) se rappeler que nous ne sommes que des alli&#233;s, des auxiliaires ou des complices des f&#233;ministes ; ce qui signifie &#234;tre (2) attentifs aux besoins des f&#233;ministes ; (3) s'informer aupr&#232;s d'elles avant d'agir et se donner les moyens de r&#233;pondre &#224; leurs attentes lorsqu'elles nous sollicitent ; (4) tout en restant conscients que nos actions (ou notre inaction) peuvent toujours avoir des cons&#233;quences n&#233;gatives, &#224; tout le moins pour certaines femmes et f&#233;ministes.&lt;/i&gt; &#187; Autrement dit, les pi&#232;ges sont nombreux, les erreurs in&#233;vitables et les critiques vont nous parvenir de tous les c&#244;t&#233;s, &#231;a pique et c'est normal &#8211; et pas une raison pour le prendre personnellement, m&#234;me si on gal&#232;re &#224; &lt;i&gt;remuer notre merde&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du nom de la biblioth&#232;que en ligne : remuernotremerde.poivron.org.Merci &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Jonas Schnyder&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Initialement publi&#233; par la revue qu&#233;b&#233;coise &lt;i&gt;Possibles&lt;/i&gt;, vol.38, n&#176;1 (2014), sous le titre &#171; Petit guide de &#8220;disempowerment&#8221; pour hommes f&#233;ministes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Du nom de la biblioth&#232;que en ligne : &lt;a href=&#034;https://remuernotremerde.poivron.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remuernotremerde.poivron.org.&lt;/a&gt;Merci &#224; la copine qui m'a fait d&#233;couvrir ces ressources.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Quand les femmes ont soif de bi&#232;re et d'&#233;galit&#233; &#187; </title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Quand-les-femmes-ont-soif-de-biere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Quand-les-femmes-ont-soif-de-biere</guid>
		<dc:date>2023-02-24T00:02:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Isnard-Dupuy</dc:creator>


		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Maltriarcat est un rafra&#238;chissant essai qui rappelle la place des femmes dans le d&#233;veloppement de la boisson ferment&#233;e et propose des pistes pour ne pas laisser les hommes continuer &#224; se l'accaparer. Faire rimer bi&#232;re et f&#233;minisme ? Avec son essai intitul&#233; Maltriarcat, la journaliste Ana&#239;s Lecoq pose une contribution unique au d&#233;poussi&#233;rage d'un univers qui &#8211; dans nos imaginaires encore trop &#233;troits &#8211; pr&#233;tend toujours que la fabrication et la d&#233;gustation de boissons houblonn&#233;es ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no217-fevrier-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;217 (f&#233;vrier 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Maltriarcat&lt;/i&gt; est un rafra&#238;chissant essai qui rappelle la place des femmes dans le d&#233;veloppement de la boisson ferment&#233;e et propose des pistes pour ne pas laisser les hommes continuer &#224; se l'accaparer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4991 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_maltriarcat_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH300/web_maltriarcat_1200px-42e66.jpg?1782660311' width='500' height='300' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Audrey Esnault
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;F&lt;/span&gt;aire rimer bi&#232;re et f&#233;minisme ? Avec son essai intitul&#233; &lt;i&gt;Maltriarcat&lt;/i&gt;, la journaliste Ana&#239;s Lecoq pose une contribution unique au d&#233;poussi&#233;rage d'un univers qui &#8211; dans nos imaginaires encore trop &#233;troits &#8211; pr&#233;tend toujours que la fabrication et la d&#233;gustation de boissons houblonn&#233;es ne concerneraient qu'une horde de bonhommes barbus. Qu'elles tiennent le fourquet&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outil en forme de pelle plate trou&#233;e utilis&#233;e pour brasser le malt et l'eau.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ou l&#232;vent le coude pour savourer une bonne pinte, les femmes y sont de plus en plus nombreuses. Gr&#226;ce &#224; cet efficace br&#233;viaire sorti d&#233;but 2022 aux &#233;ditions Nouriturfu, il est d&#233;sormais impossible de faire l'impasse sur leur implication historique. Sans les femmes, point de salut malt&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Antiquit&#233;, c'est-&#224;-dire durant plusieurs mill&#233;naires, &#171; &lt;i&gt;des Scandinaves aux &#201;gyptiennes en passant par les Gauloises, les femmes sont les brasseuses&lt;/i&gt; &#187;, replace l'ouvrage. En ancien fran&#231;ais, le terme d&#233;signant cette fonction &#233;tait m&#234;me celui de braceresse. Une activit&#233; qui se disait au f&#233;minin, avant que quelques grammairiens grincheux n'imposent cette inf&#226;me r&#232;gle de la primaut&#233; du masculin &#224; partir du xvii&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;viction organis&#233;e au profit des hommes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du Moyen &#194;ge, la bi&#232;re obtient une reconnaissance sociale et devient un produit rentable. Il n'en fallait pas plus pour que se mette en place une &#171; &lt;i&gt;&#233;viction organis&#233;e&lt;/i&gt; &#187; au profit des hommes. &#171; &lt;i&gt;D&#232;s le &lt;/i&gt;xiii&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &lt;i&gt;si&#232;cle, l'&#201;glise interdit aux femmes de brasser, car elles sont jug&#233;es impures &#224; pratiquer un acte si noble&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Ana&#239;s Lecoq. La plupart des guildes brassicoles sont interdites aux femmes. Quand elles y ont acc&#232;s, ce sont leurs maris qui exercent le pouvoir de d&#233;cision. L'Inquisition pers&#233;cute ces sorci&#232;res de brasseuses.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Encore aujourd'hui, les st&#233;r&#233;otypes p&#232;sent lourd en d&#233;faveur des brasseuses.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le deuxi&#232;me gros coup, &#231;a a &#233;t&#233; la r&#233;volution industrielle. Les femmes n'ont ni acc&#232;s au patrimoine n&#233;cessaire &#224; monter une brasserie ni aux &#233;coles de brassage&lt;/i&gt; &#187;, nous explique l'autrice. La croyance que brasser est une affaire d'hommes s'enracine. Ils doivent pourtant leurs succ&#232;s &#224; une religieuse germanique du xii&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Hildegarde de Bingen, qui a d&#233;couvert une des vertus du houblon : prot&#233;ger la cervoise des mauvaises bact&#233;ries. Sans houblon, pas de conservation, pas d'exportation et pas de march&#233; de la bi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore aujourd'hui, les st&#233;r&#233;otypes p&#232;sent lourd en d&#233;faveur des brasseuses. &#171; &lt;i&gt;Elles arrivent moins facilement &#224; obtenir des pr&#234;ts pour lancer leur activit&#233;. Un banquier qui ne conna&#238;t pas le milieu, il pense &#8220;gros bonhomme&#8221;, il doute qu'une femme puisse r&#233;ussir&lt;/i&gt;, nous raconte Ana&#239;s Lecoq. &lt;i&gt;Et m&#234;me chez les consommateurs, une &#233;tude a montr&#233; qu'ils peuvent consid&#233;rer la bi&#232;re moins bonne s'ils savent que c'est une femme qui l'a brass&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Dans ce contexte, une brasseuse a plus de difficult&#233; &#224; exister sur la sc&#232;ne artisanale qu'un brasseur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marketing des clich&#233;s et r&#233;sistances&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des industriels, quand &#8211; pour vendre de la bi&#232;re aux m&#226;les &#8211; les marques ne r&#233;sument pas les femmes &#224; leurs d&#233;collet&#233;s, elles s'adressent aux consommatrices en les enfermant dans des clich&#233;s. Elles sont m&#232;res n&#233;cessitant des &#171; bi&#232;res d'allaitement &#187;, ou amatrices de &#171; bi&#232;res de filles &#187;, sucr&#233;es et fruit&#233;es. Pour Ana&#239;s Lecoq, tout ceci n'est qu'artifices mercantiles, car les go&#251;ts n'ont pas de genre. Toute personne, quelle que soit son identit&#233; de genre assign&#233;e ou revendiqu&#233;e, peut pr&#233;f&#233;rer une &lt;i&gt;IPA&lt;/i&gt; bien houblonn&#233;e ou une &lt;i&gt;sour&lt;/i&gt; &#224; l'acidit&#233; affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pour &#171; &lt;i&gt;reprendre sa place&lt;/i&gt; &#187;, l'autrice affirme l'int&#233;r&#234;t des moments de brassage et de d&#233;gustation en non-mixit&#233;. Elle-m&#234;me fait partie des Buveuses de bi&#232;re, une jeune association qui vise &#224; partager une culture brassicole entre femmes et personnes en minorit&#233; de genre &#224; l'&#233;cart des jugements masculins. &lt;i&gt;Maltriarcat&lt;/i&gt; est en soi un outil d'&#233;mancipation, un &#171; &lt;i&gt;support pour r&#233;pondre aux remarques misogynes. Des brasseuses, des sommeli&#232;res me remercient d'avoir fait un livre qui contribue &#224; leur donner confiance en elles&lt;/i&gt; &#187;, se r&#233;jouit son autrice. Le bouquin s'attaque aussi aux violences sexistes et sexuelles du milieu en recensant les initiatives d'un v&#233;ritable mouvement &#171; &lt;i&gt;balance ton brasseur&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passionn&#233;e par la bi&#232;re, ce &#171; &lt;i&gt;produit social avant tout et l'un des plus consomm&#233;s au monde&lt;/i&gt; &#187;, la journaliste travaille dans la brasserie Senses Brewing, &#224; Reims. Elle &#233;crit aussi des articles sp&#233;cialis&#233;s sur la bi&#232;re, principalement pour des publications anglophones. &#171; &lt;i&gt;Dans les pays anglo-saxons, la litt&#233;rature est vachement riche sur l'aspect social et historique de la bi&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-elle. Pour les francophones, &#231;a manque encore, ce qui rend &lt;i&gt;Maltriarcat&lt;/i&gt; d'autant plus incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Isnard-Dupuy (Collectif Presse-Papiers) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Outil en forme de pelle plate trou&#233;e utilis&#233;e pour brasser le malt et l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes, luttes et violences politiques</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Femmes-luttes-et-violences</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Femmes-luttes-et-violences</guid>
		<dc:date>2023-01-06T13:05:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans On ne va pas y aller avec des fleurs, Caroline Guibet Lafaye et Alexandra Fr&#233;nod ont compil&#233; des t&#233;moignages de femmes ayant particip&#233; &#224; des luttes politiques violentes. De la France au Kurdistan, en passant par la Colombie, les deux chercheuses donnent &#224; comprendre des engagements bien peu pens&#233;s au f&#233;minin. C'est un petit bouquin rouge, r&#233;cemment publi&#233; aux &#233;ditions Hors d'atteinte. On ne va pas y aller avec des fleurs r&#233;unit les t&#233;moignages de neuf femmes engag&#233;es dans des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;On ne va pas y aller avec des fleurs&lt;/i&gt;, Caroline Guibet Lafaye et Alexandra Fr&#233;nod ont compil&#233; des t&#233;moignages de femmes ayant particip&#233; &#224; des luttes politiques violentes. De la France au Kurdistan, en passant par la Colombie, les deux chercheuses donnent &#224; comprendre des engagements bien peu pens&#233;s au f&#233;minin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_audreyhesnau_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH1043/web_215_audreyhesnau_1200px-05aa4.jpg?1782643826' width='500' height='1043' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Audrey Esnault
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;'est un petit bouquin rouge, r&#233;cemment publi&#233; aux &#233;ditions Hors d'atteinte. &lt;i&gt;On ne va pas y aller avec des fleurs&lt;/i&gt; r&#233;unit les t&#233;moignages de neuf femmes engag&#233;es dans des organisations politiques diverses. D'Action directe en France aux Farc de Colombie, de l'ETA basque &#224; la RAF allemande, toutes ont, &#224; un moment ou &#224; un autre, jug&#233; l&#233;gitime de s'engager dans une lutte violente. Des choix et des trajectoires de vie bien particuli&#232;res dans un monde patriarcal qui refuse toujours de penser la violence politique des femmes. On a &#233;chang&#233; avec Caroline Guibet Lafaye, philosophe politique, sociologue sp&#233;cialiste du terrorisme et de la violence politique, et coautrice de l'ouvrage aux c&#244;t&#233;s d'Alexandra Fr&#233;nod. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ces femmes ont fait le choix de la violence politique, qu'elles pr&#233;sentent comme un outil quand on a &#233;puis&#233; tous les autres &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui relie ces neuf femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le point commun, c'est l'ill&#233;galit&#233;. &#192; un moment donn&#233;, ces femmes ont fait le choix de la violence politique, qu'elles pr&#233;sentent comme un outil quand on a &#233;puis&#233; tous les autres. Leurs parcours de militantes commencent dans les voies politiques l&#233;gales, avec des groupes qui distribuaient des tracts, faisaient des manifs... Et un jour, elles se sont dit que &#231;a ne servait &#224; rien, que ce n'&#233;tait plus adapt&#233; &#224; la situation, et qu'il fallait essayer autre chose. Bien s&#251;r, il y a des sp&#233;cificit&#233;s selon les zones g&#233;ographiques et les &#233;poques, et des degr&#233;s d'engagement et de violence diff&#233;rents. Les actions des Brigades rouges sont sans commune mesure avec ce que fait la militante qui prend part aux black blocs en France, par exemple. Mais ces femmes partagent une trajectoire et un raisonnement commun : la politique par les voies l&#233;gales n'aboutit pas &#224; grand-chose et elles ne pouvaient pas rester les bras ballants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dirigez un programme de recherche international sur le terrorisme et la violence politique. Pourquoi consacrer un ouvrage sp&#233;cifique aux femmes engag&#233;es dans des luttes politiques violentes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce qu'on ne les entend jamais. Dans les m&#233;dias et sur la sc&#232;ne publique, quand il est question de violence ou de terrorisme, on ne voit que des hommes. Idem quand ces organisations s'expriment : ce sont le plus souvent des hommes qui prennent la parole. Les femmes ne sont pas l&#224;. Or, dans des groupes clandestins et des organisations de type militaire non conventionnelles, notamment dans des groupes d'extr&#234;me gauche et dans certaines luttes de lib&#233;ration nationale, on compte entre 30 et 40 % de femmes &#8211; m&#234;me si les donn&#233;es doivent, pour des raisons &#233;videntes, &#234;tre prises avec des pincettes. Ce n'est pas n&#233;gligeable comme proportion. Pourtant, elles sont tr&#232;s souvent invisibilis&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quand on parle d'elles, c'est souvent pour &#234;tre pr&#233;sent&#233;es comme des &#171; &lt;i&gt;victimes &#187;, des &#171; compagnes de&lt;/i&gt; &#187;, ou des femmes sous influence&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la p&#233;riode que j'&#233;tudie, qui commence dans les ann&#233;es 1960, on a presque toujours expliqu&#233; la pr&#233;sence de femmes dans ces organisations par le fait qu'elles &#233;taient amoureuses d'untel, sous influence, manipul&#233;es. C'est comme cela que la presse les pr&#233;sente et que la soci&#233;t&#233; les per&#231;oit. Ou alors, dans certains cas, elles deviennent des femmes fatales, sur&#233;rotis&#233;es. Et &#231;a n'a pas vraiment chang&#233;. On repr&#233;sente d'abord les femmes qui participent &#224; des mouvements politiques violents comme des victimes, et non pas comme des individus avec une trajectoire qui leur est propre, un cheminement politique. Comme si elles n'auraient jamais eu assez de cervelle pour faire ces choix elles-m&#234;mes. Pourtant, il n'y a aucune raison de penser que le rapport des femmes &#224; la politique, &#224; des contestations sociales ou au maniement des armes est diff&#233;rent de celui des hommes. La question est : qu'est-ce que vous &#234;tes d&#233;termin&#233;e &#224; faire ? &#199;a n'a rien &#224; voir avec les chromosomes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au proc&#232;s des membres d'Action directe pour l'assassinat de Georges Besse, l'avocat g&#233;n&#233;ral a dit &#171; &lt;i&gt;le plus horrible, le plus choquant, c'est que les tueurs soient des tueuses &lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est exactement &#231;a. C'est pareil pour l'alcool et la cigarette finalement. C'est l'expression d'un pr&#233;jug&#233; et d'une repr&#233;sentation st&#233;r&#233;otyp&#233;e. Une femme est cens&#233;e &#234;tre gentille, douce, docile, alors que les hommes sont virils et courageux... C'est ce qu'on vous fout dans le cr&#226;ne d&#232;s tout-petit dans une soci&#233;t&#233; patriarcale. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, c'est parfois retourn&#233; comme un atout tactique pour tromper l'ennemi. En Alg&#233;rie, par exemple, les femmes transportaient des armes, car il &#233;tait inconcevable qu'une femme touche des armes. Pareil dans &#173;l'Espagne franquiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les femmes doivent faire davantage que n'importe quel homme pour &#234;tre reconnues &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On retrouve aussi ces sch&#233;mas patriarcaux dans les luttes qui pr&#244;nent l'&#233;mancipation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme le dit une militante basque, on retrouvait des attitudes machistes au sein d'ETA comme il y en avait au sein de la soci&#233;t&#233; espagnole. Au PKK, dans les ann&#233;es 1990, c'&#233;tait la croix et la banni&#232;re pour les femmes pour se faire accepter par les hommes. Par exemple, quand la gu&#233;rilla se d&#233;pla&#231;ait, les femmes kurdes portaient des charges beaucoup plus lourdes que leurs camarades, et il a fallu &#233;norm&#233;ment de p&#233;dagogie pour qu'on accepte qu'elles utilisent des armes. C'est quelque chose d'universel, dans les mouvements arm&#233;s non conventionnels comme dans toutes les arm&#233;es et forces de s&#233;curit&#233; : les femmes doivent faire davantage que n'importe quel homme pour &#234;tre reconnues. Dans les groupes politiques d'extr&#234;me gauche, il y a des st&#233;r&#233;otypes qui demeurent, des attitudes du c&#244;t&#233; des hommes comme du c&#244;t&#233; des femmes dont on a beaucoup de mal &#224; se d&#233;prendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Presque toutes les femmes qui t&#233;moignent dans ce livre font partie de groupes qualifi&#233;s, &#224; un moment ou un autre, de terroristes. S'autoqualifie-t-on de terroriste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est rare, pour ne pas dire que &#231;a n'arrive jamais. Ceux qu'on appelle les r&#233;sistants pendant la Seconde Guerre mondiale ne se sont pas qualifi&#233;s de terroristes, m&#234;me si le gouvernement de Vichy les consid&#233;rait comme tels. Les choses s'&#233;crivent d'une fa&#231;on diff&#233;rente selon la tournure que prend l'histoire, selon qui gagne et qui perd. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux semaines, G&#233;rald Darmanin a trait&#233; d'&#171; &#233;coterroristes &#187; les militants contre les m&#233;gabassines dans les Deux-S&#232;vres. Que signifie l'usage d'un tel terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Selon Noam Chomsky, le terme &#8220;terroriste&#8221; a toujours servi &#224; d&#233;signer un ennemi d'&#201;tat, qu'il soit int&#233;rieur ou ext&#233;rieur. La question n'est pas ce que la personne a fait, mais quelle repr&#233;sentation politique vous en avez et voulez en donner. Le terme de terrorisme ne d&#233;signe pas des actes en particulier, c'est un signifiant politique. Dans ce cas-l&#224;, le message est tr&#232;s clair. Les militants &#233;colos sont pr&#233;sent&#233;s comme des ennemis de l'&#201;tat. Alors qu'on a des personnes qui essaient d'alerter sur le fait qu'il faudrait prendre des mesures pour pr&#233;server les conditions de vie humaine sur Terre &#8211; ce que l'&#201;tat, de son c&#244;t&#233;, ne fait pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le regard sur la violence a-t-il &#233;volu&#233; depuis les ann&#233;es 1960 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Europe occidentale, c'est un fait que la violence a fortement d&#233;cru de la part des groupes d'extr&#234;me gauche. Et la tol&#233;rance &#224; la violence &#8211; dont je ne suis pas en train de faire l'apologie &#8211; a fortement diminu&#233; au fil des ann&#233;es. Les protestataires des ann&#233;es 1970 n'avaient strictement rien &#224; voir avec ce qu'ont fait les Gilets jaunes ou ce que font les black blocs. On a oubli&#233;, mais il n'&#233;tait pas question d'abribus bris&#233;s ou de tags, mais d'usage massif de cocktails Molotov, et des bless&#233;s en tr&#232;s grand nombre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
