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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Apr&#232;s George Floyd, l'id&#233;e d'abolir la police gagne du terrain</title>
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		<dc:creator>Gwenola Ricordeau</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Depuis le meurtre de George Floyd, la police &#233;tatsunienne est sur la sellette. Sous la pression de la rue, municipalit&#233;s et &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s multiplient les mesures de r&#233;forme. Insuffisant pour une importante partie des manifestants : ne croyant pas &#224; la possibilit&#233; d'une &#171; bonne police &#187;, ils demandent tout simplement son abolition. Professeure assistante en justice criminelle &#224; la California State University (site de Chico), Gwenola Ricordeau milite de longue date pour l'abolition du syst&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwenola-Ricordeau-368" rel="tag"&gt;Gwenola Ricordeau&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le meurtre de George Floyd, la police &#233;tatsunienne est sur la sellette. Sous la pression de la rue, municipalit&#233;s et &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s multiplient les mesures de r&#233;forme. Insuffisant pour une importante partie des manifestants : ne croyant pas &#224; la possibilit&#233; d'une &#171; bonne police &#187;, ils demandent tout simplement son abolition. Professeure assistante en justice criminelle &#224; la California State University (site de Chico), Gwenola Ricordeau milite de longue date pour l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal. Elle livre ici son analyse sur ce moment in&#233;dit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH506/-1580-9f8c2.jpg?1768656491' width='400' height='506' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Gwenola Ricordeau
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Vous arrivez encore &#224; dormir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, me demandait r&#233;cemment quelqu'un sur mon compte Twitter. Depuis le d&#233;but des mobilisations qui ont suivi la mort de George Floyd, je n'ai plus sommeil. Chercheuse&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gwenola Ricordeau est l'autrice de Pour elles toutes &#8211; Femmes contre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et militante abolitionniste depuis vingt ans, je vis dans un pays o&#249; la question de l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal et en particulier de la police n'a jamais &#233;t&#233; aussi discut&#233;e qu'aujourd'hui &#8211; et o&#249; les mobilisations politiques allant dans ce sens pourraient bien &#234;tre en train de remporter quelques victoires.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Say their names !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, les m&#233;dias ont r&#233;guli&#232;rement couvert les mobilisations d'ampleur qui ont suivi des meurtres d'hommes noirs, parfois mineurs et souvent d&#233;sarm&#233;s, par des policiers et agents de s&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;ralement blancs. En 2012, il y a eu Trayvon Martin, 17 ans, tu&#233; par George Zimmerman, &#224; Sanford (Floride). En ao&#251;t 2014, Michael Brown, 18 ans, tu&#233; par Darren Wilson, &#224; Ferguson (Missouri). En novembre 2014, Tamir Rice, 12 ans, a &#233;t&#233; tu&#233; par Timothy Loehmann &#224; Cleveland (Ohio).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes les personnes tu&#233;es par la police ne se retrouvent pas &#224; la &#171; une &#187; des m&#233;dias nationaux. En 2017, &#224; Chico, la ville moyenne de Californie du Nord o&#249; je r&#233;side, la police a tu&#233; Desmond Phillips, un jeune Noir ayant des probl&#232;mes psychiques. Un drame qui n'a rien d'exceptionnel aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne de plus vaste ampleur que dans n'importe quel autre pays occidental : chaque ann&#233;e, plus de mille personnes meurent sous les balles de la police &lt;i&gt;[voir encadr&#233; 1]&lt;/i&gt;. &#192; ce chiffre, il faudrait ajouter le nombre de personnes qui meurent dans les fourgons et les commissariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre victime d'un crime policier &#8211; comme &#234;tre incarc&#233;r&#233; &#8211; n'arrive pas &#224; &#171; n'importe qui &#187;. Les personnes souffrant de troubles de sant&#233; psychiques, celles qui sont en situation de handicap et celles qui sont usag&#232;res de produits psychoactifs sont surrepr&#233;sent&#233;es parmi les victimes. Certaines &#233;tudes indiquent m&#234;me que ces trois cat&#233;gories de personnes constitueraient la moiti&#233; des victimes. L'autre caract&#233;ristique des victimes des crimes policiers est raciale : les Noir&#183;es ont trois fois plus de risques d'&#234;tre tu&#233;&#183;es que les personnes blanches. Ce risque est tr&#232;s variable selon les &#201;tats et m&#234;me les comt&#233;s et, contrairement &#224; un pr&#233;jug&#233; r&#233;pandu, il n'y a pas de corr&#233;lation entre le niveau de criminalit&#233; et le nombre de personnes tu&#233;es par la police. Selon le site &lt;i&gt;Mapping Police Violence&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MappingPoliceViolence.org.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, dans 99 % des cas, ces homicides n'ont aucune suite judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Black Lives Matter&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;George Floyd a &#233;t&#233; tu&#233; le 25 mai &#224; Minneapolis (Minnesota) et les protestations contre les violences polici&#232;res ont rapidement pris une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent. L'attention des m&#233;dias &#233;tatsuniens et du reste du monde s'est surtout port&#233;e sur le caract&#232;re violent et parfois spectaculaire des manifestations et sur les mesures de couvre-feu qui ont &#233;t&#233; prises. Mais il est &#233;galement remarquable que des manifestations aient eu lieu dans des villes petites et moyennes, peu habitu&#233;es aux mobilisations politiques, comme chez moi &#224; Chico o&#249; plusieurs rassemblements se sont tenus malgr&#233; les mesures de confinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements actuels en rappellent d'autres qui avaient &#233;galement pour ferment le racisme et les violences polici&#232;res, comme les &#233;meutes de Los Angeles en 1992 apr&#232;s l'acquittement des policiers qui avaient tabass&#233; Rodney King ou celles de Ferguson en ao&#251;t 2014 apr&#232;s la mort de Michael Brown et qui ont contribu&#233; &#224; populariser le mouvement Black Lives Matter, lanc&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, par divers aspects, les mobilisations actuelles semblent se distinguer nettement des pr&#233;c&#233;dentes. Tout d'abord, beaucoup de personnes blanches semblent d&#233;couvrir le racisme &#8211; et incidemment le racisme de la police et l'ampleur des crimes policiers. Outre leur pr&#233;sence aux rassemblements, les initiatives auxquelles ils et elles prennent part sont multiples : conseils sur les r&#233;seaux sociaux pour &#234;tre de &#171; bons alli&#233;&#183;es &#187;, appels &#224; soutenir les commerces tenus par des Noir&#183;es et les organisations politiques noires, etc. Par ailleurs, ce mouvement contribue &#224; diffuser une analyse du racisme (notamment dans la police) qui se fait en termes &#171; syst&#233;miques &#187; et qui met aussi l'accent sur le supr&#233;matisme blanc. Il fait &#233;galement une large place &#224; l'abolition de la police.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Abolir la police&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations ont fait &#233;merger un large mouvement en faveur de la r&#233;duction des budgets et du champ d'action de la police. Dans de nombreuses villes, les manifestations ont pris pour mots d'ordre &#171; &lt;i&gt;Defund the police&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Couper les vivres &#224; la police &#187;) ou &#171; &lt;i&gt;Abolish the police&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Abolir la police &#187;). L'abolition de la police est devenue l'objet d'un d&#233;bat national, alors que cette revendication &#233;tait, il y a quelques semaines encore, cantonn&#233;e &#224; la gauche radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement a marqu&#233; un point important avec l'engagement pris par des membres du conseil municipal de Minneapolis le 8 juin de d&#233;manteler la police de la ville et d'instaurer un autre mod&#232;le de s&#233;curit&#233; publique. Par ailleurs, des dizaines d'autres villes ont d&#233;cid&#233; de diminuer les budgets allou&#233;s &#224; la police ou de r&#233;duire ses pr&#233;rogatives. Ainsi, la maire de Seattle (&#201;tat de Washington) a propos&#233; une coupe budg&#233;taire de 20 millions sur un total de pr&#232;s de 400 millions de dollars et le 15 juin, le conseil municipal de la ville a vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; l'interdiction de l'utilisation des gaz lacrymog&#232;nes et des techniques d'&#233;tranglement par la police. Des universit&#233;s, comme celle du Minnesota, ont &#233;galement pris des mesures, comme la suppression de leur propre force de police ou la rupture de leurs conventions avec des forces de police locales. M&#234;me le conseil municipal de Chico, une ville o&#249; la sc&#232;ne radicale est somme toute tr&#232;s r&#233;duite, a &#233;t&#233; saisi de demandes de diminuer le budget de la police, voire de supprimer celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;cisions et revendications sont certes &#224; porter au cr&#233;dit de la puissante mobilisation populaire actuelle, mais aussi des mouvements abolitionnistes &lt;i&gt;[voir encadr&#233; 2]&lt;/i&gt;. Ainsi, &#224; Minneapolis, une campagne politique en faveur de l'abolition de la police a &#233;t&#233; notamment men&#233;e par la coalition MPD150, dont le nom fait r&#233;f&#233;rence &#224; son projet qui &#233;tait d'abolir la police de Minneapolis en 2017, soit 150 ans apr&#232;s sa fondation. Mais il existe beaucoup d'autres groupes qui travaillent &#224; l'abolition de la police, qu'ils soient nationaux (comme Critical Resistance) ou locaux. Il r&#233;sulte de cet important travail militant beaucoup de r&#233;flexions sur la strat&#233;gie abolitionniste et il y a une production importante de textes et de livres sur le sujet, comme &lt;i&gt;Our Enemies in Blue&lt;/i&gt; de Kristian Williams &lt;i&gt;[lire son interview en page 10]&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The End of Policing&lt;/i&gt; d'Alex Vitale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;...ou seulement la r&#233;former ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En reprenant largement le mot d'ordre &#171; &lt;i&gt;Defund&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, les mobilisations actuelles ont effectu&#233; un glissement : davantage que &#171; contre les violences polici&#232;res &#187;, elles se positionnent d&#233;sormais plut&#244;t en faveur de l'abolition de la police. La revendication d'un arr&#234;t du financement de la police ne se r&#233;duit pas &#224; une attaque contre le co&#251;t excessif de la police &lt;i&gt;[voir encadr&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;3]&lt;/i&gt; et donc &#224; une revendication qui serait r&#233;cup&#233;rable par la gauche institutionnelle &#224; travers la r&#233;allocation des ressources (entre police et &#233;ducation, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication de la fin du financement de la police s'inscrit en fait dans une tactique engag&#233;e depuis quelques ann&#233;es par les mouvements pour l'abolition de la police et que r&#233;sume la formule &#171; &lt;i&gt;Disempower, disarm, disband&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Affaiblir, d&#233;sarmer, dissoudre &#187; les forces de l'ordre). Elle constitue l'une des huit revendications de la plateforme d'une campagne nationale, &lt;i&gt;#8ToAbolition&lt;/i&gt;, dont l'objectif est clairement l'abolition de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette abolition de la police ne fait pas l'unanimit&#233; au sein des mobilisations actuelles. Le courant r&#233;formiste est notamment repr&#233;sent&#233; par la plateforme &lt;i&gt;#8CantWait&lt;/i&gt;, centr&#233;e sur la r&#233;duction des violences polici&#232;res. Il appelle notamment &#224; l'am&#233;lioration du recrutement et de la formation des policiers et au contr&#244;le du travail policier par des institutions ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;saccords entre les courants abolitionnistes et r&#233;formistes sont nombreux et ils se cristallisent notamment sur la question des poursuites p&#233;nales pour les policiers auteurs de violences. La &#171; fin de l'impunit&#233; polici&#232;re &#187;, centrale pour le courant r&#233;formiste, soul&#232;ve de nombreuses objections d'un point de vue aboli&#8202;tion&#8202;niste. En effet, au-del&#224; m&#234;me de la capacit&#233; qu'aurait le mouvement &#224; renverser une arme du pouvoir (le droit) contre le pouvoir lui-m&#234;me, les mouvements abolitionnistes d&#233;noncent l'utilisation des proc&#233;dures judiciaires contre certains policiers comme un moyen de perp&#233;tuer l'illusion qu'une &#171; bonne police &#187; serait possible.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Faire mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La richesse du mouvement actuel tient &#224; la diversit&#233; de ses choix tactiques et de ses moyens d'action et au refus d'un leadership national. Comme le montrent les nombreuses actions de d&#233;boulonnage de statues de g&#233;n&#233;raux conf&#233;d&#233;r&#233;s, d'esclavagistes ou de colonisateurs, il articule les luttes noires et africaines-am&#233;ricaines&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Africain&#183;es-Am&#233;ricain&#183;es sont les descendant&#183;es des esclaves. Le terme &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et les luttes am&#233;rindiennes contre la colonisation de peuplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement est &#233;galement remarquable par sa capacit&#233; &#224; mobiliser divers secteurs de la soci&#233;t&#233; &#8211; et notamment les organisations de travailleurs, au sein desquelles l'expulsion des syndicats de policiers des centrales syndicales est de plus en plus discut&#233;e. Par ailleurs, le 19 juin (journ&#233;e de c&#233;l&#233;bration de la fin de l'esclavage aux &#201;tats-Unis), l'ILWU, un syndicat de dockers, a appel&#233; &#224; la fermeture des ports de la c&#244;te Ouest et la manifestation qui a eu lieu &#224; cette occasion dans le port d'Oakland (Californie) a pu compter sur la pr&#233;sence remarqu&#233;e d'Angela Davis, importante figure des luttes de lib&#233;ration africaines-am&#233;ricaines et abolitionnistes notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, le mouvement a beaucoup pris la rue. Parfois, il a tent&#233; de s'y installer durablement avec l'&#233;tablissement de &#171; zones autonomes &#187;, des espaces dans lesquels la police n'est pas la bienvenue et o&#249; s'invente une autre soci&#233;t&#233;. &#192; Portland (Oregon), Asheville (Caroline du Nord) et Nashville (Tennessee), les tentatives ont &#233;t&#233; de courte dur&#233;e. L'exp&#233;rience de Camp Maroon &#224; Philadelphie (Pennsylvanie) et celle de la BHAZ (Black House Autonomous Zone) de Washington ont &#233;galement tourn&#233; court. &#192; Seattle en revanche, la CHAZ (Capitol Hill Autonomous Zone), rebaptis&#233;e ensuite CHOP (Capitol Hill Occupational Protest), existe toujours &#224; l'heure o&#249; sont &#233;crites ces lignes (le 25 juin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e le 8 juin, elle a pour b&#226;timent embl&#233;matique le commissariat du quartier de Capitol Hill abandonn&#233; par la police le matin m&#234;me, au lendemain d'une &#233;ni&#232;me manifestation cons&#233;cutive &#224; la mort de George Floyd. L'occupation d'une vaste zone (six p&#226;t&#233;s de maisons et un parc) permet la tenue d'activit&#233;s politiques et d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, mais aussi des solidarit&#233;s mat&#233;rielles et &#233;motionnelles, comme j'ai pu le constater en me rendant sur place. Ces derniers jours, la CHAZ/CHOP a &#233;t&#233; mise &#224; rude &#233;preuve par des &#233;v&#233;nements tragiques (on parle d'un homicide et de l'enl&#232;vement d'une femme trans) qui s'y sont produits et sur lesquels il est encore difficile d'avoir des informations fiables. Mais m&#234;me si elle devait dispara&#238;tre prochainement, la CHAZ/CHOP aura contribu&#233; &#224; un rapport de force qui aura certainement des effets sur les politiques locales.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les yeux grands ouverts&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations actuelles constituent vraisemblablement, pour la gauche radicale, un nouvel essor. La pauvret&#233; et le ch&#244;mage de masse qui s'installent aux &#201;tats-Unis dans le sillage de la pand&#233;mie sont favorables au renouvellement de ses revendications et de ses tactiques, comme en t&#233;moigne par exemple la mont&#233;e en puissance des organisations de locataires et des gr&#232;ves de loyers, en particulier dans les grandes villes, comme &#224; Seattle, Los Angeles ou Oakland&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Tous ensemble, tous ensemble, gr&#232;ve des loyers ! &#187;, CQFD n&#176; 187 (mai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte de la campagne &#233;lectorale pour la pr&#233;sidence n'est sans doute pas &#233;tranger au dynamisme des mobilisations actuelles. Le Parti d&#233;mocrate est en perte de vitesse : son candidat, Joe Biden, suscite peu d'enthousiasme. Il recueillera quand m&#234;me le suffrage de ceux et celles qui voudront &#171; &lt;i&gt;faire barrage &#224; Donald&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Trump&lt;/i&gt; &#187;, mais tous les soutiens de Bernie Sanders ne se rallieront pas &#224; lui. Dans le m&#234;me temps, des personnalit&#233;s d&#233;mocrates plus &#224; gauche, comme Alexandria Ocasio-Cortez, connaissent une popularit&#233; croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, l'hostilit&#233; &#224; la gauche radicale est aussi bien palpable. Depuis le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; juin, Donald Trump fait activement campagne pour que les &#171; antifas &#187; (qu'il d&#233;signe comme s'ils constituaient une organisation en soi) figurent sur la liste &#233;tatsunienne des organisations terroristes. En outre, un peu partout, on observe la vitalit&#233; des groupes d'extr&#234;me droite, comme les Boogaloo Boys, les Proud Boys, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur des mobilisations actuelles ne dit encore rien de la possibilit&#233; d'emporter quelques victoires dans un avenir proche. Mais la sensation de vivre un moment historique est d&#233;j&#224; l&#224;. Gardons les yeux grands ouverts. Un mois a d&#233;j&#224; pass&#233; depuis le meurtre de George Floyd et, non, je n'ai toujours pas sommeil &#8211; comme une bonne partie de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte &amp; photo : Gwenola Ricordeau&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1 - Pourquoi y a-t-il plus de crimes policiers aux &#201;tats-Unis qu'en Europe et en France ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en le rapportant &#224; la population, le nombre de victimes de crimes policiers reste beaucoup plus important aux &#201;tats-Unis que dans les autres pays occidentaux. Outre-Atlantique, sur 10 millions d'habitant&#183;es, plus de 30 personnes sont tu&#233;es chaque ann&#233;e par la police. Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou en Allemagne, le chiffre serait entre 0,5 et 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche, dont notamment les travaux du sociologue Paul Hirschfield, a d&#233;gag&#233; plusieurs facteurs expliquant ce ph&#233;nom&#232;ne. Tout d'abord, le nombre d'armes &#224; feu en circulation et les l&#233;gislations peu contraignantes sur le port d'arme incitent les policiers &#224; utiliser les leurs, qu'ils soient en pr&#233;sence d'une personne arm&#233;e ou seulement suspect&#233;e de l'&#234;tre (un t&#233;l&#233;phone portable, par exemple, peut &#234;tre confondu avec une arme). Par ailleurs, les r&#232;gles qui entourent l'usage des armes, qu'elles soient l&#233;tales ou dites &#171; non l&#233;tales &#187;, varient selon les forces de police &#8211; qui sont tr&#232;s nombreuses (environ 15 000 &#224; l'&#233;chelle du pays). Seuls huit &#201;tats pr&#233;voient la possibilit&#233; de sommations verbales ou de tirs de sommation avant l'usage d'armes l&#233;tales. De plus, la Cour supr&#234;me a reconnu en 1989 que l'usage des armes l&#233;tales par la police &#233;tait permis en cas de &#171; croyance raisonnable en un danger grave et imminent &#187;, alors qu'en Europe, il n'est g&#233;n&#233;ralement autoris&#233; que dans les situations d' &#187; absolue n&#233;cessit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2 - Abolitionnisme p&#233;nal et abolition de la police&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; abolitionnisme p&#233;nal &#187; d&#233;signe un ensemble de d&#233;veloppements th&#233;oriques et de mobilisations politiques en faveur de l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal et donc de ses institutions que sont les tribunaux, les prisons et la police. L'abolitionnisme p&#233;nal a pris naissance dans les ann&#233;es 1970 dans les pays occidentaux et, depuis, ses revendications, ses tactiques et ses r&#233;flexions critiques sur le syst&#232;me p&#233;nal ont &#233;t&#233; diverses. Aux &#201;tats-Unis, l'abolitionnisme p&#233;nal compte parmi ses militantes embl&#233;matiques Angela Davis, mais aussi Ruth Wilson Gilmore et Mariame Kaba. Le mouvement national le plus connu est Critical Resistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolitionnisme p&#233;nal a d'abord pris pour cible la prison (ce que d&#233;signe l'expression &#171; luttes anticarc&#233;rales &#187;), puis l'ensemble du syst&#232;me p&#233;nal. &#192; partir de 2014, dans le sillage de Black Lives Matter, les mobilisations pour l'abolition de la police se sont multipli&#233;es. Partant du constat de l'&#233;chec des approches r&#233;formistes, les mouvements pour l'abolition de la police reprennent des tactiques de lutte classiques de l'abolitionnisme : par exemple, les mobilisations contre la construction de nouveaux commissariats et pour arr&#234;ter les financements de la police sont le pendant des luttes anticarc&#233;rales contre la construction de nouvelles prisons et contre les soci&#233;tes qui construisent ou g&#232;rent des prisons. Ces mouvements reprennent &#233;galement certaines revendications comme la d&#233;criminalisation du travail du sexe ou de l'usage de produits stup&#233;fiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3 - Le co&#251;t de la police&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; co&#251;t social &#187; de l'existence de la police est &#233;norme et difficile &#224; &#233;valuer. Quel est le &#171; co&#251;t &#187; pour les minorit&#233;s ethniques du harc&#232;lement policier dont elles sont l'objet ? Quel est le &#171; co&#251;t &#187; de la peur d'&#234;tre victime d'un crime policier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en laissant de c&#244;t&#233; ces questions, co&#251;t financier de la police appara&#238;t exorbitant. Par exemple, le budget annuel de la police de New York s'&#233;l&#232;ve &#224; 5 milliards de dollars ; celui de Los Angeles s'&#233;l&#232;ve &#224; 3 milliards (ce qui repr&#233;sente un tiers du budget de la ville). Les budgets allou&#233;s aux forces de police ont &#233;t&#233; multipli&#233;s par trois depuis la fin des ann&#233;es 1970 et ils n'ont pas baiss&#233; avec le recul du taux de criminalit&#233; depuis les ann&#233;es 1990. Cette augmentation des budgets de la police (et plus g&#233;n&#233;ralement de la sph&#232;re r&#233;pressive), qui est all&#233;e de pair avec la diminution du financement des secteurs de la sant&#233;, de l'&#233;ducation ou du social, se traduit notamment par l'utilisation de technologies de plus en plus sophistiqu&#233;es et l'&#233;quipement des policiers en armes tr&#232;s co&#251;teuses et auparavant r&#233;serv&#233;es &#224; un usage militaire. Mais les forces de police sont &#233;galement des sources de revenus pour certaines municipalit&#233;s dont les budgets r&#233;duits d&#233;pendent notamment du paiement des amendes et contraventions dress&#233;es par les policiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gwenola Ricordeau est l'autrice de &lt;i&gt;Pour elles toutes &#8211; Femmes contre la prison&lt;/i&gt;, Lux &#201;diteur (2019). Elle a r&#233;cemment &#233;t&#233; interview&#233;e dans ces colonnes &#224; ce sujet : &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Le-systeme-penal-previent-mal-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 187 (mai 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://mappingpoliceviolence.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MappingPoliceViolence.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Africain&#183;es-Am&#233;ricain&#183;es sont les descendant&#183;es des esclaves. Le terme &#171; Noir&#183;es &#187; inclut aussi les immigr&#233;&#183;es arriv&#233;&#183;es plus tard aux &#201;tats-Unis et leurs descendant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Tous-ensemble-tous-ensemble-greve' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Tous ensemble, tous ensemble, gr&#232;ve des loyers !&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 187 (mai 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ennemi int&#233;rieur ou la fiction de l'anarchiste-terroriste espagnol</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-ennemi-interieur-ou-la-fiction</link>
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		<dc:date>2020-01-16T22:16:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Dolidier</dc:creator>


		<dc:subject>Quentin Poilvet</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
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&lt;p&gt;En Espagne, le mouvement libertaire a fait l'objet d&#232;s 2014 d'une campagne de r&#233;pression et de criminalisation qui a abouti &#224; l'arrestation d'une quarantaine de militants, pour appartenance &#224; une &#171; organisation terroriste anarchiste &#187;. Cette affaire Tarnac &#224; l'espagnole s'est conclue par la relaxe des inculp&#233;s, mais a particip&#233; &#224; r&#233;activer dans l'imaginaire collectif l'id&#233;e d'une &#171; menace anarchiste &#187;. Pour comprendre la gen&#232;se de ce fantasme policier, il faut remonter &#224; l'&#233;poque de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Quentin-Poilvet" rel="tag"&gt;Quentin Poilvet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mobilisations" rel="tag"&gt;mobilisations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/anarchiste" rel="tag"&gt;anarchiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CNT" rel="tag"&gt;CNT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mobilisations-populaires" rel="tag"&gt;mobilisations populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ignacio-Cosido" rel="tag"&gt;Ignacio Cosid&#243;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/menace" rel="tag"&gt;menace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Madrid" rel="tag"&gt;Madrid&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Espagne, le mouvement libertaire a fait l'objet d&#232;s 2014 d'une campagne de r&#233;pression et de criminalisation qui a abouti &#224; l'arrestation d'une quarantaine de militants, pour appartenance &#224; une &#171; organisation terroriste anarchiste &#187;. Cette affaire Tarnac &#224; l'espagnole s'est conclue par la relaxe des inculp&#233;s, mais a particip&#233; &#224; r&#233;activer dans l'imaginaire collectif l'id&#233;e d'une &#171; menace anarchiste &#187;. Pour comprendre la gen&#232;se de ce fantasme policier, il faut remonter &#224; l'&#233;poque de la transition &#171; d&#233;mocratique &#187;, dans les ann&#233;es 1970, lorsque dans les repr&#233;sentations dominantes, l'image de l'ennemi int&#233;rieur communiste c&#232;de sa place &#224; celle de l'anarchiste-terroriste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3047 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH530/-1281-ef014.jpg?1768659252' width='400' height='530' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Quentin Poilvet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n 2014, le directeur g&#233;n&#233;ral de la police nationale espagnole, Ignacio Cosid&#243; (aujourd'hui s&#233;nateur du Parti populaire, droite), alertait les m&#233;dias sur la dangerosit&#233; d'un suppos&#233; &#171; &lt;i&gt;terrorisme anarchiste&lt;/i&gt; &#187;. Il d&#233;non&#231;ait l'existence de groupes libertaires mettant en p&#233;ril la &#171; &lt;i&gt;convivialit&#233; pacifique&lt;/i&gt; &#187;. Cosid&#243; pr&#233;parait ainsi l'opinion publique aux op&#233;rations Pandora, Pandora 2, Pi&#241;ata et ICE, men&#233;es entre 2014 et 2015. En moins d'un an, la police a arr&#234;t&#233; et d&#233;tenu une quarantaine de personnes, accus&#233;es d'appartenance &#224; une &#171; &lt;i&gt;organisation terroriste anarchiste&lt;/i&gt; &#187;. Mais apr&#232;s enqu&#234;te, les magistrats n'ont pas r&#233;ussi &#224; prouver l'existence de ce &#171; &lt;i&gt;terrorisme anarchiste&lt;/i&gt; &#187; et toutes les personnes incarc&#233;r&#233;es ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leur &#233;chec judiciaire, ces fictions polici&#232;res ont permis de recentrer le d&#233;bat public sur le th&#232;me de la s&#233;curit&#233; en amalgamant la contestation sociale &#224; la criminalit&#233; et &#224; la menace. Cette strat&#233;gie, relay&#233;e par divers journaux, de droite comme de gauche, n'est pas nouvelle : elle a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; men&#233;e contre la CNT (Confederaci&#243;n Nacional del Trabajo) dans les ann&#233;es 1970, au moment de la reconstruction de l'organisation anarcho-syndicale, dans une p&#233;riode de fortes mobilisations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Autonomie ouvri&#232;re VS bureaucratie syndicale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mort du dictateur Francisco Franco en novembre 1975, l'Espagne est le th&#233;&#226;tre de mobilisations populaires sans pr&#233;c&#233;dent depuis les ann&#233;es 1930. Organis&#233;es &#224; base d'assembl&#233;es et de d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;vocables, de piquets de gr&#232;ves et d'occupations d'usines, elles aboutissent &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, comme &#224; Vitoria, au Pays basque, entre janvier et mars 1976. Dans ce cas pr&#233;cis, mais loin d'&#234;tre isol&#233;, il s'agit d'une mobilisation autonome, sans partis ni syndicats, o&#249; le mot d'ordre &#171; &lt;i&gt;Tout le pouvoir &#224; l'assembl&#233;e&lt;/i&gt; &#187; est partag&#233; par plusieurs milliers de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Catalogne et &#224; Madrid, les ouvriers en gr&#232;ve r&#233;clament &#233;galement des hausses de salaire, la dissolution des corps de police arm&#233;e et la destruction du r&#233;gime franquiste. Mais leurs mobilisations sont contr&#244;l&#233;es par les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux des Commissions ouvri&#232;res (CCOO&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Commissions ouvri&#232;res sont une organisation n&#233;e dans les usines durant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), qui emp&#234;chent la construction d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale interprofessionnelle. Et pour cause : les CCOO, mais aussi l'UGT (Uni&#243;n General de Trabajadores), constituent les relais syndicaux des partis de l'opposition d&#233;mocratique (Parti communiste d'Espagne, PCE ; Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE). Lesquels prennent conscience de la dangerosit&#233; d'un mouvement ouvrier auto-organis&#233; : c'est pour faire face &#224; cette menace qu'ils se structurent au sein d'une m&#234;me instance &#8211; la &lt;i&gt;Coordinaci&#243;n democr&#225;tica&lt;/i&gt;. L'id&#233;e est d'unir le monde ouvrier &#224; d'autres franges de la soci&#233;t&#233; afin de construire une mobilisation interclassiste permettant de &#171; n&#233;gocier &#187; dans une position plus favorable avec les r&#233;formistes franquistes au pouvoir. Dans ce cadre, le r&#244;le des deux principales centrales syndicales est de freiner l'intensit&#233; et la radicalit&#233; des gr&#232;ves en court-circuitant le mode de fonctionnement horizontal et assembl&#233;iste des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;galisation des syndicats en avril 1977 et les premi&#232;res &#233;lections l&#233;gislatives en juin de la m&#234;me ann&#233;e participent &#224; la normalisation de la contestation et au discr&#233;dit des luttes sociales autonomes, qui persistent pourtant dans de nombreuses r&#233;gions, comme dans le b&#226;timent dans les Asturies, le secteur textile &#224; Madrid ou encore la m&#233;tallurgie en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en octobre 1977, les Pactes de la Moncloa marginalisent encore davantage les mobilisations ouvri&#232;res. S'ils repr&#233;sentent un progr&#232;s en termes de libert&#233;s soci&#233;tales, ces accords constituent, pour leur volet &#233;conomique, une s&#233;rie de r&#233;formes lib&#233;rales. Valid&#233;s par l'ensemble des partis repr&#233;sent&#233;s au Parlement, ils permettent une flexibilisation du march&#233; de l'emploi et facilitent la r&#233;duction des effectifs, tout en g&#233;n&#233;ralisant les contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e. Ils r&#233;pondent ainsi aux demandes du patronat, voulant adapter les anciennes structures &#233;conomiques franquistes &#224; la nouvelle conjoncture internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principales centrales syndicales justifient ces pactes au nom de la &#171; &lt;i&gt;consolidation d&#233;mocratique&lt;/i&gt; &#187;, car ils sont cens&#233;s symboliser la &#171; &lt;i&gt;r&#233;conciliation nationale&lt;/i&gt; &#187; entre vainqueurs et vaincus de la Guerre civile (1936-1939). Leur signature est l'occasion de mettre en sc&#232;ne un &#171; &lt;i&gt;consensus&lt;/i&gt; &#187; entre toutes les forces politiques et permet dans le m&#234;me temps de discr&#233;diter les ouvriers gr&#233;vistes, accus&#233;s de mettre en p&#233;ril la d&#233;mocratie. Tr&#232;s vite, ces accusations se cristallisent autour de la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une machine m&#233;diatico-s&#233;curitaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa reconstruction en 1976, la CNT conna&#238;t un tr&#232;s fort engouement populaire. En mars 1977, &#224; San Sebasti&#225;n de los Reyes (banlieue de Madrid), 30 000 personnes viennent acclamer des figures de l'anarchisme de retour d'exil. En juillet, le meeting de Montjuic (Barcelone) rassemble 50 000 participants. L'organisation revendique alors 300 000 adh&#233;rents, ce qui en fait la troisi&#232;me force syndicale derri&#232;re les CCOO et l'UGT. Mais les anarchistes se divisent tr&#232;s vite autour de la strat&#233;gie &#224; suivre. Ces divergences s'aggravent entre 1978 et 1979, au moment o&#249; la CNT fait l'objet d'une campagne de diabolisation dans les m&#233;dias, notamment &#224; la suite de l'incendie de la salle des f&#234;tes Scala, &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode d&#233;bute le 15 janvier 1978 quand, &#224; la fin d'une manifestation de 400 000 personnes appel&#233;e par la CNT contre les Pactes de la Moncloa, un groupe de jeunes c&#233;n&#233;tistes se retrouve dans le centre-ville et jette des cocktails Molotov sur la Scala. Le b&#226;timent prend feu et quatre travailleurs (dont un est syndiqu&#233; &#224; la CNT) qui se trouvaient &#224; l'int&#233;rieur sont retrouv&#233;s morts. Deux jours plus tard, la police affirme avoir retrouv&#233; les auteurs de &#171; &lt;i&gt;l'attentat&lt;/i&gt; &#187;. Il s'agit de militants c&#233;n&#233;tistes, accus&#233;s d'appartenir &#224; un &#171; &lt;i&gt;commando anarchiste&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;sent&#233; comme le bras arm&#233; de la CNT. S'en suit une campagne de criminalisation et de diffamation durant laquelle les journaux surm&#233;diatisent l'id&#233;e d'une menace anarchiste. Dans les mois qui suivent, l'enqu&#234;te interne men&#233;e par l'organisation et ses avocats montre qu'il y a eu des infiltrations polici&#232;res au sein de la Conf&#233;d&#233;ration. La brigade politico-sociale franquiste et sa cellule anti-anarchiste ont recrut&#233; un indicateur qui &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'origine de l'arrestation de plusieurs anarchistes en janvier 1977. Il infiltre un groupe de jeunes c&#233;n&#233;tistes et, avant de dispara&#238;tre, les incite &#224; commettre une action violente. Par ailleurs, le proc&#232;s est parsem&#233; d'incoh&#233;rences et d'irr&#233;gularit&#233;s (les avocats de la CNT ont notamment montr&#233; que de simples cocktails Molotov n'ont pas pu, &#224; eux seuls, causer l'incendie), ce qui n'emp&#234;che pas de lourdes condamnations&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trois militants &#233;copent de dix-sept ans de prison pour homicide volontaire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incendie de la Scala permet de marginaliser la CNT dans le paysage syndical (elle ne revendique plus que 30 288 affili&#233;s en d&#233;cembre 1979)&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pablo C&#233;sar Carmona Pascual, dans Transiciones : De la asamblea obrera al (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et de r&#233;activer la fiction de l'anarchiste-terroriste en jouant sur les peurs d'une nouvelle guerre civile. Alors que sous le franquisme, la menace int&#233;rieure &#233;taient le &lt;i&gt;rouge&lt;/i&gt; et la pieuvre sovi&#233;tique, l'int&#233;gration du PCE au r&#233;gime parlementaire s'accompagne d'une reconfiguration des figures sociales du d&#233;sordre. Apr&#232;s la Scala, toutes les luttes sociales men&#233;es par la CNT sont appr&#233;hend&#233;es par la police comme des menaces criminelles. Cela participe &#224; cristalliser les tensions et d&#233;saccords entre militants, qui m&#232;neront &#224; la scission de d&#233;cembre 1979, lors du V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ind&#233;pendantiste basque&#8230; et apr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1980 et 90, les luttes sociales persistent, mais pour l'essentiel, elles se cantonnent &#224; l'&#233;chelle locale et prennent la forme d'une bataille pour l'h&#233;g&#233;monie syndicale entre CCOO et UGT. Il s'agit de mobilisations ponctuelles, souvent corporatistes, contr&#244;l&#233;es et dirig&#233;es par les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux avec des revendications uniquement &#233;conomiques, contrairement &#224; celles des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ces m&#234;mes ann&#233;es, la figure de l'ennemi politique de la d&#233;mocratie n'est plus l'anarchiste-terroriste &#8211; les libertaires ne constituant plus une menace &#8211; mais l'ind&#233;pendantiste basque. Ce nouvel ennemi int&#233;rieur permet d'exporter la menace terroriste dans les espaces de la contestation sociale et de la contre-culture qui persistent, au Pays basque notamment&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les luttes autonomes au Pays basque &#224; cette p&#233;riode, lire Jtxo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Cette volont&#233; du pouvoir d'associer toute forme de protestation &#171; radicale &#187; &#224; des actions proto-terroristes explique en grande partie le peu d'&#233;cho et de l&#233;gitimit&#233; que ces luttes ont acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, alors qu'au cours des ann&#233;es 2000 les mobilisations populaires sont rares, les ann&#233;es suivantes la crise de l&#233;gitimit&#233; des centrales syndicales, coupl&#233;e aux mesures d'aust&#233;rit&#233; du gouvernement Zapatero en 2008, se traduisent par des formes de mobilisations assembl&#233;istes qui remettent en cause les cadres classiques de la mobilisation, comme en 2011 lors du &#171; mouvement des indign&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment-l&#224; que le pouvoir a non seulement fait appel &#224; l'esprit de &#171; &lt;i&gt;consensus&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt;civisme&lt;/i&gt; &#187; &#8211; mobilisant les r&#233;f&#233;rents de la transition espagnole largement mythifi&#233;s &#8211; mais a aussi r&#233;activ&#233; la fiction de l'anarchiste-terroriste dans le but de d&#233;samorcer la popularit&#233; des pratiques de d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre qu'en Espagne, la figure de l'ennemi int&#233;rieur ne s'&#233;puise pas dans son incarnation de militant ind&#233;pendantiste basque, mais conserve une vigueur qui peut &#234;tre employ&#233;e pour marginaliser ou exclure d'autres cibles politiques, notamment celles qui ont ou peuvent avoir de l'influence sur le devenir des mobilisations populaires, comme c'est le cas du mouvement libertaire. D&#232;s lors, bien que les op&#233;rations polici&#232;res de ces derni&#232;res ann&#233;es se soient sold&#233;es par des &#233;checs sur le plan juridique, l'arrestation le 13 mai dernier de militants anarchistes dans des centres sociaux &#224; Madrid montre que la machine polici&#232;re et judiciaire n'en a pas fini avec ses fantasmagories et sa recherche d'une nouvelle hydre aux mille t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Dolidier&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Historien et professeur d'histoire-g&#233;ographie.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Commissions ouvri&#232;res sont une organisation n&#233;e dans les usines durant les ann&#233;es 1960 pour lutter contre le syndicat vertical franquiste. Au cours de la transition politique, les CCOO ont fait l'objet d'un processus de bureaucratisation par les militants du PCE.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Trois militants &#233;copent de dix-sept ans de prison pour homicide volontaire, deux autres de peines plus l&#233;g&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pablo C&#233;sar Carmona Pascual, dans &lt;i&gt;Transiciones&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : De la asamblea obrera al proceso de pacto social&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : CNT (1976-1981)&lt;/i&gt;, Fundaci&#243;n de Estudios Libertarios Anselmo Lorenzo, Madrid, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les luttes autonomes au Pays basque &#224; cette p&#233;riode, lire Jtxo Estebaranz, &lt;i&gt;Guerre &#224; l'&#201;tat. Luttes autonomes et exp&#233;riences alternatives au Pays basque (1980-1992)&lt;/i&gt;, trad. Pierre-Jean Cournet, Libertalia, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Historien et professeur d'histoire-g&#233;ographie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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