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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>Les matons de Moulins ont les tympans fragiles</title>
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		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


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&lt;p&gt;Apr&#232;s trente jours de mise en quarantaine &#224; Fleury-M&#233;rogis (lire CQFD n&#176;13), notre reporter Jann-Marc Rouillan peut enfin &#244;ter sa museli&#232;re et reprendre sa chronique o&#249; il l'avait laiss&#233;e il y a deux mois : dans la routine du bunker de Moulin-Yzeure, juste avant que ne d&#233;boulent les cagoules. Lundi 17 mai. Au rez-de-chauss&#233;e devant la t&#233;l&#233;, la question de la torture tomba sur le tapis apr&#232;s quelques images vol&#233;es &#224; Abou Ghraib. Nabil, Fati, Jos&#233;&#8230; se rem&#233;mor&#232;rent les brutalit&#233;s et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s trente jours de mise en quarantaine &#224; Fleury-M&#233;rogis (lire &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Jean-Marc-Rouillan-a-teste-pour'&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;13&lt;/a&gt;), notre reporter Jann-Marc Rouillan peut enfin &#244;ter sa museli&#232;re et reprendre sa chronique o&#249; il l'avait laiss&#233;e il y a deux mois : dans la routine du bunker de Moulin-Yzeure, juste avant que ne d&#233;boulent les cagoules.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lundi 17 mai. Au rez-de-chauss&#233;e devant la t&#233;l&#233;, la question de la torture tomba sur le tapis apr&#232;s quelques images vol&#233;es &#224; Abou Ghraib. Nabil, Fati, Jos&#233;&#8230; se rem&#233;mor&#232;rent les brutalit&#233;s et les humiliations subies avant d'atterrir &#224; Moulins et d'autres cas dont ils connaissaient les malheureux protagonistes. Rien d'exceptionnel. De nos jours, les t&#233;moignages de mauvais traitements abondent dans les prisons de France. Tabassages et vexations ordinaires&#8230; pas une semaine sans apprendre qu'un tel ou tel autre a &#233;t&#233; d&#233;carcass&#233;. &lt;i&gt;&#171; Des matons l'ont rou&#233; de coups puis ils lui ont piss&#233; sur la gueule. &#187;&lt;/i&gt; Transf&#233;r&#233; au centre de d&#233;tention d'Eton, Nabil est revenu &#224; peine quelques semaines plus tard apr&#232;s une racl&#233;e m&#233;morable et quarante-cinq jours de mitard. &lt;i&gt;&#171; Ils ont essay&#233; de m'&#233;trangler&#8230; un maton &#233;norme me serrait la gorge pendant que ses coll&#232;gues me bourraient de coups de poing. Je me suis &#233;vanoui. Et au cachot, toutes les nuits, je flippais qu'ils entrent &#224; nouveau&#8230; pour m'accrocher. &#187;&lt;/i&gt; Ils nous font bien marrer avec leur commission anti-suicide. Tant qu'ils ne soul&#232;veront pas le couvercle de la violence ordinaire &#224; la p&#233;nitentiaire, ils tourneront autour du pot. J'ai pris Nabil &#224; part. &lt;i&gt;&#171; Ton histoire m'int&#233;resse, j'en ferai ma prochaine chronique pour&lt;/i&gt; CQFD&lt;i&gt;&#8230; On se voit demain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 18 mai. Le jour n'est pas lev&#233;. La vague impression de l'ouverture de la porte m'&#233;veille. Imm&#233;diatement des ombres sautent sur mon lit. Un coup, deux&#8230; Sous la couverture impossible de me d&#233;fendre. Ils sont au moins deux&#8230; trois peut-&#234;tre ? Ils me prennent &#224; bras le corps pendant que le premier entr&#233; me couvre le visage d'une serviette-&#233;ponge. Il semble vouloir me l'enfoncer dans la gorge, alors que les autres me retournent sur le ventre afin de me menotter. Au niveau des cervicales, une poigne plonge mon visage dans le matelas. J'&#233;touffe. Je me d&#233;bats pour respirer. Un genou ? un poing ?&#8230; me frappe entre les omoplates. Sous la violence du coup, je redresse la t&#234;te. Je prends une inspiration par la bouche. Le maton en profite pour bloquer la serviette en guise de b&#226;illon. Il serre &#224; la mani&#232;re d'un garrot. Ma m&#226;choire inf&#233;rieure demeure bloqu&#233;e grande ouverte. &#192; cet instant, je me rends compte qu'il r&#233;p&#232;te m&#233;caniquement &lt;i&gt;&#171; ne crie pas, ne crie pas&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, alors que jusqu'ici l'empoignade est &#233;trangement muette. Maintenant ils me redressent, d&#233;nud&#233;, menott&#233; dans le dos et b&#226;illonn&#233;. Dans l'encadrement de la porte, j'aper&#231;ois un groupe compact de surveillants et d'encagoul&#233;s de l'ERIS. On me pousse vers la coursive. Je traverse cette premi&#232;re haie d'honneur. Pr&#232;s de l'oreiller, celui qui me b&#226;illonne souffle sa rengaine : &lt;i&gt;&#171; ne crie pas, ne crie pas&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Aux abords de la grille de l'&#233;tage, un comit&#233; plus important&#8230; Devant la buanderie, je reconnais le directeur Wilmot. Il regarde ailleurs. Seul un ou deux surveillants arborent un sourire narquois, les autres paraissent g&#234;n&#233;s. Nous franchissons le sas vers l'escalier. Sur le palier, &#224; gauche, un troisi&#232;me groupe entoure Bauer, le grand directeur du CP. Dans le folklore de la p&#233;nitentiaire, lors des baluchonnages disciplinaires, les encravat&#233;s sont pr&#233;sents pour bien signifier que le dernier mot leur appartient. Mais quand il me voit appara&#238;tre drap&#233; de ma nudit&#233;, il d&#233;tourne les yeux et fixe le mur. Les grilles&#8230; les portes&#8230; On croise l'&#233;quipe de nuit et celle du matin. On p&#233;n&#232;tre dans le couloir principal. On d&#233;passe le secteur administratif, l'infirmerie, la cuisine, le magasin des cautions et on parvient enfin &#224; l'ultime sas de la d&#233;tention. Derri&#232;re se presse une meute de gardes mobiles, casqu&#233;s, encagoul&#233;s et serrant devant eux d'&#233;normes boucliers anti-&#233;meutes&#8230; En haut de la &#171; cour d'honneur &#187;, on entre dans la salle servant de greffe. En me tordant les poignets, ils me forcent &#224; m'agenouiller. On attend celui qui a les cl&#233;s des menottes. Il me les retire et je dois rester les mains crois&#233;es sur la t&#234;te. Dans mon dos, il y a l&#224; une dizaine de personnes. La salle est &#233;trangement silencieuse. Finalement un surveillant m'enferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debout dans le clapier grillag&#233; d'un m&#232;tre carr&#233;, je tente de remettre mes id&#233;es en ordre. Qu'est-ce qui a pu motiver cette exp&#233;dition punitive ? Depuis mon arriv&#233;e, la direction a &#233;t&#233; plusieurs fois explicite :&lt;i&gt; &#171; On ne veut pas de vous, trois ou cinq mois tout au plus&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Je r&#233;clame des v&#234;tements. Les ERIS m'ordonnent de me taire. Des pas d&#233;nud&#233;s r&#233;sonnent sur le carrelage, c'est Angel, le Basque m'accompagnant depuis Arles et les Baumettes&#8230; Malgr&#233; le b&#226;illon qui lui mange le visage, je le reconnais. Il porte un cale&#231;on et un t-shirt. J'entends les m&#234;mes ordres : &lt;i&gt;&#171; &#224; genoux ! &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; mains sur la t&#234;te ! &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Angel se plaint de douleurs &#224; la jambe. Ils l'insultent et un encagoul&#233; le menace en claquant les fen&#234;tres donnant sur la cour. Je demande des v&#234;tements &#224; un brigadier s'enfuyant les yeux baiss&#233;s. Il me ram&#232;ne mon cale&#231;on et des sandalettes. Charles d&#233;barque avec son escorte. Il me semble qu'il est nu. M&#234;mes menaces, m&#234;mes humiliations&#8230; &lt;i&gt;&#171; A genoux &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; mains sur la t&#234;te &#187;&lt;/i&gt;. Comme par hasard, les trois prisonniers politiques viennent d'Arles. Nous nous retrouvons c&#244;te &#224; c&#244;te dans cette gal&#232;re. Nous &#233;changeons quelques mots. Angel souffre&#8230; Le chef de d&#233;tention appara&#238;t pr&#232;s de l'entr&#233;e. On nous apporte un pantalon et un t-shirt. Un quatri&#232;me d&#233;tenu est gard&#233; &#224; l'&#233;cart. Lui non plus ne dort pas habill&#233;, je saisis l'ordre de lui amener une couverture. Charles est emport&#233;, ficel&#233; comme un ballot. Hier au JT, le reporter s'&#233;tonnait qu'un si gentil gars comme le fianc&#233; de la caporale English ait pu commettre des actes r&#233;pr&#233;hensibles &#224; Abu Ghra&#239;b. Pourtant, dans le &#171; civil &#187;, il &#233;tait gardien de prison ! Avec Angel nous sommes embarqu&#233;s c&#244;te &#224; c&#244;te dans une camionnette. Les menottes broient mes poignets. Quand il affirme qu'il ne peut plus plier la jambe, un ERIS l'empoigne et le secoue violemment en lui serrant la gorge. Je proteste. L'encagoul&#233; derri&#232;re moi me frappe puis m'agrippe le visage avec ses mains gant&#233;es de cuir noir. Il tire ma t&#234;te en arri&#232;re. Entre ses doigts, j'ai la surprise de voir le directeur Wilmot s'installer au volant. Press&#233; de nous chasser de sa prison, il donne un coup de main ! Et c'est dans cet &#233;quipage qu'au matin nous avons quitt&#233; la centrale de Moulins&#8230; pour un long voyage&#8230; pour la longue croisi&#232;re immobile de l'isolement total. Charles au QI de Luynes, Angel &#224; Lyon et moi au QHS de Fleury, r&#233;ouvert depuis trois mois seulement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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