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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Le QHS de Fleury prend un coup de jeune</title>
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		<dc:date>2004-10-18T09:35:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;Le QHS nouveau est arriv&#233;. La nostalgie des ann&#233;es 70 n'ayant pas &#233;pargn&#233; l'administration p&#233;nitentiaire, celle-ci vient de rouvrir le Quartier de Haute S&#233;curit&#233; de Fleury-M&#233;rogis, ferm&#233; depuis 1981. Notre collaborateur Jann-Marc Rouillan y a s&#233;journ&#233; une partie de l'&#233;t&#233;. Apr&#232;s les tortures subies &#224; Moulins (voir CQFD n&#176;14), et avant un &#233;ni&#232;me transfert vers d'autres cieux carc&#233;raux, c'&#233;tait l'occasion de visiter les murs rendus c&#233;l&#232;bres par Mesrine. A la fouille, lorsque le brigadier dit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no15-septembre-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;15 (septembre 2004)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chronique-carcerale" rel="tag"&gt;Chronique carc&#233;rale&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le QHS nouveau est arriv&#233;. La nostalgie des ann&#233;es 70 n'ayant pas &#233;pargn&#233; l'administration p&#233;nitentiaire, celle-ci vient de rouvrir le Quartier de Haute S&#233;curit&#233; de Fleury-M&#233;rogis, ferm&#233; depuis 1981. Notre collaborateur Jann-Marc Rouillan y a s&#233;journ&#233; une partie de l'&#233;t&#233;. Apr&#232;s les tortures subies &#224; Moulins (voir &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Les-matons-de-Moulins-ont-les'&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;14&lt;/a&gt;), et avant un &#233;ni&#232;me transfert vers d'autres cieux carc&#233;raux, c'&#233;tait l'occasion de visiter les murs rendus c&#233;l&#232;bres par Mesrine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la fouille, lorsque le brigadier dit en me montrant du doigt : &lt;i&gt;&#171; Lui, il part au D5 &#187;&lt;/i&gt;, je ne suis pas surpris. Je connais le b&#226;timent depuis longtemps, comme sa mauvaise r&#233;putation persistante. Isolement disciplinaire, bien s&#251;r ! Apr&#232;s le balluchonnage du matin par les encagoul&#233;s, je ne m'attends pas &#224; mieux. Par contre, je m'&#233;tonne lorsque les deux matons se pr&#233;cipitent imm&#233;diatement sur moi pour me menotter. Visiblement, pour eux, pas de doute, cette affectation prouve ma nature dangereuse de b&#234;te sauvage. Le comit&#233; de r&#233;ception patiente sous le porche d'entr&#233;e. Sept ou huit matons&#8230; Tous les mouvements du b&#226;timent sont bloqu&#233;s et les couloirs vid&#233;s. Un surveillant contr&#244;le la grille de chaque palier. Au 4e, nous enquillons l'aile sombre de droite. Je ne laisse rien para&#238;tre, mais au fond de moi, je pense : les enfoir&#233;s, ils ont rouvert le QHS ! Ils me forcent &#224; marcher au milieu du couloir, solidement encadr&#233;, jusqu'&#224; la cellule. J'y entre. Le bricard claque violemment la porte derri&#232;re moi et tire tout aussi bruyamment les deux verrous, vlan ! vlan ! &#192; l'&#233;poque de S&#233;curit&#233; et Libert&#233;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adopt&#233;e en f&#233;vrier 1981 &#224; l'initiative du garde des Sceaux de l'&#233;poque, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, j'avais tra&#238;n&#233; quelque temps mes solitudes dans les QHS et autres QSR. Mais je n'avais jamais visit&#233; celui de Fleury, ferm&#233; depuis juin 1981. Trop compliqu&#233; &#224; adapter aux normes &#171; QI &#187; (quartier d'isolement), selon les experts.&lt;i&gt; &#171; Il est &#224; nouveau en service depuis trois mois &#187;&lt;/i&gt;, m'explique avec ravissement le grad&#233; qui me conduit devant le directeur. Dans la salle d'audience, le bureaucrate &#226;nonne la lettre de cachet : &lt;i&gt;&#171; Suspicion de tentative d'&#233;vasion&#8230; enqu&#234;te de la gendarmerie&#8230; h&#233;licopt&#232;re&#8230; commando arm&#233;&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Il ne joue m&#234;me pas la com&#233;die d'y croire. Il s'excuse du style&#8230; La prose aurait &#233;t&#233; dict&#233;e au t&#233;l&#233;phone par un responsable du minist&#232;re. Je refuse de la signer. On me reconduit. Derri&#232;re moi, la porte claque, puis les deux verrous : vlan ! vlan ! Les trois coups r&#233;sonnent dans ma chair et s'adressent &#224; mon moi le plus intime, &#224; un pass&#233; que je pensais r&#233;volu. Le m&#233;tal et le b&#233;ton claironnent leur titre de propri&#233;t&#233; : je ne suis rien, je leur appartiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Fleury M&#233;rogis, un jour de septembre 76, o&#249; j'existais si peu que je n'&#233;tais m&#234;me pas personne&#8230; Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les citations sont tir&#233;es d'un texte de Jacques Mesrine, mis en musique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; La gamelle&#8230; &lt;i&gt;&#171; Pas faim ! &#187;&lt;/i&gt; La porte claque, puis les deux verrous. &lt;i&gt;&#171; Inhumain r&#233;tr&#233;ci sans aucun lendemain&#8230; &#187;&lt;/i&gt; L'infirmier&#8230; &lt;i&gt;&#171; Pas de dope ! &#187;&lt;/i&gt; La porte claque, puis les deux verrous, vlan ! vlan ! Et, en &#233;cho, les portes de mes cong&#233;n&#232;res. &#192; la nuit tomb&#233;e, je repense &#224; ce jour gris de 1976, lorsque Mesrine quitte le quartier bas de la Sant&#233;. La fen&#234;tre de sa cellule donnait sur la cour de la 1re division o&#249;, prisonniers politiques, nous nous baladions tous les apr&#232;s-midi. Dans le noir, je me dis que la sale &#233;poque p&#233;nitentiaire est de retour. Et, comme lui, il y a trente ans, je marche, je marche&#8230; Six pas jusqu'&#224; la fen&#234;tre, six pas jusqu'&#224; la porte. &lt;i&gt;&#171; Il tourne en des milliers de pas qui ne m&#232;nent nulle part, dans un monde de b&#233;ton aux arbres de barreaux fleuris, fleuris de d&#233;sespoir. Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt; Au matin, le quartier se r&#233;veille avec les premiers claquements de portes. Il s'&#233;broue des verrous. Nous sommes &#224; peine une dizaine de r&#233;sidents pour quarante cellules. Tous du m&#234;me c&#244;t&#233;, en face du mirador, ainsi les gardiens ont une vue plongeante sur le moindre recoin de cellule. Quand tu t'allonges sur ton lit, il doit te voir. Quand tu t'assois sur les chiottes, il doit te voir. Quand tu marches, il doit te voir. C'est la comptine du panoptique ! D'autant plus qu'&#224; la porte il n'y a pas un &#339;illeton mais deux. &#192; aucun moment tu ne peux oublier qu'ils te surveillent. Nuit et jour, car ici les &#233;quipes de matons sont &#224; demeure. Sur les portes, j'ai lu les noms de deux coll&#232;gues crois&#233;s l'un &#224; Arles et l'autre &#224; Moulins. Le premier est &#224; l'isolement depuis une tentative d'&#233;vasion collective un soir de d&#233;cembre. &#199;'avait pas mal bataill&#233;. Enzo, un d&#233;tenu italien, et un gars venu de l'ext&#233;rieur avaient tr&#233;pass&#233;. Quant au second, il sortait &#233;galement d'une &#233;vasion sanglante dans le ciel des Baumettes.&lt;i&gt; &#171; Il tourne. Il tournera toujours&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Par-dessus le mur des promenades, un gars, lui aussi ancien &#233;vad&#233; en h&#233;lico, m'affranchit. Au QHS, nous sommes &#224; peu pr&#232;s tous log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne, &#233;vasion ou suspicion d'&#233;vasion avec armes. Au moins trois d'entre eux ont sacrifi&#233; leur libert&#233; pour arracher un ami ou un fr&#232;re. Aucun touriste volontaire, donc, ni de &lt;i&gt;&#171; fatigu&#233; &#187;&lt;/i&gt; chass&#233; de la d&#233;tention, nous sommes entre nous, cumulant des d&#233;cennies de gal&#232;re p&#233;nitentiaire. &lt;i&gt;&#171; Il tourne en des milliers de pas qui ne m&#232;nent nulle part, dans un monde de b&#233;ton aux arbres de barreaux fleuris, fleuris de d&#233;sespoir. Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Palp&#233; en entrant et en sortant de cellule&#8230; Pass&#233; au d&#233;tecteur de m&#233;tal &#224; l'improviste&#8230; Fouill&#233; &#224; corps &#224; l'aller et au retour des parloirs et lors de chaque d&#233;placement&#8230; Menott&#233; d&#232;s qu'on quitte le QHS pour l'infirmerie ou un autre service. Fragilis&#233; par les perp&#233;tuels changements d'horaires. Et toujours, en face de nous, cinq ou six uniformes, quand ce n'est pas pire. Au QI du D1, les encagoul&#233;s ont fracass&#233; Manu apr&#232;s lui avoir li&#233; les pieds et les poings. La main mise sur le prisonnier est totale. On est renvoy&#233; &#224; l'&#233;tat de chose, d&#233;shumanis&#233; jusqu'&#224; ne se sentir plus personne. &lt;i&gt;&#171; Fleury M&#233;rogis, un jour de septembre 76, o&#249; j'existais si peu que je n'&#233;tais m&#234;me pas personne&#8230; Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt; On tourne en rond dans des promenades carrel&#233;es ressemblant &#224; des piscines vid&#233;es et couvertes de plusieurs couches de grilles, de grillages et de barbel&#233;s. On hurle pour que nos voix sautent les murs. Face &#224; la r&#233;ouverture du QHS, le constat est ais&#233;. On ne peut en rester &#224; la demande d'&#233;galiser les formes de torture avec les autres QI de France et de Navarre. Nous formulons des revendications correspondant au saut de la r&#233;pression carc&#233;rale. Jour apr&#232;s jour, nous &#233;grenons les points principaux : dissolution des brigades d'encagoul&#233;s, fermeture des QHS et des QI, rapprochement familial, interdiction des parloirs par hygiaphone&#8230; &#192; la premi&#232;re lutte, celui d'entre nous qui en aura l'occase les sortira clandestinement pour les diffuser largement, avec l'espoir de remuer les autres d&#233;tentions. On &#233;change les consignes. La semaine du 14 juillet, nous serons en gr&#232;ve !&lt;i&gt; &#171; Il tourne, il tournera toujours&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Les jours passent. Les nuits passent. Je marche de la fen&#234;tre &#224; la porte. Mon voisin fait de m&#234;me, cent pas nu-pieds, j'entends ses talons r&#233;sonner sur le carrelage. Solitude des sentinelles dont l'esp&#233;rance meurt &#224; petit feu. &#192; peine un reflet dans la vitre. Presque rien&#8230; &lt;i&gt;&#171; Il est seul. SEUL&#8230; Vivant mort-n&#233;&#8230; Il tombera &#224; terre pour se laisser crever&#8230; Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt; Il y a bien longtemps, un soir d'hiver de 79. Sur le pont de la rue Ordener, notre v&#233;hicule &#233;tait bloqu&#233; par la circulation. Un gars s'est approch&#233; de ma vitre et m'a lanc&#233; un grand salut de la main. J'ai souri. Il a renouvel&#233; son geste en continuant sur le trottoir. Je ne savais pas que c'&#233;tait &#224; cette heure un adieu. Nathalie au volant m'a demand&#233; :
&lt;i&gt;&#171; C'est qui ce mec ?
Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Adopt&#233;e en f&#233;vrier 1981 &#224; l'initiative du garde des Sceaux de l'&#233;poque, Alain Peyrefitte, la loi &#171; S&#233;curit&#233; et Libert&#233; &#187; visait - d&#233;j&#224; - &#224; durcir le sort des d&#233;tenus : circonstances att&#233;nuantes revues &#224; la baisse, cr&#233;ation de peines dites &#171; de s&#251;ret&#233; &#187;, restriction des permissions de sortie et des r&#233;ductions de peine&#8230; Sarkozy et Perben n'ont rien invent&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les citations sont tir&#233;es d'un texte de Jacques Mesrine, mis en musique apr&#232;s sa mort par le groupe Trust.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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