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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Fredo, l'prolo d'Saint-Naz'</title>
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		<dc:date>2008-06-09T09:40:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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&lt;p&gt;CE MOIS-CI ENCORE, je ne suis pas trop &#224; l'usine car j'utilise mes derniers cong&#233;s pay&#233;s de l'ann&#233;e dans divers coins de France, invit&#233; &#224; pr&#233;senter mes livres et autres. Je reviens juste d'une v&#233;ritable tourn&#233;e en Bretagne qui m'a conduit &#224; Rennes, Nantes et Saint-Nazaire&#8230; &#192; Saint-Nazaire, Fredo, Yann et Michel m'ont donn&#233; rendez-vous devant la base sous-marine, une verrue de b&#233;ton noirci datant de la guerre qui fait office de lieu touristique aujourd'hui. C'est de Fredo qu'il sera surtout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;CE MOIS-CI ENCORE, je ne suis pas trop &#224; l'usine car j'utilise mes derniers cong&#233;s pay&#233;s de l'ann&#233;e dans divers coins de France, invit&#233; &#224; pr&#233;senter mes livres et autres. Je reviens juste d'une v&#233;ritable tourn&#233;e en Bretagne qui m'a conduit &#224; Rennes, Nantes et Saint-Nazaire&#8230; &#192; Saint-Nazaire, Fredo, Yann et Michel m'ont donn&#233; rendez-vous devant la base sous-marine, une verrue de b&#233;ton noirci datant de la guerre qui fait office de lieu touristique aujourd'hui. C'est de Fredo qu'il sera surtout question dans ces lignes. Il a les cheveux blancs et l'air assez costaud d'un mec qui a boss&#233; sur les docks. &#192; cinquante-huit ans, il est en pr&#233;retraite depuis bient&#244;t sept ans. Lui et ses acolytes tiennent &#224; me faire d&#233;couvrir le patrimoine ouvrier local, avant mon intervention de ce soir. Chaque lieu est pr&#233;texte &#224; une &#233;vocation d'un moment de lutte ouvri&#232;re.&lt;i&gt; &#171; L&#224;, les dockers ont attach&#233; le patron dans une brouette pour l'emmener &#224; la mairie. Ici, on peut encore voir des traces de pneus br&#251;l&#233;s, reste de la derni&#232;re gr&#232;ve sur la casse du statut des dockers. Lorsque la CGT appelle &#224; une manif &#224; huit heures, on sait qu'il ne se passera rien, quand c'est &#224; quatorze heures, apr&#232;s l'ap&#233;ro et le reste, l&#224; on sait qu'il y aura de la bagarre. &#187;&lt;/i&gt; On passe devant les chantiers navals, les docks, l'usine Airbus, la raffinerie Total, le pont de Saint-Nazaire&#8230; Mais on voit bien que, si l'activit&#233; est encore tr&#232;s importante, il y a bien moins de monde pour faire tourner les machines. Ensuite, Fredo m'invite chez lui, une maison dans une cit&#233; ouvri&#232;re propri&#233;t&#233; du port. Il sait qu'il pourra y rester tout le reste de sa vie,m&#234;me maintenant qu'il est &#224; la retraite. Dans le jardin, outre un peu de bazar, comme chez tous les prolos qui bricolent, tr&#244;nent un tas de sel amen&#233; l&#224; par un cousin paludier pr&#232;s de Gu&#233;rande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fredo et moi parlons musique. Il aimait les Cramps et j'&#233;voque The Kills alors qu'il met un disque des Ramones sur la platine. Il n'est pas chien pour m'offrir un verre de vin, m&#234;me s'il ne boit plus que de l'eau : &lt;i&gt;&#171; Quand je bossais j'ai tellement bu que j'ai pris de l'avance pour tout le temps qu'il me reste &#224; vivre. &#187;&lt;/i&gt; Fredo a la gouaille et le parler des prolos, mais il est conscient et analyse bien la situation : &lt;i&gt;&#171; Quand t'&#233;tais enfant de prolos &#224; Saint-Naz, il n'y avait pas trente-six solutions : soit tu bossais aux chantiers, soit t'&#233;tais docker, soit tu entrais &#224; Sud-Aviation. Moi, je suis rentr&#233; comme ajusteur aux chantiers navals. &#187;&lt;/i&gt; En1968, il a tout juste dix-huit ans lorsque &#233;clatent les &#233;v&#233;nements du mois de mai. Fredo quitte son port pour aller &#224; Paris, accompagn&#233; de Michel. Ils participent &#224; l'occupation de la Sorbonne. C'est peut-&#234;tre de l&#224; que vient leur engagement qui entra&#238;nera plus tard la cr&#233;ation du Front Libertaire sur Saint-Nazaire, groupe affinitaire anar sans lien avec les anarchistes organis&#233;s. En 1985, il y a des chamboulements dans la vie de Fredo et celuici d&#233;cide de quitter les chantiers pour atterrir sur les docks. Ce n'est pas que &#231;a lui plaise trop, mais on n'y gagne pas trop mal sa vie, m&#234;me quand on essaie de ne pas faire trop d'heures. Malgr&#233; le fait qu'il travaille dans un milieu trust&#233; par le PC et la CGT, il ne supporte pas les communistes : &lt;i&gt;&#171; Ils ont &#233;t&#233; achet&#233;s sous De Gaulle. Il a donn&#233; des bons statuts aux dockers et aux ouvriers du livre, pour avoir la paix sociale. &#187;&lt;/i&gt; &#192; cinquante et un ans, Fredo b&#233;n&#233;ficie des mesures &#171; amiante &#187; et se retrouve en pr&#233;retraite. &lt;i&gt;&#171; &#199;a tombait bien, je ne supportais plus mon boulot. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il me raconte les trucs que les coll&#232;gues et lui faisaient pour tenir au turbin : les vols &#233;videmment. Il y avait celui qui se faisait comme une mission de voler quelque chose tous les jours ; il y avait cet autre qui remplissait son garage de bouteilles de Porto piqu&#233;es sur les bateaux ; il y a le fait que tous les dockers ont du mat&#233;riel de bricolage de marque Facom (tant qu'&#224; faire), et que ce n'&#233;tait pas pour rien que presque tous les ouvriers du port se d&#233;pla&#231;aient en fourgonnette&#8230; &lt;i&gt;&#171; Voler, c'est normal chez un ouvrier, c'est comme r&#233;cup&#233;rer son d&#251;. &lt;/i&gt; &#187; Mais maintenant, la direction du port a install&#233; de hautes grilles et c'est de plus en plus difficile de piquer. Il me parle aussi de ceux qui se coupaient un doigt pour ne plus travailler et vivre d'une pension d'invalidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fredo est intarissable. Maintenant qu'il est &#224; la retraite, il prend sa vie &#224; son rythme. Il voyage, aide sa famille agricultrice, lorsqu'il y a besoin de bras, ou milite. Pour ce Premier Mai, avec ses camarades, il distribuait &#224; qui le voulait bien Le Droit &#224; la paresse de Paul Lafargue dans les rues de sa ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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