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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Je suis une teigneuse</title>
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		<dc:date>2009-05-11T07:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
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&lt;p&gt;AUJOURD'HUI, je vous sors de l'usine car, m&#234;me s'il s'y passe toujours des choses, l'actualit&#233; locale, ce mois-ci, se situait &#224; l'ext&#233;rieur. Les bo&#238;tes qui ferment, c'est plut&#244;t &#171; tendance &#187; en ce moment et la r&#233;gion normande n'y &#233;chappe pas. Pas tr&#232;s loin de ma taule, l'Imprimerie Offset Num&#233;rique (ION, groupe Morault) a tir&#233; le rideau le 23 f&#233;vrier, avec 56 licenciements &#224; la cl&#233;. Dans la liste des fermetures actuelles, c'est un peu du pipi de chat, n'emp&#234;che que les salari&#233;s se sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/groupe-Morault" rel="tag"&gt;groupe Morault&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;AUJOURD'HUI, je vous sors de l'usine car, m&#234;me s'il s'y passe toujours des choses, l'actualit&#233; locale, ce mois-ci, se situait &#224; l'ext&#233;rieur. Les bo&#238;tes qui ferment, c'est plut&#244;t &#171; tendance &#187; en ce moment et la r&#233;gion normande n'y &#233;chappe pas. Pas tr&#232;s loin de ma taule, l'Imprimerie Offset Num&#233;rique (ION, groupe Morault) a tir&#233; le rideau le 23 f&#233;vrier, avec 56 licenciements &#224; la cl&#233;. Dans la liste des fermetures actuelles, c'est un peu du pipi de chat, n'emp&#234;che que les salari&#233;s se sont bagarr&#233;s et que c'&#233;tait plut&#244;t pas mal. Curieusement, ils n'ont commenc&#233; &#224; se battre que ce jour-l&#224;, apr&#232;s avoir re&#231;u leur lettre de licenciement, en venant bloquer le d&#233;m&#233;nagement d'une machine qui devait &#234;tre transf&#233;r&#233;e dans une autre imprimerie du groupe. Garder la machine (une &#171; Heidelberg &#187;, pour les connaisseurs), c'&#233;tait un moyen de pression sur la direction pour arracher une prime de licenciement. L'occupation a dur&#233; pendant un mois, nuit et jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les occupants qui se relaient sous le barnum, pr&#232;s des brasiers et des affiches CGT, il y a Florence. Toujours en jean et en blouson, arborant souvent une casquette. C'est le genre de fille battante qui ne se laisse pas marcher sur les pieds : &lt;i&gt;&#171; En 2006, Morault, le patron, vient dans la bo&#238;te en disant &#8220;je veux ouvrir tous les placards, pour voir s'il y a de l'alcool &#8221;. Je refus&lt;/i&gt;e, dit Florence, &lt;i&gt;parce que c'est ma vie priv&#233;e et que s'il veut voir ce qu'il y a dedans il doit &#234;tre accompagn&#233; d'un flic. En rentrant de vacances, j'apprends qu'il me fiche dehors, alors je le colle aux prud'hommes, il perd et doit me r&#233;int&#233;grer. Je ne suis pas du genre &#224; me laisser faire, fille et petitefille de coco, il ne sait pas &#224; qui il a affaire. Du coup, je vais &#224; l'UL CGT et je deviens d&#233;l&#233;gu&#233;e syndicale. Apr&#232;s je lui demande la constitution d'un Comit&#233; d'&#233;tablissement, vu qu'on est plus de cinquante. Et l&#224;, Morault dit : &#8220;Si c'est un CE CGT, je ferme la bo&#238;te.&#8221; Et c'est un CE CGT qui est &#233;lu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morault poss&#232;de douze imprimeries en Normandie et Picardie et joue avec ses bo&#238;tes comme au Monopoly. C'est connu aussi qu'il a toujours fait en sorte de se d&#233;barrasser de tout salari&#233; vindicatif et contestataire, usant de la loi &#224; sa convenance, comme la plupart des patrons. Apr&#232;s les &#233;lections, il d&#233;cide de fermer ION, en pr&#233;textant la fin des CD (l'imprimerie faisait les livrets des CD pour Universal et tous les gros labels) mais, en r&#233;alit&#233;, il fait transf&#233;rer les autres travaux sur les sites picards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bougre a aussi des manies de grand bourgeois : propri&#233;taire d'une collection de voitures anciennes, il fait, en2006, le Rallye Transbaltica avec sa Bentley ; sur son beau voilier, il participe, en 2007, &#224; la Semaine de Porquerolles ; dans son ch&#226;teau de Saint-Sa&#235;ns, en Normandie, se situe son &#233;levage de vaches &#171; blondes d'Aquitaine &#187; qui remportent des prix dans les concours agricoles. Il organise aussi des chasses &#224; courre dans la r&#233;gion normande. Florence et ses coll&#232;gues, &#224; coups de rassemblements devant l'imprimerie et de meetings-barbecues, parviennent &#224; rendre l'occupation tr&#232;s populaire. M&#234;me le juge du tribunal d'instance se met de la partie en n'ordonnant pas aux occupants de lib&#233;rer les lieux. Florence est partout dans la presse r&#233;gionale et son volontarisme passe bien face &#224; un patron qui ne veut rien savoir. Quand on lui demande pourquoi ils ne se sont pas battus contre la fermeture, Florence se l&#226;che :&lt;i&gt; &#171; On n'en veut plus de cette bo&#238;te, on en a trop bav&#233;, il y a eu trop de tensions. Trop de mauvais souvenirs. Nous, on veut partir avec des sous, parce que Morault nous doit bien &#231;a. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de la lutte, et aussi sous la pression des pouvoirs publics, Morault accepte de n&#233;gocier. Ce n'est pas du tout &#224; la hauteur de ce que voulaient les salari&#233;s (primes de 4000 &#224; 7000 euros en plus des indemnit&#233;s l&#233;gales de licenciement), mais les occupants ont le sentiment d'avoir gagn&#233;, d'avoir fait plier Morault pour la premi&#232;re fois. La premi&#232;re fois aussi qu'un patron l&#226;che du fric alors que les gens sont d&#233;j&#224; dehors. Florence a un coup de blues, normal en fin de conflit, mais quand je lui demande ce qu'elle va faire maintenant, elle me r&#233;pond :&lt;i&gt; &#171; J'en ai pas fini avec Morault, pendant le conflit on a d&#233;couvert que, sur l'ensemble du groupe, on &#233;tait pass&#233; de plus de 500 salari&#233;s &#224; 330, sans plans sociaux, en lourdant individuellement. Il va falloir qu'il rende des comptes. Et puis, en allant voir les autres sites, on a rencontr&#233; des gens qui voulaient monter un syndicat. Morault n'a pas fini d'entendre parler de moi. &#187;&lt;/i&gt; Et puis, elle me fait un sourire et un clin d'oeil :&lt;i&gt; &#171; J'te l'ai dis : j'suis une teigneuse. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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