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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Encore une louche de manouche ?</title>
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		<dc:creator>Anatole Istria</dc:creator>


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&lt;p&gt;GRAND FLAMBEUR, grand vivant, grand joueur de billard et de poker, peintre et accessoirement guitariste g&#233;nial, Django Reinhardt aurait 100 ans (en 2010). &#171; Et alors ? Ma grand-m&#232;re aussi ! &#187;, nous direz-vous ? C'est quand m&#234;me l'occasion d'en causer avec Fran&#231;ois Billard, dit &#171; le r&#233;gisseur &#187;, un gonze qui conna&#238;t la musique. Peut-on dire de Django qu'il est le vrai inventeur du jazz manouche ? C'est le g&#233;nie en tout cas. Mais lui-m&#234;me insistait sur le fait qu'il n'&#233;tait pas seul et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no76-mars-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;76 (mars 2010)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;GRAND FLAMBEUR, grand vivant, grand joueur de billard et de poker, peintre et accessoirement guitariste g&#233;nial, Django Reinhardt aurait 100 ans (en 2010). &lt;i&gt;&#171; Et alors ? Ma grand-m&#232;re aussi ! &#187;,&lt;/i&gt; nous direz-vous ? C'est quand m&#234;me l'occasion d'en causer avec Fran&#231;ois Billard&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Billard est l'auteur de Django Reinhardt (Fayard, 2004), avec Alain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, dit &lt;i&gt;&#171; le r&#233;gisseur &#187;&lt;/i&gt;, un gonze qui conna&#238;t la musique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L319xH372/aurel76-451fd.jpg?1768659620' width='319' height='372' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on dire de Django qu'il est le vrai inventeur du jazz manouche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le g&#233;nie en tout cas. Mais lui-m&#234;me insistait sur le fait qu'il n'&#233;tait pas seul et qu'il &#233;tait aussi l'h&#233;ritier d'une tradition manouche et gitane &#8211; Django savait jouer le flamenco, par exemple. Il cite l'influence de gens comme Poulette Castro, qui sont devenus l&#233;gendaires car on n'a que de tr&#232;s rares enregistrements. Des virtuoses jouent aux c&#244;t&#233;s de Django,notamment Barro Ferret et son fr&#232;re Matelot Ferret. Si on conna&#238;t aujourd'hui les valses de Django, c'est gr&#226;ce &#224; Matelot qui les a recueillies pieusement et qui les a enregistr&#233;es en 1956. Au d&#233;part, c'&#233;taient surtout des musiciens de musette, ils gagnaient leur vie dans les bals. C'&#233;taient les meilleurs guitaristes et ils accompagnaient les grands accord&#233;onistes comme Gus Viseur ou Tony Murena. Le grand bouleversement, c'est quand Django d&#233;couvre le jazz en 1930. Ils vont faire le pont avec le musette et lui donner une impulsion swing. L'accord&#233;oniste Jo Privat disait : &lt;i&gt;&#171; On jouait avec ces guitaristes et on leur prenait leur technique, c'est ce qui nous a permis de faire du musette g&#233;nial qui sort des traits des guitaristes. &#187;&lt;/i&gt; Il y avait aussi cette tradition complexe des &#171; musiques tziganes &#187; de l'Est. L'influence des Sintis d'Allemagne est extr&#234;mement importante chez leurs homologues fran&#231;ais qu'on appelle les Manouches dans le Nord, en Belgique &#8211;o&#249; est n&#233; Django&#8211; et en Alsace. Citons &#233;galement l'apport de la musique italienne, la plupart des grands accord&#233;onistes venaient d'Italie. Il y a l&#224; un creuset extraordinaire o&#249; l'on retrouve toujours des gens du voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Django accompagne tout le monde. Avec une nouvelle g&#233;n&#233;ration tr&#232;s cr&#233;ative de jazzmen fran&#231;ais qui se calquent sur ce que font les Am&#233;ricains (Alix Combelle, Philippe Brun) ; avec les Am&#233;ricains eux-m&#234;mes, Duke Ellington, Bill Coleman ou Coleman Hawkins, le Napol&#233;on du sax t&#233;nor. Dans le m&#234;me temps, la chanson fran&#231;aise conna&#238;t une v&#233;ritable r&#233;volution avec l'arriv&#233;e de Charles Trenet, Jean Tranchant, Jean Sablon, qui comprennent la modernit&#233; du jazz. Tous ces musiciens s'impr&#232;gnent tr&#232;s vite les uns les autres. Il faut aussi &#233;voquer St&#233;phane Grappelli, la v&#233;ritable conscience professionnelle de Django, sans qui celui-ci n'aurait peut-&#234;tre jamais d&#233;marr&#233; sa carri&#232;re. Grappelli, prix de conservatoire de la rue de Madrid &#224; Paris, a retranscrit la musique de Django, qui ne savait pas lire la musique, ni le reste d'ailleurs. Django &#233;tait un r&#234;veur d&#233;tach&#233; des choses mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On conna&#238;t un peu le r&#244;le des gangsters dans le financement de la sc&#232;ne jazz aux USA. En France &#224; la m&#234;me &#233;poque, quel est le rapport des musiciens jazz-musette avec la p&#232;gre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris et alentour, les bo&#238;tes sont tenues par les Auverpins (Auvergnats) ; ce n'est pas la mafia stricto sensu, mais ce sont des gens qui contr&#244;lent strictement le business. Tout le Milieu vient dans ces endroits : les p&#233;griots, Pierrot-le-fou et compagnie, tous ces gens se c&#244;toient. Jo Privat, qui en connaissait un rayon, le disait lui-m&#234;me : les truands ont &#233;t&#233; &#171; les grands financeurs de la belle musique &#187;. La p&#232;gre a beaucoup financ&#233; le jazz mais sans jamais s'attendre &#224; un retour sur investissement. Il y avait beaucoup d'amour l&#224;-dedans. Les guitaristes comme Django &#233;taient moins inclus dans le Milieu que les accord&#233;onistes. Bien s&#251;r, il y avait de vrais truands, des vrais maquereaux chez les musiciens manouches ou gitans,mais l&#224; je ne me permettrais pas de citer de noms. Django lui-m&#234;me n'avait pas cette fibre-l&#224;, il s'en foutait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis arrivent l'Occupation allemande et Vichy. Comment les Manouches traversent-ils cette p&#233;riode ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, pendant l'Occupation le jazz devient un ph&#233;nom&#232;ne important. &#192; travers les Hot clubs de France se cr&#233;e toute une structure d'&#233;coute de disques, de concerts. Sans l'appellation jazz, les rythmes swing passent finalement pas mal &#224; la radio. Symboliquement, &#233;couter du jazz c'est une forme de r&#233;sistance douce &#224; P&#233;tain. La propagande anti-swing d&#233;nonce une musique &#171; jud&#233;o-n&#232;gre &#187;. Pendant ce temps, Django, encha&#238;ne les tubes : &#171; Nuages &#187;, &#171; Swing42 &#187;&#8230; et devient vraiment connu. Il traverse la guerre &#171; prot&#233;g&#233; &#187;, sans vraiment s'en rendre compte ni rien faire pour, presque malgr&#233; lui. &#192; ce moment, les gens qui pouvaient se payer une place de concert, c'&#233;taient les Allemands et aussi des pourritures, une partie des truands fran&#231;ais qui se retrouvaient du c&#244;t&#233; du pognon, donc du pouvoir. Django commence &#224; avoir des doutes quand on lui propose de jouer en Allemagne pour les prisonniers ; il refuse, il a peur que &#231;a l'implique dans un truc politique. Il essaye alors de passer en Suisse et se fait attraper : le commandant de la place tout pr&#232;s de la fronti&#232;re lui dit gentiment qu'il est inutile de prendre ce genre de risques. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les musiciens manouches les plus connus n'ont pas &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;s. Cela ne les a pas emp&#234;ch&#233;s parfois de crever de trouille, comme Matelot Ferret qui se planque un soir dans les chiottes d'une bo&#238;te en r&#233;alisant qu'il va devoir jouer devant des dignitaires nazis. Georges Effrosse, fabuleux violoniste membre de l'orchestre de Sarane Ferret, va mourir dans le camp de Dora parce qu'il est juif. Dans le m&#234;me temps, des centaines de milliers de Roms d'Europe de l'Est connaissent le m&#234;me sort que les Juifs&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du fait de leur internement forc&#233; d&#232;s 1940 &#171; par mesure de s&#233;curit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une anecdote un peu plus l&#233;g&#232;re sur Michel Warlop, un violoniste qui a jou&#233; avec Django (&#171; Taj Mahal &#187;) et qui aurait pu &#234;tre le plus grand (&lt;i&gt;&#171; Quand tu &#233;coutes Grappelli, tu es admiratif, mais quand tu &#233;coutes Warlop, tu chiales &#187;&lt;/i&gt;), s'il n'avait pas &#233;t&#233; un poivrot fini, bien que fort &#233;l&#233;gant. Or pendant la guerre, il est envoy&#233; en Allemagne pour le STO. Pendant plusieurs mois, il est contraint &#224; un sevrage alcoolique. Il s'&#233;vade, retourne &#224; Paris et quand il va toquer &#224; la porte de Matelot Ferret, celui-ci ne reconna&#238;t pas son pote tellement il a meilleure mine. Son bon teint durera trois jours, le temps de reprendre les mauvaises habitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s la guerre, Django part en tourn&#233;e aux &#201;tats-Unis, invit&#233; par Duke Ellington, mais c'est un fiasco&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en partie l'attitude de Django qui explique cet &#233;chec. Par exemple, le soir du grand concert annonc&#233; au prestigieux Carnegie Hall &#224; NewYork, Django rencontre le boxeur Marcel Cerdan avec qui il va boire des coups. R&#233;sultat : il arrive en retard au concert, ce qui consterne le public et l'orchestre am&#233;ricains, &#231;a ne se fait pas. En tout cas pas aux &#201;tats-Unis. Du coup, Django pr&#233;f&#232;re rester &#224; son h&#244;tel &#224; peindre des nu(e)s, il joue au billard, il se produit un peu &#224; GreenwichVillage ; mais globalement il est d&#233;&#231;u, en plus il ne parle pas un mot d'anglais et il n'arrive pas &#224; rencontrer les boppers, Charlie Parker ou Dizzy Gillespie, qui hantent des milieux plus marginaux que celui dans lequel il est invit&#233;. Django s'inspirait sans distinguo de ses contemporains : Stravinsky, Olivier Messiaen ou Parker. Il exp&#233;rimente la saturation et la distorsion sur sc&#232;ne, quinze ans avant Jimi Hendrix ; des morceaux enregistr&#233;s en public en 1953, l'ann&#233;e de sa mort, laissent ais&#233;ment deviner cette tendance. Sa qu&#234;te d'innovation le mettait en porte&#224;- faux avec la musique commerciale de l'&#233;poque. On pourrait m&#234;me penser qu'il aurait connu une sacr&#233;e travers&#233;e du d&#233;sert, si la mort ne l'avait pas fauch&#233; pr&#233;matur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vois-tu un renouveau du jazz manouche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que durant toute une p&#233;riode, le jazz manouche &#8211;&#224; la diff&#233;rence du musette qui s'est ringardis&#233; &#8211; a &#233;t&#233; conserv&#233; intact par de v&#233;ritables prolos de la musique, il a &#233;t&#233; &#171; folkloris&#233; &#187; dans le bon sens du terme. Dans la sc&#232;ne post-punk, Les N&#233;gresses Vertes, Pigalle ou Les T&#234;tes Raides (qui ont jou&#233; avec Jean Corti, ancien accord&#233;oniste de Brel) ont fait de belles choses sans tricherie. Je suis plus partag&#233; vis-&#224;-vis du renouveau manouche par des artistes de vari&#233;t&#233;s comme Sanseverino ou Thomas Dutronc, qui ne sont pas de mauvais musiciens et certainement des individus charmants, mais de l&#224; &#224; en faire &#171; les &#187; h&#233;ritiers, on peut tout de m&#234;me sourire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Billard est l'auteur de &lt;i&gt;Django Reinhardt&lt;/i&gt; (Fayard, 2004), avec Alain Antonietto, et d'&lt;i&gt;Histoires de l'accord&#233;on&lt;/i&gt; (Climats/INA, 1991), avec Didier Roussin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Du fait de leur internement forc&#233; d&#232;s 1940 &#171; par mesure de s&#233;curit&#233; nationale &#187;, les nomades fran&#231;ais ne seront pas d&#233;port&#233;s vers la Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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