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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Cameroun R&#233;publique Banania</title>
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		<dc:creator>Jonathan Ludd</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;C'est une guerre totalement absente des manuels d'histoire. Une guerre terrible, men&#233;e par l'Arm&#233;e fran&#231;aise au Cameroun, de 1948 &#224; 1971, pour mater les ind&#233;pendantistes. Une guerre fondatrice, qui permet de comprendre les piliers du n&#233;ocolonialisme fran&#231;ais en Afrique, aujourd'hui encore. Pendant six ans, trois journalistes, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa ont recueilli des centaines de t&#233;moignages et fouill&#233; dans les archives, en France et au Cameroun. Le r&#233;sultat : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no88-avril-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;88 (avril 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-UPC" rel="tag"&gt;l'UPC&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est une guerre totalement absente des manuels d'histoire. Une guerre terrible, men&#233;e par l'Arm&#233;e fran&#231;aise au Cameroun, de 1948 &#224; 1971, pour mater les ind&#233;pendantistes. Une guerre fondatrice, qui permet de comprendre les piliers du n&#233;ocolonialisme fran&#231;ais en Afrique, aujourd'hui encore. Pendant six ans, trois journalistes, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa ont recueilli des centaines de t&#233;moignages et fouill&#233; dans les archives, en France et au Cameroun. Le r&#233;sultat : &lt;a href=&#034;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Kamerun___-9782707159137.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Kamerun !, la guerre cach&#233;e aux origines de la Fran&#231;afrique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, Kamerun !, la guerre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Thomas Deltombe r&#233;pond aux questions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH287/JMB_CQFD88-b0417.png?1768650899' width='400' height='287' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Votre enqu&#234;te d&#233;bute en 1948, avec la naissance d'un puissant mouvement ind&#233;pendantiste, l'Union des Populations du Cameroun. Comment na&#238;t ce mouvement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thomas Deltombe &lt;/strong&gt; : Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'&#201;tat fran&#231;ais proc&#232;de &#224; une lib&#233;ralisation du droit syndical dans ses colonies. Avec l'aide de syndicalistes fran&#231;ais se monte l'Union des syndicats conf&#233;d&#233;r&#233;s du Cameroun, tr&#232;s active, qui bient&#244;t se transforme en mouvement politique. L'Union des populations du Cameroun (UPC) na&#238;t en 1948 avec des revendications simples : l'application des textes du statut de tutelle du Cameroun. Il faut ici rappeler le statut particulier du Cameroun &#224; l'&#233;poque. Suite &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, le Kamerun, colonie allemande, est devenu un territoire international sous mandat de la Soci&#233;t&#233; des Nations puis sous tutelle de l'ONU. Sa gestion est confi&#233;e &#224; l'administration fran&#231;aise pour 85 % du territoire, et &#224; l'administration britannique pour les 15 % restants. D'apr&#232;s les textes onusiens, les puissances administratrices devaient amener les Camerounais vers l'ind&#233;pendance. C'est ce droit qu'exige l'UPC en 1948. Ses premiers militants se d&#233;placent inlassablement dans tout le Cameroun pour rencontrer la population, recueillir les dol&#233;ances, pr&#233;senter les revendications, organiser le mouvement. En quelques ann&#233;es, l'UPC, mouvement non-violent, devient extr&#234;mement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment r&#233;agit le pouvoir colonial fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il commence par harceler l'UPC : traque judiciaire, dispersion des leaders aux quatre coins du territoire&#8230; Mais face &#224; la t&#233;nacit&#233; des militants, cette &#171; guerre des nerfs &#187; donne peu de r&#233;sultats. En 1955, la France interdit l'UPC. Contraints &#224; la clandestinit&#233;, les ind&#233;pendantistes organisent des structures paramilitaires de r&#233;sistance. Pierre Messmer, haut-commissaire de la France au Cameroun, lance une r&#233;pression sauvage, avec la mise en place de &#171; zones de pacification &#187;. Il met en pratique la doctrine de la guerre r&#233;volutionnaire &#233;labor&#233;e par l'arm&#233;e fran&#231;aise apr&#232;s sa d&#233;faite en Indochine. Pour couper les maquisards de tout soutien, les populations des zones de pacification sont regroup&#233;es dans des camps sp&#233;ciaux surveill&#233;s par l'arm&#233;e. Les villageois ne peuvent en sortir que sous contr&#244;le militaire, seulement pour aller se ravitailler. Les campagnes et les for&#234;ts sont d&#233;clar&#233;es zones interdites, toute personne pr&#233;sente y est mitraill&#233;e sans sommation. Les cultures et les villages sont d&#233;truits. Les maquisards sont traqu&#233;s. Les cadavres mutil&#233;s sont exhib&#233;s pour semer la terreur dans la population. Pour conna&#238;tre les refuges des maquisards, on recourt syst&#233;matiquement &#224; la torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien cette guerre fait-elle de victimes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par notre enqu&#234;te, nous avons avant tout voulu nous int&#233;resser au contexte de cette guerre, &#224; son &#233;volution, &#224; ses responsables. Cela nous semble beaucoup plus important que le fait de se focaliser sur le nombre de victimes. Ceci &#233;tant dit, nous disposons de sources cr&#233;dibles. Les chiffres les plus pr&#233;cis &#233;manent d'un rapport secret r&#233;alis&#233; par l'ambassade de Grande-Bretagne au Cameroun en 1964, retrouv&#233; &#224; Londres par la chercheuse am&#233;ricaine Meredith Terretta. Tout en pr&#233;cisant qu'il est presque impossible d'&#233;tablir un bilan pr&#233;cis, ce rapport fait &#233;tat &lt;i&gt;&#171; de 61 300 &#224; 76 300 civils tu&#233;s &#187;&lt;/i&gt; entre 1956 &#224; 1964, sur une population d'environ trois millions d'habitants &#224; l'&#233;poque. C'est &#233;norme. Par comparaison, la guerre d'Alg&#233;rie aurait fait entre 250 000 &#224; 400 000 morts, sur une population d'environ dix millions d'habitants et avec des moyens militaires autrement plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crainte des autorit&#233;s fran&#231;aises, c'est de voir les id&#233;es de l'UPC survivre &#224; la r&#233;pression&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. Le but du pouvoir colonial, c'est d'&#233;liminer physiquement les ind&#233;pendantistes, mais c'est surtout d'&#233;radiquer ses id&#233;es &#233;mancipatrices. La plus grande r&#233;ussite des strat&#232;ges fran&#231;ais dans cette guerre psychologique, c'est la r&#233;cup&#233;ration du concept d'ind&#233;pendance. L'id&#233;e est simple : puisqu'on ne pourra pas emp&#234;cher l'id&#233;e d'ind&#233;pendance de progresser dans les esprits, autant la donner &#224; certains Camerounais bien choisis, tout en la vidant de son contenu r&#233;el. C'est la naissance de la Fran&#231;afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la Fran&#231;afrique se met-elle en place au Cameroun ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France fait d'abord accepter par l'ONU un projet d'&#171; ind&#233;pendance sans &#233;lection pr&#233;alable &#187; en 1959, pour emp&#234;cher les forces anticolonialistes d'arriver au pouvoir par les urnes. Puis le premier ministre Ahmadou Ahidjo, plac&#233; par l'administration coloniale, proclame l'ind&#233;pendance le 1er janvier 1960 comme programm&#233; par la France. Quelques mois plus tard, les autorit&#233;s fran&#231;aises organisent des &#233;lections truqu&#233;es, apr&#232;s avoir r&#233;dig&#233; une constitution ultra-pr&#233;sidentialiste qui transforme Ahidjo en pr&#233;sident inamovible et tout puissant. Enfin, le dictateur en herbe signe avec la France toute une s&#233;rie d'accords favorables &#224; l'ex-puissance coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la guerre contre l'UPC se poursuit&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre se perp&#233;tue sous la forme d'un syst&#232;me de gouvernement. Les techniques de guerre initi&#233;es par les Fran&#231;ais, la torture, la d&#233;lation, le culte de l'&#171; apolitisme &#187;, la traque des &#171; subversifs &#187; deviennent les m&#233;thodes habituelles du gouvernement d'Ahidjo. Le Cameroun va progressivement devenir, aux yeux des Fran&#231;ais, un &#171; mod&#232;le &#187; &#224; exporter. Parce qu'elle a &#233;t&#233; &#171; gagn&#233;e &#187; par la France, la guerre du Cameroun a ainsi constitu&#233; le laboratoire du syst&#232;me fran&#231;africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cette guerre est-elle absente de nos manuels d'histoire, contrairement aux guerres d'Alg&#233;rie et d'Indochine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier facteur, c'est le statut international particulier du Cameroun. La France r&#233;primait l'UPC, mais comme elle devait rendre des comptes &#224; l'ONU, elle faisait tout pour dissimuler la guerre en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les observateurs de l'ONU n'ont rien vu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En th&#233;orie, les Nations unies devaient contr&#244;ler l'administration fran&#231;aise au Cameroun. En pratique, la collusion &#233;tait presque totale. Les missions de l'ONU r&#233;guli&#232;rement envoy&#233;es au Cameroun ne voyaient rien, ou ne voulaient rien voir. Les observateurs &#233;taient h&#233;berg&#233;s dans de beaux h&#244;tels, on les promenait d'un bout &#224; l'autre du Cameroun, l'administration fran&#231;aise leur interdisait de rencontrer les up&#233;cistes et organisaient des mises en sc&#232;ne dignes des villages Potemkine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les autres causes du silence autour de cette guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e organisait avec soin le silence m&#233;diatique, ou, alternativement, des s&#233;quences d'intoxication parfaitement orchestr&#233;es avec la presse parisienne, destin&#233;es &#224; faire passer les &#171; troubles &#187; pour des affrontements tribaux. Parall&#232;lement, de 1956 &#224; 1962, pendant la phase la plus meurtri&#232;re de la guerre du Cameroun, l'attention de la m&#233;tropole &#233;tait monopolis&#233;e par la guerre d'Alg&#233;rie. On pourrait ajouter l'aveuglement actuel des autorit&#233;s fran&#231;aises. Bien que cette guerre soit d&#233;sormais bien document&#233;e, on entend encore des d&#233;clarations scandaleuses comme celle de Fran&#231;ois Fillon qui, interrog&#233; sur le sujet en mai 2009 lors d'une visite officielle au Cameroun, affirmait froidement : &lt;i&gt;&#171; Je d&#233;nie absolument que des forces fran&#231;aises aient particip&#233;, en quoi que ce soit, &#224; des assassinats au Cameroun. Tout cela, c'est de la pure invention ! &#187;&lt;/i&gt; C'est de l'ordre du n&#233;gationnisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi peut-on relier la dictature de Paul Biya &#224; la guerre du Cameroun ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Biya est le continuateur direct du syst&#232;me mis en place en 1960. Successeur d'Ahidjo en 1982 sans avoir &#233;t&#233; &#233;lu, il poursuit la politique n&#233;ocoloniale. La grande diff&#233;rence tient dans le mode de gouvernance. Sous Ahidjo, tout &#233;tait centralis&#233;. C'&#233;tait une puissante oligarchie, avec parti unique, police secr&#232;te, censure, chasse aux &#171; id&#233;es subversives &#187;. Oblig&#233; de proc&#233;der &#224; une &#171; ouverture d&#233;mocratique &#187; suite &#224; un grand mouvement de revendication populaire au d&#233;but des ann&#233;es 1990, Paul Biya, lui, r&#232;gne par la dispersion. Les militaires et la police sont omnipr&#233;sents mais l'opposition est relativement libre de s'exprimer tant qu'elle ne s'organise pas pour renverser le syst&#232;me. Mieux : l'opposition est tellement invit&#233;e &#224; s'exprimer qu'on sombre le plus souvent dans un grand n'importe quoi. On compte au Cameroun plusieurs centaines de partis, et autant de journaux ! Derri&#232;re une apparence de d&#233;mocratie et de libre parole, on assiste en fait &#224; une confusion g&#233;n&#233;ralis&#233;e o&#249; chacun tente, individuellement, de tirer son &#233;pingle du jeu et de gagner quelques billets. Telle est la grande force de Biya, par rapport &#224; un Ben Ali ou un Moubarak : au lieu d'attaquer la d&#233;mocratie de front, il la d&#233;nature &#224; petit feu pour la rendre impraticable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est l'opposition d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit de r&#233;sistance est tr&#232;s fort dans la population camerounaise. Mais tant qu'elle n'est pas organis&#233;e, elle ne g&#234;ne pas le potentat. Paul Biya se moque d'&#234;tre d&#233;test&#233; par son peuple : il passe le plus clair de son temps dans les palaces, &#224; Gen&#232;ve, Paris et La Baule ! Ce qui le d&#233;range c'est quand cette contestation se structure. D'o&#249; la r&#233;pression qui s'abat p&#233;riodiquement, d&#232;s qu'appara&#238;t un semblant d'organisation. Tant que la &#171; communaut&#233; internationale &#187; &#8211; &#224; commencer par la France qui a toujours appuy&#233;, financ&#233; et arm&#233; le r&#233;gime Biya &#8211; fermera les yeux sur la r&#233;pression multiforme qui s'abat sur les contestataires camerounais, le pays poursuivra sa course vers le chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette enqu&#234;te a-t-elle modifi&#233; votre regard sur la Fran&#231;afrique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de nos investigations, nous avons acquis la conviction que la Fran&#231;afrique n'est pas n&#233;e ex nihilo en 1958, comme on a trop souvent tendance &#224; le dire. De Gaulle et Foccart&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barbouzard en chef du r&#233;gime gaulliste, cofondateur du SAC.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; n'ont fait que syst&#233;matiser des politiques initi&#233;es du temps de l'Union fran&#231;aise : utilisation intensive des th&#233;ories militaires n&#233;es sous la IVe R&#233;publique, africanisation du personnel d'encadrement, contr&#244;le &#224; distance de ces nouvelles &#171; &#233;lites &#187; dociles gr&#226;ce &#224; des m&#233;canismes d'interd&#233;pendance. Nos recherches s'int&#233;ressent &#224; un concept en vogue sous la IVe R&#233;publique, port&#233; notamment par le jeune ministre de la France d'outre-mer, Fran&#231;ois Mitterrand : l'Eurafrique. En reconnectant la Fran&#231;afrique avec la pens&#233;e eurafricaine qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e on per&#231;oit mieux l'aspect collectif de l'architecture n&#233;ocoloniale fran&#231;aise en Afrique. Et on en comprend mieux le soubassement fonci&#232;rement raciste &#8211; &#171; Europ&#233;en &#187; et &#171; Africain &#187; &#233;tant &#224; l'&#233;poque les synonymes de &#171; Blancs &#187; et &#171; Noirs &#187;. Il ne faut jamais perdre de vue que la n&#233;grophobie est une condition n&#233;cessaire &#224; l'&#233;tablissement et &#224; la perp&#233;tuation de la Fran&#231;afrique. Assimiler cette derni&#232;re &#224; un simple &#171; foccartisme &#187; permet &#224; de trop nombreux commentateurs non seulement d'en signer p&#233;remptoirement l'acte de d&#233;c&#232;s, mais &#233;galement de nous exempter d'une r&#233;flexion collective autour de cette persistante culture coloniale, ind&#233;crottablement raciste, dans laquelle nous continuons &#224; baigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle perspective voyez-vous dans la lutte contre la Fran&#231;afrique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut poursuivre la bataille de l'information. Il faut continuer d'enqu&#234;ter sur les m&#233;canismes de la Fran&#231;afrique, comprendre que cette histoire est notre histoire, qu'il s'agit aussi de la responsabilit&#233; du peuple et du pouvoir fran&#231;ais. Se taire est une forme de complicit&#233;. Que l'on songe au silence m&#233;diatique presque total lors des terribles r&#233;pressions des manifestations au Cameroun en 2008, alors m&#234;me que les forces anti-&#233;meutes utilisaient du mat&#233;riel financ&#233; par la France ! Il faut briser la conspiration du silence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, &lt;a href=&#034;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Kamerun___-9782707159137.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Kamerun !, la guerre cach&#233;e aux origines de la Fran&#231;afrique, 1948-1971&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#233;ditions La D&#233;couverte, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Barbouzard en chef du r&#233;gime gaulliste, cofondateur du SAC.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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