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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La politique de la terre br&#251;l&#233;e</title>
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		<dc:creator>Marie-Anne Boutoleau</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans la nuit du 25 ao&#251;t 2005, le feu d&#233;vaste un immeuble v&#233;tuste du XIIIe arrondissement de Paris, causant la mort de dix-sept personnes dont quatorze enfants. Apr&#232;s six longues ann&#233;es pass&#233;es &#224; &#233;tablir les responsabilit&#233;s, le proc&#232;s se tient le 15 septembre dernier devant la 41e chambre correctionnelle de Paris, dans le m&#234;me climat de m&#233;pris vis-&#224;-vis des familles de victimes qui a pr&#233;valu tout au long de cette affaire. Quand l'incendie survient, fin ao&#251;t 2005, boulevard Vincent-Auriol, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no93-octobre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;93 (octobre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un-relogement" rel="tag"&gt;d'un relogement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la nuit du 25 ao&#251;t 2005, le feu d&#233;vaste un immeuble v&#233;tuste du XIIIe arrondissement de Paris, causant la mort de dix-sept personnes dont quatorze enfants. Apr&#232;s six longues ann&#233;es pass&#233;es &#224; &#233;tablir les responsabilit&#233;s, le proc&#232;s se tient le 15 septembre dernier devant la 41e chambre correctionnelle de Paris, dans le m&#234;me climat de m&#233;pris vis-&#224;-vis des familles de victimes qui a pr&#233;valu tout au long de cette affaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand l'incendie survient&lt;/strong&gt;, fin ao&#251;t 2005, boulevard Vincent-Auriol, cela fait quatorze ans que les familles habitant l'immeuble sont en attente d'un relogement. Petit retour en arri&#232;re : en 1991 et 1992, des associations comme le DAL ou Emma&#252;s installent des campements en r&#233;gion parisienne, notamment sur le chantier de la future Biblioth&#232;que nationale (BNF) o&#249; des familles pr&#233;f&#232;rent la tente &#224; l'insalubrit&#233;. Sous la pression, Jacques Chirac, alors maire de Paris, obtient de l'&#201;tat la r&#233;quisition d'un certain nombre de logements, pour beaucoup tr&#232;s d&#233;labr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le squat de la BNF, Emma&#252;s m&#232;ne la danse. L'occupation du terrain retarde le chantier, il faut agir. L'&#201;tat propose alors &#224; l'ONG et aux familles pr&#233;sentes un d&#233;m&#233;nagement boulevard Vincent-Auriol, dans un ancien immeuble de La Poste vou&#233; &#224; la d&#233;molition. Contre la promesse &#233;tatique d'un relogement rapide dans des conditions dignes, les mal-log&#233;s acceptent &#224; contrec&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gestion du nouveau b&#226;timent et le suivi social des habitants sont confi&#233;s &#224; Emma&#252;s, puis &#224; France euro habitat (Freha), une de ses succursales. Les fonds sont coup&#233;s, les habitants livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes et les associations d&#233;pass&#233;es. &#192; l'audience, tous racontent des conditions de vie indignes : rats mordant les enfants la nuit, fissures dans les murs ouvrant sur l'ext&#233;rieur, installations &#233;lectriques fantaisistes, trous dans les planchers, cafards, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;t&#233; 2000, les premiers cas de saturnisme surviennent en raison de la peinture au plomb qui couvre les murs et que les enfants l&#232;chent pour son go&#251;t sucr&#233;. Une situation qui pousse Freha &#224; faire poser en urgence des plaques de contreplaqu&#233; sur la peinture. Ces travaux, r&#233;alis&#233;s par Paris banlieue construction (PBC), aggravent le danger en cas d'incendie. Et une fois encore, l'&#171; urgence &#187; et le &#171; provisoire &#187; durent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH425/93_remi-14c78.png?1779603076' width='400' height='425' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fait troublant : quatre mois avant la nuit fatale et alors qu'un autre incendie vient de tuer vingt personnes &#224; l'h&#244;tel Paris-Op&#233;ra tenu par des marchands de sommeil, Fatoumata Diarra, une habitante de l'immeuble de Vincent-Auriol, t&#233;moigne face aux cam&#233;ras de France 2 lors d'un reportage sur les logements insalubres diffus&#233; le 28 avril 2005 : &lt;i&gt;&#171; Si le feu prend dans l'escalier, nous sommes foutus &#187;&lt;/i&gt;. En effet, il ne faudra pas cinq minutes pour que la cage d'escalier s'embrase, atteignant une temp&#233;rature de 600&#176;C. La petite fille de Fatoumata succombera dans les flammes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au proc&#232;s, les familles t&#233;moignent de cette nuit d'horreur. Ainsi Oumou Diarra, qui a perdu cinq enfants dans l'incendie. Peu avant les premi&#232;res flammes, elle monte les saluer au cinqui&#232;me &#233;tage. Moins de quinze minutes plus tard, elle est prise au pi&#232;ge : &lt;i&gt;&#171; On voulait prendre l'escalier pour sauver les enfants. [&#8230;] On ne voyait rien, on a entendu des explosions. On ne pouvait pas respirer : on aurait dit un gaz chimique qui &#233;tait toxique. On a tout fait pour sauver les enfants. Notre vie a trop bascul&#233;. Tant que la justice ne sera pas rendue, on ne sera jamais tranquilles. &#187;&lt;/i&gt; Son mari, tr&#232;s digne dans son costume blanc, garde encore les s&#233;quelles de cet incendie. Ayant voulu passer par la fen&#234;tre pour sauver ses minots, il est tomb&#233; et s'est bless&#233;. Depuis, il boite, a perdu son travail et ne d&#233;col&#232;re pas : &lt;i&gt;&#171; Aujourd'hui, je suis tr&#232;s &#233;nerv&#233;. Toutes les nuits, je ne dors pas &#224; cause de cet incendie, il y a un criminel, il faut aller le chercher, et l'amener ici. &#187;&lt;/i&gt; Il y a aussi le fils d'Abdoulaye Siss&#233;, grand br&#251;l&#233; : &lt;i&gt;&#171; Aujourd'hui Mamadou a douze ans, et il me demande pourquoi les criminels ne sont pas en prison. Cet enfant est handicap&#233; &#224; vie, il a perdu tous ses fr&#232;res et sa maman. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, c'est la valse des politiciens : un Bertrand Delano&#235; visiblement affect&#233; et m&#234;me des officiels maliens qui promettent des fun&#233;railles nationales aux morts. La palme du cynisme revient au ministre de l'Int&#233;rieur Nicolas Sarkozy qui, dans la nuit m&#234;me et devant les cadavres encore chauds, tirera pr&#233;texte du drame pour lancer sa campagne x&#233;nophobe contre les sans-papiers et fermer plusieurs squats de mal-log&#233;s, alors qu'en l'occurrence les habitants du boulevard Vincent-Auriol sont en situation r&#233;guli&#232;re et payent en moyenne un loyer de 600 euros. En une semaine, les familles sont relog&#233;es, une hypocrisie point&#233;e du doigt par les victimes comme Oumou Diarra : &lt;i&gt;&#171; Ce qui m'a fait tr&#232;s mal, c'est que la famille a &#233;t&#233; relog&#233;e une semaine apr&#232;s le drame alors qu'on avait attendu quinze ans. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;pris des autorit&#233;s pour les victimes s'est encore traduit en mars dernier, avec le fiasco du premier proc&#232;s. Il &#233;tait pr&#233;vu de n'y consacrer qu'une demi-journ&#233;e (deux apr&#232;s demande insistante des familles) dans une salle trop petite. Du coup, les audiences ont &#233;t&#233; report&#233;es. Aujourd'hui, les victimes ont &#233;t&#233; entendues, mais ont-elles &#233;t&#233; &#233;cout&#233;es ? Freha et PBC risquent respectivement 30 000 et 50 000 euros d'amende, plus 5 000 euros de contraventions chacune. Mais si leur imprudence a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e, c'est un sentiment d'injustice qui demeure, le sentiment que tout n'a pas &#233;t&#233; fait pour retrouver et traduire les vrais coupables en justice : l'incendiaire, certes, mais aussi les repr&#233;sentants de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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