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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La colonisation a commenc&#233; ici</title>
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		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans Portrait du colonialiste (La D&#233;couverte, 2011), J&#233;r&#233;mie Piolat d&#233;montre que les non-Occidentaux ne sont pas les seules victimes de la violence et des destructions du colonialisme. Bien au contraire : pour que le capitalisme conqu&#233;rant puisse triompher partout, il aura fallu que la spoliation fasse ses armes ici, contre les cultures populaires d'Europe de l'Ouest. Et les cons&#233;quences de ce ravage se font encore douloureusement sentir, ici et aujourd'hui. Entretien avec l'auteur. CQFD (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no100-mai-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;100 (mai 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/culture-959" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/colonial" rel="tag"&gt;colonial&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&#034;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Portrait_du_colonialiste-9782359250503.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Portrait du colonialiste&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (La D&#233;couverte, 2011), J&#233;r&#233;mie Piolat d&#233;montre que les non-Occidentaux ne sont pas les seules victimes de la violence et des destructions du colonialisme. Bien au contraire : pour que le capitalisme conqu&#233;rant puisse triompher partout, il aura fallu que la spoliation fasse ses armes ici, contre les cultures populaires d'Europe de l'Ouest. Et les cons&#233;quences de ce ravage se font encore douloureusement sentir, ici et aujourd'hui. Entretien avec l'auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Dans ton livre, tu dis que la d&#233;possession subie par les peuples colonis&#233;s s'est appuy&#233;e sur une d&#233;possession pr&#233;alable des peuples occidentaux. Qu'en est-il ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Piolat :&lt;/strong&gt; Je pose en fait cette question : n'est-ce pas le colonialisme qui est la matrice ? Il faut qu'ait &#233;t&#233; fond&#233;e la colonisation sous sa forme moderne pour qu'aie pu se d&#233;velopper le capitalisme. Le XVIe si&#232;cle, avec la suppression des terres paysannes communes et la chasse aux sorci&#232;res a, selon moi, fond&#233; l'acte colonial moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut se r&#233;sumer en cinq &#233;tapes : 1) spoliation des terres communales ; 2) soumission de la terre aux demandes du march&#233; ; 3) destruction du lien des peuples europ&#233;ens avec la terre ; 4) destruction des cultures populaires, th&#233;rapeutiques, artistiques, qui permettent de maintenir le lien entre les membres des communaut&#233;s et le lien avec le monde vivant ; 5) instauration de la haine de soi, de sa culture, de son mode de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette s&#233;rie de ravages, le d&#233;veloppement capitaliste n'aurait pas &#233;t&#233; concevable. Il fallait apprendre aux peuples &#224; m&#233;priser tout ce que le capitalisme a besoin de ravager pour se d&#233;velopper. La colonisation, sous sa forme moderne, a &#233;t&#233; fond&#233;e ici avant de s'exporter avec les violences et les horreurs que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction des sols et des &#234;tres qui &#233;taient forc&#233;s &#224; les travailler, aux Cara&#239;bes, par exemple, n'aurait pu se produire sans le principe selon lequel la terre, le vivant, v&#233;g&#233;tal, animal ou humain, doivent &#234;tre soumis aux demandes du march&#233;. Le march&#233; demande du sucre ? Soit. Les B&#233;k&#233;s utiliseront les terres carib&#233;ennes pour produire exclusivement de la canne &#224; sucre et importeront pour cela autant d'esclaves qu'il le faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre &#224; disposition le vivant, il faut d'abord le mettre &#224; distance. Cette mise &#224; distance a commenc&#233; ici. Et ses cons&#233;quences sur nos vies actuelles sont terribles et terriblement ignor&#233;es, impens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l'id&#233;ologie colonialiste qui fait que l'exploit&#233; europ&#233;en se sent plus proche de son exploiteur que de l'exploit&#233; colonis&#233; ou immigr&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain Albert Memmi, le po&#232;te Aim&#233; C&#233;saire et l'essayiste Frantz Fanon nous ont appris que le crime colonial am&#232;ne l'opprim&#233; &#224; tenir le discours de l'oppresseur. Ce processus a &#233;t&#233; identifi&#233; au m&#234;me moment o&#249; les peuples colonis&#233;s ont enclench&#233; les luttes de lib&#233;ration. Quelque chose chez les colonis&#233;s d'outre-mer s'&#233;tait donc maintenu debout malgr&#233; l'horreur coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me processus ne s'est pas vu en Europe de l'Ouest. Le processus colonial moderne semble avoir mieux abouti ici. Il a d&#233;truit presque totalement les cultures dont les peuples sont les auteurs et non les spectateurs. Les cultures des peuples non occidentaux colonis&#233;s ont &#233;t&#233; &#233;galement meurtries, mais pas int&#233;gralement d&#233;truites. Car une fois d&#233;truites, est-il possible encore de se diff&#233;rencier du colonisateur, du syst&#232;me et de ceux qui en tirent profit ? Je pense que non. Cela explique que l'exploit&#233; europ&#233;en finisse par se sentir plus proche de son exploiteur que de l'exploit&#233; colonis&#233; ou immigr&#233;. Il n'est rien d'autre, en&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH502/100remi_colonial-568b0.png?1768724463' width='400' height='502' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;tant que peuple, que ce que lui permettent d'&#234;tre ses exploiteurs. Et chaque fois qu'il commence &#224; reconqu&#233;rir quelque chose, par exemple la solidarit&#233; ouvri&#232;re, l'&#233;ducation mutualis&#233;e, cela est vite recadr&#233; par les pouvoirs en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les anciennes colonies, le m&#233;pris des &#233;lites locales pour la culture &#171; arri&#233;r&#233;e &#187; de leurs peuples se cache derri&#232;re un discours nationaliste et un vernis culturel de bon aloi. On retrouve la m&#234;me d&#233;magogie dans une ville comme Marseille o&#249; le maire, qui pratique volontiers la pagnolade, s'ent&#234;te &#224; effacer les cultures populaires locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais r&#233;cemment invit&#233; &#224; intervenir dans une conf&#233;rence sur le cinquanti&#232;me anniversaire de l'ind&#233;pendance alg&#233;rienne. &#192; mes c&#244;t&#233;s se trouvait un brillant &#233;conomiste alg&#233;rien vivant en France et militant pour les droits de l'homme en Alg&#233;rie. Avant que ne commence la conf&#233;rence, en discutant dans le couloir, il a eu un mot que j'ai trouv&#233; &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un lui demande : &lt;i&gt;&#171; L'Alg&#233;rie est tomb&#233;e bien bas, non ? &#187;&lt;/i&gt; L'&#233;conomiste r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Non. Nous &#233;tions d&#233;j&#224; en bas et nous le sommes rest&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; Interpell&#233; par ces paroles, je lui demande : &lt;i&gt;&#171; L'Alg&#233;rie &#233;tait basse au d&#233;but de l'ind&#233;pendance ? &#187;&lt;/i&gt; Et il me r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Oui, il y avait 90 % d'analphab&#232;tes. &#187;&lt;/i&gt; Je lui pose une nouvelle question : &lt;i&gt;&#171; Et quand on ne sait pas lire et &#233;crire, on ne pense pas ? &#187; &#171; L'alphab&#233;tisation est quand m&#234;me la base, non ? &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;pond-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi il y a l&#224; la base d'un raisonnement et d'un m&#233;pris tout colonial. Et je dis cela sans irrespect pour cet intellectuel, lettr&#233;, professeur d'universit&#233;, qui fit par la suite un expos&#233; aussi rigoureux qu'alarmant de la situation &#233;conomique, sociale, politique, de l'Alg&#233;rie actuelle. Ce qu'il y a de colonial dans ce raisonnement r&#233;side en cela : le fait de croire qu'hors alphab&#233;tisation, il n'y a pas de pens&#233;e, d'id&#233;es &#224; partir desquelles concevoir l'avenir d'un territoire, d'un pays. &#192; mes yeux, l'alphab&#233;tisation &#8211; tout comme l'informatisation ou tout autre apport technologique occidental &#8211; sans prise en compte, &#233;coute, connaissance de la puissance des savoirs issus de la culture paysanne, entre autres orale, fonctionne forc&#233;ment comme un rouleau compresseur vou&#233; &#224; sa stricte fonction d'&#233;crasement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est dr&#244;le et tr&#232;s r&#233;v&#233;lateur, c'est que cet &#233;conomiste opposant n'a par ailleurs, lors de son expos&#233;, cess&#233; de d&#233;noncer le fait que l'Alg&#233;rie vive presque exclusivement de la rente p&#233;troli&#232;re (c'est-&#224;-dire qu'elle soit d&#233;pendante du point de vue alimentaire). Et il a &#233;galement, &#224; juste titre encore, fait un bilan catastrophique de la politique alg&#233;rienne des ann&#233;es 1970 dite de &lt;i&gt;&#171; l'industrie industrialisante&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Politique volontariste men&#233;e apr&#232;s les ind&#233;pendances, visant &#224; accomplir &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Or cette politique, qui fut un &#233;chec, fonctionne sur la m&#234;me base que l'id&#233;ologie selon laquelle il ne peut y avoir de pens&#233;e, de r&#233;servoir &#224; id&#233;es dans le monde rural (majoritaire au moment de l'ind&#233;pendance) et ses cultures. Il faut donc le raser. Cela est une des raisons de la d&#233;pendance actuelle de l'Alg&#233;rie en mati&#232;re d'alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'alternative &#224; l'industrie industrialisante ? L'agriculture dite &#171; verte &#187; non industrielle. Or, elle &#233;tait l&#224;, au moins partiellement, m&#234;me apr&#232;s la colonisation. Une vraie d&#233;colonisation aurait consist&#233; &#224; reconstruire &#224; partir des ressources culturelles du pays en accord avec le besoin &#233;vident de tout pays : l'auto-suffisance alimentaire, donc la pr&#233;servation de l'environnement qui nourrit, et de ceux poss&#233;dant le savoir pour assurer cette pr&#233;servation en cultivant la terre. Or, ceux et celles qui &#233;taient alors capables de donner des id&#233;es relatives &#224; cette agriculture verte &#233;taient les paysans, du moins dans les r&#233;gions qui n'avaient pas &#233;t&#233; totalement ravag&#233;es par la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas que l'Alg&#233;rie aurait d&#251; faire juste ce choix. Mais au moins, partiellement, partir de cet &#233;l&#233;ment paysan, rural, propre &#224; son territoire. Quelque chose a foir&#233;, d&#251;, selon moi, &#224; un h&#233;ritage colonial des &#233;lites minoritaires qui ont cadr&#233; la r&#233;volution alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En M&#233;tropole, il existe aussi un m&#233;pris tout colonial pour les cultures locales. Marseille &#233;voque un m&#233;lange entre les cultures ouvri&#232;res et les cultures immigr&#233;es r&#233;centes et pass&#233;es. Il y a l&#224; une mosa&#239;que d'influences en mouvement permanent. Et ce qu'on appelle spontan&#233;ment les &lt;i&gt;&#171; cultures de quartier ou de rue &#187;&lt;/i&gt; ne sont pas sans lien avec cette culture paysanne dont j'ai parl&#233;, puisqu'elles en sont issues en termes de rythmes traditionnels, d'aptitude &#224; la m&#233;taphore, &#224; la rime, &#224; la danse, au chant, mais &#233;galement de modes d'organisation et de complicit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effacement des cultures locales, &#224; la fois enracin&#233;es et ouvertes, par les &#233;lites locales est un ph&#233;nom&#232;ne assez g&#233;n&#233;ralis&#233;. Je suis originaire du Sud-Est, de la vall&#233;e de la Roya, et on y retrouve le m&#234;me m&#233;pris quant aux d&#233;cisions pour les quartiers, pour les paysages, pour le patrimoine &#233;cologique, tout cela cach&#233; derri&#232;re un &#171; sudisme &#187; de fa&#231;ade : la p&#233;tanque, les expressions de langage cens&#233;es typer celui qui les emploie, le pastis, etc. Je n'ai rien contre, mais dans ce cadre, reconnaissons que la p&#233;tanque et le reste sont aux pouvoirs m&#233;diterran&#233;ens europ&#233;ens ce que les ap&#233;ros saucisson-pinard sont &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;pris pour les cultures dites de quartier est li&#233; &#224; la culture coloniale. Il y a eu un transfert th&#233;orique et pratique du colonialisme d'outre-mer sur les immigr&#233;s : contr&#244;les de police au faci&#232;s, contr&#244;le des quartiers, march&#233; aux travailleurs. Les immigr&#233;s ont &#233;t&#233; trait&#233;s comme des possessions d'outre-mer. Et leurs enfants sont trait&#233;s comme des fellaghas. Le discours actuel sur les quartiers est quasiment le m&#234;me que celui tenu sur les quartiers alg&#233;riens au d&#233;but de la guerre d'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs occidentaux sont porteurs d'une mission : la domination et l'exploitation de la nature et de tout ce qui n'est pas capable de lui r&#233;sister technologiquement. La Chine l'a compris. En ce sens, tout ce qui pourrait ralentir le magma capitaliste, toute culture populaire qui tend plus &#224; d&#233;velopper le &#171; vivre avec &#187; que le vivre &#171; aux d&#233;pens de &#187; devient un ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la p&#233;riph&#233;rie de l'Europe, certaines cultures populaires r&#233;sistent&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Andalousie et le Mezzogiorno italien sont des r&#233;gions limitrophes, au bord de l'Europe occidentalis&#233;e. Elles sont encore tr&#232;s riches culturellement. M&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du territoire appel&#233; &#171; France &#187;, il existe des poches de r&#233;sistances : la Bretagne, le Pays basque, et la Corse qui est un cas &#224; part. Ces trois &#171; pays &#187; ont encore leurs cultures propres, vivantes, dont une partie de la population est l'actrice et l'auteure. Ce sont trois r&#233;gions qui n'ont cess&#233; d'&#234;tre en r&#233;sistance. Au final, elles ont toujours une langue. Les chants polyphoniques corses sont encore vivants. Ils sont un signe pour le sud de la France de ce qui a pu &#234;tre perdu en termes de richesse artistique populaire, quand on entend la complexit&#233; de cet art traditionnel. Et c'est pour cette raison qu'ont pu se d&#233;velopper et durer des mouvements de r&#233;sistance y compris arm&#233;s. Je ne fais pas ici l'apologie de la lutte arm&#233;e, mais il faut m&#233;diter le fait que l&#224; o&#249; il y a culture populaire vivante, il y a du lien, une communaut&#233; qui prot&#232;ge ses membres. Et de ce fait, naissent des modes de r&#233;sistance aux choix nationaux qui peuvent obliger les pouvoirs &#224; la n&#233;gociation. La vivacit&#233; des cultures andalouse ou italiennes tient &#224; mes yeux au refus r&#233;ussi, partiellement, de la domination coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu opposes le concept de culture populaire, transmise horizontalement, &#224; celui de culture acad&#233;mique. D'o&#249; vient ce hiatus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'appelle la culture populaire est la culture transmise et transform&#233;e par les peuples, les gens eux-m&#234;mes, dans la rue, en famille et non par des institutions. Le mot culture a &#233;t&#233; phagocyt&#233;, soit par la notion de culture que l'on consomme, soit par la notion de culture que l'on &#233;tudie. Quant &#224; ce qu'on nomme &#171; culture acad&#233;mique &#187;, il y a tout et son contraire dans ce qui est reconnu par les &#201;tats comme digne de porter ce nom. J'ai pu en tout cas constater que lorsque des jeunes ou des adultes n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;s de leur culture traditionnelle vivante, lorsqu'ils n'ont pas &#233;t&#233; forc&#233;s &#224; en avoir honte, ils s'int&#233;ressent &#233;galement, sans oublier leur sens critique, &#224; ce que j'appelle la culture &#171; acad&#233;mis&#233;e &#187;. C'est le cas par exemple d'une assez grande majorit&#233; de la jeunesse s&#233;n&#233;galaise. En revanche, ici, le m&#233;pris colonial est encore si &#233;crasant qu'il est dur de ne pas &#234;tre dans le rejet quasi absolu de toute culture (et du reste) venant de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les diff&#233;rentes manifestations culturelles traditionnelles, dans une danse, dans la mani&#232;re de r&#233;gler certains probl&#232;mes en communaut&#233;, de savoir r&#233;pondre aux besoins d'un nouveau-n&#233;, il y a &#233;galement du savoir, quelque chose qui gagne &#224; &#234;tre connu, compris, pens&#233;. Et ces savoirs, cette intellectualit&#233;, sont ni&#233;s en Europe de l'Ouest. Le probl&#232;me se situe l&#224;, et &#233;galement dans la mani&#232;re dont est transmise la culture acad&#233;mique. Le m&#233;pris colonial n'est pas &#233;tranger &#224; ce mode de transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples europ&#233;ens de l'Ouest ont accept&#233; le d&#233;nigrement des cultures traditionnelles, du corps et du monde vivant en &#233;change de l'abominable ego occidental. Cet ego cadenasse jusqu'&#224; la m&#233;moire des pertes et des ravages. Nous avons accept&#233; le ravage ici et chez les autres, et nous l'avons d&#233;ifi&#233; en &#171; progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La langue fran&#231;aise ne fait pas bon m&#233;nage avec l'oralit&#233; et les langues dites minoritaires&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas que la langue fran&#231;aise ne fait pas bon m&#233;nage avec les langues minoritaires, c'est qu'elle a fait le m&#233;nage ! Elle est ce &#171; m&#233;nage &#187;. La langue fran&#231;aise telle que nous la parlons est une langue excessivement cadr&#233;e et &#171; cadrante &#187;, peu musicale, peu rythmique &#8211; tous les temps forts tombent sur la fin des mots &#224; la mani&#232;re d'un roulement de tambour militaire. Nous en sommes l&#224;. &#192; nous de ranimer cette langue. Cela se fait d&#233;j&#224; par le rap, les accents et ce que j'appelle le &lt;i&gt;&#171; cr&#233;ole immigr&#233; &#187;&lt;/i&gt;, le langage invent&#233; par les immigr&#233;s lorsqu'ils apprennent le fran&#231;ais &#8211; langage qui est un cousin des nombreux argots, jargons, langues des rues, des voyous, des marginaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ont cru que mon livre partait en guerre contre la langue fran&#231;aise. Il n'en est rien. Je dirais m&#234;me que depuis que, notamment &#224; travers mon travail avec les migrants, nous interrogeons les limites de la langue fran&#231;aise, ma relation &#224; cette langue change. Elle redevient un peu attendrissante, ouverte, invitante. Je pense que le fran&#231;ais est la cons&#233;quence d'une colonisation linguistique multiple qui a r&#233;ussi ici. La mani&#232;re dont les imaginaires migrants pourraient &#171; enchanter &#187; la langue fran&#231;aise, ce serait peut-&#234;tre de nous permettre de retrouver les langues bless&#233;es en elle. Alors la langue fran&#231;aise ne serait plus seulement la langue du colonisateur. L'expression &#171; enchanter &#187; fait allusion &#224; la reformulation par certains S&#233;n&#233;galais de l'expression &#171; mettre enceinte &#187;. Cela devient &#171; enceinter &#187; puis, avec l'accent, &#171; enchanter &#187;. C'est ce que peut apporter la langue fran&#231;aise quand les migrants se l'approprient : du r&#233;enchantement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu dis que les Occidentaux doivent se r&#233;approprier leur corps et leur spiritualit&#233;&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas savoir faire corps avec un rythme, par exemple, n'est pas anodin. Cela vient d'une histoire et a des cons&#233;quences sur de nombreux aspects de nos vies : la naissance, la proximit&#233; avec nos parents et nos enfants, et plus largement avec notre ou nos communaut&#233;s ; notre relation &#224; la nature, &#224; sa force et &#224; ses astreintes, &#224; l'art de nous soigner ; notre capacit&#233; d'autonomie par rapport au march&#233; et aux gouvernants, dans nos pratiques ; notre capacit&#233; &#224; penser et r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie coloniale est toujours l&#224;. C'est le fruit d'une histoire au fil de laquelle nous avons &#233;t&#233; d&#233;cultur&#233;s, priv&#233;s de nos cultures de rue, de village. Quand nos corps ne sont plus &#233;duqu&#233;s &#224; danser, &#224; accueillir, &#224; faire sens, nous ne sommes plus que disponibles &#224; v&#233;hiculer l'id&#233;ologie des pouvoirs dans nos comportements, nos passivit&#233;s. Nous sommes en fait malades du colonialisme nous aussi, et donc disponibles &#224; l'exploitation. Il faudra se battre pour gu&#233;rir, retrouver nos m&#233;moires et nos corps. Et cela ne se fera pas sans, entre autres, un contact prolong&#233; avec ceux et celles qui poss&#232;dent encore une part de cela : les populations immigr&#233;es. Elles peuvent nous aider &#224; nous retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Baldwin, dans &lt;i&gt;La Prochaine fois, le feu&lt;/i&gt;, disait que la solution pour les Afro-Am&#233;ricains n'&#233;tait ni dans l'int&#233;gration, ni dans le repli communautaire. Il affirmait que la solution r&#233;sidait dans la capacit&#233; des Afro-Am&#233;ricains &#224; int&#233;grer les dits &#171; Blancs &#187; &#224; leur monde. Parce que, selon lui, ce n'est pas les esclaves et leurs descendants qui sont malades. Les malades sont les esclavagistes et les colons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Politique volontariste men&#233;e apr&#232;s les ind&#233;pendances, visant &#224; accomplir &#224; marche forc&#233;e la r&#233;volution industrielle qu'avait connue l'Europe depuis deux si&#232;cles. Impos&#233;e par l'&#201;tat au d&#233;triment de l'agriculture et autres savoir-faire autochtones, elle produisit des aberrations en complet d&#233;calage avec les besoins de la population.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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