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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Sur le rond-point</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois de 2018 et 2019, Emmanuel Gras a promen&#233; sa cam&#233;ra aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes d'un rond-point de Chartres. Sorti le 23 f&#233;vrier dernier, son film Un peuple en fait une chronique &#224; la fois intime et politique, pleine d'empathie et de subtilit&#233;. Une pand&#233;mie plus tard, ils paraissent loin, les Gilets jaunes. Le bon moment, en somme, pour la sortie d'Un peuple, documentaire d'Emmanuel Gras . Contrairement &#224; J'veux du soleil (2019) de Fran&#231;ois Ruffin, tourn&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets" rel="tag"&gt;Gilets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jaunes" rel="tag"&gt;jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Violence-sociale" rel="tag"&gt;Violence sociale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois de 2018 et 2019, Emmanuel Gras a promen&#233; sa cam&#233;ra aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes d'un rond-point de Chartres. Sorti le 23 f&#233;vrier dernier, son film &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; en fait une chronique &#224; la fois intime et politique, pleine d'empathie et de subtilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4427 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200unpeuple_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/1200unpeuple_resultat-20200.jpg?1780009494' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Emmanuel Gras
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;ne pand&#233;mie plus tard, ils paraissent loin, les Gilets jaunes. Le bon moment, en somme, pour la sortie d'&lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt;, documentaire d'Emmanuel Gras&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a notamment r&#233;alis&#233; les documentaires Bovines (2011) et Makala (2017), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Contrairement &#224; &lt;i&gt;J'veux du soleil &lt;/i&gt;(2019) de Fran&#231;ois Ruffin, tourn&#233; dans l'urgence de l'&#233;v&#233;nement, un &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; s'inscrit dans la longue dur&#233;e de son tournage, et t&#233;moigne, sur un mode discret, de l'histoire avec un grand H : celle que, parfois, les Gilets jaunes ont eu conscience de faire. Pour la distance historique, on est servis : dans le caf&#233; kabyle o&#249; le r&#233;alisateur nous a donn&#233; rendez-vous, &#201;ric Zemmour d&#233;bagoule &#224; la t&#233;l&#233; pendant une heure de rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ouvre sur de longs travellings dans les zones r&#233;sidentielles, les grands magasins et les entrep&#244;ts de la p&#233;riph&#233;rie de Chartres (Eure-et-Loir), pour atterrir sur le rond-point o&#249; Emmanuel Gras s'est camp&#233; tous les samedis de la fin 2018 au printemps 2019. Presque au hasard : apr&#232;s avoir particip&#233; aux premi&#232;res manifs sur les Champs-&#201;lys&#233;es, il cherche &#224; rejoindre un groupe sur son terrain. une copine lui parle de Chartres, il va &#224; Chartres. Il ne sait pas sur qui il va tomber et de fait, par rapport aux Gilets jaunes de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) film&#233;s par Fran&#231;ois Langlais et Arthur Thouvenin dans &lt;i&gt;Imagine, demain on gagne&lt;/i&gt; (2020), ceux de Chartres sont peu politis&#233;s. Emmanuel filme, &#233;coute, discute, assiste aux d&#233;bats et aux d&#233;placements sur Paris, pose partout un regard curieux et parfois perplexe, clairement sympathisant, mais pas militant. &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; pose autant de questions qu'il fournit de r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sur la base de presque rien &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d'abord beaucoup de r&#233;unions o&#249; les Gilets jaunes organisent leurs actions, &#233;laborent leurs revendications et r&#233;fl&#233;chissent aux strat&#233;gies &#224; adopter. Avec son bagage associatif et militant (&#224; Lutte ouvri&#232;re), le r&#233;alisateur se passionne de voir ces n&#233;o-manifestants &#171; &lt;i&gt;r&#233;inventer la lutte collective&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ils ne se connaissaient pas, ils n'&#233;taient pas militants, ils n'avaient pas les m&#234;mes id&#233;es, et ils devaient s'organiser sur la base de presque rien.&lt;/i&gt; &#187; D'abord marginale, la revendication du RIC, le &#171; r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne &#187; qui donnerait enfin voix au chapitre &#224; la population, s'impose peu &#224; peu dans les d&#233;bats. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, quand ils ont commenc&#233; &#224; lister leurs revendications, ils en avaient soixante, entre lesquelles la logique n'&#233;tait pas &#233;vidente, &lt;/i&gt;se rem&#233;more Emmanuel. &lt;i&gt;C'est compliqu&#233; de faire syst&#232;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le RIC occupait cette fonction. L'id&#233;e, c'&#233;tait : si on obtient le RIC, le reste suivra.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe est soud&#233; par l'&#233;vidence d'un constat commun et un &#171; &lt;i&gt;sentiment d'appartenance&lt;/i&gt; &#187; collective, li&#233; au partage d'une m&#234;me condition sociale. De ce v&#233;cu, le film rend compte en s'attardant sur quelques figures. Beno&#238;t, qui s'impose comme une sorte de leader &#8211; au risque de d&#233;cevoir &#8211; et inscrit explicitement le combat des Gilets jaunes dans la lutte anticapitaliste. Agn&#232;s, dans la panade apr&#232;s un divorce, m&#232;re isol&#233;e avec deux enfants dont un handicap&#233;, qui se lance &#224; corps perdu dans le mouvement. Allan, qui affronte avec une sorte de candeur l'explosion de violence en manif, et la nouveaut&#233; des id&#233;es qui fusent. Les liens qu'a tiss&#233;s le r&#233;alisateur s'enroulent peu &#224; peu en une pelote qui forme une histoire, au double sens du terme : &#224; la fois une r&#233;volte sociale d'une ampleur in&#233;dite, qui marque un avant et un apr&#232;s ; et un r&#233;cit. Peu &#224; peu, il observe la r&#233;pression et la propagande s'abattre, l'enthousiasme retomber, la lassitude voire le d&#233;sespoir s'emparer des corps et des esprits.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violence sociale et bon sens bourgeois&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure du film, les sc&#232;nes de violences se font de plus en plus nombreuses. Les keufs apparaissent pour ce qu'ils sont. Quant &#224; la casse, Emmanuel r&#233;serve son jugement. &#171; &lt;i&gt;La question de la violence se posait r&#233;guli&#232;rement par le seul fait d'aller manifester. Tout &#231;a a quand m&#234;me &#233;t&#233; &#233;touff&#233; dans une grande violence r&#233;pressive&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Pour parler comme les autonomes, la manifestation est un endroit o&#249; les rapports de pouvoir se r&#233;v&#232;lent dans leur nudit&#233;. En ce sens, oui, on a vu&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#192; un moment donn&#233;, il y a une r&#233;pression polici&#232;re qui est nue. D'un autre c&#244;t&#233;, les affrontements violents font aussi peur &#224; beaucoup de monde.&lt;/i&gt; &#187; Entre ceux qui misent sur la violence pour m&#233;diatiser le mouvement, et ceux qui craignent son effet d&#233;moralisateur, le film se contente d'enregistrer fid&#232;lement les tensions.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a a quand m&#234;me &#233;t&#233; &#233;touff&#233; dans une grande violence r&#233;pressive&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; illustre avec insistance une autre violence : celle des bourgeois anti-Gilets jaunes, face auxquels ces derniers ne craignent pas de monter au filet. &#171; &lt;i&gt;Il y avait une violence sociale visuelle,&lt;/i&gt; se souvient Emmanuel. &lt;i&gt;Ils ne portent pas les m&#234;mes v&#234;tements, n'ont pas les m&#234;mes physiques, pas les m&#234;mes v&#233;cus&#8230; &#199;a se voit imm&#233;diatement.&lt;/i&gt; &#187; Dans un grand magasin o&#249; ils font des courses pour une r&#233;union, ou apr&#232;s une s&#233;ance du &#171; grand d&#233;bat &#187; macronien, les militants se font chapitrer comme des m&#244;mes. Quand Agn&#232;s explique qu'elle n'arrive pas &#224; boucler son mois, un macroniste lui r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Faut pas que vous preniez les choses comme &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Emmanuel : &#171; &lt;i&gt;On leur expliquait que leur probl&#232;me, c'&#233;tait qu'ils ne pouvaient pas &#233;voluer socialement. Alors qu'eux, ils font face au ch&#244;mage de masse, aux salaires merdiques. On parle tout le temps du bon sens populaire, mais il y a surtout ce bon sens bourgeois, plein de discours pr&#233;m&#226;ch&#233;s, qu'on entend partout dans les m&#233;dias.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, sur la t&#233;l&#233; du bistrot, Marine Le Pen a remplac&#233; Zemmour. On demande en partant au patron s'il n'en a pas marre d'entendre ces saloperies toute la journ&#233;e. Il ironise sur Zemmour : &#171; &lt;i&gt;C'est un Kabyle, comme moi, et il d&#233;teste les &#233;trangers, c'est quand m&#234;me fou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Et ajoute que Val&#233;rie P&#233;cresse n'est pas mieux. On lui rappelle que la gauche existe encore. Tout le monde &#233;clate de rire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a notamment r&#233;alis&#233; les documentaires &lt;i&gt;Bovines&lt;/i&gt; (2011) et&lt;i&gt; Makala &lt;/i&gt;(2017), grand prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Gilets jaunes : bilan avant reprise ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes-bilan-avant-reprise</link>
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		<dc:date>2020-11-25T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Avec La R&#233;volte des Gilets jaunes, le collectif Ahou ahou ahou livre une analyse claire et r&#233;solument engag&#233;e d'une r&#233;volte surgie il y a moins de deux ans, si explosive et inattendue qu'elle a fait vaciller le pouvoir et remis en cause beaucoup de certitudes en mati&#232;re de luttes sociales. De quoi s'armer pour la prochaine ? &#171; Est-ce que les Gilets jaunes vont r&#233;ussir &#224; changer la vie ? Une infirmi&#232;re, songeuse : &#8220;En tout cas ils ont chang&#233; ma vie.&#8221; &#187; (Le Monde, d&#233;cembre 2018) *** &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ahou-ahou" rel="tag"&gt;Ahou ahou&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jaunes" rel="tag"&gt;jaunes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;La R&#233;volte des Gilets jaunes&lt;/i&gt;, le collectif Ahou ahou ahou livre une analyse claire et r&#233;solument engag&#233;e d'une r&#233;volte surgie il y a moins de deux ans, si explosive et inattendue qu'elle a fait vaciller le pouvoir et remis en cause beaucoup de certitudes en mati&#232;re de luttes sociales. De quoi s'armer pour la prochaine ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH311/-1650-69334.jpg?1780009496' width='500' height='311' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;
&#171; &lt;i&gt;Est-ce que les Gilets jaunes vont r&#233;ussir &#224; changer la vie ? Une infirmi&#232;re, songeuse : &#8220;En tout cas ils ont chang&#233; ma vie.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2018)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture des premiers chapitres, cette &#233;trange sensation : la distance. Comme si les faits expos&#233;s remontaient &#224; une bonne d&#233;cennie. Comme s'ils &#233;taient inimaginables dans la France &lt;i&gt;masqu&#233;e&lt;/i&gt; de cette fin septembre 2020, r&#233;solument rembarqu&#233;e dans les d&#233;bats de fond de poubelle sur le voile et &#171; &lt;i&gt;l'ensau&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;vagement&lt;/i&gt; &#187; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que la distance, m&#234;me, l'in&#8202;cr&#233;dulit&#233;. &lt;i&gt;Cela s'est-il vraiment pass&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; Y a-t-il bien eu quelques mois, apr&#232;s le 17 novembre 2018, o&#249; la France enti&#232;re s'est embras&#233;e, des villes aux ronds-points, des rues de Toulouse et de Paris aux bleds comme Pouzin, 2 800 habitants et des brouettes, secou&#233;s d'une fi&#232;vre &#233;meuti&#232;re ? Et &#171; &lt;i&gt;l'humiliation de la police&lt;/i&gt; &#187; le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, les Champs en flammes, la neutralisation de 75 % du parc de radars, la mise &#224; sac de la gendarmerie du p&#233;age de Narbonne par des fiers-&#224;-bras gueulant &#171; &lt;i&gt;C'est qui le patron&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, les blocages monstres, les ronds-points partout insurg&#233;s, Macron revenant d'Argentine blafard pour apprendre que c'&#233;tait moins une ? Tout &#231;a semble relever du beau r&#234;ve, de la divine surprise fantasm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; le premier m&#233;rite du bouquin r&#233;cemment sorti par les &#233;ditions Niet, &#339;uvre du bien nomm&#233; collectif Ahou ahou ahou&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cri de guerre tr&#232;s r&#233;pandu dans les cort&#232;ges Gilets jaunes, forme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;La r&#233;volte des Gilets jaunes &#8211; histoire d'une lutte des classes&lt;/i&gt; : il remet en t&#234;te des &#233;pisodes &#224; la port&#233;e politique essentielle, occult&#233;s depuis par une crise sanitaire qui semble avoir &#233;teint les derni&#232;res braises de l'incendie en mode Canadair-Covid. Vivant, bien &#233;crit, bas&#233; &#224; la fois sur du v&#233;cu et de la documentation, entre chroniques de lutte et analyses en surplomb, l'ouvrage rappelle simplement ce qui a &#233;t&#233;, ce qui s'est construit et ce qui a durablement impr&#233;gn&#233; l'esprit de tant de gilets r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vertiges de la meute&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les quatre loups du collectif, tous militants de longue date, tous impliqu&#233;s dans le mouvement jaune, n'ont pas attendu qu'il s'&#233;vapore pour envisager d'en conter l'histoire. Dispers&#233;s g&#233;ographiquement &#8211; l'un en r&#233;gion parisienne, l'autre dans une grande ville du Sud-Est, etc. &#8211;, ils ont vite compris qu'un boulever&#8202;sement &#233;tait en cours et qu'il fallait l'analyser. Pas simple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bient&#244;t, une sorte de vertige nous saisissait : quelle id&#233;e &#233;trange en effet que de vouloir d&#233;crire un mouvement qui d&#233;fiait la description, de vouloir analyser des pratiques, des actes, des formes politiques qui bien souvent s'y refusaient formellement, de vouloir m&#234;me faire l'histoire d'&#233;v&#233;nements qui se d&#233;ro&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;baient &#224; toute chronologie, qui sans cesse semblaient s'achever et sans cesse renaissaient de leurs cendres, quoique toujours avec une dynamique autre, une direction nouvelle, un sens diff&#233;rent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu en effet bien des strates, des &#233;tapes, des retournements : du surgissement du 17 novembre, que beaucoup regardaient en se pin&#231;ant le nez, aux massifs d&#233;bordements des 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; et 8 d&#233;cembre, en passant par la &#171; &lt;i&gt;gueule de bois&lt;/i&gt; &#187; de la r&#233;pression et des cort&#232;ges toujours plus maigres. Mais le lent effilochement d&#233;crit ne doit pas faire oublier qu'il fut un temps o&#249; la masse des Gilets jaunes a secou&#233; les certitudes militantes de ce c&#244;t&#233; de la barricade : &#171; &lt;i&gt;Bien vite il nous fallut admettre que ce mouvement semblait abattre (et, souvent, avait d&#233;j&#224; abattu) bien des murs que nous aspirions &#224; d&#233;molir en vain depuis longtemps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des lignes bris&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des villes aux ronds-points en passant par les piquets de blocage, il y a d'abord ce refus acharn&#233; de la verticalit&#233;, le rejet des r&#233;cup&#233;rations et des porte-drapeaux : &#171; &lt;i&gt;Il appara&#238;t tr&#232;s vite que le mouvement porte en lui une aspiration fondamentale &#224; l'horizontalit&#233;. Le peuple qui est sorti sur les ronds-points s'oppose avec virulence au fait que quiconque l'encadre.&lt;/i&gt; &#187; Exit les vautours, donc, et place &#224; l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement la bienveillance globale envers les d&#233;gradations, les bris de vitre, le saccage des bagnoles de luxe et les vell&#233;it&#233;s de confrontation avec les porteurs de matraque, ceci malgr&#233; les tentatives m&#233;diatiques d'opposer gentils pacifistes et m&#233;chants black blocks : &#171; &lt;i&gt;Ces pratiques sont bel et bien rejet&#233;es d&#232;s lors qu'elles sont isol&#233;es dans des discours g&#233;n&#233;ralisants, mais comprises et soutenues dans des contextes pr&#233;cis, o&#249; la violence du pouvoir se manifeste de mani&#232;re trop criante.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre le&#231;on des s&#233;ismes de d&#233;cembre, notamment li&#233;e &#224; l'entr&#233;e des coll&#232;ges et lyc&#233;es dans la danse, la possibilit&#233; d'une alliance entre des populations ayant rarement r&#233;ussi &#224; unir leurs int&#233;r&#234;ts d'exploit&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Il s'op&#232;re comme une jonction momentan&#233;e, in&#233;dite, terrifiante menace pour l'ordre des choses, entre les Gilets jaunes, typiquement (mais pas exclusivement) des prol&#233;taires p&#233;riurbains, et de jeunes sous-prol&#233;taires des cit&#233;s HLM.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, toujours pr&#233;sente en ligne de fond, il y a cette &#233;vidence qui ne l'&#233;tait pas tant que &#231;a avant le mouvement jaune : la lutte des classes n'est pas morte, r&#244;de encore, peut-&#234;tre plus que jamais, ciment ind&#233;passable des explosions collectives populaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traces et horizons&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De page en page, les angles d'attaque se multiplient, entre exploration des impasses et volont&#233; de s'en s'extraire. La violence inou&#239;e de la r&#233;pression et la massive diffusion de l'hostilit&#233; envers la gente polici&#232;re qu'elle a provoqu&#233;e (&#171; &lt;i&gt;tout un chacun int&#233;riorise d&#233;sormais que l'acte m&#234;me de manifester induit de s'opposer aux forces de l'ordre&lt;/i&gt; &#187;). Le recours &#224; des blocages durs et efficaces, suivi ensuite d'une forme de pacification de la pratique, notamment via les barrages filtrants. Ou bien le d&#233;placement progressif de la conflictualit&#233; &#171; &lt;i&gt;des ronds-points aux centres-villes gentrifi&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la m&#232;che semble avoir fait &lt;i&gt;pschitt&lt;/i&gt;, les membres de la meute Ahou ahou ahou ne sombrent pas dans le pessi&#8202;misme moribond. Ni ne proclament de vaines proph&#233;ties (rarement autor&#233;alisatrices). Ils rappellent simplement cette &#233;vidence : un mouvement d'une telle ampleur ne dispara&#238;t pas sans laisser de traces dans les esprits et pratiques politiques des innombrables insurg&#233;s du quotidien qui y ont particip&#233;. Et si le pr&#233;sent navigue de toute &#233;vidence dans une moro&#8202;sit&#233; politique des plus flippantes, les retours de flamme surgissent souvent quand on ne les attend pas, avec ou sans gilets : &#171; &lt;i&gt;En France, &#224; l'automne 2018, un gauchiste plus ou moins farfelu qui aurait annonc&#233; le &#8220;retour de la lutte des classes&#8221; et le surgissement prochain d'un mouvement social fort secouant l'&#233;tat de bas en haut et g&#233;n&#233;ralisant pour des mois le d&#233;sordre en ville comme &#224; la campagne, aurait &#233;t&#233; l'objet des railleries g&#233;n&#233;rales.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cri de guerre tr&#232;s r&#233;pandu dans les cort&#232;ges Gilets jaunes, forme de question- r&#233;ponse &#233;nergisante bas&#233;e sur le cri du loup : &#171; &lt;i&gt;Gilets jaunes, quel est votre m&#233;tier&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? &#8211; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Ahou, ahou, ahou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Gilets jaunes de Valence : la justice baisse (un peu) le ton</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pour trois coups de pied ass&#233;n&#233;s &#224; un flic, le tribunal de Valence avait condamn&#233; un Gilet jaune &#224; douze mois de prison ferme. Devant la cour d'appel de Grenoble, le manifestant s'en est sorti avec huit mois de bracelet &#233;lectronique et trois ans d'interdiction de manifester dans sa r&#233;gion et &#224; Paris. Son camarade, auteur d'un seul coup, a &#233;cop&#233; de six mois de bracelet. &#171; Dans cette affaire, l&#226;chera l'avocate des policiers pendant l'audience d'appel, tout est question d'angle de vue. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Les-echos-du-Chien-rouge" rel="directory"&gt;Les &#233;chos du Chien rouge&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/policiers" rel="tag"&gt;policiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Stephane" rel="tag"&gt;St&#233;phane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilet-jaune" rel="tag"&gt;Gilet jaune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour trois coups de pied ass&#233;n&#233;s &#224; un flic, le tribunal de Valence avait condamn&#233; un Gilet jaune &#224; douze mois de prison ferme. Devant la cour d'appel de Grenoble, le manifestant s'en est sorti avec huit mois de bracelet &#233;lectronique et trois ans d'interdiction de manifester dans sa r&#233;gion et &#224; Paris. Son camarade, auteur d'un seul coup, a &#233;cop&#233; de six mois de bracelet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH461/-989-b3532.jpg?1779602866' width='400' height='461' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans cette affaire&lt;/i&gt;, l&#226;chera l'avocate des policiers pendant l'audience d'appel, &lt;i&gt;tout est question d'angle de vue. &#187;&lt;/i&gt; C'est assez vrai. Il n'y a qu'&#224; voir, par exemple, le titre de l'article que le site de C-News consacre &#224; l'affaire : &#171; Agression de policiers : condamnation confirm&#233;e en appel pour deux Gilets jaunes &#187;. Des policiers agress&#233;s ? Les deux manifestants assurent qu'ils ne savaient pas qu'ils s'en prenaient &#224; des flics. Ils expliquent qu'&#224; l'instant des faits, ils voulaient seulement d&#233;fendre un Gilet jaune agress&#233; par des hommes en civil.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acte IV&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'abord, le contexte. Ce 8 d&#233;cembre 2018, les Gilets jaunes en sont &#224; leur quatri&#232;me acte. Apr&#232;s un temps d'expectative, de nombreux militants de gauche ont rejoint le mouvement. Des revendications sociales plus larges commencent &#224; supplanter les initiales dol&#233;ances d'automobilistes. D&#233;bord&#233;es par l'&#233;nergie &#233;meuti&#232;re qui s'est manifest&#233;e &#231;&#224; et l&#224;, les autorit&#233;s ont fait le pari de la r&#233;pression f&#233;roce ; six jours plus t&#244;t &#224; Marseille, Zineb Redouane d&#233;c&#233;dait apr&#232;s avoir re&#231;u en pleine figure une grenade lacrymog&#232;ne &#224; la fen&#234;tre de son appartement&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce d&#233;but juillet 2020, le policier tireur n'a toujours pas &#233;t&#233; identifi&#233;.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 8 d&#233;cembre 2018 donc, des Gilets jaunes bloquent un rond-point de la zone commerciale du plateau des Couleures, &#224; Valence (Dr&#244;me). Vers midi, la police estime que la blague a assez dur&#233;. Les agents chargent. Les fluos ripostent : des projectiles volent. Quelques minutes plus tard, sur un parking proche, deux policiers &#8211; dont le directeur d&#233;partemental de s&#233;curit&#233; publique &#8211; reconnaissent un des lanceurs de projectiles. Habill&#233;s en civil, ils tentent de l'interpeller. Mais le manifestant ne se laisse pas faire et les trois hommes se retrouvent au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'une quinzaine de Gilets jaunes, apercevant l'un des leurs se faire malmener par deux gugusses lambda, interviennent. Tout va tr&#232;s vite &#8211; 25 secondes &#224; peine. Des coups de pied et de poing sont &#233;chang&#233;s ; les flics d&#233;gainent leur arme ; d'autres bleus arrivent en renfort et les fluos prennent la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi, quatre personnes ayant particip&#233; &#224; l'algarade sont arr&#234;t&#233;es &#8211; violemment &#8211; dans les rues du centre-ville, o&#249; se d&#233;roule une marche pour le climat. Elles se retrouvent en garde &#224; vue, puis en d&#233;tention provisoire. Au bout de dix jours, elles ressortent. Juste le temps de se requinquer un peu, avant leur proc&#232;s de premi&#232;re instance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 26 d&#233;cembre 2018, Maria, Dylan, Tom et St&#233;phane font face &#224; leurs juges, au tribunal correctionnel de Valence&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notre compte-rendu : &#171; Au tribunal de Valence, apaisement rime avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Aucun des pr&#233;venus n'a de casier judiciaire. Motif des poursuites ? &#171; Violences en r&#233;union sur personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique &#187;. Les deux policiers se sont vu d&#233;livrer deux et trois jours d'ITT (interruption totale de travail). St&#233;phane a port&#233; trois coups, Tom et Dylan un chacun. Impossible de nier : une cam&#233;ra de vid&#233;osurveillance a immortalis&#233; la sc&#232;ne. Les images, cependant, ne permettent pas de savoir ce qui s'est pass&#233; dans la t&#234;te des pr&#233;venus. Qu'importe, le procureur a ses certitudes au sujet de St&#233;phane : &#171; &lt;i&gt;Monsieur Trouille, c'est le plus violent, avec un vrai projet : foutre en l'air du flic&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il vient pour en d&#233;coudre...&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il tabasse...&lt;/i&gt; &#187; Maria, elle, n'a frapp&#233; personne. Simplement, elle s'est empar&#233;e du bonnet d'un des deux pandores et l'a jet&#233; plus loin. Aux yeux du procureur, voil&#224; une faute impardonnable : &#171; &lt;i&gt;Le fait de prendre un bonnet &#224; un policier au sol constitue d&#233;j&#224; des violences.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme du d&#233;lib&#233;r&#233;, les quatre pr&#233;venus r&#233;coltent trois ans d'interdiction de manifester. Maria &#233;cope de neuf mois de prison, dont trois ferme. Dylan en prend dix, dont quatre ferme. Aucun des deux ne fera appel. Les deux autres, les plus lourdement condamn&#233;s, contesteront la peine : douze mois dont six ferme pour Tom, dix-huit mois dont douze ferme pour St&#233;phane.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Grenoble, un an et demi plus tard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce jeudi 4 juin 2020, St&#233;phane et Tom ont donc rendez-vous &#224; la cour d'appel de Grenoble. Le Covid-19 se faisant discret, les bars et les restaurants ont rouvert depuis deux jours, mais la justice n'est visiblement pas press&#233;e de renouer avec un de ses principes essentiels : la publicit&#233; des audiences. Le tribunal demeure ferm&#233; au public et les quelques dizaines de personnes venues soutenir les pr&#233;venus resteront dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avoir fait appel ? &#171; &lt;i&gt;Je ne savais pas que c'&#233;taient des policiers&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond Tom. Toute l'audience tournera autour de cette question : au d&#233;but de la bagarre, les deux Gilets jaunes avaient-ils conscience qu'ils s'en prenaient &#224; des pandores ? D&#232;s lors, la circonstance aggravante de violences &#171; sur personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique &#187; tient-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mani&#232;re qu'ils ont de mener leurs interrogatoires, on devine bien que les juges pr&#233;supposent que les pr&#233;venus savaient tr&#232;s bien &#224; qui ils avaient affaire. Curieusement, ce sont les policiers eux-m&#234;mes qui vont donner des &#233;l&#233;ments &#224; d&#233;charge. D'abord, le patron des flics de la Dr&#244;me rappelle qu'il &#233;tait en civil : &lt;i&gt;&#171; Pour &#233;viter d'&#234;tre identifi&#233; comme policier, j'[avais] mis un pull gris. &#187; &lt;/i&gt;Puis il admet sans mal que dans la confusion, son brassard &#171; police &#187; a probablement gliss&#233; &#8211; devenant ainsi beaucoup moins visible. Il reconna&#238;t &#233;galement qu'il n'a &#171; &lt;i&gt;pas eu le r&#233;flexe&lt;/i&gt; &#187; de crier &#171; &lt;i&gt;Police !&lt;/i&gt; &#187;. Autre &#233;l&#233;ment probant : &#171; &lt;i&gt;Rapidement, on s'est fait insulter, mais pas en tant que policiers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en premi&#232;re instance, les magistrats surinterpr&#232;tent la vid&#233;o, pourtant confuse, zoom&#233;e et lointaine, ne permettant absolument pas de distinguer l'expression d'un visage : &#171; &lt;i&gt;On a l'impression que vous faites votre jogging, vous &#234;tes tr&#232;s d&#233;tendu&lt;/i&gt; &#187;, s'entend ainsi dire St&#233;phane. Lequel donne sa version des faits : &#171; &lt;i&gt;J'observe une personne qui donne des coups &#224; d'autres [&#8230;]. Donc ma r&#233;action pour d&#233;samorcer cette bagarre, c'est de lui donner un coup pour qu'elle recule. C'&#233;tait chaotique, spontan&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Tom, lui, indique qu'il a d&#233;cid&#233; d'intervenir quand il a vu un manifestant avec &#171; &lt;i&gt;le visage en sang&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fense, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Rapha&#235;l Kempf montre au deuxi&#232;me agent de police un extrait de la vid&#233;o o&#249; on ne voit pas son brassard. Et il lui demande : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que c'est possible qu'il ne soit pas visible ?&lt;/i&gt; &#187; La pr&#233;sidente du tribunal intervient : &#171; &lt;i&gt;&#199;a n'est pas une question. Comment voulez-vous qu'il r&#233;ponde &#224; ce type de question ?&lt;/i&gt; &#187; M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Kempf : &#171; &lt;i&gt;On leur demande si les manifestants savaient qu'ils &#233;taient policiers, je pose la question inverse&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le flic : &#171; &lt;i&gt;Oui c'est possible [que mon brassard ne soit pas visible], je suis en mouvement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocate des policiers dramatise : &#171; &lt;i&gt;Ces faits ont &#233;t&#233; une d&#233;ferlante de violences.&lt;/i&gt; &#187; S&#251;r que face &#224; quinze Gilets jaunes, les deux flics ont d&#251; flipper (et il est heureux qu'ils aient fait preuve de sang-froid en n'utilisant pas leurs armes), mais peut-on honn&#234;tement dire comme la bavarde que &#171; &lt;i&gt;cette d&#233;ferlante de coups est &#224; la limite du supportable&lt;/i&gt; &#187; ? Si elle appr&#233;cie les excuses faites &#224; ses clients par les pr&#233;venus, l'avocate n'en d&#233;mord pas : &#171; &lt;i&gt;Je suis certaine qu'ils savaient &#224; qui ils avaient affaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole est au minist&#232;re public, qui commence par un discours d'apaisement, rappelant qu'&#224; l'occasion du mouvement des Gilets jaunes, on a pu voir &#171; &lt;i&gt;des d&#233;rapages des deux c&#244;t&#233;s ; il y a des enqu&#234;tes visant des fonctionnaires ayant abus&#233; de leur autorit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Mais l&#224;, il s'agit de juger les manifestants : &#171; &lt;i&gt;Sur la vid&#233;o, on voit [le directeur d&#233;partemental de la s&#233;curit&#233; publique], il est au sol [&#8230;] ; &#224; cet instant-l&#224;, on a l'impression que c'est la cur&#233;e, l'hallali.&lt;/i&gt; &#187; Pour que les agents &#171; &lt;i&gt;aient &#233;t&#233; reconnus comme policiers, aurait-il fallu qu'ils portent un gyrophare ?&lt;/i&gt; &#187; Il demande la confirmation des peines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocate de Tom, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Alice Becker, rappelle que le premier proc&#232;s avait eu lieu dans un contexte politique tr&#232;s tendu. Ne pouvant r&#233;clamer la relaxe, elle plaide une forte r&#233;duction de peine : &#171; &lt;i&gt;Je vous demanderai juste de revenir &#224; la raison, &#224; la mat&#233;rialit&#233; des faits, &#224; savoir un coup de pied, dont il s'est excus&#233;. La peine il l'a d&#233;j&#224; eue, il a pass&#233; dix jours en d&#233;tention provisoire.&lt;/i&gt; &#187; Elle estime ensuite que la peine compl&#233;mentaire d'interdiction de trois ans de manifester n'est pas l&#233;gale, car elle devrait &#234;tre limit&#233;e dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;fendre St&#233;phane, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Kempf rappelle que la manifestation des Gilets jaunes se passait tr&#232;s bien, sans d&#233;bordement, &#171; &lt;i&gt;jusqu'&#224; ce que la police d&#233;cide de la disperser&lt;/i&gt; &#187;. En ce qui concerne la circonstance aggravante de violences &#171; sur personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique &#187;, il demande la relaxe &#8211; &#171; &lt;i&gt;ne serait-ce qu'au b&#233;n&#233;fice du doute&lt;/i&gt; &#187;. Sur le reste, il sugg&#232;re une peine de sursis, mais pas de ferme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et finalement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 2 juillet, la cour d'appel de Grenoble a rendu sa d&#233;cision. Tom, 24 ans, ramasse douze mois de bracelet &#233;lectronique, dont six avec sursis &#8211; sans inscription au casier judiciaire (B2), ce qui l'arrange bien puisque dans le cadre de son travail d'ouvrier du BTP, il lui arrive de devoir travailler sur des ouvrages sensibles, comme des barrages, o&#249; un casier vierge est exig&#233;. Pour St&#233;phane, vid&#233;aste et reporter de 42 ans, ce sera dix-huit mois de bracelet, dont dix avec sursis. Les deux hommes &#233;copent &#233;galement de trois ans d'interdiction de manifester dans la r&#233;gion Auvergne-Rh&#244;ne-Alpes et &#224; Paris. Les verra-t-on bient&#244;t sur les pav&#233;s de Marseille, Lille, Nantes ou Montpellier ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En ce d&#233;but juillet 2020, le policier tireur n'a toujours pas &#233;t&#233; identifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notre compte-rendu : &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes-au-tribunal-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Au tribunal de Valence, apaisement rime avec ch&#226;timent&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 172 (janvier 2019). Lire aussi &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Communique-de-Stephane-Trouille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le communiqu&#233;&lt;/a&gt; o&#249; St&#233;phane raconte sa version des faits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Je te dirai les mots jaunes</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une id&#233;e qui na&#238;t et grandit avec le mouvement social le plus inesp&#233;r&#233; et le plus subversif depuis Mai 68. Collecter et diffuser l'&#233;loquence des &#171; dos cr&#233;atifs &#187;, des sans-visage en col&#232;re, voil&#224; ce que s'est propos&#233; le collectif publiant Plein le dos. D'abord dazibao vendu en manif &#224; prix libre, ce cri polyphonique des Gilets jaunes vient de transmuter en beau livre. On n'en est pas encore revenu : &#224; l'automne 2018, une mar&#233;e humaine-trop-humaine a submerg&#233; le pays, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no184-fevrier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;184 (f&#233;vrier 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Plein-le-dos" rel="tag"&gt;Plein le dos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilet-jaune" rel="tag"&gt;Gilet jaune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/dos" rel="tag"&gt;dos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/acte" rel="tag"&gt;acte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/feuilles-jaunes" rel="tag"&gt;feuilles jaunes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une id&#233;e qui na&#238;t et grandit avec le mouvement social le plus inesp&#233;r&#233; et le plus subversif depuis Mai 68. Collecter et diffuser l'&#233;loquence des &#171; &lt;i&gt;dos cr&#233;atifs &#187;&lt;/i&gt;, des sans-visage en col&#232;re, voil&#224; ce que s'est propos&#233; le collectif publiant &lt;i&gt;Plein le dos.&lt;/i&gt; D'abord dazibao vendu en manif &#224; prix libre, ce cri polyphonique des Gilets jaunes vient de transmuter en beau livre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH424/-1486-8ae91.jpg?1779602935' width='400' height='424' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Plein le dos / Acte 13, Paris (9 f&#233;vrier 2019)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;n n'en est pas encore revenu : &#224; l'automne 2018, une mar&#233;e humaine-trop-humaine a submerg&#233; le pays, mouillant tout le monde, m&#234;me celles et ceux qui se croyaient &#224; l'aise, les pieds au sec. Partie des ronds-points (non-lieux embl&#233;matiques de la non-vie moderne) pour aller fracasser ses vagues successives sur les vitrines &lt;i&gt;bling-bling prout-prout &lt;/i&gt;des &#171; Champs &#187; et du bon chic parisien, elle a marqu&#233; les consciences pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur d'un mouvement qui peu &#224; peu s'inscrivait dans la dur&#233;e, &lt;i&gt;Plein le dos&lt;/i&gt; appara&#238;t en janvier 2019. L'id&#233;e est d'imprimer des photos de dossards bavards sur des feuilles jaunes, A3 recto verso pli&#233;es en quatre, et de les vendre &#224; la cri&#233;e. Il s'agit, acte apr&#232;s acte, de contribuer &#224; faire le lien entre les milliers de &#171; p&#233;riph&#233;ries &#187; convergeant sur la capitale, mais aussi avec celles qui, pour x raisons, restent sur leurs terres d'origine. Titre et sous-titre : &#171; &lt;i&gt;PLEIN LE DOS &#8211; Pour une m&#233;moire populaire. La rue contre le m&#233;pris.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3281 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1487-a41be.jpg?1779971003' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Plein le dos / Acte 30 &#224; Drancy (8 juin 2019)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il fallait contrer les mensonges de la presse,&lt;/i&gt; explique Anouk, membre du collectif et crieuse de rue. &lt;i&gt;Tax&#233;s de pollueurs, fachos, racistes, homophobes, antis&#233;mites, complotistes..., les Gilets jaunes ont bon dos. Pourtant, sur leurs &#233;paules, le message est tout autre. On voulait montrer &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Ce n'est pas un hasard si le projet se cuisine d'abord &#224; Paris. Les foules qui y d&#233;boulent le samedi, avec leurs d&#233;gaines de prol&#233;taires, leurs chants de stade, leurs drapeaux tricolores ou r&#233;gionaux, leurs jurons anti-Macron, h&#233;rissent bien des &#171; progressistes &#187; confits de citoyennet&#233;, universalisme abstrait ou autre id&#233;ologie ferm&#233;e. La galerie de portraits sans visage des &lt;i&gt;Plein le dos&lt;/i&gt; met les points sur les i : &#171; &lt;i&gt;Tarlouze violente&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Gitan en gal&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Mamie gigi Dunkerque&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Matgoulish gili jone&lt;/i&gt; &#187; [&#171; &lt;i&gt;Ne m'appelez pas &#8220;gilet jaune&#8221;, en arabe dialectal&lt;/i&gt;], &#171; &lt;i&gt;Je suis Zineb&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Paysanne v&#233;n&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Cheminote d&#233;ter&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Autant d'armoiries perso' sur des gilets customis&#233;s, fi&#232;rement arbor&#233;s, en r&#233;ponse &#224; l'intox.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 2018, beaucoup ont craint (ou souhait&#233;) assister &#224; l'insurrection d'un populo de droite &#8211; souvent les m&#234;mes qui faisaient supporter aux &#171; jojos en fluo &#187; les stigmates du m&#233;pris de classe. Le ministre de l'Int&#233;rieur Christophe Castaner donnait le signal de la cur&#233;e polici&#232;re en les accusant de monter &#224; la capitale &#171; &lt;i&gt;pour casser et tuer&lt;/i&gt; &#187;. La France des assis refusait d'admettre que, dans ce Paris assassin&#233; de longue date par les Versaillais, c'est au tour des ruraux, banlieusards et autres p&#233;riurbains de porter haut l'esprit des communards et des sans-culottes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH617/-1489-cb788.jpg?1779620913' width='400' height='617' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Plein le dos / Acte 41, Paris (24 ao&#251;t 2019)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plein le dos&lt;/i&gt; a ensuite essaim&#233; &#171; en province &#187;. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s chaque samedi, de nouvelles photos nous arrivent d'un peu partout&lt;/i&gt;, raconte Anouk, qui navigue entre Toulouse et Marseille. &lt;i&gt;Du coup, c'est compliqu&#233; d'arr&#234;ter le compteur pour faire un bouquin. Mais comme il n'est pas question d'oraison fun&#232;bre, on a accept&#233; l'id&#233;e de fabriquer un objet non d&#233;finitif, qui t&#233;moigne d'un ph&#233;nom&#232;ne loin d'&#234;tre mort.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;riurbaines au point de cr&#233;cher en Ari&#232;ge, Les &#233;ditions du Bout de la ville ont bien boss&#233;. Si le livre balance sans commentaire autant de gilets &#233;nerv&#233;s que de jours dans l'ann&#233;e, des annexes en fran&#231;ais et en anglais d&#233;cryptent et contextualisent les jeux de mots, les coups de gueule, les chansons et les slogans d&#233;tourn&#233;s qui, avec le temps ou la distance, pourraient virer abscons. Plus que des notules techniques, elles font sens et nourrissent la r&#233;flexion. Parce qu'&#224; l'heure o&#249; la population h&#233;site encore &#224; se soulever vraiment contre un gouvernement qui travaille contre elle, ce bouquin et ces feuilles montrent des &#233;clats de sauvagerie salutaires (comme la br&#232;ve mais jubilatoire gratuit&#233; des p&#233;ages), la socialisation d'espaces st&#233;rilis&#233;s par l'am&#233;nagement du territoire et, surtout, une critique radicale de la repr&#233;sentation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin d'un d&#233;fil&#233; marseillais contre la r&#233;forme des retraites, alors que la sono canalise les troupes vers les cars de ramassage en saturant l'air d'une &lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt; enregistr&#233;e, un contingent inattendu avance. &#171; &lt;i&gt;Gilet jaune, quel est ton m&#233;tier&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, scande une femme au m&#233;gaphone. &#171; &lt;i&gt;Ahouou ! Ahouou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pondent une centaine de trognes marqu&#233;es par la vie, dont pas mal de &#171; sans-dents &#187; condamn&#233;s au minimum vieillesse. Ce sont eux, autant que la jeunesse et une base syndicale d&#233;passant la strat&#233;gie conf&#233;d&#233;rale par des modes d'action plus d&#233;cisifs, qui am&#232;neront la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Plein le dos, 365 gilets jaunes, novembre 2018-octobre 2019&lt;/strong&gt;
&lt;/i&gt; (Les &#201;ditions du Bout de la ville)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; va le fric ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur son site, &lt;i&gt;Plein le dos&lt;/i&gt; affiche les d&#233;tails de sa comptabilit&#233; et l'usage de l'argent collect&#233;. La vente des feuilles jaunes a permis de donner plus de 14 000 &#8364; &#224; l'Assembl&#233;e des bless&#233;.es, D&#233;sarmons-les et les Mutil&#233;s pour l'exemple (collectifs d&#233;non&#231;ant les violences polici&#232;res). Les b&#233;n&#233;fices du livre seront revers&#233;s aux victimes de la r&#233;pression judiciaire. Pour en savoir plus : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://pleinledos.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pleinledos.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH482/-1488-c85f5.jpg?1779620913' width='400' height='482' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Plein le dos / Acte 49, Toulouse (19 octobre 2019)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les Gilettes au charbon</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Andr&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Julien Brygo</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;D&#232;s novembre 2018, les femmes ont &#233;t&#233; nombreuses &#224; investir le soul&#232;vement fluo. Expos&#233;es &#224; une plus grande pr&#233;carit&#233;, elles ont trouv&#233; l&#224; le moyen d'exprimer leur col&#232;re et leur volont&#233; de changer l'ordre social. Rencontre avec une poign&#233;e de r&#233;volt&#233;es en gilet jaune. Pour un symbole phallique, c'en &#233;tait un. Imaginez l'engin : une &#233;rection titanesque de 22 m&#232;tres de long pesant 35 tonnes. En d&#233;boulant de l'autoroute par le p&#233;age nord de Perpignan, on ne voyait que lui : le cadran solaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Julien-Brygo-138" rel="tag"&gt;Julien Brygo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes-Gilets" rel="tag"&gt;femmes Gilets&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s novembre 2018, les femmes ont &#233;t&#233; nombreuses &#224; investir le soul&#232;vement fluo. Expos&#233;es &#224; une plus grande pr&#233;carit&#233;, elles ont trouv&#233; l&#224; le moyen d'exprimer leur col&#232;re et leur volont&#233; de changer l'ordre social. Rencontre avec une poign&#233;e de r&#233;volt&#233;es en gilet jaune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1289-8f567.jpg?1779603042' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paris, acte IV (Photo Julien Brygo)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our un symbole phallique, c'en &#233;tait un. Imaginez l'engin : une &#233;rection titanesque de 22 m&#232;tres de long pesant 35 tonnes. En d&#233;boulant de l'autoroute par le p&#233;age nord de Perpignan, on ne voyait que lui : le cadran solaire pondu par l'artiste MA2F. Un braquemart d'acier plant&#233; au c&#339;ur d'un rond-point qui, depuis le 17 novembre, sert de QG aux Gilets jaunes. Que s'est-il pass&#233; dans la nuit du 18 janvier ? Des faits, nous ne savons que cela : un obscur commando a fait une pyramide de pneus au pied de la tringle &#224; 300 000 &#8364; et allum&#233; le brasero. Mena&#231;ant de s'effondrer, le cadran a d&#251; &#234;tre d&#233;mont&#233; pour &#234;tre expertis&#233; et r&#233;par&#233;. La Commune a eu sa colonne Vend&#244;me d&#233;boulonn&#233;e&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monument comm&#233;morant les victoires napol&#233;oniennes, la colonne Vend&#244;me fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les Gilets leur cadran carbonis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; quelques m&#232;tres du fameux rond-point d&#233;membr&#233; que nous avons rendez-vous avec un quarteron de Gilettes. &#192; part le ciel, pas l'ombre d'un bleu. Les bagnoles klaxonnent et le poste pos&#233; sur la grande tabl&#233;e diffuse un morceau de Dire Straits. Ce n'&#233;tait la guerre sociale, on pourrait croire &#224; un repas de famille. &#192; celles et ceux qui se demandent pourquoi le soul&#232;vement des Gilets jaunes a &#233;t&#233; autant investi par les femmes, l'affaire a &#233;t&#233; rondement expliqu&#233;e par une de ses actrices d&#233;nomm&#233;e Francie : &#171; &lt;i&gt;80 % des travailleurs pauvres sont des femmes. 82 % des familles monoparentales sont constitu&#233;es d'une m&#232;re avec ses enfants. Les femmes touchent en salaire 25 % de moins que les hommes, donc forc&#233;ment les retraites sont aussi bien moindres. 82 % des temps partiels sont occup&#233;s par des femmes.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Francie, femme Gilet jaune : &#8220;80% des travailleurs pauvres sont des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les poubelles de Marie Blach&#232;re&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On demande aux copines ce qui les a fait entrer dans la fronde. Yeux clairs et verbe tranchant, Alison explique pourquoi elle pr&#233;f&#232;re les mois impairs : &#187; &lt;i&gt;Je suis aide &#224; domicile et j'aimerais me reconvertir, mais c'est tr&#232;s compliqu&#233;. Je touche le ch&#244;mage, l'ARE&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allocation d'aide au retour &#224; l'emploi.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, &#224; un taux de 17,35 &#8364; par jour. Soit 537 &#8364; les mois en 31 jours. Ce qui ne me permet ni de vivre, ni de payer un loyer.&lt;/i&gt; &#187; Quand ses finances sont &#224; sec, Alison va faire bombance aux Restos du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec sa voix m&#233;lancolique, Nadine raconte comment elle a atterri au ch&#244;mage apr&#232;s vingt-huit ans de bons et loyaux services dans une entreprise familiale : &#187; &lt;i&gt;On m'a licenci&#233;e pour le chiffre d'affaires. Je faisais trop dans l'humain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regard per&#231;ant et nez aquilin, Isabelle est secr&#233;taire. Le gilet, elle l'a d'abord enfil&#233; pour ses deux gamins. L'un souffre d'un trouble r&#233;pertori&#233; en &#171; dys&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Troubles des apprentissages : dyslexie, dyspraxie, dysphasie, etc.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, l'autre d'une leuc&#233;mie. &#201;coutons-la : &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; confront&#233;e au probl&#232;me du handicap qui est tr&#232;s peu pris en compte par les politiques alors que la pr&#233;valence des handicap&#233;s est en augmentation. Dans la classe de mon dernier, la moiti&#233; des enfants va chez l'orthophoniste ou a un suivi m&#233;dical. Tous ces suivis ne sont pas forc&#233;ment reconnus ou rembours&#233;s. Le handicap co&#251;te tr&#232;s cher en France. Je connais des familles oblig&#233;es de se monter en association pour soigner leurs enfants. Certaines vont en Espagne. 8 000 &#8364; les deux semaines.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; l'expression de ces gal&#232;res personnelles, les dol&#233;ances s'&#233;largissent rapidement &#224; une critique virulente de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce monde de merde avec ses in&#233;galit&#233;s criantes et ses rapports humains en jach&#232;re, ce monde qu'on supportait &#224; peine et qu'on commentait auparavant avec fatalisme et r&#233;signation, ce monde il fallait soudain le virer et en construire un meilleur. Aussi simple que de virer l'obsc&#232;ne cadran d'&#224; c&#244;t&#233;. Maryse porte une casquette jaune et tient &#224; causer sous pseudo, elle balance : &#171; &lt;i&gt;C'est inadmissible tous les privil&#232;ges qu'il y a en haut et tellement de mis&#232;re et de pr&#233;carit&#233; en bas. Je veux un monde meilleur, un autre syst&#232;me pour mes enfants, mes petits-enfants, les travailleurs, les retrait&#233;s, les enfants handicap&#233;s. Y en a marre de tous ces privil&#232;ges.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot est l&#226;ch&#233;, ainsi que la r&#233;f&#233;rence &#224; 1789. Deux cent trente ans apr&#232;s, on est l&#224; pour finir le boulot des culott&#233;es sans-culottes. Maryse pointe les anciens pr&#233;sidents qui continuent &#224; toucher leurs &#171; &lt;i&gt;royalties&lt;/i&gt; &#187; &#8211; r&#233;surgence monarchique jusque dans l'&#233;tymologie &#8211; pendant que des vieux se cantonnent &#224; un repas par jour. Elle finit tout &#233;mue, col&#232;re rentr&#233;e et sanglots contenus. Isabelle rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;Je ne con&#231;ois pas qu'apr&#232;s avoir travaill&#233; toute leur vie, ils doivent choisir entre se chauffer ou manger.&lt;/i&gt; &#187; &#192; sept heures du matin, Nadine les voit, ces papis et ces mamies, faire les poubelles de la boulangerie Marie Blach&#232;re. Alors qu'avant elles assistaient impuissantes &#224; ces clich&#233;s de mis&#232;re, elles exigent maintenant une vie d&#233;cente pour les retrait&#233;s. Et pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup, &#234;tre femme dans un mouvement accus&#233; de tous les maux dont celui de sexisme, ce n'est pas trop duraille ? Maryse, ferme : &#171; &lt;i&gt;Il y a eu quelques clashs. Mais on a &#233;t&#233; assez fortes pour se faire entendre. On a des choses &#224; dire et c'est pas les hommes qui vont nous dire de la fermer. Je me consid&#232;re l'&#233;gale de l'homme.&lt;/i&gt; &#187; Alison est plus perplexe : &#187; &lt;i&gt;Je ne me souviens pas de la moindre altercation avec un macho sur un quelconque point de blocage. D'ailleurs je n'ai jamais entendu de propos misogynes.&lt;/i&gt; &#187; Isabelle temp&#232;re : on lui a rapport&#233; des tensions entre hommes et femmes, notamment lors des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. M&#234;me si elle n'y a jamais assist&#233;. Alison d&#233;crypte : l'embrouille venait des manifs f&#233;ministes organis&#233;es le dimanche par les femmes Gilets jaunes. Leurs initiatrices ont &#233;t&#233; accus&#233;es de diviser et donc d'affaiblir le mouvement. Isabelle : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes des Gilets jaunes, pas &#8220;les femmes de&#8221;. Le but de ces manifs &#233;tait de nous montrer, de faire du bruit autour de nos revendications sp&#233;cifiques. On a dans&#233; aussi.&lt;/i&gt; &#187; Elle rit. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait bon enfant m&#234;me si on n'&#233;tait pas nombreuses. Des hommes venaient faire le service d'ordre au cas o&#249;. Certains se pointaient en jupe, d&#233;guis&#233;s en nana.&lt;/i&gt; &#187; Qui l'e&#251;t cru : des Gilets jaunes qui d&#233;construisent le genre. Et pourquoi pas un rond-point carr&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La femme au rond-point, l'homme &#224; la maison&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des souvenirs affluent. Il fait nuit, il caille, il fait peur. C'est l'&#233;poque des blocages. Durs. Des meufs surgissent de l'ombre et imposent leur corps menu face &#224; des 38 tonnes. Les routiers obtemp&#232;rent. M&#233;dus&#233;s ou blas&#233;s. Une gamine de 15 ans v&#234;tue d'un pyjama en peluche immobilise sa ribambelle de poids lourds. On lui demande ce qu'elle fiche dehors &#224; une heure pareille, si sa m&#232;re sait qu'elle est l&#224;. &#171; &lt;i&gt;Ma m&#232;re, elle est plus haut dans la file, elle gare les camions.&lt;/i&gt; &#187; Faisons ce constat sommaire : les Gilets en action se foutent du genre. Ils et elles sont une force collective. Tout pareillement que le m&#226;le, la femme monte au charbon. Occupe. R&#233;siste. Caillasse. Alison explique l'extraordinaire pugnacit&#233; f&#233;minine par le fait que les nanas, dans la vie de tous les jours, doivent s'acquitter autant de leurs obligations professionnelles que familiales. Tenir sur tous les fronts, ici sont peut-&#234;tre &#224; chercher les racines de la d&#233;termination des guerri&#232;res des ronds-points. &#171; &lt;i&gt;Du coup, on y va, on fonce. On ne n&#233;gocie pas. L'histoire des luttes sociales nous enseigne que quand les femmes sont au premier plan, c'est que l'urgence sociale est grave. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flics l'ont bien compris, qui n'ont pas fait de distinguo genr&#233; quand il s'est agi de tabasser, gazer et embastiller du fluo. Nadine r&#233;sume : &#171; &lt;i&gt;Quand les forces de l'ordre attrapaient des femmes, ils les tapaient comme si c'&#233;taient des hommes.&lt;/i&gt; &#187; Et au fait, comment se g&#232;rent les mobilisations du samedi pour les familles ? La femme enr&#233;giment&#233;e au rond-point, l'homme est-il de corv&#233;e au foyer ? Isabelle : &#171; &lt;i&gt;Je suis mari&#233;e avec deux enfants donc oui, le samedi mon mari garde les enfants. Il le sait, il conna&#238;t mon c&#244;t&#233; revendicatrice.&lt;/i&gt; &#187; Tremble-t-il pour sa moiti&#233;, l'assign&#233; au domicile conjugal ? Isabelle h&#233;site, avant de r&#233;pondre : &#187; &lt;i&gt;Au d&#233;but non. Mais maintenant oui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serge Andr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Monument comm&#233;morant les victoires napol&#233;oniennes, la colonne Vend&#244;me fut d&#233;truite par la Commune de Paris en 1871, puis reconstruite sous la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Francie-femme-gilet-jaune-80-des-travailleurs-pauvres-sont-des-femmes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Francie, femme Gilet jaune : &#8220;80% des travailleurs pauvres sont des femmes&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;R&#233;volution permanente&lt;/i&gt; (25/02/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Allocation d'aide au retour &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Troubles des apprentissages : dyslexie, dyspraxie, dysphasie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Il n'y aura pas de coagulation rouge et or</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Il-n-y-aura-pas-de-coagulation</link>
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		<dc:subject>Ma&#239;lys Vallade</dc:subject>
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		<dc:subject>jaune</dc:subject>

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&lt;p&gt;Autonomes et ing&#233;rables, les Gilets jaunes ont toujours tenu &#224; distance partis politiques et syndicats. Jusqu'au d&#233;but f&#233;vrier o&#249;, &#224; la faveur d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, leurs troupes ont fray&#233; avec des syndicalistes. D&#233;tails du moment &#224; Perpignan. Il y a des mots qui font la mode. Le 5 f&#233;vrier, jour de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, Gilets jaunes et drapeaux rouges devaient &#171; coaguler &#187;. Pass&#233; le temps de la d&#233;fiance anti-syndicale, les fluos acceptaient de rompre leurs digues isolationnistes. Bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autonomes et ing&#233;rables, les Gilets jaunes ont toujours tenu &#224; distance partis politiques et syndicats. Jusqu'au d&#233;but f&#233;vrier o&#249;, &#224; la faveur d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, leurs troupes ont fray&#233; avec des syndicalistes. D&#233;tails du moment &#224; Perpignan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH295/-1214-1b3e4.jpg?1779862405' width='500' height='295' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;lys Vallade
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l y a des mots qui font la mode. Le 5 f&#233;vrier, jour de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, Gilets jaunes et drapeaux rouges devaient &#171; coaguler &#187;. Pass&#233; le temps de la d&#233;fiance anti-syndicale, les fluos acceptaient de rompre leurs digues isolationnistes. Bien conscients que, si l'&#233;nergie &#233;tait toujours l&#224;, il fallait stopper la lente &#233;rosion des mobilisations. Apr&#232;s plus de deux mois de lutte, l'usure et la peur d'&#234;tre bastonn&#233; ou embastill&#233; avaient coup&#233; le jarret de bon nombre de manifestants. &#171; &lt;i&gt;Il faut que les gens descendent avec nous ! &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;p&#233;tait-on comme un mantra dans les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. Le spectre de la r&#233;cup&#233;ration politicienne ayant reflu&#233;, une jonction temporaire avec quelques centrales syndicales (CGT, Solidaires et la FSU principalement) ne provoquait plus de cris d'orfraie. Apr&#232;s tout, on partageait certains mots d'ordre, dont l'exigence de plus de justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Perpignan (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), le point de confluence eut lieu place de Catalogne. L'occasion de retrouver l'insupportable sono de la CGT avec son immarcescible playlist &#224; broyer les tympans. Affubl&#233; d'un grand manteau rouge, le secr&#233;taire d&#233;partemental c&#233;g&#233;tiste prit le micro : &#171; &lt;i&gt;Chers amis, chers camarades, nous vivons un moment unique, celui de la convergence des luttes. &#187;&lt;/i&gt; Et l'orateur d'&#233;num&#233;rer les dol&#233;ances &lt;i&gt;ad hoc &lt;/i&gt; : non &#224; la casse du service public, aux privatisations, au ch&#244;mage. Avant de pr&#233;venir : &#171; &lt;i&gt;Si on bloque l'&#233;conomie, le grand patronat va d&#233;crocher le t&#233;l&#233;phone pour dire &#224; Macron qu'il arr&#234;te ses conneries. Et l&#224;, &#231;a va &#233;voluer. &#187;&lt;/i&gt; On crut r&#234;ver en entendant &#231;a : comme si le patronat ne l'avait pas d&#233;j&#224; eue, sa grande frousse, dans la foul&#233;e d'un 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre insurrectionnel. Aux pr&#234;ts &#224; en d&#233;coudre, le syndicaliste adressa cependant un message tout en retenue : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est un horizon d&#233;licat, pas vraiment raccord avec le spontan&#233;isme fluo. Le rapport de force se construit petit &#224; petit. Aussi, apr&#232;s une manif plan-plan par les grands boulevards, l'homme appelait &#224; une &#233;ni&#232;me r&#233;union intersyndicale &#224; 15 h. Coaguler, OK. Mais pas trop vite.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vider la maison poulaga&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'assistance, ce fut la douche. Froide. Un camarade de chez Solidaires prit alors le micro. Des Gilets jaunes avaient pass&#233; la nuit &#224; bloquer le march&#233; international Saint-Charles. On se devait de les rejoindre. Mouvement d'humeur dans la foule. Action ou r&#233;union, il fallait choisir. Apr&#232;s quelques palabres, une courte manifestation eut lieu en ville &#171; &lt;i&gt;pour qu'on se montre en nombre &#187;&lt;/i&gt;. Et puis on rejoignit les Gilets jaunes &#224; Saint-Charles &#8211; soit une bonne heure de marche vers la p&#233;riph&#233;rie de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;but d'apr&#232;s-midi, drapeaux rouges et dossards fluos m&#234;l&#232;rent leur chromatique col&#232;re. Sifflets, cornes de brume, vivats ! Ne cachons pas notre joie : ce moment de &#171; fraternit&#233; &#187; fut assez &#233;mouvant &#224; vivre. L'espace de quelques heures, la soudure permit toutes les prospectives. Tandis que les &#233;lites s'acharnent &#224; cultiver les divisions, syndicalistes et rond-pointistes refondaient quelques bases communes. Dans la presse locale, une photo montra un d&#233;l&#233;gu&#233; c&#233;g&#233;tiste hilare serrer la pogne de son homologue Gilet jaune. Tout autour, des centaines de poids-lourds de fruits et l&#233;gumes &#233;taient &#224; l'arr&#234;t. Les chauffeurs, pour l'essentiel marocains ou polonais, d&#233;gain&#232;rent leur smartphones pour filmer cette &#233;trange sc&#232;ne de liesse. Retranch&#233;s derri&#232;re les grilles de leur hangar, une poign&#233;e de patrons et de salari&#233;s z&#233;l&#233;s exprim&#232;rent leur col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Vous emp&#234;chez les gens de travailler ! &#187;&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;Vous avez qu'&#224; vous mettre en gr&#232;ve et venir avec nous ! &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;torqu&#232;rent les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule se massa autour de Sofiane&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, increvable Gilet jaune : &#171; &lt;i&gt;On a pass&#233; la nuit ici &#224; bloquer les camions. On n'a pas dormi. C'est bien beau de d&#233;clarer la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale le 5 f&#233;vrier, mais nous on est en lutte depuis le 17 novembre. Ce qu'on vous propose, c'est de faire votre r&#233;union syndicale ici sur le rond-point ! &#187;&lt;/i&gt; Le porte-parole c&#233;g&#233;tiste esquissa une grimace. Et r&#233;p&#233;ta la substance de ses pr&#233;c&#233;dents discours. Ne pas se presser, convaincre pas &#224; pas, parce que personne n'a de &#171; &lt;i&gt;baguette magique pour que les gens se mettent en gr&#232;ve &#187;&lt;/i&gt;. L'&#233;change s'embourba quelque peu. Les Gilets jaunes avaient r&#233;ussi le tour de force d'attirer les syndicats sur leur terrain de lutte. Mais on comprit rapidement que l'exploit s'arr&#234;terait l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois ces derniers repli&#233;s en intersyndicale, les flics commenc&#232;rent &#224; se harnacher. La f&#234;te prit fin. Des renforts de bleus arriv&#232;rent, en petits groupes pas toujours synchrones. On aurait dit que le pr&#233;fet avait vid&#233; toute la maison poulaga : on vit affluer des ma&#238;tres-chiens, des bacqueux, des secr&#233;taires &#224; talons. Tout ce personnel de l'ordre d&#233;boulait par vagues successives, de mani&#232;re un peu pr&#233;cipit&#233;e. Les civils se munissaient de casques et tonfas ; d'autres sortaient leurs cam&#233;ras pour filmer la canaille. Toisant ses anciens coll&#232;gues, un flic retrait&#233; pass&#233; du c&#244;t&#233; jaune s'exclama : &#171; &lt;i&gt;C'est du grand n'importe quoi ! Ces gens ne sont pas du tout form&#233;s pour le maintien de l'ordre. Ce ne sont ni des CRS, ni des gendarmes-mobiles. &#187;&lt;/i&gt; D&#233;sireux de tenir la position, d'intr&#233;pides Gilets tra&#238;n&#232;rent une cohorte de Caddie chip&#233;s au Lidl du coin pour en faire une barricade symbolique. La suite se confondit en s&#233;quences coutumi&#232;res : sommations, gazages, charges. Des gens cours&#233;s sur plus de deux kilom&#232;tres. Des bacqueux d&#233;sinhib&#233;s multipliant de crasses menaces. Une Gilette atteinte par un tir de LBD &#224; la jambe dut passer sur le billard. Faire peur, faire mal. La schlague castan&#233;rienne n'entendait pas mollir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;masquer les bluffeurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La br&#232;ve convergence syndicale n'a rebattu aucune carte. N&#233; hors les clous de la contestation sociale, le soul&#232;vement des Gilets jaunes ne peut compter que sur lui-m&#234;me et sa propre capacit&#233; &#224; se r&#233;g&#233;n&#233;rer. Ce qui n'est pas plus mal. Son essence ne peut que le pousser &#224; multiplier les d&#233;bordements et innover dans sa recherche de nouveaux terrains de lutte. &#201;viter toute &#171; normalisation &#187; ; tout enfermement dans une quelconque doctrine proche du faisand&#233; dialogue social. &#192; ce jeu l&#224;, il nous est permis d'&#234;tre optimiste. Les Gilets jaunes n'ont pas eu besoin de lire le Comit&#233; invisible pour piger qu'un blocage des flux &#233;conomiques constituait un des principaux rapports de force avec le pouvoir. Pas eu besoin de lire Bakounine pour comprendre qu'adopter une structure verticale avec ses cercles hi&#233;rarchiques ne pourrait que les d&#233;poss&#233;der de toute capacit&#233; &#224; agir. En obligeant la Macronie &#224; se d&#233;voiler, les dossards jaunes ont mis &#224; jour l'ossature polici&#232;re d'un &#201;tat pr&#234;t &#224; toutes les surench&#232;res s&#233;curitaires pour &#233;touffer la fronde. Le lendemain de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, quelques dizaines de Jaunes retourn&#232;rent comme d'habitude au rond-point strat&#233;gique du p&#233;age sud-perpignanais. Plusieurs fourgons de police vinrent les d&#233;loger. Ce qui &#233;tait tol&#233;r&#233; la veille ne l'&#233;tait plus &#224; pr&#233;sent. Un flic r&#233;suma : &#171; &lt;i&gt;Le pr&#233;fet nous a donn&#233; l'ordre de nettoyer les ronds-points. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 16 f&#233;vrier. Cinq cents fluos d&#233;filent dans les rues de Perpignan pour l'acte XIV. On se compte, on s'&#233;value, on se rassure. Trois mois de lutte et on est toujours l&#224;. Une rumeur indique que le directeur d'un Leclerc a menac&#233; ses employ&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Si je vois l'un d'entre vous avec un gilet jaune, c'est la porte ! &#187;&lt;/i&gt; Sur le parking du supermarch&#233;, les stores m&#233;talliques sont baiss&#233;s et les entr&#233;es barr&#233;es de flics en tenue anti&#233;meute. Le temple de la consommation sous bonne garde de la police r&#233;publicaine... Plus tard, alors que nous sommes mass&#233;s face au commissariat, on tchatche avec un ex-bidasse ayant fait du maintien de l'ordre en Afrique. Il montre un flic en faction : &#171; &lt;i&gt;Tu sais pourquoi il porte une cagoule ? &#187;&lt;/i&gt; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Pour pas qu'on le reconnaisse ? &#187;&lt;/i&gt; lui r&#233;pond-on. &#8211; &#171; &lt;i&gt;Non. C'est pour faire peur. Et lui, l&#224;-bas, avec son LBD plaqu&#233; contre sa poitrine : il n'est pas du tout pr&#234;t &#224; tirer. Il exhibe juste son arme. En Afrique, j'ai fait face &#224; des manifestants autrement plus hostiles et nombreux. On ne portait ni casque ni bouclier. Sinon, &#231;'aurait &#233;t&#233; per&#231;u comme une provocation. Ce qu'on voit l&#224;, c'est une mise en sc&#232;ne. Une grossi&#232;re intimidation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coups de menton de l'&#201;lys&#233;e. Du bluff.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serge Andr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cindy, je t'&#233;cris de Commercy</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Cindy-je-t-ecris-de-Commercy</link>
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		<dc:date>2019-08-17T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Souchon</dc:creator>


		<dc:subject>Olivier Saint-Hilaire</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Parce</dc:subject>
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&lt;p&gt;Les 26 et 27 janvier derniers, plus de 300 Gilets jaunes venus de toute la France se sont r&#233;unis &#224; Commercy (Meuse) pour une &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187;. De nombreux groupes locaux avaient envoy&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s participer &#224; cette tentative de coordonner le mouvement de mani&#232;re d&#233;mocratique, &#224; la mode communaliste, depuis la base. L'aminche Pierre Souchon y &#233;tait. Mais contrairement &#224; pas mal de camarades, il n'en est pas revenu convaincu. Paroles, paroles, paroles ? &#171; All&#244; Pierre ? Oui, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilet-jaune" rel="tag"&gt;Gilet jaune&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Commercy" rel="tag"&gt;Commercy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les 26 et 27 janvier derniers, plus de 300 Gilets jaunes venus de toute la France se sont r&#233;unis &#224; Commercy (Meuse) pour une &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187;. De nombreux groupes locaux avaient envoy&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s participer &#224; cette tentative de coordonner le mouvement de mani&#232;re d&#233;mocratique, &#224; la mode communaliste, &lt;i&gt;depuis la base&lt;/i&gt;. L'aminche Pierre Souchon y &#233;tait. Mais contrairement &#224; pas mal de camarades, il n'en est pas revenu convaincu. Paroles, paroles, paroles ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH300/-1213-08152.jpg?1779757809' width='500' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Olivier Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; A&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ll&#244; Pierre ? Oui, c'est juste pour te dire qu'on est en train de bloquer un entrep&#244;t, on commencera la manif en d&#233;but d'apr&#232;m&#8230; T'en es o&#249;, toi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Je suis dans la bagnole pour Commercy, je vais &#224; l'AG des AG des Gilets jaunes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Jamais entendu parler. Ils font quoi ? une grosse manif ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Ah non, c'est un rendez-vous pour parler de l'organisation du mouvement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Hein ? un samedi ? En plein acte XI, ils font une r&#233;union ? T'es s&#251;r que c'est des Gilets jaunes ? Bon, tu nous raconteras ! Bisous ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cindy raccroche. Pilier du mouvement en Ard&#232;che depuis le 17 novembre, ses ardoises colossales &#224; la sup&#233;rette et ses gamins qu'elle ne voit presque plus, toute sa vie en jaune, elle n'a jamais entendu parler de Commercy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que je te raconte, ma Cindy : je suis arriv&#233; t&#244;t. Il y avait plusieurs centaines de personnes. J'ai v&#233;rifi&#233;, c'&#233;taient bien des Gilets jaunes : ils en portaient. &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas pr&#233;tendre repr&#233;senter tous les Gilets jaunes de France, on n'est pas assez nombreux, donc on ne peut pas prendre de d&#233;cisions. On repr&#233;sente plut&#244;t une id&#233;e, un mode de fonctionnement. C'est un processus. &#187;&lt;/i&gt; C'est par ces mots que l'assembl&#233;e a &#233;t&#233; ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toi, parce que je fais toujours ce que tu me demandes, j'ai relev&#233; des prises de parole chronom&#233;tr&#233;es illustrant ce &#171; &lt;i&gt;processus &#187;&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on s'adresse aux gens norm&#233;s, ceux qui vont bosser, qui rentrent chez eux dormir le soir, et qui ne r&#233;fl&#233;chissent pas. Il faut qu'on leur explique ce que c'est les Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Nous, on est de r&#233;gion parisienne, comme plus de dix groupes ici sur soixante-dix. On fait des AG, mais pas d'occupations. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Nous sommes antiracistes, antisexistes, antihomophobes et solidaires, et on refuse que la capitale soit r&#233;serv&#233;e aux bobos. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Je suis hyper content d'&#234;tre ici, parce que j'entends parler d'antiracisme, d'antihomophobie, et &#231;a sort enfin du confusionnisme des Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t'envoyais tout &#231;a par texto en direct. Tu ne r&#233;pondais pas. Je pensais donc solitairement aux simples d'esprit qui mangent et qui dorment, aux Gilets jaunes qui ne font rien d'autre que des AG, aux appels &#224; d&#233;gager les bobos en rappelant les valeurs que les bobos partagent, et au confusionnisme des Gilets jaunes d&#233;nonc&#233; par des Gilets jaunes. C'est exactement ce moment que David, ton copain, a choisi pour enfin me r&#233;pondre : &#171; &lt;i&gt;Bombard&#233;s gaz&#233;s truc de malade ils tapent comme des FFFOUS &#187;&lt;/i&gt;, et puis plus rien. Cela dit, vous l'aviez bien cherch&#233;. Moi j'&#233;tais peinard, dans ma salle polyvalente, et elle &#233;tait chauff&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis un jardinier d'Orl&#233;ans a parl&#233; du RIC et d'&#201;tienne Chouard. On lui a arrach&#233; le micro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#224; c&#244;t&#233; de moi, celles et ceux qui s'occupaient de la sono ont vu sur leurs t&#233;l&#233;phones s'afficher en direct le visage de J&#233;r&#244;me Rodrigues, d&#233;figur&#233; place de la Bastille. Ils ont pens&#233; annoncer la nouvelle. Puis ils ont tranch&#233; : &#171; &lt;i&gt;Non, c'est un mec de la bande &#224; Drouet, on va pas leur faire de la pub. &#187;&lt;/i&gt;
L'AG antipublicitaire poursuivait son cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis barr&#233; pour la cabane des Gilets jaunes de Commercy.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La cabane au fond du rond-point&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il faisait beaucoup moins chaud que dans la salle polyvalente. Cela dit, il y avait un brasero, des gens autour, des trucs &#224; boire et &#224; bouffer, comme en Ard&#232;che, et comme partout. En plus, quand on &#233;tait contents, on applaudissait en gueulant comme des &#226;nes, alors que dans la salle polyvalente les gens secouaient les mains au-dessus de la t&#234;te. Le truc bizarre, aussi, c'est que les gens venus de toute la France s'arr&#234;taient seulement pour demander o&#249; se tenait &#171; &lt;i&gt;l'AG &#187;&lt;/i&gt;. Et que les piliers de la cabane ne s'y trouvaient pas, pr&#233;f&#233;-rant la jouer carte Michelin : &#171; &lt;i&gt;Alors au bout de la rue vous prenez &#224; gauche, puis &#224; deux kilom&#232;tres l&#233;g&#232;rement sur votre droite &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel a d&#233;barqu&#233;. Lui bosse dans une usine de salades. Sacr&#233; taf, qu'il a d&#233;taill&#233;. Il nous a ensuite racont&#233; qu'il avait &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;sond&#233; &#187;&lt;/i&gt; par des &#171; &lt;i&gt;&#233;tudiants sociologues &#187;&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Ils sont &#224; fond avec les Gilets jaunes, ils me l'ont dit, &#224; fond ! Mais ils ne le portent pas, ils m'ont expliqu&#233;, parce qu'ils sont l&#224; pour la science. &#187;&lt;/i&gt; Je t'ai envoy&#233; cette information par texto, aussi, Cindy. Tu n'as pas r&#233;pondu non plus. Je t'ai soup&#231;onn&#233;e d'&#234;tre en garde &#224; vue, car tu aimes bien te faire remarquer. &#192; 19 heures, on a &#233;teint le feu, on a bouff&#233; plein de madeleines de Commercy parce qu'on avait la dalle, et on est mont&#233;s &#224; la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai continu&#233; &#224; t'&#233;crire, ma Cindy, ce que me disaient tout bas les gens de la cabane face au &#171; processus &#187;, car celui-ci &#233;tait encore fortement en cours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; &#171; Mais on est 300, l&#224;, pourquoi on n'en profite pas pour aller faire une action ? Y a plein d'usines &#224; bloquer dans le coin ! Oh ! Action-r&#233;action, non ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; &#171; C'est quoi ces gens ? Ils sont pas comme nous. Ils parlent, ils parlent, et ils font rien. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis un jeune de la cabane, qui avait picol&#233;, s'est mis &#224; chanter bien fort &#171; &lt;i&gt;Macron, la sens-tu, la quenelle, dans ton cul&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Sept ou huit personnes se sont jet&#233;es sur lui, au sens propre, et un barbu lui a plaqu&#233; la main sur la bouche pour le faire taire. Il ne comprenait pas du tout pourquoi. Du coup, le m&#234;me barbu s'est fait p&#233;dagogue : &#171; &lt;i&gt;C'est un chant fasciste. Tu chantes pas &#231;a. &#187;&lt;/i&gt; Stup&#233;fait, le m&#244;me est sorti fumer une clope avec ses potes cabaneux. Il valait mieux aller en bo&#238;te, &#224; leur sens. J'ai pas pu les emmener parce que j'avais pas assez de places dans ma bagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ils sortent le canon &#224; eau putain ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait pas toi, ce texto, ma Cindy, mais une copine Gilet jaune en direct de Paris, qui &#233;tait sous les Flash-Balls et les grenades place de la R&#233;publique. Le &#171; &lt;i&gt;processus &#187;&lt;/i&gt; de la &#171; &lt;i&gt;Nuit jaune &#187;&lt;/i&gt;, annonc&#233;e ce soir-l&#224;, avait tenu une heure et demie avant l'invasion bleue : son &#171; &lt;i&gt;mode de fonctionnement &#187;&lt;/i&gt; aurait peut-&#234;tre gagn&#233; &#224; &#234;tre renforc&#233; par quelques centaines de personnes. &#171; &lt;i&gt;On fonce &#224; Paris, faut aller &#224; R&#233;pu ! &#187;&lt;/i&gt;, gueulait un de mes potes. Je pr&#233;f&#233;rais assister &#224; la repr&#233;sentation des id&#233;es, parce que c'&#233;tait tr&#232;s beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne r&#233;pondais toujours pas, ma Cindy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni toi, mon David.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;unionnite partout&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur le chemin du retour, dans la nuit, je t'ai &#233;crit que beaucoup de gens, &#224; l'AG, partageaient mon sentiment. M&#234;me ceux qui prenaient la parole longuement se plaignaient en marmonnant de la lenteur, de l'impression de tourner en rond, temp&#234;taient qu'ils en avaient marre. Mais aucun ne le disait au micro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t'ai dit aussi, et mon clavier fatiguait, que cette manie du groupe de paroles &#233;tait d&#233;sormais une maladie r&#233;pandue. Nuit Debout, certes. Occupy Wall Street, sans doute. &#192; la CGT, aussi : je ne compte plus les r&#233;unions auxquelles j'ai assist&#233;, des dizaines, des centaines, &#224; lister les malheurs, &#224; palabrer, sans r&#233;sultats concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais aussi qu'on discute du municipalisme libertaire, mis en avant &#224; Commercy, mais j'&#233;tais claqu&#233;. Te raconter mes camarades du PKK, qui m'expliquent comment il s'agit d'une adaptation tactique &#224; un contexte particulier, et non d'une utopie qui leur aurait plu et qu'ils appliqueraient b&#233;atement au Rojava. J'aurais voulu qu'on parle du conseillisme, des soviets et de la Commune, de toutes les formes de d&#233;mocratie ouvri&#232;re qui se sont toujours adapt&#233;es au contexte, changeant de mode de fonctionnement jour apr&#232;s jour, quelquefois d'une heure &#224; l'autre &#8211; toujours au service de l'action, jamais fig&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toi et David, vous aviez paum&#233; vos t&#233;l&#233;phones, tu me l'as dit, toi sur un pont quand les flics t'ont ramen&#233;e dans la nasse en hurlant &#171; &lt;i&gt;Va te faire gazer, salope &#187;&lt;/i&gt;, et David en te rejoignant sous une pluie de matraques. Deux jours plus tard, vous avez fait une AG, vous aussi. Rapide, hebdomadaire, avec des mandat&#233;s. R&#233;partissant les t&#226;ches, d&#233;cidant des actions &#224; mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'avez demand&#233; r&#233;cemment de rendre visite aux Gilets jaunes de la r&#233;gion parisienne qui pour l'acte XIII, le samedi 9 f&#233;vrier, avaient pr&#233;vu dans leur tract &#171; &lt;i&gt;d'organiser une premi&#232;re prise de rond-point symbolique place Paul-L&#233;autaud &#187;&lt;/i&gt;. En pr&#233;cisant : &#171; &lt;i&gt;Leur premier rond-point trois mois apr&#232;s le d&#233;but ? Et symbolique, en plus ? Vas-y, tu nous diras si c'est des Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tout vous dire, je vous ai trouv&#233;s un peu confusionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas mal complotistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ressaisissez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bisous !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Souchon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Note du webmaster : Une deuxi&#232;me &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187; s'est tenue &#224; Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) du 5 au 7 avril. Nous avons publi&#233; en mai &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Saint-Nazaire-l-assemblee-en-herbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un r&#233;cit&lt;/a&gt; bien plus enthousiaste.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mathieu Rigouste : &#171; La r&#233;pression conditionne la vie quotidienne des gens dans les quartiers s&#233;gr&#233;gu&#233;s &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Mathieu-Rigouste-La-repression</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Mathieu-Rigouste-La-repression</guid>
		<dc:date>2019-06-26T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes</dc:subject>
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		<dc:subject>Comit&#233; Adama</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers populaires</dc:subject>
		<dc:subject>populaires</dc:subject>
		<dc:subject>Adama Traor&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est peu de dire que le maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise a &#233;t&#233; bouscul&#233; ces derniers mois : r&#233;pression accrue, blessures en rafales, discours guerrier voire martial... Si cela ne comble pas le foss&#233; avec les banlieues en mati&#232;re de terreur polici&#232;re, un glissement s'est ind&#233;niablement op&#233;r&#233;. On le d&#233;crypte avec Mathieu Rigouste, auteur notamment de La domination polici&#232;re : une violence industrielle et d'&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233; . Une digue semble avoir saut&#233; en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets" rel="tag"&gt;Gilets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jaunes" rel="tag"&gt;jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Comite-Adama" rel="tag"&gt;Comit&#233; Adama&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/quartiers-populaires" rel="tag"&gt;quartiers populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/populaires" rel="tag"&gt;populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Adama-Traore" rel="tag"&gt;Adama Traor&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est peu de dire que le maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise a &#233;t&#233; bouscul&#233; ces derniers mois : r&#233;pression accrue, blessures en rafales, discours guerrier voire martial... Si cela ne comble pas le foss&#233; avec les banlieues en mati&#232;re de terreur polici&#232;re, un glissement s'est ind&#233;niablement op&#233;r&#233;. On le d&#233;crypte avec Mathieu Rigouste, auteur notamment de &lt;i&gt;La domination polici&#232;re : une violence industrielle&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2012, La Fabrique)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et d'&lt;i&gt;&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2016, Niet)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1206.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH205/-1206-f1e94.jpg?1779870141' width='500' height='205' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une digue semble avoir saut&#233; en mati&#232;re de r&#233;pression. Comme si l'on appliquait aux centres-villes ce qu'on r&#233;servait jusqu'ici aux banlieues...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas pareil, ce ne sont pas les m&#234;mes situations. Dans les quartiers populaires, les violences polici&#232;res assurent un syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation en m&#234;me temps qu'un r&#233;gime d'&#233;crasement quotidien et permanent. Ce sont des quartiers entiers qui sont occup&#233;s jour et nuit. Toutes les g&#233;n&#233;rations subissent ces violences qui constituent un v&#233;ritable mode de gouvernement. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y a des importations de dispositifs (chasses &#224; l'homme, grenades de d&#233;sencerclement en mode offensif, en tir tendu, ciblages de la t&#234;te avec les LBD, corps-&#224;-corps, &#233;tranglements et passages &#224; tabac, notamment au sol...) qui viennent effectivement du r&#233;pertoire de la police des cit&#233;s mais qui sont alors r&#233;agenc&#233;s. Et il y a des techniques qui ne passent pas de l'une &#224; l'autre (tirs &#224; balle r&#233;elle, pare-chocages, dynamiques de pers&#233;cution quotidienne&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on se demande chaque samedi comment la r&#233;pression n'a pas fait plus de morts, l'usage des techniques mortelles est contenu par la police dans le mouvement des Gilets jaunes, alors qu'il conditionne la vie quotidienne dans les quartiers s&#233;gr&#233;gu&#233;s, dans les prisons et au travers des fronti&#232;res. M&#234;me si le gouvernement pr&#233;pare le terrain pour r&#233;duire le co&#251;t m&#233;diatico-politique d'un mort lors d'une manifestation &#8220;Gilets jaunes&#8221;, &#231;a n'a rien &#224; voir avec la quinzaine de personnes tu&#233;es par la police chaque ann&#233;e dans les quartiers populaires, dont les corps semblent sans valeur pour les institutions et pour une partie de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement des Gilets jaunes subit des formes de f&#233;rocit&#233; polici&#232;re, c'est parce qu'il s'est rendu incontr&#244;lable. Et il exp&#233;rimente aussi des choses jamais vues, des amoncellements de dispositifs souvent incoh&#233;rents et mis en &#233;chec par la cr&#233;ativit&#233; collective. L&#224; o&#249; ces situations se ressemblent, c'est qu'il s'agit dans les deux cas pour la police d'interdire la rue en ab&#238;mant les corps et de briser des formes d'autonomie collective. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement a &#171; mobilis&#233; &#187; l'arm&#233;e samedi 23 mars (acte XIX) pour compl&#233;ter le dispositif de maintien de l'ordre. Une r&#233;gression consid&#233;rable en mati&#232;re de maintien de l'ordre, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Ce n'est pas tellement une r&#233;gression. Comme disait Marx, les appareils militaires restent, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, toujours disponibles pour &#234;tre envoy&#233;s &#224; l'int&#233;rieur contre le peuple. Leur emploi n'a &#233;t&#233; restreint au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'&#224; l'int&#233;rieur des m&#233;tropoles imp&#233;riales et dans certaines situations o&#249; l'&#201;tat est capable de maintenir l'ordre social sans y avoir recours, comme lorsque le mouvement ouvrier est encadr&#233; par des structures syndicales et politiques qui font le travail de &#8220;pacification&#8221; en amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des r&#233;gimes de guerre polici&#232;re ont &#233;t&#233; employ&#233;s contre des luttes ouvri&#232;res qui s'&#233;taient rendues incontr&#244;lables dans les ann&#233;es 1950, 1960, 1970 et 1980. Des unit&#233;s militaro-polici&#232;res comme la gendarmerie ont &#233;t&#233; employ&#233;es et ont tu&#233; en Guadeloupe en 1967, en Kanaky au milieu des ann&#233;es 1980, mais aussi dans les quartiers populaires o&#249; ce sont des gendarmes qui ont &#233;touff&#233; Adama Traor&#233;. L'infanterie n'a pas &#233;t&#233; envoy&#233;e pour r&#233;primer dans les quartiers populaires mais des d&#233;tachements de Sentinelle y patrouillent et sont parfois m&#234;me employ&#233;s &#224; titre de d&#233;monstration de force symbolique, comme lorsqu'une patrouille militaire est venue contr&#244;ler un rassemblement du Comit&#233; Adama Traor&#233; &lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mont&#233; pour obtenir justice et v&#233;rit&#233; &#224; la suite de la mort d'Adama Traor&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; en 2018. La gendarmerie est en pointe dans le transfert et l'adaptation de dispositifs de contre-insurrection entre les guerres n&#233;ocoloniales, la r&#233;pression des r&#233;voltes dans les quartiers populaires et en dehors. L'&#232;re s&#233;curitaire se caract&#233;rise par une sorte de &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; entre le contr&#244;le et la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la r&#233;pression des Gilets jaunes fait couler plus d'encre que celle des banlieues, il semble que les choses commencent a changer, notamment sous l'impulsion du comite Adama Traor&#233;. Tu vois un tournant&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Comit&#233; Adama m&#232;ne un travail intense de construction de solidarit&#233;s avec une grande diversit&#233; de secteurs du mouvement social. La lutte paie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute de nouvelles prises de conscience parce qu'il y a aussi de nouvelles formes d'alliances entre diff&#233;rentes luttes. &#199;a s'inscrit dans la continuit&#233; de d&#233;cennies de r&#233;sistances et de tentatives pour s'organiser et construire des ponts, de la part des luttes des quartiers et des immigrations. D'un autre c&#244;t&#233;, il y a des prises de conscience parce qu'il y a un partage d'exp&#233;rience de la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re. Mais je ne vois pas vraiment de tournant &#224; ce niveau-l&#224;. La s&#233;gr&#233;gation socio-raciste continue de structurer la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise dans chacun de ces recoins et &#224; la moindre occasion, les r&#233;alit&#233;s et les enjeux des luttes des quartiers populaires passent &#224; la trappe. On l'a vu avec le S&#233;nat o&#249; certains ont argu&#233; qu'il fallait interdire les lanceurs de balles de d&#233;fense uniquement dans le cadre des manifestations publiques et en conserver l'emploi dans les quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but, le mouvement des Gilets jaunes voit se croiser, se rencontrer et s'organiser diff&#233;rentes franges des classes populaires urbaines et rurales, ainsi que de la petite bourgeoisie pr&#233;caris&#233;e. Et c'est directement l&#224;, sur le champ de bataille, que des intelligences collectives se forment &#224; l'intersection des gal&#232;res et des oppressions. Il en &#233;merge de nouveaux imaginaires, des pratiques d'autod&#233;fense et de contre-attaque. Des forces s'associent et trouvent les moyens de se rendre incontr&#244;lables. C'est un long processus historique qui est all&#233; boire des coups au Fouquet's. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;(2012, La Fabrique)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;(2016, Niet)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mont&#233; pour obtenir justice et v&#233;rit&#233; &#224; la suite de la mort d'Adama Traor&#233; &#224; la gendarmerie de Persan apr&#232;s son interpellation &#224; Beaumont-sur-Oise (Val d'Oise) en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Gilets jaunes : tenir malgr&#233; la taule</title>
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		<dc:creator>Serge Andr&#233;</dc:creator>


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&lt;p&gt;Abdelaziz, Nasser, Didier et Arnaud ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s suite &#224; l'acte VIII des Gilets jaunes &#224; Perpignan. Le 5 janvier, manifestants et policiers s'&#233;taient affront&#233;s devant le palais de justice . Condamn&#233;s comme les autres &#224; de la prison ferme, Abdelaziz et Nasser reviennent aujourd'hui sur cette s&#233;quence r&#233;pressive. Abdelaziz est un boute-en-train. Une face bien pleine, des yeux rieurs. En d&#233;cembre dernier, quand les cond&#233;s ont repouss&#233; les Gilets jaunes du p&#233;age sud de Perpignan, il a &#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no177-juin-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;177 (juin 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/une1_sommaire" rel="tag"&gt;une1_sommaire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Abdelaziz-raconte" rel="tag"&gt;Abdelaziz raconte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Abdelaziz, Nasser, Didier et Arnaud ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s suite &#224; l'acte VIII des Gilets jaunes &#224; Perpignan. Le 5 janvier, manifestants et policiers s'&#233;taient affront&#233;s devant le palais de justice&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un r&#233;cit de cette journ&#233;e, lire &#171; Du rond-point &#224; la mise sous &#233;crou &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Condamn&#233;s comme les autres &#224; de la prison ferme, Abdelaziz et Nasser reviennent aujourd'hui sur cette s&#233;quence r&#233;pressive.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L325xH423/-1186-c5215.jpg?1779603045' width='325' height='423' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mortimer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;bdelaziz est un boute-en-train. Une face bien pleine, des yeux rieurs. En d&#233;cembre dernier, quand les cond&#233;s ont repouss&#233; les Gilets jaunes du p&#233;age sud de Perpignan, il a &#233;t&#233; le premier &#224; faire la ch&#232;vre : &#171; &lt;i&gt;Beh beh Beh ! &#187;&lt;/i&gt; un b&#234;lement rapidement repris par le troupeau jaune. Rigolade g&#233;n&#233;rale. Surtout quand les casqu&#233;s se sont pris leur propre gaz dans la poire &#224; cause de la tramontane. Mais le 10 janvier, fini de rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au petit matin, les flics viennent le cueillir &#224; domicile. Ils le menottent devant ses gosses. Cherchent partout dans son appartement le m&#233;gaphone dont il se sert en manif'. En vain. &#171; &lt;i&gt;Et le gilet jaune, il est o&#249; ? &#187;&lt;/i&gt;, gueule un flic &#233;nerv&#233;. &#171; &lt;i&gt;Mais monsieur, il n'y a pas de gilet jaune ici, il est dans la voiture, &#224; sa place. &#187;&lt;/i&gt; &#192; l'issue de sa garde &#224; vue, Abdelaziz refuse la comparution imm&#233;diate. Le juge l'envoie en d&#233;tention provisoire jusqu'&#224; son proc&#232;s, quatre semaines plus tard. Le 8 f&#233;vrier, il &#233;cope de huit mois de prison dont trois ferme pour violences sur personne d&#233;positaire de l'autorit&#233; publique. Une vid&#233;o le montre lever une main sur les marches du palais de justice au moment o&#249; passe une colonne de flics. Un policier l'accuse de lui avoir fil&#233; un coup sur le casque. Abdelaziz nie. Parole de bleu asserment&#233; contre racaille jaune, la balance judiciaire ploie sec c&#244;t&#233; k&#233;pi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, une fois d&#233;compt&#233;es les remises de peine, Abdelaziz a pass&#233; deux mois et dix jours derri&#232;re les barreaux. &#171; &lt;i&gt;Normalement j'avais droit &#224; une remise de sept jours suppl&#233;mentaires, mais le juge d'application des peines a mis en doute ma volont&#233; de me r&#233;ins&#233;rer. Alors qu'en prison, je suis all&#233; &#224; l'&#233;cole et j'ai m&#234;me consult&#233; la psy du service m&#233;dico-psychologique r&#233;gional. Tout allait bien dans ma t&#234;te, mais au moins on parlait et &#231;a faisait passer le temps. &#187;&lt;/i&gt; Abdelaziz aurait pu astiquer les fen&#234;tres des miradors que la p&#233;nitentiaire ne l'aurait pas &#233;pargn&#233; pour autant. Identifi&#233; comme un &#171; meneur &#187; de la fronde jaune, il se savait dans le collimateur. Une fois enchrist&#233;, il devait boire le calice jusqu'&#224; la lie.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;39 % de prison ferme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Grand gaillard &#224; la barbe poivre et sel, Nasser a &#233;t&#233; poursuivi pour avoir pr&#233;tendument insult&#233; un flic venu d&#233;loger les manifestants ayant investi le tribunal. &#171; &lt;i&gt;J'ai pris trois mois ferme mais sans mandat de d&#233;p&#244;t &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si le tribunal prononce un mandat de d&#233;p&#244;t, le condamn&#233; part en prison d&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. J'ai fait appel. &#187;&lt;/i&gt; Son affaire sera rejug&#233;e d'ici deux &#224; trois ans. On lui demande s'il avait anticip&#233; la case prison en int&#233;grant la lutte des Gilets jaunes. Il r&#233;fl&#233;chit avant de dire : &#171; &lt;i&gt;Quand, dans un mouvement social, tu t'affranchis de certaines limites conventionnelles, le risque prison est r&#233;el. &#192; l'issue de la manifestation du 5 janvier, on a rapidement suppos&#233; que les flics pouvaient venir nous chercher. J'avais d'ailleurs pris la parole pour que les gens se pr&#233;parent &#224; la riposte judiciaire. Et elle n'a pas tard&#233;. Le procureur a ordonn&#233; une enqu&#234;te de flagrance et on a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s le jeudi suivant. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres Gilets ont &#233;t&#233; m&#233;chamment sanctionn&#233;s dans cette affaire. Jug&#233;s exp&#233;ditivement en comparution imm&#233;diate dix jours apr&#232;s les faits, Andr&#233; et Arnaud ont respectivement &#233;cop&#233; de dix et huit mois ferme. Du tr&#232;s lourd pour quelques injures et projectiles lanc&#233;s, sans bless&#233;s en face, quand bien m&#234;me le procureur aurait r&#233;ussi &#224; lire dans le regard d'Andr&#233; captur&#233; sur une vid&#233;o une &#171; &lt;i&gt;envie de tuer &#187;&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gilet jaune vu comme une jeune pousse de &lt;i&gt;serial killer&lt;/i&gt;. Typique processus de dramatisation judiciaire : la col&#232;re des fluos caricatur&#233;e en une aveugle s&#233;dition, le bas peuple mu par ses pulsions les plus crasses. Les magistrats ont beau r&#233;p&#233;ter en boucle qu'ils ne sont pas l&#224; pour juger une contestation sociale mais des actes d&#233;lictuels, quiconque a assist&#233; &#224; une audience de Gilets jaunes sait que les proc&#232;s sont avant tout des moments &#171; politiques &#187;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est aussi des magistrats qui assument juger pour maintenir &#171; l'ordre &#187;.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Au 22 mars, le compteur national affichait 1 954 condamnations, dont 762 peines de prison ferme&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Donn&#233;es minist&#233;rielles rapport&#233;es par le site de Lib&#233;ration (11/04/2019).&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Avec, dans le lot, 313 mandats de d&#233;p&#244;ts. Autrement dit, 39 % des malheureux jug&#233;s (essentiellement en comparution imm&#233;diate) ont ramass&#233; du ferme, 313 d'entre eux se retrouvant &lt;i&gt;illico&lt;/i&gt; en cabane. Message comminatoire adress&#233; aux batteurs de pav&#233; : voil&#224; ce que vous risquez si vous vous ent&#234;tez.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fumer la balayette&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur, Abdelaziz retrouve Andr&#233; et Arnaud assez mal en point. Rentr&#233; sans un rond en poche, Abdelaziz a demand&#233; l' &#171; indigence &#187; &#8211; soit une aum&#244;ne de 20 &#8364;. Outre de quoi &#233;crire, il ach&#232;te du tabac &#224; rouler pour les deux comp&#232;res en manque de clopes. &#171; &lt;i&gt;Pour les fumeurs priv&#233;s de tabac, c'est tr&#232;s chaud. Jusqu'&#224; ramasser des m&#233;gots par terre. J'en ai vu un fumer les poils d'une balayette roul&#233;s dans du papier &#224; cigarettes. Il a fait une crise d'&#233;pilepsie en promenade. &#187;&lt;/i&gt; Souffrant d'un asthme s&#233;v&#232;re, Abdelaziz est log&#233; dans une cellule occup&#233;e par... des fumeurs. Il raconte sa crise d'asthme, les interminables minutes durant lesquelles il tambourine &#224; la porte, la gardienne qui ouvre, lui qui s'effondre dans le couloir. &#192; l'infirmerie, le toubib lui fait un certificat m&#233;dical : il ne faut pas loger l'asthmatique avec des fumeurs. Sans blague. La direction de la taule l'intimide : on n'a pas de place pour lui &#224; Perpignan, on va devoir l'envoyer &#224; Toulouse. &#192; 200 bornes de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace est gratuite et non suivie d'effet ; l'homme finit par se retrouver dans un 9 m&#232;tres carr&#233;s avec deux autres taulards. On parle de cellules individuelles occup&#233;es aujourd'hui par trois, voire quatre d&#233;tenus. Faut dire qu'avec un taux de surpopulation record de 238 %, la taule de Perpignan d&#233;fraie r&#233;guli&#232;rement la chronique locale, entre p&#233;tages de plomb des prisonniers et gr&#232;ves de matons. Abdelaziz raconte les toilettes d&#233;limit&#233;es par de simples portes western, les gars qui dorment sur des matelas pos&#233;s &#224; m&#234;me le sol &#8211; va pisser la nuit quand tu dois enjamber des ronfleurs &#8211;, cette promiscuit&#233; qui tape sur les nerfs. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Tu peux pas bouger comme tu veux. C'est une atteinte &#224; la dignit&#233; humaine. &#187;&lt;/i&gt; Il parle des fen&#234;tres &#224; barreaux doubl&#233;es de grillages, des cr&#234;pes au fromage servies encore &#224; moiti&#233; congel&#233;es, des lettres qui lui arrivent &#8211; y compris celles concernant sa proc&#233;dure judiciaire &#8211; d&#233;cachet&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les jaunes sur la colline&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ext&#233;rieur, le rencart a &#233;t&#233; fix&#233; &#224; 10 h chaque dimanche. Les Gilets jaunes se r&#233;unissent aux abords de la prison pour faire du boucan &#224; l'attention des emmur&#233;s. On tape sur des plaques de cuisson ou sur des poubelles ; on siffle, on fait hurler les cornes de brume, on exige en criant la lib&#233;ration des Gilets jaunes. Apr&#232;s &#231;a on monte en bagnole et on klaxonne en roulant aux abords de la prison. Le sommet d'une petite colline offre le promontoire id&#233;al pour esp&#233;rer &#234;tre vu des prisonniers. Ces moments de solidarit&#233; &#171; dedans-dehors &#187; sont essentiels pour la coh&#233;sion du mouvement. Face &#224; une r&#233;pression impitoyable, l'id&#233;e est l&#224; : ne pas se l&#226;cher, co&#251;te que co&#251;te. Abdelaziz raconte le chaud au coeur quand il a vu les Jaunes sur la colline : &#171; &lt;i&gt;Comme j'avais pas de fringues en arrivant &#224; la prison, ils m'ont fil&#233; un pull Guantanamo, orange fluo. Je l'ai nou&#233; &#224; ma balayette et, &#224; travers le grillage, je le moulinais dehors. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s six mois de r&#233;pression, Nasser fait ce constat : &#171; &lt;i&gt;Les d&#233;s sont pip&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; Travailleur int&#233;rimaire, il raconte comment l'avocat de la partie civile l'a violemment qualifi&#233; de &#171; &lt;i&gt;parasite &#187;&lt;/i&gt; ; militant politique, il a &#233;t&#233; caricatur&#233; en &#171; &lt;i&gt;ennemi des institutions &#187;&lt;/i&gt;. Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Normalement, tu es jug&#233; pour ce que tu fais, mais l'exp&#233;rience Gilet jaune montre que tu es jug&#233; pour ce que tu es. &#192; c&#244;t&#233; de la proc&#233;dure judiciaire officielle, il y en a une autre, cach&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; un r&#233;cit fabriqu&#233; de toutes pi&#232;ces par les flics et les juges, cens&#233; r&#233;duire le pr&#233;venu &#224; une forme d'irr&#233;ductible dangerosit&#233;. Reste que si la menace carc&#233;rale a dissuad&#233; bon nombre de manifestants de battre le pav&#233;, nos deux lascars ont d&#233;cid&#233; de ne pas l&#226;cher le rond-point pour autant. &#171; &lt;i&gt;Abandonner la lutte, &#231;a serait leur donner raison, &lt;/i&gt;estime Abdelaziz. &lt;i&gt;Ce qui se joue en ce moment, c'est notre survie &#224; tous. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serge Andr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour un r&#233;cit de cette journ&#233;e, lire &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Du-rond-point-a-la-mise-sous-ecrou' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du rond-point &#224; la mise sous &#233;crou&lt;/a&gt; &#187; &lt;i&gt;in CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 173 (f&#233;vrier 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Si le tribunal prononce un mandat de d&#233;p&#244;t, le condamn&#233; part en prison d&#232;s la sortie de l'audience. Sinon, une peine ferme inf&#233;rieure &#224; deux ans peut &#234;tre am&#233;nag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il est aussi des magistrats qui assument juger pour maintenir &#171; l'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Donn&#233;es minist&#233;rielles rapport&#233;es par &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/checknews/2019/04/11/est-ce-que-40-des-gilets-jaunes-condamnes-ont-ecope-de-prison-ferme_1720695&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;(11/04/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Facebook la poucave</title>
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&lt;p&gt;Comme lors des printemps arabes, on a beaucoup glos&#233; sur la symbiose entre Gilets jaunes et r&#233;seaux sociaux. Si les plates-formes num&#233;riques ont pes&#233; dans la structuration du mouvement, elles ont aussi fourni le biscuit aux flics et aux juges. Acte XVIII &#224; Paris, il y &#233;tait Max . Le trajet depuis Perpignan fait la veille. Et samedi 16 mars, d&#232;s la matin&#233;e, chaud patate pour la manif dans les rues de la capitale. Sauf que pour rejoindre les jaunes, il doit d'abord passer un cordon de bleus. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Max" rel="tag"&gt;Max&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme lors des printemps arabes, on a beaucoup glos&#233; sur la symbiose entre Gilets jaunes et r&#233;seaux sociaux. Si les plates-formes num&#233;riques ont pes&#233; dans la structuration du mouvement, elles ont aussi fourni le biscuit aux flics et aux juges.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH411/-1164-1ee8b.jpg?1779602818' width='400' height='411' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;cte XVIII &#224; Paris, il y &#233;tait Max &lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le trajet depuis Perpignan fait la veille. Et samedi 16 mars, d&#232;s la matin&#233;e, chaud patate pour la manif dans les rues de la capitale. Sauf que pour rejoindre les jaunes, il doit d'abord passer un cordon de bleus. Et Max, il n'a pas vraiment fait gaffe : dans son sac &#224; dos, les flics trouvent cinq p&#233;tards et une cagoule. Les p&#233;tards, il dit que c'est une connerie pas bien m&#233;chante. &#171; &lt;i&gt; Il y en a qui les jettent sur les forces de l'ordre !&lt;/i&gt; &#187;, lui renvoie un policier. Malgr&#233; les menottes et les cahots du panier &#224; salade, Max envoie un dernier SMS &#224; sa copine pour lui dire qu'il part en garde &#224; vue mais que tout va bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au comico, on lui prend son smartphone. On exige le code d'acc&#232;s sinon son cas va s'aggraver. Max c&#232;de aux pressions. Dans son bigo, il y a l'ic&#244;ne Facebook. Sur son compte, Max a partag&#233; la photo d'une voiture en feu avec un Gilet jaune posant fi&#233;rot devant. &#171; &lt;i&gt;&#199;a vous pla&#238;t une voiture qui br&#251;le ? Et s'il y avait des gens &#224; l'int&#233;rieur ?&lt;/i&gt; &#187;, le tisonne un k&#233;pi qui tombe peu apr&#232;s sur un message dans lequel Max indique que les Black Blocs sont sur les Champs-&#201;lys&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, il est cuit, Max. Car tous ces menus indices ne laissent aucun doute : le voil&#224; maqu&#233; &#224; la n&#233;buleuse des &#233;meutiers p&#233;teurs de vitrines. D&#233;but ao&#251;t, il devra retourner &#224; Paname pour r&#233;pondre de ses actes devant la justice. Trouver un avocat, g&#233;rer le stress, payer un nouvel aller-retour &#224; Paris. Quand la gal&#232;re appelle la gal&#232;re. &#171; &lt;i&gt; Si j'avais su que &#231;a craignait autant, j'aurais supprim&#233; l'appli Facebook quand ils m'ont embarqu&#233; &lt;/i&gt; &#187;, regrette-t-il un peu trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Intelligence connective &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Gilets jaunes et r&#233;seaux sociaux, tout le monde conna&#238;t la &lt;i&gt;love story&lt;/i&gt; : de la gen&#232;se du mouvement &#8211; la p&#233;tition mise en ligne par Priscillia Ludosky et son million de signatures &#8211; &#224; sa structuration via les Facebook, Twitter et compagnie. On ne minimisera pas la contribution de l'outil num&#233;rique &#224; ce soul&#232;vement populaire, souvent &#224; partir d'affects exprim&#233;s par des t&#233;moignages, cris de ralliement ou partages de vid&#233;os. &#171; &lt;i&gt; L'usage des r&#233;seaux socionum&#233;riques est particuli&#232;rement en phase avec ces &#233;volutions sociales et politiques, o&#249; la participation politique est de plus en plus souvent associ&#233;e &#224; un contenu expressif personnel, &#224; une souffrance, une indignation, qu'on &#233;prouve le besoin de partager avec d'autres pour &#234;tre reconnu socialement,&lt;/i&gt; r&#233;sume le professeur en information-communication Arnaud Mercier &lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Gilets jaunes, m&#233;dias et Internet : les premiers enseignements &#187;, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Or les plates-formes num&#233;riques ouvrent la possibilit&#233; de t&#233;moigner, de trouver des personnes qu'on ne connaissait pas et qui partagent les m&#234;mes id&#233;es ou les m&#234;mes souffrances.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En miroir d'une presse traditionnelle vou&#233;e aux g&#233;monies, les r&#233;seaux sociaux ont aussi servi de contre-m&#233;dia permettant de documenter les violences polici&#232;res, mettre au jour les duperies politiciennes et diffuser les mobilisations &#224; venir. Ardent technophile et d&#233;fenseur de la cause fluo, le philosophe Vincent Cespedes a trouv&#233; chez les Gilets la concr&#233;tisation de ce qu'il nomme &#171; &lt;i&gt; l'intelligence connective&lt;/i&gt; &#187; au service d'un soul&#232;vement &#171; &lt;i&gt; cyber-moderne&lt;/i&gt; &#187;. &#192; c&#244;t&#233; de l'intelligence collective o&#249; les corps sont en pr&#233;sence, l'intelligence connective ne serait pas le reflet d'une vulgaire coordination num&#233;rique mais l'incarnation d'un &#171; &lt;i&gt;d&#233;bat beaucoup plus proche d'une qu&#234;te philosophique&lt;/i&gt; &#187;. Comme si la communication via les r&#233;seaux, d&#233;sincarn&#233;e et d&#233;sentrav&#233;e, permettait de se concentrer uniquement sur les arguments d&#233;velopp&#233;s par l'autre. Et donc d'&#233;lever le d&#233;bat. Quand, sur &lt;i&gt;Le M&#233;dia&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'&#233;mission &#171; L'Entretien libre &#187; (11/03/2019).&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, la journaliste Aude Lancelin lui demande d'&#234;tre un peu plus explicite, l'homme r&#233;pond de fa&#231;on lapidaire : &#171; &lt;i&gt;On se contacte par les t&#233;l&#233;phones portables et &#231;a produit une autre fa&#231;on de penser.&lt;/i&gt; &#187; Carr&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cyber-cr&#233;tinerie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Reste que les signes d'une cyber-cr&#233;tinerie ont &#233;t&#233; tr&#232;s t&#244;t point&#233;s sur les ronds-points. Galvanis&#233;s par les euphories &#233;meuti&#232;res et quelques pulsions narcissiques, plusieurs clampins ont film&#233; leurs camarades de lutte en train de commettre des actes accessoirement punis par la loi. Quand ce n'&#233;tait pas eux-m&#234;mes sur le mode &lt;i&gt;selfie&lt;/i&gt;. Puis rapidement, la fureur avec laquelle chacun d&#233;gainait son portable pour enregistrer les moindres attroupements ou d&#233;gradations a laiss&#233; place &#224; une certaine circonspection quand les fluos ont commenc&#233; &#224; piger que tout ce matos mis en ligne pouvait aussi finir chez les limiers de la mar&#233;chauss&#233;e. &#171; &lt;i&gt;C'est formidable &lt;/i&gt; &#187;, s'est enthousiasm&#233;e aupr&#232;s du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;une source polici&#232;re racontant &#171; &lt;i&gt;comment on peut d&#233;sormais&lt;/i&gt; &#8220;filocher&#8221; &lt;i&gt;un individu &#224; travers quasiment toute la capitale, en m&#234;lant cam&#233;ras officielles et observation des r&#233;seaux sociaux, o&#249; pullulent les films amateurs &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Gilets jaunes : comment les films amateurs, les cha&#238;nes d'info et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but f&#233;vrier, le tribunal de Perpignan a condamn&#233; Abdelaziz &#224; huit mois de prison (dont trois ferme) pour des violences contre un policier commises devant le palais de justice lors de l'acte VIII. La pr&#233;tendue preuve ? Servie sur un plateau par un Gilet jaune se filmant devant les &#233;chauffour&#233;es et qui aura la judicieuse id&#233;e de poster sa vid&#233;o sur Facebook. Dans l'arri&#232;re-plan : les marches du tribunal o&#249; Abdelaziz a le r&#233;flexe de lever un bras lors du passage de la colonne de flics venus vider les lieux. Les enqu&#234;teurs n'auront qu'&#224; faire une capture d'&#233;cran pour donner du grain &#224; moudre &#224; l'accusation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 f&#233;vrier, lors du proc&#232;s de Nasser, accus&#233; d'avoir trait&#233; un flic de &#171; &lt;i&gt;collabo&lt;/i&gt; &#187; (ce qu'il nie), le pr&#233;sident du tribunal s'offrira m&#234;me le luxe de citer en public les nom et pr&#233;nom d'un fluo remerci&#233; d'avoir &#171; &lt;i&gt; film&#233; pendant le mouvement des Gilets jaunes et donn&#233; ainsi &#224; la police des vid&#233;os probantes &lt;/i&gt; &#187;. Le vid&#233;aste inconscient n'eut plus qu'&#224; raser les murs et manger sa chasuble.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Myriade de relayeurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Inconscience. Le mot est l&#226;ch&#233;. Car il a fallu expliquer et r&#233;p&#233;ter lors d'assembl&#233;es et discussions que Facebook, c'est pas comme &#224; la maison. Qu'il ne suffit pas de prendre un pseudo pour se sentir impun&#233;ment pousser des ailes et appeler &#224; un surplus de radicalit&#233;. Que le monde num&#233;rique est un univers de mouchards et autres traceurs. Qu'il n'est pas forc&#233;ment tr&#232;s opportun de publier, par exemple, la photo d'un flic &#8211; e&#251;t-il la main trop preste sur la gazeuse &#8211; en donnant quelques d&#233;tails sur son intimit&#233; ou ses habitudes. Que tout &#231;a peut &#234;tre constitutif de d&#233;lits. Comme pour ces deux Gilets jaunes reconnus coupables par le tribunal de Rouen, le 13 f&#233;vrier, de &#171; &lt;i&gt; provocation non suivie d'effet au crime ou d&#233;lit par parole, &#233;crit, image ou moyen de communication au public par voie &#233;lectronique &lt;/i&gt; &#187;. Le premier avait post&#233; un laconique : &#171; &lt;i&gt;Faut venir arm&#233; d'une 22 &lt;/i&gt; &#187; ; le second : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi ne pas br&#251;ler le commissariat ?&lt;/i&gt; &#187;. Sanction : plusieurs mois de taule avec sursis et 1 000 &#8364; d'amende. Non, Facebook, malgr&#233; ses faux-airs de connivence, n'est pas le bar du coin o&#249; on peut &#233;pancher ses col&#232;res entre potes et rouler des m&#233;caniques. Le terrain est min&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pis. Contact&#233; par des Gilets jaunes perpignanais, un avocat du barreau de Montpellier leur a expliqu&#233; que dans leur qu&#234;te fr&#233;n&#233;tique des leaders de la cause fluo, les flics cherchent activement les lanceurs d'id&#233;es et d'actions sur le web. Un Gilet r&#233;suma alors la strat&#233;gie &#224; adopter : &#171; &lt;i&gt;Si on d&#233;cide d'une action, il ne faut pas qu'elle soit &#233;mise par une seule personne sur les r&#233;seaux mais qu'elle &#233;mane de plusieurs points. D'une myriade de relayeurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre menace, le spectre de l' &#171; association de malfaiteurs en vue de commettre des d&#233;gradations &#187; plane au-dessus de la t&#234;te de n'importe quel clampin diffusant l'annonce d'une manifestation &#224; venir, m&#234;me s'il ne met pas un orteil &#224; ladite manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s, l'affaire Tarnac continue &#224; f&#233;conder les doctrines du maintien de l'ordre et les constructions polici&#232;res autour de la fameuse &#171; mouvance &#187;. S'il ne faut pas sombrer dans la parano&#239;a, il convient d'&#233;valuer le double tranchant des sociabilit&#233;s connect&#233;es. Et leur extr&#234;me limite. Combien de fois a-t-on entendu dans la vraie vie : &#171; &lt;i&gt; On est une vingtaine &#224; tenir le rond-point, ils sont o&#249; les 3 000 membres de la page Facebook ?&lt;/i&gt; &#187; S&#251;rement &#224; lubrifier leur intelligence connective &#224; coup de&lt;i&gt; likes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serge Andr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/gilets-jaunes-medias-et-internet-les-premiers-enseignements-108517&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gilets jaunes, m&#233;dias et Internet : les premiers enseignements&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Conversation&lt;/i&gt; (10/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans l'&#233;mission &#171; L'Entretien libre &#187; (11/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/02/01/gilets-jaunes-les-videos-de-surveillance-amateurs-ou-des-chaines-d-infos-nourrissent-les-enquetes-judiciaires_5417507_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gilets jaunes : comment les films amateurs, les cha&#238;nes d'info et la vid&#233;osurveillance nourrissent les enqu&#234;tes judiciaires&lt;/a&gt; &#187; (01/02/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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