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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Amazon apocalypse</title>
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		<dc:date>2020-12-06T18:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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&lt;p&gt;Face au colosse de la vente en ligne, une partie de l'&#233;dition fran&#231;aise a d&#233;cid&#233; d'entrer en r&#233;sistance : elle ne distribuera plus ses livres sur Amazon. Plus qu'un conflit purement mercantile, un choix de soci&#233;t&#233;. Une brise de r&#233;volte souffle sur l'&#233;dition fran&#231;aise. &#171; Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Son monde est &#224; l'oppos&#233; de celui que nous d&#233;fendons. Nous ne voulons pas voir les villes se vider pour devenir des cit&#233;s-dortoirs hyperconnect&#233;es. Amazon est le fer de lance du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no193-decembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;193 (d&#233;cembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Juliette-Iturralde" rel="tag"&gt;Juliette Iturralde&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Face au colosse de la vente en ligne, une partie de l'&#233;dition fran&#231;aise a d&#233;cid&#233; d'entrer en r&#233;sistance : elle ne distribuera plus ses livres sur Amazon. Plus qu'un conflit purement mercantile, un choix de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1662.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH309/-1662-ea8bc.jpg?1779706296' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Juliette Iturralde
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une brise de r&#233;volte souffle sur l'&#233;dition fran&#231;aise. &#171; &lt;i&gt;Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Son monde est &#224; l'oppos&#233; de celui que nous d&#233;fendons. Nous ne voulons pas voir les villes se vider pour devenir des cit&#233;s-dortoirs hyperconnect&#233;es. Amazon est le fer de lance du saccage des rapports humains et de l'artificialisation de la vie.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi commence &lt;a href=&#034;https://www.millebabords.org/spip.php?article34867&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'appel&lt;/a&gt; lanc&#233; le 11 novembre dernier par plus de cinquante petites maisons d'&#233;dition et leurs structures de diffusion-distribution.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En France, les grands de la distribution de livres se comptent sur les doigts d'une main. Et d&#232;s son apparition sur le march&#233;, Amazon fut accueilli en &lt;i&gt;star&lt;/i&gt; dans leur bergerie, sans que les maisons d'&#233;dition aient de droit de regard sur les marges n&#233;goci&#233;es : chasse gard&#233;e des distributeurs, avec pour pr&#233;textes le secret commercial et la l&#233;gislation interdisant le refus de vente. Pas grave, pari&#232;rent nombre d'&#233;diteur&#183;trices &#8211; un revendeur de plus pour leur marchandise. Depuis, Internet est devenu la premi&#232;re librairie du monde. Les deux tiers des livres y sont vendus, &#224; 70 % par Amazon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e de vie d'un livre est de seulement quelques mois en librairie g&#233;n&#233;raliste et le retour des invendus au distributeur, en &#233;change d'un avoir sur une prochaine commande, doit &#234;tre effectu&#233; sous un an : pass&#233; ce d&#233;lai, le ou la libraire garde les ouvrages et les ach&#232;te en ferme. Pari risqu&#233; vu le nombre exponentiel de nouveaut&#233;s publi&#233;es. Dans ces conditions, seule une entreprise avec de grandes capacit&#233;s de stockage, qui fait son beurre sur l'&#233;lectrom&#233;nager et ose vendre du bouquin &#224; perte&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Amazon a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1994 pour vendre des livres, ces derniers ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, peut fournir n'importe quel titre sans devoir passer par la case &#171; attendre que votre commande arrive en librairie &#187;. Fr&#233;d&#233;ric Duval, PDG d'Amazon France, le confirme : &#171; &lt;i&gt;Nous vendons plut&#244;t du fonds de catalogue et les libraires sont dans la nouveaut&#233;. Je sch&#233;matise, mais 70 %&lt;/i&gt; &lt;i&gt;des livres vendus par Amazon ont plus de deux ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview&#224; LSA-conso.fr, 6/11/2020.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de quasi-monopole dont jouit le g&#233;ant a enferm&#233; le monde de l'&#233;dition dans une inqui&#233;tante d&#233;pendance : le choix de publier un livre pourrait ne plus &#234;tre fonction de son contenu mais de sa rentabilit&#233; escompt&#233;e&#8230; via les algorithmes d'Amazon. C'est donc le mod&#232;le &#233;conomique de la firme qui dicterait les parutions. Le groupe des 451, &#233;ph&#233;m&#232;re f&#233;d&#233;ration militante des divers m&#233;tiers du livre, alertait d&#233;j&#224; sur de tels risques en 2014 : &#171; &lt;i&gt;Un point de non-retour a &#233;t&#233; franchi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : la cr&#233;ation litt&#233;raire et la critique se retrouvent dans une situation in&#233;dite d'all&#233;geance vis-&#224;-vis d'un seul et unique vendeur, lequel peut d&#233;sormais, selon son bon vouloir, augmenter ses marges et infl&#233;chir les choix des diffuseurs et des &#233;diteurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tribune publi&#233;e par Le Monde, 21/03/2014.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hobo Diffusion, signataire de l'appel du 11 novembre dernier, en a fait les frais : &#171; &lt;i&gt;Nous avons soutenu notre distributeur, Makassar, quand, en juin 2019, Amazon a voulu lui imposer une nouvelle remise d'achat, bien sup&#233;rieure &#224; celle propos&#233;e aux libraires ind&#233;pendants avec lesquels nous travaillons. C'&#233;tait la goutte de trop. Nous avons donc d&#233;cid&#233; ensemble de ne plus mettre en vente sur cette plateforme les ouvrages que nous diffusons.&lt;/i&gt; &#187; Il aura fallu attendre la crise du Covid et les pleins phares sur la vente &#224; distance pour que cette situation soit rendue publique. &#171; &lt;i&gt;Les librairies prennent aujourd'hui la mesure de la tornade Amazon. Les petites &#233;ditions ont avec elles cet ennemi en commun. Affirmer notre opposition au diktat de la firme, c'est ouvrir la possibilit&#233; de faire front commun.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre diffuseur-distributeur &#224; signer cet appel, Serendip : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avons jamais vendu sur Amazon, et les &#233;ditions que nous repr&#233;sentons approuvent. Comme nous sommes modestes, on est pass&#233;s entre les mailles du filet : nous n'avons jamais eu de contact avec la firme. En montant notre bo&#238;te, nous voulions nous inscrire dans la cha&#238;ne du livre, ses m&#233;tiers et savoir-faire. N&#233;gocier avec Amazon, c'est d'embl&#233;e d&#233;truire &#231;a : les liens humains avec libraires, &#233;diteur&#183;trices, livreur&#183;euses, etc.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le ver semble n'avoir laiss&#233; que le trognon aux ind&#233;pendant&#183;es, l'&#233;diteur Zones sensibles a imagin&#233; une r&#233;sistance &#224; coups de p&#233;pins. Cette petite structure belge a trouv&#233; la malice : mettre le code-barres &#224; l'int&#233;rieur de la couverture des livres. Ce simple geste demanderait trop de manipulations aux scanneurs de Jeff Bezos, et rend impossible le r&#233;f&#233;rencement des produits. &#171; &lt;i&gt;Je me voyais mal publier des livres qui fustigent le monde propos&#233; par Amazon et continuer &#224; l'alimenter. Mais je ne suis pas le chevalier blanc qui apporte la solution magique. Je peux me permettre cette astuce car Zones sensibles est une petite maison. Les plus grosses, qui ont beaucoup de salari&#233;&#183;es, sont coinc&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les g&#233;ants du num&#233;rique, ce sont aujourd'hui les adversaires des &#201;tats&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait le ministre de l'&#201;conomie Bruno Le Maire d&#233;but novembre. Peut-&#234;tre. Mais l'&#201;tat n'est pas l'ennemi d'Amazon. Depuis 2007, le libertarien Jeff Bezos a ouvert 25 sites en France (le plus grand fait 142 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;) en b&#233;n&#233;ficiant souvent de plusieurs dizaines de millions d'euros d'aides publiques pour leur implantation. En 2021, 11 nouveaux projets sont en cours &#8211; acc&#233;l&#233;ration vertigineuse. Les &#233;lu&#183;es se targuent &#224; l'occasion d'apporter de l'emploi dans leur r&#233;gion, niant l'avalanche de rapports d&#233;montrant le contraire, comme celui de l'ancien secr&#233;taire d'&#201;tat au num&#233;rique, Mounir Mahjoubi, qui avance qu'&#224; chiffre d'affaires &#233;quivalent, les entrep&#244;ts Amazon embauchent 2,2 fois moins de salari&#233;&#183;es que les autres entreprises de logistique. En France, ce sont entre 10 400 et 20 200 postes en moins&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des chiffres &#233;nonc&#233;s dans cet article proviennent des rapports (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; du fait de l'expansion de l'entreprise, qui en 2017 ne comptait plus que 4,7 salari&#233;&#183;es pour 1 robot, contre 7,7 en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, l'expression consacr&#233;e est &#171; &lt;i&gt;Retail Apocalypse&lt;/i&gt; &#187; : le mastodonte est responsable de la fermeture de 9 000 magasins en 2019 et de la suppression de 300 000 emplois nets depuis 2010. S'ajoutent au massacre les d&#233;g&#226;ts sur l'environnement, l'ub&#233;risation de l'emploi, mais surtout la d&#233;fiscalisation du gros des b&#233;n&#233;fices de ce GAFAM, dont la taxation promise par l'Europe ne ponctionnera qu'une infime partie. Ce type d'&#233;conomie surassist&#233;e par les budgets publics, sans r&#233;elle redistribution vers les services publics via la fiscalit&#233;, c'est bien la &lt;i&gt;start-up nation&lt;/i&gt; en marche, au d&#233;triment de la sant&#233; et de la culture. Un mod&#232;le qui mise tout sur le progr&#232;s technique, assez&lt;i&gt; swag &lt;/i&gt;pour para&#238;tre ind&#233;tr&#244;nable en pleine pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les confinements se suivent mais ne se ressemblent pas : Amazon avait d&#251; fermer en avril ; en novembre, c'est &lt;i&gt;open-bar&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;click-and-collect&lt;/i&gt; devenant la norme, c'est le monde de Bezos qui est consacr&#233;. Loin de contrer cette logique, les voix politiciennes se multiplient pour d&#233;velopper des &#171; Amazon locaux &#187;. &#171; &lt;i&gt;La psychose fran&#231;aise sur Amazon n'a aucun sens,&lt;/i&gt; &#226;nonnait le secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la Transition num&#233;rique, C&#233;dric O, &#224; l'Assembl&#233;e nationale ce 4 novembre. [&#8230;] &lt;i&gt;Le fond du sujet sur lequel&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;nous travaillons avec les collectivit&#233;s territoriales, c'est de num&#233;riser les petits commerces.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;serv&#233;, le patronat de l'&#233;dition joue quand m&#234;me le jeu, et les salari&#233;&#183;es des librairies se retrouvent &#224; g&#233;rer de la commande, sans conseils ni sourires, dans les flammes d'une amazonisation&lt;i&gt; soft&lt;/i&gt;. Les outils de vente en ligne aujourd'hui enracin&#233;s gr&#226;ce aux subventions r&#233;duiront encore le nombre et la qualit&#233; des emplois une fois la crise pass&#233;e. Seule la grande distribution, principale concurrente des librairies de centre-ville et d'Amazon, se frotte les mains au gel hydroalcoolique, en rang derri&#232;re Michel-&#201;douard Leclerc : &#171; &lt;i&gt;Les contraintes Covid-19 vont faire acc&#233;l&#233;rer la digitalisation et faire gagner deux ans aux commer&#231;ants. Aujourd'hui, je dis : Amazon m&#234;me pas peur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Figaro, 6/11/2020.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel du 11 novembre, lui, d&#233;clare la gu&#233;rilla au Goliath &lt;i&gt;online&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Nous devons, sans attendre, boycotter et saboter son monopole.&lt;/i&gt; &#187; Gageons que mille autres fleuriront et que la notion d'&#171; &#233;dition de gauche &#187; y gagnera en consistance. Mais avec la persistance de la crise, esp&#233;rons surtout que d'autres acteurs et actrices du livre embo&#238;teront le pas aux signataires de l'appel. Et que de nouveaux mod&#232;les seront imagin&#233;s, comme les &lt;i&gt;Punti rossi&lt;/i&gt; dans l'Italie des ann&#233;es 1970 : un r&#233;seau autonome de distribution de l'&#233;dition critique &#224; travers le maillage engag&#233; de lieux camarades...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cet article a &#233;t&#233; conjointement publi&#233; en langue catalane par le journal &lt;i&gt;La Directa&lt;/i&gt;, dans &lt;a href=&#034;https://directa.cat/la-rebellio-contra-lapocalipsi-amazon-sesten-a-lestat-frances/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une traduction&lt;/a&gt; de Dolors Serra.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Si Amazon a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1994 pour vendre des livres, ces derniers ne repr&#233;sentent plus que 5 % de son chiffre d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lsa-conso.fr/le-patron-d-amzon-france-repond-aux-critiques-interview,364058&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Interview&lt;/a&gt;&#224; &lt;i&gt;LSA-conso.fr&lt;/i&gt;, 6/11/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2014/03/21/la-loi-anti-amazon-ne-regle-rien_4387187_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tribune&lt;/a&gt; publi&#233;e par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 21/03/2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La plupart des chiffres &#233;nonc&#233;s dans cet article proviennent des rapports &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.amisdelaterre.org/wp-content/uploads/2019/12/immersion-dans-le-modele-amazon.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Immersion dans le mod&#232;le Amazon&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (2019) et &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://cdn.ilsr.org/wp-content/uploads/2020/04/ILSR_AmazonReport_final.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Amazon's Stranglehold&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/conso/monsieur-castex-vous-etes-le-meilleur-employe-d-amazon-en-france-denonce-michel-edouard-leclerc-20201106&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Figaro&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 6/11/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Syndicalistes dans la tourmente</title>
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&lt;p&gt;Suite au coup d'&#201;tat manqu&#233; du 15 juillet 2016, des purges ont touch&#233; tous les secteurs de la soci&#233;t&#233; turque. L'&#201;tat tente de b&#226;illonner les opposants, dont les syndicats qui ne suivent pas sa ligne &#8211; leurs membres sont licenci&#233;s en masse. Sans salaire, ces derniers peuvent heureusement s'appuyer sur la solidarit&#233; syndicale. En Turquie, le mouvement syndical est divis&#233;. D'un c&#244;t&#233;, les syndicats nationaux, directement inf&#233;od&#233;s au r&#233;gime turc, ou au moins complices par leur silence. De (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Loez-308" rel="tag"&gt;Loez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/repression" rel="tag"&gt;r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/syndicat" rel="tag"&gt;syndicat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/greve" rel="tag"&gt;gr&#232;ve&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sadrettin" rel="tag"&gt;Sadrettin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Semih-Ozakca" rel="tag"&gt;Semih &#214;zak&#231;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nuriye-Gulmen" rel="tag"&gt;Nuriye G&#252;lmen&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/soutien" rel="tag"&gt;soutien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres-turques" rel="tag"&gt;livres turques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite au coup d'&#201;tat manqu&#233; du 15 juillet 2016, des purges ont touch&#233; tous les secteurs de la soci&#233;t&#233; turque. L'&#201;tat tente de b&#226;illonner les opposants, dont les syndicats qui ne suivent pas sa ligne &#8211; leurs membres sont licenci&#233;s en masse. Sans salaire, ces derniers peuvent heureusement s'appuyer sur la solidarit&#233; syndicale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3103 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-1334-6f312.jpg?1779603224' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Loez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n Turquie, le mouvement syndical est divis&#233;. D'un c&#244;t&#233;, les syndicats nationaux, directement inf&#233;od&#233;s au r&#233;gime turc, ou au moins complices par leur silence. De l'autre, les conf&#233;d&#233;rations syndicales de gauche, comme KESK (fonction publique) et DISK (priv&#233;). Celles-ci soutiennent les revendications des Kurdes et se sont oppos&#233;es au r&#233;f&#233;rendum d'avril par lequel Erdogan a renforc&#233; son hyper-pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des purges qui ont suivi le coup d'&#201;tat avort&#233; de juillet 2016, pr&#232;s de 130 000 fonctionnaires ont &#233;t&#233; licenci&#233;s. Parmi eux, 3 130 membres de KESK (dont 1 600 enseignants adh&#233;rents du syndicat Egitim-Sen). La plupart ont &#233;t&#233; mis &#224; pied au pr&#233;texte d'avoir particip&#233; aux gr&#232;ves et manifestations de soutien &#224; la population kurde pendant la &#171; guerre des villes &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De l'&#233;t&#233; &#224; d&#233;cembre 2015, l'&#201;tat turc a men&#233; de meurtri&#232;res op&#233;rations dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Chez DISK, environ 1 300 syndiqu&#233;s ont aussi perdu leur emploi. Les r&#233;gions kurdes, o&#249; la syndicalisation est importante, ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement touch&#233;es par cette r&#233;pression. Pour premi&#232;res victimes : les enseignants et les travailleurs des mairies sous l'&#233;tiquette de la coalition de gauche HDP, qui d&#233;fend l'autonomie r&#233;gionale. Dans la seule ville de Diyarbakir, 132 enseignants syndicalistes ont ainsi perdu leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233; et gr&#232;ve de la faim&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais face &#224; cette r&#233;pression, les organisations syndicales ne restent pas inactives. Elles fournissent notamment une aide financi&#232;re &#224; leurs membres mis &#224; pied. Chez Egitim-Sen, chaque adh&#233;rent doit ainsi verser une cotisation mensuelle de solidarit&#233; d'au moins 30 livres turques (environ 8 &#8364;). Cet effort collectif permet &#224; la caisse du syndicat de verser une compensation aux personnes licenci&#233;es &#8211; &#224; l'origine, celle-ci &#233;tait de 2 000 livres par mois, mais elle est descendue &#224; 1 700 livres puis 1 200 livres &#224; cause de l'ampleur des licenciements&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le salaire moyen d'un enseignant oscille en g&#233;n&#233;ral entre 2 700 et 3 600 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Elle va sans doute encore baisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas moyen d'en appeler &#224; la justice. Les cours d'appel sont engorg&#233;es (de nombreux juges ont aussi &#233;t&#233; licenci&#233;s). R&#233;sultat : les demandes de r&#233;int&#233;gration restent en suspens &lt;i&gt;sine die&lt;/i&gt;. Une commission sp&#233;ciale a bien &#233;t&#233; mise en place par le gouvernement pour acc&#233;l&#233;rer l'examen des 130 000 cas de licenciement, mais elle n'a d&#233;but&#233; ses travaux qu'en mai, au lieu de janvier. Elle prend depuis tout son temps pour statuer. Et aucun autre recours, y compris devant la Cour europ&#233;enne des droits de l'Homme, n'est possible avant que cette commission n'ait rendu son verdict. Autant dire que le processus peut encore durer des ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de quoi d&#233;courager les syndiqu&#233;s, pourtant. Au contraire, m&#234;me : ils ont d&#233;cid&#233; de se battre. &#192; l'image de Nuriye G&#252;lmen et Semih &#214;zak&#231;a, &#224; Ankara, qui ont d&#233;but&#233; en mars une gr&#232;ve de la faim pour r&#233;clamer leur r&#233;int&#233;gration. La r&#233;ponse de l'&#201;tat a &#233;t&#233; brutale : les rassemblements de soutien ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s, les participants gaz&#233;s et arr&#234;t&#233;s. Le 23 mai, au 75&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; jour de leur gr&#232;ve de la faim, le procureur a demand&#233; la condamnation des deux gr&#233;vistes &#224; vingt ans de prison pour une pr&#233;tendue appartenance &#224; une organisation terroriste. &#192; cette heure, ils sont toujours embastill&#233;s &#8211; chaque jour qui passe augmente le risque d'une issue fatale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Papeterie en coop&#233;rative&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'autres syndiqu&#233;s licenci&#233;s choisissent de construire des alternatives. &#192; DiyarbakIr, une trentaine d'enseignants victimes des purges ont ainsi ouvert ensemble une librairie-papeterie, &#171; Emek kirtasiye &#187;. L'enseigne vend des fournitures de papeterie, des manuels scolaires, des livres en turc et en kurde, et propose un service de photocopies. &#171; &lt;i&gt;Nous avons d'abord appel&#233; toutes les personnes licenci&#233;es &#224; se r&#233;unir pour r&#233;fl&#233;chir &#224; des projets,&lt;/i&gt; explique Sadrettin, l'un des salari&#233;s. &lt;i&gt;Puis nous avons cr&#233;&#233; plusieurs groupes de travail ; la librairie-papeterie est le premier &#224; aboutir, son ouverture a eu lieu le 13 mai. Nos ressources &#233;tant limit&#233;es, nous avons utilis&#233; nos contacts pour trouver des fournisseurs sympathisants acceptant de livrer &#224; cr&#233;dit.&lt;/i&gt; &#187; Et Sadrettin d'ajouter en riant : &#171; &lt;i&gt;Une grosse partie de ce que nous vendons aujourd'hui n'a pas encore &#233;t&#233; pay&#233;e&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quipe compte sur ses contacts dans le monde de l'&#233;ducation pour &#233;couler ses produits. Des d&#233;buts encourageants confortent sa motivation. &#171; &lt;i&gt;Nous ne sommes pas des vendeurs, c'est tr&#232;s nouveau pour nous. Nous en sommes encore &#224; essayer de comprendre comment fonctionne le capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, plaisante Sadrettin. Avant d'encha&#238;ner, beaucoup plus s&#233;rieusement : &#171; &lt;i&gt;Nous devons garder nos valeurs. C'est indispensable pour accepter de travailler sans savoir combien nous allons gagner.&lt;/i&gt; &#187; L&#224; aussi, l'argent est nerf de la guerre. Chaque participant s'est ainsi engag&#233; &#224; investir 5 000 livres turques dans la coop&#233;rative. Et des groupes ont &#233;t&#233; constitu&#233;s pour d&#233;terminer l'&#233;chelle de r&#233;mun&#233;ration de chaque membre selon ses besoins. Cinq personnes seulement sont devenues employ&#233;es &#224; temps plein ; les autres participent sur leur temps libre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sister a l'intimidation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout le fonctionnement de la structure repose sur le collectif. Afin d'&#233;viter les conflits, il a &#233;t&#233; clairement pos&#233; que la participation au projet devait se faire sur des bases &#233;thiques, et pas simplement pour la recherche d'une source de revenus. Les principales orientations sont discut&#233;es lors d'une r&#233;union trimestrielle. Et si un responsable est mandat&#233; dans chacun des secteurs d'activit&#233; de l'enseigne, les d&#233;cisions sont prises coll&#233;gialement. Enfin, les participants se sont donn&#233; pour objectif d'investir les b&#233;n&#233;fices dans quatre autres projets : une &#233;cole priv&#233;e, un service de restauration, une soci&#233;t&#233; de nettoyage et une entreprise de construction. &#171; &lt;i&gt;Quitte &#224; devenir capitalistes, nous ferons de l'immobilier, mais &#233;thique&lt;/i&gt; &#187;, ironise Sadrettin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'&#201;tat a &#233;chou&#233; dans sa politique d'intimidation&lt;/i&gt; &#187;, constate de son c&#244;t&#233; Hatice, co-dirigeante d'Egitim-Sen &#224; DiyarbakIr. Sur les 9 500 membres de cette province, seuls 1 000 ont quitt&#233; le syndicat par peur de la r&#233;pression. Les autres restent fid&#232;les au poste. Mais ils ont, par contre, imp&#233;rativement besoin de soutien. Financier&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le syndicat Solidaires a lanc&#233; une campagne de soutien : Solidaires.org.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, pour que les organisations syndicales puissent continuer &#224; leur verser une compensation. Et politique : il importe de faire conna&#238;tre leur situation, de d&#233;noncer les partenariats universitaires avec des universit&#233;s turques ayant particip&#233; &#224; la r&#233;pression, et d'interpeller la communaut&#233; internationale pour qu'elle fasse pression sur la Turquie. Au boulot !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Loez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_3104 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-1335-6405a.jpg?1779608208' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Loez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le site Kedistan.net appelle &#224; se mobiliser pour le soutien international en faveur de Nuriye G&#252;lmen et Semih &#214;zak&#231;a, en gr&#232;ve de la faim depuis mars et emprisonn&#233;s depuis le 22 mai : c'est &lt;a href=&#034;http://kedistan.net/2017/06/30/moi-aussi-je-signe-pour-nuriye-et-semih&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De l'&#233;t&#233; &#224; d&#233;cembre 2015, l'&#201;tat turc a men&#233; de meurtri&#232;res op&#233;rations dans les principales villes du Kurdistan, transform&#233;es en v&#233;ritables zones de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le salaire moyen d'un enseignant oscille en g&#233;n&#233;ral entre 2 700 et 3 600 livres turques (soit de 687 &#224; 916 &#8364;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le syndicat Solidaires a lanc&#233; une campagne de soutien : Solidaires.org.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Lire, c'est &#233;couter &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>num&#233;riques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fin 2015, les &#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e sortaient un ambitieux livre collectif intitul&#233; L'Assassinat des livres. Par ceux qui &#339;uvrent &#224; la d&#233;mat&#233;rialisation du monde. Libraires, auteurs, lecteurs : parole est donn&#233;e &#224; divers maillons de la cha&#238;ne du livre. Entretien avec C&#233;dric Biagini, coordonnateur de l'ouvrage. C QFD : Le titre du livre porte la mention dramatique d'assassinat. Contrairement &#224; l'homicide, cette notion suppose une pr&#233;m&#233;ditation. Qui sont les donneurs d'ordre ? C&#233;dric (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/texte" rel="tag"&gt;texte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/numerique" rel="tag"&gt;num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/discours" rel="tag"&gt;discours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livre-numerique" rel="tag"&gt;livre num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livre-papier" rel="tag"&gt;livre papier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres-numeriques" rel="tag"&gt;livres num&#233;riques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/numeriques" rel="tag"&gt;num&#233;riques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin 2015, les &#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e sortaient un ambitieux livre collectif intitul&#233; &lt;i&gt;L'Assassinat des livres&lt;/i&gt;. Par ceux qui &#339;uvrent &#224; la d&#233;mat&#233;rialisation du monde. Libraires, auteurs, lecteurs : parole est donn&#233;e &#224; divers maillons de la cha&#238;ne du livre. Entretien avec C&#233;dric Biagini, coordonnateur de l'ouvrage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH282/-1069-4b3fb.jpg?1779633410' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du livre &#034;L'assassinat des livres&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;
&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;QFD&lt;/i&gt; : Le titre du livre porte la mention dramatique d'assassinat. Contrairement &#224; l'homicide, cette notion suppose une pr&#233;m&#233;ditation. Qui sont les donneurs d'ordre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Biagini :&lt;/strong&gt; Les jalons de ce livre collectif ont &#233;t&#233; pos&#233;s au sein du collectif Livre de papier, cr&#233;&#233; en 2009 et disparu aujourd'hui, dont le but &#233;tait de proposer une critique de la d&#233;mat&#233;rialisation du livre. &#192; l'&#233;poque, on nous annon&#231;ait la disparition future du livre sous sa forme papier. Je me rappelle d'une &#233;tude d'un cabinet de conseil en nouvelles technologies pronostiquant la fermeture de la moiti&#233; des librairies en France en 2015 ! Les prospectives assen&#233;es par les industriels du num&#233;rique nous alignaient sur le mod&#232;le &#233;tasunien, o&#249; la moiti&#233; des ventes de livres se faisait, selon eux, d&#233;j&#224; sous une forme d&#233;mat&#233;rialis&#233;e. Heureusement, le r&#233;el a r&#233;sist&#233;. Un discours bien connu dominait : la France a encore du retard et s'enferre &#224; d&#233;fendre son exception culturelle. Discours tenu autant par les start-uppers, par une presse de droite lib&#233;rale qui, comme toujours, exaltait croissance et innovation, et par une presse de gauche technophile qui d&#233;non&#231;ait un conservatisme archa&#239;que chez ceux qui n'allaient pas dans le sens du vent num&#233;rique. &#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais invit&#233; &#224; beaucoup de d&#233;bats avec des gens des m&#233;tiers du livre qui s'inqui&#233;taient de l'omnipr&#233;sence de ces discours. Ceci explique en partie le c&#244;t&#233; choc du titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'intention induite par la notion d'&#171; assassinat &#187; : les industriels du num&#233;rique &#8211; des multinationales ultra-puissantes telles les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) aux petites start-up &#8211;, ont pour objectif de num&#233;riser tout ce qui est possible de l'&#234;tre. Il n'y a pas de raison que le livre soit &#224; l'abri de ce mouvement massif et profond. Il repr&#233;sente un gisement de profits et, de plus, garde dans nos soci&#233;t&#233;s une valeur symbolique tr&#232;s forte que ces entreprises veulent s'approprier. D'ailleurs, Google et Amazon se sont construits autour du livre : Google comme une forme de biblioth&#232;que universelle, et Amazon comme une librairie mondialis&#233;e. Le livre et le savoir ont permis &#224; ces bo&#238;tes de se construire une image valorisante et de participer au beau discours d'un Internet r&#233;duisant les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la culture. Beaucoup pensaient, y compris &#224; gauche, qu'avec la d&#233;mat&#233;rialisation, on allait permettre &#224; des gens de renouer avec la lecture : en la rendant plus active, en offrant la possibilit&#233; d'intervenir sur le texte et en mettant &#224; disposition, &#224; un moindre co&#251;t, une infinit&#233; de textes. En faisant entrer le livre dans les r&#233;seaux num&#233;riques, on allait le rendre &#224; nouveau d&#233;sirable pour les jeunes g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer cette inqui&#233;tude de certains acteurs de la cha&#238;ne du livre quant au livre num&#233;rique alors qu'en France ses ventes plafonnent &#224; 5 ou 6 % ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ventes de fichiers de livres num&#233;riques peinent &#224; d&#233;coller, en effet, mais il faut toujours se m&#233;fier, et ne pas figer sa pens&#233;e &#224; un instant T. On a d&#233;j&#224; vu par le pass&#233; des innovations technologiques peiner &#224; s'installer et le processus s'acc&#233;l&#233;rer soudainement. La d&#233;mat&#233;rialisation des manuels scolaires et le d&#233;veloppement de l'&#233;cole num&#233;rique risquent de conditionner les jeunes g&#233;n&#233;rations &#224; n'&#233;voluer que dans cet environnement et &#224; consid&#233;rer les livres comme un objet d&#233;pass&#233;. Autre institution gangren&#233;e par l'esprit de la Silicon Valley : les biblioth&#232;ques, th&#232;me que nous abordons dans notre livre. Ces deux exemples montrent que les pouvoirs publics ne cessent d'acc&#233;l&#233;rer ce qu'ils appellent le basculement num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort heureusement, les choses ne se passent pas toujours comme les &#171; puissants &#187; l'envisagent, voire tentent de le planifier. Il y a des r&#233;sistances. Et ce, malgr&#233; la pr&#233;gnance et la force des discours port&#233;es par les industriels du num&#233;rique, mais aussi par leurs complices universitaires et intellectuels qui saturent l'espace public et sid&#232;rent, par leur apparente dimension &#233;mancipatrice et progressiste, ceux-l&#224; m&#234;mes qui devraient s'y opposer. J'ai constat&#233; ces effets lors de d&#233;bats avec des acteurs des m&#233;tiers du livre si les gens avaient une r&#233;action de m&#233;fiance quasi instinctive face &#224; ce qu'on leur racontait, ils peinaient n&#233;anmoins &#224; produire un discours critique. C'est aussi l'objet de ce livre que de tenter de pallier cela. Le texte &#171; Journal d'un naufrag&#233; &#187; narre par exemple comment un &#233;tudiant inscrit dans une formation au m&#233;tier d'&#233;diteur a vu l'enseignement basculer compl&#232;tement vers le num&#233;rique. Les &#233;tudiants qui &#233;taient venus apprendre &#224; retravailler un texte, &#224; r&#233;fl&#233;chir au graphisme ou comment fonctionnait la cha&#238;ne du livre, se retrouvaient &#224; g&#233;rer des m&#233;tadonn&#233;es. Ces jeunes gens de 20-22 ans, ces &#171; natifs &#187; du num&#233;rique comme on les appelle, ont r&#233;clam&#233; &#8211; sans succ&#232;s &#8211; qu'on leur apprenne les m&#233;tiers du livre de mani&#232;re traditionnelle !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH306/-1070-45192.jpg?1779602728' width='200' height='306' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La phrase &#171; &lt;i&gt;The medium is the message&lt;/i&gt; &#187; du philosophe Marshall McLuhan revient &#224; plusieurs reprises dans la bouche de diff&#233;rents intervenants. Livre num&#233;rique et livre papier, il ne s'agit pas simplement d'un changement de support...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; : la technologie est neutre. Elle n'est l&#224; que pour nous faciliter la vie. Or il est &#233;vident que les objets qui nous entourent, et les rapports de production qu'ils induisent, restructurent en profondeur les soci&#233;t&#233;s et nos existences. Mat&#233;rialit&#233; et textualit&#233; (la mani&#232;re dont est appr&#233;hend&#233; et organis&#233; le texte) sont &#233;troitement li&#233;s. On a beaucoup entendu &#171; Ce qui est important, c'est le contenu et pas le contenant &#187;. McLuhan, a priori plut&#244;t favorable &#224; ces changements, a pourtant tr&#232;s bien senti les choses d&#232;s les ann&#233;es 1960. Selon lui, ce ne sont pas les concepts d&#233;velopp&#233;s par les m&#233;dias qui importent, mais les m&#233;dias en eux-m&#234;mes. La mani&#232;re dont ces concepts sont diffus&#233;s et partag&#233;s. Ind&#233;pendamment de son &#171; contenu &#187;, c'est l'existence m&#234;me du livre en tant que tel, qui induit un certain rapport au texte. Il entra&#238;ne un type de lecture : continue, profonde, lin&#233;aire, avec un fil conducteur, et n&#233;cessite que le lecteur suive la pens&#233;e d'un auteur, qu'il lui fasse, &#224; un moment donn&#233;, confiance. Le temps de la lecture est un temps suspendu o&#249; l'on s'extrait des sollicitations ext&#233;rieures, de plus en plus invasives et distrayantes. Il permet de construire une pens&#233;e, de s'abandonner &#224; des formes de contemplation, et de d&#233;velopper une int&#233;riorit&#233; que les m&#233;dias num&#233;riques cherchent sans cesse &#224; d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale ressource de la nouvelle &#233;conomie est notre attention. Partout sont mis en place un tas de dispositifs cens&#233;s nous accaparer. L'enjeu des industriels du num&#233;rique est de faire rentrer le livre dans ces flux et de l'y dissoudre. Comme le r&#233;clame, par exemple, l'&#233;crivain Fran&#231;ois Bon qui a pu affirmer que dans le processus de d&#233;mat&#233;rialisation, il fallait pousser jusqu'&#224; faire dispara&#238;tre le nom m&#234;me de &#171; livre &#187;. Il a quelque part raison. En effet, le livre num&#233;rique dans sa forme hyperm&#233;dia (avec des sons, vid&#233;os, images, hyperliens...), qui d&#233;passe la seule reproduction homoth&#233;tique de la page, n'a plus grand-chose &#224; voir avec ce que nous entendions jusque-l&#224; par livre. La lecture continue et profonde y est rendue extr&#234;mement difficile. Car l'&#233;cran est un &#233;cosyst&#232;me de technologies d'interruption qui font que l'on a du mal &#224; se concentrer. Si le livre apaise, l'&#233;cran excite et nous surcharge cognitivement : la masse infinie de contenus et la difficult&#233; &#224; se rep&#233;rer font que l'on a du mal &#224; fixer son attention. Ceci est symptomatique d'un nouveau type de personnalit&#233;s : des gens agit&#233;s et r&#233;ceptifs &#224; tout ce qu'on peut leur proposer, des consommateurs de connexions diverses non dispos&#233;s &#224; s'impliquer l&#224; o&#249; ils sont. Perp&#233;tuellement ouverts &#224; tout ce qu'on leur propose, mais inaptes &#224; d&#233;velopper un rapport apais&#233; aux autres et au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le beau texte de l'&#233;crivain Alexandre Prieux parle de la permanence du livre papier. Il sous-tend une n&#233;cessaire humilit&#233; du lecteur, parle d'effort pour s'impr&#233;gner de la pens&#233;e de l'auteur. L'inverse du livre num&#233;rique, o&#249; le lecteur est renvoy&#233; &#224; une forme de toute puissance en ce sens o&#249; il peut modeler/moduler sa lecture...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentiment de toute puissance est consid&#233;rablement exacerb&#233; par les objets num&#233;riques. Exemple souvent pris par les industriels de l'&#233;lectronique : qui n'a pas r&#234;v&#233; d'avoir une biblioth&#232;que dans sa poche ? Je peux ainsi disposer en permanence de ce dont j'ai envie. Je peux aussi intervenir sur le texte, le reconfigurer. Bref, j'ai l'illusion de ma&#238;triser. Lire un livre, comme &#233;couter quelqu'un, suppose une capacit&#233; d'attention terriblement mise &#224; mal aujourd'hui. Pourtant, jamais les gens n'ont eu autant besoin d'&#234;tre entendus, notamment sur les r&#233;seaux sociaux, et jamais les autres n'ont &#233;t&#233; en si faible capacit&#233; de leur accorder du temps, car ils sont de plus en plus sollicit&#233;s et passent du temps &#224; communiquer fr&#233;n&#233;tiquement. Lire, c'est &#234;tre capable d'&#233;couter un auteur, de se dire &#171; Ce n'est pas moi qui donne mon avis sur tout &#187;. Cela oblige &#224; faire des efforts, &#224; sortir de soi, &#224; mettre de c&#244;t&#233; son narcissisme. Effectivement, cette notion d'humilit&#233; est tr&#232;s juste. Outre son versant &#171; critique sociale &#187;, &lt;i&gt;L'Assassinat des livres&lt;/i&gt; s'int&#233;resse aussi aux nouvelles formes de personnalit&#233;s g&#233;n&#233;r&#233;es par le capitalisme num&#233;rique. On a donc tent&#233; de r&#233;fl&#233;chir en termes de psychologie et de construction de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette tendance lourde de la num&#233;risation, quelques br&#232;ches existent. Fleurissent nombre de maisons d'&#233;ditions, de salons, de biblioth&#232;ques, de librairies ind&#233;pendantes... Osons une hypoth&#232;se : dans les milieux militants, le livre appara&#238;t comme une sorte de refuge face &#224; un monde o&#249; l'on a du mal &#224; penser les choses, o&#249; tout va vite et o&#249; l'on peine &#224; agir collectivement. Le livre, au moins, c'est concret, c'est r&#233;el. Il a un c&#244;t&#233; rassurant. Il est un point d'ancrage hors des flux d'information et de divertissement. Le livre est-il l'un des derniers lieux de r&#233;sistance ? La question m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Lutter &#224; partir des m&#233;tiers du livre &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Lutter-a-partir-des-metiers-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Lutter-a-partir-des-metiers-du</guid>
		<dc:date>2019-03-18T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
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		<dc:subject>livre</dc:subject>
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		<dc:subject>m&#233;tier</dc:subject>
		<dc:subject>librairie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quel bonheur et quel &#233;panouissement de vivre et de travailler dans les m&#233;tiers du livre ! Certes, mais ce n'est pas une raison de se satisfaire de la pr&#233;carit&#233; que connaissent nombre de travailleurs/euses du secteur. &#192; Toulouse, on s'organise. C QFD : Pouvez-vous nous raconter quand et pourquoi vous avez lanc&#233; ce collectif ? Mathilde : Cela fait un an environ que nous avons impuls&#233; des r&#233;unions mensuelles regroupant plusieurs personnes travaillant dans divers m&#233;tiers du livre. Il y a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/metiers" rel="tag"&gt;m&#233;tiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/metier" rel="tag"&gt;m&#233;tier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/librairie" rel="tag"&gt;librairie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quel bonheur et quel &#233;panouissement de vivre et de travailler dans les m&#233;tiers du livre ! Certes, mais ce n'est pas une raison de se satisfaire de la pr&#233;carit&#233; que connaissent nombre de travailleurs/euses du secteur. &#192; Toulouse, on s'organise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2817 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH326/-1071-3b734.jpg?1779602966' width='200' height='326' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;QFD&lt;/i&gt; : Pouvez-vous nous raconter quand et pourquoi vous avez lanc&#233; ce collectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathilde :&lt;/strong&gt; Cela fait un an environ que nous avons impuls&#233; des r&#233;unions mensuelles regroupant plusieurs personnes travaillant dans divers m&#233;tiers du livre. Il y a des libraires, comme nous deux, venant de petites et grandes librairies, des &#233;diteurs non salari&#233;s parce qu'engag&#233;s dans une perspective militante, une assistante &#233;ditoriale, des traductrices, un correcteur, un repr&#233;sentant, un critique litt&#233;raire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucas :&lt;/strong&gt; C'est venu d'une prise de conscience &#224; travers nos engagements, au fil des rencontres et des t&#233;moignages recueillis avec des pr&#233;caires dans le monde de l'&#233;dition ou de la librairie. Il y a aussi un h&#233;ritage direct du groupe des 451 &lt;i&gt;(voir &lt;a href=&#034;#451&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;ci-dessous&lt;/a&gt;)&lt;/i&gt; qui a amorc&#233; pas mal de questions importantes concernant le devenir de l'&#233;conomie du livre. De nouvelles structures &#233;ditoriales arrivaient aussi depuis quelques ann&#233;es, avec des propositions passionnantes et originales, tandis que des oligopoles se consolidaient : il semblait donc logique et bienvenu de rassembler des personnes issues des m&#233;tiers du livre. Cela dit, les 451 ont men&#233; une r&#233;flexion au niveau macro, tandis qu'&#224; Toulouse, nous sommes partis du micro, de l&#224; o&#249; l'on travaille. Le livre est bien une marchandise, mais toute la contradiction tient dans le fait que nous essayons au quotidien de ne pas le consid&#233;rer comme tel. On passe notre temps &#224; &#233;cr&#233;mer les rayons remplis d'objets marketing plus que de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; On avait en effet envie de nous regrouper autour de la question des conditions de travail. Je suis pour ma part syndicaliste &#224; la CGT, et il me tient &#224; c&#339;ur de penser les choses &#224; partir de mon quotidien de travailleuse du livre. Depuis de la situation de chacun, quelles luttes peut-on construire ? &#192; la CGT, un libraire rentre dans la case &#171; Commerces et services &#187;, idem chez Solidaires. Il y a bien la Filpac-CGT (F&#233;d&#233;ration des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication) pour les imprimeurs ou les correcteurs, mais pas pour nous. C'est un peu frustrant de ne pas pouvoir se retrouver au sein d'une m&#234;me f&#233;d&#233;ration avec des personnes du m&#234;me m&#233;tier, ou du m&#234;me secteur, et c'est une des raisons pour lesquelles la cr&#233;ation de notre collectif s'est impos&#233;e. En face, il y a le SLF, le syndicat patronal de la librairie, qui a pignon sur rue, et s'octroie un droit de regard sur les principales formations professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous menez aussi une critique et une enqu&#234;te sur les institutions de formation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Pour les librairies, c'est un des n&#339;uds du probl&#232;me. Le patronat oriente le m&#233;tier vers des pratiques qui contentent les employeurs. Ce sont eux qui d&#233;finissent la maquette et les contenus du programme, dans l'objectif de former leurs futurs salari&#233;s. Ce qui n'a rien &#224; voir avec la formation de futurs libraires, c'est-&#224;-dire de personnes autonomes capables un jour peut-&#234;tre d'ouvrir leur propre librairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Dans les autres structures de formation type IUT, associ&#233;s &#224; l'universit&#233;, l'organisation et les perspectives sont un peu diff&#233;rentes, mais concr&#232;tement : on forme des vendeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M : &lt;/strong&gt;Il n'est jamais question d'&#233;tudier le droit des salari&#233;s, ce qui m&#232;ne des primo-travailleurs en situation d'exploitation sans qu'ils puissent en prendre la mesure. Quand j'&#233;tais &#233;tudiante &#224; l'INFL (Institut national de formation de la librairie), apr&#232;s plusieurs demandes, quelqu'un est finalement venu pr&#233;senter la convention collective du secteur, mais c'&#233;tait un membre du SLF ! De fait, les patrons de librairie au conseil d'administration de l'&#233;cole s'opposent formellement &#224; l'intervention de syndicalistes au sein de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont vos autres axes de critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Les syndicats existants ne sont pas du tout adapt&#233;s aux nouveaux statuts qui concernent de plus en plus de monde, par exemple le recours exponentiel aux autoentrepreneurs. Nous sommes tous travailleurs au sein de la m&#234;me cha&#238;ne du livre, et au final, on ne se conna&#238;t pas, on &#233;volue dans des sph&#232;res tr&#232;s cloisonn&#233;es. Le premier objectif du collectif &#233;tait donc de se retrouver entre personnes issues de diff&#233;rents m&#233;tiers et de partager nos exp&#233;riences de travail. Comprendre les logiques internes de chaque m&#233;tier, et les probl&#233;matiques qui se tissent d'un m&#233;tier &#224; l'autre. Avoir conscience de ce que vit un traducteur quand on est libraire, un libraire quand on est repr&#233;sentant diffuseur, un imprimeur quand on est &#233;diteur, etc. Et faire cela au niveau local, en parlant de ce que chacun vit dans sa bo&#238;te, ou chez eux s'ils sont en ind&#233;pendants. En apprenant ce que fait l'autre et comment il le fait, quel statut il a choisi ou il s'est vu imposer, quels obstacles pose tel interlocuteur, etc., on dessine les solidarit&#233;s concr&#232;tes que l'on peut mettre en marche &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#233;tier, comme en relation les uns avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Un livre qui a une raison d'&#234;tre, c'est une voix, qui porte et parle directement aux gens, qui d'une mani&#232;re ou d'une autre les lib&#232;re. Comment vendre cette voix qui est aussi une marchandise sans vendre son &#226;me, c'est l&#224; toute la difficult&#233; et la beaut&#233; du m&#233;tier de libraire. Les &#233;diteurs sont aussi pris dans le m&#233;canisme impos&#233; par les diffuseurs distributeurs qui exigent au moins 8 &#224; 12 parutions par an, pour faire du chiffre. Si tu n'en sors pas autant, tu n'es pas diffus&#233;, donc pas visible, et tu ne peux pas te d&#233;velopper et vivre de ce m&#233;tier qui prend du temps quoi qu'il arrive. Donc cela donne des livres qui ne voient le jour que pour faire du volume et de la vente accompagn&#233;e de publicit&#233;. Un des sens de notre m&#233;tier est donc de faire ce tri, d'avoir cette acuit&#233; militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous subissez vous-m&#234;mes des situations de conflit salarial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Souvent les choses sont plus larv&#233;es et compliqu&#233;es que &#231;a. Nous travaillons par exemple dans une petite librairie, avec un g&#233;rant avec qui on peut discuter, et qui se donne lui-m&#234;me &#224; fond pour p&#233;renniser le lieu. Mais attention au mythe de la grande famille du livre, o&#249; on s'entraide, on s'&#233;coute : il reste toujours des espaces de coercition, des circulations de pouvoir, m&#234;me si le patron est sympa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Une autre question est celle du travail gratuit volontaire, par passion. Des correcteurs ou des maquettistes qui ont des comp&#233;tences, de la reconnaissance dans leur domaine, mais qui ne peuvent pas trouver un boulot pay&#233; parce qu'ils travaillent pour de toutes petites structures de b&#233;n&#233;voles. Cela donne une sorte de paraprofessionnalisme non r&#233;mun&#233;r&#233;. M&#234;me les libraires, qui sont salari&#233;s, bossent r&#233;guli&#232;rement &#224; l'&#339;il sur des festivals, des soir&#233;es, des &#233;v&#233;nements...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Travailler dans une toute petite entreprise en d&#233;courage aussi plus d'un pour faire gr&#232;ve, par exemple lors du dernier mouvement social. On se dit qu'on va mettre ses coll&#232;gues en difficult&#233;, alors on va en manif et en action sur son temps de repos. Comme on trouve un sens politique &#224; notre travail &#8211; vendre des livres engag&#233;s en opposition aux grandes surfaces de la culture &#8211;, on veille &#224; ce qu'il perdure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Il y a aussi le discours r&#233;current &#171; &lt;i&gt;Tu as de la chance de bosser dans le milieu du livre, tu ne vas pas te plaindre pour quelques heures en plus, c'est passionnant comme m&#233;tier ! Tu ne vas pas en plus demander d'&#234;tre pay&#233; !&lt;/i&gt; &#187; On te joue la carte de la valorisation sociale du m&#233;tier, des contacts faciles qu'on y fait, mais ce sont quasiment exclusivement des gens ultradipl&#244;m&#233;s qui sont pay&#233;s au Smic. Comme si cr&#233;ation rimait avec autoexploitation. Ce qui se passe dans le monde du livre r&#233;sonne avec ce qui arrive dans le reste de la soci&#233;t&#233; : la pr&#233;carisation avec la multiplication de petits contrats de tr&#232;s courte dur&#233;e, l'atomisation des travailleurs/euses, les alternances subies entre emploi et non emploi, les liens entre attachement affectif, passion et exploitation, etc. La petite diff&#233;rence est que le monde du livre aime &#224; se gargariser du fait qu'on y serait plus militant, plus &#224; gauche, plus humain, plus politis&#233;, mais le constat de notre collectif est tout l'inverse. Sans voix collective et puissante pour d&#233;noncer tout cela, on va vers plus d'invisibilit&#233; et d'acceptabilit&#233; des rapports de subordination, au pr&#233;texte de la taille des structures et de l'engagement &#8211; dans le discours &#8211; des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles actions menez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Nous lan&#231;ons des s&#233;ances d'autoformation sur les conventions collectives, sur le droit du travail, sur ce que la loi Travail peut changer dans nos m&#233;tiers, et d'autres questions juridiques. On fait du parasyndicalisme, car il manque une forme d'organisation, qu'on l'appelle syndicat, collectif ou autre, &#224; m&#234;me de cr&#233;er des rapports de force en cas de conflit, d'offrir une base d'informations sociales et juridiques et de pouvoir faire &#233;merger publiquement les probl&#233;matiques et les injustices li&#233;es &#224; nos m&#233;tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est aussi de se mettre en lien avec d'autres initiatives qui se penchent sur la question des nouveaux types de mise au travail et de pr&#233;carit&#233;. Par exemple &#224; Toulouse, on suit la voie du collectif de pr&#233;caires de l'&#233;ducation qui s'est mont&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re. L'assembl&#233;e de luttes (AG de luttes 31) n&#233;e pendant le mouvement social du printemps 2016 repose aussi sur ce constat que ce qui nous rassemble, ce n'est pas le m&#233;tier que chacun fait, mais le statut de pr&#233;caire, &#233;tranger aux formes traditionnelles de syndicalisme. Plusieurs actions ont &#233;t&#233; men&#233;es en ce sens : des piquets de gr&#232;ve qui d&#233;passaient les logiques corporatistes et voyaient se m&#234;ler postiers, pr&#233;caires de l'&#233;ducation et d'ailleurs, &#233;tudiants, ch&#244;meurs, etc. Peu &#224; peu, on essaie de d&#233;passer la logique de l'usine occup&#233;e par ses travailleurs, pour entrer dans une communaut&#233; partageant la m&#234;me gal&#232;re et bloquant des cibles partag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Ce qui serait chouette, ce serait que d'autres collectifs dans d'autres villes se cr&#233;ent. Que cinq ou six personnes se regroupent, montent un collectif et se coordonnent. Et puis, pourquoi pas, que l'on fonctionne en r&#233;seau d'une ville &#224; l'autre. Avec des probl&#233;matiques propres, et d'autres plus communes et g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Contact : &lt;/strong&gt; collectif.livre.toulouse@riseup.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;451&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les 451&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;uite &#224; &lt;i&gt;L'Appel des 451 &lt;/i&gt;publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;en septembre 2012, ce groupe a men&#233; plusieurs enqu&#234;tes sur l'&#233;conomie du livre, et organis&#233; des rencontres en France, en Espagne ou en Italie visant &#224; r&#233;unir des travailleur/euses des diff&#233;rents m&#233;tiers de la cha&#238;ne. Le texte &lt;i&gt;La querelle des modernes et des modernes &lt;/i&gt;permet notamment de mieux comprendre le livre comme une marchandise prise dans l'&#233;conomie lib&#233;rale contemporaine, et donne des pistes de lutte. L'id&#233;e principale est de ne pas s&#233;parer l'&#233;dition critique de l'agir r&#233;volutionnaire : publier de belles id&#233;es peut s'accompagner de pratiques coh&#233;rentes. Les 451 (temp&#233;rature &#224; laquelle br&#251;lent les livres dans le roman de science-fiction &lt;i&gt;Farenheit 451 &lt;/i&gt;de Bradbury) sont en sommeil depuis mars 2014. Jusqu'au grand incendie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Textes disponibles sur : &lt;span class='ressource'&gt;&lt;[les451.noblogs.org-&gt;&lt;/span&gt;
&lt;a href=&#034;https://les451.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://les451.noblogs.org/&lt;/a&gt;]&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La &#171; mama &#187; du Jargon</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard, Nicolas Norrito</dc:creator>


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&lt;p&gt;Surnomm&#233;e la &#171; mama d'Action directe &#187; par les m&#233;dias et par les flics, Hellyette Bess est surtout l'infatigable animatrice de la biblioth&#232;que Le Jargon libre. Portrait. Les hauts de M&#233;nilmontant. Lundi 7 mars 2016. Les modestes locaux du Jargon libre donnent sur l'angle de la tr&#232;s anim&#233;e rue Henri-Chevreau, o&#249; les &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge Jean-Baptiste-Cl&#233;ment &#8211; du nom du po&#232;te communard auteur du Temps des cerises &#8211; chahutent &#224; la sortie des classes. Au coin, un bidasse pi&#233;tine devant une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no142-avril-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;142 (avril 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Yann-Levy-81" rel="tag"&gt;Yann Levy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Hellyette" rel="tag"&gt;Hellyette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Menilmontant" rel="tag"&gt;M&#233;nilmontant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Surnomm&#233;e la &#171; mama d'Action directe &#187; par les m&#233;dias et par les flics, Hellyette Bess
est surtout l'infatigable animatrice de la biblioth&#232;que Le Jargon libre. Portrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les hauts de M&#233;nilmontant. Lundi 7 mars 2016. Les modestes locaux du Jargon libre donnent sur l'angle de la tr&#232;s anim&#233;e rue Henri-Chevreau, o&#249; les &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge Jean-Baptiste-Cl&#233;ment &#8211; du nom du po&#232;te communard auteur du &lt;i&gt;Temps des cerises&lt;/i&gt; &#8211; chahutent &#224; la sortie des classes. Au coin, un bidasse pi&#233;tine devant une cr&#232;che juive. Sur la vitrine de la biblioth&#232;que anarchiste, une affichette annonce la couleur : &#171; Lieu d'archives, d'&#233;tudes et de conspirations &#187;. Les &#233;tag&#232;res sont bien garnies et rang&#233;es selon les th&#233;matiques : &#171; Lutte arm&#233;e, r&#233;sistance, autonomie, prison, etc. &#187; On n'est pas chez M&#233;m&#233;, ici ! Hellyette Bess rit volontiers quand on lui annonce qu'on va la faire parler. De quoi ? Des livres, de l'aventure du Jargon libre, de son engagement, un peu d'elle. &#171; &lt;i&gt;Je n'ai absolument aucune conscience des dates ou des chiffres &lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise-t-elle d'embl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2600 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-862-480ae.jpg?1779901476' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yann Levy.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand commence son rapport aux livres ?&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;D&#232;s l'enfance, j'ai eu envie de tout lire. Je prenais les classiques de mon fr&#232;re et de ma soeur a&#238;n&#233;s, &lt;/i&gt;Le Cid&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;Rom&#233;o et Juliette&lt;i&gt;, etc. Je trouvais &#231;a extraordinaire, alors que pour eux, c'&#233;tait la corv&#233;e. Je ne savais pas ne pas lire : si j'&#233;pluchais des l&#233;gumes sur un journal, je m'arr&#234;tais pour lire le journal d'abord. &lt;/i&gt; &#187; Durant la Seconde Guerre mondiale, la famille Bess s'&#233;loigne de Paris et rejoint Grenoble : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais chez les &#233;claireuses isra&#233;lites de France, puis chez les &#233;claireuses la&#239;ques, parce qu'on ne s'est pas &#8220;d&#233;clar&#233;s&#8221; &lt;/i&gt;[en tant que juifs aupr&#232;s des autorit&#233;s de Vichy]&lt;i&gt;. Je lisais Saint-Exup&#233;ry et les po&#232;mes d'Aragon, puis, apr&#232;s la guerre, Malraux et Camus. &lt;/i&gt; &#187; C'est le p&#232;re d'une amie, militant communiste, qui l'initie &#224; une litt&#233;rature plus r&#233;volutionnaire : &#171; &lt;i&gt;Je me pensais communiste par rapport au fascisme et &#224; la R&#233;sistance. Le p&#232;re de mon amie me donnait des livres et me demandait ce que j'en pensais. Au bout de deux ou trois bouquins, il m'a dit : &#8220;Mais Hellyette, t'es pas communiste, t'es anarchiste !&#8221; C'est donc un communiste qui m'a donn&#233; mon premier livre anarchiste : &lt;/i&gt;La Libert&#233; &lt;i&gt;de Bakounine ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pass&#233;e &#224; l'anarchie, elle s'affranchit au passage de son premier mariage.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Je lisais &#233;norm&#233;ment d'ouvrages anarchistes et aussi surr&#233;alistes. &#192; l'&#233;poque, Andr&#233; Breton &#233;crivait dans &lt;/i&gt;Le Libertaire. &#187; Les jeunes libertaires qu'elle fr&#233;quente sont esp&#233;rantistes et &#171; ajistes &#187; &#8211; du Mouvement ind&#233;pendant des auberges de jeunesse (Miaj), qui scissionne en 1951 de la F&#233;d&#233;ration nationale des auberges de jeunesse, trop institutionnelle &#224; leur go&#251;t. Ainsi se constitue un r&#233;seau autog&#233;r&#233; d'usagers, sans subventions, &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s solidaires, tr&#232;s internationalistes &lt;/i&gt; &#187;, dans lequel Hellyette voit &#171; &lt;i&gt;les anc&#234;tres des autonomes &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Pour un franc de location par an, on trouvait des baraques &#224; la campagne qu'on remontait compl&#232;tement. On soutenait les insoumis des guerres coloniales. On animait des cin&#233;-clubs. Il y avait beaucoup d'&#233;changes. Pour moi, c'est l&#224; que tout a germ&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1968, &#224; la suite des gr&#232;ves de mai_juin, Hellyette &#171; &lt;i&gt;tombe malade officiellement &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; et ne se rend plus au boulot, ce qui lui permet de se d&#233;gager du temps libre. Elle s'occupe alors de Publico, la librairie de la F&#233;d&#233;ration anarchiste (FA). Mais les rapports avec certains membres parisiens de la FA se d&#233;t&#233;riorent, tandis qu'elle accueille des r&#233;volutionnaires de toutes sortes dans la librairie : &#171; &lt;i&gt;On m'a m&#234;me trait&#233;e de mao&#239;ste ! &lt;/i&gt; &#187; Elle se souvient d'une empoignade tr&#232;s vive avec Maurice Joyeux, alors membre influent de la FA, qui m&#232;ne une traque contre les d&#233;viances &#171; &lt;i&gt;marxistes &lt;/i&gt; &#187; au sein du mouvement : &#171; &lt;i&gt;On n'osait pas se frapper, mais on se tenait l'un l'autre, et on tournait en rond comme dans une danse... &lt;/i&gt; &#187; Hellyette b&#233;n&#233;ficie du soutien de figures du mouvement comme May Picqueray ou l'historien marseillais Ren&#233; Bianco. &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a a foutu une merde noire, il a fallu que je me barre parce que j'avais tout le temps quelqu'un sur le dos. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle librairie ouvre au d&#233;but des ann&#233;es 1970&lt;/strong&gt;, rue de la Reine-Blanche dans le 13e &#8211; &#171; &lt;i&gt;C'est l'UMP maintenant &lt;/i&gt; &#187;, rigole-t-elle : le premier Jargon libre, dont les initiales rappellent celles des Jeunes libertaires. Durant une dizaine d'ann&#233;es, on y croise &lt;i&gt;&#171; des anars de tout poil, depuis les communistes libertaires jusqu'aux individualistes, des situationnistes autour de la revue &lt;/i&gt;L'Assommoir&lt;i&gt;, les Gouines rouges, les homosexuels du FHAR&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Front homosexuel d'action r&#233;volutionnaire.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ou encore les autonomes de Jussieu &lt;/i&gt; &#187;. L'histoire de la librairie se m&#234;le aussi avec celles de certains courants clandestins de lutte arm&#233;e, et des &#171; &lt;i&gt;prisonniers r&#233;volutionnaires &lt;/i&gt; &#187; : les Gari&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupes d'action r&#233;volutionnaires internationalistes, qui luttaient contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ou Action directe (AD). &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait une &#233;poque tr&#232;s bouillonnante et joyeuse &lt;/i&gt; &#187;, rappelle Hellyette. Le collectif se divise bient&#244;t sur le soutien &#224; apporter aux militants d'Action directe. Gilbert Roth&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre ami Gilbert, qui animait le Centre international de recherches sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, alors compagnon d'Hellyette, publie en 1982 une tribune dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;appelant &#224; se d&#233;solidariser des moyens violents employ&#233;s. Hellyette, elle, reste sur la m&#234;me ligne : la fid&#233;lit&#233; aux amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1984, elle se fait arr&#234;ter pour sa participation au groupe Action directe.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;C'est une suite logique, quand on milite &#224; c&#244;t&#233; de la l&#233;galit&#233;, on prend des risques, et on se doute qu'un jour ou l'autre, &#231;a va arriver. C'est aussi pour &#231;a que j'ai d&#233;cid&#233; que je n'aurai jamais d'enfants. &lt;/i&gt; &#187; Le Jargon libre est ferm&#233; par d&#233;cision du juge antiterroriste Jean-Louis Brugui&#232;re. Hellyette reste en prison jusqu'en 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; sa sortie, apr&#232;s une interdiction de s&#233;jour de cinq ans, elle rentre &#224; Paris&lt;/strong&gt; et ouvre un nouveau Jargon libre &#224; proximit&#233; du boulevard Voltaire. &#192; l'&#233;poque, beaucoup craignent sa fr&#233;quentation : &#171; &lt;i&gt;On n'osait pas trop me tourner le dos ouvertement, mais je sentais bien que j'avais la gale AD. &lt;/i&gt; &#187; Durant une quinzaine d'ann&#233;es, le Jargon libre change de lieux au gr&#233; des opportunit&#233;s d'accueil. Du rez-de-chauss&#233;e de la Cit&#233; de l'Espoir &#224; Montreuil, Hellyette se souvient d'une cohabitation parfois compliqu&#233;e avec les jeunes des tours : &#171; &lt;i&gt;Les plus grands n'&#233;taient pas contents que j'habite l&#224; parce que &#231;a les g&#234;nait, alors ils mena&#231;aient les copains qui venaient me voir. Je leur ai parl&#233; un par un, ils ont vu qu'il y avait des affiches pour Mumia, des trucs sur la prison, ils ont compris et ils ne m'ont plus jamais fait chier. Les ados, il n'y avait rien &#224; faire, ils pissaient sur la vitrine tous les jours. Les filles, elles, ont &#233;t&#233; charmantes avec moi, elles venaient se r&#233;unir au fond du local, je leur pr&#234;tais des livres dont je n'attendais pas le retour&#8230; Le seul probl&#232;me, c'est quand elles t&#233;l&#233;phonaient en Afrique : j'ai jamais pu payer les factures ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Jargon est ensuite accueilli aux Condensateurs&lt;/strong&gt;, grand lieu collectif du bas-Montreuil, puis dans les locaux de la revue &lt;i&gt;Tiqqun&lt;/i&gt;, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;glise Saint-Ambroise &#224; Paris, et &#224; nouveau &#224; Montreuil, &#224; La Parole errante. Des lieux avec beaucoup de passage et des centaines d'emprunts &#171; &lt;i&gt;sauvages &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;&#192; part au local de &lt;/i&gt;Tiqqun&lt;i&gt;, o&#249; les gens respectaient le principe, il y a eu &#233;norm&#233;ment de vols ! J'ai r&#233;alis&#233; que je venais d'une autre &#233;poque, o&#249; les gens ne se piquaient pas entre eux. L&#224;, sous pr&#233;texte que &#8220;la propri&#233;t&#233; c'est le vol&#8221;, on piquait les bouquins du Jargon pour les revendre. Mais bon&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dernier Jargon libre en date ouvre ses portes en octobre 2011.&lt;/strong&gt; Ne b&#233;n&#233;ficiant d'aucune subvention ni recettes, le lieu a besoin de soutien pour payer le loyer, et organise des bourses aux livres ou des concerts, comme le 22 mars, &#224; La Parole errante, avec la repr&#233;sentation du spectacle musical &lt;i&gt;Putain de guerre&lt;/i&gt;, de Dominique Grange et Tardi, amis constants d'Hellyette. &#171; &lt;i&gt;Pour faire vivre le lieu, le mieux c'est de venir consulter. Maintenant, il y a des vieilles personnes du quartier qui viennent juste pour s'asseoir un peu. La premi&#232;re personne du quartier &#224; &#234;tre entr&#233;e dans le local, c'est un Black qui revient r&#233;guli&#232;rement pour consulter les livres sur le colonialisme. Je re&#231;ois aussi des jeunes chercheurs qui travaillent sur la violence politique des ann&#233;es 1970-1980 &#224; travers mes archives. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant de nous quitter, nous commentons un bouquin sur le n&#233;gationnisme&lt;/strong&gt; dans les rayonnages. Hellyette nous confie &#224; propos de l'antis&#233;mitisme, sans jamais prononcer le mot, que &#171; &lt;i&gt;&#8220;&#231;a&#8221; &lt;/i&gt;[la] &lt;i&gt;rend dingue &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je ne vais jamais plus dans une manif pour la Palestine, parce que j'ai d&#233;j&#224; entendu des trucs horribles, et je deviens folle&#8230; M&#234;me si c'est un copain qui gueule &#8220;&#231;a&#8221;, il prend mon poing dans la gueule ! Je suis contre tous les &#201;tats et Isra&#235;l est un &#201;tat imp&#233;rialiste ; on peut le critiquer, OK, mais faut pas d&#233;railler, et souvent &#231;a glisse trop facilement&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Front homosexuel d'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Groupes d'action r&#233;volutionnaires internationalistes, qui luttaient contre le franquisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notre ami Gilbert, qui animait le Centre international de recherches sur l'anarchisme de Marseille, nous a quitt&#233;s le 14 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La distribution est une condition d'autonomie &#187;</title>
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		<dc:date>2018-09-20T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ruoyi Jin</dc:subject>
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&lt;p&gt;Une autre id&#233;e de la logistique &#224; Barcelone. 10% des publications dans l'&#201;tat espagnol sont en langue catalane. Mais les diff&#233;rences linguistiques ne suffisent pas &#224; expliquer la m&#233;fiance des &#233;diteurs ib&#233;riques envers la centralisation. Pr&#232;s de 200 entreprises de diffusion/distribution existent &#224; travers le pays, contre une dizaine en France. &#192; Barcelone, une petite structure tient t&#234;te aux g&#233;ants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ruoyi-Jin" rel="tag"&gt;Ruoyi Jin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/s-est" rel="tag"&gt;s'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/editions" rel="tag"&gt;&#233;ditions&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/librairies" rel="tag"&gt;librairies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/diffusion" rel="tag"&gt;diffusion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/structure" rel="tag"&gt;structure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/editeurs" rel="tag"&gt;&#233;diteurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/hobo" rel="tag"&gt;hobo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Diffusion-s-est" rel="tag"&gt;Diffusion s'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une autre id&#233;e de la logistique &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10% des publications dans l'&#201;tat espagnol sont en langue catalane. Mais les diff&#233;rences linguistiques ne suffisent pas &#224; expliquer la m&#233;fiance des &#233;diteurs ib&#233;riques envers la centralisation. Pr&#232;s de 200 entreprises de diffusion/distribution existent &#224; travers le pays, contre une dizaine en France. &#192; Barcelone, une petite structure tient t&#234;te aux g&#233;ants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant de Virus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Virus est n&#233; en 1991, avec une &#233;quipe dont il ne reste plus personne aujourd'hui. Dans ces ann&#233;es-l&#224;, la gauche s'est reconfigur&#233;e &#224; partir des groupes form&#233;s dans les ann&#233;es 1970, et de ceux de la Transition d&#233;mocratique (le r&#233;gime d&#233;mocratico-lib&#233;ral qui s'est impos&#233; depuis une quarantaine d'ann&#233;es). Un nouveau tissu de dissidences s'est alors fabriqu&#233;, avec le mouvement des occupations (squats et centres sociaux). 1992 marque l'ann&#233;e de grandes mobilisations dans l'&#201;tat espagnol, celle de la comm&#233;moration des 500 ans du g&#233;nocide latino-am&#233;ricain, et surtout celles contre les Jeux Olympiques de Barcelone et de l'Exposition universelle &#224; S&#233;ville en 1992. Ces deux derniers &#233;v&#233;nements sont le point culminant de ce qui s'est tram&#233; durant la Transition : le pacte entre le franquisme et la ploutocratie des classes dominantes au sein du gouvernement. C'est le triomphe de la modernit&#233; capitaliste dans le pays. Et c'est dans ce contexte qu'est n&#233; Virus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2562 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH539/-827-2ce57.jpg?1779602972' width='400' height='539' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ruoyi Jin.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout a commenc&#233; dans une librairie de la gauche radicale, El Lokal, rue de la Cera, dans le quartier du Raval, qui existe depuis 1982. Au d&#233;part, c'&#233;tait une agence de presse alternative et une structure de diffusion de fanzines et revues. De l&#224; est n&#233;e une maison d'&#233;dition libertaire, publiant des essais et des t&#233;moignages historiques sur la guerre d'Espagne. La question de cr&#233;er en m&#234;me temps une structure de distribution pour les livres s'est impos&#233;e d&#232;s le d&#233;part. C'est une condition d'autonomie, d'une part, et de diffusion large &#8211; m&#234;me dans le circuit commercial. Virus est bic&#233;phale : une maison d'&#233;dition avec une huitaine de parutions par an et une structure de diffusion/distribution avec une cinquantaine d'&#233;diteurs dans son catalogue &#8211; de la micro-&#233;dition aux grands &#233;diteurs camarades comme Traficantes de Sue&#241;os ou Pepitas de Calabaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le statut d'entreprise, mais fonctionnons en coop&#233;rative, de mani&#232;re horizontale, et sans aide publique ; on cherche parfois des subventions, mais il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'&#201;tat pour la culture, d'autant moins quand elle est critique ! Tout le monde a le m&#234;me salaire, en temps plein, sans diff&#233;rence de statut ni d'anciennet&#233;. La prise de d&#233;cision est toujours collective, tant sur nos choix &#233;ditoriaux que sur nos strat&#233;gies de distribution, comme par exemple pour d&#233;cider de qui entre au catalogue ou pas. Nous faisons des assembl&#233;es tous les quinze jours, une fois pour l'&#233;ditorial et discuter de &#171; th&#233;orie &#187;, une fois pour la distribution et parler des aspects techniques. Il y a six personnes qui travaillent ici : une pour la coordination des &#233;ditions et la communication, une pour la comptabilit&#233; et l'administratif, deux pour le travail commercial de pr&#233;sentation des nouveaut&#233;s aux librairies, et deux personnes en charge du travail logistique (les r&#233;ceptions, les envois, le stock).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virus distribue les livres dans deux types de milieux : 45% dans le milieu alternatif et engag&#233; (centres sociaux, squats, librairies associatives et politiques &#8211; il y en a environ 25 en Catalogne), et le reste dans les librairies conventionnelles (environ 150 en Catalogne). Ensuite, nous distribuons aussi les &#233;diteurs catalans hors de la r&#233;gion. Certains &#233;diteurs choisissent de confier leur catalogue &#224; de grands diffuseurs-distributeurs pour les librairies conventionnelles et nous confient leurs titres pour les lieux alternatifs. Puis reproduisent le m&#234;me sch&#233;ma dans chaque r&#233;gion. Les conditions sont les m&#234;mes pour les librairies que pour les lieux alternatifs, mais nous nous adaptons aux situations de chacun, en donnant parfois une confiance de base &#224; certains squats qui viennent de s'ouvrir, ou en leur proposant un syst&#232;me de d&#233;p&#244;t-vente. On est toujours &#233;tonn&#233;s de voir que beaucoup de collectifs autog&#233;r&#233;s sont aussi s&#233;rieux voire plus que les commerces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela cr&#233;e un syst&#232;me un peu compliqu&#233; &#224; g&#233;rer, mais il permet de d&#233;centraliser la r&#233;partition des livres, et donc de gagner &#224; la fois en ind&#233;pendance, puisqu'il n'y a pas d'exclusivit&#233;, et en volume de diffusion, car plus de lieux sont visit&#233;s. Nous m&#234;mes, qui faisons &#224; la fois de l'&#233;dition et de la distribution, nous passons par dix autres structures amies pour distribuer nos livres dans tout l'&#201;tat espagnol, et nous sous-traitons quelques-uns de nos &#233;diteurs catalans &#224; ces m&#234;mes structures. Cela dit, on sent aujourd'hui la tension s'amplifier dans le secteur de la diffusion/distribution : les gros distributeurs cherchent &#224; faire signer des contrats d'exclusivit&#233; avec les &#233;diteurs et les libraires, accentuant ainsi la concentration des capitaux. Mais depuis la crise de 2008 dans le pays, les &#233;ditions ou les librairies critiques et politiques, hors des grands groupes, sont en pleine croissance. Et les fonctionnements horizontaux comme le n&#244;tre se multiplient. Doucement mais s&#251;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Like a hobo&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En voil&#224; des repr&#233;sentants &#233;m&#233;rites qui s'acharnent &#224; faire vivre une structure de diffusion ind&#233;pendante ! Reposant sur l'abn&#233;gation de deux membres permanents, David et Rachel, de collaborateurs ponctuels et de libraires amis, comme la librairie Quilombo &#224; Paris, &lt;a href=&#034;http://www.hobo-diffusion.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hobo Diffusion&lt;/a&gt; s'est donn&#233; pour objectif de promouvoir &#171; &lt;i&gt;une &#233;dition ind&#233;pendante, engag&#233;e, libertaire, contre-culturelle en lui permettant d'&#234;tre pr&#233;sente en librairies &#8211; tant dans les grandes enseignes que dans les structures ind&#233;pendantes et alternatives &#8211;, et de pouvoir ainsi toucher un public plus large que ne le permettent les r&#233;seaux militants ou underground&lt;/i&gt; &#187;. Sur le plan logistique, Hobo a n&#233;anmoins d&#251; s'associer &#224; Makassar, diffuseur-distributeur de bande dessin&#233;e de taille moyenne, qui assure le transport et la distribution des bouquins dans les lieux de vente. Cr&#233;&#233;e en 2012, Hobo regroupe une soixantaine d'&#233;diteurs, dont pas mal de noms connus dans nos colonnes : La Lenteur, le CMDE, Nada &#233;ditions, Prairial, Le Murmure, Le Chien rouge (&#201;ditions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, oups, le conflit d'int&#233;r&#234;ts !), les &#233;ditions Libertaires et de la CNT-RP. Le nom m&#234;me de la structure est un clin d'&#339;il aux hobos &#8211; gal&#233;riens itin&#233;rants &#171; &lt;i&gt;propageant l'insoumission sur leur chemin&lt;/i&gt; &#187; durant la grande d&#233;pression aux &#201;tats-Unis. Bon vent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;contact @hobo-diffusion.com&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;SERENDIP est n&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis f&#233;vrier 2013, cette &lt;a href=&#034;http://serendip-livres.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;structure de diffusion-distribution&lt;/a&gt;, cr&#233;&#233;e par Michel Thomas et Romain Mollica, a fait le pari des petits, voire micro-&#233;diteurs, souvent associatifs, aupr&#232;s des libraires, afin de leur offrir la meilleure visibilit&#233;. Le tout autour d'un noyau pr&#233;cis : l'image au sens large. De fait, le catalogue fait la part belle &#224; l'&#233;dition jeunesse (L'&#201;dune, Le Chineur, Voce verso, Le Diplodocus) et la bande dessin&#233;e (Alifbata, the Hoochie coochie, Super Loto, Insula, Polystyr&#232;ne, Adverse). D'autres axes sont venus compl&#233;ter cet ensemble : cin&#233;ma (R&#233;pliques, Distorsion), musique (Densit&#233;, Serious Publishing) et litt&#233;rature (La Robe noire, L'Atelier du tilde). Pas de contrainte quantitative de production pour les &#233;ditions repr&#233;sent&#233;es par Serendip, mais un choix de livres artisanaux qui prennent leur temps. Il s'agit souvent de tirages r&#233;alis&#233;s &#224; quelques centaines d'exemplaires avec une fabrication allant de la s&#233;rigraphie &#224; la risographie, la gravure sur bois ou des collages. Le tout dans des formats originaux (bo&#238;tes de cartes, portfolios ou leporello).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution au sein du r&#233;seau des librairies ind&#233;pendantes est privil&#233;gi&#233;e, car le rythme lent et le travail soign&#233; des publications ne pourraient que difficilement trouver une place dans l'univers impitoyable de la grande distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;contact@serendip-livres.fr&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La nuit des libraires : T&#233;moignage d'un ancien libraire ind&#233;pendant</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-nuit-des-libraires-Temoignage-d</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>G&#233;rard Lambert-Ullmann</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Brecht Evens</dc:subject>
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		<dc:subject>Septembre</dc:subject>
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		<dc:subject>libraire</dc:subject>
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		<dc:subject>nouveaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que faire quand les lecteurs se rar&#233;fient, les loyers augmentent, les grandes surfaces s'implantent et les distributeurs augmentent leurs marges ? Tenir, tenir... jusqu'&#224; fermer un lieu de sociabilit&#233;. Septembre rejoue le traditionnel tsunami de la rentr&#233;e litt&#233;raire : pr&#232;s de 600 nouveaux romans en &#224; peine deux mois vont s'ajouter aux 67 041 nouveaux titres produits dans l'ann&#233;e et aux 728 400 r&#233;f&#233;rences disponibles. Quand on sait que les gens consid&#233;r&#233;s comme grands lecteurs (acheteurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Brecht-Evens" rel="tag"&gt;Brecht Evens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Septembre" rel="tag"&gt;Septembre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Septembre-rejoue" rel="tag"&gt;Septembre rejoue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nouveaux-romans" rel="tag"&gt;nouveaux romans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/rentree-litteraire" rel="tag"&gt;rentr&#233;e litt&#233;raire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/traditionnel-tsunami" rel="tag"&gt;traditionnel tsunami&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/libraire" rel="tag"&gt;libraire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nouveaux-titres" rel="tag"&gt;nouveaux titres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nouveaux" rel="tag"&gt;nouveaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que faire quand les lecteurs se rar&#233;fient, les loyers augmentent, les grandes surfaces s'implantent et les distributeurs augmentent leurs marges ? Tenir, tenir... jusqu'&#224; fermer un lieu de sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2543 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-808.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH1085/-808-4bd7e.jpg?1779680854' width='400' height='1085' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Brecht Evens.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Septembre rejoue le traditionnel tsunami de la rentr&#233;e litt&#233;raire : pr&#232;s de 600 nouveaux romans en &#224; peine deux mois vont s'ajouter aux 67 041 nouveaux titres produits dans l'ann&#233;e et aux 728 400 r&#233;f&#233;rences disponibles&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres de 2015, minist&#232;re de la Culture, Observatoire de l'&#233;conomie du livre.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Quand on sait que les gens consid&#233;r&#233;s comme grands lecteurs (acheteurs d'au moins douze livres par an) repr&#233;sentent seulement 13% de la population adulte&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;24% en ont achet&#233; de 1 &#224; 4, 14% en ont achet&#233; de 5 &#224; 11, 13% en ont achet&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, on imagine vite la quantit&#233; de ces livres pr&#233;destin&#233;s au pilon. Mais, pour les libraires, c'est chaque ann&#233;e le m&#234;me casse-t&#234;te : Que faut-il commander ? Que faudra-t-il avoir en stock pour ne pas louper une vente ? Comment &#233;viter la r&#233;flexion grin&#231;ante du client : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, vous ne pouvez pas tout avoir !&lt;/i&gt; &#187; qui ira chercher le livre dont &#171; on &#187; parle dans la grande surface voisine ou sur Amazon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il se flatte de choisir en toute ind&#233;pendance les livres qu'il va essayer de conseiller, le libraire ind&#233;pendant est sous cette pression. &#192; moins que sa librairie ne soit pens&#233;e comme devant lui co&#251;ter de l'argent au lieu d'en rapporter, il ne peut se permettre de m&#233;priser les livres dont &#171; on &#187; parle s'il veut garder une client&#232;le plus &#233;toff&#233;e qu'une poign&#233;e de lecteurs &#171; exigeants &#187;. Son ind&#233;pendance est donc toute relative, conditionn&#233;e par ce compromis. Car ce &#171; on &#187; a des moyens marketing &#233;normes que n'ont pas les petits &#233;diteurs : budgets de pub consid&#233;rables, attach&#233;.e.s de presse efficaces, copinages dans les m&#233;dias (voire carr&#233;ment certains journalistes dans leur &#171; &#233;curie &#187;), repr&#233;sentants commerciaux mordants, etc. Le poids de cet appareil explique que sur les presque 1 500 &#233;diteurs existant en France, les 5 grands groupes (Hachette-Lagard&#232;re, Planeta-Editis, Madrigall-Gallimard, etc.) poss&#233;dant environ 200 &#233;diteurs r&#233;alisent &#224; eux seuls 85% des ventes. Face &#224; ce rouleau compresseur, la marge de man&#339;uvre des libraires reste au final al&#233;atoire : malgr&#233; l'imagerie que d&#233;fendent certaines petites &#233;choppes pour se distinguer des cha&#238;nes et autres gros &#171; empileurs de livres &#187;, ce n'est pas la passion qui commande, mais la tr&#233;sorerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les dix-huit ann&#233;es o&#249; j'ai &#233;t&#233; libraire, de 1994 &#224; 2012, ce fut mon perp&#233;tuel dilemme. Pour la librairie Voix au chapitre que j'avais cr&#233;&#233;e &#224; Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), ce jeu d'&#233;quilibriste entre titres de choix et incontournables m&#233;diatiques &#233;tait vital. Car, m&#234;me si je n'avais pas ouvert cette librairie dans l'espoir de faire fortune, il fallait bien payer les charges et essayer de sortir un maigre salaire. Ce que ne manquaient pas de me rappeler mon banquier m'incitant &#224; &#171; &lt;i&gt;faire du chiffre&lt;/i&gt; &#187;, et les comptabilit&#233;s des &#233;diteurs. Ces derniers, tout en sachant vanter le dynamisme des librairies ind&#233;pendantes, s'en remettent sans trop rechigner &#224; leurs diffuseurs-distributeurs pour r&#233;duire les remises des plus petits &#8211; qui ne vendent pas assez &#224; leurs yeux &#8211; et favoriser les grosses bo&#238;tes qui, passant de grosses commandes, ont le pouvoir de n&#233;gocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un libraire ind&#233;pendant b&#233;n&#233;ficie en g&#233;n&#233;ral d'une &#171; remise moyenne &#187; de 30 &#224; 35%. S'il marche bien, une fois tous ses frais pay&#233;s, il r&#233;cup&#232;re au mieux entre 2 et 5% du prix du livre. Mais bien souvent la dette s'accumule et finit par l'&#233;trangler. Les fermetures de petites librairies ind&#233;pendantes se multiplient depuis quelques ann&#233;es. Aux faibles marges s'ajoutent la concurrence des grandes surfaces &#171; culturelles &#187; qui se multiplient (et b&#233;n&#233;ficient, elles, de remises de 40% &#224; 45% &#8211; auxquelles s'ajoutent diverses op&#233;rations de promotion), celle des ventes en ligne (favoris&#233;es par une ignorance tenace sur le prix unique du livre&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis le 10 ao&#251;t 1981, la loi dite &#171; Lang &#187; prot&#232;ge les libraires d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;) et une d&#233;saffection croissante des jeunes g&#233;n&#233;rations pour la lecture d'imprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc fallu jongler en permanence pour faire ce m&#233;tier de la mani&#232;re dont j'estimais qu'il devait &#234;tre fait : d&#233;fendre des livres choisis par go&#251;t, hors de la liste des t&#234;tes de gondole ; avoir un fonds suffisamment solide dans un espace r&#233;duit ; contribuer &#224; ce que Musso n'&#233;crase pas totalement Scutenaire et que Max Gallo n'occulte pas enti&#232;rement Daniel Gu&#233;rin ou Lissagaray. J'avais pour cela la marge de libert&#233; que n'ont pas les &#171; cha&#238;nes &#187;. Cela me permettait, parfois, de vendre en quantit&#233; importante un titre &#171; invisibilis&#233; &#187; par la presse, produit par un petit &#233;diteur auquel cette vente permettait de souffler temporairement. Les rencontres avec des auteurs et des &#233;diteurs que j'organisais dans ma librairie o&#249; en partenariat avec des associations renfor&#231;aient aussi ce processus. Le prix Loin du marketing&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les coud&#233;es franches.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, que j'ai fond&#233; et d&#233;fends toujours y contribuait &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la passion ne peut pas tout. Je devais aussi faire face aux difficult&#233;s que connaissent tous les libraires ind&#233;pendants : loyers de centre-ville en hausse constante, frais de transport et de fournitures rognant fortement la marge, difficult&#233; &#224; n&#233;gocier des conditions commerciales correctes avec des repr&#233;sentants n'ayant plus assez de temps &#224; consacrer aux &#171; petits &#187;. Sans compter la production &#233;ditoriale tripl&#233;e en vingt ans, saturant le libraire et emp&#234;chant toute connaissance exhaustive des parutions et tout conseil de qualit&#233;. Car, contrairement &#224; ce que pensent bien des lecteurs, le libraire ne passe pas sa journ&#233;e &#224; lire. Il se consacre aux clients, puis &#224; faire ses comptes et s'occuper des urgences logistiques &#8211; commandes, livraisons, retours&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chez la plupart des gros &#233;diteurs, le libraire a un d&#233;lai pour retourner des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#8211; et autre paperasse administrative. Bref, par passion, mais aussi parce que le m&#233;tier l'exige, un bon libraire est un libraire insomniaque. Ce qui &#233;tait heureusement mon cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, lorsque trois grandes surfaces &#171; culturelles &#187; se sont install&#233;es sur la ville en l'espace de quelques mois, mon chiffre d'affaires a chut&#233; de 40%. J'ai d&#251; mettre la cl&#233; sous la porte, apr&#232;s de longues ann&#233;es pass&#233;es &#224; tenir sur la corde raide. J'en garde la fiert&#233; d'avoir fait un &#171; beau m&#233;tier &#187; et le regret de ne pas avoir su faire suffisamment comprendre &#224; quel point les librairies sont vitales pour la libert&#233; de cr&#233;ation et d'opinion, pour le d&#233;veloppement des connaissances, de l'imagination et de l'esprit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;rard Lambert-Ullmann&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chiffres de 2015, minist&#232;re de la Culture, Observatoire de l'&#233;conomie du livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;24% en ont achet&#233; de 1 &#224; 4, 14% en ont achet&#233; de 5 &#224; 11, 13% en ont achet&#233; 12 et plus, soit 51% de la population adulte fran&#231;aise, ce qui signifie que 49% de cette population, soit pr&#232;s de la moiti&#233;, n'a achet&#233; aucun livre ! (Statistiques de l'Observatoire de l'&#233;conomie du livre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis le 10 ao&#251;t 1981, la loi dite &#171; Lang &#187; prot&#232;ge les libraires d'un possible &lt;i&gt;dumping&lt;/i&gt; par les grandes surfaces en imposant un prix unique du livre : chaque livre a un prix fix&#233; par l'&#233;diteur, qui doit figurer sur l'ouvrage et qui est le m&#234;me quels que soient les points de vente. Les livres ne sont donc pas moins chers en grande surface. Mais la plupart des consommateurs continuent &#224; en &#234;tre persuad&#233;s, aid&#233;s en cela par des publicit&#233;s roublardes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/lescoudeesfranches.ouvaton.org'&gt;Les coud&#233;es franches&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chez la plupart des gros &#233;diteurs, le libraire a un d&#233;lai pour retourner des nouveaut&#233;s invendues. Ce qui peut para&#238;tre une sorte d'assurance mais est en r&#233;alit&#233; un pi&#232;ge pouvant plomber la tr&#233;sorerie car le libraire doit avancer l'argent de ces &#171; mises en place &#187; avant d'&#234;tre cr&#233;dit&#233; de ses retours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Pour que le monde reste &#224; l'envers</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Pour-que-le-monde-reste-a-l-envers</link>
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		<dc:date>2018-09-02T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
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		<dc:subject>livre</dc:subject>
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		<dc:subject>Maison</dc:subject>
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		<dc:subject>l'envers</dc:subject>
		<dc:subject>d'un livre</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il y a des gens qui croient qu'il faut de l'argent pour lancer de classieux projets. Qui alignent les chiffres et multiplient les pr&#233;visions comptables. Et puis, il y a les autres. Les passionn&#233;s. Qui se fichent comme d'une guigne de savoir s'ils vont retomber sur leurs pattes. Heureux renversement parce qu'ils en refusent la sinistre logique, ce sont ceux-l&#224; qui mettent le monde &#224; l'envers. &#199;a tombe bien il y a huit ans, c'est justement le nom que quelques Grenoblois.es ont d&#233;cid&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a des gens qui croient qu'il faut de l'argent pour lancer de classieux projets. Qui alignent les chiffres et multiplient les pr&#233;visions comptables. Et puis, il y a les autres. Les passionn&#233;s. Qui se fichent comme d'une guigne de savoir s'ils vont retomber sur leurs pattes. Heureux renversement parce qu'ils en refusent la sinistre logique, ce sont ceux-l&#224; qui mettent le monde &#224; l'envers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a tombe bien il y a huit ans, c'est justement le nom que quelques Grenoblois.es ont d&#233;cid&#233; de donner &#224; leur maison d'&#233;dition &#8211; Le monde &#224; l'envers. Eux se sont lanc&#233;s ainsi, sans rien conna&#238;tre &#224; l'art de faire des livres et (presque) sans un sou vaillant. En fouillant leurs poches et celles des amis, ils ont r&#233;uni 2000 &#8364;. De quoi imprimer un premier livre, distribu&#233; &#224; l'arrache. Depuis, il y en a eu beaucoup d'autres, choucards et (souvent) passionnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Monde &#224; l'envers voit le jour en 2010, dans le prolongement d'une belle agitation grenobloise contre la vid&#233;osurveillance &#8211; d'o&#249; le premier bouquin, &lt;i&gt;Sous l'&#339;il des cam&#233;ras&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;On voulait &#224; la fois soutenir les luttes locales et toucher des gens n'appartenant pas au cercle militant,&lt;/i&gt; r&#233;sume Julien, l'un des cinq piliers de la maison. &lt;i&gt;Se lancer dans l'&#233;dition, c'est aussi rentrer dans les librairies et biblioth&#232;ques. Un livre permet de ne pas parler qu'aux convaincus.&lt;/i&gt; &#187; En d&#233;coulent deux autres id&#233;es fortes, au c&#339;ur du projet &#233;ditorial. De un, faire des livres accessibles le prix est calcul&#233; au plus bas, juste de quoi rembourser les co&#251;ts de production. Et de deux, proposer des bouquins attractifs. Ainsi, tr&#232;s vite, la plupart des couvertures sont s&#233;rigraphi&#233;es &#8211; une curiosit&#233; dans l'&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la petite &#233;quipe b&#233;n&#233;vole (qui peut compter sur de nombreux coups de mains amicaux), ne se contente pas de s&#233;rigraphier. Elle travaille les textes, puis imprime les ouvrages sur son duplicopieur Riso&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception des plus gros bouquins, qui passent par un imprimeur.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, avant de les assembler. &#171; &lt;i&gt;En g&#233;n&#233;ral, on passe une journ&#233;e &#224; imprimer, une soir&#233;e &#224; assembler, une journ&#233;e &#224; encoller et enfin deux jours &#224; s&#233;rigraphier les couv'&lt;/i&gt;. &#187; &#192; cela, il faut encore ajouter la diffusion et la distribution (que l'&#233;quipe a longtemps g&#233;r&#233;e elle-m&#234;me avant de la confier &#224; Pollen, un distributeur professionnel). Bref, un travail de fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose de sacrificiel dans cet investissement sans fin. Question de convictions, bien s&#251;r. Il faut croire au pouvoir des livres. Et s'inscrire dans les luttes &#8211; beaucoup des ouvrages publi&#233;s rel&#232;vent du courant anti-tech et de l'&#233;cologie radicale. Au catalogue aussi, la belle revue &lt;i&gt;De tout bois&lt;/i&gt; : huit num&#233;ros depuis l'hiver 2014, pour faire vivre et conna&#238;tre le combat contre le projet de Center Parcs &#224; Roybon. Tout va donc pour le mieux (&#233;ditorial) dans le meilleur des mondes (militants) ? Pas totalement. En partie victime de son succ&#232;s, la maison vient de lancer un appel &#224; soutien, ouvrant un &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/le-monde-a-l-envers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;crowdfunding&lt;/i&gt; sur HelloAsso&lt;/a&gt;. Elle explique &#234;tre confront&#233;e &#224; de &#171; &lt;i&gt;nouvelles contraintes&lt;/i&gt; &#187; qu'elle n'a pas su anticiper : &#171; &lt;i&gt;Stockage, multiplication des d&#233;marches administratives, retirage de livres &#233;puis&#233;s, temps important consacr&#233; &#224; la fabrication, la diffusion et la distribution, etc. Nous avons d&#233;couvert qu'on ne g&#232;re pas de la m&#234;me mani&#232;re une maison qui vend 500 exemplaires d'un livre ou 3000 exemplaires avec un catalogue &#233;toff&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Les charges augmentent, mais la maison &#171; &lt;i&gt;est toujours fauch&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, rigole Julien. Le hic, c'est qu'il faut de l'argent pour financer deux gros projets &#224; venir la suite de la belle (et copieuse) BD &lt;i&gt;Disgrazia&lt;/i&gt; , de Coline Picaud, et la r&#233;&#233;dition d'un livre fondamental sur les ann&#233;es de plomb italiennes. &#199;a m&#233;rite un petit coup de pouce &#8211; ou alors, on te met le monde &#224; l'envers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; l'exception des plus gros bouquins, qui passent par un imprimeur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Royaume-Uni : God save the taxi drivers</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Royaume-Uni-God-save-the-taxi-2022</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Royaume-Uni-God-save-the-taxi-2022</guid>
		<dc:date>2018-02-19T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emmanuel Sans&#233;au</dc:creator>


		<dc:subject>Kalem</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Manchester City</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quoi de plus naturel pour Uber que de s'installer au Royaume-Uni, pays du travail sans droit ? Apr&#232;s avoir cannibalis&#233; les fameux black cabs et impos&#233; son mod&#232;le de travailleur &#171; liquide &#187;, la firme californienne a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs de taxi en quatre ans. Condamn&#233;s au statut de travailleurs ind&#233;pendants, une poign&#233;e de mutins r&#233;clament des droits salariaux. Mark, chauffeur flexible, n'avait clairement pas conscience de ses privil&#232;ges. Pire, le nanti s'en plaignait ! Au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/chauffeur-flexible" rel="tag"&gt;chauffeur flexible&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quoi de plus naturel pour Uber que de s'installer au Royaume-Uni, pays du travail sans droit ? Apr&#232;s avoir cannibalis&#233; les fameux &lt;i&gt;black cabs&lt;/i&gt; et impos&#233; son mod&#232;le de travailleur &#171; liquide &#187;, la firme californienne a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs de taxi en quatre ans. Condamn&#233;s au statut de travailleurs ind&#233;pendants, une poign&#233;e de mutins r&#233;clament des droits salariaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mark, chauffeur flexible, n'avait clairement pas conscience de ses privil&#232;ges. Pire, le nanti s'en plaignait ! Au volant de sa Skoda grise, deux gros autocollants Uber plaqu&#233;s sur les flancs, il enquillait les boulevards pollu&#233;s de Manchester en ronchonnant. Ce n'&#233;taient pas tellement les bouchons, ni la qualit&#233; discutable des routes, ni ses concurrents des compagnies de bus hors de prix qui l'aga&#231;aient. Non, Mark allait peut-&#234;tre manquer le match Manchester City - PSG, pr&#233;vu ce jour-l&#224; &#224; 19h45. &#171; &lt;i&gt;Si je fais une bonne journ&#233;e, je pourrai le voir. Sinon, il faudra travailler plus longtemps et je finirai trop tard. L&#224;, c'est mal parti.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH208/-396-435cc.jpg?1779602881' width='400' height='208' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est que la frustration footballistique du Mancunien - ici, un mal inconsolable - avait r&#233;veill&#233; une nature grincheuse. &#171; &lt;i&gt;On est tous &#224; notre compte, mon pote. Mais je me suis habitu&#233; &#224; &#231;a, j'ai &#233;t&#233; taxi pendant 9 ans. J'ai pas de cong&#233;s pay&#233;s. Si t'es malade, t'as le droit &#224; rien. Faut juste aller bosser. Je pars bient&#244;t. Je pars trois semaines. Alors quand tu reviens de vacances, t'es compl&#232;tement &#224; sec !&lt;/i&gt; &#187; Mark avait beau rester calfeutr&#233; dans l'habitacle confortable de sa voiture environ 12&#8239;heures par jour (y compris le week-end), il soutenait mordicus que &#171; &lt;i&gt;c'est vraiment difficile, mon pote, surtout depuis qu'ils ont baiss&#233; leurs tarifs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel un &lt;i&gt;black pudding&lt;/i&gt; g&#226;t&#233;, sa mauvaise foi manifeste vous aurait presque retourn&#233; l'estomac. D'apr&#232;s son site, Uber n'&#233;tait-il pas plut&#244;t du genre &#224; bichonner ses chauffeurs ? &#171; &lt;i&gt;Transformez votre voiture en machine &#224; sous. Certains de nos chauffeurs-partenaires re&#231;oivent en moyenne 2 250 livres&lt;/i&gt; [2 870 euros] &lt;i&gt;par mois.&lt;/i&gt; &#187; Et puis la rutilante entreprise californienne mettait le paquet sur la &#171; &lt;i&gt;flexibilit&#233; ultime&lt;/i&gt; &#187; qui permet de &#171; &lt;i&gt;choisir&lt;/i&gt; [ses] &lt;i&gt;propres heures, bien gagner&lt;/i&gt; [sa] &lt;i&gt;vie et consacrer davantage de temps aux choses qui comptent le plus.&lt;/i&gt; &#187; Sauf que Mark n'y voyait l&#224; qu'un &#233;ni&#232;me attrape-couillon dans cette formidable terre d'opportunit&#233;s qu'est le Royaume-Uni. &#171; &lt;i&gt;Bah, c'est bien la flexibilit&#233;. Mais si &#231;a veut dire travailler 12&#8239;heures par jour pour gagner assez alors &#231;a veut pas dire grand chose.&lt;/i&gt; &#187; Pour une course de 2,57&#8239;km, vous aviez cr&#233;dit&#233; le compte de Mark de 3,59&#8239;livres (4,5&#8239;euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son lancement en 2012 au Royaume-Uni, la flottille Uber a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs. Voil&#224; que &#171; l'innovation disruptive &#187; allait enfin bousculer soixante-dix ann&#233;es de domination des &lt;i&gt;black cabs&lt;/i&gt;, remis&#233;s au placard comme on d&#233;localiserait Big Ben. Il a fallu jouer des coudes pour se faire une place sur un march&#233; estim&#233; &#224; 5&#8239;milliards de livres et o&#249; les chauffeurs &#171; traditionnels &#187;, cens&#233;s coiffer sur le poteau n'importe quel GPS, &#233;tudient au moins 2 ans les subtilit&#233;s routi&#232;res de la capitale britannique. Assis sur une lev&#233;e de fond colossale, Uber a inaugur&#233; l'offensive de march&#233; selon les modalit&#233;s fleuries de &#171; l'&#233;conomie du partage &#187;. Il a br&#251;l&#233; des centaines de milliers de livres pour d&#233;baucher ses chauffeurs, puis a &#233;cras&#233; ses prix pour cannibaliser la concurrence. Aujourd'hui, Uber ne paie aucun salaire ni mat&#233;riel de travail &#224; ses chauffeurs, r&#233;mun&#233;r&#233;s directement par leurs passagers &#224; chaque course. Toutes les semaines, pr&#232;s de 30 000 habitants de Londres t&#233;l&#233;chargent l'application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des courses jusqu'&#224; deux fois moins ch&#232;res que les &lt;i&gt;black cabs&lt;/i&gt;, Uber a beau r&#233;p&#233;ter &#224; ses chauffeurs qu'ils sont &#171; &lt;i&gt;leurs propres patrons&lt;/i&gt; &#187;, le taulier ne s'est pas fait que des amis. &#171; &lt;i&gt;Les journ&#233;es sont trop courtes pour gagner assez d'argent&lt;/i&gt; &#187;, explique James Farrar, chez Uber depuis deux ans et co-fondateur du syndicat United Private Hire Drivers. &#171; &lt;i&gt;En moyenne, si j'enl&#232;ve les co&#251;ts, je gagne 5 livres de l'heure&lt;/i&gt; [6,50&#8239;euros, moins que le salaire minimum, Ndlr]. &lt;i&gt;Je vous laisse calculer comment on nourrit une famille &#224; Londres avec &#231;a. La seule flexibilit&#233; qu'on a avec un revenu aussi faible, c'est de travailler toujours plus. Maintenant, je travaille entre 14 et 16&#8239;heures par jour, sept jours sur sept. Uber dit que le chauffeur moyen travaille environ 43&#8239;heures par semaine et gagne 19&#8239;livres de l'heure. Prends &#231;a, retire les 25&#8239;% de commission pr&#233;lev&#233;s par Uber, retire 270&#8239;livres par semaine pour louer une Prius, 100&#8239;livres pour l'essence, 15&#8239;livres pour la nettoyer et le prix de l'assurance. Au bout du compte, il ne te reste pas grand chose. Le probl&#232;me, c'est qu'Uber est devenu une ic&#244;ne pour d'autres entreprises. S'ils s'en sortent en d&#233;truisant nos droits, ce n'est qu'une question de temps avant que les autres ne se mettent &#224; faire exactement la m&#234;me chose.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une poign&#233;e de mutins, James a lanc&#233; une plainte contre Uber pour requalifier leur statut d'ind&#233;pendants en celui de salari&#233;s et r&#233;clamer leurs droits : salaire minimum, cong&#233;s pay&#233;s, cong&#233;s maladie, etc. Comme en France, o&#249; l'Urssaf francilienne a r&#233;clam&#233; le paiement de millions d'euros de cotisations &#224; la bo&#238;te, et m&#234;me dans quelques &#201;tats am&#233;ricains o&#249; des &lt;i&gt;class actions&lt;/i&gt; [recours collectifs] ont &#233;t&#233; lanc&#233;es. La plainte vise Uber au c&#339;ur m&#234;me de son mod&#232;le &#233;conomique : si le travail doit &#234;tre aussi liquide qu'une action en bourse, il n'est pas question de reconna&#238;tre quelque lien de subordination que ce soit avec ses &#171; partenaires &#187;. En avril dernier, la firme a consenti &#224; verser pr&#232;s de 100&#8239;millions de dollars &#224; ses chauffeurs am&#233;ricains pour &#233;viter un tel renversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le chauffeur est bais&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Steve Garelick, chauffeur et repr&#233;sentant du syndicat GMB coordonnant la plainte contre Uber, &#233;tait au volant &#171; e&lt;i&gt;ntre l'autoroute M3 et la M25, et ensuite la M40 et ensuite chez Renault pour r&#233;parer&lt;/i&gt; [sa] &lt;i&gt;caisse&lt;/i&gt; &#187;. Surtout, il &#233;tait hyper remont&#233;. &#171; &lt;i&gt;L'aspect pratique, c'est qu'en tant que chauffeur, ils attendent de toi que tu fasses le travail d'une certaine mani&#232;re. Sinon ils te d&#233;connectent&lt;/i&gt; [un chauffeur n'est pas licenci&#233;, mais &#8220;d&#233;sactiv&#233; de la plateforme&#8221;, NDLR]. &lt;i&gt;Leurs contrats sont &#224; sens unique. Sur cette base, parce que les chauffeurs n'ont pas la libert&#233; que pr&#233;tend Uber, ils devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des salari&#233;s. Une fois que vous avez prouv&#233; vos droits aux cong&#233;s pay&#233;s, tous les autres peuvent tomber comme des dominos. Ce que le juge va d&#233;cider en juillet, c'est dans quelle mesure Uber contr&#244;le ses chauffeurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois, Steve a organis&#233; ce qui &#233;tait &#171; &lt;i&gt;probablement les premi&#232;res manifestations de chauffeurs priv&#233;s dans l'histoire du pays, et c'est important parce qu'en Angleterre, l'apathie est notre plus grande religion&lt;/i&gt; &#187;. Pendant ce temps-l&#224;, Uber d&#233;voilait le nouveau chapitre de &#171; l'&#233;conomie du partage &#187; : des taxis sans pilotes, exp&#233;riment&#233;s en ce moment-m&#234;me &#224; Pittsburgh, aux &#201;tats-Unis. Travis Kalanick, PDG d'Uber, adressait alors au monde un curieux dilemme : &#171; &lt;i&gt;Certaines villes vont l'autoriser, elles seront le bastion du futur. Les autres auront l'air d'appartenir au Moyen-&#226;ge.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vive ! Vive le Moyen-&#226;ge ! (Note du webmaster.)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Vive ! Vive le Moyen-&#226;ge ! (Note du webmaster.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enjeux et cartographies de la cha&#238;ne du livre</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Enjeux-et-cartographies-de-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Enjeux-et-cartographies-de-la</guid>
		<dc:date>2017-01-27T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis, S&#233;ditions Graphiques</dc:creator>


		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
		<dc:subject>s'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Carte r&#233;alis&#233;e pour le journal CQFD n&#176;146 (septembre 2016) par S&#233;ditions graphiques &#192; t&#233;l&#233;charger ici : Cartographie critique du secteur du livre 2016 Chaque ann&#233;e, le march&#233; du livre se concentre davantage entre les mains de grands groupes industriels, de moins en moins li&#233;s historiquement aux m&#233;tiers de l'&#233;dition. Il en va par exemple ainsi de Scor assurances dirig&#233; par Denis Kessler, ex vice-r&#233;sident du Medef qui a rachet&#233; les prestigieuses Presses universitaires de France, ou de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/-114-d821e.jpg?1780244703' width='500' height='349' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;p align=center&gt; Carte r&#233;alis&#233;e pour le journal &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;146 (septembre 2016) &lt;br class='manualbr' /&gt;par S&#233;ditions graphiques&lt;/p&gt;
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&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/pdf/-3.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 101.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779602969' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cartographie critique du secteur du livre 2016&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e, le march&#233; du livre se concentre davantage entre les mains de grands groupes industriels, de moins en moins li&#233;s historiquement aux m&#233;tiers de l'&#233;dition. Il en va par exemple ainsi de Scor assurances dirig&#233; par Denis Kessler, ex vice-r&#233;sident du Medef qui a rachet&#233; les prestigieuses Presses universitaires de France, ou de Lagard&#232;re, qui, apr&#232;s avoir fait fortune gr&#226;ce &#224; la vente d'armes d&#233;tient aujourd'hui Hachette, Grasset, Fayard, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diffusion-distribution, m&#233;tier peu valorisant consistant &#224; promouvoir les nouveaut&#233;s dans les lieux de vente et &#224; assurer la livraison des commandes, s'est rendue ma&#238;tre du secteur, g&#233;n&#233;rant les meilleurs chiffres d'affaire et orientant les choix de publication des &#233;diteurs en fonction de la rentabilit&#233; des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux points de vente, ils ont aussi &#233;volu&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es : les librairies ne repr&#233;sentant plus qu'une vente sur cinq. Le reste se distribue entre Internet (Amazon, Decitre, etc.), les Relay d&#233;tenus par Hachette/Lagard&#232;re (qui ont su cr&#233;er un monopole dans les gares g&#233;n&#233;rateur d'arbitraire dans le choix des titres) ou les grandes surfaces (Auchan, Leclerc, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carte r&#233;alis&#233;e en septembre 2016 pour le dossier du &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;num&#233;ro n&#176;146&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#034;Des livres et des luttes&#034; permet de saisir en quoi la po&#233;sie, la critique, la pens&#233;e et la vivacit&#233; que les livres promettaient de conserver dans leurs pages sont en train d'&#234;tre assassin&#233;s par les logiques du march&#233; et le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, des collectifs et des structures ind&#233;pendants et audacieux continuent de combattre (voir ci-dessous), et le num&#233;ro 146 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; partage avec ses lecteurs et lectrices certaines de ces luttes. Pour le commander, c'est ici : &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Ce-qu-il-faut-debourser&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://cqfd-journal.org/Ce-qu-il-fa...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1809 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L434xH600/-115-50cf1.jpg?1779654243' width='434' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p align=center&gt; Sch&#233;ma &#224; t&#233;l&#233;charger ici :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1810 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/pdf/-4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.3 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779602969' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Livres : une autre id&#233;e de la logistique &#224; Barcelone&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10% des publications dans l'&#201;tat espagnol sont en langue catalane. Mais les diff&#233;rences linguistiques ne suffisent pas &#224; expliquer la m&#233;fiance des &#233;diteurs ib&#233;riques envers la centralisation. Pr&#232;s de 200 entreprises de diffusion/distribution existent &#224; travers le pays, contre une dizaine en France. &#192; Barcelone, une petite structure tient t&#234;te aux g&#233;ants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant de Virus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Virus est n&#233; en 1991, avec une &#233;quipe dont il ne reste plus personne aujourd'hui. Dans ces ann&#233;es-l&#224;, la gauche s'est reconfigur&#233;e &#224; partir des groupes form&#233;s dans les ann&#233;es 1970, et de ceux de la Transition d&#233;mocratique (le r&#233;gime d&#233;mocratico-lib&#233;ral qui s'est impos&#233; depuis une quarantaine d'ann&#233;es). Un nouveau tissu de dissidences s'est alors fabriqu&#233;, avec le mouvement des occupations (squats et centres sociaux). 1992 marque l'ann&#233;e de grandes mobilisations dans l'&#201;tat espagnol, celle de la comm&#233;moration des 500 ans du g&#233;nocide latino-am&#233;ricain, et surtout celles contre les Jeux Olympiques de Barcelone et de l'Exposition universelle &#224; S&#233;ville en 1992. Ces deux derniers &#233;v&#233;nements sont le point culminant de ce qui s'est tram&#233; durant la Transition : le pacte entre le franquisme et la ploutocratie des classes dominantes au sein du gouvernement. C'est le triomphe de la modernit&#233; capitaliste dans le pays. Et c'est dans ce contexte qu'est n&#233; Virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout a commenc&#233; dans une librairie de la gauche radicale, El Lokal, rue de la Cera, dans le quartier du Raval, qui existe depuis 1982. Au d&#233;part, c'&#233;tait une agence de presse alternative et une structure de diffusion de fanzines et revues. De l&#224; est n&#233;e une maison d'&#233;dition libertaire, publiant des essais et des t&#233;moignages historiques sur la guerre d'Espagne. La question de cr&#233;er en m&#234;me temps une structure de distribution pour les livres s'est impos&#233;e d&#232;s le d&#233;part. C'est une condition d'autonomie, d'une part, et de diffusion large &#8211; m&#234;me dans le circuit commercial. Virus est bic&#233;phale : une maison d'&#233;dition avec une huitaine de parutions par an et une structure de diffusion/distribution avec une cinquantaine d'&#233;diteurs dans son catalogue &#8211; de la micro-&#233;dition aux grands &#233;diteurs camarades comme Traficantes de Sue&#241;os ou Pepitas de Calabaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le statut d'entreprise, mais fonctionnons en coop&#233;rative, de mani&#232;re horizontale, et sans aide publique ; on cherche parfois des subventions, mais il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'&#201;tat pour la culture, d'autant moins quand elle est critique ! Tout le monde a le m&#234;me salaire, en temps plein, sans diff&#233;rence de statut ni d'anciennet&#233;. La prise de d&#233;cision est toujours collective, tant sur nos choix &#233;ditoriaux que sur nos strat&#233;gies de distribution, comme par exemple pour d&#233;cider de qui entre au catalogue ou pas. Nous faisons des assembl&#233;es tous les quinze jours, une fois pour l'&#233;ditorial et discuter de &#171; th&#233;orie &#187;, une fois pour la distribution et parler des aspects techniques. Il y a six personnes qui travaillent ici : une pour la coordination des &#233;ditions et la communication, une pour la comptabilit&#233; et l'administratif, deux pour le travail commercial de pr&#233;sentation des nouveaut&#233;s aux librairies, et deux personnes en charge du travail logistique (les r&#233;ceptions, les envois, le stock).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virus distribue les livres dans deux types de milieux : 45% dans le milieu alternatif et engag&#233; (centres sociaux, squats, librairies associatives et politiques &#8211; il y en a environ 25 en Catalogne), et le reste dans les librairies conventionnelles (environ 150 en Catalogne). Ensuite, nous distribuons aussi les &#233;diteurs catalans hors de la r&#233;gion. Certains &#233;diteurs choisissent de confier leur catalogue &#224; de grands diffuseurs-distributeurs pour les librairies conventionnelles et nous confient leurs titres pour les lieux alternatifs. Puis reproduisent le m&#234;me sch&#233;ma dans chaque r&#233;gion. Les conditions sont les m&#234;mes pour les librairies que pour les lieux alternatifs, mais nous nous adaptons aux situations de chacun, en donnant parfois une confiance de base &#224; certains squats qui viennent de s'ouvrir, ou en leur proposant un syst&#232;me de d&#233;p&#244;t-vente. On est toujours &#233;tonn&#233;s de voir que beaucoup de collectifs autog&#233;r&#233;s sont aussi s&#233;rieux voire plus que les commerces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela cr&#233;e un syst&#232;me un peu compliqu&#233; &#224; g&#233;rer, mais il permet de d&#233;centraliser la r&#233;partition des livres, et donc de gagner &#224; la fois en ind&#233;pendance, puisqu'il n'y a pas d'exclusivit&#233;, et en volume de diffusion, car plus de lieux sont visit&#233;s. Nous m&#234;mes, qui faisons &#224; la fois de l'&#233;dition et de la distribution, nous passons par dix autres structures amies pour distribuer nos livres dans tout l'&#201;tat espagnol, et nous sous-traitons quelques-uns de nos &#233;diteurs catalans &#224; ces m&#234;mes structures. Cela dit, on sent aujourd'hui la tension s'amplifier dans le secteur de la diffusion/distribution : les gros distributeurs cherchent &#224; faire signer des contrats d'exclusivit&#233; avec les &#233;diteurs et les libraires, accentuant ainsi la concentration des capitaux. Mais depuis la crise de 2008 dans le pays, les &#233;ditions ou les librairies critiques et politiques, hors des grands groupes, sont en pleine croissance. Et les fonctionnements horizontaux comme le n&#244;tre se multiplient. Doucement mais s&#251;rement. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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