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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Pour une poign&#233;e de cacahu&#232;tes</title>
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		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'est une barre haute de dix &#233;tages et longue comme un stade de foot, une forteresse de b&#233;ton noir&#226;tre constell&#233;e de meurtri&#232;res. Par ces ouvertures &#233;quip&#233;es de ventilateurs asthmatiques, dix-neuf mille ouvri&#232;res et ouvriers happaient l'oxyg&#232;ne qui les emp&#234;chait de suffoquer tout &#224; fait dans l'air satur&#233; et surchauff&#233; de leur cage industrielle. Aujourd'hui ils respirent mieux, mais leur gagne-pain est en cendres : dans la nuit du 29 novembre, un incendie a ravag&#233; l'usine de Standard Group, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH614/p03-bangladesh-remi-a2eb2.jpg?1779602974' width='400' height='614' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;my.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une barre haute de dix &#233;tages et longue comme un stade de foot, une forteresse de b&#233;ton noir&#226;tre constell&#233;e de meurtri&#232;res. Par ces ouvertures &#233;quip&#233;es de ventilateurs asthmatiques, dix-neuf mille ouvri&#232;res et ouvriers happaient l'oxyg&#232;ne qui les emp&#234;chait de suffoquer tout &#224; fait dans l'air satur&#233; et surchauff&#233; de leur cage industrielle. Aujourd'hui ils respirent mieux, mais leur gagne-pain est en cendres : dans la nuit du 29 novembre, un incendie a ravag&#233; l'usine de Standard Group, l'un des plus gros sites de production textile de Gazipur, dans la lointaine banlieue de Dhaka. Des &#233;tiquettes de Zara, Gap, Wal-Mart et Marks &amp; Spencer ont &#233;t&#233; retrouv&#233;es dans les restes calcin&#233;s des v&#234;tements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une fois, ce n'est pas l'ignorance patronale des r&#232;gles de s&#233;curit&#233; qui a mis le feu. L'incendie s'est d&#233;clench&#233; durant les heures de fermeture, son origine criminelle ne fait gu&#232;re de doute. Le clapier fumait encore que le BGMEA, le tout puissant lobby des ma&#238;tres du textile bangladais, incriminait d&#233;j&#224; un acte de malveillance des ouvriers. C'est toujours le m&#234;me refrain lorsqu'une usine textile flambe au Bangladesh : pour s'exon&#233;rer des conditions mortif&#232;res impos&#233;es &#224; leur main-d'&#339;uvre et justifier leur refus de d&#233;dommager les victimes, les employeurs ont coutume de se d&#233;fausser sur les travailleurs. Mais, ce coup-ci, il se pourrait que la version officielle tombe juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis d&#233;but novembre, la machine &#224; coudre de la plan&#232;te se heurte &#224; une contestation sociale explosive. Des dizaines de milliers d'ouvriers pourtant interdits de vie syndicale ont cess&#233; le travail &#224; plusieurs reprises et battu les pav&#233;s de Dhaka. Du jamais-vu dans l'histoire du pays. Bravant les menaces de r&#233;torsion et les &lt;i&gt;flash-balls&lt;/i&gt; de la police anti-&#233;meute, les manifestants ont r&#233;ussi &#224; bloquer des centaines d'usines, &#224; chahuter l'ordre politique et &#224; &#233;branler le bizness des marques de sape occidentales, choqu&#233;es par l'extravagance de leur revendication : un salaire minimum de 100 dollars par mois. &#171; &lt;i&gt;Pour ne pas crever de faim apr&#232;s qu'on s'est tu&#233; &#224; la t&#226;che&lt;/i&gt; &#187;, expliquait un gr&#233;viste. Suite au massacre du Rana Plaza en juin dernier (1 200 ouvriers morts &#233;cras&#233;s dans l'effondrement de leur usine), gouvernement et patronat avaient promis d'am&#233;liorer g&#233;n&#233;reusement les queues de cerises vers&#233;es aux quatre millions de travailleurs du textile bangladais. S'ensuivirent de longs conciliabules, au terme desquels on d&#233;cida, le 13 novembre dernier, de porter le salaire minimum de 40 dollars aujourd'hui &#224; 68 dollars &#224; partir de janvier prochain. Une hausse appr&#233;ciable en apparence mais d&#233;risoire dans les faits, qui rattrape &#224; peine la courbe grimpante de l'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Gazipur, la col&#232;re continue de bouillir. Il se raconte que le patronat, soucieux de pr&#233;server les marges de ses acheteurs &#233;trangers, se serait engag&#233; &#224; compenser l'ajustement salarial par une productivit&#233; accrue. Tu cr&#232;veras toujours de faim, mais tu te tueras un peu plus &#224; la t&#226;che. Pas &#233;tonnant que la forteresse soit partie en fum&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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