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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Tribune : &#171; L'arrestation de l'un des n&#244;tres &#187;</title>
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		<dc:creator>Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;On a re&#231;u ce texte il y a quelques jours, sign&#233; du CCFR (Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava). Il est consacr&#233; &#224; l'arrestation de sept personnes par la DGSI en d&#233;cembre 2020 pour &#171; association de malfaiteurs terroristes &#187; et d&#233;nonce les calculs politiques grossiers impulsant cette affaire, qui rappelle grandement le fiasco Tarnac. Avec au c&#339;ur de la manipulation soi-disant &#171; antiterroriste &#187; la pr&#233;sence parmi les personnes arr&#234;t&#233;es d'un ancien volontaire des YPG, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/camarade" rel="tag"&gt;camarade&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Daech" rel="tag"&gt;Daech&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/combattre-Daech" rel="tag"&gt;combattre Daech&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ministere" rel="tag"&gt;minist&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On a re&#231;u ce texte il y a quelques jours, sign&#233; du CCFR (Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava). Il est consacr&#233; &#224; l'arrestation de sept personnes par la DGSI en d&#233;cembre 2020 pour &#171; association de malfaiteurs terroristes &#187; et d&#233;nonce les calculs politiques grossiers impulsant cette affaire, qui rappelle grandement le fiasco Tarnac. Avec au c&#339;ur de la manipulation soi-disant &#171; antiterroriste &#187; la pr&#233;sence parmi les personnes arr&#234;t&#233;es d'un ancien volontaire des YPG, qui a combattu au Rojava contre Daesh. Les logiques d&#233;nonc&#233;es dans ce texte d'intervention nous semblant particuli&#232;rement importantes, on a d&#233;cid&#233; de le publier, en soutien aux sept personnes mises en examen.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;cembre dernier, sept personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es par la DGSI et mises en examen pour &#171; &lt;i&gt;association de malfaiteurs terroriste&lt;/i&gt; &#187;. Un ancien volontaire du YPG, les forces arm&#233;es du Kurdistan syrien, a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; comme le meneur du groupe et incarc&#233;r&#233;. De cette affaire nous ne connaissons que ce qui a fuit&#233; dans la presse. Quelques armes de chasse, des produits accessibles dans le commerce et &#171; &lt;i&gt;pouvant entrer dans la confection d'explosifs&lt;/i&gt; &#187;, des r&#233;unions en for&#234;t, de pr&#233;tendus aveux de membres les &#171; &lt;i&gt;moins impliqu&#233;s&lt;/i&gt; &#187; du groupe. En dehors de cela, rien : pas de liste de cibles, ni de projet d&#233;fini de passage &#224; l'acte. La justice antiterroriste reposant sur le proc&#232;s d'intention, ces quelques &#233;l&#233;ments ont &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;s comme la preuve de pr&#233;paratifs d'une attaque contre les forces de l'ordre. Pour compenser la maigreur du dossier, l'attention s'est focalis&#233;e sur les personnalit&#233;s des accus&#233;s : un &#171; &lt;i&gt;artificier &#224; Disneyland&lt;/i&gt; &#187;, une personne qui aurait eu des contacts avec une gu&#233;rilla colombienne et surtout un militant &#171; &lt;i&gt;parti en Syrie combattre dans un groupe affili&#233; au YPG&lt;/i&gt; &#187;. Ces &#171; &lt;i&gt;profils inqui&#233;tants&lt;/i&gt; &#187; se sont retrouv&#233;s &#233;tal&#233;s dans la presse, avec une mise en sc&#232;ne grossi&#232;re destin&#233;e &#224; susciter la peur et &#224; faire taire toute r&#233;flexion n'allant pas dans le sens des th&#233;ories polici&#232;res. La DGSI a orchestr&#233; ces fuites en livrant aux m&#233;dias les identit&#233;s et les photos (&#224; peine flout&#233;es) des mis en cause. Pendant des jours, les &#233;l&#233;ments du dossier ont &#233;t&#233; transmis &#224; la presse au m&#233;pris du secret de l'instruction. &#192; longueur d'articles, les accus&#233;s ont &#233;t&#233; exhib&#233;s comme des troph&#233;es de chasse par la DGSI. La presse de droite et d'extr&#234;me droite s'en est donn&#233;e &#224; c&#339;ur joie. Les projecteurs ont &#233;t&#233; braqu&#233;s sur notre camarade : une photo en noir et blanc, avec un fin rectangle noir sur les yeux, une l&#233;gende le d&#233;crivant comme &#171; &lt;i&gt;SDF&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;ne travaillant pas&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;ayant combattu en Syrie&lt;/i&gt; &#187;. Ce portrait trompeur du nouvel ennemi public num&#233;ro un repose sur un m&#233;lange de jugement de valeur sur son mode de vie et d'informations parcellaires sur son engagement politique. Notre camarade &#233;tait en Syrie pour combattre Daech. Il a pris part en 2017 &#224; la lib&#233;ration de Raqqa, la capitale du groupe jihadiste. Raqqa est aussi la ville o&#249; les attentats de Paris ont &#233;t&#233; planifi&#233;s et o&#249; la plupart de ses auteurs ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s. Si la France n'a pas connu d'attentats de grande ampleur depuis des ann&#233;es, c'est gr&#226;ce &#224; la lib&#233;ration de Raqqa &#224; laquelle notre camarade a particip&#233; au p&#233;ril de sa vie. En combattant en Syrie ce dernier a donc directement contribu&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; des Fran&#231;ais, ce que le tribunal m&#233;diatique s'est bien gard&#233; de mentionner. Comment en effet faire rentrer dans leur narration &#224; charge que l'accus&#233; ait donn&#233; bien plus &#224; la lutte contre le terrorisme que les policiers, procureurs et journalistes qui l'accusent aujourd'hui d'&#234;tre un &#171; &lt;i&gt;terroriste d'ultragauche&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cette affaire, il faut remonter au d&#233;but de l'engagement de volontaires internationaux en Syrie. Entre 2015 et 2019, une trentaine de fran&#231;ais ont r&#233;pondu &#224; l'appel des populations du Rojava pour prot&#233;ger la paix en participant &#224; la guerre de l&#233;gitime d&#233;fense contre Daech et l'arm&#233;e turque. La DGSI a imm&#233;diatement &#233;tabli un tri entre les &#171; &lt;i&gt;mauvais&lt;/i&gt; &#187; volontaires, se r&#233;clamant d'une id&#233;ologie r&#233;volutionnaire, et les &#171; &lt;i&gt;bons&lt;/i&gt; &#187; volontaires, anciens militaires ou apolitiques, qui pour certains ne furent m&#234;me pas auditionn&#233;s &#224; leur retour en France. Ceux qui &#233;taient identifi&#233;s comme de potentiels membres de &#171; &lt;i&gt;l'ultragauche&lt;/i&gt; &#187; se retrouv&#232;rent syst&#233;matiquement &#171; &lt;i&gt;fich&#233;s S&lt;/i&gt; &#187; et firent l'objet d'une surveillance active, tout en n'&#233;tant coupables de rien d'autre que d'un d&#233;lit d'opinion. Arrestations &#224; l'a&#233;roport, menaces sous forme de conseils paternalistes, pressions sur nos familles... Nous sommes nombreux &#224; avoir fait l'objet de tentatives d'intimidation plus ou moins voil&#233;es de la part des services de s&#233;curit&#233;. Fin 2016, la DGSI fit irruption chez l'un d'entre nous pour lui retirer son passeport et sa carte d'identit&#233;, afin de l'emp&#234;cher de retourner au Kurdistan syrien. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur affirmait alors que ce combattant du YPG pouvait &#234;tre &#224; l'origine &#171; &lt;i&gt;de graves troubles &#224; l'ordre public&lt;/i&gt; &#187; et &#233;tait susceptible d'utiliser son exp&#233;rience militaire &#171; &lt;i&gt;dans des attaques contre les int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais, en lien avec l'ultragauche r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#187;. Ces accusations compl&#232;tement fantaisistes furent balay&#233;es par le tribunal administratif de Paris quelques mois plus tard. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur fut ensuite contraint de lui rendre ses documents d'identit&#233; et de lui verser des dommages et int&#233;r&#234;ts. En d&#233;pit de cette victoire judiciaire, nous savions que la DGSI nous garderait dans son collimateur et &#233;tait pr&#234;te &#224; tout, y compris &#224; des accusations sans preuves, pour nous faire rentrer dans le moule qu'elle avait cr&#233;&#233;e : celui de dangereux v&#233;t&#233;rans d'ultragauche cherchant &#224; importer la violence du conflit syrien de retour chez eux. Cette caricature a &#233;t&#233; construite d&#232;s le d&#233;part, &lt;i&gt;ex-nihilo&lt;/i&gt;, avant m&#234;me que l'un d'entre nous ne remette les pieds sur le territoire fran&#231;ais. M&#234;me si de retour en France aucun volontaire n'a jamais &#233;t&#233; impliqu&#233; dans des actions violentes, la DGSI attendait patiemment l'occasion de pi&#233;ger l'un d'entre nous, pour pouvoir enfin donner une cr&#233;dibilit&#233; &#224; ses fantasmes. L'ann&#233;e derni&#232;re, elle a communiqu&#233; &#224; notre sujet par le biais de journalistes de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;. Ces derniers, d&#233;sireux de renvoyer l'ascenseur aux sources qui les informent sur d'autres sujets, ont d&#233;roul&#233; le tapis rouge &#224; l'argumentaire d&#233;lirant du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Un camarade parti en vacances en Am&#233;rique du Sud se retrouvait accus&#233; d'avoir essay&#233; de nouer des contacts avec une gu&#233;rilla colombienne, un autre fr&#233;quentant la ZAD aurait pr&#233;tendument tir&#233; une fus&#233;e &#233;clairante sur un h&#233;licopt&#232;re de la gendarmerie, des d&#233;gradations d'antennes t&#233;l&#233;phoniques, de bornes V&#233;lib ou de fourgons de police nous &#233;taient &#233;galement associ&#233;es. Ces fables anxiog&#232;nes, parfaitement d&#233;connect&#233;es de toute r&#233;alit&#233;, venaient confirmer ce que nous savions d&#233;j&#224; : jusqu'&#224; ce qu'il ait trouv&#233; le coupable id&#233;al, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur ne renoncerait pas &#224; l'entreprise de diabolisation dont nous faisions l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de chercher une revanche sur l'affaire Tarnac, les services de s&#233;curit&#233; poursuivent depuis des ann&#233;es un double objectif : criminaliser l'internationalisme et nous utiliser comme des &#233;pouvantails pour stigmatiser l'ensemble de la gauche r&#233;volutionnaire fran&#231;aise. En plein toll&#233; sur la loi relative &#224; la s&#233;curit&#233; globale, on peut reconna&#238;tre &#224; la DGSI qu'elle fabrique des terroristes au moment opportun, au service d'un gouvernement qui nous conduit chaque jour un peu plus vers un &#201;tat policier. Laurent Nu&#241;ez, faisant preuve d'une incroyable malhonn&#234;tet&#233; intellectuelle, a r&#233;cemment enfonc&#233; le clou en rappelant dans une interview donn&#233;e au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; qu&#8216;une &#171; &lt;i&gt;dizaine de militants d'ultragauche sont all&#233;s s'aguerrir au Rojava&lt;/i&gt; &#187;. Alors que nous nous retrouvons collectivement mis en cause par le conseiller &#224; l'anti-terrorisme du pr&#233;sident Macron, une mise au point est n&#233;cessaire. Nous sommes all&#233;s au Rojava avec la volont&#233; de d&#233;fendre une r&#233;volution bas&#233;e sur la d&#233;mocratie directe, la coexistence pacifique entre communaut&#233;s, l'&#233;galit&#233; femmes-hommes et le juste partage des richesses, autant de valeurs dont l'&#201;tat fran&#231;ais se r&#233;clame sans jamais les appliquer. Pour ce faire nous n'avons pas cherch&#233; &#224; nous &#171; &lt;i&gt;aguerrir&lt;/i&gt; &#187;, nous avons combattu les jihadistes de Daech au moment o&#249;, &#224; Paris et &#224; Nice, ils massacraient des centaines de personnes en profitant de l'incomp&#233;tence des services de s&#233;curit&#233; suppos&#233;s nous prot&#233;ger. Les termes &#171; &lt;i&gt;all&#233;s s'aguerrir &lt;/i&gt; &#187; laissent supposer que le Rojava n'&#233;tait qu'un pr&#233;texte, un moyen d'acqu&#233;rir une exp&#233;rience militaire que nous souhaitions en r&#233;alit&#233; utiliser dans notre pays d'origine. Nous r&#233;pondions pr&#233;cis&#233;ment &#224; la logique inverse. Nous avions besoin de ces comp&#233;tences militaires pour combattre Daech et d&#233;fendre l'existence du Rojava mais avoir acquis un tel savoir faire ne signifie pas que voulions l'utiliser de retour en France, ou que la lutte arm&#233;e serait subitement devenue le seul moyen d'action de notre r&#233;pertoire militant. Nous ne sommes pas des amis de ce gouvernement, de ses chiens de garde et du syst&#232;me qu'ils servent, c'est un fait, mais nous les combattons par des moyens d&#233;mocratiques et non par la violence comme nos accusateurs l'insinuent. La v&#233;ritable prolongation de notre combat c'est le t&#233;moignage. Nous transmettons ce que nous avons vu et appris au Kurdistan &#224; travers un livre dont nous recommandons la lecture &#224; ceux qui voudraient essayer de nous comprendre, loin des clich&#233;s v&#233;hicul&#233;s par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur et par les m&#233;dias &#224; ses ordres&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif, Hommage au Rojava, Montreuil, &#201;ditions Libertalia, 2020, 160p.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la DGSI nous d&#233;peint en comploteurs ou en vandales, nous avons en r&#233;alit&#233; pass&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; reprendre le fil de nos vies (paisibles). Nous continuons &#224; militer pour d&#233;fendre le Rojava, la m&#233;moire de nos camarades tomb&#233;s au combat, et les valeurs qui nous ont pouss&#233;s &#224; nous rendre l&#224;-bas. En rentrant chez nous, nous ne nous attendions pas &#224; recevoir la L&#233;gion d'honneur, ni m&#234;me a &#234;tre remerci&#233;s par qui que ce soit, mais nous ne pouvions imaginer que nous serions d&#233;sign&#233;s comme des ennemis de l'int&#233;rieur et trait&#233;s &#224; l'&#233;gal des jihadistes que nous avions combattus. Comme nous venons de le rappeler ici, nous avons suffisamment fait l'objet de calomnies de la part de la DGSI pour ne pas accorder la moindre cr&#233;dibilit&#233; aux accusations port&#233;es contre notre camarade &#224; qui nous r&#233;affirmons notre confiance absolue et notre soutien sans faille.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le CCFR (Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif, &lt;i&gt;Hommage au Rojava&lt;/i&gt;, Montreuil, &#201;ditions Libertalia, 2020, 160p.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3562 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1710.jpg' width=&#034;303&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>15 ans et tous ses crocs</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/15-ans-et-tous-ses-crocs</link>
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		<dc:date>2018-05-27T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
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		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>CQFD Alors</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#192; l'&#233;chelle d'une vie de chien, quinze ans, c'est au moins le bel &#226;ge. Pour f&#234;ter &#231;a, CQFD a demand&#233; &#224; treize de ses figures embl&#233;matiques d'&#233;crire deux mots sur ce que le journal repr&#233;sente. &#192; eux tous, ces billets dressent un portrait fid&#232;le et subjectif de l'exp&#233;rimentation sociale que vous tenez entre les mains. Bons baisers de partout ! Mazette, quel gros mot ! &#192; CQFD, tu sais quoi ? On t'appelle &#171; camarade &#187;. En tout cas, quand j'y suis pass&#233;e il y a sept ou huit ans. Il n'y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no164-avril-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;164 (avril 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Camarades" rel="tag"&gt;Camarades&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'&#233;chelle d'une vie de chien, quinze ans, c'est au moins le bel &#226;ge. Pour f&#234;ter &#231;a, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a demand&#233; &#224; treize de ses figures embl&#233;matiques d'&#233;crire deux mots sur ce que le journal repr&#233;sente. &#192; eux tous, ces billets dressent un portrait fid&#232;le et subjectif de l'exp&#233;rimentation sociale que vous tenez entre les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bons baisers de partout !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2407 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-674.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L419xH960/-674-43866.jpg?1779603355' width='419' height='960' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mazette, quel gros mot !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, tu sais quoi ? On t'appelle &#171; camarade &#187;. En tout cas, quand j'y suis pass&#233;e il y a sept ou huit ans. Il n'y avait que l&#224; que &#171; camarade &#187; faisait partie du quotidien. Comme dans &#171; &lt;i&gt;Je te sers un verre, camarade ?&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;Dis-moi, camarade, il nous manque dix br&#232;ves, tu voudrais pas t'y coller ?&lt;/i&gt; &#187;, comme dans &#171; &lt;i&gt;Camarades, qui sera l&#224; pour distribuer les num&#233;ros &#224; la manif ?&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;Oh, camarades, on la commence, cette r&#233;union ?&lt;/i&gt; &#187;. C'est toujours dit avec un &#233;tonnant m&#233;lange de douce ironie et d'amiti&#233; sinc&#232;re. &#171; Camarade &#187;, c'est vieillot. &#199;a rappelle le parti, les d&#233;fil&#233;s ordonn&#233;s, les personnalit&#233;s remis&#233;es pour endosser le militantisme. Mais il n'y a pas que &#231;a, dans ce foutu mot. Il y a une petite musique qui persiste en d&#233;pit de tout &#231;a, une petite musique rien qu'&#224; lui, qui vient vaincre la discipline et la ligne officielle. Elle te rattache, en trois syllabes, &#224; une longue histoire internationale de gal&#232;res et de luttes, de t&#226;ches emmerdantes et de grandes id&#233;es, d'inventions et de plantages, d'engueulades et de f&#234;tes. Et cette petite musique donne une sacr&#233;e force pour ne rien l&#226;cher. Alors, bon anniversaire, camarades !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juliette Volcler&lt;/strong&gt; auteure entre autres de &lt;i&gt;Le Son comme arme&lt;/i&gt;, &#224; La D&#233;couverte, a &#233;t&#233; chatoyante camarade de route et r&#233;dactrice &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas grand-chose &#224; regretter&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L174xH250/-672-ecd31.jpg?1779603358' width='174' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2005, j'ai 25 ans, je travaille sur les migrants saisonniers. Bruno aussi. C'est la premi&#232;re gr&#232;ve, &#224; St-Martin-de-Crau. Un article dans le n&#176;7 parle d&#233;j&#224; des contrats OMI avec, en illustration, des melons de R&#233;mi. Un des seuls journaux &#224; le faire. En 2008, sur la photo de couv' c&#233;l&#233;brant les cinq ans du canard, c'est Aurel sous la cagoule. La plupart des copains ne veulent pas vraiment y appara&#238;tre. Les fiers d&#233;fenseurs des dessins humoristiques &#8211; dits aussi &#171; &lt;i&gt;tendance Gros-nez&lt;/i&gt; &#187; &#8211; sont sur le devant de l'image. 11 h un dimanche, c'est trop t&#244;t, dit V&#233;. Moi, vachement impressionn&#233;e. Des souvenirs, &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ? Le sourire d'Hafed, mon plus beau mensonge, du chocolat-vin rouge, et Marseille moins neuve. Regarder les gar&#231;ons vendre le journal &#224; la cri&#233;e, les trouver beaux, boire la caisse sur le stand &#224; Arras. Pour le ressort comique, emplafonner la voiture dans la neige lors d'un reportage &#224; Tarnac. J'accepte pour le Chien rouge ce que je ne ferais pour aucun autre : voler avec un flic de la PAF, voire m&#234;me &#233;crire. Pour le hors-s&#233;rie &lt;i&gt;CQFD-Photo&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le plus bel &#233;chec commercial du chien rouge. Note du webmaster.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, nous n'avons rien &#224; regretter, il n'y avait que des bons dedans. Ce que tu peux faire ici, tu n'as pas envie de le faire ailleurs. C'est ta couleur. Les copains. Et d'ailleurs, il n'y a pas grand-chose &#224; regretter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/strong&gt; est la premi&#232;re photographe &#224; avoir publi&#233; des images dans un journal qui, &#224; l'origine, &#233;tait tr&#232;s marqu&#233; par le dessin de presse.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un prolo dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors que je m'&#233;tais essay&#233; &#224; la tenue d'un Journal de prolo&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une ann&#233;e ordinaire, &#233;ditions Libertaires.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; paru en 2004, l'envie m'a pris de tenir une chronique r&#233;guli&#232;re, fa&#231;on de reprendre le flambeau d'auteurs de litt&#233;rature prol&#233;tarienne qui s'y &#233;taient coll&#233;s au sortir de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Lecteur de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis le d&#233;but, c'est &#224; ce journal que j'ai propos&#233; ma plume. Le lendemain, coup de fil enthousiaste du Chien rouge &#8211; c'&#233;tait parti. D&#233;but&#233;e en 2005, je ne pensais pas que la chronique &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187; tiendrait dix ans, jusqu'&#224; mon d&#233;part en retraite. J'&#233;tais persuad&#233; que la bo&#238;te fermerait bien avant. C'&#233;tait un plaisir plus qu'un devoir de raconter le v&#233;cu au travail, alors que ce sujet est si peu ou mal trait&#233; dans les m&#233;dias. &#192; partir de portraits d'ouvriers ou d'anecdotes de mon usine, j'ai essay&#233; d'universaliser le propos pour int&#233;resser le lecteur. La filiale de Total o&#249; je bossais &#233;tant bas&#233;e pr&#232;s de Rouen, nous nous sommes peu crois&#233;s avec les Marseillais de la r&#233;daction. C'est peut-&#234;tre ce qu'il y a eu de plus frustrant. Pourtant, la confiance r&#233;ciproque qui s'est install&#233;e a fait de nous de vieux amis. Et tout le boulot de relecture sur les textes que j'ai propos&#233;s s'est d&#233;roul&#233; sans dommage et avec franchise. Bonne continuation &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt; entre autres pl&#233;thoriques productions, est l'auteur de &lt;i&gt;Putain d'usine&lt;/i&gt;, &#224; L'Insomniaque.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ces fadas courageux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai rencontr&#233; l'&#233;quipe de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, en 2000 je sais plus combien, je n'y connaissais pas grand-chose. Je pensais ma&#238;triser les bases du bouclage d'un journal : nuits blanches, soutien aux &#233;piciers de nuit, consommation effr&#233;n&#233;e de tabac parfois froid, parfois pas. &#199;a s'est v&#233;rifi&#233;. Je me doutais de l'extr&#234;me exigence du calibrage et de la correction, de la pr&#233;cision de la mise en page. Itou. Bonus : j'ai rencontr&#233; des amis et de l'amour, des camarades et des copains. &#199;a fait un bail que je ne travaille plus avec c&#233;zigues, pourtant ces fadas m'invitent toujours &#224; l'ap&#233;ro. Ils sont fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Dubost&lt;/strong&gt; a &#233;t&#233; maquettiste de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;poque o&#249; le Chien rouge est pass&#233; de chiot un peu chieur &#224; cl&#233;bard d&#233;cha&#238;n&#233;. Il est &#224; la fois travailleur du b&#226;timent et directeur de la publication.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Hommage aux sans-grades&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cet anniversaire est l'occasion de toucher quelques mots de la face cach&#233;e de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Du journal, on conna&#238;t surtout les signatures qui ont fait sa r&#233;putation. En 15 ans, elles et ils ont &#233;t&#233; nombreux &#224; pratiquer l'art martial de la critique sociale. Les journalistes aux visages burin&#233;s qui traquent l'info du Chiapas au Kurdistan, de Zad en gr&#232;ves. Et les dessinateurs qui mettent leur imagination au service de la cause &#8211; leurs images sont des pav&#233;s qui secouent les esprits. Et puis, il y a les obscurs, les yeux rougis par les heures pass&#233;es devant un &#233;cran. Le teint blafard, ils jonglent avec des bases de donn&#233;es et des chemises cartonn&#233;es. Gr&#226;ce &#224; ces baroudeurs de la jungle administrative, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a &#233;vit&#233; les dangers qui guettent l'exp&#233;rimentation sociale en milieu hostile. Certains ont apport&#233; une contribution d&#233;cisive &#224; son fonctionnement. Louis, qui a jet&#233; les bases du syst&#232;me informatique, avec lequel nous g&#233;rons toujours les abonnements. Pierre, qui s'est occup&#233; de la compta pendant des ann&#233;es. C&#233;cile, sp&#233;cialiste des salari&#233;s, qui nous a sortis sans dommage d'un contr&#244;le Urssaf. Herv&#233;, alter-bureaucrate qui se cache derri&#232;re un pseudo et sur lequel je ne m'&#233;tendrai pas, puisque c'est moi. Comme ils n'aiment pas la lumi&#232;re des projecteurs, laissons-les maintenant regagner la p&#233;nombre de leur tani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Georges Broussaille&lt;/strong&gt; alias le V&#233;, il classe et archive tout. Il a aussi une fort belle plume, vers&#233;e dans l'antimilitarisme sardonique. Il &#233;crit trop peu souvent dans ces pages.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce n'&#233;tait pas toujours fin, mais &#231;a respirait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; fut un gros b&#233;b&#233;, avec ce qu'il faut de griffes et de dents, le poil rouge et luisant. Pourtant, je n'ai pas souvenir que l'accouchement ait &#233;t&#233; difficile&#8197;&#8211;&#8197;voir tous ces p&#232;res (et m&#232;res) les pieds dans les &#233;triers pousser dans le m&#234;me sens inspirait confiance. Mais tr&#232;s vite, je me suis demand&#233;e combien de temps nous aurions avant l'euthanasie du clebs. Puis j'ai cess&#233; de me poser la question : l'important &#233;tait de vivre l'aventure. Parfois, la peau sur les os, je l'ai cru presque mort. Toujours, la solidarit&#233; lui a permis de se relever. Au final, j'ai &#233;t&#233; happ&#233;e ailleurs, mais je suis fi&#232;re d'avoir particip&#233; &#224; ses premi&#232;res ann&#233;es. Ce que j'aimais par-dessus tout, c'&#233;tait l'horizontalit&#233; des &#233;changes. Pas celle des siestes sur le canap&#233; d&#233;fonc&#233; de la r&#233;dac', ni une autre plus salace que vous pourriez imaginer, non, celle du collectif, de l'absence de chefaillons. &#199;a n'emp&#234;chait pas les pouss&#233;es d'ego, quand on mettait les doigts dans les papiers des autres. Ni les tentatives de prise de contr&#244;le&#8197;&#8211;&#8197;mais personne, jamais, ne prenait le pouvoir durablement. C'&#233;tait un joyeux bordel, &#233;puisant au moment du bouclage, parfois chiant &#224; mourir dans les t&#226;ches administratives (reconnaissance &#233;ternelle &#224; V&#233;). Ce n'&#233;tait pas toujours fin, mais &#231;a respirait. Pour moi, c'est &#231;a, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : une fraternit&#233; en actes &#8211;&#8197;pour la sororit&#233;, on repassera, ce journal manque toujours furieusement de gonzesses ! Aujourd'hui, quand je le lis, je le hume autant que je le go&#251;te. Pour voir s'il sent toujours la sueur sous les bras. Il m'arrive de r&#226;ler quand il verse dans l'entre-soi, ne pr&#234;che que les convaincus ou se parfume &#224; l'esprit de s&#233;rieux. Et puis, il manque de dessins. N'emp&#234;che que je le d&#233;guste chaque mois. Beaucoup de personnes ch&#232;res &#224; mon c&#339;ur ont fait partie de l'aventure. Certaines y sont encore, d'autres non. Mais je suis s&#251;re que toutes portent quelque part, comme moi, l'empreinte d'une grosse patte rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Nenn&#232;s&lt;/strong&gt; est journaliste pour de vrai. Elle peut dire qu'elle &#233;tait l&#224; depuis le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; En d&#233;calage du r&#233;el&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je dessine pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis trois ans, et chaque mois c'est un vrai d&#233;fouloir. Faut dire que j'aime bien taper sur le gouvernement, ses flics, les patrons du CAC40 et leurs grosses bo&#238;tes p&#233;raves. C'est comme aller en manif. L'important, c'est aussi de soutenir les luttes en cours et les personnes qui les m&#232;nent &#8211; si un dessin a des allures de tract politique, tant mieux ! En tant qu'anarcho-gauchiste, dessiner dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, niveau &#233;panouissement personnel, &#231;a remplace le yoga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/strong&gt; est l'un des pr&#233;cieux illustrateurs qui mouillent le crayon pour pas un rond et font entrer la lumi&#232;re dans ces pages.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Stakhanov de la vente &#224; la cri&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Noailles, ventre de Marseille, que j'ai rencontr&#233; le journal. En hurlant de rire. Vous savez, c'est comme quand vous trouvez tout ce que vous pensez &#233;crit noir sur blanc. J'ai alors envoy&#233; un papier sur du fromage qui coulait dans un train. &#199;a a fait rire Cyran. Boum, il fit une connerie que les autres paient encore : il me bombarda au comit&#233; de r&#233;dac'. Trois mois plus tard, je partais en reportage en Auvergne. &#199;a faisait un bail que les OGM m'interloquaient, depuis que Jos&#233; Bov&#233; et Ren&#233; Riesel en avaient bousill&#233;s. Des paysans situationnistes, &#231;a m'avait mis la puce &#224; l'oreille. Avec Alain, un copain de la Conf', on s'est donc rendus au rencart pour &#233;craser des OGM m&#233;dicamenteux. On est tomb&#233; sur des gendarmes dans le ma&#239;s, des h&#233;licos en rase-motte et nous, compl&#232;tement jobards, pr&#234;ts &#224; tout aplatir. Deux jours en garde &#224; vue &#224; seize. Et on est ressortis libres, avec Bov&#233; pour l'accolade. Pendant ce temps, &#224; la r&#233;dac', ils avaient canard&#233; de mails pour dire que j'&#233;tais tortur&#233; dans des ge&#244;les fascistes auvergnates. Et puis, ils sont tous venus au proc&#232;s. Seb Dubost n'a jamais vendu autant de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; en manif. Je n'ai jamais battu son record.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt; est le camelot &lt;i&gt;number one&lt;/i&gt; d'un journal qui ne sait pas se vendre. Il bombarde aussi la boite mail de messages foutraques et d'articles fi&#233;vreux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;F&#233;minisme au pr&#233;toire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fin 2010, Mademoiselle brocardait l'agence matrimoniale Eurochallenges dans sa chronique f&#233;ministe. En titre, &#171; Une Laf&#226;me russe sous le sapin &#187;. En illustration (de Tanxxx), une bimbo &#224; poil, &#224; chapka et &#224; quat'pattes avec une pomme entre les dents surmont&#233;e d'un &#171; &lt;i&gt;Bient&#244;t No&#235;l ! Pensez &#224; la DINDE !&lt;/i&gt; &#187;. En avril 2011 commence le harc&#232;lement judiciaire de cette bo&#238;te sp&#233;cialis&#233;e dans les rencontres avec des filles de l'Est attach&#233;es &#224; &#171; la famille avant tout &#187;. Elle se serait sentie accus&#233;e de prostitution organis&#233;e, voire de trafic d'&#234;tres humains ou d'animaux (la plainte n'est pas claire) ! Pr&#233;judice estim&#233;e par le bavard adverse : 14 000 &#8364;. Audition du pr&#233;sident du Rire, l'asso chapeautant &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, et de votre serviteur chez les cond&#233;s marseillais, pressions un peu molles pour qu'on l&#226;che le nom de Mademoiselle, nouvelle audition chez la juge d'instruction &#224; Lyon et nouvelles pressions, audience au TGI de la capitale des Gaules, enfin, en septembre 2013. R&#233;sultat, deux mois plus tard, relaxe ! Peu apr&#232;s, nous apprendrons que la patronne d'Eurochallenges et ses sbires collectionnent les gardes &#224; vue pour escroquerie et les condamnations au civil et au p&#233;nal. Encore un grand merci &#224; notre avocate, Muriel Ruef, pour son talentueux et ind&#233;fectible soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt; est breton, mais &#233;galement membre marseillo-mondial du comit&#233; de r&#233;daction. Et ex-directeur de la publication.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La propri&#233;t&#233;, c'est du vol, sauf quand c'est &#224; moi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pardon, mais j'aimerais profiter de cet anniversaire pour faire une vigoureuse r&#233;clamation. Pas que je veuille g&#226;cher la f&#234;te, hein, comptez pas sur moi pour m&#234;ler une note dissonante au cort&#232;ge des honneurs et c&#233;l&#233;brations ! Si telle &#233;tait mon intention, j'aborderais cr&#226;nement les sujets qui f&#226;chent, vu que c'est pas ce qui manque dans la maison. Tiens, le fait par exemple que la tani&#232;re nicotineuse faisant office de salle de r&#233;dac' n'a pas &#233;t&#233; a&#233;r&#233;e, ni lessiv&#233;e depuis l'invention de la serpilli&#232;re &#224; frange. Ou que &#231;a fait un bail que R&#233;mi n'a pas fait la couv' de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, lui qui en a r&#233;alis&#233;es tant de m&#233;morables, ni que la grande Tanxxx n'a enlumin&#233; un haut de page. Ou que les gal&#233;riens et flibusti&#232;res en charge de ce canard n'ont toujours pas &#233;t&#233; fichus d'intuiter un mod&#232;le &#233;conomique qui permettrait, &#224; eux et aux anciens qui ont saut&#233; du rafiot &#8211; surtout &#224; ceux-l&#224; ! &#8211;, de jouir d'une fastueuse rente &#224; vie. Ou encore que depuis ses d&#233;buts, l'&#233;quipe ne sait pas faire autrement, dans sa grande majorit&#233;, et malgr&#233; sa constante recomposition, que de rester ind&#233;crottablement masculine, blanche et h&#233;t&#233;rosexuelle, sans parler de son profil sociologique de classe moyenne tomb&#233;e sous la moyenne. Les 15 bougies, ce sont aussi des plaies et bosses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2406 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L288xH420/-673-e14e6.jpg?1779603358' width='288' height='420' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais venons-en &#224; ma dol&#233;ance ! Nos lecteurs et lectrices aguerris n'ignorent pas que le bouledogue brisant sa cha&#238;ne, mascotte de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, est en fait l'&#339;uvre de Thomas Theodor Heine. Son molosse &#233;carlate fut l'embl&#232;me du journal qu'il a cofond&#233; en 1896, &lt;i&gt;Simplicissimus&lt;/i&gt;, d'une prodigieuse expressivit&#233; graphique et d'une insolence carabin&#233;e dans son ex&#233;cration des uniformes, du patronat, du colonialisme et des gros culs cousus d'or portant moustache en guidon de v&#233;lo pour complaire au Kaiser. F&#233;rocement anti-guerre en 14-18, il s'est par la suite embourgeois&#233;, jusqu'&#224; applaudir l'&#233;crasement des spartakistes. Pareille d&#233;g&#233;n&#233;rescence devrait &#233;pargner &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; ces courageuses r&#233;formes qui nous garantissent de rester pr&#233;caires &#224; vie. Quand t'arrives &#224; l'&#226;ge de sucrer les fraises en lan&#231;ant un crowdfunding pour payer ta chantilly, tu r&#233;duis consid&#233;rablement les risques de finir avec un double menton duham&#233;lien. Ou alors, le bouledogue de Heine se chargera de te croquer les fesses. Ce qui nous ram&#232;ne &#224; nos affaires : le recueil de &lt;i&gt;Simplicissimus&lt;/i&gt; que j'avais emmen&#233; &#224; la r&#233;union de lancement de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; il y a quinze piges, et dans les pages duquel le chien devenu errant a souri &#224; son nouveau canard d'adoption, cette mine d'or a disparu. Envol&#233;e, &lt;i&gt;verschwunden&lt;/i&gt;. On me l'a piqu&#233;e. Rendez-la moi, bordel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Cyran &lt;/strong&gt; est l'un des fondateurs les plus fameux de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Journaliste talentueux, il n'a &#8211; pour le coup &#8211; pas v&#233;rifi&#233; ses infos sur l'orientation sexuelle des participant.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Kapaku ! Kapaku ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Non, ai-je dit &#224; Bruno quand il m'a demand&#233; d'&#233;crire quelques mots. Non, je ne suis pas habilit&#233;e &#224; produire des sanies lexicales, je ne suis ni journaliste, ni chroniqueuse, ni m&#234;me prosatrice d'un jour ! Non, je n'ai rien &#224; dire dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, journal que je fr&#233;quente depuis peu ou prou 15 ans, &#224; ma sortie de l'&#233;cole de correcteurs. Je suis plut&#244;t une femme de m&#233;nage du texte, les vrais artistes pour qui j'&#339;uvre ayant quelquefois besoin d'un d&#233;poussi&#233;rage de lexique, d'un &#233;poussetage de coquilles ou d'un l&#233;ger redressage de graphie. Du toilettage de surface. Mais en aucun cas, je ne me permettrais d'occuper ne serait-ce qu'un quart de br&#232;ve. Et d'ailleurs, que pourrais-je dire ? Je ne vais quand m&#234;me pas relater la fa&#231;on dont a &#233;t&#233; r&#233;solue la question d'&#233;crire &#171; Quartiers nord &#187; ou &#171; quartiers Nord &#187; au journal ? Au beau milieu d'un assaut d'arguments pertinents entre Gina et moi, en faveur soit de la teneur g&#233;ographique (&#171; nord &#187; bas decasse), soit qualificative (&#171; Nord &#187; capitale initiale) du terme &#171; nord &#187; dans ladite expression, ce fut Julien qui trancha, en coqueriquant &#171; &lt;i&gt;Kapaku ! Kapaku !&lt;/i&gt; &#187;. Notre reddition fut totale, et aussi imm&#233;diate que peu orthodoxe : capitale au Q. Mais je ne peux pas raconter &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laurence Lassimouillas&lt;/strong&gt; dite Lole, est la correctrice historique de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, d&#233;sormais relay&#233;e par Gina. Dure sur la coquille, elle gratifie aussi l'&#233;quipe d'&#233;bouriffants &#233;clats de rire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; par le milieu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par notre local. &#171; &lt;i&gt;Une grotte&lt;/i&gt; &#187;, comme le d&#233;crit Bruno en 2012, dans sa belle carte postale aux amis du &lt;i&gt;Napoli Monitor&lt;/i&gt; . Une cave dans laquelle nous avons d&#251; cohabiter, entre nous mais aussi avec rats, souris... et autres bact&#233;ries qui se sont d&#233;velopp&#233;es impun&#233;ment du frigo au lavabo. On rentre dans l'antre par la petite porte, humblement, t&#234;te courb&#233;e. J'y ai d&#233;marr&#233; salari&#233; (aid&#233;) pour m'occuper de la diffusion, en 2011. Puis une fois encore, ch&#244;meur actif, pour m'occuper du secr&#233;tariat de r&#233;daction. Le SR &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ? C'est central ! Une forme de centralit&#233; horizontale. Un pivot, quoi ! C'est &#234;tre l&#224; tout le temps. Au d&#233;but, au milieu, &#224; la fin. C'est &#234;tre le garant du fonctionnement horizontal. &#202;tre capable de se taire, d'&#233;couter et de parler en m&#234;me temps. Encourager les d&#233;pressifs et d&#233;pressives, d&#233;courager les relou.e.s et engueuler, ou subir, ceux et celles qui sont pass&#233;.e.s malgr&#233; tout. C'est g&#233;rer les conflits en essayant de ne pas les alimenter. Se taper des h&#233;morro&#239;des au bout de cinq jours &#224; boire, bouffer de la merde et rester viss&#233; sur une chaise 14 heures par jour. Et tenir bon, m&#234;me si le chemin de fer est d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vide une semaine avant l'impression. C'est faire un journal sans thune et sans pub mais avec des petits animaux, un chien et de jolies personnes. Bref, une belle histoire. Qu'elle dure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt; n'est plus l&#224;, mais il n'est jamais tr&#232;s loin et on l'aime.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Admirer ces bras cass&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ? La premi&#232;re fois que j'en ai entendu parler, c'&#233;tait en 2008. Je venais de d&#233;couvrir les films de Pierre Carles et dans mon IUT d'info-com cannois, je me sentais un peu seul &#224; m'int&#233;resser &#224; la critique des m&#233;dias. C'est de lien en lien que j'ai d&#233;couvert l'existence de &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Plan B&lt;/i&gt; puis de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Un raccourci ? Un jour, j'ai class&#233; tout &#231;a dans la cat&#233;gorie &#171; m&#233;dias de gauche &#187; &#224; suivre, parce qu'il y avait de la v&#233;rit&#233; dans leurs pages et qu'ils n'&#233;taient pas complices des d&#233;rives politiques dominantes. Quelque part, j'admirais les gens qui y &#233;crivaient, alors que je ne suis m&#234;me pas anar : ils paraissaient avoir tout compris (ou presque). Puis je suis parti au bled et j'ai oubli&#233; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. En d&#233;barquant &#224; Marseille en 2014, j'ai retrouv&#233; une copine qui ne manquait jamais les ap&#233;ros de sortie. Alors, j'ai pris une bi&#232;re et je suis all&#233; &#233;couter les gars. Ils avaient l'air tellement dans leur monde que c'en &#233;tait intimidant. Pour lier contact, il a fallu trois ans, et qu'au boulot je rencontre un de ces drilles &#233;crivant sous pseudo. Quelques num&#233;ros plus tard, je peux le dire : &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, ces gens que quelque part j'id&#233;alisais, c'est en fait une bonne &#233;quipe de bras cass&#233;s. Mais quand ils veulent, ils sortent vraiment de bons papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt; est un jeune aventurier pas si timide, r&#233;dacteur occasionnel mais pointu de ce modeste journal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le plus bel &#233;chec commercial du chien rouge. Note du webmaster.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Une ann&#233;e ordinaire&lt;/i&gt;, &#233;ditions Libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Barbara Balzerani : &#034;Reprendre la main sur mon histoire&#034;</title>
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		<dc:date>2017-11-06T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Barbara Balzerani est un t&#233;moin - cl&#233; de l'histoire italienne des sixties et seventies. Impliqu&#233;e dans la lutte arm&#233;e alors que l'Italie bouillonnait de toutes parts, celle qui fut un temps l'une des dirigeantes des Brigades rouges a connu les deux faces des ann&#233;es de plomb : l'espoir fi&#233;vreux et la r&#233;pression. Pour son implication dans les actions de l'organisation, elle a pass&#233; vingt&#8209;&#173;cinq ans en d&#233;tention. Rencontr&#233;e &#224; Paris, elle revient sur ce pan d'histoire et sur l'&#339;uvre litt&#233;raire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no158-octobre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;158 (octobre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/lutte" rel="tag"&gt;lutte&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lune" rel="tag"&gt;Lune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/arrondissement-parisien" rel="tag"&gt;arrondissement parisien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Barbara Balzerani est un t&#233;moin - cl&#233; de l'histoire italienne des &lt;i&gt;sixties&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;seventies&lt;/i&gt;. Impliqu&#233;e dans la lutte arm&#233;e alors que l'Italie bouillonnait de toutes parts, celle qui fut un temps l'une des dirigeantes des Brigades rouges a connu les deux faces des ann&#233;es de plomb : l'espoir fi&#233;vreux et la r&#233;pression. Pour son implication dans les actions de l'organisation, elle a pass&#233; vingt&#8209;&#173;cinq ans en d&#233;tention. Rencontr&#233;e &#224; Paris, elle revient sur ce pan d'histoire et sur l'&#339;uvre litt&#233;raire qui d&#233;sormais l'occupe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand j'entre dans ce petit caf&#233; du 2e arrondissement parisien, il y a un moment de flottement. Entour&#233;e de quelques amis, vieux camarades de lutte des Brigades rouges (BR) immigr&#233;s en France il y a un bail pour &#233;chapper aux foudres de la r&#233;pression, Barbara Balzerani remarque : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes jeune...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela semble l'&#233;tonner. Comme si ces histoires de lutte arm&#233;e appartenaient aux gens de sa g&#233;n&#233;ration, n&#233;s dans l'imm&#233;diat apr&#232;s&#8209;&#173;guerre. Mais la surprise pass&#233;e, elle se fait vite amicale et concentr&#233;e, ses paroles traduites par un camarade. Chacun de ses mots est pes&#233;, soupes&#233;. Non tant par m&#233;fiance que par volont&#233; de justesse : on ne badine pas avec le plomb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour point de d&#233;part de l'entretien, &lt;i&gt;Camarade Lune&lt;/i&gt;, livre publi&#233; en 1998 en Italie et tout juste traduit en fran&#231;ais par les belles &#233;ditions Cambourakis. Soit le r&#233;cit sensible d'une vie d&#233;di&#233;e &#224; l'engagement politique, de la naissante autonomie ouvri&#232;re &#8211; &#171; &lt;i&gt;quand tous les m&#233;canismes sautaient&lt;/i&gt; &#187; &#8211; aux actions de plus en plus &#171; ambitieuses &#187; des BR, jusqu'&#224; son arrestation en 1982, suivie de longues ann&#233;es de prison. Des pages dans lesquelles elle revient notamment sur le point de basculement qu'a constitu&#233; l'enl&#232;vement puis l'assassinat d'Aldo Moro&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leader du puissant parti D&#233;mocratie chr&#233;tienne et partisan de l'alliance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en 1978, auquel son organisation sera &#224; tout jamais associ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre comme dans l'entretien retranscrit ci&#8209;&#173;contre&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'entretien est par ailleurs assorti de quelques phrases prononc&#233;es lors de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Barbara Balzerani ne cherche ni absolution ni piti&#233;. 25 ans de prison n'ont pas entam&#233; sa d&#233;termination. Ton assur&#233;, regard franc, paroles pr&#233;cises, elle souhaite avant tout remettre les choses dans leur contexte. Et parler sans fard de ce moment &#171; &lt;i&gt;o&#249; l'Italie cultivait promesse et maladie&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Belle formule de Mimmo Sammartino, qui signe la postface de l'ouvrage.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Puisque &#171; &lt;i&gt;repartir de z&#233;ro est impossible&lt;/i&gt; &#187;, il faut regarder le pass&#233; en face. Et se d&#233;barrasser des &#339;ill&#232;res : &#171; &lt;i&gt;Comment se fait&#8209;&#173;il qu'on ne mette pas devant leurs responsabilit&#233;s ceux qui ont tir&#233; le premier coup, hypoth&#233;quant ainsi les ann&#233;es &#224; venir ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des Brigades Rouges &#224; la litt&#233;rature, une lutte de plume et de plomb&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai commenc&#233; &#224; r&#233;diger &lt;i&gt;Camarade Lune&lt;/i&gt; au moment o&#249; je retrouvais le monde ext&#233;rieur en semi&#8209;&#173;libert&#233;, apr&#232;s de longues ann&#233;es d'enfermement. Le texte est sorti tr&#232;s rapidement, d'un jet. En fait, il &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#234;t dans ma t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enferm&#233;e, je ne m'&#233;tais pas rendue compte de tout ce qui avait chang&#233; hors les murs. Une fois dehors, le choc a &#233;t&#233; rude : je ne retrouvais rien de familier. J'&#233;tais totalement isol&#233;e, sans rep&#232;res. C'est pourquoi la lune a pris pour moi une telle importance : dans cet univers boulevers&#233;, c'&#233;tait le seul interlocuteur valable, intangible. Je me suis donc adress&#233;e &#224; elle, qui m'offrait en outre la possibilit&#233; de parler de loin, avec distance. Et de reprendre la main sur mon histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; une protagoniste active des &#233;v&#233;nements des ann&#233;es 1970 en Italie, lesquels ont &#233;t&#233; tellement d&#233;form&#233;s et mythifi&#233;s que je ne me retrouve absolument pas dans ce qui en est rendu aujourd'hui. Rien ne m'y semble r&#233;el, qu'il s'agisse de livres ou de films. Un exemple entre cent : &lt;i&gt;La Seconde fois&lt;/i&gt; (1996), film avec Nanni Moretti dans lequel une militante des Brigades rouges rencontre bien apr&#232;s les faits l'une de ses &#8220; victimes &#8221;, un homme gravement bless&#233;. J'&#233;tais atterr&#233;e en le voyant, non parce qu'il est mauvais, mais parce que tout est totalement sorti de son contexte, vid&#233; de sens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Ces pages ne s'adressent pas &#224; ceux qui trouvent scandaleux qu'en plus de la survie me soit accord&#233;e la vie, c'est&#8209;&#173;&#224;&#8209;&#173;dire la parole. &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les exergues sont tir&#233;es de Camarade Lune.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On dit toujours que les vainqueurs &#233;crivent l'histoire, c'est encore plus vrai en Italie. La lutte des classes y avait deux protagonistes : les mouvements r&#233;volutionnaires et le Parti communiste italien (le PC le plus puissant d'Europe). Tr&#232;s vite, le second est devenu notre plus grand ennemi, car il &#233;tait le garant de la paix sociale via son alliance avec le pouvoir. Tout ce qui &#233;tait &#224; gauche du PCI &#233;tait diabolis&#233;. Le &#8220; compromis historique &#8221; &lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Strat&#233;gie d'alliance entre les deux partis visant &#224; les r&#233;concilier en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne faisait de nous des ennemis &#224; abattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas de formation d'historienne, si bien que je n'ai jamais eu l'ambition de r&#233;&#233;crire l'histoire des BR. J'ai simplement voulu rendre &#224; la m&#233;moire malade de ce pays une facette de son histoire, celle que j'ai connue. L'objectif ? Expliquer que cette p&#233;riode de ma vie s'inscrivait dans une suite logique. Non, la vie d'un militant des BR n'&#233;tait pas une parenth&#232;se. L'imaginaire collectif nous d&#233;peint comme des martiens, des monstres catapult&#233;s sur la sc&#232;ne de l'histoire. &#199;a ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Moi, qui n'aurais plus r&#233;ussi &#224; trouver le sommeil si j'avais commis ce mal extr&#234;me par int&#233;r&#234;t personnel ou par perfidie, j'&#233;tais en paix avec tout ce que je choisissais de faire et de me faire. Car il arrive parfois que l'on puisse surmonter l'horreur de la mort, mais pas celle d'une vie r&#233;duite &#224; un pr&#233;sent mis&#233;rable. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi &lt;i&gt;Camarade Lune&lt;/i&gt; revient d'abord sur mon ressenti enfantin, celui de fille d'une famille pauvre voyant sa m&#232;re souffrir &#224; l'usine. Je voulais restituer les origines, le film dans sa version enti&#232;re. J'&#233;voque celle que j'&#233;tais, &#8220; la petite fille triste sur la photo &#8221;, pour mieux r&#233;tablir le fondement de ma r&#233;volte. On nous disait alors qu'on ne pouvait pas changer les choses, que l'ordre social &#233;tait fig&#233; : les pauvres seraient toujours l&#224;, comme les patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai par contre eu la chance d'&#234;tre la petite derni&#232;re de ma famille, la seule &#224; pouvoir &#233;tudier. Je b&#233;n&#233;ficiais de ce ph&#233;nom&#232;ne qui a chang&#233; le pays : la scolarisation de masse. Des filles comme moi pouvaient acc&#233;der aux &#233;coles sup&#233;rieures. C'&#233;tait loin d'&#234;tre parfait, mais &#231;a m'a donn&#233; l'occasion de voyager, de d&#233;couvrir la lib&#233;ration sexuelle et de participer aux grandes luttes ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que n'a pas connu ma m&#232;re. Elle a eu une vie atroce, arr&#234;tant l'&#233;cole en CE1 &#224; cause de la guerre et &#233;levant cinq enfants tout en bossant &#224; l'usine. Si elle &#233;tait tr&#232;s s&#233;v&#232;re, elle m'a aussi inculqu&#233; un sens de la responsabilit&#233; &#8211; &#8220; Fais ce que tu veux mais chaque chose a son prix. &#8221; La premi&#232;re fois qu'elle m'a rendu visite en prison, elle n'a pas pleur&#233; et m'a simplement demand&#233; : &#8220; Tu es repentie ? &#8221; Quand j'ai dit non, elle &#233;tait contente. C'est une femme qui vivait sa r&#233;bellion de l'int&#233;rieur, dans un contexte o&#249; on ne lui donnait pas l'occasion de l'exprimer. Elle a tout de suite compris le sens des premi&#232;res actions des BR contre les petits chefs d'usines, parce qu'elle se rappelait sa haine des petits tyrans, des mecs la harcelant toute la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que ma famille, &#233;videmment. Avec Camarade Lune, j'ai voulu redonner des visages et des identit&#233;s aux militants sans recourir aux grands discours id&#233;ologiques. Cela impliquait un passage en revue de ma propre vie. Lequel permettait de montrer qu'&#224; l'instar de mes camarades, je n'&#233;tais en aucun cas un monstre, mais une construction. J'ai voulu redonner un sens &#224; notre parcours, ce dont on nous avait priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1913 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH567/-206-8bcc2.jpg?1779602995' width='400' height='567' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Entre ses mains, rien de moins que l'h&#233;ritage des Brigades Rouges. Il s'agissait de r&#233;sister, de restituer intact leur patrimoine id&#233;al et, s'il devait s'achever, l'enterrer avec ceux qui l'avaient lanc&#233;. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alors que cette histoire reste grav&#233;e dans le c&#339;ur de l'Italie, on n'en retient qu'une petite facette : la matin&#233;e du 16 mars 1978 et l'enl&#232;vement d'Aldo Moro. Soit dix petites minutes, avec ces questions obsessionnelles : qui &#233;tait l&#224; Via Fani, qui ne l'&#233;tait pas... De m&#234;me, beaucoup ont voulu y voir la main des Am&#233;ricains et des Isra&#233;liens. Il faut donc le r&#233;p&#233;ter encore et encore : ce sont des Italiens qui ont men&#233; cette action. Et personne ne les pilotait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des BR, on partageait tous une m&#234;me d&#233;termination, une passion politique. Cela ne veut pas dire que le rapport &#224; la mort &#233;tait ais&#233;. La mort inflig&#233;e aux autres &#233;tait la plus dure &#224; affronter : on ne na&#238;t pas violent. Mais on pensait devoir en passer par l&#224; afin de vaincre cet ennemi beaucoup plus mortif&#232;re que nous. C'est le principe de la derni&#232;re guerre, celle qui doit arr&#234;ter les guerres. En s'y pr&#234;tant, tu t'infliges forc&#233;ment des blessures. Je ne demande ni justification ni approbation, mais cette dimension est l&#224; en moi, elle ne peut pas s'effacer.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le choix des armes &#233;tait le leur, les ennemis bien d&#233;finis, et quoiqu'ils n'aient eu aucun doute quant &#224; la l&#233;gitimit&#233; de recourir &#224; ces moyens extr&#234;mes, ils &#233;taient convaincus que leur vie et celle de leur projet politique mises ensemble ne valaient rien au regard de celle d'un passant innocent. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;&#233;criture historique qui a &#233;t&#233; faite de notre trajectoire, l'enl&#232;vement d'Aldo Moro jette une ombre sur tout le reste. Analyser les BR par le biais de cet unique &#233;pisode est absurde. C'est pourtant ce &#224; quoi s'est attel&#233; le pouvoir, afin de nous d&#233;truire une deuxi&#232;me fois. L'objectif ? Dissocier cette action meurtri&#232;re du contexte, faire comme si elle &#233;tait &#224; part. Cela efface des ann&#233;es de luttes, de conqu&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre pourquoi on en est arriv&#233;s &#224; cette violence, il faut notamment remonter au 11 septembre 1973. Le coup d'&#201;tat au Chili est un coup de semonce pour la gauche r&#233;volutionnaire, qui discutait d&#233;j&#224; de lutte arm&#233;e. &#192; l'&#233;poque, l'internationalisme &#233;tait quelque chose de concret et d'omnipr&#233;sent. Et on a vu dans la trag&#233;die chilienne la preuve que la d&#233;mocratie formelle ne peut pas fonctionner dans notre sens, qu'elle est forc&#233;ment confisqu&#233;e. En outre, l'implication des Am&#233;ricains dans le coup d'&#201;tat de Pinochet a eu d'autant plus de r&#233;sonance en Italie que ceux&#8209;&#173;ci y &#233;taient tr&#232;s pr&#233;sents depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Quand le PC a accept&#233; le compromis propos&#233; par la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, nous pensions ne plus avoir le choix : ne restait plus que la lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Beaucoup, elle y compris, se jur&#232;rent de ne jamais se trouver sans un fusil. Ce massacre an&#233;antissait tout soup&#231;on de cr&#233;dibilit&#233; en l'existence d'une voie pacifique pour atteindre des changements substantiels de gouvernement. [&#8230;] Il fallait devancer l'ennemi, adopter une mentalit&#233; offensive. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser qu'on &#233;tait tr&#232;s jeunes, sans v&#233;ritable exp&#233;rience politique. Notre seule exp&#233;rience de gauche extra&#8209;&#173;parlementaire ? La violence dans la rue, dans les manifs. Certains avaient men&#233; quelques actions, mais rien de tr&#232;s ambitieux. Par contre, il y avait d&#233;j&#224; eu des cycles tr&#232;s forts de luttes collectives, avec l'enracinement de l'autonomie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1960 s'op&#232;re une transformation de la classe ouvri&#232;re. L'immigration en provenance du Sud change la donne : ces ouvriers n'ont ni lien avec les syndicats, ni sp&#233;cialisation. Cela donne naissance &#224; une nouvelle forme d'autonomie ouvri&#232;re, hors des cadres habituels. C'est ce que raconte Nino Balestrini dans Nous voulons tout, une forme de biographie de ce type d'ouvrier. Ce dernier exprime un tr&#232;s fort antagonisme, y compris contre les syndicats traditionnels. Il n'est plus seulement question de salaires ou de changement des conditions de travail, mais de quelque chose de plus vaste, un grand renversement. Cette nouvelle figure sociale se dresse contre les lois du capital et les id&#233;ologies en vigueur. Et elle se montre beaucoup plus susceptible d'utiliser la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BR naissent ainsi, dans les usines du Nord. Elles th&#233;orisent que l'Italie est le maillon faible de la cha&#238;ne capitaliste gr&#226;ce &#224; cette nouvelle figure. C'est d'ailleurs cette derni&#232;re qui explique la particularit&#233; du Mai&#8209;&#173;68 italien, qui s'enracine sur la longueur via la solidarit&#233; entre ouvriers et &#233;tudiants. Un moment fantastique, qui d&#233;bouche sur de belles conqu&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre dans les BR apr&#232;s l'enl&#232;vement du juge Sossi, en 1974. Il se conclut par un enfumage du pouvoir, lequel promet de lib&#233;rer des prisonniers s'il est rel&#226;ch&#233; mais n'en fait rien. C'est un moment de basculement : les BR ne visent plus seulement l'usine et ses chefs, mais s'attaquent d&#233;sormais &#224; l'&#201;tat. Point important : cette action est bien re&#231;ue dans les quartiers populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous &#233;tions isol&#233;s sur la fin, ce n'&#233;tait pas le cas au d&#233;but. Rien &#224; voir avec la situation d'Action directe en France ou de la RAF en Allemagne. Nous avions le soutien d'une partie de la rue. Si &#231;a n'avait pas &#233;t&#233; le cas, on n'aurait jamais tenu aussi longtemps. Le coup d'arr&#234;t se situe en 1982, avec une r&#233;pression monstrueuse : plus de 6 000 personnes arr&#234;t&#233;es, dont la moiti&#233; prennent au moins vingt ans de taule.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; 1982. L'ann&#233;e de la d&#233;faite. Le cumul des erreurs et de la faiblesse politique trouve son point de coagulation. Divisions internes, batailles perdues, arrestations massives, camarades tortur&#233;s. Et, signe flagrant de l'importance de la crise politique, l'infamie des tra&#238;tres. Les fr&#232;res d'hier se mettaient &#224; d&#233;noncer les autres, devenant leurs juges et leurs chasseurs. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des BR est mal connue parce qu'il y a eu une confiscation de la parole. La loi sur les repentis et les dissoci&#233;s&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Figures juridiques institu&#233;es dans les ann&#233;es 1982 : le repenti fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; a nui &#224; la v&#233;rit&#233; : ceux qui parlaient le faisaient par int&#233;r&#234;t, tandis que ceux qui refusaient de r&#233;pudier leur pass&#233; se voyaient priv&#233;s de toute parole publique. &lt;i&gt;Camarade Lune&lt;/i&gt; a certes &#233;t&#233; publi&#233; chez Feltrinelli, un &#233;diteur important, mais cela a fait des vagues. Antonio Tabucchi, figure importante de la litt&#233;rature italienne, a tr&#232;s vite pris position contre sa publication, prenant une page enti&#232;re du &lt;i&gt;Corriere Della Serra&lt;/i&gt; pour me d&#233;nier le droit &#224; la parole. Il y avait jusqu'ici eu des recensions positives, notamment concernant mon approche litt&#233;raire, mais Tabucchi n'acceptait pas qu'il y ait une ex&#8209;brigadiste parmi ses pairs. Quand il a fait du chantage aupr&#232;s de Feltrinelli &#8211; &#8220; C'est elle ou moi ! &#8221; &#8211;, la maison n'a pas h&#233;sit&#233; longtemps. J'ai eu beaucoup de mal &#224; retrouver un &#233;diteur pour les livres suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation ne cesse d'empirer &#224; cet &#233;gard. L'&#233;crivain Erri De Luca disait il y a quelques ann&#233;es : &#8220; &lt;i&gt;Aujourd'hui, il faut plus de courage qu'autrefois pour publier un livre de Barbara Balzerani.&lt;/i&gt; &#8221; Le climat m&#233;diatique et politique continue &#224; se d&#233;t&#233;riorer. Si bien que l'histoire des BR se trouve plus que jamais trait&#233;e comme un fait divers. Notre trajectoire est coup&#233;e de l'histoire. Cela a deux objectifs. Mettre en garde les mouvements actuels &#8211; &#8220; Voil&#224; ce qui vous arrivera si vous optez pour la radicalit&#233; &#8221;, ce qui s'est d'ailleurs v&#233;rifi&#233; avec le r&#233;pression au Val de Suse. Et justifier le comportement du pouvoir pendant ces ann&#233;es&#8209;&#173;l&#224;, les tortures, les arrestations injustifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Et &#224; nouveau, le regard s'&#233;claire et se pose sur le monde pour observer. Suis&#8209;&#173;je d&#233;j&#224; au&#8209;&#173;del&#224; ?
Que va&#8209;&#173;t&#8209;&#173;il m'arriver ? Quel mal r&#233;ussirai&#8209;&#173;je encore &#224; me faire ? Camarade lune. Ensemble, complices, sera&#8209;&#173;t&#8209;&#173;il encore possible de r&#234;ver de r&#233;duire les marchands &#224; l'impuissance ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La lutte arm&#233;e a dur&#233; plus de dix ans. Aucun mouvement ne dure aussi longtemps s'il n'est pas soutenu et justifi&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre. Et le pouvoir n'a jamais accept&#233; qu'il puisse y avoir la moindre forme de justification. Voil&#224; pourquoi il est n&#233;cessaire de nous d&#233;peindre comme des monstres, de priver notre action pass&#233;e de tout contexte. Ma d&#233;marche se situe a l'exact oppos&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Leader du puissant parti D&#233;mocratie chr&#233;tienne et partisan de l'alliance avec le PCI, Aldo Moro est enlev&#233; le 16 mars 1978 et assassin&#233; apr&#232;s 55 jours de d&#233;tention, son parti comme le gouvernement ayant refus&#233; toute forme de n&#233;gociation avec les ravisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'entretien est par ailleurs assorti de quelques phrases prononc&#233;es lors de la rencontre organis&#233;e par la librairie parisienne Petite &#201;gypte, le 20 septembre dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Belle formule de Mimmo Sammartino, qui signe la postface de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Toutes les exergues sont tir&#233;es de &lt;i&gt;Camarade Lune&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Strat&#233;gie d'alliance entre les deux partis visant &#224; les r&#233;concilier en faisant entrer le Parti communiste au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Figures juridiques institu&#233;es dans les ann&#233;es 1982 : le repenti fait volte&#8209;&#173;face, tandis que le dissoci&#233; adopte une position interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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