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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les &#171; principes &#187; du Miroir</title>
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		<dc:creator>Nicolas Rami</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;&#171; Kopa se saisit du ballon assez loin du but et feinta successivement quatre ou cinq adversaires. Chaque fois, il levait la t&#234;te, attendant qu'un de ses partenaires d&#233;marre pour lui glisser la balle dans les meilleures conditions. Mais rien ne se passait, si bien qu'il trompa &#233;galement le gardien et poussa comme oblig&#233; le ballon dans les filets. Alors que ses partenaires l'entouraient pour le f&#233;liciter, il les repoussa en secouant la t&#234;te avec d&#233;pit ! &#187; Cette anecdote, racont&#233;e par Jean (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no123-juin-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;123 (juin 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/gouvernail-Francois" rel="tag"&gt;gouvernail Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Kopa se saisit du ballon assez loin du but et feinta successivement quatre ou cinq adversaires. Chaque fois, il levait la t&#234;te, attendant qu'un de ses partenaires d&#233;marre pour lui glisser la balle dans les meilleures conditions. Mais rien ne se passait, si bien qu'il trompa &#233;galement le gardien et poussa comme oblig&#233; le ballon dans les filets. Alors que ses partenaires l'entouraient pour le f&#233;liciter, il les repoussa en secouant la t&#234;te avec d&#233;pit !&lt;/i&gt; &#187; Cette anecdote, racont&#233;e par Jean Levron&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Levron, sous le nom de Jean Norval, Des ann&#233;es de braise aux ann&#233;es&#8230; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, conforte &#224; rebours la boutade de Cantona qui sert de titre au dernier livre de Jean-Claude Mich&#233;a, &lt;i&gt;Le plus beau but &#233;tait une passe&lt;/i&gt;. Jean Levron &#233;tait pigiste au &lt;i&gt;Miroir du football&lt;/i&gt;. Lire le &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; aujourd'hui, pour ceux qui aiment le jeu et sombrent d'ennui devant le p&#233;nible spectacle du football moderne, c'est comme respirer un peu d'air frais. Retour sur les &#171; principes &#187; du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; et mise en regard avec le dernier livre de Mich&#233;a.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est en janvier 1960 que para&#238;t le premier num&#233;ro du mensuel &lt;i&gt;Le Miroir du football&lt;/i&gt;, avec &#224; son gouvernail Fran&#231;ois Th&#233;baud. Le magazine est publi&#233; par les &#233;ditions J, propri&#233;t&#233; du Parti communiste. Pourtant, aucun des journalistes ne fut membre du Parti et, jusqu'en 1976&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1976, les propri&#233;taires du journal voulurent reprendre la main et lui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, &#233;tonnamment, celui-ci laissa toute libert&#233; &#224; la r&#233;daction, au prix, il est vrai, de quelques coups de gueules &#224; l'occasion desquels Fran&#231;ois Th&#233;baud sut rester ferme sur les &#171; principes &#187;. Mais c'est surtout que le &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; se vendait bien et, tout stalinien qu'on soit, on peut bien laisser quelques libert&#233;s du moment qu'elles rapportent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le premier num&#233;ro, dans une adresse aux footballeurs, Fran&#231;ois Th&#233;baud donne le ton : &#171; &lt;i&gt;Votre sport exige le concours constant de l'intelligence. Ses probl&#232;mes multiformes suscitent les initiatives individuelles les plus &#233;tonnantes, les inspirations cr&#233;atrices collectives les plus stup&#233;fiantes. Et pourtant les esth&#232;tes officiels s'accrochent au culte d&#233;suet des manifestations primaires de l'effort physique.&lt;/i&gt; &#187; Et plus loin : &#171; &lt;i&gt;Si vous recherchez dans nos pages mati&#232;re &#224; satisfaire l'orgueil nationaliste, l'esprit de clocher, ou le culte commercial de la vedette&#8230; Ne poursuivez pas votre lecture. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de ses seize ann&#233;es d'existence, l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Miroir &lt;/i&gt; d&#233;veloppa une analyse du football qui ne d&#233;rogea jamais &#224; ce qu'elle nommait &#171; &lt;i&gt;les principes&lt;/i&gt; &#187; : le refus du r&#233;sultat &#224; tout prix et du r&#233;alisme sans scrupule ; le m&#233;pris de la prudence et des tactiques d&#233;fensives. &#192; rebours du culte vou&#233; au rendement et &#224; l'efficacit&#233;, les journalistes du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; d&#233;fendaient une conception offensive et cr&#233;ative du football, fond&#233;e sur la passe courte qui cherche le d&#233;s&#233;quilibre de l'&#233;quipe adverse. Car il ne s'agit pas d'attendre, de &#171; b&#233;tonner &#187; pour contre-attaquer, de chercher le coup-franc ou de guetter la moindre erreur d&#233;fensive. Jean Levron, en juillet 1960 : &#171; &lt;i&gt;Seul un syst&#232;me de jeu bas&#233; sur la passe courte et le d&#233;sir constructif peut procurer &#224; ses pratiquants une confiance collective v&#233;ritable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;cisera toutefois que le mensuel ne s'int&#233;ressait pas qu'au football professionnel et se penchait aussi sur le football amateur et les &#233;quipes de jeunes. La plupart des journalistes eux-m&#234;mes pratiquaient leur sport dans des clubs de la r&#233;gion parisienne et, en 1972, certains parmi plus les jeunes, br&#251;lant d'appliquer sur le terrain les principes de jeu d&#233;velopp&#233;s dans le journal, cr&#233;&#232;rent l'Espoir Football Club qui &#233;volua du c&#244;t&#233; de Neuilly-sur-Marne. Une formule de Jean Levron semble bien r&#233;sumer l'atmosph&#232;re dans laquelle baignait la bande du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;l'adh&#233;sion &#224; la conception d'un jeu offensif, cr&#233;atif, humain. Qui doit &#234;tre l'expression pr&#233;monitoire d'une soci&#233;t&#233; digne de ce nom&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH348/footmai68-983bf.jpg?1779606200' width='400' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car le &lt;i&gt;Miroir &lt;/i&gt; n'a jamais dissoci&#233; abstraitement le sport de la soci&#233;t&#233; dans laquelle il se pratique. Et, tout naturellement, il apporta sa contribution aux journ&#233;es de Mai 1968. C'est lors d'une soir&#233;e chez Pierre Lameign&#232;re, journaliste au &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;, que prit forme l'id&#233;e d'occuper le 60 bis, avenue d'I&#233;na, si&#232;ge de la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de football. Le 22 mai au matin, sans violence mais fermement, le cossu b&#226;timent du 16e arrondissement est pris par les mutins&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois-Ren&#233; Simon, Alain Leiblang, Faouzi Mahjoub, Les Enrag&#233;s du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Deux banderoles sont accroch&#233;es sur la fa&#231;ade : &#171; &lt;i&gt;La F&#233;d&#233;ration, propri&#233;t&#233; des 600 000 footballeurs&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt; Le football aux footballeurs !&lt;/i&gt; &#187; Un tract est distribu&#233; ; il porte la signature du Comit&#233; d'action des footballeurs. Au-del&#224; de l'affirmation de la solidarit&#233; avec ceux qui occupent les usines et les universit&#233;s, au-del&#224; aussi de revendications bien pr&#233;cises&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re des revendications concernait l'absurde limitation de la saison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, le texte appelle &#224; &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer le football de l'argent des pseudo-m&#233;c&#232;nes incomp&#233;tents qui sont &#224; l'origine du pourrissement du football.&lt;/i&gt; &#187; Pendant quelques heures, les occupants retiennent dans son bureau celui qui symbolise le football dit &#171; moderne &#187; : l'instructeur national Georges Boulogne, &#171; le baron &#187; comme l'a d&#233;sign&#233; le gardien de l'entr&#233;e du 60 bis. L'historien Alfred Wahl r&#233;sume assez bien le contexte de cette occupation : &#171; &lt;i&gt;C'est Georges Boulogne qui formalise progressivement les conceptions globales de ce qu'il appelle le football moderne. L'objectif central consiste &#224; rechercher l'adaptation de la pratique du jeu fran&#231;ais aux r&#232;gles de fonctionnement de l'&#233;conomie moderne et &#224; la comp&#233;tition internationale en ce domaine.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Le football doit cesser d'&#234;tre une &#8220;activit&#233; ludique&#8221; pour devenir une &#8220;activit&#233; &#233;ducative&#8221;. &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Le football doit se caract&#233;riser davantage par la rigueur ; il est apprentissage de la discipline.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Boulogne calque sur le football les concepts qui ont cours dans la pens&#233;e &#233;conomique du temps et qui s'appellent croissance, industrialisation, performance, etc. &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Cette orientation conduit &#224; renoncer au jeu improvis&#233;, brillant, fond&#233; sur les initiatives individuelles et qui fut celui pr&#233;conis&#233; par Albert Batteux, &#224; Reims, et quelques autres techniciens.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Wahl, &#171; Le Mai 68 des footballeurs fran&#231;ais &#187;, Vingti&#232;me Si&#232;cle, 26, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; C'est ici que la contestation dans le football, port&#233;e par le &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;, rejoint la critique de l'organisation du travail exprim&#233;e par les ouvriers gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de discours sur les bonnes raisons qu'il y aurait de jouer au football, on en oublierait presque que la premi&#232;re raison du jeu, c'est le plaisir du jeu. Et puisqu'on parle d'un sport collectif, on en oublierait presque que la premi&#232;re raison du football, c'est le plaisir que chacun prend dans la r&#233;alisation d'une action men&#233;e &#8211; parfois pens&#233;e &#8211; de fa&#231;on collective, avec toujours en t&#234;te le souci que chacun puisse trouver sa place, sans intimidation ni condescendance, dans l'organisation du jeu. C'est-&#224;-dire ce que devrait &#234;tre, ou du moins ce que pourrait &#234;tre aussi, le travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH519/foot-miroir-du-foot-7ea0c.jpg?1779630305' width='400' height='519' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Les id&#233;es du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;, l'onde de choc de Mai 68 et l'occupation de la F.F.F., ont trouv&#233; ailleurs leurs prolongements. En 1973, Georges Boulogne et la F&#233;d&#233;ration obtiennent un arr&#234;t&#233; minist&#233;riel qui impose aux clubs amateurs de Division d'Honneur d'engager &#8211; et donc de r&#233;tribuer &#8211; un entra&#238;neur dipl&#244;m&#233; (c'est-&#224;-dire form&#233; sous la houlette des affid&#233;s de M. Boulogne). C'est pour s'opposer &#224; cette nouvelle tentative de mise au pas que va &#233;merger le Mouvement football-progr&#232;s, dont le centre est le Stade Lamballais, dans les C&#244;tes-du-Nord&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Claude Trotel, Football je t'aime&#8230; moi non plus. Le football : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. La Bretagne est alors au c&#339;ur de cette conception constructive et offensive ch&#232;re au &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;. Le FC Nantes de Jos&#233; Arribas remporte le championnat en 1965, 1966 et 1973 ; le Stade Rennais de Jean Prouff, adepte du 4-2-4, remporte la Coupe de France en 1965 et 1971. Jean Prouff, qu'un jeune joueur du Finist&#232;re, Christian Gourcuff, rencontra &#224; Rennes en 1972 et suivit en troisi&#232;me division du c&#244;t&#233; de Bern&#233; dans le Morbihan. Christian Gourcuff, adolescent, &#233;tait avec ses copains de jeu un fid&#232;le lecteur du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;. Plus tard, il noua des liens d'amiti&#233; avec Fran&#231;ois Th&#233;baud et sa bande. Sans y adh&#233;rer formellement, il a toujours suivi de pr&#232;s les r&#233;flexions du &#171; football-progr&#232;s &#187; qui &#233;mergeaient du c&#244;t&#233; de Lamballe. Pr&#233;fa&#231;ant le livre que lui a consacr&#233; Lo&#239;c Bervas, Christian Gourcuff r&#233;affirme les &#171; principes &#187; simples et g&#233;n&#233;reux qui furent toujours ceux du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Ce livre n'est pas une biographie, mais un t&#233;moignage de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; dans laquelle l'opportunisme a remplac&#233; le courage, le profit l'&#233;thique, au travers du football depuis un demi-si&#232;cle. Le t&#233;moignage aussi d'une recherche permanente d'&#233;motions dans la pratique d'un &#8220;autre football&#8221; &#224; la fois esth&#233;tique et moral, o&#249; le beau et le bon cohabitent.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lo&#239;c Bervas, Christian Gourcuff. Un autre regard sur le football, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187; Cette vision du jeu, &#233;minemment collective, est constamment pens&#233;e dans le but de d&#233;velopper les qualit&#233;s et le plaisir individuels des joueurs. En cette fin de saison 2013-2014, Christian Gourcuff vient de quitter le FC Lorient, parce que la cohabitation &#233;tait devenue impossible avec son pr&#233;sident Lo&#239;c Ferry, requin sans gloire de la City.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, malgr&#233; l'argent et les vents contraires, il y a la permanence d'une conception d'un football humain qui parvient encore &#224; &#233;merger, m&#234;me dans les pires recoins du sport professionnel. On l'a dit, c'est &#224; cette &#171; tradition &#187; que Jean-Claude Mich&#233;a se rattache dans son dernier livre,&lt;i&gt; Le plus beau but &#233;tait une passe&lt;/i&gt; (&#233;ditions Climats, 2014). Il y voit la continuation du &lt;i&gt;passing game&lt;/i&gt; qui d&#233;finit, selon lui, depuis la fin du XIXe si&#232;cle, &#171; &lt;i&gt;l'essence m&#234;me du football ouvrier et populaire &#8211; autrement dit, construit et tourn&#233; vers l'offensive.&lt;/i&gt; &#187; Certains historiens nous rapportent en effet que c'est lorsque les ouvriers s'appropri&#232;rent le football que le jeu &#233;volua d'une conception individualiste et aristocratique (le&lt;i&gt; dribbling game&lt;/i&gt;) au jeu collectif des ouvriers (le &lt;i&gt;passing game&lt;/i&gt;). &#192; cette dimension collective, qui serait inh&#233;rente au football populaire, Mich&#233;a associe &#233;galement la notion de fair-play. On aurait donc un football populaire qui serait l'expression d'une conception collective du jeu, d'un refus de la tricherie et du chauvinisme &#171; support&#233;riste &#187;. On fera ici quelques remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer que le passage du &lt;i&gt;dribbling game&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;passing game&lt;/i&gt; serait la cons&#233;quence de l'appropriation du football par les ouvriers appara&#238;t de prime abord discutable&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Angleterre, les r&#232;gles du football ont &#233;t&#233; codifi&#233;es pour la premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Surtout, la notion de fair-play ne semble pas forc&#233;ment aller de soi avec une conception populaire du football. La main de Maradona en 1986 ou celle de Thierry Henry en 2009, pour prendre des exemples c&#233;l&#232;bres, ont suscit&#233; d'excellents d&#233;bats sur l'&#233;thique &#224; tous les comptoirs de France, mais ces d&#233;bats ne furent jamais tranch&#233;s. Ce qui a suscit&#233; l'opprobre universelle, ce n'est pas la main de Thierry Henry, mais son comportement &#224; la fin du match o&#249;, apr&#232;s son coup de vice monumental, il chercha &#224; consoler et &#224; relever les Irlandais &#224; terre, d&#233;pit&#233;s. En 1938, dans son essai sur le jeu, Johan Huizinga notait : &#171; &lt;i&gt;Suivant notre conception, le recours &#224; la ruse et &#224; la tromperie brise et abolit le caract&#232;re ludique de la comp&#233;tition. Toutefois, la culture archa&#239;que ne donne pas raison sur ce point &#224; notre jugement moral, pas plus que l'esprit populaire.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Johan Huizinga, Homo ludens, (1938), Gallimard, Tel, 1988, p. 93.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera &#233;galement qu'il y a une autre conception du football, tout aussi populaire, qui se soucie peu d'esth&#233;tique et o&#249; ce qui importe c'est avant tout la vaillance des joueurs, leur g&#233;n&#233;rosit&#233;, qui ne s'exprime pas tant par le jeu de passes que par la capacit&#233; &#224; &#171; mouiller le maillot &#187;. Le go&#251;t de l'offensive est pr&#233;sent, mais d'abord sur le mode du &lt;i&gt;kick and rush&lt;/i&gt; anglais. Cette conception se fonde sur un attachement profond &#224; une communaut&#233;, un village ou un quartier, une ville ou un pays. C'est souvent le football de club du dimanche apr&#232;s-midi&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du c&#244;t&#233; de la sociologie, on peut lire l'article de Jean-Michel Faure, &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. C'est aussi, parfois, le football qui d&#233;g&#233;n&#232;re dans le chauvinisme le plus brutal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne semble pas qu'il y ait &#171; &lt;i&gt;une essence m&#234;me du football populaire&lt;/i&gt; &#187; mais bien plut&#244;t deux conceptions qui s'opposent, se m&#233;langent et sont au c&#339;ur du plaisir de la palabre sur le football. Le football moderne, le football-business, &#233;tranger &#224; toute &#233;thique, s'appuie &#233;videmment sur la version chauvine pour vendre ses matchs et ses maillots. Les supporters ultras pr&#233;tendument &#171; radicaux &#187; n'expriment bien souvent que la radicalit&#233; du commerce. La &#171; tradition &#187; du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;, parce qu'elle est ancr&#233;e, profond&#233;ment, &#224; des &#171; principes &#187; nous pr&#233;serve de ces &#233;garements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. B. : &#224; lire l'interview de Jean-Claude Mich&#233;a sur le site &lt;a href=&#034;http://www.sofoot.com/blogs/marxist/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Never trust a marxist in football&lt;/a&gt; ! (un des rares blogs consacr&#233;s au football qui m&#233;ritent le d&#233;tour). Jean-Claude Mich&#233;a y &#233;voque des sujets qui ont &#233;t&#233; abord&#233;s ici, sur l'attachement local, sur Cruyff et le &#171; football total &#187; des Hollandais notamment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean Levron, sous le nom de Jean Norval, &lt;i&gt;Des ann&#233;es de braise aux ann&#233;es&#8230; de p&#232;ze&lt;/i&gt;, 2001. Ce livre a &#233;t&#233; &#233;dit&#233; apr&#232;s sa mort par ses amis, fid&#232;les du &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.miroirdufootball.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Miroir&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1976, les propri&#233;taires du journal voulurent reprendre la main et lui donner une orientation plus commerciale. Presque tous les journalistes du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; d&#233;missionn&#232;rent. Ce fut la fin du &lt;i&gt;Miroir du football&lt;/i&gt;. Le journal disparut officiellement en 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fran&#231;ois-Ren&#233; Simon, Alain Leiblang, Faouzi Mahjoub, &lt;i&gt;Les Enrag&#233;s du football. L'autre Mai 68&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La premi&#232;re des revendications concernait l'absurde limitation de la saison de football d'octobre &#224; mai, excluant donc les beaux jours d'&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alfred Wahl, &#171; Le Mai 68 des footballeurs fran&#231;ais &#187;, &lt;i&gt;Vingti&#232;me Si&#232;cle&lt;/i&gt;, 26, avril-juin 1990, p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir Jean-Claude Trotel, &lt;i&gt;Football je t'aime&#8230; moi non plus. Le football : l'art ou la guerre ?&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lo&#239;c Bervas, Christian Gourcuff. &lt;i&gt;Un autre regard sur le football&lt;/i&gt;, Liv'&#233;ditions, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En Angleterre, les r&#232;gles du football ont &#233;t&#233; codifi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 1863. La r&#232;gle du hors-jeu interdit alors toute passe en avant, comme dans le rugby d'aujourd'hui. En 1866, la r&#232;gle est chang&#233;e : d&#233;sormais, pour ne pas &#234;tre consid&#233;r&#233; en position de hors-jeu, il suffit que l'attaquant ait au moins trois d&#233;fenseurs devant lui. Cette nouvelle r&#232;gle a eu sur le d&#233;veloppement du jeu de passes une influence &#233;vidente. Sur son site officiel, comme il se doit, la FIFA n'&#233;voque jamais comme possible explication de la naissance du jeu de passes l'irruption des ouvriers dans le football. Selon les historiens, le d&#233;veloppement du &lt;i&gt;passing game&lt;/i&gt; est li&#233; aux ouvriers du Queens Park de Glasgow.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Johan Huizinga, Homo ludens, (1938), Gallimard, Tel, 1988, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Du c&#244;t&#233; de la sociologie, on peut lire l'article de Jean-Michel Faure, &#171; Les &#8220;fouteux&#8221; de Voutr&#233; &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 80, novembre 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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