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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Une paire de sandales pour quatre</title>
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		<dc:date>2012-03-14T05:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Papazian</dc:creator>


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&lt;p&gt;L'Afghanistan, c'est les talibans, la barbarie contenue par l'Occident, les soldats fran&#231;ais qui distribuent des bonbons au m&#233;pris de leur vie, les envoy&#233;s sp&#233;ciaux qui crapahutent entre civilisateurs et preneurs d'otages. Celui de CQFD n'a rien vu de tout &#231;a. Le con ! Il est vir&#233;. Il n'en faut pas beaucoup pour sortir les armes. Un khan mongol, B&#226;bur, a envahi l'Afghanistan parce qu'il avait go&#251;t&#233; les melons de Kaboul. Je suis dans le jardin fleuri de la maison o&#249; j'habite et mange un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-en-faut" rel="tag"&gt;n'en faut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Babur" rel="tag"&gt;B&#226;bur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Empereur-Babur" rel="tag"&gt;Empereur B&#226;bur&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Afghanistan, c'est les talibans, la barbarie contenue par l'Occident, les soldats fran&#231;ais qui distribuent des bonbons au m&#233;pris de leur vie, les envoy&#233;s sp&#233;ciaux qui crapahutent entre civilisateurs et preneurs d'otages. Celui de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'a rien vu de tout &#231;a. Le con ! Il est vir&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'en faut pas beaucoup&lt;/strong&gt; pour sortir les armes. Un khan mongol, B&#226;bur, a envahi l'Afghanistan parce qu'il avait go&#251;t&#233; les melons de Kaboul. Je suis dans le jardin fleuri de la maison o&#249; j'habite et mange un melon. Empereur B&#226;bur, t'es pardonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est r&#234;che, comme pays. Deux cent six dollars de revenu par an et par habitant, 70 % d'analphab&#232;tes, une esp&#233;rance de vie de quarante-quatre ans pour les hommes, moins pour les femmes. Enfin un peu de justice sur cette plan&#232;te : l'Afghanistan est le seul pays au monde o&#249; les hommes vivent plus longtemps que les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le jardin, une photographe fran&#231;aise me montre des images d'Afghans de Paris. Elle vient juste de les remettre &#224; leurs familles de Kaboul, dont la plupart ont tout vendu pour donner &#224; leur meilleur fils une autre vie. Un jeune homme sourit sur fond de Notre-Dame, belle lumi&#232;re, cadrage soign&#233;. La photo trouvera une place de choix sur le mur de la grande pi&#232;ce. Puis elle me sort les tirages qu'elle n'a pas os&#233; montrer aux parents : on y voit le m&#234;me jeune homme en sans-papiers allong&#233; sur un banc dans&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH441/97_ferri_afg-63242.png?1779603163' width='400' height='441' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par ferri
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;un square de la gare de l'Est, un sac Tati pour oreiller, s'endormant dans le froid avec pour couverture la pression terrible d'incarner l'espoir et les r&#234;ves de toute une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Kaboul, direct chez le merlan. Rh&#226;a ! Le frisson du rasoir wahhabite crissant sur ma nuque infid&#232;le. J'aime bien me faire rafra&#238;chir chez les muslims. Tu t'assoies dans un fauteuil de dentiste russe totalement d&#233;truit, tu &#233;coutes une musique lancinante, les coiffeurs sont des pros silencieux au geste assur&#233;, &#231;a ne co&#251;te presque rien et surtout t'es pas oblig&#233; de parler. Avant de me raser, Ramiro (je trouve que &#231;a lui va bien comme nom) me masse les mandibules, une main sur la hanche tout en roulant des yeux. &#199;a a quelque chose de rassurant de savoir que m&#234;me &#224; Kaboul r&#232;gne la loi universelle de la physique capillaire r&#233;gissant le monde myst&#233;rieux du cheveu, insensible &#224; la temp&#233;rature, indiff&#233;rent aux contractions de l'espace-temps. Respect Ramiro, ici il en faut beaucoup plus que dans le Marais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre dans deux jours et me force &#224; faire prendre l'air &#224; mon Leica. Nico, le Belge pour qui je bosse, m'emm&#232;ne au c&#233;l&#232;bre palais du roi Zaher ou de ce qu'il en reste apr&#232;s sa r&#233;fection &#224; l'artillerie lourde. Le palais en ruine cribl&#233; d'impacts tr&#244;ne au sommet d'une butte, en contre-bas des Hazaras jouent au foot en cette douce fin d'apr&#232;s-midi d'Orient. Les Hazaras, c'est un peu leurs bougnoules, aux Afghans, leurs Untermenschen &#224; eux, ceux qui se font piquer leurs terres, qui accomplissent les t&#226;ches les plus d&#233;gradantes et les plus dures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre m&#244;mes, des Kouchis &#8211; les gitans afghans &#8211; nous entourent. Ils ont sept ou huit ans, sont en haillons, sales, tr&#232;s maigres. Sur les quatre, deux n'ont d&#233;j&#224; plus des regards d'enfants. Ils viennent mendier. Le plus maigre pleure sur commande, il a une t&#234;te vraiment sympa, il part dans des sanglots bien huil&#233;s ponctu&#233;s de hurlements stridents. Nico lui demande en dari combien de temps il peut pleurer sans &#233;clater de rire. Le m&#244;me se marre instantan&#233;ment puis se remet &#224; pleurer, et se remarre. Je fouine dans mes poches, je n'ai que trois billets de monnaie locale. Les trois gosses se jettent dessus, le pleureur n'a pas &#233;t&#233; assez rapide, il n'a rien et il se remet &#224; chialer mais pour de bon ce coup-ci. On n'a plus d'argent &#224; lui filer, le gosse couine la d&#233;tresse, on se dirige vers la voiture. Trouver quelque chose, vite. Il n'y a qu'un paquet de clopes, un bidon d'huile et un foulard afghan. On lui donne le foulard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois, il a quelque chose de neuf et de propre &#224; se mettre. Il se pare avec gravit&#233; de ce bout de tissu &#224; un dollar, il se tient droit, il rayonne tel un proph&#232;te, fier et paniqu&#233; &#224; la fois de ne plus tout &#224; fait ressembler &#224; un gueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les raccompagne, ils s'agrippent &#224; chaque index de nos deux mains. Sur le chemin du retour, une bombe de cinq cents kilos a creus&#233; un crat&#232;re parfait de six m&#232;tres de diam&#232;tre sur trois de profondeur. Ils nous l&#226;chent et vont jouer. Ce qui les fait marrer, c'est de courir &#224; toute vitesse sur les bords du crat&#232;re, ils sont tr&#232;s pench&#233;s, presque &#224; l'horizontale, &#231;a les amuse, ils adorent &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce jardin d'enfants farci de shrapnels et d'&#233;clats d'obus, ils ne jouent jamais ensemble, mais chacun &#224; son tour, attendant sagement l'unique paire de sandales qu'ils se partagent pour courir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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