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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>El Far3i : &#171; Cr&#233;er de la vie au milieu de la mort &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Creer-de-la-vie-au-milieu-de-la</link>
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		<dc:date>2025-10-18T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;o Gillet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On a eu le bonheur de tomber sur lui &#224; Vienne en mai dernier, en coulisse d'un concert de soutien aux victimes du g&#233;nocide de Gaza. Membre du groupe de shamstep 47SOUL et auteur d'une &#339;uvre en solo aussi prolifique que poignante, le chanteur palestinien en exil El Far3i met tout son souffle &#224; chanter la libert&#233;, celle dont il a soif pour lui-m&#234;me comme celle qui fut arrach&#233;e &#224; son peuple. Sans la leur, la n&#244;tre n'ira pas loin. Comme le montre encore son dernier album, le magnifique &#171; Rap (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no245-octobre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;245 (octobre 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Leo-Gillet-18340" rel="tag"&gt;L&#233;o Gillet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_6_-2-c5105.png?1779618566' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On a eu le bonheur de tomber sur lui &#224; Vienne en mai dernier, en coulisse d'un concert de soutien aux victimes du g&#233;nocide de Gaza. Membre du groupe de shamstep 47SOUL et auteur d'une &#339;uvre en solo aussi prolifique que poignante, le chanteur palestinien en exil El Far3i met tout son souffle &#224; chanter la libert&#233;, celle dont il a soif pour lui-m&#234;me comme celle qui fut arrach&#233;e &#224; son peuple. Sans la leur, la n&#244;tre n'ira pas loin. Comme le montre encore son dernier album, le magnifique &#171; Rap Sharq El Nahir &#187;, sorti en octobre, El Far3i est de ces artistes qui raniment la flamm&#232;che de l'humanit&#233; dans la nuit des temps obscurs. Il a bien voulu r&#233;pondre &#224; quelques-unes de nos questions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6256 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/245_16_leogillet_rappalestine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH619/245_16_leogillet_rappalestine-5b617.jpg?1779618566' width='500' height='619' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour nombre de gens horrifi&#233;s par le g&#233;nocide &#224; Gaza et sa normalisation en Occident, tes chansons sont d'un immense soutien. Elles aident &#224; tenir bon, comme le dit 47SOUL dans &#171; Hold your ground &#187;. Ma premi&#232;re question est donc : comment vas-tu ? Comment va ta famille ? Comment tu t'y prends toi-m&#234;me pour &#171; tenir bon &#187; au milieu toute cette abomination ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#192; ce stade, je suis juste un type qui part au travail alors que sa journ&#233;e s'annonce exceptionnellement pourrie &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Merci pour cette question. Non, on ne va pas bien. Une grande partie des membres de ma famille c&#244;t&#233; paternel a &#233;t&#233; massacr&#233;e &#224; Gaza. Dix-sept parmi eux, hommes, femmes et enfants, sont morts ensemble dans un m&#234;me bombardement. Quant &#224; la famille de ma m&#232;re, elle vit dans un camp de r&#233;fugi&#233;s &#224; J&#233;nine, en Cisjordanie, qui a &#233;t&#233; &#233;vacu&#233; et assi&#233;g&#233; par l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Je ne sais pas si un jour je pourrais m'y rendre pour visiter les tombes de ma grand-m&#232;re et de mon oncle. Au d&#233;but de cette guerre g&#233;nocidaire sans fin, j'&#233;tais comme fig&#233;, incapable de monter sur sc&#232;ne. J'ai r&#233;ussi &#224; m'y remettre et &#224; pr&#233;sent je m'efforce de poursuivre ma &#8220;vie&#8221;, entre guillemets, mais je m'interroge en permanence sur le sens et la finalit&#233; de tout cela. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu vis en exil au Royaume-Uni, un pays qui fournit des armes &#224; l'arm&#233;e qui massacre ou pers&#233;cute les tiens. Comment continuer &#224; &#233;crire, composer, enregistrer et se produire dans un tel environnement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Je pense aux gens &#224; Gaza qui s'endorment avec une pierre sur leur ventre pour tromper la faim &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai toujours associ&#233; ma carri&#232;re de chanteur au r&#234;ve de lib&#233;ration qui anime les miens, donc, &#224; ce stade, je suis juste un type qui part au travail alors que sa journ&#233;e s'annonce exceptionnellement pourrie. Je reconnais que &#231;a n'a rien de tr&#232;s artistique, mais le peuple auquel j'appartiens a cette capacit&#233; de rester debout et de cr&#233;er de la vie au milieu de la mort. Je pense aux gens &#224; Gaza qui s'endorment avec une pierre sur leur ventre pour tromper la faim, et avant que les larmes me montent aux yeux je me l&#232;ve et fais mon travail comme tout &#234;tre humain vivant. Comme un Palestinien pas encore mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as jou&#233; r&#233;cemment &#224; Vienne, Paris et Beyrouth. Pour un chanteur palestinien, un concert est sans doute toujours un peu plus qu'un concert. &#192; quel point est-ce pesant de devoir &#234;tre porte-parole et &#233;tincelle en m&#234;me temps que musicien et chanteur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mes chansons sont autant de mises en garde contre ce qui se d&#233;roule sous nos yeux en ce moment, donc j'&#233;prouve de l'inqui&#233;tude &#224; les chanter, mais pas d'embarras. Bien s&#251;r, aucun artiste n'a envie de voir des photos d'enfants br&#251;l&#233;s vifs cinq minutes avant de monter sur sc&#232;ne. Je veux dire&#8230; tu as raison, &#8220;tenir bon&#8221; est plus facile &#224; dire qu'&#224; faire. L'absence de choix nous rend encore plus Palestiniens chaque jour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;47SOUL a cr&#233;&#233; un genre musical, le shamstep, qui m&#234;le rap, &#233;lectro et dabke, la danse populaire traditionnelle palestinienne. Dans ton &#339;uvre solo, tu montres une autre facette, plus intimiste et po&#233;tique. D'o&#249; te vient cette identit&#233; multiple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Pour nous, Palestiniens, la musique sert avant tout &#224; archiver notre exp&#233;rience &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me d&#233;finis d'abord comme batteur et parolier. La musique, pour moi, c'est d'abord une affaire de percussions. C'est le fil qui relie toutes mes identit&#233;s. Dans mon travail en solo, j'ai un alter ego rappeur nomm&#233; Far3i El Madakhil, dont les rythmes irriguent aussi le r&#233;pertoire de 47SOUL. Et le versant plus m&#233;lodieux de mes morceaux shamstep ou shaabi avec 47SOUL se retrouve dans la douceur de El Far3i&#8230; De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, je suis int&#233;ress&#233; par tout ce qui touche &#224; la nature sociale de la personne humaine, &#224; la philosophie du lien entre groupe et individu. Dans mon art je veux d&#233;montrer qu'il y a un &#8220;bon tribalisme&#8221; comme il y a un bon individualisme. En tant que musulman et Arabe palestinien vivant dans le monde d'aujourd'hui, je n'ai pas de temps &#224; consacrer &#224; autre chose qu'&#224; cela pour tenter de comprendre mon peuple et de me comprendre moi-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/el_far3i-1265_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/el_far3i-1265_1_-98b47.jpg?1779618569' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un artiste palestinien est par d&#233;finition un artiste politique. R&#234;ves-tu d'un monde o&#249; tu pourrais juste chanter des chansons d'amour et parler de choses l&#233;g&#232;res, comme n'importe quel chanteur occidental ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oh oui ! Je crois que tout chanteur engag&#233; r&#234;ve de &#231;a. Cela dit, il y a plus de chanteurs engag&#233;s en Occident que dans le monde arabe. Peut-&#234;tre parce que les chanteurs arabes qui ont une conscience politique ont &#233;t&#233; jet&#233;s en prison avant d'avoir pu obtenir la moindre reconnaissance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Vienne on t'a vu sur sc&#232;ne avec Asifeh, l'un des fondateurs de Ramallah Underground, un collectif pionnier du rap palestinien, dont vous avez repris ensemble le titre culte &#171; Sijen ib Sijen &#187; (&#171; une prison dans la prison &#187;). Les rappeurs palestiniens, en exil ou non, paraissent li&#233;s par une forte solidarit&#233;. Dans quelle mesure te sens-tu &#224; l'aise avec la culture plus individualiste du rap occidental ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne crois pas que ce soit une affaire d'opposition entre Arabes et Occidentaux. La vraie diff&#233;rence, selon moi, se situe entre underground et commerce. Au fur et &#224; mesure que le versant business de la cr&#233;ation musicale gagne en force, au point de g&#233;n&#233;rer une hyper-commercialisation de la musique, le sens de l'individualisme grandit et acc&#233;l&#232;re la fragmentation des communaut&#233;s. Il n'y a pas de mal &#224; ce qu'une musique soit commerciale jusqu'&#224; un certain degr&#233;, mais quand le profit devient la mesure de toute chose, l'esprit collectif se d&#233;lite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#171; Wallada &#187;, un titre magnifique que tu as enregistr&#233; avec la grande chanteuse palestinienne Rola Azar, il y a ces vers : &#171; Quelle que soit la dur&#233;e de l'obscurit&#233;, nous ne nous inclinerons pas devant le destin, car c'est notre maison et elle sera toujours belle. &#187; As-tu parfois le sentiment que l'art est le dernier refuge d'une Palestine libre et d'un monde vivable ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'art, dans un tel contexte, est &#224; la fois un baume et une alarme. Je ne crois pas qu'il soit la solution, mais je ne crois pas non plus qu'il puisse y avoir de solution sans lui. Les solutions apparaissent lorsqu'un certain nombre de facteurs s'alignent, et la culture et l'art en font certainement partie. Je ne voudrais pas exag&#233;rer le r&#244;le de la musique, mais je ne peux pas ignorer &#224; quel point elle m'a transform&#233;. Je veux juste pouvoir jouer mon r&#244;le. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tamer Nafar, du groupe DAM, a &#233;crit : &#171; Je pensais que l'art pouvait changer le monde. Aujourd'hui, je le vois plut&#244;t comme la bo&#238;te noire d'un avion : elle ne permet pas d'assurer l'atterrissage, elle peut seulement documenter le crash. &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tamer Nafar, &#171; What can Palestinian artists do in the face of our slaughter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'a pas tort. L'art alimente un imaginaire qui s'oppose &#224; la logique g&#233;nocidaire, en ce sens il peut contribuer &#224; faire bouger les lignes, mais il serait absurde de pr&#233;sumer qu'il peut faire cela rapidement et efficacement. Dans les faits, pour nous, Palestiniens, la musique sert avant tout &#224; archiver notre exp&#233;rience. Elle est un moyen de sauver notre identit&#233; et notre culture de leur effacement programm&#233;. Et nous jouons de la musique avec encore plus d'urgence aujourd'hui que par le pass&#233;, parce que nous faisons face &#224; une tentative encore plus massive de d&#233;truire nos existences. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Olivier Cyran&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire aussi :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Cisjordanie-recolter-malgre-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cisjordanie : r&#233;colter malgr&#233; les colons&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Les-empires-s-epuisent-avant-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Mathieu Rigouste : &#171; Les empires s'&#233;puisent avant les peuples &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Un-mois-de-mobilisations' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un mois de mobilisations internationales pour la Palestine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tamer Nafar, &#171; What can Palestinian artists do in the face of our slaughter ? &#187;, +972 Magazine (11/07/2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Cinquante ann&#233;es de braise</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Cinquante-annees-de-braise</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Cinquante-annees-de-braise</guid>
		<dc:date>2023-05-29T12:14:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En ce mois de mai 2053, CQFD c&#233;l&#232;bre en grande pompe ses cinquante ans. Reportage en direct live par un des fondateurs du journal. Un fr&#233;missement parcourt la foule mass&#233;e dans l'atrium de la tour CQFD lorsque le vieil homme s'avance vers le pupitre. Il marche difficilement, appuy&#233; sur une canne en bois d'acab et arborant un veston noir bard&#233; de m&#233;dailles en nougat &#224; l'effigie du Chien rouge. Le survivant des Premiers Temps Glorieux se hisse p&#233;niblement sur le podium et tapote le micro, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no220-mai-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;220 (mai 2023)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En ce mois de mai 2053, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; c&#233;l&#232;bre en grande pompe ses cinquante ans. Reportage en direct &lt;i&gt;live&lt;/i&gt; par un des fondateurs du journal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_ll-de-mars_logo.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/web_ll-de-mars_logo-cad08.jpg?1779618570' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par LL de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;n fr&#233;missement parcourt la foule mass&#233;e dans l'atrium de la tour CQFD lorsque le vieil homme s'avance vers le pupitre. Il marche difficilement, appuy&#233; sur une canne en bois d'acab&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bois d'acab : nom donn&#233; au mat&#233;riau issu de la transformation des matraques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et arborant un veston noir bard&#233; de m&#233;dailles en nougat &#224; l'effigie du Chien rouge. Le survivant des Premiers Temps Glorieux se hisse p&#233;niblement sur le podium et tapote le micro, d&#233;clenchant un roulement de tonnerre qui fait sursauter l'assistance. Durant quelques secondes, son regard s'immobilise sur l'imposant bouledogue en ferraille de r&#233;cup' &#233;rig&#233; ce matin m&#234;me au centre de l'atrium. Accroch&#233;e au monument, une tapisserie en fibres de k&#233;pis recycl&#233;s c&#233;l&#232;bre en lettres multicolores &#171; &lt;i&gt;50 ans d'exp&#233;rimentations sociales&lt;/i&gt; &#187;. Le vieil homme s'arrache &#224; sa contemplation et s'&#233;claircit la voix.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;On avait dit : mordre et tenir. Eh bien, nous avons mordu et tenu ! Et pas qu'un peu, nom d'un sac &#224; bretelles !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Aheum&#8230; Chers amis, ch&#232;res amies, chers camarades, gros &lt;i&gt;big up&lt;/i&gt; &#224; tout le monde ! Bravo, bien jou&#233; ! On avait dit : mordre et tenir. Eh bien, nous avons mordu et tenu ! Et pas qu'un peu, nom d'un sac &#224; bretelles ! &lt;i&gt;[Salve de hourras et d'applaudissements.]&lt;/i&gt; Ce qu'il fallait dire, nous l'avons dit, ce qu'il fallait d&#233;truire, nous l'avons d&#233;truit, ce qu'il fallait d&#233;velopper, nous l'avons d&#233;velopp&#233; pardi ! Enfin, presque&#8230; Je veux dire, bon, le capitalisme est mort, &lt;i&gt;finito&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;kaputt&lt;/i&gt;, on revient pas l&#224;-dessus. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e a &#233;t&#233; abrog&#233;e, la police dissoute, le travail mutualis&#233; et r&#233;duit &#224; son strict minimum, le droit &#224; la sieste inscrit dans la Constitution, la fortune des gros riches confisqu&#233;e et redistribu&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a ras&#233; les fronti&#232;res, supprim&#233; les visas et r&#233;cup&#233;r&#233; les barbel&#233;s pour en faire des tuteurs &#224; tomates. Chacun peut aller, venir et s'installer o&#249; bon lui semble, on s'en fout, on a tous et toutes les m&#234;mes droits, et rien qu'avec les &#233;normes stocks issus du programme d'autor&#233;duction g&#233;n&#233;rale on est tous &#224; l'aise pour encore au moins deux si&#232;cles. L'&#201;lys&#233;e est devenu un centre de loisirs, par contre je ne sais pas o&#249; en est le projet de transformer le poste de commandement militaire en piscine &#224; balles autog&#233;r&#233;e&#8230; &lt;i&gt;[&#8220;&#199;a avance !&#8221;, s'exclament des voix dans la foule.]&lt;/i&gt; Ah, on me dit que c'est en bonne voie. Bon, c&#244;t&#233; abolition du patriarcat, &#231;a avance aussi, je dirais, mais il y a encore des progr&#232;s &#224; faire, hein, c'est clair, &#231;a prend du temps&#8230; &lt;i&gt;[Des quolibets et des rires moqueurs retentissent tandis que le vieil homme s'&#233;ponge le front.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a pourtant un domaine o&#249; &#231;a coince encore : l'horizontalit&#233; du pouvoir, &lt;i&gt;also known as&lt;/i&gt; la lutte contre les conduites autoritaires, les petits chefs et les grandes gueules. Certes, l&#224; aussi on a fait du chemin. On a cong&#233;di&#233; le pr&#233;sident, les ministres, les patrons et toute la chefferie parasitaire, et on a fil&#233; les cl&#233;s aux conseils de ch&#244;mailleurs et aux assembl&#233;es de quartiers. Parfait ! Sauf que les mauvaises habitudes ont la vie dure. La conception hi&#233;rarchique du monde social n'a pas &#233;t&#233; extirp&#233;e des esprits. Trop souvent encore, nous confondons responsabilit&#233; et autorit&#233;, abusant ainsi de nos petits vestiges de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a pourtant un moyen simple de r&#233;fr&#233;ner ces comportements merdiques. Et ce moyen, figurez-vous qu'&#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; on l'a mis en place il y a d&#233;j&#224; cinquante ans ! Cinquante ans, nom d'un chien, je&#8230; j'les ai pas vus passer&#8230; &lt;i&gt;[Sa voix chevrotante se liqu&#233;fie, il se mouche bruyamment et se reprend.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De quoi s'agit-il ? Eh bien, d&#232;s le d&#233;but on s'&#233;tait dit : au feu les patrons et les chefaillons, le journal est &#224; celles et ceux qui le font et son contenu sera d&#233;cid&#233; par toutes et tous en conf' de r&#233;dac. Mais comme il faut sortir un num&#233;ro tous les mois et qu'on n'a pas le temps de soumettre chaque prise de d&#233;cision &#224; la d&#233;lib&#233;ration collective, on admet qu'une ou plusieurs personnes soient mandat&#233;es pour un temps donn&#233; &#224; exercer ou coordonner les t&#226;ches d'&#233;dition, comme la relecture des papiers, les coupes, la titraille, le suivi avec la correctrice et la maquettiste, etc. Attribution purement technique en apparence, mais&#8230; &lt;i&gt;[Il a une quinte de toux, une m&#233;daille se d&#233;croche et d&#233;gringole par terre.]&lt;/i&gt; Mais qui en r&#233;alit&#233; concentre les pouvoirs essentiels dans la vie d'un journal ! D'o&#249; l'importance de veiller collectivement &#224; ce que personne n'en fasse mauvais usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors nous nous sommes inspir&#233;s d'une vieille coutume maya rapport&#233;e dans les ann&#233;es 1930 par l'&#233;crivain voyageur anarchiste B. Traven. Le principe est le suivant : tout candidat ou candidate &#224; la fonction de chef doit occuper un si&#232;ge perc&#233; sous lequel se trouve un pot plein de braises. Attendez, &#233;coutez bien&#8230; &lt;i&gt;[De son sac l'orateur sort en tremblotant un vieux bouquin tout &#233;corn&#233; dont il se met &#224; lire un extrait.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ce feu plac&#233; sous le post&#233;rieur du chef dignement assis sur son si&#232;ge officiel doit lui rappeler qu'il n'y est pas install&#233; pour se reposer, mais pour travailler pour le peuple &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;&lt;i&gt;Ce feu plac&#233; sous le post&#233;rieur du chef dignement assis sur son si&#232;ge officiel doit lui rappeler qu'il n'y est pas install&#233; pour se reposer, mais pour travailler pour le peuple. Il doit demeurer vif et z&#233;l&#233; m&#234;me lorsqu'il est install&#233; officiellement. En outre, il ne doit pas oublier qui a gliss&#233; ce feu sous son s&#233;ant, c'est-&#224;-dire la tribu qui d&#233;signera le cacique de l'ann&#233;e &#224; venir, et ceci pour lui mettre en m&#233;moire qu'il ne doit pas se cramponner &#224; sa place, mais la c&#233;der d&#232;s que son mandat sera &#233;coul&#233;, afin d'&#233;viter un r&#232;gne &#224; vie. S'il venait &#224; s'accrocher &#224; son poste, on lui mettrait sous les fesses un feu si grand et si long qu'il ne resterait rien de lui ni du si&#232;ge.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et Traven de conclure : &#8220;&lt;i&gt;Aucun chef n'est irrempla&#231;able. Et plus rapidement les nouveaux dirigeants se succ&#232;dent sur le si&#232;ge ardent, plus vivant reste le mouvement. Ne sois pas timor&#233;, prol&#233;taire. Et encore moins sentimental&lt;/i&gt;.&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Traven, &#171; Administration indienne et d&#233;mocratie directe &#187;, Le Gros (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce conseil nous a paru excellent et nous l'avons suivi &#224; la lettre. Sur le coup il y a eu des r&#233;sistances, je ne vous le cache pas. Mais moi qui suis pass&#233; par l&#224;, je peux vous assurer qu'on s'en rel&#232;ve tr&#232;s bien. Pour assurer la coh&#233;sion du groupe, il n'y a pas mieux. J'irais m&#234;me jusqu'&#224; dire que c'est gr&#226;ce &#224; la doctrine du tr&#244;ne fumant que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; mord et tient depuis toutes ces ann&#233;es. Qu'attendons-nous pour la g&#233;n&#233;raliser ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il laisse r&#233;sonner l'interrogation, dressant le poing d'un air pompeux, la foule s'agite. Des derniers rangs jaillissent une dizaine de femmes qui galopent vers la sc&#232;ne, certaines tr&#232;s jeunes d'autres moins. &#171; &lt;i&gt;Il nous gonfle ce vieux relou&lt;/i&gt; &#187;, crie l'une. &#171; &lt;i&gt;On te l'apporte ton tr&#244;ne, papy&lt;/i&gt; &#187;, ajoute une autre, qui arbore une fort seyante cr&#234;te rose. Elle ne ment pas : &#224; sa main, un seau de m&#233;tal o&#249; gr&#233;sillent des braises rougeoyantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la sc&#232;ne, le vieil homme esquisse un sourire, qui se veut &#233;mu mais sonne diablement faux. Puis il prend la poudre d'escampette direction les coulisses, suivi par la petite troupe rugissante, toutes derri&#232;re et lui devant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Olivier Cyran&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bois d'acab : nom donn&#233; au mat&#233;riau issu de la transformation des matraques, casques, boucliers et &#233;quipements divers saisis dans les entrep&#244;ts de l'ancienne pr&#233;fecture de police, devenue depuis le Mus&#233;e de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;B. Traven, &#171; Administration indienne et d&#233;mocratie directe &#187;, &lt;i&gt;Le Gros capitaliste et autres histoires&lt;/i&gt;, Libertalia, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ma Normandie va craquer</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ma-Normandie-va-craquer</link>
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		<dc:date>2023-04-21T11:59:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karima Younsi, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; Dieppe, cit&#233; baln&#233;aire normande pris&#233;e par les Parisiens, mais aussi ville ouvri&#232;re frapp&#233;e par la pauvret&#233;, les manifs contre la r&#233;forme des retraites ont renvers&#233; la table. Pour ce qui est de cramer des trucs ou de bloquer l'&#233;conomie, c'est plus compliqu&#233;&#8230; S'il fallait donner des nouvelles de Dieppe aux gens du dehors, on parlerait sans doute des go&#233;lands qui &#233;ventrent f&#233;rocement les sacs poubelles abandonn&#233;s par les &#233;boueurs en gr&#232;ve (force &#224; eux), ou des restos pour touristes pleins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no219-avril-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;219 (avril 2023)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Dieppe, cit&#233; baln&#233;aire normande pris&#233;e par les Parisiens, mais aussi ville ouvri&#232;re frapp&#233;e par la pauvret&#233;, les manifs contre la r&#233;forme des retraites ont renvers&#233; la table. Pour ce qui est de cramer des trucs ou de bloquer l'&#233;conomie, c'est plus compliqu&#233;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;'il fallait donner des nouvelles de Dieppe aux gens du dehors, on parlerait sans doute des go&#233;lands qui &#233;ventrent f&#233;rocement les sacs poubelles abandonn&#233;s par les &#233;boueurs en gr&#232;ve (force &#224; eux), ou des restos pour touristes pleins &#224; craquer ces derniers week-ends, ou du copain qui vient de se faire sabrer la moiti&#233; de son RSA malgr&#233; tous ses efforts pour tenir dans les clous du flicage administratif. Mais le sujet que l'on &#233;voquerait en premier, forc&#233;ment, c'est la mobilisation inou&#239;e contre la r&#233;forme des retraites.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'impression de pouvoir influer sur le cours des choses pour les &#173;changer a rendu une part de joie &#224; &#173;beaucoup d'entre nous &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup dit que la d&#233;ferlante contre le r&#233;gime Macron se caract&#233;risait par sa forte implantation dans les petites villes de &#171; nos territoires &#187;, comme les appellent les Parisiens qui y poss&#232;dent des r&#233;sidences secondaires. Dieppe en est une bonne illustration. Les manifs ont attir&#233; un monde fou, jusqu'&#224; 12 000 personnes selon la CGT lors de la grosse journ&#233;e du 23 mars, soit entre un tiers et la moiti&#233; de la population. Du jamais-vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lectriciens des centrales de Penly et Paluel, ouvriers des usines Alpine et Nestl&#233;, cheminots, &#233;boueurs, travailleurs portuaires, personnel hospitalier, paysans, ch&#244;meurs, retrait&#233;s, AESH&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Accompagnants d'&#233;l&#232;ves en situation de handicap.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, profs ou lyc&#233;ens&#8230; Tout le monde &#233;tait l&#224;, rejoint par les nouveaux bataillons de ceux-que-d'habitude-tu-vois-jamais-en-manif, comme les &#171; clercs de notaire en col&#232;re &#187; ou les cr&#226;nes bien peign&#233;s de la conf&#233;d&#233;ration des cadres. L'id&#233;e de bosser deux ann&#233;es de plus suscite une r&#233;pulsion si franche et si massive que certains segments de la petite bourgeoisie clament &#171; &lt;i&gt;on l&#226;che rien&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'unisson des prolos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Preuve qu'un bon rapport de forces peut d&#233;placer des montagnes, m&#234;me la feuille de chou locale, &lt;i&gt;Paris-Normandie&lt;/i&gt;, habituellement r&#233;ac et antigr&#232;ve, multiplie les interviews de gr&#233;vistes et les immersions dans la fournaise sociale. Qui e&#251;t cru qu'on y trouverait un jour, &#233;tal&#233;e sur toute la largeur d'une page, la photo d'un gamin brandissant cette pancarte digne de CQFD : &#171; Je n'ai pas commenc&#233; &#224; travailler et j'en ai d&#233;j&#224; marre !!! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci, en ce d&#233;but d'avril, c'est qu'en dehors de quelques gr&#232;ves sporadiques le mouvement n'a toujours pas r&#233;ussi &#224; entraver l'&#233;conomie locale. Les &#233;lectriciens ont men&#233; de belles actions, on a occup&#233; des ronds-points, bloqu&#233; des bus, gueul&#233; devant la sous-pr&#233;fecture, mais les usines n'ont pas d&#233;bray&#233; et le seul vrai coup de semonce est venu des &#233;boueurs CGT. Laquelle CGT, ultra dominante au sein de l'intersyndicale, redoute d'&#171; emmerder les gens &#187; par des actions plus radicales, pourtant r&#233;clam&#233;es par une partie de sa base, qui en a un peu marre d'arpenter gentiment la Grande Rue. Trois poubelles ont pris feu avant-hier, mais les rues restent bien sages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieppe est une ville ouvri&#232;re de gauche, dirig&#233;e par une mairie PCF pro-M&#233;lenchon. C'est aussi une ville caboss&#233;e par la violence des politiques anti-pauvres et la prolif&#233;ration de la rente Airbnb, o&#249; l'extr&#234;me droite a pris ses aises et rafl&#233; pr&#232;s d'un tiers des voix &#224; la derni&#232;re pr&#233;sidentielle. Difficile de l'oublier lorsqu'on marche au milieu de cort&#232;ges presque exclusivement blancs, &#224; l'image d'une ville o&#249; les immigr&#233;s sont rarissimes. Tu ne peux manquer de te dire que le gars &#224; c&#244;t&#233; qui rigole sur ta pancarte (&#171; Tout cramer devient vital &#187;) a peut-&#234;tre vot&#233; RN. Quelle que soit l'issue de la mobilisation en cours, elle a cependant d&#233;j&#224; cette vertu inestimable : refaire germer le besoin de justice sociale dans des t&#234;tes gav&#233;es de BFM/CNews. Ce mouvement ne fera pas dispara&#238;tre le racisme en son sein, mais il le repousse en projetant les gens vers cet objectif &#233;mancipateur : ne pas laisser le turbin engloutir nos vies. Comme l'a si bien dit l'avocate et militante Elisa Rojas, &#171; &lt;i&gt;l'impression de pouvoir influer sur le cours des choses pour les changer a rendu une part de joie &#224; beaucoup d'entre nous&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me contenue sous le poids des convenances et des gal&#232;res, cette joie est palpable aussi &#224; Dieppe. Et c'est le meilleur rempart aux scies morbides du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques jours, les &#233;boueurs ont repris le travail, &#224; regret : &#171; &lt;i&gt;Au bout d'une semaine on commen&#231;ait &#224; tirer la langue.&lt;/i&gt; &#187; Promis, disent-ils, la lutte reprendra la semaine prochaine et les coll&#232;gues de Veolia entreront dans la danse. Les go&#233;lands ont faim.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Karima Younsi &amp; Olivier Cyran&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/couv-logo.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/couv-logo-59c86.jpg?1779618571' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Accompagnants d'&#233;l&#232;ves en situation de handicap.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> R&#233;forme des retraites : enfumage et cruaut&#233;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Reforme-des-retraites-enfumage-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Reforme-des-retraites-enfumage-et</guid>
		<dc:date>2023-02-03T00:18:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Godin, Jean-Pierre Levaray, L'&#233;quipe de CQFD, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voil&#224; que &#231;a les reprend. Neuf ans apr&#232;s la r&#233;forme des retraites de Fran&#231;ois Hollande et Marisol Touraine, le gouvernement de Macron, minoritaire au Parlement et dans l'opinion, s'appr&#234;te &#224; imposer un nouveau recul des droits des travailleurs, et m&#234;me en r&#233;alit&#233; de quasi tout le monde. Sans surprise, le programme annonc&#233; est bien moche. Analyse et t&#233;moignages. Entrons dans le vif : pour jouir d'une retraite &#224; taux plein, la dur&#233;e de cotisation passera progressivement de 40 &#224; 43 ans en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no217-fevrier-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;217 (f&#233;vrier 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; que &#231;a les reprend. Neuf ans apr&#232;s la r&#233;forme des retraites de Fran&#231;ois Hollande et Marisol Touraine, le gouvernement de Macron, minoritaire au Parlement et dans l'opinion, s'appr&#234;te &#224; imposer un nouveau recul des droits des travailleurs, et m&#234;me en r&#233;alit&#233; de quasi tout le monde. Sans surprise, le programme annonc&#233; est bien moche. Analyse et t&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52638373675_af31af6eed_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH286/web_52638373675_af31af6eed_o_1200px-2dcb7.jpg?1779604198' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;ntrons dans le vif : pour jouir d'une retraite &#224; taux plein, la dur&#233;e de cotisation passera progressivement de 40 &#224; 43 ans en 2027 (huit ans plus t&#244;t que ce que pr&#233;voyait la pr&#233;c&#233;dente r&#233;forme). Pour les carri&#232;res longues, les heures sup' sont toujours &#224; l'ordre du jour : ceux qui ont commenc&#233; &#224; travailler &#224; seize ans pourront partir d&#232;s 60, c'est-&#224;-dire apr&#232;s 44 ans de travail. Elle est pas belle, la vie ? Les autres attendront d&#233;sormais l'&#226;ge de 64 ans, au lieu de 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre atteinte, la suppression des r&#233;gimes sp&#233;ciaux, tels ceux des cheminots ou des employ&#233;s des industries &#233;nerg&#233;tiques, cens&#233;s compenser la p&#233;nibilit&#233; de leur travail. &#192; la place, on promet une meilleure prise en compte de la p&#233;nibilit&#233; sur examen m&#233;dical, permettant une retraite anticip&#233;e &#224;&#8230; 62 ans, l'&#226;ge actuel de d&#233;part. Comme on pouvait s'y attendre, la mesure r&#233;put&#233;e la plus &#171; sociale &#187; est un enfumage : la fameuse retraite minimale &#224; 85 % du Smic ne serait en r&#233;alit&#233; applicable qu'&#224; un tout petit nombre de personnes&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mirage des petites retraites &#224; 1 200 euros &#187;, Mediapart (15/01/2023).&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est compliqu&#233; ? C'est fait expr&#232;s. L'opacit&#233;, les annonces contradictoires, les &#171; lignes rouges &#187; du gouvernement qui se d&#233;placent du jour au lendemain&#8230; Autant de strat&#233;gies de d&#233;mobilisation qui ont fait leurs preuves sur d'autres mouvements, autant de mani&#232;res d'intimider la populace en l'emp&#234;chant de comprendre ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les plus vuln&#233;rables en auront pris encore un peu plus plein la gueule &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour y entendre quelque chose, on essaie de se raccrocher &#224; du concret, on sort les calculettes. L'&#226;ge moyen d'entr&#233;e dans la vie active &#233;tant aujourd'hui de 22 ans et demi, 43 ans de cotisations, &#231;a nous am&#232;ne d&#233;j&#224; au-del&#224; de 65 ans &#8211; et encore, &#224; supposer que les conditions ne soient pas durcies d'ici l&#224;, et dans l'hypoth&#232;se (d&#233;sormais inimaginable) d'une carri&#232;re sans trous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'arriv&#233;e, une chose est s&#251;re : les plus vuln&#233;rables en auront pris encore un peu plus plein la gueule. Les travailleurs pauvres, dont l'esp&#233;rance de vie est la plus faible, et les femmes, dont les bonifications li&#233;es &#224; la maternit&#233; se verront dilu&#233;es par la r&#233;forme, sont les grands perdants de la r&#233;forme&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Retraites : la r&#233;forme n'est pas &#8220;plus juste&#8221; pour les femmes &#187;, Mediapart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;Passer de 62 &#224; 64 ans, c'est aussi deux ans de gal&#232;re en plus pour les ch&#244;meurs et les pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trente ans, sous Balladur, la premi&#232;re &#171; r&#233;forme des retraites &#187; allongeait d&#233;j&#224; de 37,5 &#224; 40 ans la dur&#233;e de cotisation des salari&#233;s du priv&#233; et basait le calcul de leur pension sur leurs 25 meilleures ann&#233;es au lieu des dix meilleures. Dans l'&#233;tat actuel des choses, on attend d&#233;j&#224; la prochaine : le projet actuel ne pr&#233;tend m&#234;me pas financer le r&#233;gime des retraites apr&#232;s 2030&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, apr&#232;s avoir sorti la calculette, l'heure est peut-&#234;tre de la ranger. Sur la question du travail, CQFD a toujours plut&#244;t &#233;t&#233; de la team sieste, sabotage et collectivisation des moyens de production. Le terrain de la compta, a priori c'est pas le n&#244;tre : quand on veut pas travailler (ou le moins possible), tu parles si on s'en fout que les r&#233;gimes de retraite soient en d&#233;ficit. Mais ce n'est pas parce qu'on n'aime pas le travail qu'on a envie de laisser bazarder une &#224; une les conqu&#234;tes sociales de nos a&#238;n&#233;s et passer nos vieux jours dans la gal&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le syst&#232;me de la retraite par cotisation tant d&#233;fendu est d&#233;j&#224; d'une injustice totale &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube, on l'esp&#232;re, d'un &#233;norme mouvement de r&#233;volte, pas question donc de se laisser dicter les termes du d&#233;bat par les lib&#233;raux, pas plus que par les syndicats et le reste de la gauche fran&#231;aise. Car, en entendant LFI, le PCF ou la CGT r&#233;clamer &#224; l'unisson le retour &#224; la retraite &#224; 60 ans, on en oublierait presque que, si c'&#233;tait certes &#171; mieux avant &#187;, le syst&#232;me de la retraite par cotisation tant d&#233;fendu est d&#233;j&#224; d'une injustice totale. Contrairement aux imp&#244;ts, les cotisations sont strictement proportionnelles. Surtout, fonder le niveau des retraites sur les cotisations des salari&#233;s tout au long de leur vie, cela signifie que ceux qui ont gagn&#233; le plus d'argent toucheront aussi de plus grosses retraites &#8211; quand bien m&#234;me ils ont pu accumuler entre-temps un patrimoine&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'angle mort des retraites les plus &#233;lev&#233;es en France &#187;, Mediapart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les solutions, en attendant l'abolition de l'argent, du travail et de l'&#201;tat ? On en discute. Sans bouleverser le syst&#232;me actuel, augmenter les salaires &#8211; en particulier ceux des femmes, pour atteindre enfin l'&#233;galit&#233; salariale &#8211; permettrait d&#233;j&#224; d'augmenter les cotisations&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;galit&#233; salariale pour les femmes, p&#233;nibilit&#233;, cotisations : les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. En allant un chouille plus loin, on peut aussi imaginer qu'&#224; partir d'un certain &#226;ge, la soci&#233;t&#233; prenne soin de tout le monde, fain&#233;ants compris, comme elle le fait (de plus en plus mal) des enfants et des malades, en versant &#224; tous une allocation unique, suffisante pour vivre dignement. On la financerait, comme les autres politiques publiques, par un imp&#244;t fortement progressif. Apr&#232;s s'&#234;tre engraiss&#233;s sur leur dos pendant toute leur vie, les riches permettraient ainsi aux pauvres de se reposer enfin. Ce serait bien le minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui pour porter cette id&#233;e dans les prochaines manifs ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;daction&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52637422527_1d77442971_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH452/web_52637422527_1d77442971_o_1200px-af3b1.jpg?1779604199' width='500' height='452' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Retrouver la confiance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sent dans le cort&#232;ge parisien du 19 janvier, le journaliste Olivier Cyran nous fait part de son enthousiasme pour une mobilisation &#171; qui ne pourra pas rester sans suite &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une bien belle manif &#224; Paris et je regrette pas d'&#234;tre mont&#233; de mon patelin pour prendre ce bol de vitamines. Rien que de bouger dans cette foule immense et remont&#233;e &#224; bloc, o&#249; tu croisais &#224; la fois des totos&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Militants de la &#171; mouvance autonome &#187;.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, des lyc&#233;ens v&#233;n&#232;res (&#171; m&#233;tro, boulot, caveau &#187;, disait l'une de leurs pancartes), des sans-pap', des pr&#233;caires, des cheminots SUD-Rail qui ambian&#231;aient de dingue, toutes sortes d'&#233;nergies de tous poils, y compris celles plus exotiques et bien peign&#233;es, de la CFDT et de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des cadres, eh ben &#231;a revigore. On a beau se douter que Macron et sa bande de managers congestionn&#233;s n'en ont rien &#224; secouer d'avoir deux millions de gens en p&#233;tard dans la rue, et qu'ils tenteront de passer en force en envoyant dix mille flics de plus la prochaine fois, et m&#234;me si on n'a pas une confiance infinie dans les capacit&#233;s strat&#233;giques des centrales syndicales, on se dit qu'une telle mobilisation ne pourra pas rester sans suite. D'une mani&#232;re ou d'une autre, &#231;a r&#233;chauffera de plus belle, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#171; casseurs &#187; dont les cha&#238;nes d'info ont fait leurs choux gras (avec les &#233;ditorialistes Christophe Barbier, Franz-Olivier Giesbert et les deux Duhamel en phalange patronale sur BFM pour d&#233;briefer la manif), il se trouve que j'&#233;tais &#224; l'endroit o&#249; &#231;a a chauff&#233; avec les cond&#233;s sur le boulevard Beaumarchais. Les policiers fran&#231;ais me filent beaucoup trop la p&#233;toche pour que je ne me fasse pas tout petit quand ils chargent comme des malades, mais j'avoue bien volontiers avoir ressenti de la sympathie pour les moins peureux que moi (qui &#233;taient aussi, let's face it, beaucoup plus jeunes), lorsqu'ils ont fait fuir les troopers en leur balan&#231;ant des trucs. C'est une toute petite monnaie pour les violences sanglantes et syst&#233;matiques qui ont bless&#233;, mutil&#233; ou traumatis&#233; tant de monde dans tant de manifs. Cette fois le traumatisme a &#233;t&#233; surmont&#233; et de la confiance collective retrouv&#233;e, et ce n'est pas le moindre des gains de cette journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;Olivier Cyran&lt;/i&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4987 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52637422497_ff31b9aa76_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH379/web_52637422497_ff31b9aa76_o_1200px-a046b.jpg?1779604200' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h6 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; D&#233;j&#224; pr&#232;s d'un senior sur deux est sans emploi au moment de partir &#224; la retraite &#187;&lt;/h6&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les cort&#232;ges du 19 janvier se retrouvaient beaucoup de travailleurs et travailleuses, mais aussi, ne l'oublions pas, nombre de ch&#244;meurs et ch&#244;meuses. Valentine Maillochon, une des porte-parole du Mouvement national des ch&#244;meurs et pr&#233;caires (MNCP), nous explique pourquoi ils et elles se retrouvent en premi&#232;re ligne face &#224; cette r&#233;forme des retraites.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; A&lt;/span&gt;vec le syst&#232;me actuel, qui part &#224; la retraite &#224; 62 ans en &#233;tant serein, en ayant cotis&#233; le nombre suffisant d'ann&#233;es ? On n'est plus sur les carri&#232;res de nos parents ou grands-parents : les parcours sont toujours plus hach&#233;s, marqu&#233;s par des p&#233;riodes de ch&#244;mage et d'emploi &#224; temps partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos gouvernants vivent avec un haut capital social, culturel, financier de d&#233;part, un acc&#232;s facile aux soins, des conditions de travail confortables&#8230; et tous les privil&#232;ges qu'on leur conna&#238;t. Ils ne s'imaginent pas ce qu'est l'existence de quelqu'un qui a gal&#233;r&#233;, est pass&#233; de mission d'int&#233;rim en mission d'int&#233;rim, n'est pas arriv&#233; &#224; trouver de job stable ou &#224; temps complet en CDI, qui subit souvent un degr&#233; de p&#233;nibilit&#233; &#233;norme&#8230; Ils leur disent de travailler plus longtemps, mais ces gens-l&#224; sont us&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Un nivellement par le bas flagrant des conditions de vie des Fran&#231;ais &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il y a un nivellement par le bas flagrant des conditions de vie des Fran&#231;ais et la seule r&#233;ponse qu'on nous donne, c'est : pas d'augmentation des salaires et une amputation des droits au ch&#244;mage, &#224; la retraite&#8230; C'est quoi, l'&#233;tape suivante ? S'attaquer aux aides sociales ? Histoire de se donner bonne conscience, le gouvernement nous sort de temps en temps des mesurettes comme r&#233;cemment le ch&#232;que carburant. Mais les ch&#244;meurs n'y avaient pas droit, ce n'&#233;taient que pour les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde du travail est tr&#232;s cruel, et encore plus envers les seniors qui sont consid&#233;r&#233;s comme plus co&#251;teux, moins performants. &#192; partir de 45 ans, cela devient d&#233;j&#224; extr&#234;mement compliqu&#233;. R&#233;sultat : on constate qu'actuellement, pas loin d'un senior sur deux est sans emploi au moment de partir &#224; la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette r&#233;forme passe, il faut s'attendre &#224; une hausse du nombre de personnes demandant le RSA. Parce que ces ch&#244;meurs seniors qui ne sont pas embauch&#233;s, qui ne touchent plus d'allocations ch&#244;mage, qui ne pourront pas partir &#224; la retraite&#8230; vont se tourner fatalement vers les minima sociaux. Pour rappel, les allocataires du RSA touchent &#224; peine 500 balles par mois et ne cotisent pas pour la retraite. Ce qui veut dire qu'ils devront rester pr&#233;caires encore plus longtemps avant de recevoir, si on veut bien la leur donner, une toute petite retraite. Ou un minimum vieillesse qui ne les sortira pas plus de leur pauvret&#233;. Et n'oublions pas qu'un quart des plus pauvres de notre pays meurent avant l'&#226;ge actuel de la retraite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos diff&#233;rents collectifs locaux ont &#233;t&#233; pr&#233;sents dans de nombreuses manifs &#8211; Strasbourg, Toulouse, Clermont-Ferrand&#8230; C'est important de se montrer en tant que ch&#244;meur ou ch&#244;meuse et de d&#233;fendre nos droits. Si ce n'est pas pour nous, c'est pour nos proches. Cette r&#233;forme qui touche &#224; nos fins de vie, c'est vraiment la goutte d'eau. On est d&#233;j&#224; pr&#233;caris&#233;s et vous nous rajoutez &#231;a ! &#199;a fait ressortir toutes les rages qu'on accumule depuis plusieurs quinquennats d&#233;j&#224;. M&#234;me si c'est clair qu'avec Macron, on a fait un sacr&#233; bond en avant dans la casse des droits sociaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52638193649_b934cd3164_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH541/web_52638193649_b934cd3164_o_1200px-4f706.jpg?1779604201' width='500' height='541' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h6 class=&#034;spip&#034;&gt;C'est juste un crime...&lt;/h6&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant dix ans, de 2005 &#224; 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; une chronique corrosive intitul&#233;e &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;. Il reprend ici la plume pour nous livrer son regard sur l'impact de la r&#233;forme des retraites sur les ouvriers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;n va finir par me dire que je suis privil&#233;gi&#233; d'avoir pu partir en retraite &#224; 60 ans (apr&#232;s 42 ann&#233;es d'usine quand m&#234;me)&#8230; Quelques jours avant que je passe les grilles de l'usine pour la derni&#232;re fois, avec la CGT de ma bo&#238;te nous avions obtenu pour les travailleurs sur les postes &#224; p&#233;nibilit&#233; un d&#233;part en pr&#233;retraite deux ans avant la date pr&#233;vue de leur retraite. Ce ne serait pas pour ma pomme, mais on &#233;tait plut&#244;t contents d'avoir obtenu de longue lutte cet accord. C'&#233;tait il y a plus de sept ans. &#201;videmment, aujourd'hui cet accord est remis en cause par le taulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60 ans, c'est pourtant pas du luxe. Combien de coll&#232;gues n'ont pas atteint cet &#226;ge ? Et aussi combien sont morts dans les premiers temps de leur retraite ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le monument aux morts de l'usine se couvre toujours davantage des noms des salari&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Denis &#233;tait en retraite depuis trois mois. Il disait qu'il profiterait de son temps libre pour s'adonner plus r&#233;guli&#232;rement &#224; la course &#224; pied, discipline o&#249; il excellait. En f&#233;vrier de cette ann&#233;e-l&#224;, il participa au semi-marathon de la ville. Son temps de course fut honorable. Pourtant, en rentrant chez lui, il s'assit dans son fauteuil, histoire de se reprendre. Il ne se r&#233;veilla pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Momo nous cuisinait le couscous &#224; l'usine, lorsque le week-end nous travaillions de nuit. Peut-&#234;tre &#233;tait-ce &#224; cause de la harissa qu'il avalait &#224; la petite cuill&#232;re, peut-&#234;tre &#233;tait-ce &#224; cause des produits toxiques respir&#233;s dans son labo ? Toujours est-il qu'il succomba &#224; un cancer foudroyant, un an apr&#232;s avoir quitt&#233; l'usine.
Mon pote Patrice &#233;tait sportif &#233;galement. &#192; part le fait qu'il &#233;tait fan de Johnny, on s'entendait bien et avions le m&#234;me point de vue sur cette putain d'usine. Lui n'a touch&#233; sa retraite que pendant deux ans. Crise cardiaque lors d'une randonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste pourrait s'allonger. Je pourrais citer G&#233;rard, Manuel, Daniel et d'autres. Le monument aux morts de l'usine se couvre toujours davantage des noms des salari&#233;s et lorsque gouvernants et patrons veulent reculer l'&#226;ge de la retraite, c'est juste un crime&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52638374535_0a69bea11c_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/web_52638374535_0a69bea11c_o_1200px-736a5.jpg?1779604202' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Le mirage des petites retraites &#224; 1 200 euros &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (15/01/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Retraites : la r&#233;forme n'est pas &#8220;plus juste&#8221; pour les femmes &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (23/01/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L'angle mort des retraites les plus &#233;lev&#233;es en France &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (23/01/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &#201;galit&#233; salariale pour les femmes, p&#233;nibilit&#233;, cotisations : les propositions alternatives pour les retraites &#187;, &lt;i&gt;Basta&lt;/i&gt; (11/03/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Militants de la &#171; mouvance autonome &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Frontex : une machine de mort europ&#233;enne</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Frontex-une-machine-de-mort</link>
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		<dc:date>2022-05-06T10:50:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>C'&#233;tait</dc:subject>
		<dc:subject>Est-ce</dc:subject>
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		<dc:subject>fascisation d'une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En f&#233;vrier dernier, dix-neuf cadavres d'exil&#233;s, repouss&#233;s par les gardes-fronti&#232;res grecs, sont retrouv&#233;s pr&#232;s de la rive turque de l'&#201;vros. Un crime qui d&#233;coule de la politique europ&#233;enne ax&#233;e sur le refoulement des &#171; ind&#233;sirables &#187;, dont l'agence Frontex est l'organe agissant. Est-ce &#224; cela que se mesure la fascisation d'une soci&#233;t&#233; &#8211; au silence qui entoure un massacre &#224; ses fronti&#232;res ? C'&#233;tait le 1er f&#233;vrier dernier. Une cinquantaine de personnes venaient de traverser le fleuve &#201;vros, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/6col" rel="tag"&gt;6col&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-etait" rel="tag"&gt;C'&#233;tait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Est-ce" rel="tag"&gt;Est-ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Grecs" rel="tag"&gt;Grecs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/fevrier-dernier" rel="tag"&gt;f&#233;vrier dernier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Frontex" rel="tag"&gt;Frontex&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-agence" rel="tag"&gt;l'agence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une-societe" rel="tag"&gt;d'une soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/gardes-frontieres-grecs" rel="tag"&gt;gardes-fronti&#232;res grecs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/fleuve-Evros" rel="tag"&gt;fleuve &#201;vros&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/fascisation-d-une" rel="tag"&gt;fascisation d'une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH112/1200frontex_resultat2-97396.jpg?1779618572' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En f&#233;vrier dernier, dix-neuf cadavres d'exil&#233;s, repouss&#233;s par les gardes-fronti&#232;res grecs, sont retrouv&#233;s pr&#232;s de la rive turque de l'&#201;vros. Un crime qui d&#233;coule de la politique europ&#233;enne ax&#233;e sur le refoulement des &#171; ind&#233;sirables &#187;, dont l'agence Frontex est l'organe agissant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4534 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200frontex_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH601/1200frontex_resultat-c09f3.jpg?1779618573' width='500' height='601' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Collage de 6Col
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;st-ce &#224; cela que se mesure la fascisation d'une soci&#233;t&#233; &#8211; au silence qui entoure un massacre &#224; ses fronti&#232;res ? C'&#233;tait le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; f&#233;vrier dernier. Une cinquantaine de personnes venaient de traverser le fleuve &#201;vros, dont les eaux s&#233;parent la Gr&#232;ce de la Turquie, lorsqu'elles furent intercept&#233;es par les gardes-fronti&#232;res grecs. Le lendemain, on les remit entre les mains de types arm&#233;s et cagoul&#233;s, qui les d&#233;pouill&#232;rent de leurs effets personnels, duvets, portables et argent, ainsi que de leurs chaussures et de leurs v&#234;tements chauds. Puis ils les renvoy&#232;rent &#224; moiti&#233; nus du c&#244;t&#233; turc du fleuve. Le froid &#233;tait vif cette nuit-l&#224;. Dix-neuf corps furent retrouv&#233;s les jours suivants. Au bilan des dizaines de milliers de vies noy&#233;es ou fracass&#233;es aux pieds de la forteresse Europe sont venues s'ajouter ces dix-neuf vies condamn&#233;es &#224; une fin atroce au seul motif de leur origine et d'un visa manquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les gardes-fronti&#232;res d'un pays dit d&#233;mocratique en viennent-ils &#224; une pareille barbarie ? De quelles responsabilit&#233;s leurs actes rel&#232;vent-ils ? Ces questions ne seront jamais pos&#233;es. Dans les grands m&#233;dias, l'affaire indiff&#232;re. &#192; l'exception du Haut-commissariat aux r&#233;fugi&#233;s (HCR), qui appelle en vain &#224; l'ouverture d'une enqu&#234;te, et de quelques collectifs, personne ne se mobilise. Le supplice des Dix-neuf de l'&#201;vros fait d'autant moins de vagues qu'il a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; par les autorit&#233;s turques, peu r&#233;put&#233;es pour leur respect de la vie humaine. Le ministre grec de l'Immigration Panagi&#243;tis Mitar&#225;kis s'en lave les mains. &#171; &lt;i&gt;Ces migrants ne sont jamais arriv&#233;s &#224; la fronti&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare-t-il, bien que le &lt;i&gt;pushback&lt;/i&gt; (refoulement), soit une marque de fabrique de sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis une enqu&#234;te para&#238;t dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Survivors of Deadly Night at Greek Border Say They Were Left to Die &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Quatre survivants y confirment la r&#233;alit&#233; du carnage perp&#233;tr&#233; par les policiers grecs en vue d'adresser un &#171; message &#187; &#224; tous les saute-fronti&#232;res : voil&#224; ce qui vous attend, voil&#224; ce dont nous sommes capables. L&#224; encore, l'information passe largement inaper&#231;ue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les contours du monstre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La tuerie de l'&#201;vros illustre le d&#233;cha&#238;nement des violences &#233;tatiques racistes aux portes de l'Europe, mais aussi l'insensibilit&#233; croissante de l'opinion. Ces deux ph&#233;nom&#232;nes s'alimentent mutuellement, en un syst&#232;me qui n'appartient pas seulement aux autorit&#233;s nationales, mais bien &#224; l'Union europ&#233;enne (UE) &#8211; et plus particuli&#232;rement &#224; son bras arm&#233;, Frontex. Cr&#233;&#233;e en 2004, l'agence europ&#233;enne du flicage aux fronti&#232;res s'est mu&#233;e en une superstructure gav&#233;e de ressources financi&#232;res, humaines et technologiques. Elle concr&#233;tise la volont&#233; des &#201;tats membres de &#171; ma&#238;triser les flux migratoires &#187; par tous les moyens, l&#233;gaux ou extral&#233;gaux, apparents ou camoufl&#233;s, aux marches de l'Europe ou au-del&#224;. Surveillance depuis le ciel, refoulement au sol, expulsions group&#233;es, externalisation &#224; des r&#233;gimes mercenaires, politique du laisser-mourir des &lt;i&gt;boat people&lt;/i&gt; par l'emp&#234;chement des op&#233;rations de sauvetage &#8211; toute violence en bande organis&#233;e contre les demandeurs d'asile porte directement ou indirectement l'empreinte de Frontex.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse exponentielle de son budget atteste de la priorit&#233; accord&#233;e par l'UE &#224; sa guerre contre les demandeurs d'asile : de 94 millions d'euros en 2014, la dotation de l'agence est pass&#233;e &#224; 758 millions en 2022. Forts de deux mille agents en 2019, ses effectifs devraient grimper &#224; dix mille d'ici 2027. &#192; quoi s'ajoute un arsenal d'&#233;quipements &lt;i&gt;high-tech&lt;/i&gt; : drones, h&#233;licopt&#232;res, avions, d&#233;tecteurs de mouvement, de chaleur et de battements cardiaques &#8211; au grand bonheur des industriels de la s&#233;curit&#233; europ&#233;ens, dont Airbus et Thal&#232;s&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet Claire Rodier, X&#233;nophobie Business &#8211; &#192; quoi servent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette militarisation forcen&#233;e s'accompagne d'une politique d'extension tous azimuts. Depuis ses premi&#232;res sorties au large des Canaries en 2006, le rayon d'action de Frontex n'a fait que cro&#238;tre. En M&#233;diterran&#233;e, ses appareils volants bourr&#233;s de technologies de pointe rep&#232;rent les coquilles de noix sur lesquelles d&#233;rivent des survivants &#8211; non pour leur porter secours, mais pour les livrer aux suppl&#233;tifs libyens, &#224; charge pour eux de les ramener dans leurs camps d'internement et de torture&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'horreur des prisons libyennes parrain&#233;es par Bruxelles a &#233;t&#233; amplement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Plus de 1 900 morts par noyade et 10 000 rescap&#233;s rembarqu&#233;s en Libye durant la seule ann&#233;e 2021, selon les estimations basses du HCR. S&#233;duits, les ministres de l'Int&#233;rieur europ&#233;ens s'arrachent les services de la troupe de choc. Depuis le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 2021, un avion de Frontex survole la r&#233;gion de Calais pour localiser les campements de r&#233;fugi&#233;s et permettre aux policiers fran&#231;ais d'y semer la terreur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La toile s'&#233;tend&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout hors de l'Union que les garde-chiourme &#224; l'&#233;cusson &#233;toil&#233; engrangent des parts de march&#233;. &#192; la faveur de la guerre en Ukraine, Frontex s'est d&#233;ploy&#233;e en Moldavie pour un &#171; soutien op&#233;rationnel &#187; &#8211; et assurer le tri entre bons r&#233;fugi&#233;s ukrainiens et mauvais r&#233;fugi&#233;s africains ou arabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dix-huit ans, l'agence a conclu une vingtaine d'accords avec des pays tiers, de l'Albanie au Niger, de l'&#201;gypte au Mont&#233;n&#233;gro, tissant autour du ventre europ&#233;en un cordon sanitaire co&#239;ncidant avec les contreforts des empires coloniaux. En ce moment, des VRP &#224; mallette d&#233;filent &#224; Dakar pour n&#233;gocier un d&#233;ploiement de l'agence au S&#233;n&#233;gal. Au pr&#233;texte de la &#171; lutte contre les r&#233;seaux de passeurs &#187;, il s'agit d'emp&#234;cher les d&#233;parts pour les Canaries et d'interdire aux populations locales de faire usage de leur libert&#233; de mouvement &#8211; tout en livrant leurs ressources (en particulier halieutiques et agricoles) aux bons soins des pays riches (et blancs).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le laboratoire grec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En quoi Frontex a-t-elle pes&#233; dans le sort des Dix-neuf de l'&#201;vros ? Si aucun t&#233;moignage n'&#233;voque sa pr&#233;sence sur les lieux, l'agence a longuement &#339;uvr&#233; au d&#233;veloppement de la culture du &lt;i&gt;pushback&lt;/i&gt; chez les gardes-fronti&#232;res grecs, sans se soucier de la violence qu'une telle pratique allait fatalement lib&#233;rer. D'innombrables rapports, enqu&#234;tes et t&#233;moignages documentent sa participation directe. Derni&#232;re pi&#232;ce en date, une plainte d&#233;pos&#233;e en mai 2021 devant la Cour de justice de l'UE par deux Africains refoul&#233;s de Lesbos. Ils y accusent Frontex et les gardes-c&#244;tes grecs de les avoir &#171; &lt;i&gt;agress&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;vol&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;d&#233;tenus&lt;/i&gt; &#187; puis &#171; &lt;i&gt;abandonn&#233;s sur des radeaux, sans moteur, ni eau, ni nourriture&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'agence a longuement &#339;uvr&#233; au d&#233;veloppement de la culture du &lt;i&gt;pushback&lt;/i&gt; chez les gardes-fronti&#232;res grecs, sans se soucier de la violence qu'une telle pratique allait fatalement lib&#233;rer. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ses d&#233;buts, Frontex a vu la Gr&#232;ce comme un n&#339;ud strat&#233;gique et un laboratoire. Dans son centre op&#233;rationnel ouvert en 2010 au Pir&#233;e, annexe officieuse de son si&#232;ge &#224; Varsovie, l'agence s'active depuis douze ans sur tous les fronts de la fronti&#232;re hell&#233;no-turque, en mer &#201;g&#233;e comme sur le fleuve l'&#201;vros, aux c&#244;t&#233;s de ses prot&#233;g&#233;s grecs et d'autres coll&#232;gues europ&#233;ens. &#171; &lt;i&gt;L'opacit&#233; des proc&#233;dures et la diversit&#233; des pratiques d'interception des &#233;trangers par ces diff&#233;rents acteurs diluent la responsabilit&#233; de chacun et entretiennent un climat d'impunit&#233; dans un contexte o&#249; les violations des droits sont tr&#232;s fr&#233;quentes&lt;/i&gt; &#187;, notait d&#233;j&#224; le r&#233;seau Migreurop en 2014 &lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Frontex, entre Gr&#232;ce et Turquie : la fronti&#232;re du d&#233;ni &#187;, migreurop.org, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Les &lt;i&gt;pushbacks &lt;/i&gt;en Gr&#232;ce seraient monnaie courante depuis 2012, lorsque Frontex commen&#231;ait &#224; y tourner &#224; plein r&#233;gime. D'apr&#232;s l'ONG allemande Mare Nostrum, dix mille op&#233;rations de ce type auraient eu lieu en 2020 &#8211; dans certains cas, avec la complicit&#233; directe de l'agence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;seau Migreurop d&#233;crit &#224; l'interception en mer d'un couple syrien et de leur b&#233;b&#233; de sept mois : &#171; &lt;i&gt;La totalit&#233; de leur argent et de leurs biens leur a &#233;t&#233; subtilis&#233;e par les gardes-c&#244;tes grecs, [&#8230;]&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et toute la nourriture du b&#233;b&#233; a &#233;t&#233; jet&#233;e &#224; l'eau. Ils ont d&#251; d&#233;river durant vingt-quatre heures avant que les gardes turcs ne les secourent.&lt;/i&gt; &#187; D&#233;shumanis&#233;s, des femmes, des hommes et des enfants deviennent les proies d'une partie de chasse o&#249; tous les coups sont permis, des plus machinaux aux plus sadiques, sans que jamais les responsables n'aient &#224; rendre de comptes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Olivier Cyran&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/2022/02/24/world/europe/greece-turkey-migrants-deaths.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Survivors of Deadly Night at Greek Border Say They Were Left to Die &#187;&lt;/a&gt; (24/02/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet Claire Rodier, &lt;i&gt;X&#233;nophobie Business &#8211; &#192; quoi servent les contr&#244;les migratoires&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'horreur des prisons libyennes parrain&#233;es par Bruxelles a &#233;t&#233; amplement document&#233;e. Lire par exemple &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2022/01/URBINA/64243&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La Libye, garde-chiourme de l'Europe face aux migrants &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://migreurop.org/article2512.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Frontex, entre Gr&#232;ce et Turquie : la fronti&#232;re du d&#233;ni &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;migreurop.org&lt;/i&gt;, juin 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les k&#233;pis font la loi</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Quand-les-kepis-font-la-loi</link>
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		<dc:date>2019-07-19T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karima Younsi, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Nicolas de la Casini&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>policiers</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>syndicats</dc:subject>
		<dc:subject>Adama Traor&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>l'affaire Adama</dc:subject>
		<dc:subject>Adama</dc:subject>
		<dc:subject>flics</dc:subject>
		<dc:subject>Traor&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>gendarmes tueurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Et si la police n'&#233;tait plus seulement le bras arm&#233; de l'&#201;tat, mais une force d'occupation autonome, capable de dicter sa loi aux politiques ? &#201;l&#233;ments d'analyse avec Mohamed, membre du collectif Quartiers 21 et militant aguerri contre les violences polici&#232;res. &#171; Dans l'affaire Adama Traor&#233;, il n'y a pas que le procureur et la maire de Beaumont-sur-Oise qui ont pris fait et cause pour les gendarmes tueurs, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a pes&#233; lui aussi de tout son poids. Quand Bruno Le Roux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no153-avril-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;153 (avril 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nicolas-de-la-Casiniere-95" rel="tag"&gt;Nicolas de la Casini&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/policiers" rel="tag"&gt;policiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/syndicats" rel="tag"&gt;syndicats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Adama-Traore" rel="tag"&gt;Adama Traor&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-affaire-Adama" rel="tag"&gt;l'affaire Adama&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Adama" rel="tag"&gt;Adama&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/flics" rel="tag"&gt;flics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Traore" rel="tag"&gt;Traor&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/gendarmes-tueurs" rel="tag"&gt;gendarmes tueurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Et si la police n'&#233;tait plus seulement le bras arm&#233; de l'&#201;tat, mais une force d'occupation autonome, capable de dicter sa loi aux politiques ? &#201;l&#233;ments d'analyse avec Mohamed, membre du collectif Quartiers 21 et militant aguerri contre les violences polici&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3014 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH315/-1250-ff78b.jpg?1779618573' width='500' height='315' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nicolas de la Casini&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; D&lt;/span&gt;ans l'affaire Adama Traor&#233;, il n'y a pas que le procureur et la maire de Beaumont-sur-Oise qui ont pris fait et cause pour les gendarmes tueurs, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a pes&#233; lui aussi de tout son poids. Quand Bruno Le Roux a &#233;t&#233; nomm&#233; ministre, c'est &#224; la gendarmerie de Persan, o&#249; Adama est mort, qu'il a effectu&#233; son premier d&#233;placement officiel. C'est le gouvernement qui en a fait une affaire d'&#201;tat. Pour comprendre pourquoi, il faut garder &#224; l'esprit que les forces de l'ordre constituent un pouvoir de plus en plus hostile au gouvernement, qui esp&#232;re contenir cette r&#233;bellion en leur accordant mille faveurs, depuis le droit de porter leur arme m&#234;me quand ils ne sont pas en service jusqu'&#224; l'extension de l'usage de la l&#233;gitime d&#233;fense, en passant par la gratuit&#233; des transports RATP ou l'&#233;quipement de la BAC en fusils d'assaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 18 mai 2016, lors du rassemblement de flics&lt;/strong&gt; organis&#233; place de la R&#233;publique &#224; Paris par le syndicat Alliance, Marion Le Pen et Gilbert Collard sont venus s'afficher aux c&#244;t&#233;s des manifestants. C'est la premi&#232;re fois qu'on a vu des leaders d'extr&#234;me droite aussi chaleureusement accueillis par des policiers aussi nombreux. Dans le m&#234;me temps, des &#233;tudes indiquaient qu'entre 50 et 70 % des policiers et gendarmes votaient Front national. L&#224;-dessus, t'as des centaines de policiers qui manifestent cagoul&#233;s et arm&#233;s dans les rues de Paris. Quand tu additionnes tout &#231;a, tu ne t'&#233;tonnes plus que les dirigeants politiques baissent de plus en plus la t&#234;te devant les syndicats de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce &#224; quoi on assiste, c'est une autonomisation des forces de l'ordre.&lt;/strong&gt; La police n'est plus seulement le bras arm&#233; de l'&#201;tat, c'est une force qui impose par elle-m&#234;me son propre agenda politique. Cette &#233;volution s'est d'abord manifest&#233;e sur le terrain m&#233;diatique : chaque fois que les violences polici&#232;res font un mort, dans l'heure qui suit les syndicats de flics envahissent les plateaux t&#233;l&#233; pour marteler leur version, qui devient aussit&#244;t la version officielle, celle que les m&#233;dias vont relayer en boucle. La famille ou le comit&#233; de soutien de la victime auront beau d&#233;masquer les mensonges de la version officielle, leur parole aura du mal &#224; faire le poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La puissance des syndicats de flics&lt;/strong&gt; en France reste un angle mort, on n'en parle jamais, alors que la police constitue un &#201;tat dans l'&#201;tat, un minist&#232;re dans l'Int&#233;rieur. Lors du mouvement social contre la loi Travail, tout se passait comme si le gouvernement laissait sa police r&#233;primer en roue libre. Des policiers se sont m&#234;me &#233;tonn&#233;s publiquement : on ne re&#231;oit pas d'ordres, ils nous laissent faire ce qu'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette autonomisation saute aux yeux&lt;/strong&gt; quand tu vas sur les comptes Facebook communautaires des flics, o&#249; ils se l&#226;chent compl&#232;tement, sur le mode : laissez-nous faire, on va nettoyer la France. Exemple, la page Facebook de Robert Paturel, un ancien du Raid qui s'est pr&#233;sent&#233; comme l'un des meneurs des manifs cagoul&#233;es d'octobre dernier : il y partage des vid&#233;os ouvertement d'extr&#234;me droite. C'est devenu banal. Quand t'as le directeur g&#233;n&#233;ral de la police nationale qui se fait huer et mettre la pression par des flics en armes chauff&#233;s &#224; blanc par leurs syndicats, comme en octobre 2016, tu te dis que dans n'importe quel pays cela provoquerait des enqu&#234;tes et des mises &#224; pied. Pas en France. Il y a m&#234;me une vid&#233;o o&#249; l'on entend des flics crier &#8220;les francs-macs en prison&#8221;, &#224; se demander s'ils ne visaient pas leurs propres sup&#233;rieurs. Tout &#231;a passe comme une lettre &#224; la Poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; droite et &#224; gauche&lt;/strong&gt;, on continue de nous bassiner avec la &#8220;police r&#233;publicaine&#8221;, pendant que l'un de ses repr&#233;sentants les plus en vue dans les m&#233;dias se sent suffisamment &#224; l'aise pour faire l'apologie du mot &#8220;bamboula&#8221; sur un plateau de t&#233;l&#233;vision. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Olivier Cyran &amp; Karima Younsi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un axe Berlin-Marseille contre la broyeuse &#224; ch&#244;meurs</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Un-axe-Berlin-Marseille-contre-la</link>
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		<dc:date>2017-11-11T14:38:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
		<dc:subject>ans</dc:subject>
		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>
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		<dc:subject>verte ailleurs</dc:subject>
		<dc:subject>l'herbe n'est</dc:subject>
		<dc:subject>Hartz</dc:subject>
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		<dc:subject>Basta</dc:subject>
		<dc:subject>ch&#244;meur</dc:subject>
		<dc:subject>l'herbe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Invit&#233; par CQFD, un collectif de pr&#233;caires berlinois sera &#224; Marseille le 11 novembre pour partager son exp&#233;rience de lutte contre les dispositifs de flicage et de mise au turbin des ch&#244;meurs. Hartz IV ou Macron 1er, m&#234;me combat ! Non, l'herbe n'est pas toujours plus verte ailleurs. En tout cas, pas pour les ch&#244;meurs. Et surtout pas en Allemagne. Le service du boulot de merde obligatoire que Macron s'appr&#234;te &#224; faire peser sur les ch&#244;medus de sa start-up nation a beau &#234;tre un cauchemar, il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Allemagne" rel="tag"&gt;Allemagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/chomeurs" rel="tag"&gt;ch&#244;meurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/verte-ailleurs" rel="tag"&gt;verte ailleurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-herbe-n-est" rel="tag"&gt;l'herbe n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Hartz" rel="tag"&gt;Hartz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Christoph" rel="tag"&gt;Christoph&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Basta-8451" rel="tag"&gt;Basta&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/chomeur" rel="tag"&gt;ch&#244;meur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-herbe" rel="tag"&gt;l'herbe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Invit&#233; par &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, un collectif de pr&#233;caires berlinois sera &#224; Marseille le 11 novembre pour partager son exp&#233;rience de lutte contre les dispositifs de flicage et de mise au turbin des ch&#244;meurs. Hartz IV ou Macron 1er, m&#234;me combat !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Non, l'herbe n'est pas toujours plus verte ailleurs. En tout cas, pas pour les ch&#244;meurs. Et surtout pas en Allemagne. Le service du boulot de merde obligatoire que Macron s'appr&#234;te &#224; faire peser sur les ch&#244;medus de sa start-up nation a beau &#234;tre un cauchemar, il y a peu de chances qu'il fasse jeu &#233;gal en f&#233;rocit&#233; avec son mod&#232;le allemand, ce r&#233;gime de mise au travail forc&#233; instaur&#233; il y a treize ans sous le nom de Hartz IV&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hartz IV est la derni&#232;re des quatre lois de mise au pas des ch&#244;meurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il n'est pas d&#233;raisonnable d'esp&#233;rer &#8211; si l'espoir est une substance qui peut se racornir &#224; d'aussi ch&#233;tives proportions &#8211; qu'en mati&#232;re de surveillance, de coercition et d'usine &#224; gaz bureaucratique mises au service de l'&#171; activation des demandeurs d'emploi &#187; le g&#233;nie tricolore reste pour longtemps &#224; la tra&#238;ne de l'efficacit&#233; germanique. Et qu'&#224; tout prendre, il vaille mieux, pour un ch&#244;meur, t&#226;ter la schlague macronienne que le fouet hartzien.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH357/-212-bdd6e.jpg?1779618574' width='500' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette cafardeuse consolation nous ferait presque oublier que, face aux garde-chiourmes qui veulent transformer nos abattis en arm&#233;e de r&#233;serve du march&#233; du travail, une option plus stimulante nous tend les bras : l'entraide, l'auto-organisation, la lutte collective. Dans ce domaine, les trimardeurs d'outre-Rhin ont des choses &#224; nous apprendre. En France, le mouvement des ch&#244;meurs de 1997 et la campagne des allumettes, qui a fait flamber une demi-douzaine d'ANPE &#8211; anc&#234;tres des P&#244;les emploi &#8211; en 2006, ne sont qu'un lointain souvenir. En Allemagne, en revanche, les pratiques de r&#233;sistance restent bien vivaces. La preuve ? En juin dernier, alors qu'on enqu&#234;tait sur Hartz IV &#224; Berlin pour un journal un peu moins imp&#233;cunieux que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Cyran, &#171; L'Enfer du miracle allemand &#187;, Le Monde diplomatique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, on a tap&#233; &#224; la porte de Basta, un collectif de ch&#244;meurs install&#233; depuis six ans dans le quartier populaire de Wedding, le &#171; &lt;i&gt;kleine&lt;/i&gt; Marseille &#187; de la capitale allemande. Pendant qu'un batteur v&#233;n&#232;re cognait sur ses f&#251;ts dans le local de r&#233;p&#233;tition du bar associatif juste &#224; c&#244;t&#233;, Christoph, un des jeunes militants du groupe, nous rodait &#224; la vitalit&#233; du lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapport de forces&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jours par semaines &#8211; lundi, mardi, jeudi &#8211; Basta tient une permanence de trois heures &#224; destination des gal&#233;riens du quartier et d'ailleurs. &#171; &lt;i&gt;En un an, on re&#231;oit plus d'un millier de ch&#244;meurs, dont beaucoup d'immigr&#233;s, leurs droits &#233;tant encore plus bafou&#233;s que ceux de leurs camarades allemands. Certains nous ont d'ailleurs rejoints&lt;/i&gt; &#187;, explique Christoph. Avec son allocation cr&#232;ve-la-dalle de 409 &#8364; par mois pour un c&#233;libataire, sa gouvernance inquisitoriale du &#171; client &#187; soup&#231;onn&#233; en permanence de tirer au flanc et ses sanctions qui frappent d&#232;s le premier refus d'une proposition de job, g&#233;n&#233;ralement pr&#233;caire et larbinesque, le dispositif Hartz IV a la coh&#233;rence d'un boulet de canon. &#171; &lt;i&gt;Il comporte n&#233;anmoins des failles qu'on peut exploiter, notamment devant les tribunaux&lt;/i&gt;, indique Christoph. &lt;i&gt;&#201;tant ch&#244;meur moi-m&#234;me, je sais par exp&#233;rience que quand tu connais tes droits, on te tape un peu moins dessus. Et quand le soutien juridique ne suffit pas, on accompagne nos camarades de gal&#232;re &#224; leurs convocations dans les Jobcenters. Lesquels se mettent vite &#224; paniquer si on d&#233;barque &#224; trente ou cinquante. Le rapport de forces, &#231;a fonctionne, m&#234;me face un appareil de contr&#244;le aussi verrouill&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militant.e.s de Basta en sont bien conscients : si la lutte paie sur le terrain, elle reste d&#233;pourvue de d&#233;bouch&#233;s politiques, tant les invectives et le reconditionnement manag&#233;rial qui accablent les ch&#244;meurs depuis treize ans ont sem&#233; d&#233;prime et r&#233;signation. &#171; &lt;i&gt;Chez nous,&lt;/i&gt; mettent-ils en garde, &lt;i&gt;les syndicats ont sabot&#233; l'&#233;norme mobilisation populaire de 2004 contre Hartz IV. Une fois que c'est perdu, tu peux toujours ramer pour remonter le courant. C'est pour &#231;a que vous, en France, vous ne devez surtout pas vous laisser faire.&lt;/i&gt; &#187; Un message qu'ils auront bient&#244;t l'occasion d'adresser aux Marseillais : le 11 novembre &#224; 19 h, Christoph et deux de ses acolytes viendront allumer quelques fumig&#232;nes verbaux &#224; Manifesten (59, rue Thiers), &#224; deux pas de l'antre &#224; ch&#244;meurs de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Histoire de prendre chaud en pr&#233;vision de l'hiver qui menace.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Hartz IV est la derni&#232;re des quatre lois de mise au pas des ch&#244;meurs adopt&#233;es entre 2003 et 2005 sous la coalition des sociaux-d&#233;mocrates et des &#233;colos dirig&#233;e par le chancelier Gerhard Schr&#246;der. Leur concepteur, Peter Hartz, ancien DRH de Volkswagen, a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; deux ans de prison avec sursis et &#224; 500 000 &#8364; d'amende en 2007 pour avoir &#171; &lt;i&gt;achet&#233; la paix sociale&lt;/i&gt; &#187; chez le constructeur en distribuant pots-de-vin, voyages exotiques et prestations de prostitu&#233;es aux membres du comit&#233; d'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Olivier Cyran, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/CYRAN/57833&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Enfer du miracle allemand&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, septembre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Proc&#232;s d'intentions</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Proces-d-intentions</link>
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		<dc:date>2017-04-10T13:32:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;On l'oublie parfois, mais le marteau du juge est du m&#234;me m&#233;tal que la matraque du policier. Les inconscients qui manifestent contre l'impunit&#233; des forces de l'ordre ont tout &#224; craindre de la justice, surtout quand celle-ci a le pouvoir de voyager dans le temps et de vous condamner pour des faits que vous n'avez pas encore commis. C'est r&#233;gl&#233; comme une partition de marche militaire. &#192; quatre temps, la marche : un homme meurt sous les balles ou les coups de la police ; une version officielle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no153-avril-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;153 (avril 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On l'oublie parfois, mais le marteau du juge est du m&#234;me m&#233;tal que la matraque du policier. Les inconscients qui manifestent contre l'impunit&#233; des forces de l'ordre ont tout &#224; craindre de la justice, surtout quand celle-ci a le pouvoir de voyager dans le temps et de vous condamner pour des faits que vous n'avez pas encore commis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L323xH400/-148-29a68.jpg?1779602693' width='323' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#201;milie Seto
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est r&#233;gl&#233; comme une partition de marche militaire. &#192; quatre temps, la marche : un homme meurt sous les balles ou les coups de la police ; une version officielle est b&#226;tie &#224; la h&#226;te pour blanchir les agents homicides, criminaliser la victime et b&#233;tonner la couverture m&#233;diatique ; les proches du d&#233;funt tentent de r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; des faits et se rassemblent avec leurs soutiens pour exprimer leur col&#232;re ; les policiers r&#233;pliquent en tapant dans le tas et en raflant des dizaines de manifestants. L'affaire Liu Shaoyo, du nom de ce Parisien chinois de 56 ans abattu le 26 mars sur le pas de sa porte par un tireur de la BAC, n'a pas failli &#224; la r&#232;gle. D&#232;s le lendemain, quelque deux cents personnes se regroupent devant le commissariat du 19e arrondissement pour dire ce qu'ils pensent de l'op&#233;ration d'enfumage qui, en moins de temps qu'il n'en faut pour recharger un Sig-Sauer calibre 9, a m&#233;tamorphos&#233; un p&#232;re de famille tu&#233; alors qu'il pr&#233;parait le poisson du soir en un kamikaze psychopathe ne recevant que ce qu'il m&#233;rite. Slogans rageux et jets de projectiles contre coups de matraques et pluie de lacrymos, suivis d'une flop&#233;e d'interpellations : un classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario para&#238;t &#224; ce point us&#233; qu'on en oublierait presque ce d&#233;tail : sur les trente-cinq personnes arr&#234;t&#233;es ce soir-l&#224;, vingt-six, indique la pr&#233;fecture, l'ont &#233;t&#233; pour &#171; participation &#224; un groupement en vue de commettre des violences &#187;. En vue de ? Voil&#224; la petite innovation apport&#233;e &#224; la broyeuse judiciaire des &#171; &#233;meutiers &#187; : le d&#233;lit d'intention. On ne se fait plus coffrer pour avoir commis un acte r&#233;pr&#233;hensible, mais parce qu'on est soup&#231;onn&#233; d'avoir song&#233; &#224; le commettre. Cette extravagance l&#233;gale, vot&#233;e en 2009 sur proposition de Christian Estrosi au nom de la lutte contre les &#171; violences en bande &#187;, fut utilis&#233;e pour la premi&#232;re fois en mars 2010 pour justifier l'arrestation de cent dix personnes qui participaient &#224; une manif anticarc&#233;rale devant la prison de la Sant&#233; &#224; Paris. Toutes furent rel&#226;ch&#233;es, non sans avoir &#233;t&#233; d&#251;ment fich&#233;es et intimid&#233;es. La loi estrosiste s'&#233;tait un peu fait oublier depuis, la voici qui fait son retour &#224; la faveur de l'inflation des violences polici&#232;res et des r&#233;actions qu'elles d&#233;clenchent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines plus t&#244;t, une autre disposition du m&#234;me acabit s'&#233;tait abattue comme la foudre sur plusieurs manifestants cueillis &#224; Aulnay-sous-Bois au cours des r&#233;voltes qui ont suivi le viol de Th&#233;o : le d&#233;lit d'embuscade. Fa&#231;onn&#233;e en mars 2007, quand Nicolas Sarkozy tr&#244;nait au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, cette loi &#171; Minority Report &#187; &#8211; du nom de ce film dans lequel Tom Cruise d&#233;gomme les &lt;i&gt;bad guys&lt;/i&gt; avant m&#234;me qu'ils aient commis des m&#233;chancet&#233;s &#8211; punit lourdement (jusqu'&#224; sept ans de taule) le &#171; &lt;i&gt;fait d'attendre un certain temps et dans un lieu d&#233;termin&#233; un fonctionnaire de la police nationale&lt;/i&gt; &#187; ou tout autre repr&#233;sentant de la force publique &#171; &lt;i&gt;dans le but de commettre &#224; son encontre des violences&lt;/i&gt; &#187;. Traduction : on te chope &#224; c&#244;t&#233; de deux ou trois cailloux consid&#233;r&#233;s comme autant de projectiles anti-keufs potentiels et te voil&#224; gratifi&#233; d'un aller simple pour le TGI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'application de cette mesure frappadingue est indissociable du r&#233;gime des comparutions imm&#233;diates et de sa fonction m&#233;canique produisant de la d&#233;tention en cha&#238;ne. &#171; &lt;i&gt;Des avocats commis d'office hallucinaient compl&#232;tement, en mode : le d&#233;lit d'embuscade, c'est quoi &#231;a, jamais entendu parler&lt;/i&gt; &#187;, raconte Kasko, militante d'un comit&#233; de soutien qui apporte une aide juridique et mat&#233;rielle aux justiciables de banlieue et &#224; leurs proches. &#171; &lt;i&gt;La r&#233;alit&#233; quotidienne de ces comparutions&lt;/i&gt;, poursuit-elle, &lt;i&gt;c'est que les trois quarts de ceux qui passent par le box sont des jeunots qui se font attraper parce qu'ils n'ont pas couru assez vite ou qu'ils passaient au mauvais endroit au mauvais moment. Lors des r&#233;voltes pour Th&#233;o, la police raflait n'importe qui n'importe comment, du coup on s'est retrouv&#233;s au TGI de Bobigny &#224; recevoir plein de familles qui arrivaient paniqu&#233;es parce qu'elles &#233;taient sans nouvelles de leurs gamins depuis deux ou trois jours. Parce que, quand tu te fais choper en manif, tu te retrouves quarante-huit heures en garde &#224; vue, puis trente heures encore au d&#233;p&#244;t avant de passer en comparution imm&#233;diate, et tout ce temps souvent sans que tu puisses passer le moindre coup de fil. Certaines mamans, en larmes, esp&#233;raient voir passer leur gosse &#224; la barre juste pour s'assurer qu'il allait bien&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de ratissage tous azimuts, l'aubaine de l'infraction par anticipation permet de resserrer un peu plus les mailles du filet. &#171; &lt;i&gt;Le d&#233;lit d'embuscade, c'est un peu l'association de malfaiteurs du pauvre&lt;/i&gt;, explique l'avocat Rapha&#235;l Kempf, tr&#232;s impliqu&#233; dans la d&#233;fense de la chair &#224; justice de Bobigny. &lt;i&gt;C'est un h&#233;ritage lointain des &#8220;lois sc&#233;l&#233;rates&#8221; de 1893 dirig&#233;es contre les anarchistes et qui d&#233;j&#224; r&#233;primaient l'intentionnalit&#233;. L&#233;on Blum s'en &#233;tait &#233;mu &#224; l'&#233;poque en fustigeant leur monstruosit&#233; juridique&lt;/i&gt;. &#187; Le 9 f&#233;vrier, pendant que les auteurs du calvaire de Th&#233;o coulent des jours paisibles, deux manifestants d'Aulnay-sous-Bois &#233;taient condamn&#233;s &#224; six mois de prison ferme pour d&#233;lit d'embuscade. L&#224;, pas de L&#233;on Blum &#224; l'horizon pour s'en &#233;mouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Contacts utiles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comit&#233; anti r&#233;pression / D&#233;fense collective :&lt;/strong&gt; stoprepression@riseup.net&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/fr-fr.facebook.com/collectif.viesvolees'&gt;Collectif Vies vol&#233;es&lt;/a&gt; :&lt;/strong&gt; viesvolees.france@gmail.com&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Collectif Urgence notre police assassine :&lt;/strong&gt; &lt;span class='ressource'&gt;&lt;[urgence-notre-police-assassine.fr-&gt;&lt;/span&gt;
urgence-notre-police-assassine.fr]&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;ONVP :&lt;/strong&gt; &lt;span class='ressource'&gt;&lt;[observatoire-national-des-violences-policieres.f-&gt;&lt;/span&gt;
observatoire-national-des-violences-policieres.fr]r&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Emplois poubelle pour prospectus jetable</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Emplois-poubelle-pour-prospectus</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Emplois-poubelle-pour-prospectus</guid>
		<dc:date>2016-10-10T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Brygo, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>temps</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>bon</dc:subject>
		<dc:subject>heures</dc:subject>
		<dc:subject>Thierry</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Denis Combrexelle</dc:subject>
		<dc:subject>Combrexelle</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cret</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'extrait que nous vous pr&#233;sentons ici, en exclusivit&#233;, est tir&#233; du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde ! Du cireur au trader, enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers (&#201;ditions La D&#233;couverte). Disponible, depuis peu, dans toutes les bonnes librairies. Les d&#233;pliants criards qui inondent votre bo&#238;te aux lettres pour vous fourguer des mezzanines en kit ou vous inviter &#224; la semaine du cassoulet de Super U ne tombent pas du ciel : ils vous sont d&#233;livr&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/temps" rel="tag"&gt;temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/bon" rel="tag"&gt;bon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/heures" rel="tag"&gt;heures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Thierry" rel="tag"&gt;Thierry&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Jean-Denis-Combrexelle" rel="tag"&gt;Jean-Denis Combrexelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Combrexelle" rel="tag"&gt;Combrexelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/decret" rel="tag"&gt;d&#233;cret&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'extrait que nous vous pr&#233;sentons ici, en exclusivit&#233;, est tir&#233; du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, &lt;i&gt;Boulots de merde ! Du cireur au trader, enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers&lt;/i&gt; (&#201;ditions La D&#233;couverte). Disponible, depuis peu, dans toutes les bonnes librairies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les d&#233;pliants criards qui inondent votre bo&#238;te aux lettres pour vous fourguer des mezzanines en kit ou vous inviter &#224; la semaine du cassoulet de Super U ne tombent pas du ciel : ils vous sont d&#233;livr&#233;s par des dizaines de milliers de paires de jambes qui sillonnent quartiers, r&#233;sidences pavillonnaires et zones rurales pour une poign&#233;e de pi&#233;cettes, le plus souvent sans qu'on les remarque. Un &#171; &lt;i&gt;capital humain&lt;/i&gt; &#187; qui fait la &#171; &lt;i&gt;force &lt;/i&gt; &#187; et la &#171; &lt;i&gt; fiert&#233; &lt;/i&gt; &#187; d'Adrexo, lit-on sur son site Internet. [...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1749 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH459/-66-2973d.jpg?1779602982' width='400' height='459' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
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&lt;p&gt;Cette industrie du remplissage de nos poubelles constitue un march&#233; hautement convoit&#233;. La Poste s'y positionne en bon deuxi&#232;me, via sa filiale priv&#233;e Mediapost, dont les dix mille colporteurs servent &#224; roder les m&#233;thodes de pressage des ressources humaines &#233;tendues ensuite au m&#233;tier de facteur. Les quelque vingt milliards d'imprim&#233;s publicitaires d&#233;vers&#233;s chaque ann&#233;e alimentent un syst&#232;me de rotation d'emplois aussi jetables que les prospectus eux-m&#234;mes. Il suffit de se promener sur le parking d'un centre de distribution Adrexo - on en compte deux cent cinquante dans le pays &#8211; et de parler avec les trimardeurs en train de charger des dizaines de kilos de paquets dans leur voiture. Ce sont tous des pauvres, fran&#231;ais ou immigr&#233;s, avec les habituelles variantes : jeunes en r&#233;insertion, allocataires des minima sociaux qui rament pour quelques sous de plus, &#233;tudiants pris &#224; la gorge par le montant de leur loyer, m&#232;res isol&#233;es qui ne trouvent pas de meilleure solution pour nourrir leurs gosses, retrait&#233;s qui ne s'en sortent pas. Ceux-l&#224;, les retrait&#233;s, sont particuli&#232;rement nombreux. Le &#171; &lt;i&gt;capital humain&lt;/i&gt; &#187; d'Adrexo ? Les naufrag&#233;s du monde du travail qui se d&#233;battent pour ne pas couler &#224; pic. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre des murs de publicit&#233;s pour Auchan, Carrefour et La Foir'fouille tout frais sortis d'imprimerie, Andr&#233;e et Florimont&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s &#224; la demande des salari&#233;s.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un couple de retrait&#233;s septuag&#233;naires, entassent 194 kilos de papier dans un chariot, qu'ils vont ensuite pousser p&#233;niblement jusqu'&#224; leur voiture pour les ramener &#224; la maison. &#171; &lt;i&gt;Nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de nous y mettre parce qu'avec notre petite retraite d'ouvriers, on n'y arrive plus. Au d&#233;but, c'&#233;tait dur. &#199;a prend du temps de bien conna&#238;tre ses tourn&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, explique Andr&#233;e. &#192; 72 ans, elle a d&#233;cid&#233; de repiquer au turbin en d&#233;couvrant une annonce de recrutement d'Adrexo d&#233;pos&#233;e... dans sa bo&#238;te aux lettres. &#171; &lt;i&gt;Nous travaillons &#224; deux une trentaine d'heures par semaine. Pour faire les tourn&#233;es, on met toujours au moins une &#224; deux heures de plus que ce qui est indiqu&#233; sur la feuille de route, poursuit-elle. Comme tout le monde ici, on travaille en moyenne 30% plus longtemps que ce qui est pr&#233;vu. On le dit chaque semaine &#224; notre direction, mais rien ne change, on est toujours pay&#233;s pareil.&lt;/i&gt; &#187; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me qui permet &#224; Adrexo de tailler en pi&#232;ces le salaire l&#233;gal d'Andr&#233;e et Florimont porte un nom : la pr&#233;quantification du temps de travail. Une merveille de r&#233;gime d&#233;rogatoire, source in&#233;puisable de &#171; merdification &#187; pour les corps de m&#233;tiers qui lui sont soumis &#8211; comme les routiers, les ouvriers du b&#226;timent ou les for&#231;ats de la restauration. Le principe est d'une simplicit&#233; lumineuse : l'employeur quantifie en amont le temps de travail qu'il juge n&#233;cessaire &#224; l'ex&#233;cution d'une t&#226;che, et tant pis pour le salari&#233; incapable de s'y tenir. Si sa dur&#233;e effective de travail sort des clous fix&#233;s par le patron, ce n'est &#233;videmment pas parce que celui-ci a op&#233;r&#233; un calcul &#233;triqu&#233; ou malhonn&#234;te : cela prouve simplement que le travailleur n'est pas assez efficace ou qu'il a un poil dans la main. En aucun cas il ne pourra r&#233;clamer le versement des heures suppl&#233;mentaires correspondant au travail r&#233;ellement fourni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur du prospectus, ce r&#233;gime d&#233;mentiel se fonde sur la convention collective de 2004, sign&#233;e apr&#232;s plus de huit ans de n&#233;gociations filandreuses par le syndicat patronal de la distribution directe (SDD) et les cinq syndicats repr&#233;sentatifs du personnel (CGT, CFTC, CGC, FO et CFDT). Ces derniers ont donc donn&#233; carte blanche au patronat pour arnaquer ses salari&#233;s tout &#224; sa guise ? Pas vraiment. Au d&#233;part, il s'agissait de corriger le syst&#232;me du paiement &#224; la t&#226;che qui r&#233;gnait jusque-l&#224; sur le secteur. Les signataires ont certes ent&#233;rin&#233; le principe de la pr&#233;quantification, mais en le dotant de garde-fous cens&#233;s &#233;viter des abus trop flagrants. Des contr&#244;les &#233;taient notamment pr&#233;vus pour v&#233;rifier l'ad&#233;quation entre la feuille de route impos&#233;e &#224; la main-d'&#339;uvre et son temps de travail effectif. En cas de distorsion notable et r&#233;p&#233;t&#233;e, il revenait &#224; l'inspection du travail et aux &#233;lus du personnel d'alerter l'employeur afin qu'il revoie son calcul. Telle &#233;tait du moins l'id&#233;e sur le papier. Dans les faits, les choses se sont pass&#233;es diff&#233;remment : les directions d'Adrexo et de Mediapost ont gard&#233; ce qui les int&#233;ressait &#8211; la pr&#233;quantification &#8211; et jet&#233; &#224; la corbeille tout le reste. En d&#233;pit des dizaines de rapports accablants pondus par les inspecteurs du travail et l'accumulation des plaintes aux prud'hommes, le patronat continue tranquillement de plumer ses volailles. Parce que le rapport de forces le lui permet. Et parce qu'on est plus &#224; l'aise pour faire la loi quand on a l'&#201;tat dans sa poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la multiplication des contentieux prud'homaux, les g&#233;ants du secteur ont re&#231;u en effet un soutien de poids : un d&#233;cret minist&#233;riel de janvier 2007 qui les autorise noir sur blanc &#224; ne &#171; &lt;i&gt;pas compter les heures de travail&lt;/i&gt; &#187; de leurs salari&#233;s et donc &#224; les voler sur leur paie. Paraph&#233; par le ministre du Travail de l'&#233;poque, G&#233;rard Larcher, ce texte est l'&#339;uvre de son directeur g&#233;n&#233;ral du Travail, Jean-Denis Combrexelle, que l'on retrouvera quelques ann&#233;es plus tard comme porte-flingue de Manuel Valls, pour les beaux yeux duquel il signera le rapport sur la &#171; r&#233;forme &#187; du Code du travail. En attendant, son r&#244;le consiste plus modestement &#224; exaucer les v&#339;ux des industriels du prospectus. &#192; l'instar de ces directives europ&#233;ennes coproduites par les lobbyistes de Bruxelles, le d&#233;cret de Combrexelle aurait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; sous la dict&#233;e de Nicolas Routier, P-DG de Mediapost de 2004 &#224; 2009. &#171; &lt;i&gt;Il ne s'en est jamais cach&#233; et nous l'a avou&#233; en r&#233;union priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, nous assure Jean-Louis Frisulli, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de SUD-PTT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 2009, patatras ! Le Conseil d'&#201;tat, saisi par les syndicats, annule le d&#233;cret Mediapost-Adrexo pour cause d'infraction criante &#224; la l&#233;gislation sur le d&#233;compte du temps de travail. Qu'&#224; cela ne tienne : le 8 juillet 2010, un second d&#233;cret mitonn&#233; par le m&#234;me Combrexelle et sign&#233; cette fois par &#201;ric Woerth, successeur de G&#233;rard Larcher, restaure le patronat du tract publicitaire dans ses pr&#233;rogatives r&#233;galiennes. On ne saurait trouver illustration plus &#233;clatante du r&#244;le protecteur de l'&#201;tat... Pendant que les inspecteurs du travail s'&#233;gosillent sur le terrain contre l'exploitation forcen&#233;e du personnel, leur autorit&#233; de tutelle se plie en quatre pour servir la soupe aux exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, rebelote : le second d&#233;cret est annul&#233; &#224; son tour par le Conseil d'&#201;tat, qui enjoint le minist&#232;re de formaliser l'ad&#233;quation entre grilles pr&#233;quantifi&#233;es et heures r&#233;ellement travaill&#233;es. Mais le minist&#232;re s'en moque. De 2012 &#224; 2016, rien ne se passe. &#171; &lt;i&gt;On a beaucoup p&#226;ti de la pr&#233;sence de Combrexelle au plus haut niveau de la direction du Travail&lt;/i&gt; &#187;, nous raconte un des participants aux r&#233;unions minist&#233;rielles. &#171; &lt;i&gt;C'est lui qui a refus&#233; de remettre ses &#233;quipes d'inspecteurs du travail sur le terrain, lui encore qui a bloqu&#233; toute avanc&#233;e pour les salari&#233;s. Son seul souci a toujours &#233;t&#233; de permettre au patronat du secteur de continuer &#224; faire bosser &#224; plein les quelque trente mille colporteurs. Sa pr&#233;sence et son action &#224; la t&#234;te de la direction g&#233;n&#233;rale du Travail ont &#233;t&#233; une catastrophe pour les salari&#233;s de la distribution directe.&lt;/i&gt; &#187; Ses comp&#233;tences se sont av&#233;r&#233;es fort utiles en revanche au gouvernement &#171; socialiste &#187; de Manuel Valls, puisque Combrexelle, une fois claqu&#233;e la porte du minist&#232;re, a pr&#233;par&#233; les antis&#232;ches qui ont inspir&#233; la loi El Khomri. D'une certaine fa&#231;on, Andr&#233;e et Florimont ont servi de cobayes aux logiques d&#233;rogatoires que les pouvoirs publics entendent g&#233;n&#233;raliser &#224; l'ensemble du salariat. &#192; l'image des prospectus d'Adrexo ou de Mediapost, les droits du travailleur ont vocation &#224; finir dans la benne &#224; ordures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1750 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH450/-67-9804c.jpg?1779604186' width='400' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
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&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; Jean-Denis Combrexelle. C'&#233;tait fin 2011, dans le cadre d'une &#171; pige &#187; pour France Inter. &#192; l'&#233;poque, le grand serviteur du patronat en &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; sa cinqui&#232;me ann&#233;e &#224; la t&#234;te de la direction du Travail. Il nous re&#231;oit dans son immense bureau ovale avec vue plongeante sur la Seine et la Maison de la radio. Traits ternes et regard fuyant, l'homme respire la joie de vivre d'un formulaire administratif qui attend son coup de tampon. L'interview commence sur un mode feutr&#233;, comme il sied entre un personnage de haut rang et des journalistes d'une antenne aussi respectable et arrangeante que France Inter. Mains crois&#233;es sur son bureau, il d&#233;roule en confiance son plan com' sur les d&#233;crets qui enfoncent les livreurs de prospectus : &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;part, c'&#233;tait le paiement &#224; la t&#226;che. Tout le monde &#233;tait d'accord pour dire que ce syst&#232;me portait atteinte aux droits &#233;l&#233;mentaires du salari&#233;. On a donc trouv&#233; le syst&#232;me de la pr&#233;quantification, avec quatre gros crit&#232;res pour &#233;valuer le temps de travail en fonction des zones g&#233;ographiques. C'est pas uniquement sur demande du patronat qu'on &#233;crit ces d&#233;crets. C'est apr&#232;s une large participation des partenaires sociaux. Vous savez, cette maison, c'est celle des partenaires sociaux, hein. Bon, souvent, il y a l'un des deux c&#244;t&#233;s qui trouve que c'est pas satisfaisant, hein, mais bon. Aux deux entreprises, on leur a dit, un : &#8220;Soyez vigilants pour que le d&#233;cret soit respect&#233;&#8221; ; et deux : &#8220;R&#233;fl&#233;chissez &#224; une nouvelle convention collective, qui portera aussi sur des questions de mutuelle, de protection sociale, de conditions de travail et autres.&#8221; On part de loin, c'est un secteur tr&#232;s particulier. Le temps moyen des distributeurs, c'est quinze &#224; dix-neuf heures par semaine. C'est beaucoup de temps partiel. Donc, nous, on a adoss&#233; les d&#233;crets &#224; la convention collective, voil&#224;.&lt;/i&gt; &#187; C'est confirm&#233;, le gars nous prend pour des billes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on a oubli&#233; de lui dire, &#224; Jean-Denis, c'est que le technicien qui nous accompagne est en fait un salari&#233; de Mediapost que nous avions suivi quelques semaines plus t&#244;t sur une tourn&#233;e en banlieue. Ce jour-l&#224;, Thierry se trimballait cent cinquante kilos de pub &#224; distribuer en une heure et trente-cinq minutes. Du coup, on lui a fil&#233; un coup de main. Apr&#232;s quarante minutes de route sur le p&#233;riph&#233;rique bond&#233;, on a commenc&#233; la tourn&#233;e &#224; 7h42. La batucada des claquements de bo&#238;tes aux lettres, combin&#233;e aux chants des oiseaux et aux exclamations inqui&#232;tes des habitants (&#171; &lt;i&gt;Oh ! Pas de pub, hein ! J'ai un &#8220;stop pub&#8221; sur ma bo&#238;te aux lettres !&lt;/i&gt; &#187;), conf&#233;rait &#224; l'exercice un rythme saccad&#233; un peu saoulant. Pas le temps de s'arr&#234;ter pour causer avec quiconque, encore moins de faire une pause au troquet. On a v&#233;rifi&#233; sur chrono : c'est seulement &#224; 9h45, apr&#232;s deux heures et trois minutes d'une tourn&#233;e &#224; tout berzingue partag&#233;e &#224; deux, qu'on pouvait reprendre notre souffle et faire les comptes. &#171; &lt;i&gt;Voil&#224;, vingt-huit minutes de vol&#233;es, soit 25% du temps de travail. Et, encore, on a boss&#233; &#224; deux en ne ch&#244;mant pas, tu as vu, a dit Thierry. Comment les syndicats ont-ils pu signer &#231;a ? C'est dingue, quand m&#234;me ! Ah, si je pouvais changer les choses...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bureau de Jean-Denis Combrexelle, Thierry tente d'abord de jouer le jeu dont nous &#233;tions convenus, mais au bout de quelques minutes il craque. Tombant le masque devant le directeur abasourdi, il lui ass&#232;ne une le&#231;on de choses : &#171; &lt;i&gt;&#192; la fin de la semaine vous avez d&#233;j&#224; perdu dix heures. Vous multipliez &#231;a par le nombre de semaines de travail : je perds au bas mot 3 000 euros par an. Vous voyez ?&lt;/i&gt; &#187; Moue agac&#233;e de Jean-Denis Combrexelle, que l'on sent pr&#234;t &#224; appuyer sur le bouton rouge qui rameutera la cavalerie des vigiles. Thierry embraie : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi y a-t-il un turn-over exceptionnel chez Mediapost et Adrexo, &#224; votre avis ? Parce que tout le monde constate que &#231;a ne colle pas ! Dans mon d&#233;p&#244;t, la majorit&#233; des salari&#233;s sont &#233;trangers, ils ne comprennent pas cet &#233;cart incroyable entre le temps estim&#233; et le temps r&#233;el. Ils patientent un mois, deux mois, et puis ils partent, rinc&#233;s. Ce sont des heures VOL&#201;ES ! La pr&#233;quantification du travail, c'est le travail des femmes et des enfants &#224; la maison. Pourquoi ne peut-on pas faire marcher le principe d'une heure travaill&#233;e, une heure pay&#233;e, comme dit le Code du travail ? C'est si difficile ?&lt;/i&gt; &#187; Combrexelle para&#238;t un peu sonn&#233;. Les mots de Thierry rebondissent sur la baie vitr&#233;e, cognent son gigantesque bureau et viennent susciter au bout de ses l&#232;vres exsangues un appel au calme teint&#233; d'une &#233;motion de papier m&#226;ch&#233; : &#171; &lt;i&gt;Oui, bon. Euh, on va faire le point avec les deux entreprises. Mais je ne suis pas s&#251;r que &#231;a soit uniquement une question de temps de travail... Quand vous dites qu'une partie du travail est r&#233;alis&#233;e par la famille, on n'est pas dans les clous, l&#224; ! Et l&#224; ce n'est pas tol&#233;rable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, la famille, &#231;a lui parle, &#224; Jean-Denis Combrexelle. Y a-t-il l&#224; une br&#232;che susceptible d'&#234;tre exploit&#233;e pour la lutte silencieuse des sherpas du prospectus ? Ne r&#234;vons pas. L'&#233;vidence d'un travail dissimul&#233; &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle laisse le directeur de glace. On le prend &#224; t&#233;moin des cinq cents proc&#233;dures prud'homales enregistr&#233;es en 2011, avant de lui reposer la question du temps de travail pill&#233;. Sur quoi il entonne la chanson du dialogue social et de la n&#233;gociation constructive : &#171; &lt;i&gt;Le premier point, c'est de travailler avec les partenaires sociaux pour savoir quelle est la r&#232;gle la plus adapt&#233;e. L'&#201;tat ne va pas prendre sa plume, comme &#231;a, pour r&#233;diger un d&#233;cret qui part de rien...&lt;/i&gt; &#187; Ah bon ? Il l'a pourtant prise par deux fois, sa plume, Jean-Denis Combrexelle, pour voler au secours du patronat, non ? &#171; &lt;i&gt;Non, non !&lt;/i&gt; &#187;, se r&#233;crie-t-il. &#171; &lt;i&gt;Il faut quand m&#234;me &#224; un moment que dans notre pays, on comprenne, et notamment les m&#233;dias, que tout ne r&#233;sulte pas du...&lt;/i&gt; [Il ne finit pas sa phrase.] &lt;i&gt;Le souci que l'on a, c'est de renvoyer davantage &#224; la n&#233;gociation collective, parce qu'on pense que les accords entre partenaires sociaux sont plus proches que ce que pourrait faire le l&#233;gislateur dans son bureau. C'est pas pour faire plaisir &#224; je ne sais qui. Le sujet, c'est de trouver une norme qui soit au plus proche de la r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Et s'il arr&#234;tait deux secondes de se payer notre t&#234;te ? Et s'il pr&#234;tait l'oreille aux avocats de &#171; &lt;i&gt;je ne sais qui&lt;/i&gt; &#187; qui brandissent ses d&#233;crets de complaisance aux prud'hommes pour justifier la surexploitation des colporteurs ? &#171; &lt;i&gt;On a fait passer un message de responsabilit&#233; aux employeurs&lt;/i&gt; &#187;, &#226;nonne-t-il d'une voix blanche. &#171; &lt;i&gt;On leur a rappel&#233; qu'on est dans un syst&#232;me d&#233;rogatoire au Code du travail et qu'il est de la responsabilit&#233; des employeurs d'appliquer loyalement ces textes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loyaut&#233; des employeurs ? Peut-il d&#233;tailler ce concept pittoresque ? &#171; &lt;i&gt;Le but de cette maison, c'est... Bon, Xavier Bertrand&lt;/i&gt; [ministre du Travail de mai 2007 &#224; janvier 2009] &lt;i&gt;a d&#233;clar&#233; la guerre au travail ill&#233;gal, donc c'est pas la tradition de cette maison de le sanctuariser, ce travail ill&#233;gal. Voil&#224;. En revanche, il faut simplement admettre que c'est un secteur un peu particulier. C'est pas exactement la profession de facteur, donc il faut trouver une bonne r&#232;gle.&lt;/i&gt; &#187; Comme si le facteur n'&#233;tait pas assujetti lui aussi &#224; une d&#233;gradation brutale de ses conditions de travail... Une id&#233;e de &#171; bonne r&#232;gle &#187; ? &#171; &lt;i&gt;C'est pas au directeur g&#233;n&#233;ral du Travail d'&#233;crire la bonne r&#232;gle. Vous venez de d&#233;crire vos conditions de travail, il faut entendre les employeurs maintenant. Nous, si on trouve une bonne r&#232;gle, on est pr&#234;ts &#224; la valider tout de suite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela tombe bien, Thierry a justement planch&#233; sur une proposition de &#171; bonne r&#232;gle &#187;, que nous lui soumettons &#224; br&#251;le-pourpoint. &#171; &lt;i&gt;Dans ce d&#233;cret figure comme premier principe le fait que tout salari&#233; doit &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; pour son travail effectif. Ce serait donc la fin de la pr&#233;quantification. Ensuite, toutes les heures de travail non r&#233;mun&#233;r&#233;es devront lui &#234;tre rembours&#233;es. Par exemple, Thierry s'est fait voler huit mille euros.&lt;/i&gt; &#187; Auxquels s'ajoutent bien entendu les d&#233;dommagements qui lui sont dus au titre du pr&#233;judice subi, et que l'on n'a pas eu le temps d'&#233;valuer. On poursuit : &#171; Les entreprises seront dans l'obligation de d&#233;compter le temps de travail r&#233;el par tous les moyens n&#233;cessaires dans les quinze jours suivant ce d&#233;cret. Manque plus que votre signature et c'est bon. Qu'en dites-vous ?
&#8211; Bon, si vous voulez, bon... Nous on dit : commencez par n&#233;gocier et on transposera cette r&#232;gle dans le d&#233;cret.
&#8211; Mais souvent les n&#233;gociations ne servent &#224; rien.
&#8211; Je sais, mais nous pensons que l'une des solutions de progr&#232;s, c'est d'essayer de n&#233;gocier. On pr&#233;f&#232;re une r&#232;gle qui a &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;e plut&#244;t qu'un d&#233;cret &#233;crit sur le bureau d'un directeur du travail. Je dis pas que le temps de travail, c'est pas important, mais bon, il n'y a pas que &#231;a ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas que &#231;a, en effet : il y a aussi les d&#233;g&#226;ts physiques et psychologiques. Thierry : &#171; &lt;i&gt;Quand vous avez fait dix ou douze kilom&#232;tres dans votre journ&#233;e et que la moiti&#233; vous est vol&#233;e, vous savez, votre corps, il fait la gueule le soir.&lt;/i&gt; &#187; Long silence de Combrexelle, qui finit par balbutier :
&#171; Oui, oui, non, mais je peux pas prendre position, ici, &#224; la radio...
&#8211; Au final, on se d&#233;barrasse de nos prospectus dans les lacs, dans les bennes, dans les rivi&#232;res. L'&#234;tre humain, au bout, il p&#232;te les plombs, vous comprenez ?
&#8211; On va faire le bilan, loyalement. Et on en tirera les cons&#233;quences... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve la sortie par nos propres moyens, sans y &#234;tre aid&#233;s par les agents de s&#233;curit&#233;, ce qui prouve bien que le dialogue social n'est pas un vain mot dans la bouche de cet homme-l&#224;. Les deux camouflets inflig&#233;s &#224; Jean-Denis Combrexelle par le Conseil d'&#201;tat &#8211; ainsi qu'un troisi&#232;me dans une affaire li&#233;e &#224; une autre gentillesse patronale, au profit cette fois d'Air France&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contre l'avis d'un inspecteur du travail, Combrexelle a autoris&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; ne l'emp&#234;cheront pas, apr&#232;s dix ans de loyaux services &#224; la direction g&#233;n&#233;rale du Travail, d'int&#233;grer les rangs du... Conseil d'&#201;tat et d'y prendre, fin 2014, la pr&#233;sidence de la section &#171; sociale &#187;. La ranc&#339;ur n'est pas de mise dans le monde des boulots de merde de la haute aristocratie d'&#201;tat, o&#249; l'on trouve toujours une petite mission d'int&#233;rim &#224; faire entre deux jobs. Comme la r&#233;daction, command&#233;e en avril 2015 par le Premier ministre Manuel Valls, de quarante-quatre propositions visant &#224; &#171; &lt;i&gt;donner plus de souplesse aux entreprises&lt;/i&gt; &#187; et &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;largir la place de l'accord collectif dans notre droit du travail et la construction des normes sociales&lt;/i&gt; &#187;. Le rapport Combrexelle&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapport Combrexelle sert de br&#233;viaire &#224; la r&#233;forme El Khomri, puisqu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; tr&#244;nera en bonne place &#224; c&#244;t&#233; des pav&#233;s de l'Institut Montaigne, de la fondation Terra Nova ou de Robert Badinter sur l'&#233;tag&#232;re des fossoyeurs du code du travail. [...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1751 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH360/-68-0e6fe.jpg?1779604186' width='400' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le patronat, de son c&#244;t&#233;, ne cache pas sa bonne humeur. Non content de participer &#224; une exaltante aventure humaine, ses employ&#233;s ont la chance d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt;r&#233;mun&#233;r&#233;s pour faire du sport&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse Fr&#233;d&#233;ric Pons, P-DG d'Adrexo de 2008 &#224; 2012, dans une interview &#224; l'hebdomadaire Marianne. &#171; &lt;i&gt;Le conditionnement puis la livraison de prospectus sont un exercice un peu physique pour cette main-d'&#339;uvre vieillissante, mais, honn&#234;tement, j'estime qu'Adrexo rend service &#224; ces gens : gr&#226;ce &#224; ce boulot, ils se maintiennent en forme et &#233;conomisent un abonnement au Gymnase Club. R&#233;mun&#233;r&#233;s pour faire du sport : il n'y a pas de quoi crier au servage&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marianne, 10 octobre 2009.&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187; Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, on pourrait envisager d'envoyer Fr&#233;d&#233;ric Pons casser des cailloux dans un bagne : cela lui &#233;conomiserait son v&#233;lo d'appartement et son abonnement au club de golf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses mots d'esprit prennent une saveur toute particuli&#232;re deux ans plus tard, lorsque Raymond, un colporteur de soixante-quinze ans pay&#233; 280 euros par mois pour vingt-six heures de travail par semaine, meurt foudroy&#233; par une crise cardiaque au milieu d'une tourn&#233;e de distribution &#224; Noisy-le-Grand. Atteint d'un diab&#232;te et d&#233;j&#224; victime d'un infarctus quelques ann&#233;es plus t&#244;t, il charriait ce jour-l&#224; vingt-cinq cartons d'imprim&#233;s pesant chacun 12,5 kilos. Adrexo avait jug&#233; inutile de lui faire passer une visite m&#233;dicale. &#171; &lt;i&gt;Bien qu'avertie le 30 ao&#251;t 2011 du d&#233;c&#232;s de Raymond par la police, la soci&#233;t&#233; a continu&#233; &#224; &#233;mettre chaque mois des bulletins de paie &#224; son nom &#224; z&#233;ro euro jusqu'en avril 2012, o&#249; elle a &#233;tabli la fin du contrat pour &#8220;absence injustifi&#233;e&#8221;. Ce qui donne une vague id&#233;e de l'attention qu'elle porte &#224; ses salari&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, note l'auteur de l'un des tr&#232;s rares articles consacr&#233;s &#224; cette affaire &lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Micha&#235;l Hajdenberg, &#171; Adrexo condamn&#233; apr&#232;s la mort d'un salari&#233; de 75 ans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. La famille de Raymond attendra cinq ans pour obtenir &#171; justice &#187; : en mars 2016, le conseil des prud'hommes de Bobigny a condamn&#233; Adrexo &#224; lui verser... 6 200 euros pour solde de tout compte &lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont 2 000 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts pour d&#233;faut de visite m&#233;dicale et 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s &#224; la demande des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contre l'avis d'un inspecteur du travail, Combrexelle a autoris&#233; le licenciement d'un pilote d'Air France en ao&#251;t 2009, sanction invalid&#233;e ensuite par le Conseil d'&#201;tat en juin 2010. Source : &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, 15 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le rapport Combrexelle sert de br&#233;viaire &#224; la r&#233;forme El Khomri, puisqu'il propose que le Code du travail se contente de &#171; &lt;i&gt;fixer seulement les grands principes relevant de l'ordre public&lt;/i&gt; &#187;, que &#171; &lt;i&gt;les branches d&#233;fini(ssent) l'ordre public conventionnel&lt;/i&gt; &#187; et que &#171; &lt;i&gt;l'accord d'entreprise (devienne) la norme prioritaire&lt;/i&gt; &#187;. Se passer du Code du travail pour lui substituer des accords d'entreprise : une marotte que le patronat s'appr&#234;te enfin &#224; voir mise en &#339;uvre &#8211; par un gouvernement socialiste, cette fois (loi Travail, 2016, adopt&#233;e avec l'article 49.3 de la Constitution).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, 10 octobre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Micha&#235;l Hajdenberg, &#171; Adrexo condamn&#233; apr&#232;s la mort d'un salari&#233; de 75 ans &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, 25 mars 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont 2 000 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts pour d&#233;faut de visite m&#233;dicale et 3 000 euros pour manquement &#224; l'obligation de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; au travail. La mort d'un salari&#233;, c'est donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Au Salon des boulots de merde</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Au-Salon-des-boulots-de-merde</link>
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		<dc:creator>Julien Brygo, Olivier Cyran</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En pleine mobilisation contre la loi Travail, les employeurs de salari&#233;s low-cost tenaient salon &#224; Paris. Tandis que McDonald's, Carrefour, Sodexo, Monoprix et consorts se pliaient en quatre pour ferrer du ch&#244;meur, un coach en &#171; management motivationnel &#187; exhortait les futures recrues &#224; se prendre pour Usain Bolt. Monde du travail, monde de tar&#233;s. C'est une foire de maquignons comme il s'en tient par centaines, mais avec un petit truc en plus qui intrigue : SoJob, le &#171; salon social du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no142-avril-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;142 (avril 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CDD" rel="tag"&gt;CDD&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En pleine mobilisation contre la loi Travail, les employeurs de salari&#233;s &lt;i&gt;low-cost &lt;/i&gt; tenaient salon &#224; Paris. Tandis que McDonald's, Carrefour, Sodexo, Monoprix et consorts se pliaient en quatre pour ferrer du ch&#244;meur, un coach en &#171; management motivationnel &#187; exhortait les futures recrues &#224; se prendre pour Usain Bolt. Monde du travail, monde de tar&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une foire de maquignons comme il s'en tient par centaines, mais avec un petit truc en plus qui intrigue : SoJob, le &#171; salon social du recrutement priv&#233; &#187;. &#171; Social &#187;, la pr&#233;cision a son importance. Depuis le temps que cet adjectif se retourne comme une chaussette pour rhabiller s&#233;mantiquement les panards de l'employeur (social, le plan qui te jette &#224; la rue ; social, le dialogue en vertu duquel on ampute tes droits, etc.), il &#233;tait logique qu'il serve aussi de garniture aux emplois socialement les plus d&#233;grad&#233;s. SoJob, nous avertit la brochure, &#171; &lt;i&gt;est n&#233; d'une n&#233;cessit&#233; sociale : favoriser la rencontre entre vous, qui exercez ou qui souhaitez exercer dans le priv&#233;, et de grandes entreprises &#224; fort potentiel de recrutement venant de secteurs diversifi&#233;s : h&#244;tellerie, restauration, artisanat alimentaire, grande distribution, coiffure, esth&#233;tique, services &#224; la personne&lt;/i&gt; &#187;. Bref, la confr&#233;rie des secteurs &#171; sous tension &#187;, pourvoyeuse de t&#226;ches &#233;panouissantes et de plans de carri&#232;re sensationnels, dont la presse d&#233;plore r&#233;guli&#232;rement qu'elle &#171; peine &#224; recruter &#187;, s'est donn&#233; rendez-vous le 8 mars &#224; l'espace Champerret, &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est normal que tu compl&#232;tes par des pr&#233;caires &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le timing &#233;tait bien choisi. SoJob avait lieu la veille de la premi&#232;re journ&#233;e de mobilisation contre le projet de d&#233;membrement du Code du travail, un texte con&#231;u pour d&#233;livrer les employeurs de leur &#171; peur d'embaucher&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression lanc&#233;e par le Premier ministre, Manuel Valls, et le pr&#233;sident du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; par la gratification de libert&#233;s nouvelles pour flexibiliser, pr&#233;cariser, licencier. Un pr&#233;cieux coup de pouce &#224; l'extension des boulots de merde, ceux-l&#224; m&#234;mes qui font le miel de SoJob.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH440/seto_salon-545ea.jpg?1779602982' width='400' height='440' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; l'entr&#233;e, surprise !, le visiteur tombe nez &#224; nez avec un stand de Force ouvri&#232;re (FO). La f&#233;d&#233;ration FGTA de FO, qui regroupe les principaux secteurs du salariat &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; (restauration, agro-alimentaire, h&#244;tellerie, grande distribution, etc.), parraine le salon parce qu'elle se place &#171; &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; de l'emploi&lt;/i&gt; &#187;, comme l'annonce le prospectus que nous tend le jeune pr&#233;pos&#233; &#224; l'accueil. Il s'appelle Jean-Baptiste et travaille comme technicien de maintenance chez un industriel breton du l&#233;gume congel&#233;, o&#249; il est aussi d&#233;l&#233;gu&#233; syndical. Il nous explique avoir pris sur ses heures de d&#233;l&#233;gation pour &#339;uvrer au bon d&#233;roul&#233; du salon. Mais depuis quand est-ce le r&#244;le d'un syndicat d'aider les patrons &#224; faire le plein de pr&#233;caires ? &#171; &lt;i&gt;Alors, d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;, rectifie-t-il, &lt;i&gt;on aide les salari&#233;s en leur permettant de trouver un emploi. Apr&#232;s, si &#231;a se passe pas bien pour eux, ils savent qu'on existe et sont invit&#233;s &#224; venir nous voir, puisqu'on est le premier syndicat dans ces secteurs.&lt;/i&gt; &#187; En somme, FO gagne sur les deux tableaux : il se range ostensiblement du bon c&#244;t&#233; du manche tout en se positionnant sur un march&#233; strat&#233;gique &#8211; les gal&#233;riens du travail &#8211; pour recruter non pas une force de travail, mais des adh&#233;rents. &#171; &lt;i&gt;On esp&#232;re tous pour nos enfants qu'ils trouveront mieux dans leur vie qu'un job chez McDo&lt;/i&gt;, conc&#232;de notre syndicaliste de choc, &lt;i&gt;mais il faut aussi se mettre &#224; la place de l'employeur. &#192; certains moments, t'as besoin de vingt salari&#233;s, &#224; d'autres seulement de cinq, donc c'est normal que tu compl&#232;tes par des pr&#233;caires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un petit cochon-tirelire rose sigl&#233; FO &#224; la main, cadeau de la maison, on entame le tour des popotes. Justement, voici McDonald's. Le &#171; &lt;i&gt;premier recruteur priv&#233; de France&lt;/i&gt; &#187; &#8211; 2 500 cr&#233;ations d'emplois annonc&#233;es pour 2016, en plus des 40 000 postes en turn-over &#224; renouveler chaque ann&#233;e &#8211; a investi dans un stand &#233;norme qui &#233;voque le design coupe-faim de ses fast-foods. Sur le comptoir, des piles de brochures &#171; &lt;i&gt;Apprendre un m&#233;tier, choisir son avenir&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; l'on t'explique que fa&#231;onner des Big Mac en CDD &#224; deux-cinqui&#232;mes de temps, c'est &#171; &lt;i&gt; un poste id&#233;al pour les jeunes &#224; la recherche d'une premi&#232;re exp&#233;rience professionnelle&lt;/i&gt; &#187; &#8211; quand t'es jeune, t'es trop content de gagner des clopinettes &#8211; et &#171; &lt;i&gt;pour les personnes cherchant &#224; concilier vie priv&#233;e et vie professionnelle via un emploi du temps modulable&lt;/i&gt; &#187; &#8211; je nage dans le graillon aux heures de &lt;i&gt;rush&lt;/i&gt;, mais, le reste du temps, je m'&#233;clate dans ma vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, apr&#232;s le stand &#171; H&#244;tellerie et restauration, cap sur la r&#233;ussite ! &#187;, on tombe sur Sodexo, le mastodonte de la bouffe collective (420 000 emplois dans le monde, dont 34 000 en France). De l'&#233;cole &#224; la maison de retraite en passant par la caserne, l'entreprise, la prison et l'h&#244;pital, on peut parfaitement passer une vie enti&#232;re &#224; se nourrir Sodexo. Frites molles et escalope de dinde cartonn&#233;e de la maternelle jusqu'&#224; la tombe. &#171; &lt;i&gt;On est un peu d&#233;&#231;us&lt;/i&gt;, l&#226;che la recruteuse. &lt;i&gt;Une dizaine de CV, c'est tout ce qu'on a eu. Faut dire que c'est la premi&#232;re fois qu'on fait ce salon, y a peut-&#234;tre eu un probl&#232;me de communication&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Faut le reconna&#238;tre : SoJob fait un peu grise mine avec sa poign&#233;e de visiteurs qui d&#233;ambulent entre les stands sans vraiment s'y arr&#234;ter, comme on t&#226;te du bout de l'orteil une mer trop froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est comme du mauvais shit, &#231;a te fait mal &#224; la t&#234;te &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 16h30, c'est l'heure de la s&#233;ance de coaching &#171; Comment bien pr&#233;parer un entretien d'embauche &#187;. Des chaises pliantes ont &#233;t&#233; dispos&#233;es &#224; l'attention du public &#224; c&#244;t&#233; du stand de Speed Jobbing, cens&#233; abriter des rencontres coups de foudre entre recruteurs et candidats. Chaussures brillantes comme un sou neuf, petit pull &#224; col moulant et sourire de t&#233;l&#233;vang&#233;liste accroch&#233; aux pommettes, Serge Bourbon, 56 ans, est un &#171; &lt;i&gt;formateur sp&#233;cialis&#233; en ressources humaines et en management motivationnel&lt;/i&gt; &#187;, ainsi que l'indique la brochure. Devant un public clairsem&#233; d'une trentaine de p&#233;quins, moyennement motivationn&#233;s pour l'instant, il va droit au but : &#171; &lt;i&gt;Ne pas se pr&#233;parer &#224; son entretien, c'est manquer de respect &#224; l'employeur. Comment s'y pr&#233;parer ? En vous initiant aux valeurs de l'entreprise qui accepte de vous recevoir ! La tenue doit &#234;tre adapt&#233;e, il y a des postes qui ne justifient pas de porter le costume et la cravate. Il faut &#234;tre dans le ton du m&#233;tier, le ton qui va bien ! Vos gestes doivent &#234;tre en accord avec ce que vous dites. Faites des essais devant la glace, regardez-vous faire ! Il faut avoir le sourire. &#199;a se travaille, un sourire !&lt;/i&gt; &#187; On songe au commandement inscrit sur les murs des &#233;coles de travailleuses domestiques aux Philippines : &#171; &lt;i&gt;L'attitude conditionne votre succ&#232;s&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Profession domestique, film photographique de Julien Brygo, CP Production/Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187; On songe aussi aux marchands ambulants de croix Vitafor (&#171; la croix bio-magn&#233;tique qui fait vraiment des merveilles ! &#187;), leur probit&#233; n'aurait pas &#224; souffrir de la comparaison avec les techniques de vente d&#233;ploy&#233;es par ce zozo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ensuit une longue variation sur l'un des th&#232;mes les plus &#233;prouv&#233;s de la lobotomie manag&#233;riale : l'all&#233;gorie sportive. &#171; &lt;i&gt;Dans un match de boxe, lorsque les deux boxeurs montent sur le ring, il y a un face-&#224;-face, regard contre regard. Celui qui va gagner le combat, c'est celui qui gagne le combat du regard et qui dit : moi, je suis plus fort que toi. Il s'agit de regarder en face son recruteur. Allez-y, affrontez-le, souriez-lui, regardez-le. Moi, j'ai pas envie d'avoir quelqu'un de passif devant moi. Je suis en train de vous proposer le plus beau m&#233;tier du monde, alors allez-y ! &lt;/i&gt; &#187; Sourires incr&#233;dules dans l'assistance. &#171; Le plus beau m&#233;tier du monde &#187;, l'expression ici ferait para&#238;tre mesur&#233;s les gros titres du &lt;i&gt;Rodong Sinmun&lt;/i&gt;, l'organe officiel du Parti communiste nord-cor&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jeunes gars se l&#232;vent en bougonnant. On a juste le temps de les rattraper avant qu'ils d&#233;campent du salon. &#171; &lt;i&gt;C'est un guignol, y a pas un mot utile dans ce qu'il raconte&lt;/i&gt;, proteste le plus grand.&lt;i&gt; C'est comme du mauvais shit, &#231;a te fait mal &#224; la t&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; Abdel, 20 ans, est venu de Courbevoie sur la recommandation de son conseiller P&#244;le emploi. &#171; &lt;i&gt; Il nous a fait perdre notre temps. Je vais pas postuler chez McDo ici, alors que j'en ai un pr&#232;s de chez moi qui recrute tout le temps. J'ai un pote qui y travaille, il a pas gagn&#233; le combat du regard ou chais pas quoi, par contre, il est lessiv&#233; quand il sort du taf. On est all&#233;s sur le stand de Carrefour, ils nous ont propos&#233; de remplir une fiche pour une place de manutentionnaire. Pour un CDD au Smic, ouais. J'ai un bac pro m&#233;canique, c'est &#231;a qui me brancherait, bosser comme m&#233;cano, j'ai d&#233;j&#224; fait des stages, mais bon, j'ai besoin d'un vrai taf. C'est pas ici que je vais en trouver un.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ayez des yeux de vainqueurs ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la tribune, le moulin &#224; vent continue de mouliner. &#171; &lt;i&gt;En tant que patron d'entreprise, j'ai une philosophie, &#233;coutez-moi bien, mademoiselle.&lt;/i&gt; [Il prend &#224; t&#233;moin une jeune femme dans le public] &lt;i&gt;Vous allez me marquer &#231;a, mademoiselle : il n'y a pas de mauvais manag&#233;, il n'y a que de mauvais managers. C'est-&#224;-dire : je prends la responsabilit&#233; de votre &#233;chec. On n'est pas des victimes, on est acteurs de sa destin&#233;e. Faut assumer ses &#233;checs et quand on les assume on va au bout de sa destin&#233;e. Si vous vous dites &#8220;je trouve pas de boulot, c'est la faute &#224; la crise&#8221;&#8230; Attends, elle a bon dos la crise ! Y a toujours des entreprises qui r&#233;ussissent. Donc pourquoi pas vous ? Un entretien, &#231;a se pr&#233;pare : deux-trois heures par jour, tous les jours. Vous &#234;tes comme Usain Bolt aux derniers championnats du monde, il n'&#233;tait pas favori pourtant, et il arrive &#224; gagner d'un centi&#232;me d'&#233;cart. Pourquoi ? Parce qu'il a la rage, quoi, parce qu'il la veut, cette victoire ! Il s'est entra&#238;n&#233; comme un malade, comme un malade !&lt;/i&gt; &#187; Vision fugace de la foule en d&#233;lire et de tes sponsors qui exultent tandis que tu fais le tour d'honneur en brandissant ton contrat de caissier &#224; mi-temps chez Monoprix. &#171; &lt;i&gt; Si vous &#234;tes l&#224;, c'est d&#233;j&#224; un premier pas vers la r&#233;ussite. C'est que vous cherchez un job. Et c'est formidable ! Ayez des yeux de vainqueurs ! Ayez confiance en vous ! Merci &#224; vous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne pense &#224; l'applaudir &#171; &lt;i&gt;comme un malade&lt;/i&gt; &#187; pour se foutre de sa gueule. Les derniers spectateurs se dispersent dans un silence maussade. Un peu &#224; l'&#233;cart, pourtant, un visage rayonne : c'est celui de St&#233;phanie, &#171; chef de projet junior &#187; chez Comtigo, l'agence de conseil en com' organisatrice du salon. Subjugu&#233;e par la prestation bourbonienne, elle explose en babillages ravis : &#171; &lt;i&gt; Ah, c'est notre meilleur intervenant, il est top ! Hyper-pro, hyper-hyper-bien !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils testent ta r&#233;sistance psychologique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De stand en stand, une jeune femme tra&#238;ne sa pochette pleine de CV sans cacher son d&#233;dain. &#171; &lt;i&gt;Que des boulots de merde&#8230; J'ai suivi des &#233;tudes ultra-bouch&#233;es, Infocom,&lt;/i&gt; raconte-t-elle. &lt;i&gt;J'ai trois dipl&#244;mes, deux licences et un mast&#232;re. Mon r&#234;ve, c'&#233;tait de faire de l'histoire ou de la g&#233;ographie, ou un m&#233;tier qui apporte le bonheur. &lt;/i&gt; &#187; L'ann&#233;e derni&#232;re, elle a d&#233;croch&#233; un poste d'attach&#233;e commerciale au Cr&#233;dit Agricole. &#171; &lt;i&gt;Quand tu d&#233;butes, tu es le larbin. Tu vas faire les t&#226;ches p&#233;nibles, tu prends les dossiers que personne ne veut, tu es la petite secr&#233;taire. On te demande de faire tes preuves, et en fait, ils testent ta r&#233;sistance psychologique &#224; leurs ordres. Ils voient si tu te soumets &#224; leur autorit&#233;. C'est ce qui fait que tu vas pouvoir durer ou non.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affida dit cumuler &#171; &lt;i&gt; trois handicaps&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je suis arabe, je suis une meuf et j'ai une histoire familiale compliqu&#233;e. Donc c'est trois fois plus dur.&lt;/i&gt; &#187; Dot&#233;e, comme elle dit, d'un mental de &#171; &lt;i&gt; killeuse&lt;/i&gt; &#187;, elle vient de claquer la porte de son taf au Cr&#233;dit Agricole : &#171; &lt;i&gt;Vu qu'ils sont bard&#233;s de juristes, ils connaissent bien les filons pour faire bosser les gens dans la pr&#233;carit&#233;. Moi, ils me renouvelaient mon CDD constamment. Le d&#233;lai de carence, qui est normalement de six mois entre deux CDD, l&#224;-bas, il &#233;tait de trois semaines. Ils changent le nom du poste et l'adresse de l'agence et, hop, vous repartez avec un &#233;ni&#232;me CDD. J'ai claqu&#233; ma d&#233;m' et je suis arriv&#233;e &#224; Paris il y a un mois et demi, je vis en coloc' avec plein de gens d&#233;prim&#233;s, mais je garde la confiance &#8211; il faut !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Expression lanc&#233;e par le Premier ministre, Manuel Valls, et le pr&#233;sident du Medef, Pierre Gattaz, devenue ensuite un &#233;l&#233;ment de langage constitutif du discours m&#233;diatique sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Profession domestique&lt;/i&gt;, film photographique de Julien Brygo, CP Production/Le Monde diplomatique, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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