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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Un empire nomm&#233; Ubi</title>
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		<dc:date>2025-09-12T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ugo Trelis</dc:creator>


		<dc:subject>Garte</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

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&lt;p&gt;Chez Ubisoft, l'un des plus grands studios de d&#233;veloppement de jeux vid&#233;o au monde, le harc&#232;lement semble &#234;tre solidement ancr&#233; au sein de la culture d'entreprise. Tous les gamers adorent d&#233;tester Ubisoft. Depuis sa cr&#233;ation en 1986 par les cinq fr&#232;res Guillemot, l'entreprise est r&#233;guli&#232;rement la cible de moqueries quant &#224; la qualit&#233; finale ou le manque d'originalit&#233; de ses jeux. En 2020, le studio fran&#231;ais donne une bonne raison de le d&#233;tester. Dans une enqu&#234;te accablante, Lib&#233;ration (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no244-septembre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;244 (septembre 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Garte" rel="tag"&gt;Garte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH99/244_05_garte_jv-45fd7.jpg?1780102123' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chez Ubisoft, l'un des plus grands studios de d&#233;veloppement de jeux vid&#233;o au monde, le harc&#232;lement semble &#234;tre solidement ancr&#233; au sein de la culture d'entreprise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/244_05_garte_jv.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH329/244_05_garte_jv-14a7e.jpg?1780102124' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tous les &lt;i&gt;gamers&lt;/i&gt; adorent d&#233;tester Ubisoft. Depuis sa cr&#233;ation en 1986 par les cinq fr&#232;res Guillemot, l'entreprise est r&#233;guli&#232;rement la cible de moqueries quant &#224; la qualit&#233; finale ou le manque d'originalit&#233; de ses jeux. En 2020, le studio fran&#231;ais donne une bonne raison de le d&#233;tester. Dans une enqu&#234;te accablante, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; r&#233;v&#232;le l'ambiance de vestiaire qui r&#232;gne entre les murs de l'entreprise : tentatives d'agressions sexuelles lors d'&#233;v&#232;nements professionnels, commentaires islamophobes, harc&#232;lement sexuel sur le lieu de travail, dans les salles de pause ou de r&#233;union... Trois anciens salari&#233;s d'Ubisoft sont condamn&#233;s, au d&#233;but de l'&#233;t&#233; 2025, &#224; des peines de prison avec sursis et des amendes. L'entreprise n'a pas &#233;t&#233; poursuivie, alors que les syndicats l'avaient accus&#233; de &#171; harc&#232;lement institutionnel &#187;. Et si Ubisoft &#233;tait le prototype de l'entre-soi masculin, du sexisme et des rythmes de travail intenses qui caract&#233;risent aujourd'hui l'industrie du jeu vid&#233;o ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine : le crunch&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le fief devenu empire semble avoir d&#233;velopp&#233; un go&#251;t pour l'entre-soi masculin, les in&#233;galit&#233;s de genre et les conditions de travail d&#233;plorables&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En anglais, &lt;i&gt;crunch&lt;/i&gt; se traduit par &#171; moment critique &#187; ou &#171; &#233;craser &#187;. Dans l'industrie du jeu vid&#233;o, le &lt;i&gt;crunch&lt;/i&gt; d&#233;signe cette p&#233;riode intensive o&#249; les d&#233;veloppeur&#183;ses doivent travailler 50 &#224; 70 heures par semaine, parfois plus, pour atteindre des objectifs de production. En 1988, les fr&#232;res Guillemot ne sont pas les seuls &#224; faire &lt;i&gt;cruncher&lt;/i&gt; leurs employ&#233;s, mais ils le font avec panache. Ils se font notamment remarquer en r&#233;unissant, pendant plusieurs jours, des d&#233;veloppeurs dans un ch&#226;teau situ&#233; dans la r&#233;gion de Rennes. &#192; l'&#233;poque, le magazine jeu vid&#233;o &lt;i&gt;Tilt&lt;/i&gt;, invit&#233; par le studio, fait le r&#233;cit de ce huis clos dans un article au titre glamour : &#171; Les princes programmeurs de Broc&#233;liande &#187;. Les &#233;quipes, essentiellement masculines, travaillent jour et nuit et partagent des chambres ensemble. Selon le journaliste, la vie de ch&#226;teau vise &#224; : &#171; &lt;i&gt;cr&#233;er une ambiance permettant aux programmeurs, graphistes et autres musiciens de donner pleine mesure &#224; leurs capacit&#233;s respectives mais aussi communes &lt;/i&gt; &#187;. Difficile de ne pas voir dans ce &#171; &lt;i&gt;team building &#187;&lt;/i&gt; quasi f&#233;odal la pr&#233;figuration d'un habitus appel&#233; &#224; s'enraciner durablement dans l'industrie du jeu vid&#233;o : le &lt;i&gt;crunch&lt;/i&gt; comme &#233;preuve virile &#224; traverser ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;De la vie de ch&#226;teau &#224; la vie d'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie est contest&#233;e &#224; mesure qu'Ubisoft grandit et la discorde donne lieu &#224; Ubifree, la premi&#232;re tentative de syndicalisation au sein du studio. L'aventure est de courte dur&#233;e, de 1998 &#224; 1999, mais elle refl&#232;te une certaine clairvoyance. Compos&#233;e d'une quarantaine de personnes, la cellule exprime des demandes claires : des contrats p&#233;rennes et de meilleures conditions de travail. Dans les discussions qui peuvent &#234;tre consult&#233;es sur le site internet d'Ubifree, on trouve des commentaires qui t&#233;moignent de l'&#233;volution de la culture masculine &#224; Ubisoft depuis la vie de ch&#226;teau. &#171; &lt;i&gt;La virilit&#233; se porte bien &#224; Ubi&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit un membre anonyme. Iel fait le constat de l'androcentrisme de l'entreprise familiale qui entretiendrait l'asym&#233;trie parmi ses salari&#233;&#183;es : d&#233;contraction entre hommes ; distance formelle avec les femmes. Les diff&#233;rences hi&#233;rarchiques entre les hommes sont effac&#233;es par &#171; &lt;i&gt;le tutoiement des fr&#232;res [Guillemot], signe ultime de la proximit&#233; bienheureuse avec eux&lt;/i&gt; &#187;. Le fief devenu empire semble avoir d&#233;velopp&#233; un go&#251;t pour l'entre-soi masculin, les in&#233;galit&#233;s de genre et les conditions de travail d&#233;plorables.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas un bug, c'est une feature&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain des r&#233;v&#233;lations m&#233;diatiques de 2020, que reste-t-il de cette culture d'entreprise ? Pierre*, embauch&#233; &#224; Ubisoft en 2021 fait part de l'ambiance mitig&#233;e qui r&#232;gne dans les bureaux situ&#233;s &#224; Saint-Mand&#233;, &#224; c&#244;t&#233; de Paris. On use d'euph&#233;mismes pour ne pas prononcer les termes de &#171; violences sexistes et sexuelles &#187;. Les employ&#233;&#183;es &#233;voquent pudiquement &#171; &lt;i&gt;ce qu'il s'est pass&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Parfois, son manager, cadre &#224; Ubisoft depuis presque 30 ans, &#233;voque la &#171; &lt;i&gt;chasse aux sorci&#232;res&lt;/i&gt; &#187; d&#233;clench&#233;e par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, et regrette l'ancien monde. Il redoute les &#171; &lt;i&gt;teams building&lt;/i&gt; &#187; et les f&#234;tes d'entreprises par crainte d'agir d'une fa&#231;on jug&#233;e inappropri&#233;e par les nouvelles politiques des ressources humaines. Ces derni&#232;res ne font pas l'unanimit&#233; non plus aupr&#232;s d'autres employ&#233;s. Pierre se rem&#233;more une r&#233;union g&#233;n&#233;rale en ligne au cours de laquelle Anika Grant (la &#171; &lt;i&gt;Chief People Officer&lt;/i&gt; &#187; ou responsable des ressources humaines d'Ubisoft de 2021 &#224; 2023) a pr&#233;sent&#233; une plateforme d&#233;di&#233;e au traitement de plaintes anonymes en entreprise. Des salari&#233;s, indign&#233;s, s'envoient des messages : qu'en est-il de la libert&#233; d'expression, des fausses accusations et de la pr&#233;somption d'innocence bafou&#233;e ? Les pouces en l'air et les c&#339;urs, marqueurs modernes de la vie d'entreprise d&#233;mat&#233;rialis&#233;e, apparaissent en nombre sous ces publications. La culture Ubi persiste, et le &#171; &lt;i&gt;changement structurel&lt;/i&gt; &#187; souhait&#233; par Yves Guillemot en 2020 semble relever d'un mirage. Le changement, le vrai, se trouve peut-&#234;tre dans la tentative &#233;ph&#233;m&#232;re d'Ubifree. L'intensification r&#233;cente des luttes syndicales dans l'industrie du jeu vid&#233;o a notamment &#233;t&#233; catalys&#233;e dans un mouvement de gr&#232;ve important &#224; Ubisoft en novembre 2024. Il porte en lui la promesse de mobilisations futures et d'un changement qui ne viendra pas des managers et de leur hi&#233;rarchie, mais des travailleurs et des travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ugo Trelis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233; &#224; sa demande&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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