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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Ceci n'est pas une baguette : c'est un sac Moschino</title>
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		<dc:date>2025-07-15T13:49:09Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julie Boone</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Supermarch&#233; Chanel, burgers g&#233;ants sign&#233;s Moschino, orgies n&#233;o-baroques chez Gucci&#8230; Le luxe s'empare de la nourriture pour en faire une d&#233;monstration d'abondance, une esth&#233;tique de la sati&#233;t&#233; qui oublie volontiers la faim des autres. &#171; En dehors de son talent de couturier, Christian Dior fut un gourmet passionn&#233;, &#224; la recherche des recettes les plus subtiles et les plus raffin&#233;es. Ce grand artiste mettait autant de soin &#224; composer ses menus qu'&#224; cr&#233;er ses mod&#232;les &#187;. Tir&#233;e du livre de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Pole-Ka" rel="tag"&gt;Pole Ka&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Supermarch&#233; Chanel, burgers g&#233;ants sign&#233;s Moschino, orgies n&#233;o-baroques chez Gucci&#8230; Le luxe s'empare de la nourriture pour en faire une d&#233;monstration d'abondance, une esth&#233;tique de la sati&#233;t&#233; qui oublie volontiers la faim des autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/243_d07_polek.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH368/243_d07_polek-20be7.jpg?1779619930' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; E&lt;i&gt;n dehors de son talent de couturier, Christian Dior fut un gourmet passionn&#233;, &#224; la recherche des recettes les plus subtiles et les plus raffin&#233;es. Ce grand artiste mettait autant de soin &#224; composer ses menus qu'&#224; cr&#233;er ses mod&#232;les&lt;/i&gt; &#187;. Tir&#233;e du livre de recettes de Christian Dior, &lt;i&gt;La Cuisine Cousu-Main&lt;/i&gt;, cette citation dit bien plus qu'un simple go&#251;t pour la gastronomie : elle r&#233;v&#232;le &#224; quel point mode et nourriture partagent un imaginaire commun, une m&#234;me attention &#224; la composition, un m&#234;me attrait pour la mise en sc&#232;ne. Dans cet ouvrage, les recettes ne sont d'ailleurs accompagn&#233;es d'aucune photo, uniquement des croquis de mode, comme si les plats se devaient d'&#234;tre envisag&#233;s avec les m&#234;mes codes esth&#233;tiques qu'une silhouette de d&#233;fil&#233;. Quand un cr&#233;ateur aime la cuisine, il &#233;vacue son iconographie pour mieux int&#233;grer la mode. Et quand la mode veut vendre, elle vide son caddie de course.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le gras c'est chic&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La pub de D&amp;G a ouvert la voie &#224; une nouvelle grammaire visuelle du luxe : celle du gras chic&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Exit&lt;/i&gt; les natures mortes, les bouquets d&#233;licats ou les desserts dress&#233;s &#224; la pince. Aujourd'hui, on jette tout sur la table, sauce comprise. On en fout partout. Le bon go&#251;t ? Trop ringard. L'&#233;l&#233;gance ? Avant tout une question de surdosage. Si aucune image de recette ne figurait dans &lt;i&gt;La Cuisine Cousu-Main&lt;/i&gt; de Christian Dior, les campagnes publicitaires de la mode d'apr&#232;s les ann&#233;es 2000, elles, sont satur&#233;es de nourriture. Exemple clinique : la campagne Dolce &amp; Gabbana Time de 2009, o&#249; deux montres brillantes, bien sages sur des poignets distingu&#233;s, s'&#233;chouent dans une mer de frites, ketchup en &#233;ruption, mayonnaise en coul&#233;e. C'est la rencontre entre le luxe horloger et le &lt;i&gt;happy meal&lt;/i&gt; du dimanche soir, version &lt;i&gt;trash&lt;/i&gt;-chic.
Ici, il n'est pas question de gastronomie. Ce qu'on nous sert, c'est un festin de trop. Une assiette qui d&#233;borde et une image qui claque. La pub de D&amp;G a ouvert la voie &#224; une nouvelle grammaire visuelle du luxe : celle du gras chic. Une premi&#232;re bouch&#233;e de mauvais go&#251;t assum&#233;. Et la mode, jamais rassasi&#233;e, en redemande. Car une d&#233;cennie plus tard, c'est au tour de Gucci, griffe italienne elle aussi, sous l'&#232;re Alessandro Michele, de remettre le couvert. Cette fois-ci avec des perruques poudr&#233;es et des robes &#224; crinoline en guise de serviettes. La campagne est mise en images par Glen Luchford, photographe friand des mises en sc&#232;ne de ce genre. On y voit des mannequins mettre &lt;i&gt;litt&#233;ralement &lt;/i&gt;les pieds dans le plat. Une performance d'exc&#232;s, de d&#233;bordement, savamment orchestr&#233;e qui rappelle &lt;i&gt;La Grande Bouffe &lt;/i&gt;de Marco Ferreri, cette farce rabelaisienne o&#249; la nourriture n'est pas tant consomm&#233;e qu'&#233;tal&#233;e, engloutie, puis expuls&#233;e. Mais si le film de Ferreri est &#233;videmment critique, le monde de la mode, lui, reste en ad&#233;quation totale avec ce qu'attend la soci&#233;t&#233; du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mets d'exception comme le caviar ou le champagne, pourtant embl&#233;matiques dans ce milieu, semblent avoir disparu des campagnes. Place aux fruits frais, aux fast-foods et aux g&#226;teaux industriels&#8230; Un paradoxe plus que r&#233;v&#233;lateur : alors que les sacs, robes, et autres souliers de luxe restent inaccessibles &#224; la majorit&#233;, ils sont trait&#233;s comme des symboles de consommation ordinaire. Une mani&#232;re fine de cultiver une proximit&#233; avec le public, en jouant sur des r&#233;f&#233;rences famili&#232;res et un imaginaire de simplicit&#233;. En injectant des ic&#244;nes de la culture de masse dans des sph&#232;res &#233;litistes, les marques utilisent ce que le sociologue Manuel Calvo d&#233;signe comme des &#171; plats totems &#187; : ces mets qui, au-del&#224; de leur valeur nutritive, concentrent des r&#233;cits collectifs et des appartenances culturelles. La nourriture &#8211; vid&#233;e de sa fonction premi&#232;re &#8211; devient un accessoire de narration, un support de fantasmes et/ou un outil de distinction. Paradoxalement, cet &#233;talage alimentaire s'adresse &#224; des corps qui, dans les codes visuels du luxe, restent majoritairement maigres.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'eau &#224; la bouche, la main au porte-monnaie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand la nourriture s'invite &#224; la table des publicit&#233;s des grandes maisons, elle devient un simple &#233;cho visuel, un motif, une couleur, un d&#233;cor. Et l'usage de l'intelligence artificielle dans les campagnes les plus r&#233;centes ach&#232;ve de rompre tout lien avec la mat&#233;rialit&#233;. La campagne de Jacquemus et ses cerises g&#233;antes est l'une des plus repr&#233;sentatives de cette tendance. Afin de promouvoir sa collection &#8220;Le Chouchou&#8221;, le plus proven&#231;al des cr&#233;ateurs a diffus&#233; sur ses r&#233;seaux une vid&#233;o g&#233;n&#233;r&#233;e par IA dans laquelle on voit sa boutique de l'avenue Montaigne envahie de cerises g&#233;antes. Un amoncellement de gros fruits ronds et lisses qui provoquent le fr&#233;tillement des papilles, imm&#233;diatement transmu&#233; en d&#233;sir d'achat. Ce glissement du r&#233;el vers le simulacre est &#224; l'image d'un marketing sensoriel qui ne cherche pas &#224; nourrir, mais &#224; stimuler &#8211; une pulsion &#233;ph&#233;m&#232;re, instagrammable, d&#233;tach&#233;e de toute corporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La nourriture &#8211; vid&#233;e de sa fonction premi&#232;re &#8211; devient un accessoire de narration, un support de fantasmes et/ou un outil de distinction&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jacquemus n'en est pas &#224; son coup d'essai, la marque aime jouer avec la nourriture, et particuli&#232;rement avec les &#233;chelles. Un grille-pain, bien r&#233;el cette fois, mais en taille XXL, tr&#244;ne en devanture de l'une de ses boutiques. Et de d&#233;cor en vitrine, la nourriture devient alors un accessoire de mode &#224; part enti&#232;re. Loewe, sous la direction de Jonathan Anderson, proposait, pour sa collection Automne/Hiver 2024, un sac en forme de botte d'asperges &#224; associer avec un ensemble aux motifs carotte-navet. De son c&#244;t&#233;, la marque de luxe italienne Moschino sortait en 2020 un sac en forme de baguette de pain, &#224; glisser sous le bras. Une r&#233;appropriation des aliments du quotidien qui transforme le primeur du coin en &lt;i&gt;corner&lt;/i&gt; de luxe, et qui figure la capacit&#233; des &#233;lites &#224; recycler des &#233;l&#233;ments de la culture fran&#231;aise pour en faire des signes de distinction.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Manger la marque&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Soir&#233;e de lancement, collaboration&#8230; Dans la mode, tout est pr&#233;texte &#224; festoyer. On ne parle pas ici de vrais d&#238;ners ni de f&#234;tes spontan&#233;es, mais de rituels bien huil&#233;s du marketing contemporain. G&#226;teaux estampill&#233;s d'un logo, glaces aux couleurs de la derni&#232;re collection, cocktails rebaptis&#233;s pour l'occasion&#8230; La nourriture ne se contente pas d'&#234;tre affich&#233;e dans les campagnes : elle s'invite aussi dans les &#233;v&#233;nements des marques. Le temps d'une soir&#233;e, tout peut &#234;tre &lt;i&gt;brand&#233;&lt;/i&gt;, jusqu'au contenu des assiettes. Et cette strat&#233;gie va au-del&#224; de la coh&#233;rence esth&#233;tique : c'est aussi une fa&#231;on d'offrir du contenu &#224; repartager sur les r&#233;seaux sociaux. Chaque mets devient un support visuel, un &#233;l&#233;ment destin&#233; &#224; nourrir les imaginaires et surtout les &lt;i&gt;stories &lt;/i&gt;Instagram. Dans ces &#233;v&#233;nements, on ne se restaure pas : on affirme son appartenance &#224; un petit cercle de privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines marques poussent la d&#233;marche encore plus loin en investissant dans le secteur de la restauration, avec l'ouverture de caf&#233;s et de restaurants. Ces espaces deviennent de v&#233;ritables fa&#231;ades pour les marques, conscientes qu'on ne s'y rend pas seulement pour boire un caf&#233;, mais pour consommer un univers &#8211; et s'acquitter de 18 euros pour une mignardise monogramm&#233;e Louis Vuitton. Frayer dans ces lieux, c'est montrer, une fois de plus, que l'on peut s'offrir une part symbolique du luxe. Ici ce qui prime c'est d'afficher qu'on est en mesure de fr&#233;quenter ces adresses o&#249; le geste de manger devient secondaire mais o&#249; la consommation elle, est statutaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de jouer avec la nourriture, la mode oublie que, pour beaucoup, elle manque. En c&#233;l&#233;brant une abondance inaccessible, elle transforme le contenu de nos assiettes en vitrine. Et malgr&#233; l'apparente accessibilit&#233; des aliments mis en sc&#232;ne, seules les &#233;lites semblent convi&#233;es au festin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julie Boone&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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