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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Bloqu&#233;s dans les limbes de l'administration</title>
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		<dc:date>2025-05-09T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Romain K.</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;a Guili</dc:subject>

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&lt;p&gt;En France, pour demander ou renouveler leur titre de s&#233;jour, les &#233;trangers doivent r&#233;aliser la plupart de leurs d&#233;marches en ligne, sur le site de l'Anef. Une plateforme dont les nombreux blocages engendrent des cons&#233;quences d&#233;vastatrices sur la vie des usagers. Ao&#251;t 2024, Amir* est soulag&#233; : apr&#232;s plus de trois ans de proc&#233;dure, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le reconna&#238;t comme r&#233;fugi&#233;. Pour ce quadrag&#233;naire afghan, c'est l'aboutissement d'un long calvaire administratif. Il va (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Dea-Guili" rel="tag"&gt;D&#233;a Guili&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En France, pour demander ou renouveler leur titre de s&#233;jour, les &#233;trangers doivent r&#233;aliser la plupart de leurs d&#233;marches en ligne, sur le site de l'Anef. Une plateforme dont les nombreux blocages engendrent des cons&#233;quences d&#233;vastatrices sur la vie des usagers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_08_deaguili_anef.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH680/241_08_deaguili_anef-50c76.jpg?1779626794' width='500' height='680' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;o&#251;t 2024, Amir* est soulag&#233; : apr&#232;s plus de trois ans de proc&#233;dure, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le reconna&#238;t comme r&#233;fugi&#233;. Pour ce quadrag&#233;naire afghan, c'est l'aboutissement d'un long calvaire administratif. Il va enfin pouvoir se reconstruire une vie ici en France. Du moins, c'est ce qu'il croit. Neuf mois plus tard, il n'a toujours pas le droit de travailler, pas de titre de s&#233;jour, pas de carte vitale, aucune prestation sociale, pas le droit de conduire et surtout pas le droit de demander le regroupement familial pour son unique fils, &#224; peine majeur, rest&#233; seul au pays. La raison de cette situation tient en quatre lettres : Anef (Administration num&#233;rique des &#233;trangers en France).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Depuis que l'utilisation de l'Anef a &#233;t&#233; impos&#233;e, les r&#233;clamations relatives aux droits des &#173;&#233;trangers re&#231;ues par le D&#233;fenseure des droits ont augment&#233; de 400 %&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est par ce site qu'Amir doit passer pour obtenir un titre de s&#233;jour et transformer une d&#233;cision de justice en une vraie carte. Une simple formalit&#233;, en th&#233;orie. Probl&#232;me, lorsqu'il entame les d&#233;marches, un message d'erreur s'affiche sur l'&#233;cran de son ordinateur : &#171; &lt;i&gt;Demande invalide. [...] Vous n'&#234;tes pas reconnu b&#233;n&#233;ficiaire de la protection internationale. &lt;/i&gt; &#187; Tomb&#233; dans les limbes de l'administration, cet ancien chauffeur de taxi qui a fui les pers&#233;cutions en Afghanistan est priv&#233; de tout droit, sans pour autant &#234;tre en situation irr&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;mat&#233;rialisation qui fait mal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Introduit progressivement &#224; partir de 2019 dans le cadre d'un vaste plan &#233;tatique de d&#233;mat&#233;rialisation, l'Anef est devenue incontournable pour tout &#233;tranger non europ&#233;en depuis 2021. R&#233;fugi&#233;s, parents d'enfants r&#233;fugi&#233;s, conjoints de Fran&#231;ais, travailleurs saisonniers, &#233;tudiants, titulaires d'un visa long s&#233;jour, d'une carte de s&#233;jour pluriannuelle, d'un passeport talent, d'une carte de s&#233;jour salari&#233;&#8230; la majorit&#233; doivent passer par ce site pour demander ou renouveler leur titre de s&#233;jour. Mais plus de cinq ans apr&#232;s son d&#233;ploiement, on ne peut pas dire que c'est un cadeau pour les millions de personnes confront&#233;es &#224; la plateforme.
Depuis que son utilisation a &#233;t&#233; impos&#233;e, les r&#233;clamations relatives aux droits des &#233;trangers re&#231;ues par le D&#233;fenseure des droits ont augment&#233; de 400 %. Et pour cause, les blocages sur la plateforme sont nombreux. Le D&#233;fenseur des droits en dresse une liste non exhaustive : impossibilit&#233; de renouveler un titre de s&#233;jour au motif qu'une demande serait d&#233;j&#224; en cours ; pi&#232;ces transmises mais jamais re&#231;ues par le service pr&#233;fectoral ; impossibilit&#233; de pouvoir modifier, compl&#233;ter ou annuler une demande une fois d&#233;pos&#233;e ; ou encore des d&#233;lais de traitement tr&#232;s longs, privant les usagers de leurs droits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Veuillez patienter...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce genre de situation, l'administration pr&#233;voit deux possibilit&#233;s. La premi&#232;re : &#233;crire au service d'assistance. C'est ce qu'a fait Amir d&#232;s le mois de septembre 2024. S'ensuivent de longs et p&#233;nibles &#233;changes par mails avec des t&#233;l&#233;conseillers dont la froideur et l'incomp&#233;tence concurrenceraient presque celles des robots conversationnels premi&#232;re g&#233;n&#233;ration. Dans un premier message, il envoie une capture d'&#233;cran du blocage qu'il rencontre accompagn&#233; de la d&#233;cision lui reconnaissant le statut de r&#233;fugi&#233;. Deux semaines plus tard, il re&#231;oit une r&#233;ponse par mail l'invitant &#224; &#171; &lt;i&gt;attendre et r&#233;essayer r&#233;guli&#232;rement &lt;/i&gt; &#187;. Un mois plus tard, il les relance. M&#234;me r&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;Patientez et r&#233;essayez r&#233;guli&#232;rement. &#187;&lt;/i&gt; En novembre, il re&#231;oit un nouveau courrier &#233;lectronique : &#171; &lt;i&gt;Votre dossier est toujours en cours de traitement. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Pour les blocages li&#233;s &#224; l'Anef, les &#233;trangers qui pour beaucoup n'ont pas une ma&#238;trise parfaite du fran&#231;ais, doivent venir seuls&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au mois de janvier cette fois, et apr&#232;s une cinqui&#232;me relance, le service &#171; d'assistance &#187; innove et lui demande d'envoyer &#8211; &#224; nouveau &#8211; une copie d'&#233;cran du blocage et son attestation de d&#233;cision d'admission au statut de r&#233;fugi&#233;. Il s'ex&#233;cute. En f&#233;vrier, il re&#231;oit une nouvelle r&#233;ponse &#233;nigmatique : &#171; &lt;i&gt;Les pi&#232;ces fournies sont manquantes. &lt;/i&gt; &#187; Amir renvoie la capture d'&#233;cran et la d&#233;cision de la Cour nationale du droit d'asile. En mars on lui r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Nous constatons que vous faites face &#224; un blocage lors du d&#233;p&#244;t de votre demande de titre de s&#233;jour. Si le probl&#232;me perdure, envoyez-nous par mail votre attestation de d&#233;cision d'admission au statut de r&#233;fugi&#233;. &lt;/i&gt; &#187; De quoi devenir dingue.
Une erreur isol&#233;e ? A priori, non. Dans son rapport, le D&#233;fenseure des droits constate que les t&#233;l&#233;conseillers proc&#232;dent &#224; &#171; &lt;i&gt;de nombreuses reformulations sans para&#238;tre comprendre r&#233;ellement quel type de probl&#232;me rencontre l'usager &lt;/i&gt; &#187;. On serait presque tent&#233; de croire que cela fait partie des consignes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;fec-dure&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La seconde option pr&#233;vue par l'administration en cas de probl&#232;me avec l'Anef, c'est de prendre un rendez-vous en pr&#233;fecture. Parler directement avec un humain, un vrai cette fois. Enfin, pour ceux qui arrivent &#224; obtenir un rendez-vous en ligne. &#192; Marseille, les cr&#233;neaux sont post&#233;s le vendredi. Mais jamais &#224; la m&#234;me heure. Alors pour &#234;tre s&#251;r d'&#234;tre connect&#233; au bon moment, il faut actualiser la page toute la journ&#233;e. En cinq minutes, les quelques dizaines d'horaires disponibles sont complets. Amir a d&#251; s'y prendre &#224; trois fois avant d'obtenir un rendez-vous. &#192; chaque fois, c'est une nouvelle semaine qui s'&#233;coule &#224; vivre sans ressources.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les personnes &#233;trang&#232;res apparaissent comme les usagers les plus durement mis &#224; l'&#233;preuve par la d&#233;mat&#233;rialisation des proc&#233;dures administratives &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le 4 avril, v&#234;tu de son habituel blazer et d'une chemise rentr&#233;e dans son pantalon, il arrive avec 30 minutes d'avance devant les grilles de l'administration rue Saint-S&#233;bastien. Il esp&#232;re en ressortir avec un r&#233;c&#233;piss&#233; de titre de s&#233;jour, qui l'autoriserait &#224; travailler et &#224; entamer les d&#233;marches pour retrouver son fils. Mais, nouveau stop : l'agent de s&#233;curit&#233; ne laisse pas entrer le traducteur qui accompagne Amir. Pour les blocages li&#233;s &#224; l'Anef, les &#233;trangers, qui pour beaucoup n'ont pas une ma&#238;trise parfaite du fran&#231;ais, doivent venir seuls.
Une fois arriv&#233; dans la grande salle bond&#233;e de monde au premier &#233;tage de la pr&#233;fecture, Amir s'installe devant un petit guichet. Derri&#232;re la vitre, une agente charg&#233;e de traiter sp&#233;cifiquement ces types de probl&#232;mes. Au bout de cinq minutes, elle lui annonce qu'il s'agit d'une erreur technique que son service n'a pas la comp&#233;tence de r&#233;soudre. Son conseil : envoyer un mail&#8230; au service d'assistance. En huit mois, la situation d'Amir n'a pas avanc&#233; d'un pouce.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sans carte de s&#233;jour, tout s'arr&#234;te &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les personnes &#233;trang&#232;res apparaissent comme les usagers les plus durement mis &#224; l'&#233;preuve par la d&#233;mat&#233;rialisation des proc&#233;dures administratives&lt;/i&gt; &#187;, pointe le D&#233;fenseur des droits. Pertes d'emplois, de formations, de logements, arr&#234;ts d'&#233;tudes : pour eux, les cons&#233;quences sont lourdes. Ibrahim S., lui, s'est vu suspendre les versements du RSA et des allocations familiales durant trois mois. Arriv&#233; du Soudan avec sa femme et son fils, il obtient l'asile en 2014. Dix ans plus tard, il habite un HLM dans les quartiers Nord de Marseille. Entre-temps il a eu trois autres enfants, le plus vieux n'a pas neuf ans. Toute la famille vit du boulot d'int&#233;rimaire d'Ibrahim, quand sa sant&#233; lui permet de travailler. Le reste du temps, ils s'en sortent gr&#226;ce au RSA et &#224; la CAF. En f&#233;vrier 2024, alors qu'il souhaite renouveler sa carte de s&#233;jour arriv&#233;e &#224; expiration, il se retrouve bloqu&#233;. L'Anef ne peut pas r&#233;cup&#233;rer ses donn&#233;es suite &#224; un changement de syst&#232;me informatique.
Au mois d'avril, m&#234;me si la pr&#233;fecture soutient que le probl&#232;me est r&#233;gl&#233;, il n'a toujours pas de titre de s&#233;jour. Toutes ses prestations sociales sont suspendues. M&#233;caniquement, il perd aussi l'autorisation de travailler. Seuls les ch&#232;ques alimentaires, 80 euros pour six personnes toutes les trois semaines, et la solidarit&#233; de leurs proches, leur permettent de survivre &#224; cette p&#233;riode. Gr&#226;ce &#224; l'intervention d'une avocate et d'une d&#233;cision du tribunal administratif, il a finalement pu reprendre sa vie en novembre dernier. &#171; &lt;i&gt; Pour nous, la vie ne d&#233;pend que d'une seule chose, la carte de s&#233;jour, alors, quand on ne peut pas la renouveler, tout s'arr&#234;te &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Ibrahim.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Roman K.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;*Les pr&#233;noms, nationalit&#233;s et dates ont &#233;t&#233; l&#233;g&#232;rement modifi&#233;s &#224; la demande des personnes, craignant des r&#233;percussions sur leur situation administrative.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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