<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_auteur=656&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>J'suis pas ta m&#232;re</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/J-suis-pas-ta-mere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/J-suis-pas-ta-mere</guid>
		<dc:date>2026-04-11T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonas Schnyder, Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Manon Raupp</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour raisons politiques ou par manque d'envie personnelle, Sol&#232;ne, Rita et Zahra sont nullipares. C'est sans anxi&#233;t&#233; qu'elles entendent le tic tac de l'horloge biologique. Sol&#232;ne, 38 ans : &#171; J'ai accept&#233; l'id&#233;e que l'envie d'avoir un enfant n'arriverait sans doute pas &#187; &#171; Pour moi, ne pas avoir d'enfant n'est pas vraiment un choix politique, je n'ai simplement jamais eu le d&#233;sir ni d'avoir un enfant ni d'&#234;tre m&#232;re. Je ne sais pas si c'est un choix d&#233;finitif et il m'arrive encore de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no251-avril-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;251 (avril 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Manon-Raupp" rel="tag"&gt;Manon Raupp&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH113/manonraupp-fdec7.jpg?1779606020' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour raisons politiques ou par manque d'envie personnelle, Sol&#232;ne, Rita et Zahra sont nullipares. C'est sans anxi&#233;t&#233; qu'elles entendent le tic tac de l'horloge biologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6476 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/manonraupp.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/manonraupp-3b816.jpg?1779606020' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sol&#232;ne, 38 ans : &#171; J'ai accept&#233; l'id&#233;e que l'envie d'avoir un enfant n'arriverait sans doute pas &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi, ne pas avoir d'enfant n'est pas vraiment un choix politique, je n'ai simplement jamais eu le d&#233;sir ni d'avoir un enfant ni d'&#234;tre m&#232;re. Je ne sais pas si c'est un choix d&#233;finitif et il m'arrive encore de douter. Depuis mon adolescence on m'a si souvent pr&#233;dit l'arriv&#233;e imminente du &lt;i&gt;tic-tac&lt;/i&gt; de &#8220;l'horloge biologique&#8221; que j'ai longtemps pens&#233; que &#231;a surgirait un jour. Aujourd'hui, &#224; 38 ans, j'ai accept&#233; l'id&#233;e que l'envie d'avoir un enfant n'arriverait sans doute pas et je suis plut&#244;t en paix avec cette id&#233;e &#8211; &#231;a m'a quand m&#234;me pris du temps et quelques s&#233;ances de psy. J'ai appris il y a quelques mois que j'avais d&#233;pass&#233; l'&#226;ge pour pouvoir congeler mes ovocytes. &#199;a m'a fait un petit pincement quelque part, m&#234;me si je ressens d&#233;sormais moins de pression sociale que lorsque j'avais 25 ans et que ma m&#232;re me disait : &#8220;&lt;i&gt;Moi &#224; ton &#226;ge j'avais d&#233;j&#224; deux enfants !&lt;/i&gt;&#8221; Une coll&#232;gue de travail un jour m'a dit aussi : &#8220;&lt;i&gt;Ah ! Mais c'est que tu n'as pas encore rencontr&#233; le bon !&lt;/i&gt;&#8221; Une injonction terrible, non seulement &#224; te reproduire, mais aussi &#224; trouver le bon ou la bonne partenaire, avec l'angoisse de ne jamais le ou la trouver &#8220;&#224; temps&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que j'ai refus&#233; la maternit&#233;, comme on l'entend parfois, revient &#224; penser que le fait &#234;tre m&#232;re est une &#233;tape obligatoire dans la vie d'une femme, et donc que sans enfant, on n'en devient jamais vraiment une. Cette r&#233;flexion a m&#251;ri au fil de mes rencontres avec des femmes nullipares ayant des vies extraordinaires, ou juste normales, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; beaucoup pour m'aider &#224; m'extirper de cette projection absurde qui voudrait qu'une femme qui n'a pas d'enfant a forc&#233;ment un probl&#232;me. J'ai aussi rencontr&#233; des femmes pouvant confier assez facilement qu'elles regrettaient d'avoir fait le choix d'&#234;tre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a ne m'emp&#234;che pas de penser que c'est important d'&#234;tre en contact avec des enfants, que c'est m&#234;me essentiel que les g&#233;n&#233;rations se m&#233;langent. C'est pour &#231;a que j'aime passer du temps avec les enfants de mes ami&#183;es. Un papa m'a dit l'autre jour &#8220;&lt;i&gt;tu peux pas comprendre, t'as pas d'enfant&lt;/i&gt;&#8221;, j'ai trouv&#233; &#231;a injuste et cruel. J'ai m&#234;me envisag&#233; d'accueillir des enfants plac&#233;s &#224; l'Aide sociale &#224; l'enfance, des enfants que j'imaginais &#8220;de passage&#8221;, desquels il faut s'occuper le temps que leur situation familiale s'arrange. J'ai vite compris qu'il s'agissait en fait d'avoir un v&#233;ritable r&#244;le de parent car c'est rare qu'ils retournent dans leur famille d'origine. On pourrait imaginer d'autres fa&#231;ons un peu plus collectives d'&#233;lever les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que faire des enfants dans notre soci&#233;t&#233; ne nous prot&#232;ge pas de la solitude. Beaucoup vieillissent seul&#183;es dans des Ehpad loin de leurs enfants et petits-enfants. En revanche, les amiti&#233;s nous aident. Je connais beaucoup de personnes assez &#226;g&#233;es qui ont des vies bien remplies et sont tr&#232;s entour&#233;es, pas seulement par leurs enfants, mais par leurs ami&#183;es et camarades de lutte. Je m'imagine tr&#232;s bien vieille, avec mes copines, en manif' le dimanche apr&#232;s-midi ou partant en week-end &#224; l'improviste. La solitude ne me fait pas peur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Jonas Schnyder&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Rita, la soixantaine : &#171; Mon parcours a fait qu'il n'y avait pas trop de place pour des enfants &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand tu vois la lettre que Macron veut envoyer aux jeunes de 29 ans pour les inciter &#224; faire des enfants, tu te dis mais vraiment, l'&#201;tat se m&#234;le de tout, m&#234;me du corps des femmes ! Et puis c'est toujours la m&#234;me natalit&#233; qui est encourag&#233;e : pas celle de femmes immigr&#233;es ou sans-papiers, mais la natalit&#233; blanche. Moi je travaille dans le 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Marseille comme AESH, et je peux te dire que des enfants, il y en a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et des enfants sans parents aussi. Je trouve que c'est une bonne alternative de ne pas avoir d'enfant soi-m&#234;me mais d'adopter. Mais en France, quand on n'a pas un super salaire, qu'on n'est pas un-papa-une-maman, c'est tr&#232;s compliqu&#233;. Et puis au-del&#224;, dans la vie, il n'y a pas que ses enfants : il y a aussi les enfants des autres. Par exemple, je suis tr&#232;s attach&#233;e au fils d'une amie, c'est un peu mon filleul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus jeune, j'ai avort&#233; deux fois parce que je ne voulais pas de grossesse &#224; ces moments-l&#224;. Mais &#224; vrai dire, je n'ai pas vraiment eu de &lt;i&gt;d&#233;sir d'enfant&lt;/i&gt;. Quand j'&#233;tais ado, &#224; 16 ou 17 ans, alors que je me faisais chier chez mes parents et que je r&#234;vais &#224; ma vie d'adulte id&#233;ale, je me souviens clairement m'&#234;tre dit : &#8220;&lt;i&gt;Peut-&#234;tre que j'aurai des enfants, mais si &#231;a arrive, je veux les avoir seule.&lt;/i&gt;&#8221; Tu vois tes parents, tu vois les gens autour, c'est effrayant ! Je pressentais d&#233;j&#224; que se marier, fonder une famille, c'&#233;tait l'ali&#233;nation. Ma m&#232;re &#233;tait infirmi&#232;re &#224; domicile, mon p&#232;re employ&#233; et communiste, puis il est classiquement devenu un peu raciste et Front national. Ils ne m'ont jamais mis la pression pour que j'ai des enfants. J'ai eu des relations avec des hommes, plut&#244;t longues, mais je ne me voyais pas m'attacher &#224; eux en faisant des enfants ; je sentais que c'&#233;tait pas ce qu'il fallait que je fasse. Mon parcours faisait qu'il n'y avait pas trop de place pour faire un gosse. J'&#233;tais engag&#233;e dans un groupe qui avait une activit&#233; de critique sociale contre la prison entre autres et contre ce monde. Cette p&#233;riode n'&#233;tait pas trop compatible avec le fait d'avoir un enfant. J'&#233;tais &#224; droite &#224; gauche, et c'&#233;tait mieux comme &#231;a, pour pouvoir continuer. C'est assez rare que les femmes parviennent &#224; concilier leur temps consacr&#233; &#224; &#233;lever des enfants et celui consacr&#233; &#224; d'autres activit&#233;s. Dans les premiers temps surtout, elles se retrouvent souvent &#224; devoir se couper de la vie sociale, et ce n'&#233;tait pas mon choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 40 ans, j'ai quand m&#234;me eu un doute, parce que c'est vrai que &#231;a peut &#234;tre cool d'avoir un gosse. J'y ai un peu r&#233;fl&#233;chi et je me suis dit : &#8220;&lt;i&gt;&#199;a va &#234;tre trop tard, et je ne vais pas faire tout d'un coup un enfant parce que c'est le dernier moment. Je ne vais pas me faire des n&#339;uds au cerveau : je sais ce qui m'a amen&#233;e l&#224;, j'ai mon parcours et je n'ai ni regrets ni questionnements douloureux par rapport &#224; &#231;a. Allez hop ! On &#233;vacue.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, la pression sociale, je l'ai sentie de la part de copines qui, elles, avaient des enfants. J'ai &#233;t&#233; renvoy&#233;e &#224; des &#8220;&lt;i&gt;ah mais tu peux pas comprendre&lt;/i&gt;&#8221;, notamment quand je donnais mon avis ou des conseils sur l'&#233;ducation. Encore maintenant, quand je dis que je n'ai pas d'enfant, je sens que certaines femmes sont g&#234;n&#233;es. Elles ne me demandent d'ailleurs pas si c'est voulu ou subi. &#199;a reste un petit tabou. Comme si on n'&#233;tait pas vraiment &lt;i&gt;accomplies&lt;/i&gt; en tant que femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai aussi pas mal de copines qui ont 35 ou 40 ans et qui n'auront pas d'enfant. Et &#224; vrai dire&#8230; on n'en parle pas tant que &#231;a ! Il y a d'autres choses dans la vie qui sont importantes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Zahra, 38 ans : &#171; Avoir des enfants ou non, notre lutte reste la m&#234;me contre le patriarcat &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai 38 ans, je suis c&#233;libataire, et &#231;a fait vraiment longtemps que je sais que je ne veux pas avoir d'enfants. Je ne ressens pas le besoin d'&#234;tre m&#232;re et je suis assez sereine par rapport &#224; &#231;a. C'est un choix plut&#244;t d&#233;finitif vu que mon avis n'a pas chang&#233; au fil des ann&#233;es, et qu'actuellement je ne me dis pas non plus : &#8220;&lt;i&gt;l&#224; c'est le moment ou jamais&lt;/i&gt;&#8221;. J'ai la chance d'&#233;voluer dans un milieu o&#249; les gens s'en foutent que j'aie des enfants ou pas. Il n'y a que ma m&#232;re qui y croit encore et me demande toutes les semaines si j'ai trouv&#233; quelqu'un pour me marier et faire des gosses. Mais avec le temps elle finira bien par l&#226;cher l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quand j'ai eu la vingtaine que j'ai commenc&#233; &#224; me dire que je ne voulais pas avoir d'enfants. C'&#233;tait en r&#233;action &#224; la mani&#232;re dont j'ai &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;e dans ma famille : je ne voulais pas ressembler &#224; ma m&#232;re qui tenait la famille &#224; bout de bras et nous g&#233;rait, nous, les trois enfants. Elle &#233;tait infirmi&#232;re mais elle a arr&#234;t&#233; de travailler apr&#232;s une maladie. Quand elle a voulu reprendre, mon p&#232;re lui a demand&#233; de ne pas le faire, parce que c'&#233;tait plus simple pour s'occuper de nous. &#199;a m'a fait dire que je voulais &#234;tre la m&#232;re de personne. Je voulais avoir le temps de me construire toute seule, de vivre les choses &#224; ma fa&#231;on. &#192; l'&#233;poque j'&#233;tais aussi dans le rejet du couple et des relations avec les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite j'ai rencontr&#233; d'autres femmes avec lesquelles j'ai beaucoup discut&#233;. Certaines voulaient des enfants, d'autres non. Ces &#233;changes ont &#233;t&#233; importants pour ma construction politique et f&#233;ministe : en avoir ou ne pas en avoir, pour diff&#233;rentes raisons, est un choix qui nous appartient. Mais notre lutte reste la m&#234;me contre le patriarcat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai eu la trentaine, mon choix s'est davantage construit que par le pass&#233;. Il n'&#233;tait plus seulement bas&#233; sur le rejet. Aujourd'hui, ma situation professionnelle (je travaille dans l'associatif) fait que jamais je n'aurais beaucoup d'argent. Par ailleurs mes engagements politiques m'obligent &#224; donner pas mal de mon temps. Or, &#234;tre seule dans la d&#232;che, ce n'est pas pareil qu'&#234;tre seule, dans la d&#232;che, &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; un enfant &#224; charge. Et puis, je continue de ne pas adh&#233;rer &#224; la conception &#8220;traditionnelle&#8221; du couple. Je suis plus dans des sch&#233;mas d'autonomie et d'ind&#233;pendance. Par exemple, je ne veux pas habiter avec la personne avec laquelle je relationne, encore moins porter la charge mentale d'un foyer. Et c'est plus simple de sortir d'une relation o&#249; il n'y a ni enfants ni cohabitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de &#231;a, je ne con&#231;ois pas le fait de procr&#233;er comme un accomplissement. Il y a suffisamment de gosses en qu&#234;te de famille dans le monde, je n'ai pas besoin de propager mes propres g&#232;nes. Je me suis toujours dit que si un jour je venais &#224; ressentir le besoin de transmettre, je pourrais toujours lancer une proc&#233;dure d'adoption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait le choix de m'investir davantage dans les relations avec mes amies, avec ma famille, surtout avec mes ni&#232;ces, qui sont un peu comme mes enfants et auxquelles j'essaie de consacrer du temps. Je ne pense pas qu'on devrait faire des gosses en pensant qu'ils vont s'occuper de nous apr&#232;s, on a d&#233;j&#224; aucune garantie qu'ils vont nous aimer, alors bon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Jonas Schnyder&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>G&#233;n&#233;ration d&#233;senfant&#233;e</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Generation-desenfantee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Generation-desenfantee</guid>
		<dc:date>2026-04-04T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos, Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Troisi&#232;me Guerre mondiale, effondrement &#233;cologique, fascisme pullulant et racisme omnipr&#233;sent&#8230; &#231;a commence &#224; &#234;tre redondant ! Heureusement cette ann&#233;e, l'&#201;tat, comme sa cohorte m&#233;diatique, a trouv&#233; un nouveau sujet pour nos cerveaux angoiss&#233;s : faire des enfants et promptement. L'occasion de rappeler notre souverainet&#233; sur nos corps et nos vies. H&#233; oh les femmes, le compte n'y est pas l&#224; ! Dans sa moisson de chiffres annuels, l'Insee rel&#232;ve 645 000 naissances pour 651 000 d&#233;c&#232;s en 2025. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no251-avril-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;251 (avril 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_2_-4-8552c.png?1779617915' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Troisi&#232;me Guerre mondiale, effondrement &#233;cologique, fascisme pullulant et racisme omnipr&#233;sent&#8230; &#231;a commence &#224; &#234;tre redondant ! Heureusement cette ann&#233;e, l'&#201;tat, comme sa cohorte m&#233;diatique, a trouv&#233; un nouveau sujet pour nos cerveaux angoiss&#233;s : faire des enfants et promptement. L'occasion de rappeler notre souverainet&#233; sur nos corps et nos vies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/mai_da_chavak2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH834/mai_da_chavak2-715e4.jpg?1779617916' width='500' height='834' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;H&#233; oh&lt;/i&gt; les femmes, le compte n'y est pas l&#224; ! Dans sa moisson de chiffres annuels, l'Insee rel&#232;ve 645 000 naissances pour 651 000 d&#233;c&#232;s en 2025. Bilan n&#233;gatif : une premi&#232;re depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et &#224; n'en pas douter, c'est la faute des femmes. Mieux, des &lt;i&gt;f&#233;ministes&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Est-ce qu'on peut vraiment s'&#233;tonner de la baisse de la f&#233;condit&#233; dans un pays o&#249; l'id&#233;ologie des classes moyennes est de pr&#233;senter les hommes &#8211; je parle du sexe masculin &#8211; comme des individus dangereux par nature ?&lt;/i&gt; &#187; pontifiait le d&#233;mographe et anthropologue Emmanuel Todd en janvier dernier, dans une &#233;mission du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;. Pas nouveau, ce refrain. Renaud, cette vieille gloire de la gauche fran&#231;aise, s'en prenait d&#233;j&#224; &#224; &#171; &lt;i&gt;l'esp&#232;ce de connasse&lt;/i&gt; &#187; du troisi&#232;me, dans son titre &#171; Dans mon HLM &#187; : &#171; &lt;i&gt;Aux manifs de gonzesses / elle est au premier rang / Mais elle veut pas d'enfants / Parce que &#231;a fait vieillir / &#199;a ramollit les fesses / Et puis &#231;a fout des rides / Elle l'a lu dans l'Express / C'est vous dire si elle lit&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis qu'il manque 6 000 b&#233;b&#233;s pour solder l'exercice 2025, les grivoiseries de Renaud ne font plus rire personne. Toujours au micro du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, Todd pr&#233;vient : &#171; &lt;i&gt;L'un des probl&#232;mes du monde, c'est l'effondrement g&#233;n&#233;ralis&#233; de la f&#233;condit&#233; &lt;/i&gt; &#187; dans &#171; &lt;i&gt;les pays qui sont pr&#233;sent&#233;s comme des mod&#232;les [et qui] sont en fait des soci&#233;t&#233;s en cours d'autodestruction&lt;/i&gt; &#187;. L'enjeu serait devenu &lt;i&gt;civilisationnel&lt;/i&gt;, et pour le journal de Dassault, il &#233;tait temps de livrer le 13 janvier dernier un &#233;dito angoiss&#233; : &#171; &lt;i&gt;Bien pauvre nation que celle qui, comme culpabilis&#233;e d'elle-m&#234;me, travaille aveugl&#233;ment &#224; sa r&#233;gression ! [&#8230;] Triste humanit&#233; que celle qui n'esp&#232;re plus, dans ses entrailles, le cri de la naissance, le jaillissement imp&#233;rieux, myst&#233;rieux et merveilleux de l'&#224;-venir, l'augmentation d'elle-m&#234;me non par la technologie ou la qu&#234;te infinie des droits personnels, mais par le c&#339;ur ! &lt;/i&gt; &#187; Idem sur Cnews, o&#249; Pascal Praud crachote : &#171; &lt;i&gt;Raison &#233;conomique, raison &#233;cologique, raison philosophique [&#8230;], &#233;go&#239;sme galopant, individualisme forcen&#233;, [&#8230;] peur de l'amour [&#8230;]. Et bien je m'adresse &#224; ceux qui n'ont pas d'enfants et qui sont en &#226;ge de les avoir : faites-en !&lt;/i&gt; &#187; &#171; Faites-en &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Plus les femmes font d'enfants, plus le temps de travail domestique de leur conjoint&#8230; Baisse !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si l'injonction ne semble gu&#232;re avoir soulev&#233; un enthousiasme d&#233;lirant, elle a au moins s&#233;duit les &#233;quipes de com' du chef de l'&#201;tat. Ainsi, cet &#233;t&#233;, chaque jeune de 29 ans devrait recevoir sa petite lettre du pr&#233;sident, dans laquelle il sera aimablement pri&#233; de procr&#233;er. Pas s&#251;r que &#231;a suffise &#224; &#233;veiller en nous un d&#233;sir d'enfant. On est peut-&#234;tre toutes un peu devenues des &#171; connasses du troisi&#232;me &#187;, qui sait ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Produire, reproduire et recommencer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi tant de pression ? Mais parce que &#171; &lt;i&gt;pour produire, il faut se reproduire&lt;/i&gt; &#187;, rappelle sans fard Todd (encore lui). Reproduire, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, des personnes aptes &#224; travailler et, &#224; l'occasion, &#224; aller au front. Cette &lt;i&gt;autre usine&lt;/i&gt; du capital&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Faire raquer le travail domestique &#187;, CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2023).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, o&#249; les femmes bossent gratuitement, &#231;a fait belle lurette que les f&#233;ministes marxistes la d&#233;noncent, d'Alexandra Kollonta&#239; &#224; Lise Vogel en passant par Angela Davis&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Respectivement la premi&#232;re femme ministre de l'histoire, dans la Russie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Aux c&#244;t&#233;s de l'enfantement proprement dit, Vogel ajoute le travail domestique quotidien (repas, m&#233;nage, soutien &#233;motionnel&#8230;) et le soin apport&#233; aux jeunes et aux a&#238;n&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;C'est bien &#224; la fin d'une civilisation qu'on travaille&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Avec un partage h&#233;t&#233;rosexuel in&#233;galitaire qui bouge un peu, mais pas trop quand m&#234;me&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le travail domestique : 60 milliards d'heures en 2010 &#187;, Insee (novembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; : aujourd'hui, les femmes assurent encore 71 % des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et 65 % des t&#226;ches parentales. Et &lt;i&gt;fun fact&lt;/i&gt; : plus les femmes font d'enfants, plus le temps de travail domestique de leur conjoint&#8230; Baisse ! Pour une m&#232;re en couple h&#233;t&#233;ro, c'est simple : le travail reproductif, c'est un deuxi&#232;me temps plein (34 heures par semaine). Pas &#233;tonnant qu'apr&#232;s avoir revendiqu&#233; les m&#234;mes droits que les hommes au XIXe si&#232;cle et au d&#233;but du XXe si&#232;cle, les f&#233;ministes de la deuxi&#232;me vague (&lt;i&gt;seventies&lt;/i&gt;) se soient attaqu&#233;es &#224; la sph&#232;re priv&#233;e, &#224; la contraception et &#224; l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;la Fin de la civilisation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'accord, d'accord, on l'admet : c'est bien &#224; la fin d'une civilisation qu'on travaille. Celle qui assigne les femmes &#224; la famille nucl&#233;aire h&#233;t&#233;rosexuelle&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand le travail reproductif devrait &#234;tre plut&#244;t socialis&#233; en dehors du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Et c'est vrai que cette derni&#232;re, bien qu'&#233;tant encore le mod&#232;le dominant de la &#171; famille &#187; en Occident, a &#233;t&#233; un peu malmen&#233;e. C'est que depuis 40 ans, les femmes sont bien sorties de chez elles : augmentation de leur activit&#233; salariale, augmentation de leur niveau d'instruction et r&#233;duction du nombre d'enfants par foyer. Si des diff&#233;rences notables de classe, de race et de validit&#233; persistent, en moyenne, elles ont progressivement gagn&#233; en ind&#233;pendance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors forc&#233;ment, comme une pelote de laine, le reste a suivi. Aujourd'hui pr&#232;s de la moiti&#233; des mariages (h&#233;t&#233;ros) se terminent en divorces et deux fois sur trois, c'est la meuf qui se barre. Au-del&#224; du sacro-saint mariage, le couple serait lui-m&#234;me en crise profonde. &#171; &lt;i&gt;Depuis 2010, la proportion de personnes qui vivent seules a augment&#233; dans 26 pays riches sur 30&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt;), &#171; &lt;i&gt;Choix des jeunes femmes [&#8230;] c&#233;libataires, libres et heureuses ?&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;La Repubblica delle Donne&lt;/i&gt;). Mais surtout &#8211; et bien pire ! &#8211;, comme le constatait la journaliste Chant&#233; Joseph dans le magazine &lt;i&gt;Vogue&lt;/i&gt; en octobre dernier : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'heure o&#249; nos r&#244;les traditionnels sont en train de s'effondrer, peut-&#234;tre que le temps est venu de r&#233;&#233;valuer notre all&#233;geance aveugle &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;Oul&#224;l&#224;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise aux &#233;ditorialistes frustr&#233;&#183;es, la critique de la famille nucl&#233;aire n'est pas le pr&#233; carr&#233; de quelques &lt;i&gt;childfree&lt;/i&gt; occidentales en qu&#234;te d'individualit&#233; et un peu trop r&#233;ceptives &#224; l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale. La vague #MeToo, et surtout #MeTooInceste, ont mis un courageux &lt;i&gt;high kick&lt;/i&gt; dans la porte du foyer pour en lib&#233;rer tous les secrets. &#171; &lt;i&gt;Enfantisme is the new f&#233;minisme&lt;/i&gt; &#187; &#233;crit la &lt;i&gt;queen&lt;/i&gt; C&#233;cile C&#233;e. La famille, ce &lt;i&gt;berceau des dominations&lt;/i&gt; (Doroth&#233;e Dussy) et de tous nos traumas, ne fait plus franchement r&#234;ver. Et encore, on passe sur les multiples motifs de cette GenZ sacrifi&#233;e qui la pousse &#224; se demander si, vraiment, faire des enfants est si pertinent (crise &#233;cologique in&#233;luctable, troisi&#232;me guerre mondiale en approche, fascisme partout, niveau de vie qui baisse, d&#233;pressions et burn-out en expansion, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/mai_da_chavak.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/mai_da_chavak-9157e.jpg?1779617916' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une autre famille &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On aurait pourtant tort de lire cette prise de distance &#224; l'&#233;gard du travail reproductif comme un refus du lien, de la transmission ou m&#234;me de la parentalit&#233;. Car ce qui vacille ici, c'est moins le d&#233;sir de faire famille que le vieux logiciel occidental qui a longtemps confondu parent&#233; sociale et biologique. L'anthropologue Anne Cadoret note qu'&#233;lever, prot&#233;ger, transmettre, socialiser et aimer ont longtemps &#233;t&#233; des t&#226;ches arbitrairement assign&#233;es aux seul&#183;es g&#233;niteur&#183;ices. Comme si engendrer suffisait &#224; faire na&#238;tre un esprit de parentalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;vidence d&#233;faite d&#232;s lors qu'on observe la pluralit&#233; de montages familiaux existants : dans les familles recompos&#233;es, dans les familles ayant pratiqu&#233; l'ins&#233;mination artificielle, h&#233;t&#233;rosexuelles ou homosexuelles, dans les familles d'accueil, les parents se substituent aux g&#233;niteur&#183;ices. Mais si dans le cas des couples h&#233;t&#233;ros, la fiction filiale peut encore tenir, avec la famille homoparentale, en revanche, le sc&#233;nario perd nettement en cr&#233;dibilit&#233;. La famille queer &#8211; et les socialit&#233;s communautaires en g&#233;n&#233;ral, occidentales et non-occidentales &#8211; r&#233;v&#232;le alors avec &#233;clat ce que la filiation a toujours &#233;t&#233; : avant tout une construction sociale, symbolique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les possibilit&#233;s s'&#233;tendent. Coparentalit&#233; (avoir un enfant hors des fronti&#232;res du couple), famille choisie, beau-parentalit&#233;, enfants de c&#339;ur ou parents de c&#339;ur, adoption&#8230; Refuser l'injonction &#224; la maternit&#233; telle qu'elle est con&#231;ue dans nos soci&#233;t&#233;s patriarcales et capitalistes, ce n'est pas refuser la parentalit&#233;, c'est commencer &#224; la r&#233;volutionner. Car c'est dans les marges de la norme, voulues ou subies, qu'on per&#231;oit la justesse d'un autre &#171; faire famille &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Livia Stahl et Ga&#235;lle Desnos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Faire raquer le travail domestique &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Respectivement la premi&#232;re femme ministre de l'histoire, dans la Russie r&#233;volutionnaire apr&#232;s 1917 ; sociologue am&#233;ricaine connue pour &#234;tre l'une des fondatrices principales de la th&#233;orie de la reproduction sociale (SRT) ; professeure de philosophie et militante anti-raciste, communiste et f&#233;ministe am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Le travail domestique : 60 milliards d'heures en 2010 &#187;, Insee (novembre 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quand le travail reproductif devrait &#234;tre plut&#244;t socialis&#233; en dehors du foyer : garde d'enfants, cantines, &#233;coles, psychologues&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Miser sur les municipales, c'est donner une l&#233;gitimit&#233; &#224; ses ma&#238;tres quand on veut pr&#233;cis&#233;ment les combattre &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Miser-sur-les-municipales-c-est</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Miser-sur-les-municipales-c-est</guid>
		<dc:date>2026-03-14T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Debanne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pierre Sauv&#234;tre est sociologue et sp&#233;cialiste de Murray Bookchin, r&#233;f&#233;rence moderne en mati&#232;re de communalisme. Il revient sur ce concept trop peu d&#233;frich&#233;, que la France insoumise semble s'appliquer &#224; noyer davantage. Entretien. Qu'avez-vous pens&#233; de l'appel de la France insoumise (FI) &#224; renouer avec la notion de &#171; communalisme &#187; ? &#171; Ce que la FI d&#233;fend, notamment dans son livre Pour un nouveau communalisme, les communes au c&#339;ur de la r&#233;volution citoyenne (Amsterdam, 2026) n'a en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no250-mars-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;250 (mars 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/https-cqfd-journal-org-Georges-Debanne" rel="tag"&gt;Georges Debanne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_7_-5-087c1.png?1779622249' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pierre Sauv&#234;tre est sociologue et sp&#233;cialiste de Murray Bookchin, r&#233;f&#233;rence moderne en mati&#232;re de communalisme. Il revient sur ce concept trop peu d&#233;frich&#233;, que la France insoumise semble s'appliquer &#224; noyer davantage. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/georges_debanne.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH904/georges_debanne-b268a.jpg?1779622249' width='500' height='904' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'avez-vous pens&#233; de l'appel de la France insoumise (FI) &#224; renouer avec la notion de &#171; communalisme &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que la FI d&#233;fend, notamment dans son livre &lt;i&gt;Pour un nouveau communalisme, les communes au c&#339;ur de la r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt; (Amsterdam, 2026) n'a en r&#233;alit&#233; rien &#224; voir avec le communalisme tel qu'il a &#233;t&#233; pens&#233; et exp&#233;riment&#233; historiquement. Il existe trois s&#233;quences historiques o&#249; le communalisme a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; : dans le mouvement ouvrier et socialiste fran&#231;ais entre 1848 et 1871, dans les ann&#233;es 1990 avec la pens&#233;e socialiste et libertaire de Bookchin, et enfin, dans le mouvement kurde au Rojava men&#233; par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sous le leadership d'Abdullah &#214;calan, lui-m&#234;me influenc&#233; par Bookchin. Par ailleurs, les Gilets jaunes, avec l'appel de Commercy en 2018, se sont aussi revendiqu&#233;s de Bookchin et inspir&#233;s du Rojava. Ces diff&#233;rentes exp&#233;riences avaient un horizon politique commun, bien qu'il y ait des singularit&#233;s propres &#224; chacune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc lorsque la FI revendique un &#8220;nouveau communalisme&#8221;, sans aucune r&#233;f&#233;rence ni ancrage dans ces exp&#233;riences, c'est une pure auto-proclamation et, finalement, un non-sens total, car que peut valoir un &#8220;nouveau communalisme&#8221; alors que le communalisme dans toutes ses d&#233;clinaisons est ignor&#233; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais, en dehors de cette absence de r&#233;f&#233;rences, la proposition politique insoumise a-t-elle un rapport avec le contenu du communalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur le plan politique, le communalisme &#233;merge au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; partir du constat critique que la d&#233;mocratie repr&#233;sentative d&#233;poss&#232;de le peuple du pouvoir politique. Ce pouvoir, monopolis&#233; par l'&#201;tat, est entre les mains de professionnels de la politique (et des partis), donc d'une petite &#233;lite tr&#232;s masculine et blanche. L'objectif du communalisme est au contraire de mettre en place un syst&#232;me politique alternatif o&#249; le pouvoir serait entre les mains de l'ensemble des citoyens. Ce nouveau r&#233;gime populaire, r&#233;ellement d&#233;mocratique et non-professionnel est une remise en question totale du r&#233;gime repr&#233;sentatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la Commune de 1871 &#224; Bookchin, le r&#233;gime politique du communalisme est fond&#233; sur l'autonomie et l'auto-gouvernement des communes organis&#233;es &#224; partir d'assembl&#233;es populaires de d&#233;mocratie directe, et li&#233;es les unes aux autres dans une conf&#233;d&#233;ration de communes &#224; l'&#233;chelle de tout le territoire. Pour que le pouvoir soit r&#233;ellement aux mains des citoyens dans les communes, il faut qu'il n'y ait rien au-dessus d'elles. Donc, pas d'&#201;tat. C'est ce qui a int&#233;ress&#233; de nombreux militants et observateurs du Rojava, ou du Chiapas auquel il est souvent associ&#233; : un peuple peut s'organiser politiquement en dehors et autrement que dans l'&#201;tat-nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la FI est profond&#233;ment &#233;tatiste : elle met l'&#201;tat au-dessus des communes. Elle entend donc couler le principe du communalisme dans les institutions du r&#233;gime repr&#233;sentatif et de l'&#201;tat souverain, ce qui, &#224; nouveau, liquide tout le contenu et l'int&#233;r&#234;t du communalisme. Ce que propose la FI &#224; l'&#233;chelle locale, ce n'est pas du communalisme, mais du municipalisme, et encore un municipalisme d'un genre bien particulier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi le &#171; municipalisme &#187; se distingue du communalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le municipalisme ne propose pas un r&#233;gime politique diff&#233;rent de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Il vise &#224; renforcer le pouvoir des communes face au pouvoir central de l'&#201;tat pour leur donner une certaine ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de lui. R&#233;cemment, on a pu observer un regain d'int&#233;r&#234;t pour ce courant politique, avec l'&#233;mergence d'un &#8220;n&#233;o-municipalisme&#8221;, en Espagne en 2015, qui a tent&#233; de gouverner la municipalit&#233; de Barcelone en s'appuyant sur les mouvements sociaux. Il a ensuite &#233;t&#233; repris en France de mani&#232;re un peu affadie avec les listes citoyennes qui se sont multipli&#233;es lors des &#233;lections municipales de 2020, puis en 2026. L'id&#233;e est d'&#233;largir la d&#233;mocratie locale en permettant &#224; des citoyens hors partis politiques de participer aux politiques publiques locales. Mais toujours sans remettre en cause le cadre du r&#233;gime repr&#233;sentatif.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La strat&#233;gie d&#233;fendue par Bookchin, qui est de gagner les &#233;lections municipales pour ensuite mettre en place une assembl&#233;e populaire de d&#233;mocratie directe, peut laisser sceptique &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La FI reprend la dimension &#8220;participative&#8221; de ce municipalisme (avec un droit de veto des conseils de quartier, des plateformes permettant aux citoyens de proposer des lois ou un droit de r&#233;vocation des &#233;lus) mais jamais celle de l'ind&#233;pendance des localit&#233;s face au pouvoir central. Au contraire, la FI cherche &#224; renforcer sa logique partisane, avec derri&#232;re un objectif : cr&#233;er des bastions dans les municipalit&#233;s qui serviront de bases de soutien au programme et &#224; la probable candidature de Jean-Luc M&#233;lenchon aux pr&#233;sidentielles. La strat&#233;gie de LFI rel&#232;ve donc d'un municipalisme bien sp&#233;cifique, qu'on peut qualifier de &#8220;municipalisme d'&#201;tat&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cela, la FI d&#233;voie le sens profond du communalisme alors que, selon vous, il y aurait une discussion importante &#224; avoir entre les diff&#233;rentes versions du communalisme, en particulier entre la version de Bookchin et celle du communalisme socialiste tel qu'il fut pens&#233; au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le communalisme a &#233;merg&#233; dans les milieux socialistes &#224; travers la qu&#234;te d'une r&#233;volution sociale dans laquelle la commune devait jouer un r&#244;le central. Mais par &#8220;commune&#8221;, les socialistes n'entendaient pas du tout la municipalit&#233; d'aujourd'hui. La &#8220;commune&#8221; &#233;tait vue comme un espace territorial d'organisation du travail avec un logiciel socialiste, c'est-&#224;-dire radicalement diff&#233;rent de l'organisation capitaliste du travail. Cette organisation, comme le pr&#233;-socialiste Fourier l'envisagea le premier, serait bas&#233;e sur des communaut&#233;s autonomes de production et de consommation de biens et de services, c'est-&#224;-dire sur l'association solidaire des travailleuses et des travailleurs et de toutes leurs fonctions sociales (agriculture, industrie, transport, logement, &#233;ducation, sant&#233;, culture). Mais apr&#232;s la r&#233;pression de juin 1848 par l'&#201;tat bourgeois, les ouvriers socialistes comprennent qu'ils ne peuvent construire cette organisation socialiste du travail sans se pr&#233;occuper de politique et sans d&#233;passer l'&#201;tat bourgeois autoritaire. C'est l&#224; qu'&#233;merge la perspective d'une autonomie politique des communes fond&#233;e sur les assembl&#233;es populaires l&#233;gislatives en d&#233;mocratie directe, dont la vocation est de se substituer &#224; l'&#201;tat repr&#233;sentatif. Le communalisme ouvrier reposait donc sur des communes &#224; la fois d&#233;mocratiques mais aussi socialistes (ou &#8220;communistes&#8221; chez plusieurs membres de la Premi&#232;re Internationale avant la Commune).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier aspect n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; Marx dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; &#224; propos de la Commune lorsqu'il a dit de celle-ci qu'elle &#233;tait &#8220;&lt;i&gt;la forme politique enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail&lt;/i&gt;&#8221;. En outre, il a soulign&#233; le r&#244;le important que jouait la propri&#233;t&#233; communale de la terre, l'association du travail entre paysans et l'auto-gouvernement de la commune par les habitants. Marx fait ainsi le lien entre les communes paysannes pr&#233;-capitalistes europ&#233;ennes, les communes ouvri&#232;res du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et les communes paysannes des pays du Sud global qui luttaient contre le capitalisme colonial. Tout cela d&#233;finit finalement le communalisme comme une voie post-capitaliste et post-&#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bookchin, lui, n'est pas remont&#233; &#224; cette &#233;mergence du communalisme. Il n'en a retenu que l'aspect politique en d&#233;laissant le caract&#232;re socialiste ou &#8220;post-capitaliste&#8221; de l'organisation du travail dans la commune. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quelles sont les strat&#233;gies concr&#232;tes aujourd'hui en France pour faire advenir une forme de communalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La strat&#233;gie d&#233;fendue par Bookchin, qui est de gagner les &#233;lections municipales pour ensuite mettre en place une assembl&#233;e populaire de d&#233;mocratie directe, peut laisser sceptique. Quand vous avez l'id&#233;e de briser le r&#233;gime repr&#233;sentatif, pourquoi attendre de se faire l&#233;gitimer par lui en gagnant les &#233;lections municipales ? C'est donner une l&#233;gitimit&#233; &#224; ses ma&#238;tres quand on veut pr&#233;cis&#233;ment les combattre. Mener cette strat&#233;gie en l'absence de mouvements sociaux forts parall&#232;les, c'est risquer d'&#234;tre pris dans l'inertie des institutions municipales, comme cela a &#233;t&#233; le cas du n&#233;o-municipalisme espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se rattache plut&#244;t au communalisme comme voie post-capitaliste et post-&#233;tatique qui passe d'abord par la construction de communaut&#233;s de production et de consommation, la strat&#233;gie devient tout autre. Elle peut renvoyer aujourd'hui &#224; la pratique des &#8220;communs&#8221;, quand ils visent &#224; transformer la production et l'organisation du travail. Des assembl&#233;es communales d'autogouvernement populaire pourraient s'&#233;riger sur cette base pour former de v&#233;ritables contre-institutions, plut&#244;t que sur la base des municipalit&#233;s, qui sont des institutions pr&#233;form&#233;es par l'&#201;tat, et nous ram&#232;nent finalement &#224; lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mairies, &#224; jamais impuissantes ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Mairies-a-jamais-impuissantes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Mairies-a-jamais-impuissantes</guid>
		<dc:date>2026-03-07T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Georges Debanne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si la commune semble aujourd'hui peu capable d'incarner une dimension politique v&#233;ritable, c'est que le droit public, &#233;dict&#233; par l'&#201;tat, la tient solidement en laisse. Analyse d'une d&#233;vitalisation juridique, sauce n&#233;olib&#233;rale. &#171; Submerg&#233;e par l'&#201;tat-nation urbanis&#233; et vou&#233;e au capitalisme, la cit&#233; [...] abrite la m&#233;moire d'une libert&#233; perdue, de l'autogestion d'antan, de la libert&#233; civique d'autrefois pour laquelle les opprim&#233;s ont lutt&#233; pendant des si&#232;cles de d&#233;veloppement social &#187; . (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no250-mars-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;250 (mars 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/https-cqfd-journal-org-Georges-Debanne" rel="tag"&gt;Georges Debanne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_1_-8-ce6ed.png?1779622250' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si la commune semble aujourd'hui peu capable d'incarner une dimension politique v&#233;ritable, c'est que le droit public, &#233;dict&#233; par l'&#201;tat, la tient solidement en laisse. Analyse d'une d&#233;vitalisation juridique, sauce n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6431 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/georges_debanne_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH487/georges_debanne_4-17c87.jpg?1779622250' width='500' height='487' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Submerg&#233;e par l'&#201;tat-nation urbanis&#233; et vou&#233;e au capitalisme, la cit&#233; [...] abrite la m&#233;moire d'une libert&#233; perdue, de l'autogestion d'antan, de la libert&#233; civique d'autrefois pour laquelle les opprim&#233;s ont lutt&#233; pendant des si&#232;cles de d&#233;veloppement social&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janet Biehl, Le Municipalisme libertaire : la politique de l'&#233;cologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Aujourd'hui, la capacit&#233; politique de la commune est surtout tr&#232;s encadr&#233;e par le droit, celui &#233;dict&#233; par l'&#201;tat et par la loi&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La libertaire Janet Bielh regrette par ces mots une image d'&#201;pinal de la commune qu'on peine &#224; imaginer aujourd'hui. Certes, cette derni&#232;re a pu, par endroits et par p&#233;riodes, &#234;tre ce lieu politique foisonnant [&lt;i&gt;voir page 7&lt;/i&gt;]. Mais aujourd'hui, la capacit&#233; politique de la commune est surtout tr&#232;s encadr&#233;e par le droit, celui &#233;dict&#233; par l'&#201;tat et par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Maintenir l'ordre social &#224; tous les &#233;chelons&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Selon Maurice Hauriou, l'un des p&#232;res fondateurs du droit public, la commune est avant tout une &#171; institution &#187;. C'est-&#224;-dire, une fiction juridique cr&#233;&#233;e par le pouvoir central (l'&#201;tat) et dont le but est de r&#233;pondre aux besoins d'un groupe d'habitant&#183;es donn&#233;, de les organiser (dans le capitalisme), et bien s&#251;r d'amortir leurs pouss&#233;es revendicatives : donner droit &#224; certaines de leurs demandes, en punir d'autres. Hauriou pr&#233;vient : &#171; &lt;i&gt;L&#224; o&#249; l'&#201;tat n'en organise pas, il se cr&#233;e des pouvoirs autonomes ; l'organisation spontan&#233;e des communes au Moyen &#194;ge, ou bien de certaines seigneuries f&#233;odales, en est un exemple&lt;/i&gt; . &#187; En effet, d&#232;s le XI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les villes et paroisses de campagne commencent &#224; s'&#233;manciper de l'emprise de leurs syst&#232;mes f&#233;odaux : les bourgeois, marchands et artisans qui y vivent cherchent &#224; s'affranchir du pouvoir et des taxes seigneuriales. L'&#201;tat royal voit dans ces vagues d'insurrections urbaines un moyen d'affaiblir les seigneurs locaux, qui lui font conccurrence, et d'affermir sa centralisation. Il donne alors aux cit&#233;s une assise d&#233;mocratique, tout en n'h&#233;sitant pas &#224; les r&#233;primer quand elles se montrent trop ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette m&#234;me logique, l'&#201;tat contemporain s'applique donc &#224; donner aux communes suffisamment de pouvoir pour qu'elles maintiennent l'ordre social sur son territoire national et pour qu'elles appliquent ses politiques publiques, mais ne pas trop leur l&#226;cher la bride non plus, au risque qu'elles se constituent en r&#233;els contre-pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce n'est pas par id&#233;alisme d&#233;mocratique, qu'en 1789, l'&#201;tat reconna&#238;t &#224; certaines villes le droit de s'administrer elles-m&#234;mes, ou lorsqu'en 1882, il g&#233;n&#233;ralise l'&#233;lection des maires et des conseils municipaux par leur population. C'est pour que ces derniers puissent efficacement, et &#171; l&#233;gitimement &#187; (gr&#226;ce &#224; leur &#233;lection) intervenir sur le terrain : entretien de la voirie, des &#233;glises et des cimeti&#232;res, gestion de l'eau potable, de l'&#233;clairage public ou r&#233;glementation des march&#233;s. Dans l'entre-deux-guerres, le nouveau Parti communiste florissant s'engage peu &#224; peu dans la conqu&#234;te des municipalit&#233;s et engrange des succ&#232;s &#233;lectoraux. En 1925, il contr&#244;le une soixantaine de mairies. &#192; la veille de la Seconde Guerre mondiale, il en tient d&#233;j&#224; 324 (dont un quart en banlieue parisienne). Et au milieu des ann&#233;es 1960, ce sont plus de 1 100 maires encart&#233;s ou apparent&#233;s, administrant pr&#232;s de 9 % de la population fran&#231;aise et plus de 40 % de celle de la banlieue du Grand Paris. D&#232;s lors, la &#171; libert&#233; d'administration &#187; bien utile &#224; l'&#201;tat se transforme en interventionnisme tous azimuts : les communistes mettent leur nez dans le fonctionnement des services publics, la politique culturelle, le ravitaillement, le logement, l'hygi&#232;ne, la pr&#233;voyance sociale, les transports, le gaz, l'&#233;lectricit&#233;&#8230; M&#234;me les colonies de vacances pour les plus jeunes, sujet d'orgueil pour les villes rouges, sont subventionn&#233;es. Un socialisme (ou communisme) municipal &#233;nergique et entreprenant qui ne tarde pas &#224; inqui&#233;ter l'&#201;tat. Jugeant ces pratiques on&#233;reuses et d&#233;sordonn&#233;es, il va vouloir remodeler selon sa logique les territoires de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Efficacit&#233;, rationalit&#233;, intercommunalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les communes d'un m&#234;me bassin de vie pouvaient juger pertinent de g&#233;rer ensemble certains services publics, comme le traitement des d&#233;chets ou l'assainissement. Elles montaient alors un syndicat intercommunal, et lui d&#233;l&#233;guaient les comp&#233;tences pour s'en charger.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;L'objectif est clair : faire &#233;merger de grandes aires urbaines, plus comp&#233;titives que nos petites communes, sur la sc&#232;ne nationale et europ&#233;enne&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette pratique de regroupement &#171; fonctionnel &#187; que l'&#201;tat voit l'occasion de r&#233;organiser l'activit&#233; des communes. Dans le tournant n&#233;olib&#233;ral des ann&#233;es 1960-1970, puis avec les grandes lois de d&#233;centralisation (1982, 2014-2015, 2023), l'&#201;tat, tous partis politiques au pouvoir confondus, va pousser les communes &#224; transf&#233;rer toujours plus de comp&#233;tences &#224; ces &#171; intercommunalit&#233;s &#187; &#8211; aujourd'hui nos &#171; m&#233;tropoles &#187;, &#171; communaut&#233;s urbaines &#187;, &#171; communaut&#233;s d'agglom&#233;ration &#187; ou &#171; de communes &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, les communaut&#233;s de communes doivent exercer le d&#233;veloppement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et son objectif est clair : &#171; &lt;i&gt;Remettre les m&#233;tropoles fran&#231;aises &#224; la hauteur de leurs homologues europ&#233;ennes&lt;/i&gt; &#187; (Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre sous Fran&#231;ois Hollande) et faire &#233;merger de grandes aires urbaines, plus comp&#233;titives que nos petites communes, sur la sc&#232;ne nationale et europ&#233;enne&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les lois du 27 janvier 2014 de Modernisation de l'action publique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour inciter les communes &#224; transf&#233;rer leurs comp&#233;tences &#224; l'intercommunalit&#233;, rien ne vaut l'argument financier. Depuis une vingtaine d'ann&#233;es, l'&#201;tat restreint leur capacit&#233; &#224; lever des imp&#244;ts locaux. Par exemple, en s'attribuant une partie de la juteuse taxe professionnelle pr&#233;lev&#233;e aux entreprises pr&#233;sentes sur le territoire communal, ou en supprimant la taxe d'habitation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Alors que les communes ont pour vocation de repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts de leur population, les intercommunalit&#233;s proc&#232;dent d'une logique &#233;conomique n&#233;olib&#233;rale&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacune de ces r&#233;formes, il promet de compenser cette perte au travers de la dotation g&#233;n&#233;rale de fonctionnement, qu'il verse directement aux communes. Mais ce faisant, il peut librement geler ou abaisser son montant lors du vote du budget de l'&#201;tat, au motif de r&#233;duire la dette publique. Cette ann&#233;e encore, deux milliards d'&#233;conomies suppl&#233;mentaires sont impos&#233;es aux collectivit&#233;s. Il reste donc aux communes les comp&#233;tences qu'elles n'auraient pas transf&#233;r&#233;es. Et encore, les maires ne peuvent pas &#233;dicter d'arr&#234;t&#233;s municipaux comme bon leur semble [voir encadr&#233;].&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Que peut la commune ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Faire muer des communes en grandes intercommunalit&#233;s, ce n'est pas seulement changer d'&#233;chelle pour administrer un territoire : c'est aussi modifier leur essence. Alors que les communes ont pour vocation de repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts de leur population [&lt;i&gt;voir encadr&#233;&lt;/i&gt;], les intercommunalit&#233;s proc&#232;dent d'une logique &#233;conomique n&#233;olib&#233;rale. Monstres gestionnaires, elles &#233;loignent les habitants des lieux de d&#233;cision politique et, si les conseillers communautaires sont &#233;lus en m&#234;me temps que les conseillers municipaux, ils restent peu identifi&#233;s par la population. Dans ce contexte, la d&#233;mocratie locale sert davantage &#224; produire du consentement aupr&#232;s de la population, afin qu'elle accepte l'application sur le territoire de politiques nationales. En t&#233;moigne la mise en place d'outils dits de &#171; d&#233;mocratie participative &#187;, qui n'a rien &#224; voir avec le fait de rendre un peu de pouvoir politique &#224; la population. Il en est ainsi des consultations publiques, non contraignantes pour les &#233;lus (qui peuvent sans probl&#232;me les ignorer) et autres budgets participatifs, qui ne permettent jamais de mener des politiques d'ampleur, au-del&#224; de la construction de quelques bancs par-ci ou de cabanes &#224; oiseaux par-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pieds et poings li&#233;s par l'&#201;tat, la libert&#233; d'administration des communes est r&#233;duite &#224; peau de chagrin. Pour autant, certaines continuent courageusement de faire vivre leur essence politique, et bravent le &#171; &lt;i&gt;principe de neutralit&#233;&lt;/i&gt; &#187; pour prendre position contre l'&#201;tat. Quand les communes de Gardanne ou de Champigny-sur-Marne ont soutenu des gr&#233;vistes en 1989 et 1990 ou quand, plus r&#233;cemment, les villes de La Salvetat-Saint-Gilles, de La Courneuve et de Montreuil ont affich&#233; leur soutien &#224; Gaza, par des d&#233;lib&#233;rations ou des drapeaux palestiniens au fronton de la mairie, elles se sont fait syst&#233;matiquement sanctionner par le juge. Trop politiques, les communes ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La tr&#232;s peu libre administration des communes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les communes b&#233;n&#233;ficient d'une libert&#233; d'administration, garantie par la Constitution. Mais celle-ci doit s'exercer dans les limites de la loi. Plus celle-ci est pr&#233;cise, moins ils ont de marge de man&#339;uvre. Quand le maire de B&#232;gles a par exemple interdit en 2019 l'utilisation de glyphosate (pesticides) sur son territoire pour prot&#233;ger sa population, le tribunal a annul&#233; son arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les arr&#234;t&#233;s municipaux sont aussi contr&#244;l&#233;s automatiquement par le repr&#233;sentant de l'&#201;tat sur leur territoire : le pr&#233;fet. Celui-ci peut, comme ce fut le cas &#224; Grenoble en 2022, emp&#234;cher une autorisation de port de burkini dans les piscines municipales, au motif que cela contreviendrait &#224; la la&#239;cit&#233;. Et bien souvent, avant de porter l'arr&#234;t&#233; devant le juge, le pr&#233;fet va simplement t&#233;l&#233;phoner au maire et n&#233;gocier avec lui sa r&#233;&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La vraie potentialit&#233; subversive de la commune&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est le dilemme de l'&#201;tat. Pour maintenir l'ordre, il avait reconnu aux communes, aux d&#233;partements et aux r&#233;gions le pouvoir d'intervenir dans toutes &#171; les affaires &#187; concernant leurs territoires respectifs. Pour ce faire, ces trois collectivit&#233;s territoriales &#233;taient dot&#233;es de la &#171; &lt;i&gt;clause g&#233;n&#233;rale de comp&#233;tence&lt;/i&gt; &#187; depuis 1884. Clause que l'&#201;tat veut leur retirer, avec difficult&#233;. Il l'a supprim&#233;e pour les d&#233;partements et les r&#233;gions en 2010, avant de la r&#233;tablir en 2014, puis de la supprimer &#224; nouveau en 2015. Les communes l'ont quant &#224; elles toujours conserv&#233;e. Pourquoi un tel acharnement ? Parce que la clause g&#233;n&#233;rale de comp&#233;tence contient un potentiel hautement politique : c'est le droit pour une commune de prendre toute mesure qu'elle juge utile dans l'int&#233;r&#234;t des besoins de sa population. &#192; part l'&#201;tat lui-m&#234;me, aucune autre institution ne dispose d'un tel pouvoir d'initiative. Cette clause conf&#232;re donc aux communes l'embryon d'un double pouvoir, qui vient naturellement concurrencer celui de l'&#201;tat central. Un caillou dans la chaussure, dont il ne peut pourtant pas se passer. Et au potentiel tr&#232;s subversif&#8230; voire r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les maires en ont ras le bol d'&#234;tre maires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le mandat 2020-2026 fut particuli&#232;rement &#233;prouvant pour les maires : crise du Covid-19, crise &#233;nerg&#233;tique, crise budg&#233;taire&#8230; Et les d&#233;missions de maires en cours de mandat sont nombreuses. En moyenne, 42 chaque mois, sur nos 34 875 communes. Selon une &#233;tude du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'&#233;tat d'esprit des maires &#224; un an du scrutin &#187; (avril 2025).&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; d'avril 2025, 41,7 % seulement des maires souhaitaient se repr&#233;senter aux municipales de cette ann&#233;e, contre 48 % en 2020. Un d&#233;sengagement qui s'aggrave globalement, et de mani&#232;re in&#233;gale selon les territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les communes comprises entre 9 000 et 30 000 habitant&#183;es, 70 % des maires retentent l'aventure, contre 36 % dans celles de 250 &#224; 500 habitants, et 40 % pour celles de moins de 250 habitants. Quand on observe les raisons invoqu&#233;es de cette lassitude, on comprend vite que dans les communes rurales, &#234;tre maire rel&#232;ve moins de la distinction que du d&#233;vouement. La premi&#232;re cause d'ordre institutionnel est le manque de ressources financi&#232;res, qui ne permettent pas aux &#233;lus de remplir leurs missions ni de satisfaire les besoins de leur population (17 %). La deuxi&#232;me est imput&#233;e aux trop fortes exigences des administr&#233;s (15 %). 9 % des &#233;diles &#233;voquent l'insuffisance de leurs indemnit&#233;s li&#233;es &#224; leur fonction (9 %) et le syst&#232;me de retraite d&#233;favorable qui en d&#233;coule (9 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans les petites communes, a fortiori rurales, les maires doivent conserver leur m&#233;tier &#224; c&#244;t&#233; de leurs missions. Gwena&#235;l Crah&#232;s, maire de La Grigonnais (Loire-Atlantique, 1815 habitants) comptabilise 60 &#224; 70 heures par semaine, tout en luttant pour obtenir des absences aupr&#232;s de son employeur principal&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Municipales : les maires ruraux boudent l'investiture &#187;, Journal des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Un emploi du temps difficile &#224; tenir, surtout pour les femmes, qui &#233;copent bien souvent en prime du travail au foyer. Pour elles, le risque de burn-out est significativement plus &#233;lev&#233; que chez les hommes, alors que 31,4 % des maires faisaient d&#233;j&#224; face &#224; un d&#233;but d'&#233;puisement en 2024, selon une &#233;tude men&#233;e par l'Association des maires ruraux de France. Enfin, parmi les autres raisons personnelles invoqu&#233;es, si de nombreux maires d&#233;cident de raccrocher en raison de leur &#226;ge avanc&#233; (15 %) ou du sentiment d'avoir atteint leurs objectifs (20 %), la deuxi&#232;me raison reste un sentiment d'ins&#233;curit&#233; et de surexposition face aux comportements des citoyens (19 %). En 2024, on recensait pas moins de 30 &#224; 40 agressions par semaine, dont 250 agressions physiques. &#192; cran, nos concitoyens ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Janet Biehl, &lt;i&gt;Le Municipalisme libertaire : la politique de l'&#233;cologie sociale&lt;/i&gt; (1998), &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ainsi, les communaut&#233;s de communes doivent exercer le d&#233;veloppement &#233;conomique, l'am&#233;nagement de l'espace, la collecte et le traitement des d&#233;chets m&#233;nagers et la gestion de l'eau et de l'assainissement. Les m&#233;tropoles doivent en plus se voir transf&#233;rer la politique locale de l'habitat, la politique de la ville, la gestion de l'ensemble des services d'int&#233;r&#234;t collectif (cimeti&#232;re, abattoirs, incendie&#8230;) et la protection de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir les lois du 27 janvier 2014 de Modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des m&#233;tropoles (Maptam), et du 7 ao&#251;t 2015 portant la Nouvelle organisation territoriale de la R&#233;publique (Notre)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L'&#233;tat d'esprit des maires &#224; un an du scrutin &#187; (&lt;i&gt;avril 2025&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Municipales : les maires ruraux boudent l'investiture &#187;, Journal des Maires (juillet-ao&#251;t 2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La m&#232;re des batailles contre le libre-&#233;change &#187; </title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-mere-des-batailles-contre-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/La-mere-des-batailles-contre-le</guid>
		<dc:date>2026-02-07T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Livia Stahl, Niel Kadereit</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lias</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 21 janvier dernier, le Parlement europ&#233;en a suspendu le trait&#233; de libre-&#233;change UE-Mercosur. Morgan Ody, coordinatrice g&#233;n&#233;rale de La Via Campesina, analyse ce coup d'arr&#234;t apr&#232;s 26 ans de n&#233;gociations et de contestation paysanne qu'il cristallise. Entretien. Avec 51 autres membres de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, vous avez &#233;t&#233; plac&#233;e en garde &#224; vue le 14 janvier dernier pour votre participation &#224; une manifestation contre l'accord avec le Mercosur. Est-ce que vous pouvez revenir sur ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no249-fevrier-2026-251" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;249 (f&#233;vrier 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Elias-18275" rel="tag"&gt;&#201;lias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 21 janvier dernier, le Parlement europ&#233;en a suspendu le trait&#233; de libre-&#233;change UE-Mercosur. Morgan Ody, coordinatrice g&#233;n&#233;rale de La Via Campesina, analyse ce coup d'arr&#234;t apr&#232;s 26 ans de n&#233;gociations et de contestation paysanne qu'il cristallise. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/mobilisations_paysannes_20260201_0002-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/mobilisations_paysannes_20260201_0002-2-7dadc.jpg?1779622251' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec 51 autres membres de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, vous avez &#233;t&#233; plac&#233;e en garde &#224; vue le 14 janvier dernier pour votre participation &#224; une manifestation contre l'accord avec le Mercosur. Est-ce que vous pouvez revenir sur ce qu'il s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 52 paysans et paysannes, en garde &#224; vue, ce n'&#233;tait jamais arriv&#233; &#224; la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, m&#234;me du temps des fauchages de plantations d'OGM. Nous venions protester contre l'accord avec le Mercosur, mais aussi contre le syst&#232;me d'aide au secteur agricole dans les territoires d'outre-mer, &#224; Mayotte, en Guadeloupe et en Guyane. Ce dernier favorise tr&#232;s largement les grands planteurs blancs de canne &#224; sucre et de bananes et exclut la quasi-totalit&#233; des petits paysans, souvent noirs. Cette arrestation &#233;tait scandaleuse et refl&#232;te l'escalade dans la r&#233;pression et la criminalisation des syndicats. On nous a accus&#233; de violences et de d&#233;gradations, mais concr&#232;tement la seule chose que l'on peut nous reprocher c'est d'&#234;tre entr&#233;s sans autorisation dans la cour du minist&#232;re de l'Agriculture et d'y avoir mis des autocollants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs, vous racontiez que les policiers n'&#233;taient pas tr&#232;s &#224; l'aise avec votre d&#233;tention...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, car ils ont vu des vid&#233;os de l'action et ont constat&#233; qu'il n'y a eu ni violences ni d&#233;gradations. Aussi, &#233;videmment parce qu'il y a un traitement diff&#233;rentiel de la police, qui n'agit pas de la m&#234;me mani&#232;re selon qu'elle se retrouve face &#224; des agriculteurs ou &#224; des jeunes des quartiers populaires, surtout quand ils sont racis&#233;s. Nous sommes mieux trait&#233;s parce que nous sommes majoritairement blancs et de bons travailleurs et travailleuses aux yeux des policiers.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Nous ne sommes pas contre le commerce international, mais nous pensons qu'il doit &#234;tre internationaliste&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, les paysans ne constituent pas un groupe homog&#232;ne pour l'&#201;tat, qui ne traite par exemple pas de la m&#234;me mani&#232;re la Conf&#233;d&#233;ration paysanne que la FNSEA. Lorsque la veille, le 13 janvier, les agriculteurs et agricultrices de ce syndicat, pourtant de moins en moins majoritaire, ont d&#233;vers&#233; 30 tonnes de pommes de terre devant l'Assembl&#233;e nationale, le gouvernement leur a d&#233;roul&#233; le tapis rouge. Je ne veux pas dire par l&#224; qu'ils auraient d&#251; aller en garde &#224; vue, mais cela montre bien un double standard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques jours plus tard, le 21 janvier, le Parlement europ&#233;en a vot&#233; la saisine de la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne (CJUE) sur la r&#233;gularit&#233; de ce trait&#233;, ce qui suspend son processus de ratification. Vraie victoire ou simple r&#233;pit ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est vraiment une victoire commune des paysans et paysannes d'Europe et d'Am&#233;rique latine ! Lorsque nous avons re&#231;u la nouvelle, mes coll&#232;gues du Br&#233;sil et d'Argentine ont saut&#233; de joie. Nous allons maintenant d&#233;fendre cette d&#233;cision : la Commission europ&#233;enne, Ursula von der Leyen et le gouvernement allemand peuvent imposer une application provisoire de l'accord d&#232;s les mois de mars, et il n'en est pas question. Ce serait vraiment le pire des sc&#233;narios, mais dans ce cas-l&#224;, la col&#232;re des organisations agricoles en Europe d&#233;cuplerait.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#199;a fait 26 ans qu'on essaie de nous l'imposer et &#231;a fait 26 ans qu'on r&#233;siste&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'autre sc&#233;nario serait que le vote des parlementaires soit respect&#233;, ce qui nous ferait gagner entre six mois et deux ans, le temps que le CJUE se prononce sur la conformit&#233; de l'accord avec les textes europ&#233;ens. Et quand bien m&#234;me elle le jugerait conforme, il faudrait un nouveau vote sur le fond par le Parlement europ&#233;en. Or le 21 janvier, on a vu qu'il n'y a pas de majorit&#233; garantie en faveur du trait&#233;. De toute fa&#231;on, cela fait 26 ans qu'on essaie de nous l'imposer et &#231;a fait 26 ans que l'on r&#233;siste. Pour nous, c'est vraiment la m&#232;re des batailles pour faire changer profond&#233;ment la politique commerciale de l'Union europ&#233;enne. Ce qu'il se passe avec le Mercosur, &#231;a montre bien que la Commission europ&#233;enne s'ent&#234;te dans une strat&#233;gie de libre-&#233;change, qui n'a plus beaucoup de soutien populaire, et qui m&#234;me aupr&#232;s des d&#233;put&#233;s et des gouvernements fait de moins en moins consensus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel r&#244;le ont jou&#233; les mobilisations en Europe dans la suspension de ce trait&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous nous sommes battus pour arracher cette suspension, &#224; dix voix pr&#232;s, en nous rendant au Parlement pour convaincre des d&#233;put&#233;s allemands, tch&#232;ques et chypriotes de voter pour la saisine de la CJUE. Seule la gauche s'est clairement positionn&#233;e contre le trait&#233;. Dans tous les partis, les d&#233;put&#233;s &#233;taient divis&#233;s en fonction de leur nationalit&#233; et du poids de l'agriculture dans leur pays. Alors que l'ensemble des d&#233;put&#233;s fran&#231;ais ont vot&#233; pour sa suspension, ils se sont parfois retrouv&#233;s en minorit&#233; dans leur groupe. C'est le cas par exemple pour les macronistes qui si&#232;gent au sein du parti lib&#233;ral Renew Europe. Au-del&#224; de ce travail de plaidoyer, les mobilisations des organisations agricoles dans les rues, en France, en Irlande, en Gr&#232;ce, en Roumanie, en Pologne ou encore en Belgique ont bien pes&#233; en mettant la pression sur les &#233;lus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous que le secteur agricole et paysan arrive &#224; remporter des batailles contre ces grands accords de libre-&#233;change l&#224; o&#249; d'autres secteurs de l'&#233;conomie n'y arrivent pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela s'explique en partie par nos mobilisations, mais aussi parce que de nombreux pays sont tr&#232;s r&#233;ticents &#224; l'id&#233;e de d&#233;manteler leur politique de soutien &#224; l'agriculture. Les cons&#233;quences sociales peuvent &#234;tre d&#233;sastreuses, &#224; la fois pour les paysans et paysannes, mais aussi pour la s&#233;curit&#233; alimentaire de la population. &#192; chaque fois qu'il y a d&#233;r&#233;gulation des politiques publiques agricoles, il y a des ph&#233;nom&#232;nes de fluctuation des prix : ou bien ils chutent, ou bien ils connaissent une inflation &#233;norme, et parfois les deux se succ&#232;dent. Pour cette raison, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) &#233;choue syst&#233;matiquement &#224; conclure de grandes n&#233;gociations sur l'agriculture depuis 2001. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c'est pour contourner cette difficult&#233; de mettre en place des accords mondiaux que l'Union europ&#233;enne multiplie les accords bilat&#233;raux, comme celui avec le Mercosur ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a, et le contexte international. L'Union europ&#233;enne s'est construite sur les bases du libre-&#233;change, avec la conviction que c'est par l'agrandissement des march&#233;s qu'elle va se d&#233;velopper et se renforcer. Pour ce faire, l'oligarchie europ&#233;enne a tout mis&#233; sur ses exportations agricoles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;L'autre pilier de la souverainet&#233; alimentaire, c'est le contr&#244;le d&#233;mocratique des ressources, des terres et de l'eau par les populations&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, avec l'arriv&#233;e de Trump au pouvoir, le march&#233; am&#233;ricain est en train de se refermer. &#199;a la fait compl&#232;tement paniquer, et elle tente par tous les moyens de trouver de nouveaux d&#233;bouch&#233;s, dont le Mercosur. Ce n'est pas la bonne m&#233;thode selon nous pour garantir notre autonomie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au contraire, que d&#233;fendez-vous &#224; La Via Campesina ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous d&#233;fendons le principe de souverainet&#233; alimentaire, c'est-&#224;-dire le droit des peuples &#224; d&#233;finir leurs propres syst&#232;mes alimentaires, en donnant la priorit&#233; &#224; la production locale, &#224; la durabilit&#233; et au bien-&#234;tre des populations. Ce principe se base sur le droit &#224; mettre en place des barri&#232;res douani&#232;res et des barri&#232;res non tarifaires comme des normes, qui peuvent &#234;tre sociales, sanitaires, environnementales ou autres. En ce sens, &#224; La Via Campesina nous sommes protectionnistes, c'est-&#224;-dire que nous consid&#233;rons que la protection des march&#233;s est l&#233;gitime et n&#233;cessaire. Mais &#224; la diff&#233;rence d'un protectionnisme nationaliste ou opportuniste, nous reconnaissons ce droit pour tous les pays, contrairement &#224; la FNSEA. Eux exigent l'imposition de normes pour prot&#233;ger les march&#233;s int&#233;rieurs europ&#233;ens, mais dans le m&#234;me temps, ils maintiennent qu'il faut ouvrir tous azimuts les march&#233;s des autres pays. Nous ne sommes pas fondamentalement contre le commerce international, mais nous pensons qu'il doit &#234;tre internationaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce serait quoi une politique commerciale internationaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une politique qui reconna&#238;t le droit de faire des stocks et de d&#233;finir des prix plancher [voir encadr&#233;]. Un autre outil qui nous para&#238;t int&#233;ressant, ce sont les contrats de pays &#224; pays. Par exemple, le commerce de c&#233;r&#233;ales passe par les bourses de Chicago, de Paris et d'ailleurs. Il fait l'objet de sp&#233;culations ce qui engendre des prix tr&#232;s volatils et beaucoup de profits pour les entreprises financi&#232;res. &#192; la place, nous sommes pour la mise en place de contrats &#224; long terme entre les pays qui sont structurellement exc&#233;dentaires et les pays qui sont structurellement importateurs, avec des prix stables index&#233;s sur les co&#251;ts de production. Cela permettrait de s&#233;curiser les pays importateurs afin qu'ils ne fassent plus face &#224; des pics de sp&#233;culation comme &#231;a a &#233;t&#233; le cas en 2008 ou plus r&#233;cemment en 2022. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela implique donc de sortir de l'Organisation mondiale du commerce ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui c'est une revendication centrale de La Via Campesina, d&#232;s sa cr&#233;ation en 1993. &#192; l'heure actuelle, l'OMC emp&#234;che de mettre en place de vraies politiques d'intervention sur les march&#233;s agricoles. R&#233;sultat : ce sont les grands acteurs du march&#233; qui m&#232;nent la danse et ach&#232;tent au plus bas prix leurs productions aux paysans, pour les revendre le plus cher possible aux consommateurs. Dans le fond, m&#234;me des gouvernements qui ne souhaitent pas changer de mod&#232;le agricole et veulent maintenir une agriculture industrielle et productiviste ont int&#233;r&#234;t &#224; s'assurer des exportations stables &#224; long terme et des importations &#224; des prix qui correspondent aux co&#251;ts de production pour ne pas couler les producteurs nationaux. En fait, ce sont des politiques qui sont tr&#232;s largement soutenues par les populations pour des raisons de souverainet&#233; et de s&#233;curit&#233; alimentaire. Ce dont beaucoup de gens n'ont pas conscience, c'est que la plupart des pays du monde ont une capacit&#233; &#224; produire leur alimentation, &#224; condition qu'elle corresponde aux caract&#233;ristiques du territoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des gouvernements avec lesquels vous travaillez sur ce type de r&#233;forme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, nous faisons un travail int&#233;ressant avec le gouvernement colombien qui partage cette volont&#233; d'avoir une approche renouvel&#233;e des r&#233;formes agraires plus respectueuses des populations autochtones. Le nouveau gouvernement mexicain et celui d'Afrique du Sud nous appuient &#233;galement. Les vell&#233;it&#233;s imp&#233;rialistes de Trump ont raviv&#233; l'int&#233;r&#234;t de nombreux pays de participer &#224; une r&#233;flexion internationale pour d&#233;cider de l'utilisation de leur territoire. Mais la politique commerciale n'est que l'un des deux piliers de la souverainet&#233; alimentaire. L'autre, tout aussi majeur, c'est le contr&#244;le d&#233;mocratique des ressources, des terres et de l'eau par les populations au niveau local. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/mobilisations_paysannes_20260201_0004.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/mobilisations_paysannes_20260201_0004-9d2ed.jpg?1779622252' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mais qui sont les m&#233;chants exportateurs du Br&#233;sil ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luiz Zaref, membre de la Coordination nationale du Mouvement des travailleurs sans terre (MST), le plus grand mouvement paysan d'Am&#233;rique latine nous &#233;claire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les paysans du Br&#233;sil ou d'Am&#233;rique du Sud produisent majoritairement sur les march&#233;s locaux. Ceux qui exportent beaucoup, ce sont les propri&#233;taires de l'agro-industrie sud-am&#233;ricaine. Ce sont ceux qui produisent essentiellement du soja, du ma&#239;s et du coton qui veulent vendre davantage en Europe. Ce sont contre eux que vont devoir lutter les agriculteurs europ&#233;ens. Et au Br&#233;sil, ce sont les personnes les plus riches du pays : elles poss&#232;dent les terres, contr&#244;lent la cha&#238;ne de production de bout en bout, et occupent pas moins de la moiti&#233; des si&#232;ges au Congr&#232;s. Naturellement, cela leur permet de b&#233;n&#233;ficier en plus de larges subventions de l'&#201;tat br&#233;silien. Il en va de m&#234;me en Argentine ou au Paraguay. Ce sont eux qui d&#233;forestent l'Amazonie, eux qui &#233;mettent des gaz &#224; effet de serre et aggravent le r&#233;chauffement climatique, eux qui accroissent les in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Mercosur, qui permettra le d&#233;veloppement de la marchandisation des mati&#232;res premi&#232;res, notamment nos ressources mini&#232;res, est tout en faveur de leurs int&#233;r&#234;ts. Car il concentrera entre leurs mains davantage de b&#233;n&#233;fices, donc de terres, de ressources naturelles, et de pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, pour nous, les petits paysans d'Am&#233;rique du Sud, le Mercosur sera d&#233;l&#233;t&#232;re. L'exploitation &#224; outrance des mati&#232;res premi&#232;res se fera au d&#233;triment du d&#233;veloppement du secteur industriel, alors que notre pays a au contraire besoin de d&#233;velopper son &#233;conomie interne, de cr&#233;er des emplois, et d'aller vers la souverainet&#233; alimentaire. En outre, le Mercosur facilitera l'importation de produits laitiers europ&#233;ens, dont les modes de production, plus d&#233;velopp&#233;s technologiquement, sont bien moins on&#233;reux que les n&#244;tres. Chez nous, la production laiti&#232;re est fond&#233;e sur des fermes familiales, et constitue d&#233;j&#224; le secteur paysan le plus pauvre du Br&#233;sil. C'est une concurrence intenable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles mesures pour un mod&#232;le agricole internationaliste ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ni libre-&#233;change sauvage, ni protectionnisme patriote : comment sortir de cette (fausse) binarit&#233; quand on veut r&#233;fl&#233;chir &#224; un mod&#232;le agricole qui prot&#232;ge les travailleurs de tous les pays, salari&#233;s comme petits exploitants ? La Conf et la Via Campesina revendiquent trois mesures phares.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/mobilisations_paysannes_2z0260201_0003.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH692/mobilisations_paysannes_2z0260201_0003-5fe7a.jpg?1779622252' width='500' height='692' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 Le prix minimum r&#233;mun&#233;rateur :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le prix minimum auquel chaque produit doit &#234;tre achet&#233;. Il comprend l'ensemble des co&#251;ts de production, &#224; savoir : les charges li&#233;es &#224; la production, la r&#233;mun&#233;ration des travailleurs (le salaire et les cotisations pour le ch&#244;mage, la retraite et la maladie). Aujourd'hui en France, la majorit&#233; des paysans ne se paient pas au Smic, ne prennent pas de cong&#233;s, ne se mettent pas en arr&#234;t maladie et, quand elles et ils ont du ch&#244;mage, il est insuffisant. Pour rendre ce m&#233;tier un tant soit peu vivable dans un monde capitaliste (en attendant la r&#233;volution), il faut commencer par la thune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 Le prix minimum d'entr&#233;e :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant qu'on a augment&#233; nos prix d'achat nationaux au &#171; prix minimum r&#233;mun&#233;rateur &#187;, comment &#233;viter que l'agro-industrie et les grosses cha&#238;nes de distribution aillent se fournir ailleurs ? Par le &#171; prix minimum d'entr&#233;e &#187; sur le territoire : il rehausse le prix d'achat des produits &#233;trangers au niveau de celui des denr&#233;es produites en France. Ce qui donne aux producteurs &#233;trangers une marge de man&#339;uvre pour am&#233;liorer leurs conditions de travail, en toute souverainet&#233;. Rien &#224; voir donc avec les fameuses &#171; clauses miroirs &#187; des trait&#233;s de libre-&#233;change actuels, qui leur dictent de mani&#232;re imp&#233;rialiste &#171; la bonne mani&#232;re de produire &#187;. Quand la concurrence d&#233;brid&#233;e et les tarifs douaniers &#233;crasent leurs prix de vente, ce prix minimum d'entr&#233;e permet un nivellement par le haut pour les exportateurs de tous les pays. La solidarit&#233; entre les peuples quoi. Et en prime, comme la concurrence entre produits nationaux et &#233;trangers ne se fera plus sur les prix, elle se fera sur d'autres crit&#232;res autrement plus progressistes, comme la qualit&#233; des produits, ou le mode de production mis en avant. La bonne heure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 Le prix minimum d'intervention :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en cas d'offre anormalement exc&#233;dentaire d'un produit sur le march&#233; international, l'&#201;tat garantira le rachat des surplus de stocks aux producteurs &#224; un &#171; prix minimum d'intervention &#187;. S'il existe d&#233;j&#224; aujourd'hui, son montant est si faible qu'il ne d&#233;passe jamais celui du march&#233;, quelle que soit la crise. Son montant doit &#234;tre relev&#233;. Mais attention : pour emp&#234;cher les petits malins, fans de monocultures intensives et pas ch&#232;res, d'abuser de ces rachats garantis, cette mesure s'accompagnera d'un contr&#244;le de l'offre. Pas de justice sans cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Niel Kadeiret et Livia Stahl]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> C&#233;cile C&#233;e : &#171; Reconna&#238;tre en nous le parfait petit agent de la culture de l'inceste &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Cecile-Cee-Reconnaitre-en-nous-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Cecile-Cee-Reconnaitre-en-nous-le</guid>
		<dc:date>2025-12-06T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C&#233;cile C&#233;e est plasticienne, photographe, mais aussi autrice de l'ouvrage Ce que C&#233;cile sait &#8211; journal de sortie d'inceste (Marabout, 2024). &#192; sa sortie d'amn&#233;sie traumatique, elle r&#233;alise &#224; 38 ans qu'elle a &#233;t&#233; victime d'inceste dans son enfance. Depuis, elle n'a de cesse de se documenter et de militer pour que l'inceste sorte du silence et soit d&#233;nonc&#233; tel qu'il est : un syst&#232;me omnipr&#233;sent. De quoi parle-t-on quand on parle d'inceste ? Qui est concern&#233; ? &#171; Ce qu'on appelle couramment (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no247-decembre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;247 (d&#233;cembre 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH150/247_04-09_maidachavak_02-b14ca.jpg?1779622253' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C&#233;cile C&#233;e est plasticienne, photographe, mais aussi autrice de l'ouvrage &lt;i&gt;Ce que C&#233;cile sait &#8211; journal de sortie d'inceste&lt;/i&gt; (Marabout, 2024). &#192; sa sortie d'amn&#233;sie traumatique, elle r&#233;alise &#224; 38 ans qu'elle a &#233;t&#233; victime d'inceste dans son enfance. Depuis, elle n'a de cesse de se documenter et de militer pour que l'inceste sorte du silence et soit d&#233;nonc&#233; tel qu'il est : un syst&#232;me omnipr&#233;sent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/247_04-09_maidachavak_01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/247_04-09_maidachavak_01-9d3b4.jpg?1779622253' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quoi parle-t-on quand on parle d'inceste ? Qui est concern&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qu'on appelle couramment &#8220;inceste&#8221;, ce sont les agressions sexuelles ou les viols commis en famille. C'est un ph&#233;nom&#232;ne massif. En France malheureusement, les enqu&#234;tes ne permettent pas d'aboutir &#224; un chiffre r&#233;aliste de l'&#233;tendue des personnes concern&#233;es [voir encadr&#233;]. Le droit ne reconna&#238;t d'ailleurs pas de &#8220;d&#233;lit d'inceste&#8221; en tant que tel : il p&#233;nalise les agressions et les viols, dont le caract&#232;re incestueux ne serait qu'une &#8220;circonstance aggravante&#8221;. Et c'est un probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; C'est un environnement dans lequel tu sens qu'une agression peut arriver &#224; tout moment. Tu ne peux jamais te reposer et te sentir en s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En effet, la r&#233;alit&#233; de l'inceste d&#233;passe largement les agressions physiques. L'anthropologue Doroth&#233;e Dussy parle &#224; ce titre de &#8220;&lt;i&gt;syst&#232;me inceste&lt;/i&gt;&#8221;. Il ne s'agit jamais d'une histoire entre deux individus : un p&#232;re et une fille, ou un fr&#232;re et une s&#339;ur. L'inceste, c'est un syst&#232;me de relations entre les membres d'une famille, qui se caract&#233;rise par des m&#233;canismes de domination bien sp&#233;cifiques. Et au-del&#224; de la famille, l'inceste est aussi une id&#233;ologie au fondement de notre soci&#233;t&#233; patriarcale, v&#233;hicul&#233;e par une &#8220;culture de l'inceste&#8221; qui va l&#233;gitimer les agressions sexuelles &#224; l'encontre des enfants, prot&#233;ger les agresseurs, et punir celles et ceux qui veulent le d&#233;noncer&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire page 9, &#171; Survivre deux fois : l'inceste et le naufrage judiciaire &#187;.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On entend aussi parler de &#171; climat incestuel &#187;, une notion moins connue et plus difficile &#224; saisir que des faits d'agression objectivement observables. Peux-tu en donner une d&#233;finition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'incestuel, ce n'est pas un &#8220;&lt;i&gt;climat&lt;/i&gt;&#8221; qui serait &#8220;dans l'air&#8221;. C'est un fonctionnement familial fond&#233; sur l'intrusion permanente des membres les plus hauts dans la hi&#233;rarchie du foyer dans l'intimit&#233; des plus vuln&#233;rables. La Commission ind&#233;pendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) donne douze crit&#232;res indicatifs&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le rapport de la Ciivise, &#171; Violences sexuelles faites aux enfants : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; qui permettent de le rep&#233;rer [voir encadr&#233;]. Mais la liste n'est pas exhaustive. Dans les crit&#232;res souvent donn&#233;s de l'incestuel, il y a l'absence ou la non-utilisation de verrou aux portes des w.c. et salle de bain, l'habitude d'entrer dans la chambre de chacun &#224; tout moment ou celle pour les enfants de dormir avec les parents et inversement. &#199;a peut &#234;tre l'exhibition, le naturisme en famille, l'attention excessive port&#233;e au physique ou &#224; la sexualit&#233; des jeunes, la promiscuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'atteinte &#224; la filiation, c'est un continuum dans lequel les parents n'exercent pas leur r&#244;le de cadre &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a peut &#234;tre aussi le fait de lire les journaux intimes des enfants, voire de les lire publiquement &#224; table. Ou des parents qui r&#233;p&#232;tent &#224; leurs enfants que ces derniers &#8220;peuvent tout leur dire&#8221;, au point que les enfants le ressentent comme une injonction &#224; ne pas avoir de jardin secret. Ces intrusions dans l'intimit&#233; physique et psychique des enfants sont d&#233;l&#233;t&#232;res pour leur construction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrairement &#224; ce qu'on entend dans la vulgarisation autour de l'inceste, le &#171; climat &#187; incestuel, ce n'est donc pas &#171; l'inceste sans passage &#224; l'acte &#187;. L'incestuel est une &lt;i&gt;mat&#233;rialisation en tant que telle&lt;/i&gt; de l'inceste, au m&#234;me titre que le sont les viols et les agressions.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet. Les victimes d'inceste, y compris dans les familles o&#249; il n'y a pas eu de passage &#224; l'acte physique, pr&#233;sentent des traumatismes c&#233;r&#233;braux comparables &#224; ceux de victimes de terrain de guerre, de victimes d'attentat, ou &#224; ceux d'enfants battus. On observe &#224; l'IRM certaines r&#233;gions de leur cerveau qui sont anormalement d&#233;velopp&#233;es. L'incestuel dans lequel grandit un enfant le contraint &#224; &#234;tre en vigilance permanente. C'est un environnement dans lequel tu sens qu'une agression peut arriver &#224; tout moment. Comme dans les films d'horreur, quand tu sais que quelque chose va arriver mais que tu ne sais pas quand : tu ne peux jamais te reposer et te sentir en s&#233;curit&#233;. Et puis tu ressens l'&lt;i&gt;intention de l'agresseur&lt;/i&gt;. Par exemple, quand mon p&#232;re &#233;tait violent, je le voyais changer de visage, son nez paraissait s'allonger. Cette intention de l'agresseur est centrale dans le trauma des victimes d'inceste&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Muriel Salmona, Le livre noir des violences sexuelles, Dunod, 2018.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; climat incestuel &#187;, les agressions et les viols sont les manifestations du m&#234;me &#171; syst&#232;me inceste &#187;. Quels en sont les m&#233;canismes communs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'inceste, c'est d'abord un abus de la confiance des enfants qui permet une &lt;i&gt;atteinte &#224; la filiation&lt;/i&gt;. Pour &#234;tre un &#234;tre humain complet, on a besoin d'un corps, on a besoin d'&#234;tre nourri et d'&#234;tre soign&#233;. Mais on a aussi besoin de sens, de s'inscrire dans une cha&#238;ne de filiation, une g&#233;n&#233;alogie qui nous situe dans le temps et nous donne une identit&#233;, nous constitue en tant qu'&#234;tre humain. La premi&#232;re chose &#224; laquelle l'inceste va porter atteinte, c'est &#224; ce sens-l&#224;. Il va construire un monde dans lequel on n'est plus la fille de son p&#232;re mais o&#249; on devient son amante, o&#249; on n'est plus le fr&#232;re de son fr&#232;re mais o&#249; on devient son objet sexuel. &#199;a fait exploser le cerveau de la victime, qui ne peut plus se raccrocher &#224; un socle commun de rep&#232;res dans la soci&#233;t&#233; parce qu'elle grandit dans un environnement o&#249; il y a inversion des r&#244;les. C'est ce qu'on appelle le &#8220;&lt;i&gt;monde &#224; l'envers&lt;/i&gt;&#8221;. Ce qui devrait &#234;tre la g&#233;n&#233;ration du dessus n'est plus la g&#233;n&#233;ration du dessus. Dans les arbres g&#233;n&#233;alogiques de familles incestueuses, on ne sait d'ailleurs plus tr&#232;s bien qui est qui, on se trompe tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette atteinte &#224; la filiation recouvre des r&#233;alit&#233;s variables. Ce sont les filles qui accouchent de leur p&#232;re, dont l'enfant est &#233;lev&#233; par sa grand-m&#232;re, que tout le monde va consid&#233;rer comme sa v&#233;ritable m&#232;re. C'est Moli&#232;re qui &#233;pouse sa belle-fille, Yves Montant qui viole la sienne. Mais c'est aussi, au bout de l'&#233;ventail et de mani&#232;re tr&#232;s banalis&#233;e, la confusion des places dans la famille : la parentification des enfants qui s'occupent de leurs fr&#232;res et s&#339;urs ou de leurs parents, ou les confidences entre adultes et enfants sur leurs vies affectives et sexuelles respectives. C'est un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; dans lequel les parents n'exercent pas leur r&#244;le de cadre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'inceste, cette confusion des r&#244;les dans la famille &#173;s'accompagne aussi d'une chosification des enfants par les adultes. En quoi cela consiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les familles incestueuses, les enfants ne s'appartiennent pas eux-m&#234;mes : ils appartiennent &#224; la famille, au clan. Cette mani&#232;re fusionnelle d'&#234;tre ensemble va justifier les intrusions dans l'intimit&#233; physique et psychique des enfants, le fait qu'il n'y ait pas de barri&#232;re. C'est comme si quelque part, tu dois ton intimit&#233; &#224; ta famille, tu dois tout lui partager. Tu en viens &#224; ne plus te sentir autoris&#233;&#183;e &#224; penser par toi-m&#234;me. Tu dois penser comme tes parents, comme le clan. Il n'y a pas de r&#233;cits individuels, seulement un r&#233;cit collectif.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Pour les membres de la famille, entendre qu'il y a inceste, c'est impossible, parce que &#231;a remet en cause leur propre appartenance au clan, donc leurs fondations, mais aussi leur identit&#233; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que tr&#232;s souvent, dans les familles incestueuses, il y a un &#8220;roman familial&#8221; auquel tout le monde doit adh&#233;rer. Une fiction, un narratif, qui permet de dire les secrets de famille sans vraiment en parler. Tout le monde sait mais personne ne veut le voir. L'inceste est l&#224; : c'est l'&#233;l&#233;phant au milieu de la pi&#232;ce. Et en m&#234;me temps, personne ne le nomme. C'est le &lt;i&gt;gaslighting&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le gaslighting est une forme de manipulation mentale qui consiste &#224; nier une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; permanent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Climat incestuel : douze crit&#232;res indicatifs &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour identifier les situations de climat incestuel, la Ciivise reprend les crit&#232;res non-exhaustifs propos&#233;s par (notamment) Brigitte Moltrecht, dans l'article collectif &#171; Climat incestuel : proposition d'objectivation des crit&#232;res de d&#233;finition &#224; partir de jeunes orient&#233;s en institut th&#233;rapeutiques, &#233;ducatif et p&#233;dagogique &#187; (2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la non-autorisation &#224; penser par soi-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; l'intrusion dans l'intimit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la confusion des places&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; les confidences concernant la vie affective et sexuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la proximit&#233; physique excessive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; l'attention excessive au corps du jeune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la promiscuit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; l'attention excessive &#224; la sexualit&#233; du jeune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la sexualit&#233; par procuration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; le non-respect d'un lieu intime pour la toilette du jeune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; l'exhibition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; le fait de dormir dans la chambre parentale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce magma de l'incestuel, non seulement il est difficile d'en prendre conscience, mais il para&#238;t aussi impossible d'en sortir. Comment cela se passe lorsqu'une victime le d&#233;nonce dans sa famille et tente de provoquer une prise de conscience collective ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sortir de cette logique fusionnelle, sectaire en r&#233;alit&#233;, semble en effet impossible. La culpabilit&#233; est trop forte. On a l'impression d'abandonner ses parents, d'&#234;tre un mauvais fils ou une mauvaise fille. C'est pour cela que c'est une aberration de ne pas p&#233;naliser l'inceste entre adultes : comme le disait Christine Angot, si tu couches avec ton p&#232;re &#224; 25 ans, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que tu n'arrives pas &#224; sortir de l'inceste, la majorit&#233; l&#233;gale n'y change rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'inceste suppose une dissolution de l'individu dans le clan, commencer &#224; raconter sa propre histoire, en contrevenant au narratif familial selon lequel &#8220;tout va bien&#8221;, c'est fragiliser tout l'&#233;difice. Pour les membres de la famille, entendre qu'il y a inceste, c'est impossible, parce que &#231;a remet en cause leur propre appartenance au clan, donc leurs fondations, mais aussi leur identit&#233;. Mon p&#232;re incestueux a beaucoup plus de valeur pour le clan que ma propre parole. Et ce m&#234;me si c'est une personne &#8220;probl&#233;matique&#8221; que chacun reconna&#238;t comme telle. Finalement, tout le monde s'entend pour se dire que &#8220;ce n'est pas si grave&#8221;, que la victime exag&#232;re. &#199;a leur permet de justifier leurs propres aveuglements, leurs errances, leur non-protection des enfants. &#199;a leur permet aussi de ne pas voir leurs propres actes incestueux. En effet, il n'existe pas de dichotomie gentille victime/m&#233;chant bourreau. Dans l'inceste, tout le monde est colonis&#233;. Pour le comprendre et s'en d&#233;faire, un long travail th&#233;rapeutique est n&#233;cessaire. C'est bien plus simple d'&#234;tre dans le d&#233;ni, et d'exclure les victimes de la famille, progressivement consid&#233;r&#233;es comme responsables du chaos. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les hommes (p&#232;res, oncles, fr&#232;res, cousins) sont largement surrepr&#233;sent&#233;s parmi les agresseurs incestuels d&#233;clar&#233;s (il est question de 96 % d'agresseurs, dont 33 % de p&#232;res). Quelle est la place des femmes, et en particulier des m&#232;res dans le syst&#232;me inceste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle est centrale. Dans les r&#233;gimes de domination, y compris coloniaux ou patriarcaux, le maintien de l'ordre repose sur des interm&#233;diaires subalternes auxquels le syst&#232;me accorde des privil&#232;ges marginaux pour assurer sa propre reproduction. Les m&#232;res jouent ce r&#244;le. Il existe des m&#232;res qui vont prot&#233;ger leur enfant de l'inceste, mais elles restent une minorit&#233;. La plupart des m&#232;res ne vont pas croire les victimes d'inceste, &#234;tre dans l'ind&#233;cision, att&#233;nuer leurs propos, oublier les d&#233;tails pour, au final, d&#233;fendre les incesteurs. Ces m&#232;res qui ne prot&#232;gent pas, ou tardivement, sont malheureusement elles-m&#234;mes prises dans ce syst&#232;me de domination sociale qui valorise l'inceste. Bien souvent, elles ont aussi &#233;t&#233; victimes d'inceste ou d'incestuel, se sont construites avec et ne l'ont pas remis en cause. Pour elles, croire l'enfant et agir en cons&#233;quence, c'est donc prendre le risque de s'effondrer psychiquement. Ma m&#232;re, par exemple, m'a dit : &#8220;&lt;i&gt;Tu n'as aucune id&#233;e de ce que c'est que la violence. Mais moi je n'ai pas port&#233; plainte.&lt;/i&gt;&#8221; Donc elle sait mieux que moi, et si elle n'a rien fait, alors je ne devrais rien faire non plus. Et puis, &#224; 80 ans, qu'est-ce qu'elle va faire ? Elle a pass&#233; toute sa vie avec un conjoint violent. Elle ne peut pas tout remettre en cause. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/247_04-09_maidachavak_02.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/247_04-09_maidachavak_02-6da70.jpg?1779622254' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penser la responsabilit&#233; des femmes dans la perp&#233;tuation du syst&#232;me inceste n'est pas chose ais&#233;e lorsqu'on est f&#233;ministe. Pourquoi cela reste fondamental pour comprendre ce qu'est l'inceste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les mouvements f&#233;ministes d&#233;fendent &#224; juste titre les femmes qui, notamment &#224; cause des ravages de la psychanalyse freudienne&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire page 6, &#171; T&#233;moignage : que dit-on de l'inceste en fac de psycho ? &#187;.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, ont longtemps et sont encore consid&#233;r&#233;es comme responsables de tous les traumas des enfants&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire page 9, op. cit.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r, elles ont raison de le faire. Et de rappeler que &#8220;les agresseurs sexuels sont des hommes&#8221;. Ce qui est globalement vrai pour les agressions entre adultes. Mais je pense que &#231;a ne prend pas en compte l'inceste maternel, qui peut exister sous la forme de &#8220;&lt;i&gt;nursing&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ensemble des soins d'hygi&#232;ne et de confort.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; pathologique&#8221;. On n'a absolument pas les chiffres, parce que socialement on n'est pas pr&#234;ts &#224; l'entendre. Et qu'en tant que f&#233;ministe, on est beaucoup dans un discours de misandrie, auquel j'ai moi-m&#234;me adh&#233;r&#233;, mais que je questionne aujourd'hui parce que je pense que c'est une erreur strat&#233;gique : il permet de rester dans cette &#8220;culture du monstre&#8221; qui nous emp&#234;che de voir l'inceste comme un syst&#232;me pr&#233;sent en chacun de nous, y compris chez les femmes, y compris chez les victimes. Au contraire, la seule mani&#232;re de lutter contre l'inceste, c'est de reconna&#238;tre d'abord en nous le parfait petit agent de la culture de l'inceste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les pistes pour en sortir d'apr&#232;s toi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La prison &#224; outrance n'a aucun sens, &#224; part celui de sacrifier les pr&#233;tendues brebis galeuses, et qui permet le maintien du syst&#232;me. Mais je ne pense pas qu'il faille pour autant renoncer &#224; l'id&#233;e de loi et de sanction. En effet, pour d&#233;noncer l'inceste, il faut un rapport &#224; la loi. Parce que dans les familles incestueuses, il y a justement une n&#233;gociation permanente face &#224; la loi : &#8220;On peut faire ce qui est interdit, et c'est pas grave&#8221;. Ce n'est pas parce que la justice est au service de l'ordre dominant qu'il ne faut pas s'en emparer pour en faire autre chose. Quant &#224; la sanction, toutes les psychologues travaillant aupr&#232;s des agresseur&#183;ses que j'ai entendues disent qu'elle est importante, parce qu'elle permet &#224; un moment donn&#233; de dire &#8220;Stop&#8221; &#224; la personne qui agresse, lui faire r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'elle a fait, et l'accompagner avec des soins. Ce qui implique de repenser enti&#232;rement les sanctions et l'accompagnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, je pense qu'on doit faire de la &#8220;pr&#233;vention de l'inceste&#8221; au sens le plus basique que celui de la pr&#233;vention des risques. L'inceste est un risque, il faut donc s'y former aussi concr&#232;tement que contre les risques d'incendie : avec de la sensibilisation, avec des simulations de cas o&#249; on apprend qu'une personne est victime d'inceste et o&#249; on doit r&#233;agir, etc. Et regarder en priorit&#233; l&#224; o&#249; le risque d'inceste est le plus accru : l&#224; o&#249; il y a potentiellement le plus de vuln&#233;rabilit&#233; face &#224; la domination adulte. Donc chez les enfants racis&#233;s, chez les personnes en situation de handicap, chez les enfants trans, bref, prendre en compte toutes les oppressions sp&#233;cifiques. Et viser en priorit&#233; les lieux qui accueillent des enfants : maternit&#233;s, cr&#232;ches, h&#244;pitaux, &#233;coles, o&#249; l'on sait qu'il y a beaucoup de p&#233;docriminalit&#233;. &#199;a veut dire mettre en place des politiques antiracistes, antitransphobie, antivalidiste, donc des moyens mat&#233;riels, au service d'une approche v&#233;ritablement intersectionnelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une personne sur cinq est victime de violences sexuelles dans l'enfance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quel pourcentage de la population est concern&#233; par les violences sexuelles dans l'enfance ? Difficile &#224; dire. Les enqu&#234;tes se font sur base d&#233;clarative, ce qui comporte un premier biais : de nombreuses victimes ne se consid&#232;rent pas comme telles, soit parce qu'elles minimisent ce qui leur est arriv&#233; (culture de l'inceste bonjour), soit parce qu'elles ont &#233;t&#233; victimes de faits commis dans la jeune enfance et en sont amn&#233;siques. Les personnes interrog&#233;es ont entre 15 et 59 ans, ce qui exclut les enfants et les personnes &#226;g&#233;es. Aussi, les enqu&#234;tes ne prennent pas en compte les nourrissons et les personnes d&#233;c&#233;d&#233;es, ce qui n'est pas n&#233;gligeable quand on sait que les violences sexuelles conduisent &#224; des comportements dangereux qui peuvent entra&#238;ner la mort, ou &#224; des suicides. Autre biais : comme les enqu&#234;tes sont r&#233;alis&#233;es par t&#233;l&#233;phone, elles n'interrogent pas les personnes qui n'en ont pas ou qui sont &#224; la rue, pourtant surrepr&#233;sent&#233;es chez les victimes. Enfin, les enqu&#234;tes ne visent bien souvent que les violences sexuelles commises par les adultes et non entre mineurs. Le Conseil de l'Europe aboutit bien au chiffre d'une personne sur cinq victime de violences sexuelles dans l'enfance. Mais c'est largement sous-repr&#233;sent&#233;. Et bien s&#251;r, &#231;a ne prend jamais en compte l'incestuel&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire page 9, &#171; Survivre deux fois : l'inceste et le naufrage judiciaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire le rapport de la Ciivise, &#171; Violences sexuelles faites aux enfants : &#8220;On vous croit&#8221; &#187;, novembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire Muriel Salmona, &lt;i&gt;Le livre noir des violences sexuelles&lt;/i&gt;, Dunod, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;gaslighting&lt;/i&gt; est une forme de manipulation mentale qui consiste &#224; nier une information, &#224; la d&#233;former ou &#224; la pr&#233;senter sous un autre jour, afin que la victime doute de sa propre perception de la r&#233;alit&#233;, de sa m&#233;moire et de sa sant&#233; mentale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire page 6, &#171; T&#233;moignage : que dit-on de l'inceste en fac de psycho ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire page 9, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ensemble des soins d'hygi&#232;ne et de confort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nationaliser l'&#233;nergie</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Nationaliser-l-energie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Nationaliser-l-energie</guid>
		<dc:date>2025-10-25T13:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand on fait gr&#232;ve, en g&#233;n&#233;ral, on ne se repose pas. &#192; courir de manif en piquet, de r&#233;union en AG, le cerveau est dop&#233; et ne s'arr&#234;te plus de tourner. Le 17 septembre dernier, on d&#233;battait avec les gr&#233;vistes de la CGT Mines et &#201;nergie de la nationalisation de leurs outils de production. Dans le secteur de l'&#233;nergie, cette rentr&#233;e est bien remplie. Pr&#233;par&#233;s depuis trois mois &#224; lancer une gr&#232;ve d'ampleur, les &#233;nerg&#233;ticiens sonnent le clairon de la mobilisation d&#232;s le 2 septembre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no245-octobre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;245 (octobre 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand on fait gr&#232;ve, en g&#233;n&#233;ral, on ne se repose pas. &#192; courir de manif en piquet, de r&#233;union en AG, le cerveau est dop&#233; et ne s'arr&#234;te plus de tourner. Le 17 septembre dernier, on d&#233;battait avec les gr&#233;vistes de la CGT Mines et &#201;nergie de la nationalisation de leurs outils de production.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans le secteur de l'&#233;nergie, cette rentr&#233;e est bien remplie. Pr&#233;par&#233;s depuis trois mois &#224; lancer une gr&#232;ve d'ampleur, les &#233;nerg&#233;ticiens sonnent le clairon de la mobilisation d&#232;s le 2 septembre en totalisant 250 piquets partout en France. &#192; Marseille, c'est sur le site d'Enedis, boulevard Gueidon, que se construit jour apr&#232;s jour ce qui ressemble de plus en plus &#224; une installation de festival : canap&#233;s et fauteuils, coin hamacs pour passer les nuits, frigo, gazini&#232;re, bar, table de r&#233;union pour les banquets barbeuc et, in&#233;vitablement, brasero &#224; l'entr&#233;e sur fond de drapeaux CGT, piqu&#233;s sur des pneus dress&#233;s en haie d'honneur. Forc&#233;ment &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, on y a pas mal tra&#238;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'argent ne partait pas pour enrichir les actionnaires, il &#233;tait r&#233;investi pour construire les moyens de production &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Plus que les soir&#233;es match au vid&#233;oproj', ce qui nous a vraiment enjaill&#233;s, c'est le caract&#232;re de leur gr&#232;ve, plus politique qu'&#224; l'accoutum&#233;e. Ils exigent l'alignement de leur grille de salaires sur l'inflation, mais pas seulement : &#233;galement l'abrogation d'une mesure survenue sournoisement cet &#233;t&#233; qui fait passer la TVA sur l'&#233;nergie de 5,5 % &#224; 20 % et qui promet d'exploser la facture des usagers. Mercredi 17 septembre, veille de journ&#233;e de gr&#232;ve nationale, le piquet a m&#234;me organis&#233; une soir&#233;e projection du film &lt;i&gt;Main basse sur l'&#233;nergie&lt;/i&gt;, de Gilles Balbastre (2019). Une p&#233;pite &lt;i&gt;made by&lt;/i&gt; la FNME-CGT, qui raconte comment le patronat, aid&#233; de l'&#201;tat, se saisit de la mine d'or que repr&#233;sente la production d'&#233;nergie en France. L'occasion de d&#233;battre : la nationaliser oui, mais sous le contr&#244;le de qui, de l'&#201;tat, ou des travailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Main basse sur l'&#233;nergie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le film, des syndiqu&#233;s CGT sont d&#233;guis&#233;s en pontes de la mafia. Autour d'une table, ils comptent leurs billets. Ils acclament &#224; la t&#233;l&#233; les ministres de tous bords, qui se succ&#232;dent depuis 2012 dans un m&#234;me acte de communion : saucissonner le monopole d'&#201;tat de l'&#233;nergie, conquis en 1946 par le v&#233;n&#233;rable Marcel Paul, ministre PCF de la Production industrielle. Objectif : en vendre (pas cher) des parts (tr&#232;s lucratives) au priv&#233;. Ouvrant le d&#233;bat sur le piquet, un ancien du PCF se l&#232;ve furibard : &#171; &lt;i&gt;Et si je comprends bien, l'&#201;tat va ensuite racheter cette &#233;lectricit&#233; au priv&#233;, qui n'a rien fait pour la produire et qui en fixe tranquillement les prix ? ! J'attends de vous des explications !&lt;/i&gt; &#187;. G&#233;raldine, &#224; la tribune, lui r&#233;pond. Avec la construction europ&#233;enne, la France s'est vue contrainte de vendre ses monopoles, jug&#233;s &#171; d&#233;loyaux &#187; vis-&#224;-vis de la concurrence. &#171; &lt;i&gt;Alors que tout ce que notre entreprise a construit pendant 80 ans, ce sont les Fran&#231;ais qui l'ont pay&#233; avec leurs imp&#244;ts. Cet argent-l&#224; ne partait pas pour enrichir les actionnaires, il &#233;tait r&#233;investi pour construire les moyens de production : centrales thermiques, nucl&#233;aires, hydrauliques. Ces biens, ils appartiennent aux Fran&#231;ais. Comme leur appartenaient les autoroutes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film raconte aussi l'histoire de l'&#233;olien comme une v&#233;ritable ru&#233;e vers l'or, Total en premi&#232;re ligne. Cette &#171; &#233;nergie verte &#187; permet non seulement au g&#233;ant du p&#233;trole un bienvenu &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt;, que l'&#201;tat applaudit des deux mains, mais lui octroie aussi d'utiles &#171; bons &#224; polluer &#187; pour ses activit&#233;s moins &lt;i&gt;eco-friendly&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;L'hydraulique aussi a &#233;t&#233; l'objet de convoitise&lt;/i&gt;, explique un moustachu &#224; la tribune. &lt;i&gt;Et pas des moindres : c'est le seul vrai moyen de stocker de l'&#233;nergie. L'eau retenue dans les barrages est en r&#233;alit&#233; de l'&#233;lectricit&#233; potentielle avant qu'on ouvre les vannes. &#201;videmment, le priv&#233; voulait les barrages, pour pouvoir refuser de les faire tourner, et ainsi sp&#233;culer et faire grimper les prix. Mais gr&#226;ce aux travailleurs du secteur qui ont lutt&#233; sans merci, ils ont abandonn&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Acclamations dans l'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Reprendre en main l'outil de production&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nationaliser, c'est aussi s'assurer du bon entretien des infrastructures. &#171; &lt;i&gt;L'&#201;tat avait provisionn&#233; une somme pour 40 ans d'entretien du r&#233;seau de gaz. Apr&#232;s l'entr&#233;e d'actionnaires priv&#233;s au capital, cette enveloppe a &#233;t&#233; &#233;tal&#233;e non plus sur 40 ans, mais sur 100 ans. Ils ont aussi drastiquement r&#233;duit le nombre d'agents sur le terrain, augmentant de fait tous les d&#233;lais d'intervention en cas de fuite de gaz&lt;/i&gt; &#187;, explique Renaud Henry, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration nationale des mines et de l'&#233;nergie CGT de Marseille. &#171; &lt;i&gt;Plus que de changer de statut pour redevenir un EPIC [&#201;tablissement public d'int&#233;r&#234;t commercial], on veut &#234;tre une instance de lien avec les usagers pour que les d&#233;cisions soient prises d&#233;mocratiquement. Il va y avoir de grandes d&#233;cisions &#224; prendre ces prochaines ann&#233;es, sur la transition &#233;cologique et &#233;nerg&#233;tique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nationaliser, &#231;a tombe sous le sens. Mais comment s'assurer que le pouvoir de d&#233;cision restera entre les mains des travailleurs et des usagers ? Peut-on vraiment esp&#233;rer qu'il fera de l'&#233;nergie un bien de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, gratuit pour les usagers ? Pourra-t-on refuser d'alimenter les entreprises qui produisent des armes ? Comment penser un mod&#232;le, non pas national, mais internationaliste de l'&#233;nergie, qui mettra fin &#224; la concurrence des travailleurs, et &#224; l'exploitation de ceux qui, dans les &#171; anciennes &#187; colonies fran&#231;aises, triment pour extraire des mines le pr&#233;cieux uranium n&#233;cessaire au nucl&#233;aire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soir&#233;e, riche en d&#233;bats et en pa&#235;lla, se termine tard. Et confirme que la gr&#232;ve, en plus de bloquer l'&#233;conomie, a ce pouvoir magique de d&#233;bloquer les consciences.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La marmite sous les directions syndicales</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-marmite-sous-les-directions</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/La-marmite-sous-les-directions</guid>
		<dc:date>2025-10-04T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#199;a devient une habitude : cette rentr&#233;e, alors qu'enfin la mobilisation reprend, l'intersyndicale la discr&#233;dite, avant de s'empresser de calmer le jeu. Alors oui, elle parvient encore &#224; entraver les secteurs qui se reposent sur elle. Mais dans ses bases, les gr&#233;vistes ont des revendications de plus en plus politiques. Avec risque de d&#233;bordement. &#171; Nos AG ne doivent pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;es, ni par les partis ni par les syndicats &#187; entend-on marteler lors des diff&#233;rentes assembl&#233;es de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no245-octobre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;245 (octobre 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#199;a devient une habitude : cette rentr&#233;e, alors qu'enfin la mobilisation reprend, l'intersyndicale la discr&#233;dite, avant de s'empresser de calmer le jeu. Alors oui, elle parvient encore &#224; entraver les secteurs qui se reposent sur elle. Mais dans ses bases, les gr&#233;vistes ont des revendications de plus en plus politiques. Avec risque de d&#233;bordement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/manif-14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/manif-14-1ac3c.jpg?1779622255' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; N&lt;/span&gt;&lt;i&gt;os AG ne doivent pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;es, ni par les partis ni par les syndicats&lt;/i&gt; &#187; entend-on marteler lors des diff&#233;rentes assembl&#233;es de pr&#233;paration de la journ&#233;e de mobilisation du 10 septembre. Spontan&#233;ment apparu sur divers r&#233;seaux sociaux, le mouvement &#171; Bloquons tout &#187; s'est rapidement gonfl&#233; d'anciennes communaut&#233;s de Gilets jaunes et semble bien d&#233;cid&#233; &#224; porter en lui, l'ADN des r&#233;voltes populaires de 2018. C'est que, depuis la d&#233;faite cuisante de la r&#233;forme des retraites, et la responsabilit&#233; av&#233;r&#233;e de l'intersyndicale dans le d&#233;litement de la mobilisation, la strat&#233;gie qui semble avoir le vent en poupe, c'est la bord&#233;lisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e type Gilets jaunes. Et qu'importe si la sociologie des assembl&#233;es de cette rentr&#233;e, plus urbaine, s'en trouve finalement assez &#233;loign&#233;e&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Le mouvement du 10 septembre &#8220;est structur&#233; presque exclusivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Surgissant hors des cadres institutionnalis&#233;s, le &#171; 10 septembre &#187; a terroris&#233; politiciens et journalistes, jusqu'&#224; pr&#233;cipiter la d&#233;mission du Premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rapidement, la question de la construction dans la dur&#233;e &#8211; et donc de la coordination du mouvement &#8211; se pose. Pouss&#233;es par leurs bases, les directions syndicales nationales entrent &#224; reculons dans le mouvement. Apr&#232;s la journ&#233;e du 18 septembre, l'intersyndicale&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;UNSA, CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC, Solidaires, FSU.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; semble tout faire pour donner le temps au gouvernement de se r&#233;organiser, calmer les esprits et r&#233;tablir dare-dare le sacro-saint dialogue social. Malgr&#233; cette complaisance, les directions locales semblent dispos&#233;es &#224; suivre son rythme. Mais pour combien de temps ? Sous la chape de plomb bureaucratique, on est all&#233; discuter avec les travailleurs de la r&#233;gion PACA, dont les revendications d&#233;passent largement leurs conditions de travail : ils exigent la d&#233;mission de Macron, le retour de leurs conquis sociaux et la chute de la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les directions syndicales dans la stratosph&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#232;s la fin de l'&#233;t&#233; que la conf&#233;d&#233;ration CGT avait commenc&#233; son travail de sape. Sa secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale Sophie Binet qualifiait alors le mouvement social de &#171; &lt;i&gt;n&#233;buleux&lt;/i&gt; &#187;, les &#171; &lt;i&gt;modes d'action&lt;/i&gt; &#187; de &#171; &lt;i&gt;flous&lt;/i&gt; &#187; et avertissait du risque de &#171; &lt;i&gt;noyautage par l'extr&#234;me droite&lt;/i&gt; &#187;. Mais vu l'engouement qu'il suscite, l'intersyndicale est finalement oblig&#233;e de raccrocher les wagons et d'annoncer le 29 ao&#251;t la (contre-)journ&#233;e du 18 septembre, dans un effet de mise en concurrence difficile &#224; comprendre. Les revendications qui vont avec sont aussi creuses que minimalistes : &#171; &lt;i&gt;des mesures pour lutter contre la pr&#233;carit&#233;&lt;/i&gt; &#187; ou l'abandon du seul &#226;ge de 64 ans de d&#233;part &#224; la retraite &#8211; et non de la r&#233;forme enti&#232;re. Pas de quoi galvaniser les foules.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les &#8220;bureaucrates&#8221; ne prennent aucune initiative et font tra&#238;ner toutes les d&#233;cisions sous pr&#233;texte de chercher &#224; &#234;tre consensuels. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; l'approche du 10 septembre, les assembl&#233;es Bloquons tout regorgent de travailleurs isol&#233;s qui cherchent &#224; s'organiser, se mettre en gr&#232;ve et soutenir les piquets existants. Mais, malgr&#233; le succ&#232;s explosif de cette journ&#233;e en termes de participation, force est de constater que les 80 000 policiers d&#233;ploy&#233;s par Bruno Retailleau ont eu raison des blocages en quelques heures. Alors le soir, en assembl&#233;e, la question de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale devient centrale. Et avec elle, la n&#233;cessit&#233; de s'organiser avec les syndicats. En effet, comme le r&#233;sume un cinquantenaire de la CGT &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Au-peage-de-Lancon-de-Provence-pas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vinci Autoroutes&lt;/a&gt;, &#171; &lt;i&gt;c'est plus facile de bloquer sa propre entreprise en faisant gr&#232;ve, que d'aller en bloquer une autre : &#231;a demande moins de monde et c'est plus efficace&lt;/i&gt; &#187;. Pour preuve : le 16 septembre, une poign&#233;e d'&#233;nerg&#233;ticiens, emmen&#233;s par la F&#233;d&#233;ration CGT Mines et &#201;nergie, d&#233;cide de ne plus d&#233;charger les bateaux transporteurs de m&#233;thane au terminal de Fos-Cavaou, et prive illico toute la r&#233;gion (et au-del&#224;) de ses principaux approvisionnements en gaz de ville.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des bureaucraties locales enlis&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de la F&#233;d&#233;ration CGT Mines et &#201;nergie, qui avait pr&#233;vu son d&#233;brayage depuis trois mois, les autres secteurs peinent &#224; se joindre au mouvement. M&#234;me &#224; EDF Marseille, les bureaucraties syndicales locales n'ont rien fait pour mobiliser leurs troupes, raconte Bastien*, ing&#233;nieur : &#171; &lt;i&gt;Notre syndicat n'a fait aucune tourn&#233;e de bureaux pour mobiliser les coll&#232;gues, m&#234;me pour le 18, et au lieu de nous convoquer en AG, il a propos&#233; une visio ! Forc&#233;ment, il y a eu peu d'&#233;changes pour se motiver&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me constat du c&#244;t&#233; de l'&#201;ducation nationale (voir ci-contre). Surveillant dans un lyc&#233;e marseillais, Alfredo* est all&#233; soutenir les &#233;nerg&#233;ticiens sur leur piquet de gr&#232;ve : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas que des bureaucraties nationales dont il faut nous m&#233;fier. Dans nos &#233;tablissements, les &#8220;bureaucrates&#8221; ne prennent aucune initiative et font tra&#238;ner toutes les d&#233;cisions sous pr&#233;texte de chercher &#224; &#234;tre consensuels. &#199;a n'est pas avec eux que nous devons chercher &#224; nous organiser&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les mots d'ordre des travailleurs d&#233;tonnent et vont bien au-del&#224; de leurs conditions de travail&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et quand on va les chercher dans les cort&#232;ges de la manif du 18 septembre, les responsables syndicaux t&#233;moignent souvent de la m&#234;me passivit&#233;. Y compris chez les t&#233;m&#233;raires dockers de Fos-sur-Mer, dont le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Christophe Claret : &#171; &lt;i&gt;On attend de voir s'il y a des dates annonc&#233;es par la conf&#233;d&#233; [CGT] pour monter tous ensemble. On suivra la marche&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mais des gr&#233;vistes radicalis&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si cette docilit&#233; d&#233;sesp&#232;re sans tellement surprendre, en revanche, ce sont les mots d'ordre des travailleurs qui d&#233;tonnent, et vont bien au-del&#224; de leurs conditions de travail. &#171; &lt;i&gt;La temp&#233;rature du secteur ? Une r&#233;pulsion extraordinaire vis-&#224;-vis du budget annonc&#233; et de la casse des retraites !&lt;/i&gt; &#187;, s'exclame le syndiqu&#233; de Vinci Autoroutes. Ou Christophe Claret, qui tout &#224; coup se r&#233;veille : &#171; &lt;i&gt;Nos &#8220;revendications du secteur&#8221; ? C'est la politique nationale ! La casse de la s&#233;cu et du ch&#244;mage !&lt;/i&gt; &#187; &#192; Airbus, un autre analyse : &#171; &lt;i&gt;Les coll&#232;gues disent spontan&#233;ment que&lt;/i&gt; &#8220;derri&#232;re les politiques, il y a le patronat&#8221;&lt;i&gt;. C'est une avanc&#233;e dans les consciences, surtout quand on sait que la moiti&#233; vote RN. On n'entendait pas &#231;a il y a cinq ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son piquet au port de Fos-Cavaou, Nicolas Davan, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT &#201;nergie Provence, r&#233;sume : &#171; &lt;i&gt;Le combat qu'on m&#232;ne ici, c'est le m&#234;me que le 10 septembre : &#8220;Macron d&#233;mission&#8221;, &#233;videmment. Mais derri&#232;re, c'est aussi un microcosme d'ultrariches qui s'accapare &#224; peu pr&#232;s tout, &#224; commencer par les services publics. La V&lt;/i&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;i&gt; R&#233;publique est trop permissive pour les riches. Politiquement, il faut changer compl&#232;tement la donne. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#199;a va pas marcher avec des incantations ou de simples manifestations &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;A contrario, le tr&#232;s pr&#233;caire secteur du m&#233;dico-social, peu investi de syndicats, montre &#224; Montpellier et Marseille une soif d'organisation et de radicalit&#233;. Ici s'est mont&#233; le 18 septembre une AG du secteur entier qui, en moins d'une semaine, a formul&#233; ses propres revendications. Elle a pr&#233;vu un cort&#232;ge commun, des blocages d'assos et une manif au si&#232;ge du d&#233;partement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vers une coordination par le bas ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;calage entre col&#232;re politique et faible taux de gr&#233;vistes, un responsable syndical de la CGT Carrefour Logistique l'explique par la pr&#233;carit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, les gens sont vraiment pris &#224; la gorge et ne peuvent pas se permettre de perdre des journ&#233;es de salaires.&lt;/i&gt; &#187; Mais la difficult&#233; &#224; convaincre ses coll&#232;gues se trouve aussi dans l'absence d'une strat&#233;gie claire et intransigeante de leurs directions syndicales, qui serait &#224; m&#234;me de donner confiance en l'efficacit&#233; et l'utilit&#233; de leur gr&#232;ve. &#171; &lt;i&gt;&#199;a va pas marcher avec des incantations ou de simples manifestations&lt;/i&gt;, poursuit Nicolas Davan. &lt;i&gt;Il va falloir faire en sorte qu'il y ait une prise de conscience chez les gens, et les emmener sur des choses un peu plus efficaces, comme reprendre en main notre outil de travail.&lt;/i&gt; &#187; Cette direction strat&#233;gique, l'intersyndicale prouve &#224; nouveau qu'elle ne l'incarne pas ni n'en prend le chemin. Apr&#232;s le succ&#232;s du 18 septembre, au lieu de maintenir la pression, elle laisse gracieusement quelques jours au Premier ministre pour r&#233;pondre &#224; ses revendications : &#171; &lt;i&gt;La balle est dans [son] camp&lt;/i&gt; &#187;, fait-elle mine de menacer dans son communiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que, pr&#233;cis&#233;ment, la balle reste dans notre camp, certaines assembl&#233;es Bloquons tout veulent se proposer comme cadre autonome d'organisation interprofessionnelle. Mais les syndiqu&#233;s les voient &#8211; &#224; raison &#8211; comme des espaces &#171; &lt;i&gt;o&#249; tout le monde est d&#233;j&#224; d'accord&lt;/i&gt; &#187;, quand pour eux, la priorit&#233; est d'aller convaincre les coll&#232;gues de la n&#233;cessit&#233; de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &#224; petit, mouvement social apr&#232;s mouvement social, gagn&#233; ou perdu, on esp&#232;re que cette conscience de classe progressera jusqu'&#224; trouver le chemin de son auto-organisation. Quoi que devienne cette rentr&#233;e, elle reste une fen&#234;tre dans laquelle nous engouffrer. Et que br&#251;le le feu sous la marmite !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire aussi :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Se-rendre-ingerables' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Se rendre ing&#233;rables&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Une-kermesse-comme-quartier' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Une kermesse comme quartier g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Bloc-parti' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bloc parti&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;i&gt;Le mouvement du 10 septembre&lt;/i&gt; &#8220;est structur&#233; presque exclusivement autour de sympathisants de la gauche radicale&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (31/08/2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;UNSA, CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC, Solidaires, FSU.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fran&#231;ois Burgat : un proc&#232;s politique</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Francois-Burgat-un-proces</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Francois-Burgat-un-proces</guid>
		<dc:date>2025-06-07T00:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Alex Less</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de l'islamologue Fran&#231;ois Burgat, accus&#233; d'&#171; apologie du terrorisme &#187;, s'est tenu le 24 avril &#224; Aix-en-Provence. Cette &#233;ni&#232;me intimidation judiciaire des soutiens pro-Palestine s'est heureusement sold&#233;e par une relaxe. Mais elle marque une &#233;tape suppl&#233;mentaire dans la r&#233;pression d'&#201;tat. Reportage. Ambiance tendue devant le palais de justice d'Aix-en-Provence. &#171; Stop ! Personne ne rentre : trouble &#224; l'ordre public ! &#187; Dix flics, d&#233;p&#234;ch&#233;s l&#224; expr&#232;s pour la tenue du proc&#232;s de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no242-juin-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;242 (juin 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alex-Less" rel="tag"&gt;Alex Less&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le proc&#232;s de l'islamologue Fran&#231;ois Burgat, accus&#233; d'&#171; apologie du terrorisme &#187;, s'est tenu le 24 avril &#224; Aix-en-Provence. Cette &#233;ni&#232;me intimidation judiciaire des soutiens pro-Palestine s'est heureusement sold&#233;e par une relaxe. Mais elle marque une &#233;tape suppl&#233;mentaire dans la r&#233;pression d'&#201;tat. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/242_03_alexless_burgat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/242_03_alexless_burgat-11d11.jpg?1779622255' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;mbiance tendue devant le palais de justice d'Aix-en-Provence. &#171; &lt;i&gt;Stop ! Personne ne rentre : trouble &#224; l'ordre public !&lt;/i&gt; &#187; Dix flics, d&#233;p&#234;ch&#233;s l&#224; expr&#232;s pour la tenue du proc&#232;s de Fran&#231;ois Burgat, accus&#233; d'&#171; apologie d'actes de terrorisme &#187;, font barrage devant les portes. Face &#224; eux, le &#171; trouble &#187; : 20 p&#233;lots venus assister au proc&#232;s, dont trois, au loin, qui peinent &#224; tenir &#224; bout de bras une banderole contre l'islamophobie. &#171; &lt;i&gt;On va &#224; toutes les audiences pour apologie du terrorisme, pour le soutien, mais aussi parce que c'est utilis&#233; pour tout et n'importe quoi aujourd'hui&lt;/i&gt; &#187;, nous confient trois meufs en foulard, passablement blas&#233;es.
Et les proc&#232;s ne manquent pas, surtout depuis les attentats de &lt;i&gt;Charlie hebdo&lt;/i&gt;. Mais apr&#232;s le 7 octobre, l'&#201;tat a l&#226;ch&#233; carr&#233;ment la bride, et charg&#233; ses opposants politiques : convocations au poste pour Mathilde Panot et Rima Hassan de la France insoumise (et proc&#232;s &#224; venir pour cette derni&#232;re), un an de prison avec sursis pour le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT du Nord Jean-Paul Delescaut&#8230; Et le 18 juin prochain, deux militants de R&#233;volution permanente, dont Anasse Kazib, devront expliquer en quoi un tweet qui d&#233;nonce le soutien occidental &#224; Isra&#235;l, c'est pas du &lt;i&gt;fr&#233;risme&lt;/i&gt; mais le B.A.-BA de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il ne suffit pas de condamner les poseurs de bombes. Il faut d&#233;construire la machine qui les fabrique &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le cas de Burgat est pourtant embl&#233;matique. Ici, l'&#201;tat ne s'en prend pas &#224; un simple militant : il &#233;pure ses troupes. Aujourd'hui &#224; la retraite, l'ancien directeur de recherche au CNRS reste un islamologue reconnu, y compris par le pouvoir : en 2018, il lui propose m&#234;me la L&#233;gion d'honneur ! Mais voil&#224; : Burgat s'av&#232;re un peu trop pro-Palestine &#224; son go&#251;t.
Au premier rang, coinc&#233;s entre des journalistes du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;, on regarde attentivement se mettre en place les &#233;l&#233;ments d'un proc&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tweet terrorism&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Burgat est une pointure. Estim&#233; par ses pairs pour son important travail de terrain, il l'est aussi dans les courants d&#233;coloniaux : r&#233;guli&#232;rement, il pointe la responsabilit&#233; de l'imp&#233;rialisme occidental dans la radicalisation de courants islamiques. Du reste, c'est pas tout &#224; fait un camarade. En 2017, il va jusqu'&#224; crier au complot lorsque trois plaintes pour viol accusent son ami Tariq Ramadan.
En chair et en os, il a la t&#234;te de son CV : un prof de fac hautain qui n'a plus rien &#224; prouver &#224; personne. &#192; grandes enjamb&#233;es, il arrive &#224; la barre comme s'il entrait dans sa salle de classe, et toise la pr&#233;sidente : &#171; &lt;i&gt;C'est bien la premi&#232;re fois que j'assiste &#224; une audience en tant qu'accus&#233; ! D'habitude, c'est en tant qu'expert&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Puis, sans r&#233;pondre &#224; aucune de ses questions, il se lance dans un interminable cours magistral : &#171; &lt;i&gt;Il ne suffit pas de condamner les poseurs de bombes. Il faut d&#233;construire la machine qui les fabrique. C'est un tout petit peu plus complexe voyez-vous. Et c'est mon travail de chercheur.&lt;/i&gt; &#187; Dans la salle, une jubilation palpable s'installe tandis que des keffiehs apparaissent, m&#234;l&#233;s de robes de magistrats venus assister au spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Je n'ai fait qu'historiciser les attaques du 7-Octobre pour les situer dans la trajectoire du conflit isra&#233;lo-arabe, sans quoi on ne peut pas les comprendre &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidente le coupe et rappelle les faits. Trois tweets. Le premier relaie un communiqu&#233; du Hamas qui conteste les crimes sexuels dont l'accuse le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; apr&#232;s le 7-Octobre 2023. Dans le deuxi&#232;me, Burgat affirme qu'il a &#171; &lt;i&gt;infiniment plus de respect et de consid&#233;ration pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l'&#201;tat d'Isra&#235;l&lt;/i&gt; &#187;, et cite un extrait de son ouvrage &lt;i&gt;Comprendre l'islam politique&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2016). Le troisi&#232;me tweet a &#233;t&#233; publi&#233; un an plus tard, lors de la condamnation pour &#171; &lt;i&gt;association de malfaiteurs&lt;/i&gt; &#187; de Brahim Chnina et d'Abdelhakim Sefrioui dans l'affaire Samuel Paty, alors qu'ils ne se connaissaient pas. Provoc', Burgat balance que si c'est ainsi, &#171; &lt;i&gt;nous sommes tous des &#8220;terroristes&#8221;&lt;/i&gt; &#187;.
Pour le parquet et les trois parties civiles, la Ligue internationale contre le racisme et l'antis&#233;mitisme (Licra), Avocats sans fronti&#232;res (ASF France) et l'Organisation juive europ&#233;enne (OJE), l'infraction tombe sous le sens. Ils apostrophent la pr&#233;sidente, goguenards : &#171; &lt;i&gt;Vous avez l&#224; un boulevard pour condamner !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vous condamnez les violences ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant quatre heures d'interrogatoire, les avocats de la d&#233;fense cherchent &#224; faire dire &#224; Burgat qu'il est un fervent soutien du Hamas : tant de ses dirigeants, qui d'ailleurs l'appellent &#171; &lt;i&gt;fr&#232;re&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Bernard Rougier : &#8220;Islamistes et indig&#233;nistes con&#231;oivent le musulman (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, que de sa branche militaire coupable des attaques. Burgat n'entre pas dans leur jeu, et parle de ce qu'il sait : &#171; &lt;i&gt;la violence &#8220;islamique&#8221; ne vient pas de l'islam &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fran&#231;ois Burgat : &#8220;La violence dite islamique ne vient pas de l'islam&#8221; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, elle est une r&#233;action &#224; l'oppression de l'Occident sur les populations arabes et musulmanes, en France comme &#224; Gaza. Taquin, il rappelle : &#171; &lt;i&gt;Charles de Gaulle en 1967 disait lui-m&#234;me &#224; propos de l'&#201;tat &#173;d'Isra&#235;l qu'en occupant des territoires, il devait opprimer, r&#233;primer, expulser. Qu'il y ferait na&#238;tre une r&#233;sistance, qu'il devrait alors qualifier de &#8220;terroriste&#8221;. Je n'ai pas dit autre chose que cela. Je n'ai fait qu'historiciser les attaques du 7-Octobre pour les situer dans la trajectoire du conflit isra&#233;lo-arabe, sans quoi on ne peut pas les comprendre, et si on ne peut pas comprendre, on ne peut pas r&#233;agir efficacement contre ces m&#233;canismes qui font ensuite les poseurs de bombes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Elle accuse l'universitaire de ne pas prendre la mesure de son statut, capable d'&#171; influencer des esprits plus faibles, moins bien construits &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Murmures approbateurs dans la salle. L'avocate de l'OJE d&#233;cide de s'en servir. Elle rappelle p&#234;le-m&#234;le &lt;i&gt;Charlie hebdo&lt;/i&gt;, l'Hyper cacher, Mohamed Merah, qui a notamment tu&#233; sa petite cousine. Elle s'alarme d'un antis&#233;mitisme galopant, qui encourage certains &#224; &#171; &lt;i&gt;venger le sang des enfants palestiniens&lt;/i&gt; &#187;. Elle accuse l'universitaire de ne pas prendre la mesure de son statut, capable d'&#171; &lt;i&gt;influencer des esprits plus faibles, moins bien construits&lt;/i&gt; &#187;. Elle se tourne vers le public, dont elle d&#233;plore la pr&#233;tendue jeunesse. Elle en est s&#251;re : personne, ici, n'a &lt;i&gt;r&#233;ellement lu&lt;/i&gt; les livres de Burgat, mais tous ont entendu sa rh&#233;torique aujourd'hui : &#171; &lt;i&gt;C'est cela, madame la pr&#233;sidente, planter des graines dans les esprits ! &lt;/i&gt; &#187; Un frisson de haine parcourt l'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un arbre blanc qui cache la for&#234;t&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Instrumentalisation de l'antis&#233;mitisme, d&#233;ni colonial et m&#233;pris de classe, cette audience nous laisse un go&#251;t amer. Un mois plus tard pourtant, surprise : Fran&#231;ois Burgat est relax&#233;. Une victoire dont il ne faudrait pas se r&#233;jouir trop vite. Deux jours apr&#232;s le d&#233;lib&#233;r&#233;, l'imam de la mosqu&#233;e des Bleuets &#224; Marseille, Sma&#239;n Bendjilali, est condamn&#233; &#171; &lt;i&gt;parce qu'[il] a retweet&#233; en tant qu'imam&lt;/i&gt; &#187;, un statut qui lui octroierait une influence particuli&#232;re. Six mois de prison avec sursis, cinq ans de privation des droits civiques et 2 000 euros d'amende. &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, soutenir la cause palestinienne &#231;a veut dire soutenir le Hamas et &#234;tre antis&#233;mite&lt;/i&gt; &#187;, regrette-t-il aupr&#232;s de R&#233;volution permanente. Une r&#233;pression qui touche quelques figures m&#233;diatiques, mais aussi des centaines d'anonymes tous les ans (voir encadr&#233;).
Ce m&#234;me mois, l'Assembl&#233;e nationale adopte une proposition de loi &#171; &lt;i&gt;relative &#224; la lutte contre l'antis&#233;mitisme dans l'enseignement sup&#233;rieur &lt;/i&gt; &#187;, histoire de fournir une base l&#233;gale aux dizaines d'interdictions de conf&#233;rence sur la Palestine qui s'accumulent depuis trois ans. Et le collectif Urgence Palestine est toujours en instance de dissolution.
Burgat, quant &#224; lui, vit sa meilleure vie. Depuis la relaxe, il tweete sans complexe, dont l'article du &lt;i&gt;Gorafi&lt;/i&gt; qui titre &lt;i&gt;&#171; Par s&#233;curit&#233;, Bruno Retailleau propose d'arr&#234;ter tous les musulmans qui ont des fr&#232;res &#187;&lt;/i&gt;. Si on ne peut plus rien dire, peut-&#234;tre peut-on encore rire ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une infraction bien pratique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; apologie d'actes de terrorisme &#187;, comme l'incitation &#224; la haine, l'injure ou la diffamation, est cr&#233;&#233;e en 1992 pour limiter la libert&#233; d'expression, tr&#232;s prot&#233;g&#233;e en droit. Elle est donc difficilement mobilisable. Mais la loi antiterroriste du 13 novembre 2014 la d&#233;place dans le Code p&#233;nal pour la cat&#233;goriser comme &#171; acte de terrorisme &#187; &#224; part enti&#232;re. Aujourd'hui, le droit fran&#231;ais consid&#232;re donc qu'une simple opinion &#171; &lt;i&gt;est susceptible de troubler l'ordre public par l'intimidation ou la terreur &#187;&lt;/i&gt;. Pour avoir pris position publiquement, on peut donc aller en prison. L'apologie du terrorisme &lt;i&gt;is the new&lt;/i&gt; proc&#233;dure-b&#226;illons. Mais cette cons&#233;cration p&#233;nale permet aussi de faire sauter les garde-fous qui encadraient son utilisation. Entre 1994 et l'adoption de la loi en 2014, on d&#233;nombrait 14 condamnations, tandis que pour la seule ann&#233;e 2015, marqu&#233;e par &lt;i&gt;Charlie hebdo&lt;/i&gt;, on en compte 332. Fulgurant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; Bernard Rougier : &#8220;Islamistes et indig&#233;nistes con&#231;oivent le musulman comme une victime&#8221; &#187;, &lt;i&gt;L'Express &lt;/i&gt;(21/01/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Fran&#231;ois Burgat : &#8220;La violence dite islamique ne vient pas de l'islam&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (01/11/2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; D&#233;coloniser nos organisations militantes &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Decoloniser-nos-organisations</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Decoloniser-nos-organisations</guid>
		<dc:date>2025-05-10T00:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>In&#232;s Atek, Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Manon Raupp</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les militants de gauche se d&#233;sesp&#232;rent, &#224; coups de discours incantatoires, de parvenir un jour &#224; &#171; unifier &#187; la classe ouvri&#232;re sous une m&#234;me banni&#232;re. Le sociologue Sa&#239;d Bouamama leur donne un tips : commencer par s'int&#233;resser aux dynamiques qui hi&#233;rarchisent notre camp avant d'appeler &#224; le f&#233;d&#233;rer. Ces mois-ci, &#224; l'Assembl&#233;e nationale et au S&#233;nat, les dingueries l&#233;gislatives vont bon train. Restriction de l'acc&#232;s &#224; la nationalit&#233; fran&#231;aise par le droit du sol &#224; Mayotte, interdiction de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Manon-Raupp" rel="tag"&gt;Manon Raupp&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/design_sans_titre_1_-5f7d2.png?1779622256' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les militants de gauche se d&#233;sesp&#232;rent, &#224; coups de discours incantatoires, de parvenir un jour &#224; &#171; unifier &#187; la classe ouvri&#232;re sous une m&#234;me banni&#232;re. Le sociologue Sa&#239;d Bouamama leur donne un tips : commencer par s'int&#233;resser aux dynamiques qui hi&#233;rarchisent notre camp avant d'appeler &#224; le f&#233;d&#233;rer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_05_manonraupp_union.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH394/241_05_manonraupp_union-2db89.jpg?1779622257' width='500' height='394' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;es mois-ci, &#224; l'Assembl&#233;e nationale et au S&#233;nat, les dingueries l&#233;gislatives vont bon train. Restriction de l'acc&#232;s &#224; la nationalit&#233; fran&#231;aise par le droit du sol &#224; Mayotte, interdiction de mariage aux personnes sans titre de s&#233;jour valide, interdiction de signes religieux (mais surtout du foulard) dans le sport&#8230; &#192; gauche, peu de r&#233;actions, encore moins d'organisation. Dans les milieux militants, on appelle r&#233;guli&#232;rement &#224; la convergence des luttes avec les providentiels &#171; habitants des quartiers &#187;, comme une formule magique qui, &#224; force d'&#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;e, ferait un jour effet.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La gauche homog&#233;n&#233;ise la classe ouvri&#232;re, ce qui l'am&#232;ne &#224; fermer les yeux sur toutes les contradictions internes qui s'y exercent &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les discours d&#233;coloniaux viennent bousculer le d&#233;bat en rappelant l'impact encore tr&#232;s actuel et destructeur de l'histoire de l'Empire colonial fran&#231;ais. Au centre de leurs analyses : la racialisation de notre soci&#233;t&#233; qui hi&#233;rarchise les travailleurs entre eux, quitte &#224; mettre parfois de c&#244;t&#233; la notion de classe sociale, ch&#232;re aux militants de gauche. C'est que la m&#233;fiance envers eux reste vive parmi les d&#233;coloniaux. Et comment le leur reprocher ? Les cadres de luttes traditionnels de gauche ont r&#233;guli&#232;rement tendance &#224; rel&#233;guer la question coloniale dans le placard du d&#233;ni.
Pour expliquer cette fracture et peut-&#234;tre trouver &#224; l'enjamber, on a discut&#233; avec Sa&#239;d Bouamama, sociologue des dominations, qui a travaill&#233; sur la place des personnes issues de l'immigration des quartiers populaires et ouvriers dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Pour lui, la clef de l'unification des travailleurs, toutes origines confondues, r&#233;side dans la capacit&#233; de la gauche &#224; comprendre l'impact que le colonialisme a eu sur nos imaginaires, nos traditions communautaires et dans nos organisations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face aux attaques racistes et islamophobes de la majorit&#233; gouvernementale, les forces de gauche, politiques et syndicales, peinent &#224; lui opposer un discours clair et uni. Elles se divisaient d&#233;j&#224; sur la question de la la&#239;cit&#233; lors de l'affaire du foulard et la loi l'interdisant &#224; l'&#233;cole en 2004. Qu'en est-il aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, &#224; cette &#233;poque d&#233;j&#224;, de fa&#231;on tr&#232;s intelligente, l'extr&#234;me droite et le pouvoir en place avaient agit&#233; la question du voile pour produire du clivage dans la soci&#233;t&#233;, en r&#233;activant le vieux combat entre d&#233;fense de la la&#239;cit&#233; et religion, y compris &#224; gauche. Dans nos cadres syndicaux et politiques, on parlait encore peu d'islamophobie et certains niaient m&#234;me son existence. Au mieux, la question &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme secondaire par rapport &#224; la lutte des classes. De m&#234;me, il &#233;tait difficile de parler de violences polici&#232;res syst&#233;miques dans les quartiers populaires : on nous disait qu'on exag&#233;rait.
Aujourd'hui, c'est diff&#233;rent. Ces attaques, que l'&#201;tat r&#233;servait aux personnes racis&#233;es, se sont &#233;largies &#224; d'autres cat&#233;gories sociales. Les violences polici&#232;res se sont exerc&#233;es sur les Gilets jaunes, sur les manifestants contre la r&#233;forme des retraites, sur les mouvements &#233;colos. Les &#8220;menaces &#224; notre civilisation, notre culture, notre mod&#232;le social&#8221; sont maintenant aussi attribu&#233;es aux &#8220;wokistes&#8221;. Des leaders politiques et syndicaux qui prennent position pour la Palestine sont tax&#233;s d'antis&#233;mites. Cette g&#233;n&#233;ralisation de la r&#233;pression, qui touche d&#233;sormais aussi la gauche, a permis une prise de conscience chez les militants &#8220;blancs&#8221; : il existe aujourd'hui un terrain commun pour en d&#233;battre. On a fait un grand pas en avant.
Mais nous ne sommes qu'&#224; mi-chemin. Le racisme et l'islamophobie sont encore consid&#233;r&#233;s comme des questions soci&#233;tales, li&#233;es aux individus, d&#233;corr&#233;l&#233;es de la lutte des classes, qui reste la priorit&#233; des militants de gauche. Comme s'il y avait la lutte des classes d'un c&#244;t&#233;, et les luttes contre les oppressions sp&#233;cifiques de l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au contraire, vous dites que les oppressions sp&#233;cifiques, comme le racisme ou le sexisme, structurent et hi&#233;rarchisent les travailleurs entre eux et qu'elles ne peuvent pas &#234;tre &#233;cart&#233;es de l'analyse de classe&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La classe ouvri&#232;re est quasiment une &#8220;classe immigr&#233;e&#8221; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, malgr&#233; un certain nombre de pr&#233;cautions orales, de nombreux militants partent du postulat que la classe ouvri&#232;re est &#8220;homog&#232;ne&#8221;. Ce faisant, ils produisent des discours politiques hors-sol, abstraits pour toute une partie des gens qui vivent le racisme dans leur vie et au travail, o&#249; leur origine suppos&#233;e les assigne &#224; des postes moins reconnus, moins bien pay&#233;s. Si les cadres de lutte de gauche sous-estiment cette surexploitation, pourquoi voudriez-vous qu'ils les rejoignent ?
Pour f&#233;d&#233;rer notre classe, il faut comprendre les dynamiques qui la traversent. Et l'&#8220;ethnicisation&#8221; de la soci&#233;t&#233;, qui hi&#233;rarchise les travailleurs entre eux, en fait partie. L'unit&#233; de la classe ouvri&#232;re, toutes tendances confondues, toutes origines et confessions confondues, n'est pas un point de d&#233;part. C'est un objectif. Il faut que la gauche arr&#234;te de se m&#233;fier des mouvements qui d&#233;noncent ces oppressions sp&#233;cifiques, de les voir comme concurrentiels et dangereux pour l'unit&#233; de notre camp. Au contraire, elle doit aller vers eux. Pour comprendre le racisme en France, il faut poser la question de la place des populations issues de l'immigration &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une table ronde &#224; laquelle vous avez particip&#233; &#171; L'antiracisme politique et la classe &#187;, vous dites que &#171; &lt;i&gt;pour comprendre la classe, il faut passer par la race&lt;/i&gt; &#187;. Quelle est cette analyse, notamment d&#233;fendue par certains mouvements dits &#171; d&#233;coloniaux &#187;, que les militants de gauche peinent &#224; comprendre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De mani&#232;re provocante, je dirais que la classe ouvri&#232;re est quasiment une &#8220;classe immigr&#233;e&#8221;. Il faut comprendre comment le capitalisme se met en place et selon quelle logique. La loi de la concurrence le pousse &#224; s'&#233;tendre constamment pour conqu&#233;rir de nouveaux march&#233;s, et rester comp&#233;titif. Le colonialisme est ainsi &lt;i&gt;consubstantiel&lt;/i&gt; au capitalisme industriel, parce qu'il lui permet de s'exercer sur de nouveaux territoires et d'en extraire les capitaux n&#233;cessaires. Pour s'imposer, le mode de production capitaliste doit remplacer les modes de subsistance communautaire qui y existent (famille, village, tribu&#8230;) Il ne s'agit pas seulement de remplacer un mode de production &#233;conomique par un autre. Pour les d&#233;truire, le capitalisme doit n&#233;cessairement s'attaquer aux &#8220;modes d'&#234;tre communautaires&#8221;, aux liens de solidarit&#233; entre les individus, aux cultures populaires, aux traditions r&#233;gionales, au rapport &#224; la terre, &#224; quelque chose qui est de l'ordre de l'intime, jusque dans leur psych&#233; (ainsi que l'analysait Franz Fanon). Il doit &lt;i&gt;d&#233;raciner&lt;/i&gt; l'individu, jusqu'&#224; cr&#233;er une impossibilit&#233; de vivre au pays, qui se traduit notamment par l'&#233;migration. Le co&#251;t est &#233;norme. Le plus visible et le plus important est celui mis en &#233;vidence par les peuples colonis&#233;s qui ont montr&#233; l'ampleur de l'horreur coloniale.
Mais ce qu'il faut &#233;galement voir, c'est que ce v&#233;ritable &#8220;rouleau compresseur id&#233;ologique&#8221;, les &#201;tats imp&#233;rialistes l'ont d'abord exerc&#233; &#224; l'int&#233;rieur de leurs propres fronti&#232;res nationales. L'&#201;tat trace les fronti&#232;res des d&#233;partements en scindant les bassins de vie (comme seront ensuite trac&#233;es les fronti&#232;res des colonies africaines), ou diabolise les traditions et les langues maternelles r&#233;gionales en les pr&#233;sentant comme &#8220;contraire &#224; l'unit&#233; nationale&#8221;. Les Bretons devaient &#8220;s'int&#233;grer&#8221; comme plus tard ont d&#251; l'&#234;tre les Alg&#233;riens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce rouleau compresseur &#233;tait-il n&#233;cessaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r. Chaque fois que le capitalisme commence &#224; imposer son mode d'exploitation des travailleurs, il fait face &#224; des r&#233;sistances. Et particuli&#232;rement en France, o&#249; la radicalit&#233; du mouvement ouvrier commence tr&#232;s t&#244;t, et o&#249; les r&#233;volutions sont fr&#233;quentes : celle de 1789, de 1830, de 1848, la Commune de Paris en 1871, le Front populaire de 1936, Mai 68&#8230; La bourgeoisie &#233;merge en ayant imm&#233;diatement peur des conflits de classe. Pour casser ces solidarit&#233;s traditionnelles et r&#233;gionales entre les travailleurs, elle va cr&#233;er un imaginaire concurrent, celui de la &#8220;nation&#8221;, comme seul espace d'appartenance et de solidarit&#233; l&#233;gitime. Pire, la nation devient une sorte d'int&#233;r&#234;t commun entre la bourgeoisie et les travailleurs, qui d&#233;passerait les classes sociales, et justifierait d'&#233;touffer les r&#233;voltes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le colonialisme &#173;universalise le capitalisme, et avec lui les hi&#233;rarchies raciales &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais cette campagne id&#233;ologique va aussi permettre de diviser les travailleurs en les hi&#233;rarchisant selon leur degr&#233; d'int&#233;gration &#224; cette nation. Ainsi, la bourgeoisie va cr&#233;er plusieurs march&#233;s du travail, o&#249; les derniers arriv&#233;s, au pr&#233;texte qu'ils ne sont pas assez &#8220;int&#233;gr&#233;s&#8221;, sont assign&#233;s &#224; des postes de surexploitation. C'est ce qu'ont d'abord v&#233;cu les Bretons et les Auvergnats, puis les Portugais, les Espagnols et les Italiens, et c'est ce que vivent aujourd'hui les Maghr&#233;bins ou les Africains subsahariens. Cette &#8220;ethnicisation&#8221; de la classe ouvri&#232;re permet ainsi &#224; la bourgeoisie de distribuer des miettes aux travailleurs ainsi &#8220;nationalis&#233;s&#8221;, et de justifier la surexploitation des autres.
Tr&#232;s t&#244;t, la race devient donc un &lt;i&gt;mode de gestion de la classe&lt;/i&gt;, pour &#233;viter son unit&#233;. Et ce que la France a fait sur son territoire, elle l'a reproduit dans ses colonies. La premi&#232;re fonction du colonialisme, c'&#233;tait d'universaliser les rapports capitalistes, et avec eux les hi&#233;rarchies raciales. L'imaginaire colonial qui va se mettre en place pour assigner l'indig&#232;ne &#224; des situations de non-droit sera ensuite recycl&#233;, dans les ann&#233;es 1960, pour justifier la surexploitation des travailleurs issus de l'immigration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi la gauche rechigne-t-elle &#224; int&#233;grer cette ethnicisation &#224; son analyse de lutte de classes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un sujet qui me travaille depuis 50 ans&#8230; La conclusion &#224; laquelle j'en suis arriv&#233;, c'est que si la gauche entretient encore aujourd'hui cette conception homog&#232;ne &#8211; et erron&#233;e &#8211; de la classe ouvri&#232;re, c'est qu'elle s'est construite en reproduisant l'essentialisation bourgeoise de la &#8220;nation&#8221;, mais pour fa&#231;onner sa propre classe. Ce faisant, la gauche homog&#233;n&#233;ise la classe ouvri&#232;re. Ce qui l'am&#232;ne &#224; fermer les yeux sur toutes les contradictions internes qui s'y exercent, et la hi&#233;rarchise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il y a aussi une v&#233;ritable trahison de la gauche vis-&#224;-vis des travailleurs immigr&#233;s. Comme en 1981 lorsque George Marchais, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PCF d&#233;clarait qu'il fallait &#171; &lt;i&gt;stopper l'immigration officielle et clandestine&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; 30 % des classes populaires sont issues des immigrations coloniales : il faut un minimum d'organisation commune &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; En r&#233;alit&#233;, le d&#233;bat est ant&#233;rieur &#224; Georges Marchais. De 1921 &#224; 1936, le monde ouvrier se divise en deux camps, notamment sur la question migratoire. D'un c&#244;t&#233;, la CGT et la SFIO revendiquent la protection des travailleurs fran&#231;ais et la fermeture des fronti&#232;res. De l'autre, la CGTU et le PCF d&#233;fendent l'&#233;galit&#233; des droits de tous les travailleurs et la libre circulation. &#192; cette p&#233;riode donc, des g&#233;n&#233;rations d'immigr&#233;s ont vu qu'elles avaient leur place &#224; prendre dans ces organisations dissidentes. Mais en 1981, ce discours de Marchais acte la rupture du PCF avec ces positions que son parti avait pourtant d&#233;fendues.
Cet abandon de la position internationaliste conduit petit &#224; petit &#224; une distanciation entre travailleurs immigr&#233;s et mouvement ouvrier. C'est comme cela que se cr&#233;ent les premi&#232;res organisations autonomes, comme le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) en 1972, qui revendique son ancrage dans la classe ouvri&#232;re, mais aussi son oppression sp&#233;cifique. En 1973, il appelle par exemple &#224; une &#8220;&lt;i&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des travailleurs arabes&lt;/i&gt;&#8221; dans les usines pour protester contre une vague d'agressions racistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La situation s'aggrave encore dans la d&#233;cennie 1980, avec par exemple la gr&#232;ve de l'usine automobile Talbot de Poissy en 1983, o&#249; le patronat, les m&#233;dias et le gouvernement socialiste vont d&#233;velopper un discours racialisant des ouvriers en gr&#232;ve&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Exactement. &#192; cette &#233;poque, le patronat veut restructurer et licencier en masse dans le secteur de l'automobile, o&#249; la main-d'&#339;uvre est majoritairement issue de l'immigration. Il y a des gr&#232;ves, soutenues notamment par des militants de gauche de la Marche pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme de 1983. Mais ces derniers se prennent des gros coups de pression du parti socialiste au pouvoir qui les accuse de trahison, pendant que le PCF et la CGT les ignorent. Parall&#232;lement se d&#233;veloppe tout un discours politico-m&#233;diatique, dont le fameux discours du Premier ministre Pierre Mauroy sur &#8220;&lt;i&gt;ces migrants [&#8230;] agit&#233;s par des groupes religieux et politiques qui manipulent la gr&#232;ve&lt;/i&gt;&#8221;. Ou en 1984, quand son successeur Laurent Fabius estime que l'extr&#234;me droite &#8220;&lt;i&gt;donne de mauvaises r&#233;ponses &#224; de bonnes questions&lt;/i&gt;&#8221;. Comme si le racisme venait d'en bas, spontan&#233;ment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'abandon par la gauche des travailleurs immigr&#233;s a fini par les &#233;loigner de ses cadres de lutte et a donn&#233; naissance &#224; de nouveaux mouvements autonomes, comme les d&#233;coloniaux. Que d&#233;fendent-ils ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;coloniaux regroupent de nombreuses tendances. Mais il est vrai qu'une bonne partie d'entre elles a d&#233;velopp&#233; une allergie &#224; poser la question de la classe, lui pr&#233;f&#233;rant l'analyse d'une structuration de la soci&#233;t&#233; selon la race. J'&#233;tais de ceux qui militaient pour toujours lier l'analyse de la racialisation &#224; celle de la classe. Parce que si vous ne la reliez pas &#224; la logique &#233;conomique dominante, vous risquez d'avoir un d&#233;bat affreux, fond&#233; sur les oppositions raciales entre les Noirs et les Blancs, &#224; tendance lib&#233;rale. Il y a donc des &#8220;d&#233;coloniaux lib&#233;raux&#8221; et d'autres qui ne le sont pas.
Aujourd'hui, chez les d&#233;coloniaux, la notion de classe progresse, de la m&#234;me mani&#232;re qu'&#224; gauche, la notion de race est de plus en plus d&#233;battue et int&#233;gr&#233;e aux r&#233;flexions. La tendance est au rapprochement, m&#234;me s'il ne faut pas id&#233;aliser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En rejetant la notion d'universalisme, largement d&#233;voy&#233;e par la bourgeoisie, les d&#233;coloniaux rejettent-ils &#233;galement celle d'internationalisme ouvrier, tr&#232;s implant&#233;e dans les milieux de gauche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Universalisme et internationalisme sont absolument &#224; restaurer si l'on veut imaginer une organisation commune de notre camp. Mais d'abord, il nous faut d&#233;noncer l'utilisation de la notion d'&#8220;&lt;i&gt;universalisme&lt;/i&gt;&#8221; par la bourgeoisie qui s'en est servi pour justifier sa fameuse &#8220;&lt;i&gt;mission civilisatrice&lt;/i&gt;&#8221; coloniale et le principe d'&#8220;&lt;i&gt;assimilation culturelle&lt;/i&gt;&#8221; qui va avec. Comme si d&#233;fendre l'universalisme, c'&#233;tait d&#233;fendre une homog&#233;n&#233;isation des cultures et des religions, une standardisation ch&#232;re au capitalisme. Pour Aim&#233; C&#233;saire, cet universalisme imp&#233;rialiste est &#224; opposer &#224; l'universalisme prol&#233;tarien, riche de toutes ses particularit&#233;s culturelles, et qui se concentre sur les int&#233;r&#234;ts communs &#224; tous les peuples. Il nous faut nous r&#233;approprier collectivement cet h&#233;ritage marxiste. Et sa traduction sur le champ politique international, qui est l'internationalisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette r&#233;unification des travailleurs vous semble-t-elle possible aujourd'hui ? Dans quels cadres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les diff&#233;rentes fractions de la classe ouvri&#232;re sont in&#233;vitablement li&#233;es : il n'y aura pas d'abolition r&#233;elle des syst&#232;mes de domination dans ce pays s'il n'y a pas un minimum d'organisation commune. Selon les chiffres de l'Insee, j'estime que 30 % des classes populaires (ouvriers, employ&#233;s, etc.) sont issues des immigrations coloniales. Ils ne peuvent pas l'emporter sans la classe ouvri&#232;re blanche, et inversement.
Il ne suffit pas cependant de d&#233;cr&#233;ter que d&#233;sormais, nos organisations politiques sont repr&#233;sentatives de tous les int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques de notre classe, pour qu'elles le soient. Lorsque nous aurons une r&#233;elle diversit&#233; de profils &#224; leurs t&#234;tes, alors les conditions seront peut-&#234;tre r&#233;unies. En attendant, il nous faut le revendiquer. D&#233;coloniser la soci&#233;t&#233;, mais aussi nos organisations qui, en parlant au nom de la classe ouvri&#232;re, ont fait beaucoup de d&#233;g&#226;ts, et insuffl&#233; trop de d&#233;go&#251;t &#224; toute une partie de la population. Admettre qu'on &#233;volue dans une soci&#233;t&#233; marqu&#233;e par cinq si&#232;cles d'histoire de violence et d'id&#233;ologie raciste qu'on a tous int&#233;rioris&#233;e dans nos imaginaires. Travailler nos comportements, et nous en lib&#233;rer collectivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par In&#232;s Atek et Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;NB : Les positions de Sa&#239;d Bouamama sur Bachar al-Assad ne sont pas partag&#233;es par la r&#233;dac, voir &#171; Le moindre mal pour le pire &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;238 (f&#233;vrier 2025).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volte portuaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, Marseille est ravag&#233;e. &#192; peine lib&#233;r&#233;e, la France s'engage dans la guerre d'Indochine (1945-1954). Alors que l'Empire veut mater la r&#233;bellion d'H&#244; Chi Minh et avec elle ses vell&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance, c'est du port de la cit&#233; phoc&#233;enne que la logistique offensive s'organise. L&#224;, des milliers de dockers se chargent de remplir les bateaux de mat&#233;riel de guerre en partance vers l'Est. Ils sont les principaux t&#233;moins d'une danse macabre : quand les munitions quittent le port, ce sont des cadavres qui reviennent. Une solidarit&#233; spontan&#233;e avec les Vietnamiens na&#238;t de cet effarement. Les premi&#232;res manifestations ont lieu entre 1946 et 1947 sur le Vieux-Port. De l'automne 1949 &#224; l'hiver 1950, les protestations s'intensifient. Les ouvriers du port, encart&#233;s &#224; la CGT et au PCF (majoritaire &#224; l'&#233;poque) se mettent en gr&#232;ve. La flotte de guerre est bloqu&#233;e &#224; quai et lorsqu'elle parvient &#224; partir, c'est avec une cargaison d&#233;fectueuse et des tracts militants &#224; destination de Sa&#239;gon contre la &#8220;sale guerre&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre-expo coloniale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 23 septembre 1931 fut inaugur&#233;e &#224; Paris la contre-exposition anti-imp&#233;rialiste, concoct&#233;e par le PCF, la CGTU et des surr&#233;alistes comme Aragon ou Paul Eluard, en r&#233;action &#224; l'Exposition coloniale internationale &#224; Vincennes, de mai &#224; novembre 1931. L'internationalisme anticolonial est revendiqu&#233;, prenant le contre-pied de la promotion imp&#233;riale. &#192; l'origine de cette campagne de protestation, des militants venus de mouvements de lib&#233;ration nationale et raciale diff&#233;rents : Nguyen Van Tao (communiste vietnamien, membre du comit&#233; central du PCF), Tiemoko Garan Kouyat&#233; (militant au PCF et cofondateur de la Ligue de d&#233;fense de la race n&#232;gre) Abdelkader Hadj Ali (membre du PCF et pr&#233;sident de l'&#201;toile nord-africaine) pour ne citer qu'eux. Si elle ne rencontra pas le succ&#232;s attendu, cette contre-expo a au moins eu le m&#233;rite de pr&#233;senter des photographies et caricatures d&#233;non&#231;ant les conditions de vie des colonis&#233;s. Et pour citer l'historien Alain Ruscio &#224; ce sujet : &#171; &lt;i&gt;L'internationalisme, dans le mouvement ouvrier et d&#233;mocratique fran&#231;ais, ne fut jamais, au grand jamais un acquis, mais un combat permanent, toujours renouvel&#233;, une greffe en &#233;tat de menace de rejet &#224; tout moment.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Ruscio, &#171; Communistes et surr&#233;alistes contre la &#171; grande foire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alain Ruscio, &#171; Communistes et surr&#233;alistes contre la &#171; grande foire coloniale &#187; de 1931 : convergences et initiatives s&#233;par&#233;es &#187;, &lt;i&gt;Cahiers d'histoire, Revue d'histoire critique&lt;/i&gt;, n&#176; 159 (2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
