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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Marseille : chasser les vautours de la ville</title>
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		<dc:date>2024-04-04T09:56:34Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Victor Collet</dc:creator>


		<dc:subject>Arthur Plateau</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec Du taudis au Airbnb, l'ami Victor Collet signe un ouvrage qui retrace cinq ann&#233;es de luttes marseillaises contre le mal-logement et la d&#233;possession urbaine. Entre gabegies municipales menant au drame de la rue d'Aubagne et envahissement par une multinationale am&#233;ricaine tentaculaire, il pointe les poisons qui min&#233;ralisent nos villes, esquissant des pistes pour s'y opposer. Morceaux choisis. Vivre dans l'hypercentre de Marseille, c'est mouvement&#233;. Surtout ces derni&#232;res ann&#233;es. Le 5 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no229-avril-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;229 (avril 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Arthur-Plateau" rel="tag"&gt;Arthur Plateau&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Du taudis au Airbnb&lt;/i&gt;, l'ami Victor Collet signe un ouvrage qui retrace cinq ann&#233;es de luttes marseillaises contre le mal-logement et la d&#233;possession urbaine. Entre gabegies municipales menant au drame de la rue d'Aubagne et envahissement par une multinationale am&#233;ricaine tentaculaire, il pointe les poisons qui min&#233;ralisent nos villes, esquissant des pistes pour s'y opposer. Morceaux choisis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5576 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_229_26_gentri_aplateau_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH418/web_229_26_gentri_aplateau_1200px-6f90f.jpg?1779925293' width='500' height='418' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Arthur Plateau
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;V&lt;/span&gt;ivre dans l'hypercentre de Marseille, c'est mouvement&#233;. Surtout ces derni&#232;res ann&#233;es. Le 5 novembre 2018, alors que l'on &#233;tait occup&#233; &#224; lutter contre la &#171; requalification &#187; (mont&#233;e en gamme) de la place Jean-Jaur&#232;s, dite La Plaine, deux immeubles mitoyens s'&#233;croulaient &#224; deux pas, quartier de Noailles, aux 63 et 65 rue d'Aubagne. Bilan : huit morts, et un traumatisme durable pour une population marseillaise abonn&#233;e aux taudis regorgeant de fissures. S'ensuivirent des manifestations m&#233;morables aux cris de &#171; &lt;i&gt;Gaudin assassin &lt;/i&gt; &#187;, une r&#233;pression terrible et meurtri&#232;re&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Elle causa notamment la mort de Zineb Redouane. Lire &#171; Zineb Redouane, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, une vague confuse de &#171; mises en p&#233;ril &#187; avec des milliers de personnes expuls&#233;es. Puis le confinement, une &#233;lection qui porta au pouvoir le Printemps r&#233;publicain sous la houlette de Mich&#232;le Rubirola, la reprise en main par le PS de Beno&#238;t Payan, la vague Airbnb qui accentua le mal-logement&#8230; Pfiou ! C'est l'un des grands m&#233;rites de&lt;i&gt; Du taudis au Airbnb ; petite histoire des luttes urbaines &#224; Marseille, 2018-2023&lt;/i&gt; (Agone, 2024) : il permet de remettre en contexte ces &#233;v&#233;nements qui se sont enchev&#234;tr&#233;s dans l'urgence, essorant plus d'un militant marseillais, fracturant la ville, malmenant ses habitants les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se voulant &#224; la fois pav&#233; dans la mare et incitation &#224; l'&#233;tincelle, &lt;i&gt;Du Taudis au Airbnb &lt;/i&gt;est aussi une histoire orale, vivante et pugnace, o&#249; d&#233;log&#233;s, militants et habitants&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de longue date t&#233;moignent des soubresauts de la p&#233;riode. Quand les requins de l'immobilier profitent des traumas pour faire de la &#171; renta &#187;, d'autres s'accrochent &#224; l'id&#233;e d'une ville qui ne soit pas un d&#233;sert urbain pour touristes et f&#234;tards en goguette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extrait ci-dessous ne livre qu'une facette du livre, abord&#233;e en fin d'ouvrage, le d&#233;ferlement d'Airbnb sur Marseille et les premi&#232;res luttes que cela a suscit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Paradis du pari sp&#233;culatif &lt;/i&gt; &#187;, s'enflammait sur les r&#233;seaux un multipropri&#233;taire accro au Airbnb. C'est heureusement pas encore gagn&#233;. Morceaux choisis.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par E.B&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; L'&#233;lection n'est souvent que l'&#233;cume politique de vagues sociales plus profondes. Pour cruciale que soit l'arriv&#233;e du Printemps marseillais &#224; la t&#234;te de la deuxi&#232;me ville de France [fin juin 2020], et si bouleversante que soit la fin de l'&#232;re Gaudin, la mairie semble vite r&#233;duite &#224; la portion congrue devant une acc&#233;l&#233;ration sans pr&#233;c&#233;dent. Dans la ville effondr&#233;e, l'explosion du march&#233; de la location saisonni&#232;re est un revirement brutal. La possibilit&#233; d'enregistrer des taux de rentabilit&#233; astronomiques compar&#233;s &#224; ceux de la location ordinaire, dite &#8220;de longue dur&#233;e&#8221;, fa&#231;onne la airbnbisation d'une partie de Marseille. Dans l'apr&#232;s-Gaudin, alors que les loyers s'affolent, la perspective d'une vie s&#233;dentaire et d'une certaine tranquillit&#233; s'&#233;loigne. Entre 2016 et 2022, le march&#233; locatif change radicalement. Quelques semaines apr&#232;s la victoire municipale, la sortie du confinement consomme ce basculement. Le nombre de touristes pass&#233;s &#224; Marseille d&#233;passe les 3 millions, avec un taux d'occupation record. Certaines agences immobili&#232;res alertent d&#233;j&#224; sur la brutale contraction de logements disponibles, pass&#233;s de 13 000 en 2016 &#224; moins de 3 000 en 2020. Sans que soit fait un parall&#232;le pourtant &#233;vident : on comptait 4 500 annonces sur Airbnb en 2016, d&#233;j&#224; plus de 9 000 cet &#233;t&#233;-l&#224;&#8230;
La transition transforme le centre-ville, de l'int&#233;rieur cette fois. Plus question ni besoin de &#8220;d&#233;truire-reconstruire&#8221;. La ville-b&#233;ton et Euromed' c&#232;dent place &#224; la ville-taudis, qui voisine d&#233;sormais avec la ville-Airbnb. [&#8230;]
Bien s&#251;r, la conversion du taudis au Airbnb n'est pas l'unique facteur dans la crise du mal-logement qui s'acc&#233;l&#232;re &#224; Marseille. Elle n'est pas la plus d&#233;terminante ou la seule raison de l'implantation forcen&#233;e de la plateforme non plus. Mais la crise des effondrements et du confinement conjugu&#233;s a offert un terreau particuli&#232;rement fertile &#224; une plateforme qui affectionne tant les crises, et qui acc&#233;l&#232;re voire d&#233;multiplie en retour le mal-logement qui en facilitait l'essor. Boucle vertueuse et sp&#233;culatrice pour les uns, boucle maligne et infernale pour les habitants. L'explosion du juteux march&#233; du meubl&#233; et la reconversion de l'insalubrit&#233; lui donnent une saveur toute particuli&#232;re, &#224; la fois am&#232;re et franchement sordide.
Imaginez : des mois, des ann&#233;es durant, tant de Marseillais contemplaient leurs fissures, moisissaient dans l'humidit&#233;, composaient avec une peur panique de l'effondrement ou de l'&#233;vacuation. Et voil&#224; que, pile au moment o&#249; l'&#201;tat et la pr&#233;fecture, les services des p&#233;rils et la municipalit&#233; auscultent enfin l'indignit&#233; et contr&#244;lent certains exc&#232;s&#8230; ce changement profite &#224; d'autres. Dans certains quartiers d&#233;labr&#233;s o&#249; de nombreux locataires rechignaient parfois &#224; s'installer, les cohortes de passagers arpentent d&#233;sormais gaiement le Marseille populaire et immigr&#233;, suppl&#233;ment culturel et exotique pour touristes combl&#233;s.
Loin d'&#234;tre achev&#233;e, l'&#232;re du mal-logement se nourrit de cet antagonisme social et r&#233;sidentiel. Car, en apparaissant en plein boom immobilier, le tourisme de masse, qui colonise les rues de Marseille, participe &#224; faire chuter le nombre de logements disponibles. Finis les bons plans d'hier, se loger et se reloger devient un enfer. Attrayant pour les uns, invivable pour d'autres. Dans un centre o&#249; la mis&#232;re gangr&#232;ne le quotidien, avec un taux de pauvret&#233; touchant 40 % des locataires, l'explosion des prix et la raret&#233; des locations mettent la vie des Marseillais encore un peu plus sous pression. Ces transformations bousculent les sociabilit&#233;s, superposent des &#233;conomies, des r&#233;alit&#233;s et des populations tr&#232;s &#233;loign&#233;es, inqui&#232;tent ou &#233;puisent le voisinage, menacent les solidarit&#233;s. Au milieu des fuites, des d&#233;placements contraints, des files d'attente, certains s'organisent, documentent, affichent, pi&#233;tinent, ralentissent ou r&#233;glementent &#224; leur mani&#232;re le concentr&#233; de contradictions qui s'empare de Marseille. [&#8230;]&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 2021, des [militants] relancent la machine gripp&#233;e en cr&#233;ant un &#8220;Observatoire de la gentrification&#8221;. L'id&#233;e : documenter avec indices, preuves, l'&#233;volution des prix, des sociabilit&#233;s, des commerces, l'explosion des terrasses, la privatisation des espaces. [&#8230;] Les cartes r&#233;v&#233;l&#233;es lors des soir&#233;es de d&#233;bat sur l'implantation des Airbnb choquent m&#234;me les plus habitu&#233;s. R&#233;alis&#233;es &#224; partir de captures des donn&#233;es de la plateforme, elles bousculent les repr&#233;sentations tant l'invasion est tangible sur un p&#233;rim&#232;tre pourtant tr&#232;s restreint. [&#8230;]
Le pic de l'&#233;t&#233; 2022 et la fr&#233;n&#233;sie touristique &#224; La Plaine mettent d'ailleurs un terme &#224; la sid&#233;ration. Les perturbations de bo&#238;tiers &#224; cl&#233;s se multiplient. Devenus les symboles les plus ostensibles de la d&#233;r&#233;gulation (sans le moindre interm&#233;diaire), ils sont aussi les &#8220;membres&#8221; les plus accessibles d'une hydre qui se tient &#224; distance et cach&#233;e. Repeints, ab&#238;m&#233;s, coll&#233;s, d&#233;grad&#233;s, d&#233;cor&#233;s, vol&#233;s ou mis hors service, ils font les frais de l'exasp&#233;ration des habitants. [&#8230;]
D&#232;s la rentr&#233;e, une coordination des actions anti-gentrification (CAAG) est cr&#233;&#233;e, qui prend acte que le logement et les prix inabordables sont devenus un enfer partag&#233;. Deux fronts prioritaires occupent vite le regroupement : la depuis longtemps d&#233;cri&#233;e gentrification, ses sympt&#244;mes les plus visibles de privatisation des espaces et de transformation des quartiers ; la airbnbisation, qui d&#233;cuple la premi&#232;re en d&#233;truisant m&#233;thodiquement un nombre consid&#233;rable de logements pour les habitants et en faisant exploser les prix. [&#8230;]
Des d&#233;ambulations en centre-ville rassemblent quelques centaines puis pr&#232;s d'un millier de personnes. Ces charivaris reprennent les traditionnelles descentes bruyantes sous les fen&#234;tres de voisins pour les remettre &#224; leur place ou les chasser de la communaut&#233;. D&#233;guis&#233;s en touristes, munis de valises &#224; roulettes, les charivaristes rendent visibles le long des parcours les vitrines de la gentrification et de la airbnbisation. De fa&#231;on festive, bruyante ou mena&#231;ante, la d&#233;ambulation chante, s'arr&#234;te, cible des enseignes du bas de la rue d'Aubagne, les concept stores du cours Julien, repeignent la conciergerie Airbnb du cours Lieutaud, passent un bonjour inamical ou peintur&#233; aux agences immobili&#232;res adeptes du c&#244;t&#233; &#8220;boh&#232;me&#8221; pour asseoir leur rentabilit&#233;&#8230; &lt;i&gt;(to be continued). &#187; &lt;/i&gt;&#171; Dans la ville effondr&#233;e, l'explosion du march&#233; de la location saisonni&#232;re est un revirement brutal &#187; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Victor Collet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;. Elle causa notamment la mort de Zineb Redouane. Lire &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Zineb Redouane, notre d(r)ame &#187;,&lt;/a&gt; &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176;176 (mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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