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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Nous avons trouv&#233; dans le th&#233;&#226;tre un rem&#232;de puissant &#187;</title>
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		<dc:date>2024-04-26T07:00:39Z</dc:date>
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		<dc:creator>Angarika G.</dc:creator>


		<dc:subject>Camille Jacquelot </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Partie rencontrer des femmes victimes de violences pour tourner un documentaire, Angarika G. a bifurqu&#233; et d&#233;cid&#233; de monter une troupe de th&#233;&#226;tre avec elles. R&#233;cit d'une exp&#233;rience transformatrice qui les m&#232;ne aux quatre coins du pays. Maraa signifie &#171; arbre &#187; en langue kannada. C'est aussi le nom d'un collectif d'artistes n&#233; en 2008 &#224; Bangalore, au sud de l'Inde, dans l'intention de diffuser les pratiques qui ont lieu dans les &#171; marges &#187;. Depuis 15 ans, ils et elles ont particip&#233; &#8211; avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no229-avril-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;229 (avril 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Camille-Jacquelot" rel="tag"&gt;Camille Jacquelot &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Partie rencontrer des femmes victimes de violences pour tourner un documentaire, Angarika G. a bifurqu&#233; et d&#233;cid&#233; de monter une troupe de th&#233;&#226;tre avec elles. R&#233;cit d'une exp&#233;rience transformatrice qui les m&#232;ne aux quatre coins du pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5573 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_229_inde_22_theatre_camillejacquelot_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH350/web_229_inde_22_theatre_camillejacquelot_1200px-2eb74.jpg?1779633933' width='500' height='350' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Camille Jacquelot
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;araa signifie &#171; arbre &#187; en langue kannada. C'est aussi le nom d'un collectif d'artistes n&#233; en 2008 &#224; Bangalore, au sud de l'Inde, dans l'intention de diffuser les pratiques qui ont lieu dans les &#171; marges &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus d'informations sur le site du collectif : maraa.in.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Depuis 15 ans, ils et elles ont particip&#233; &#8211; avec peu de moyens &#8211; &#224; la fondation des dix premi&#232;res radios communautaires du pays, form&#233; des femmes au journalisme, propos&#233; des formations et de l'accompagnement &#224; la cr&#233;ation, produit des films sur les questions de travail et de migration, &#233;crit sur les sexualit&#233;s, la censure des m&#233;dias et les litt&#233;ratures minoris&#233;es.
Autogestion, salaire identique pour tout le monde, d&#233;cisions au consensus : voil&#224; comment ce petit groupe de personnes d&#233;termin&#233;es propose un regard radical et po&#233;tique sur le monde. Angarika, travailleuse inclassable et f&#233;ministe, a rejoint le collectif Maraa il y a quelques ann&#233;es. Elle nous raconte la fondation d'une troupe avec des femmes victimes de violences sexuelles : le Freeda Theatre. Verbatim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout a commenc&#233; quand je suis partie tourner un documentaire sur les exp&#233;riences de femmes victimes de violences sexuelles et de caste*, avec une autre membre du collectif Maraa. C'&#233;tait en 2018, au Madya Pradesh, un &#201;tat du centre du pays. Nous les avons &#233;cout&#233;es raconter leurs combats face aux discriminations et &#224; l'indiff&#233;rence du syst&#232;me juridique, face &#224; l'humiliation et &#224; l'isolement au sein de leurs familles. &#192; travers ce film, nous avions pour objectif de faire entendre leurs histoires par la police, les m&#233;dias et divers repr&#233;sentants gouvernementaux. Cela nous obligeait &#224; travailler leurs r&#233;cits sous la forme de t&#233;moignages clairs et pr&#233;cis, &#224; rendre la r&#233;alit&#233; bien lisse. Une question a surgi : que faire du reste ? De ce qui est si difficile &#224; exprimer et que nous sentions si fort, pourtant, lorsque nous rencontrions ces femmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Bangalore, nous avons d&#233;cid&#233; de nous mettre au th&#233;&#226;tre et c'est le metteur en sc&#232;ne Anish Victor&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anish Victor est l'ex-directeur des programmes de formation &#224; la India (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; qui nous a form&#233;es. Il nous a propos&#233; de placer nos corps au centre de notre exploration. Comment est-il t&#233;moin ? Comment stocke-t-il la m&#233;moire ? Le processus de cr&#233;ation th&#233;&#226;trale a &#233;t&#233;, pour nous, une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Lors des repr&#233;sentations, la fronti&#232;re avec les spectatrices s'est estomp&#233;e. On avait l'impression qu'elles respiraient avec nous&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Nous avons cr&#233;&#233; un spectacle, &lt;i&gt;Chu Kar Dekho&lt;/i&gt;, bas&#233; sur les t&#233;moignages que nous avions r&#233;colt&#233;s, mais aussi sur nos propres exp&#233;riences de la violence sexiste. En 2021, nous avons jou&#233; cette pi&#232;ce devant les femmes qui nous avaient confi&#233; leurs histoires quelques ann&#233;es auparavant. Lors des repr&#233;sentations, la fronti&#232;re avec les spectatrices s'est estomp&#233;e. On avait l'impression qu'elles respiraient avec nous. Nous leur avons demand&#233; si elles aimeraient faire du th&#233;&#226;tre et c'est ainsi que l'aventure a commenc&#233;. Avec cinq d'entre elles, &#226;g&#233;es de 21 &#224; 40 ans, nous avons construit un spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons cr&#233;&#233; des sc&#232;nes autour du travail des femmes : au travail, &#224; la maison, pendant la grossesse. Nous avons explor&#233; des d&#233;sirs consid&#233;r&#233;s comme tabous au sein de notre soci&#233;t&#233; patriarcale : &#234;tre belle, &#233;tudier, vivre seule, tomber amoureuse. Nous avons aussi pass&#233; beaucoup de temps &#224; discuter autour de questions comme : la superstition est-elle une r&#233;alit&#233; ? Qu'est-ce qui d&#233;termine la valeur d'une femme ? Sa caste, son travail, ou le simple fait d'&#234;tre elle-m&#234;me ? Que signifie la libert&#233; pour une femme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;Si je mets du rouge &#224; l&#232;vres, ou si je mets un nouveau sari, ma famille me dit : pourquoi tu te fais si belle ? As-tu oubli&#233; ce qui t'est arriv&#233; ?&lt;/i&gt;&#8221; raconte l'une des membres du Freeda Theatre, r&#233;v&#233;lant les dimensions morales qui infusent dans le quotidien et prolongent l'agression. Ainsi circule l'id&#233;e que si une femme a v&#233;cu des violences sexuelles, elle ne ressentira plus de d&#233;sir ou bien que marier rapidement une victime est un moyen de regagner son &#8220;honneur perdu&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, les femmes &#233;taient certaines qu'elles ne voulaient pas &#234;tre identifi&#233;es uniquement comme des survivantes, victimes d'&#233;v&#232;nements traumatiques. Aussi, la jeune g&#233;n&#233;ration plaidait pour la libert&#233;, l'&#233;mancipation, l'affranchissement de la tradition, tandis que les plus &#226;g&#233;es se tenaient fermement &#224; l'autre extr&#233;mit&#233; de la ligne. Cependant, nous constations que les discriminations subies de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration avaient laiss&#233; des traces enfouies dans les corps des participantes, appartenant toutes les cinq &#224; des castes inf&#233;rieures. Durant l'atelier, ces traces se sont r&#233;v&#233;l&#233;es, et elles ont trouv&#233; une sorte d'appartenance &#224; un corps collectif interg&#233;n&#233;rationnel. En tant que coordinatrices issues de classes et de castes plus privil&#233;gi&#233;es, n'ayant pas v&#233;cu de telles violences, nous &#233;tions confront&#233;es &#224; des questions difficiles. Le processus n'est-il pas en train d'amener les personnes &#224; revivre leurs traumatismes ? Nos positions sociales nous autorisent-elles &#224; les &#8220;diriger&#8221; ? Apr&#232;s une r&#233;p&#233;tition difficile, nous avons d&#233;cid&#233; de poser ces questions au groupe. &#8220;&lt;i&gt;Parfois, lorsque nous jouons cette sc&#232;ne particuli&#232;re, je revis ce moment pr&#233;cis. Ma t&#234;te devient lourde. C'est difficile. Mais alors je me souviens que je ne suis pas seule. Je sens les autres sur sc&#232;ne avec moi. Et cela me donne le courage d'avancer&lt;/i&gt;&#8221;, nous dira une des femmes de la troupe. Nous avons trouv&#233; dans le th&#233;&#226;tre un rem&#232;de puissant. &#8220;&lt;i&gt;Avant, lorsque le souvenir de ce qui s'&#233;tait pass&#233; me revenait, je restais bloqu&#233;e. J'avais l'impression de me noyer. Mais travailler sur le spectacle m'a ouvert une porte de sortie. Quelque part, je me sens enfin lib&#233;r&#233;e de ma propre histoire&lt;/i&gt;&#8221;, raconte l'une des com&#233;diennes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Lentement et doucement, nous avons d&#233;couvert la possibilit&#233; d'un &#8220;toucher&#8221; qui ne soit ni sexualis&#233; ni mena&#231;ant&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Travailler en partant du corps est un travail de longue haleine. Les femmes ont pass&#233; plusieurs mois &#224; se remettre sur pied et rassembler leurs forces. L'une des participantes, par exemple, ne pouvait pas regarder son interlocuteur dans les yeux. Plus tard, elle a racont&#233; comment son p&#232;re lui avait toujours appris &#224; baisser les yeux, car c'est ce qu'on attend de sa caste inf&#233;rieure. Lentement et doucement, nous avons d&#233;couvert la possibilit&#233; d'un &#8220;toucher&#8221; qui ne soit ni sexualis&#233; ni mena&#231;ant. Le spectacle est devenu un espace o&#249; nous pouvons revendiquer notre dignit&#233;. Un lieu o&#249; nous pouvons chuchoter et nous confier ; &#234;tre une femme qui s'enfuit avec son amant d'une autre caste ; qui mange &#224; sa faim ; ou bien qui prend son temps pour se pr&#233;parer avant de sortir. Le th&#233;&#226;tre n'est pas seulement l&#224; pour d&#233;clarer ce qui ne va pas, mais aussi pour sugg&#233;rer : &#8220;et si ?&#8221;, &#8220;et pourquoi pas ?&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons intitul&#233; notre pi&#232;ce &lt;i&gt;Nazar Ke Samne&lt;/i&gt;, (Devant vos yeux). Nous sommes contact&#233;es par des organisations &#224; travers le pays, qui nous invitent &#224; jouer. C'est parfois difficile de quitter le foyer : certaines racontent que leurs maris se retrouvent forc&#233;s &#224; s'occuper d'eux-m&#234;mes, le temps de la tourn&#233;e ! Le spectacle, gratuit, se termine par un tour de chapeau qui permet &#224; la troupe de se d&#233;placer pour de nouvelles dates. Aujourd'hui, alors que le Freeda Theatre parcourt l'Inde rurale et des quartiers populaires pour jouer son spectacle, dans des maisons, des th&#233;&#226;tres, des salles des f&#234;tes, les performeuses rencontrent d'autres femmes qui leur ressemblent. La discussion s'engage &#224; la fin des repr&#233;sentations. &#8220;&lt;i&gt;Il y a quelques ann&#233;es, nous &#233;tions dans le public. Aujourd'hui, nous sommes sur sc&#232;ne. Ce parcours que nous avons fait permet d'aider d'autres femmes&lt;/i&gt;&#8221;. C'est la base du Freeda Theatre, nomm&#233; ainsi, car l'une des femmes voulait que l'id&#233;e de libert&#233; y soit centrale. Une &#233;tincelle qui peut construire un mouvement, &#224; travers le th&#233;&#226;tre et la cr&#233;ation, pour retrouver le pouvoir, en nous-m&#234;mes, de cr&#233;er et d'exprimer. Comme le dit souvent l'une des com&#233;diennes : &#8220;&lt;i&gt;C'est depuis la sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre que nous avons enfin obtenu justice.&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Angarika G.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus d'informations sur le site du collectif : maraa.in.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Anish Victor est l'ex-directeur des programmes de formation &#224; la India Foundation For the Arts. Il a cofond&#233; la troupe de th&#233;&#226;tre Rafiki.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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