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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Hasdeo Arand : ici, m&#234;me les arbres pleurent</title>
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		<dc:date>2024-04-19T10:36:38Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ekta</dc:creator>


		<dc:subject>Marina Margarina</dc:subject>

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&lt;p&gt;Hasdeo Arand, l'une des plus grandes for&#234;ts de l'Inde, est fortement menac&#233;e par un m&#233;gaprojet de mine de charbon. Les habitant&#183;es, d&#233;termin&#233;&#183;es, s'organisent pour faire barrage &#224; ce nouvel &#233;cocide. Ekta, documentariste pr&#233;pare un film sur le sujet. Elle nous ouvre son carnet de notes. &#171; Qu'est-ce qu'on aurait pu faire ? On n'avait pas le droit d'entrer dans la zone. On &#233;tait nass&#233;s par la police. Alors on est rest&#233;s sur place et on a pleur&#233;. On entendait le vrombissement strident de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no229-avril-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;229 (avril 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Une-illustration-de-Marina" rel="tag"&gt;Marina Margarina&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hasdeo Arand, l'une des plus grandes for&#234;ts de l'Inde, est fortement menac&#233;e par un m&#233;gaprojet de mine de charbon. Les habitant&#183;es, d&#233;termin&#233;&#183;es, s'organisent pour faire barrage &#224; ce nouvel &#233;cocide. Ekta, documentariste pr&#233;pare un film sur le sujet. Elle nous ouvre son carnet de notes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_229_inde_19_arbres_margarina_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH595/web_229_inde_19_arbres_margarina_1200px-734b9.jpg?1780104433' width='500' height='595' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Marina Margarina
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Q&lt;/span&gt;u'est-ce qu'on &lt;i&gt;aurait pu faire ? On n'avait pas le droit d'entrer dans la zone. On &#233;tait nass&#233;s par la police. Alors on est rest&#233;s sur place et on a pleur&#233;. On entendait le vrombissement strident de la machine, le son des grands arbres qui tombaient, le tremblement du sol sous nos pieds. On entendait les arbres qui pleuraient, eux aussi&lt;/i&gt; &#187;. Voil&#224; comment les habitant&#183;es de la for&#234;t de Hasdeo Arand me racontent cette terrible matin&#233;e de d&#233;cembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Situ&#233;e au Chhattisgarh, un &#201;tat du centre-est de l'Inde, cette for&#234;t s'&#233;tend sur 170 000 hectares. C'est le plus grand massif forestier du pays, dense et tr&#232;s riche en biodiversit&#233;, abritant des essences d'arbres indig&#232;nes et un vaste habitat pour les &#233;l&#233;phants. Hasdeo Arand, habit&#233;e par 1,8 million &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Lexique-et-carte-de-l-Inde' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d'adivasis*&lt;/a&gt;repr&#233;sentant divers peuples autochtones, abrite aussi 18 gisements de charbon. Elle est devenue un lieu de r&#233;sistance acharn&#233;e de ces peuples contre l'abattage des arbres et l'extraction mini&#232;re depuis sa cession en 2011 au groupe Adani, dirig&#233; par l'oligarque du r&#233;gime, l'un des industriels les plus riches du monde, Gautam Adani.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des arcs face aux jeeps&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut s'imaginer un tel moment. C'est la nuit du 21 d&#233;cembre 2023, les gens dorment. Ils sont subitement r&#233;veill&#233;s par les grondements d'une centaine de jeeps qui freinent devant les maisons, phares braqu&#233;s sur eux. &#171; &lt;i&gt;La police a d&#233;barqu&#233; &#224; 3 h 30 du matin. J'&#233;tais nu, je ne portais m&#234;me pas mes sous-v&#234;tements. Ils m'ont pouss&#233; dans leurs vans&lt;/i&gt;, raconte Shiv Prasad Khusro, l'un des cinq opposants plac&#233;s en garde &#224; vue. &lt;i&gt;Quand ma femme et mes enfants ont pris ma d&#233;fense, ils ont menac&#233; de les embarquer aussi. Quand nous leur avons demand&#233; pourquoi on nous arr&#234;tait, ils nous ont r&#233;pondu qu'on n'avait pas le droit de leur poser de questions.&lt;/i&gt; &#187; La veille, les villageois&#183;es s'&#233;taient rendus comme d'habitude au QG du comit&#233; de lutte Hasdeo Bachao Sangharsh Samiti (HBSS), un espace &#224; ciel ouvert entour&#233; d'arbres, juste &#224; c&#244;t&#233; de la mine. On y trouve un petit abri o&#249; a &#233;t&#233; accroch&#233;e une banderole qui r&#233;sume les revendications des villages que l'extraction du charbon a promis &#224; la disparition. Iels exigent que l'entreprise respecte les d&#233;cisions issues des assembl&#233;es villageoises, &#224; savoir le refus du projet. Voil&#224; deux ans que des habitant&#183;es se retrouvent l&#224; tous les jours en signe de r&#233;sistance et, de 10 heures du matin &#224; 6 heures du soir, s'adonnent &#224; leurs activit&#233;s : tri des feuilles de la for&#234;t, fabrication d'huile, confection de paniers, balais, matelas.
Alors que Shiv Prasad Khusro se fait arr&#234;ter dans son village, entre 50 et 60 personnes s'&#233;lancent vers la for&#234;t munies d'arcs et de fl&#232;ches, et se retrouvent face &#224; une ligne de barrage de centaines de jeeps et d'hommes arm&#233;s. Elles assistent &#224; l'abattage des arbres aux sons des vrombissements sinistres des tron&#231;onneuses. Le jeune Akhilesh raconte : &#171; &lt;i&gt;On avan&#231;ait pour prot&#233;ger un arbre, ils couraient vers le suivant. Ils nous ont arrach&#233; nos arcs et nos fl&#232;ches et les ont d&#233;truits devant nous. Ils ont pris des selfies en posant devant des tas d'&#233;corces mortes. Malgr&#233; nos efforts, nous n'avons pas pu sauver un seul arbre.&lt;/i&gt; &#187; Certaines femmes se sont &#233;vanouies, les jeunes hommes n'ont plus dit un mot. C'est ainsi que l'&#233;vacuation de la zone a commenc&#233;, avec pour objectif le d&#233;marrage de la phase 2 du projet de mine de charbon &#224; ciel ouvert de Parsa East Kanta Basan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la phase 1 du projet a impliqu&#233; l'accaparement de 762 hectares de terres, cette seconde phase pr&#233;voit 138 hectares suppl&#233;mentaires. Sans notification pr&#233;alable, ce 21 d&#233;cembre 2023, 43 hectares ont &#233;t&#233; saisis et pr&#232;s de 150 000 arbres abattus. Pour les organisations qui r&#233;sistent au projet, l'entreprise Adani op&#232;re dans l'ill&#233;galit&#233; : les signatures des autorit&#233;s villageoises, imprim&#233;es sur les documents officiels, obligatoires pour commencer les travaux, seraient fausses. Et deux institutions gouvernementales de protection de l'environnement, le Indian Council of Forestry Research and Education (ICFRE) et le Wildlife Institute of India (WII), ont livr&#233; des rapports s'opposant &#224; l'ouverture de la mine.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les jeunes adivasis r&#234;vent de motos de course&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Soudain, une petite fille tirant un camion en bois court vers moi : &#171; &lt;i&gt;Tata, tata, je veux une maison comme Adani ! Il y aura de l'&#233;lectricit&#233; et de l'eau qui coule d'un robinet. Je veux une maison dans laquelle je n'entendrai pas les machines.&lt;/i&gt; &#187;
L'identit&#233; des adivasis ne se r&#233;sume pas &#224; la caricature qui en est souvent faite d'un peuple na&#239;f, d&#233;peint par les m&#233;dias et les chercheur&#183;ses comme des marionnettes entre les mains des industriels et des politiciens. En r&#233;alit&#233;, dans un pays moderne, n&#233;olib&#233;ral et fasciste, les identit&#233;s adivasies sont multiples : ce sont des gens qui poss&#232;dent des terres, qui veulent instruire leurs enfants, qui veulent du pouvoir politique, qui veulent prot&#233;ger leurs traditions, qui veulent des maisons en ciment, mais qui veulent aussi des smartphones &#224; la mode et prendre l'avion. Ce sont des personnes qui r&#233;fl&#233;chissent et qui ont leurs propres visions de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, certain&#183;es r&#233;sistent &#224; l'entreprise, d'autres non. Cette derni&#232;re met des jeunes de son c&#244;t&#233; en leur donnant de l'argent, un travail avec contrat, en payant leurs &#233;tudes, en les aidant &#224; r&#233;aliser leurs aspirations. Elle rach&#232;te leurs terres c&#233;d&#233;es &#224; vil prix. Beaucoup des jeunes que j'ai rencontr&#233;s ont vite d&#233;pens&#233; cet argent en achetant des motos de course, beaucoup se sont lourdement endett&#233;s, beaucoup sont morts dans des accidents. L'arriv&#233;e soudaine de l'argent de l'entreprise a d&#233;clench&#233; des conduites &#224; risque dans tous les sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenu un &#201;tat &#224; part enti&#232;re en 2000, le Chhattisgarh est embl&#233;matique de la nouvelle Inde &#8211; un &#201;tat moderne, corrompu, patriarcal et en cours d'homog&#233;n&#233;isation religieuse. Le &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Lexique-et-carte-de-l-Inde' class=&#034;spip_in&#034;&gt;BJP*&lt;/a&gt; a r&#233;ussi &#224; se faire aimer des jeunes en les attirant dans des lieux de loisir et de divertissement en passant par la propagande religieuse. Beaucoup d'entre eux se rendent aux soir&#233;es disco &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Lexique-et-carte-de-l-Inde' class=&#034;spip_in&#034;&gt;hindutva*&lt;/a&gt;, aux foires ou aux manifestations culturelles organis&#233;es tout au long de l'ann&#233;e. La culture des peuples autochtones est progressivement aspir&#233;e par les brigades de l'hindutva.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Kete, un village ray&#233; de la carte&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; beaucoup de d&#233;plac&#233;&#183;es lors de mes diff&#233;rents s&#233;jours. Depuis 2016, les 300 habitant&#183;es de l'ancien village de Kete, ras&#233; de la carte pendant la phase 1 du projet minier, ont d&#251; s'installer dans d'autres villages voisins. &#171; &lt;i&gt;Nous avons protest&#233; jusqu'au jour o&#249; un bulldozer est venu et a tout d&#233;truit sous nos yeux&lt;/i&gt;, t&#233;moigne Shiv Prasad Kusro, ancien habitant. &lt;i&gt;J'ai emport&#233; quelques pi&#232;ces de bois pour reconstruire notre maison ici et compos&#233; des chansons sur les &#233;v&#233;nements que nous avons v&#233;cus, pour que mes enfants connaissent leurs origines.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion de Hasdeo est majoritairement habit&#233;e par des Gonds. Pour ce peuple adivasi, les arbres sont sacr&#233;s : on s'en remet &#224; eux pour c&#233;l&#233;brer les naissances, les morts, les r&#233;coltes, les mariages. Le &lt;i&gt;sarna&lt;/i&gt; est un bosquet sacr&#233;, identifi&#233; par le &lt;i&gt;baiga&lt;/i&gt; (pr&#234;tre du village), o&#249; se d&#233;roulent les c&#233;r&#233;monies divinatoires. &#171; &lt;i&gt;Nous ne les avons pas laiss&#233;s abattre notre sarna&lt;/i&gt;, se souvient Phool Baso, un vieil homme de Kete. &lt;i&gt;Nous les avons suivis sans rel&#226;che quand ils sont arriv&#233;s avec leurs gros engins. Mais ils ont tout d&#233;truit sous nos yeux. Nos anc&#234;tres sont tr&#232;s en col&#232;re.&lt;/i&gt; &#187; Tous&#183;tes racontent la douleur d'habiter dans un village inconnu, o&#249; iels travaillent les terres des autres, se sentent comme des &#233;trangers et sont coup&#233;&#183;es de leurs proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son retour de la mine, Jageshwar, 22 ans, se plaint de terribles maux de t&#234;te. Son travail consiste &#224; scier des billots de bois pour qu'ils soient transportables jusqu'&#224; la ville la plus proche. &#171; &lt;i&gt;Toute la journ&#233;e, je reconnais les arbres que je suis en train de scier. Personne chez moi ne sait quel travail je fais. &#192; la mine, les alignements d'arbres vont aussi loin que le vol du corbeau. Tout l'argent de leur vente ira &#224; Adani ! Nous avons travaill&#233; vingt jours sans &#234;tre pay&#233;s. Nous n'y retournerons plus tant que nous n'aurons pas touch&#233; notre salaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je vais d'un village &#224; l'autre, perdue dans mes pens&#233;es, je regarde la for&#234;t. Je sens qu'elle n'oubliera pas. Les arbres se souviennent. Ceux qui sont encore debout se murmurent des paroles de deuil apr&#232;s ce massacre impardonnable. La terre n'oubliera pas ces actes. Elle se soul&#232;vera et produira quelque chose d'inattendu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Ekta&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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