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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>L'autisme n'est pas un crime</title>
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		<dc:date>2024-02-09T12:44:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me F</dc:creator>


		<dc:subject>Nadia Berz</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans ce texte intime et r&#233;volt&#233;, J&#233;r&#244;me F. nous raconte le quotidien de sa fille autiste face &#224; un monde hostile et violent envers les personnes mises en situation de handicap. Ma col&#232;re est devenue quelqu'un. Quelqu'un qui prend de plus en plus de place. Quelqu'un qui ne me quitte plus. On &#233;voque souvent les bienfaits de l'&#233;criture comme exutoire ou th&#233;rapie. Raconter notre parcours n'est que souffrance et col&#232;re. Raconter notre parcours, c'est revivre toutes ces injustices qui &#233;maillent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no-227-fevrier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 227 (f&#233;vrier 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nadia-Berz" rel="tag"&gt;Nadia Berz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans ce texte intime et r&#233;volt&#233;, J&#233;r&#244;me F. nous raconte le quotidien de sa fille autiste face &#224; un monde hostile et violent envers les personnes mises en situation de handicap.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5468 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;152&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_227_25_nberz_autisme_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH664/web_227_25_nberz_autisme_1200px-0b18d.jpg?1780194606' width='500' height='664' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Des fleurs rouges, toutes ensemble, et &#224; c&#244;t&#233; une petite fleur bleue solitaire et pourtant si proche des autres fleurs.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Une illustration de Nadia Berz
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;a col&#232;re est devenue quelqu'un. Quelqu'un qui prend de plus en plus de place. Quelqu'un qui ne me quitte plus. On &#233;voque souvent les bienfaits de l'&#233;criture comme exutoire ou th&#233;rapie. Raconter notre parcours n'est que souffrance et col&#232;re. Raconter notre parcours, c'est revivre toutes ces injustices qui &#233;maillent la vie de notre fille. C'est affronter le cynisme, la brutalit&#233; et l'inhumanit&#233; de ce monde. C'est regarder dans le r&#233;tro et constater ses erreurs, se dire qu'on n'a pas fait les choses comme il faut. C'est vivre avec cette putain de culpabilit&#233; ancr&#233;e en moi &#224; jamais. Alors pourquoi &#233;crire ? J'&#233;cris pour t&#233;moigner de mon amour pour ma fille, lui dire toute mon admiration devant le courage dont elle fait preuve pour affronter tous les obstacles qui se dressent devant elle. Quand je la regarde, ma col&#232;re se dissipe et l&#226;che son &#233;treinte qui me broie de plus en plus. Elle me donne des le&#231;ons d'humanit&#233; et, souvent, &#231;a fait mal de r&#233;aliser &#224; quel point on peut &#234;tre con&#183;ne. Ma fille ne cr&#233;e aucune barri&#232;re entre les gens, elle ne fait que les enlever. Enlever toutes celles qui lui barrent le chemin et que chacun&#183;e empile avec force et conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis papa d'une enfant autiste. Une enfant qui n'a pas les m&#234;mes droits que les autres. Une enfant confront&#233;e &#224; l'ignorance et &#224; la discrimination. Une enfant qui chaque jour, chaque minute, chaque seconde doit se battre contre la connerie humaine. Notre histoire est celle de milliers d'enfants et de familles qui affrontent seules une discrimination institutionnalis&#233;e. Je suis un papa en col&#232;re qui ne baissera jamais les bras. Je suis aussi un papa qui n'a pas oubli&#233; de faire plein de conneries pour se marrer, parce que c'est comme &#231;a que je r&#233;siste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*
Je ne sais pas pourquoi je pense &#224; ce jour&#8230; Ce jour o&#249; ma fille a enfin pu se rendre &#224; une activit&#233; sportive et collective. Avant ce fameux jour, elle avait &#233;t&#233; vir&#233;e de la danse et de l'&#233;cole de cirque parce qu'autiste.
Nous sommes en septembre 2020. Ma fille, une ado de 15 ans, tr&#233;pigne &#224; l'entr&#233;e de la salle. Je suis partag&#233; entre un immense bonheur et une forme d'inqui&#233;tude. Nous n'avons pas l'habitude de &#171; fr&#233;quenter &#187; d'autres personnes. Un repli sur soi non voulu mais qui s'imprime inconsciemment dans nos esprits. Ma fille s'appr&#234;te &#224; assister &#224; son premier cours de Zumba pour ado/adulte. Elle est motiv&#233;e et nullement impressionn&#233;e par les personnes qui s'agglutinent devant la salle.
La prof se pr&#233;sente rapidement et demande aux quelques accompagnant&#183;es de bien vouloir rester &#224; l'ext&#233;rieur. &#199;a gueule dans la salle. La musique est tr&#232;s forte et je me demande &#224; quoi &#231;a sert de gueuler comme &#231;a&#8230; Je me dis que &#231;a doit faire partie du folklore &lt;i&gt;zumbesque&lt;/i&gt;. Discr&#232;tement je rentre dans la salle. Ma fille est tout devant, elle est &#224; fond. Les larmes me montent rapidement et, en l'espace de quelques secondes, ce sont des torrents de larmes qui inondent mes joues. Des larmes de joie de voir ma fille faire une activit&#233; comme tout le monde et avec tout le monde. Elle s'&#233;clate et le regard des autres n'existe plus. Je suis boulevers&#233; et tellement heureux. &#192; la fin du cours, je cherche &#224; communiquer avec la prof pour r&#233;cup&#233;rer les documents d'inscription. Elle m'&#233;vite et me fuit du regard. Apr&#232;s 20 minutes d'attente, nous ne sommes plus que tous les trois. Elle m'annonce qu'elle ne veut pas de ma fille. Elle ne suit pas bien la chor&#233;graphie. Elle me conseille de l'inscrire chez les tout&#183;es petit&#183;es, les 3-6 ans. Je suis comme paralys&#233;. Moi qui n'ai vraiment pas ma langue dans la poche, je suis comme abasourdi, aucun mot ne sort de ma bouche. Qu'est-ce que &#231;a peut faire qu'elle suive ou pas la chor&#233; ? Elle s'&#233;clate et ne g&#234;ne personne. Et pourquoi avoir attendu que tout le monde soit parti pour nous l'annoncer ? Elle n'assume rien, et encore moins son attitude lamentable. Je regarde ma fille qui a tout compris. Je l'embrasse tr&#232;s fort et lui promets de trouver un lieu o&#249; elle pourra danser la Zumba. Nous quittons la salle, mes jambes flageolent et c'est ma fille qui me remonte le moral. Son sourire m'apaise, mais ma col&#232;re me rend de plus en plus triste. Elle me change, me fa&#231;onne pour devenir quelqu'un qui ne peut plus dissimuler son c&#244;t&#233; sombre.
*
Notre vie se r&#233;sume &#224; un combat pour notre dignit&#233;. Une personne &#224; la boulangerie qui s'impatiente parce que ma fille met trop de temps &#224; demander ce qu'elle veut, un&#183;e professionnel&#183;le de sant&#233; qui va s'&#233;nerver parce qu'elle n'est pas coop&#233;rative imm&#233;diatement (pendant des ann&#233;es nous faisions plus de 200 km aller-retour pour trouver un dentiste qui acceptait de prendre le temps pour lui soigner les dents), un centre de loisirs qui refuse une inscription, des associations sportives qui te font comprendre clairement que ta fille n'est pas la bienvenue, une &#233;cole qui nous demande d'aller voir ailleurs&#8230; Je ne perds plus mon temps &#224; expliquer ou justifier quoi que ce soit. Se justifier de quoi d'ailleurs ? Face &#224; toutes ces situations, ma fille reste toujours calme. Elle subit, en silence.
De mon c&#244;t&#233;, je suis en mode baston 24 heures sur 24. Je ne laisse plus rien passer. Ma vie se r&#233;sume &#224; un conflit permanent. Je n'arrive plus &#224; faire la distinction entre une discussion normale et la bastonnade verbale. Je m'emporte vite. Je consid&#232;re chaque violation de droit comme un nouveau coup de couteau que je ne cherche m&#234;me plus &#224; esquiver. S'il y a bien un truc que j'ai assimil&#233;, c'est de ne pas chercher &#224; esquiver les violences institutionnelles. J'encaisse tout (tr&#232;s mal, faut bien l'avouer) mais je r&#233;ponds syst&#233;matiquement. Nous avons &#224; notre disposition des outils juridiques pour nous d&#233;fendre. Parfois il &#171; suffit &#187; d'utiliser les m&#234;mes &#171; armes &#187; que celles et ceux qui nous m&#233;prisent, comme la presse &#233;crite par exemple. Nous avons obtenu (apr&#232;s 5 ans de combat) le droit d'inscrire notre fille au centre de loisirs gr&#226;ce &#224; un article d'un journaliste que j'avais contact&#233;. Le lendemain de sa parution, je recevais un coup de t&#233;l&#233;phone m'assurant que l'inscription &#233;tait d&#233;sormais possible&#8230; sans un petit mot d'excuse. Ne jamais baisser les bras. Jamais. Je suis foutu si je les baisse ne serait-ce qu'&#224; moiti&#233;. C'est le combat de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; ne laisse pas de place &#224; la diff&#233;rence. Elle stigmatise et met &#224; l'&#233;cart toutes celles et ceux qu'elle consid&#232;re comme des improductif&#183;ves (ce mot est horrible).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La soci&#233;t&#233; ne laisse pas de place &#224; la diff&#233;rence. Elle stigmatise et met &#224; l'&#233;cart toutes celles et ceux qu'elle consid&#232;re comme des improductif&#183;ves&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Elle joue au bon samaritain en faisant croire qu'elle prend en charge le handicap (mais qui leur a demand&#233; cette prise en charge ? Et qui fait en sorte qu'aucune autre alternative ne soit vraiment possible ?) &#224; coup d'allocations ridicules mais en r&#233;alit&#233;, elle ne fait qu'isoler encore plus, rendant les personnes d&#233;pendantes et invisibles. Demandez aux personnes mises en situation de handicap si elles sont heureuses comme &#231;a. &#199;a vous donnera l'occasion de vous d&#233;faire de votre paresse intellectuelle. L'acc&#232;s au travail est tr&#232;s compliqu&#233; pour tout le monde, mais pour les personnes mises en situation de handicap c'est encore pire. L'&#201;tat incite m&#234;me les embauches en mena&#231;ant les entreprises de sanctions financi&#232;res. C'est extr&#234;mement humiliant, comme si le fait d'embaucher une personne handicap&#233;e &#233;tait comme se tirer une balle dans le pied. Voil&#224; comment est appr&#233;hend&#233;e la singularit&#233; : stigmatisation, humiliation et destruction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'on n'a pas la gueule dedans, on ne peut pas comprendre tout &#231;a. On ne veut pas le comprendre parce qu'on s'en fout. C'est lorsqu'on est confront&#233;&#183;e &#224; la question du handicap, de la diff&#233;rence via un&#183;e proche ou un&#183;e ami&#183;e qu'on saisit cette r&#233;alit&#233; que nous acceptons toutes et tous. Je ne veux pas que ma fille subisse tout &#231;a&#8230; Elle en subit d&#233;j&#224; de trop. On n'aurait jamais imagin&#233; devoir se battre pour la scolarisation, l'&#233;ducation, l'acc&#232;s au centre de loisirs, le respect, l'acc&#232;s &#224; la sant&#233;, les droits les plus fondamentaux&#8230; Cette soci&#233;t&#233; est violente, intol&#233;rante, injuste et in&#233;galitaire. Je sais que rien ne changera mais je ferai tout pour que cette soci&#233;t&#233; &#8211; que nous n'avons pas choisie &#8211; ne nous bousille pas aussi vite qu'elle ne l'esp&#232;re.
Je n'ai jamais consid&#233;r&#233; l'autisme comme un probl&#232;me ou une maladie. Combien d'assos demandent des tunes pour vaincre cette soi-disant maladie ? Ma fille n'est pas malade, les autistes vont bien merci pour elles et eux. La question est plus du c&#244;t&#233; des neurotypiques, persuad&#233;&#183;es que l'autisme est une maladie, une tare. Leur &#233;troitesse d'esprit n'est-elle pas pour le coup une maladie de l'esprit ?
Un dernier petit truc : Les autistes ne sont pas perch&#233;&#183;es ou dans leur bulle. Ils et elles ne vivent pas dans &#171; leur &#187; monde, mais dans le n&#244;tre. Dans ce monde de merde que nous fa&#231;onnons chaque jour &#224; leur rendre encore plus invivable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par J&#233;r&#244;me F.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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