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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Le rem&#232;de est pire que le mal &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-remede-est-pire-que-le-mal</link>
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		<dc:date>2022-10-07T12:35:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'Envol&#233;e, Thierry Chatbi</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une enfance &#224; l'ombre. Celle d'un adolescent des ann&#233;es 1960-70, d'abord plac&#233; chez les cur&#233;s, puis ballot&#233; d'&#233;tablissements &#171; &#233;ducatifs &#187; en centres pour jeunes d&#233;tenus. Avant de conna&#238;tre pendant vingt-cinq ans la prison, celle des grands. En 2006, Thierry Chatbi confiait au journal anticarc&#233;ral L'Envol&#233;e le r&#233;cit de ses jeunes ann&#233;es. Nous en republions ici une partie. &#171; &#192; chasser les enfants de leurs plus beaux r&#234;ves d'enfance, nous les h&#233;bergeons dans nos pires (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une enfance &#224; l'ombre. Celle d'un adolescent des ann&#233;es 1960-70, d'abord plac&#233; chez les cur&#233;s, puis ballot&#233; d'&#233;tablissements &#171; &#233;ducatifs &#187; en centres pour jeunes d&#233;tenus. Avant de conna&#238;tre pendant vingt-cinq ans la prison, celle des grands. En 2006, Thierry Chatbi confiait au journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; le r&#233;cit de ses jeunes ann&#233;es. Nous en republions ici une partie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; chasser les enfants de leurs plus beaux r&#234;ves d'enfance, nous les h&#233;bergeons dans nos pires cauchemars d'adultes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;(Hafed Benotman)&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#199;a ne valait pas la peine, mais &#231;a valait le coup, &#201;ditions du bout de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La jeunesse continue d'inqui&#233;ter et la soci&#233;t&#233; renforce son arsenal l&#233;gislatif et coercitif pour enrayer tout d&#233;bordement&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sumait &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; dans l'&#233;dito de son n&#176; 16. Nous &#233;tions alors en f&#233;vrier 2006, &#224; l'aube du mouvement anti-CPE (Contrat premi&#232;re embauche), un an apr&#232;s le printemps des lyc&#233;ens contre la loi Fillon sur l'&#233;ducation et quelques mois apr&#232;s l'explosion, fin 2005, des quartiers populaires. C'est certain : les &lt;i&gt;gremlins &lt;/i&gt;(comme les vieux voyous ont appel&#233; leurs cadets &#224; l'apparition de la capuche), c'est turbulent : &#231;a bloque les lyc&#233;es, &#231;a br&#251;le les voitures, &#231;a occupe les facs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le deuxi&#232;me mandat Chirac, on assiste &#224; la construction des premiers EPM (&#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs), des prisons pour enfants de 13 &#224; 18 ans, qui s'ajoutent aux quartiers pour mineurs qui existaient d&#233;j&#224; dans certaines prisons pour adultes. Malgr&#233; de courageuses r&#233;sistances pour &#233;viter que ces projets voient le jour, les six EPM pr&#233;vus sont achev&#233;s en 2007-2008 : Meyzieu (pr&#232;s de Lyon), Lavaur (&#224; c&#244;t&#233; de Toulouse), Qui&#233;vrechain (dans le Nord), Orvault (non loin de Nantes), Porcheville (r&#233;gion pari&#8202;sienne) et la Valentine, &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque est (d&#233;j&#224;) au tout s&#233;curitaire, &#224; l'extension du domaine du p&#233;nal et &#224; l'explosion carc&#233;rale. Alors que les contr&#244;les d'identit&#233; sont constants dans les quartiers populaires et que se multiplient les partenariats &#233;cole-police-justice, une loi est vot&#233;e en 2003 pour interdire les rassemblements dans les halls d'immeuble. Dans les colonnes de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, un dialogue s'engage entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur des ge&#244;les pour comprendre et combattre les outils r&#233;pressifs destin&#233;s &#224; mettre au pas cette belle jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Infatigable &lt;i&gt;warrior&lt;/i&gt; des luttes de prisonniers des ann&#233;es 1980 &#224; 2000 et correspondant r&#233;gulier du journal, Thierry Chatbi envoie &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; un long t&#233;moignage sur son parcours dans les institutions pour mineurs des ann&#233;es 1960 et 1970 (il &#233;tait n&#233; en 1955). Sa lettre est donc publi&#233;e dans le n&#176; 16, en f&#233;vrier 2006, quelques mois apr&#232;s sa sortie de vingt-cinq ans de prison et quelques mois &#224; peine avant sa disparition brutale. Nous n'en livrons ici que des morceaux choisis : le texte complet est consultable sur le site du journal, &lt;i&gt;lenvolee.net&lt;/i&gt;. Un livre collectif sur la vie de Thierry et ses combats est paru en 2009 aux &#233;ditions de L'Insomniaque : &lt;i&gt;&#192; ceux qui se croient libres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'Envol&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &#194;&lt;/span&gt; l'&#226;ge de 10 ans, j'ai &#233;pous&#233; la religion &#224; coups de matraque. J'ai &#233;t&#233; plac&#233; par les services sociaux dans les Pyr&#233;n&#233;es, chez les cur&#233;s, pour des raisons &#233;conomiques, sociales, fami&#8202;liales. C'est dissip&#233; par le temps, mais je me souviens que ma m&#232;re m'a appris &#224; voler pour nourrir ma famille. En fait, quand on parle d'enfance malheureuse, maltrait&#233;e, aujourd'hui je me souviens qu'avec mon fr&#232;re, en qu&#234;te d'amour que nous &#233;tions, c'&#233;tait celui qui volait le mieux qui obtenait un peu d'affection de notre m&#232;re. Mon p&#232;re, d'origine kabyle, &#233;tait ouvrier. J'ai appris tout petit &#224; avoir honte de mes origines, ni&#233; en tant qu'individu jusque dans mes racines, donc il m'&#233;tait dur de me construire.
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; plac&#233; au moins deux ans chez ces cur&#233;s o&#249; j'ai tout appris, la messe en basque et tout. J'ai m&#234;me fait enfant de ch&#339;ur. J'&#233;tais avec mon fr&#232;re. Lui, il dormait dans une baraque, on appelait &#231;a &#8220;le palace&#8221; : un taudis. La &#64258;otte coulait de partout, &#231;a passait par les tuiles, par le plafond. Le frangin pissait au lit, moi aussi d'ailleurs ; depuis, j'ai appris que c'&#233;tait d&#251; aux carences affectives&#8230; On a piss&#233; tard au lit. Du coup, mon fr&#232;re emboucanait tout le monde, et pour le punir, ils le mettaient sur le palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il y avait des lattes de plancher qui donnaient sur la chambre de l'abb&#233;, une ordure int&#233;griste qui faisait rentrer les m&#244;mes dans sa chambre. Il avait une petite &#64258;agelle &#224; la main, il les fouettait, il les tripotait, et nous, on voyait tout. Quand il essayait de nous approcher, on se cassait. Voil&#224; l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais 10 ans, les journ&#233;es &#233;taient occup&#233;es aux &#233;tudes et &#224; la messe. Le week-end, comme sortie, on allait aux enterrements de cur&#233;s des paroisses voisines et de vieilles du coin. Si on n'avait pas le chapelet dans la main &#224; l'&#233;glise apr&#232;s l'&#233;tude, au hasard, &lt;i&gt;[on]&lt;/i&gt; nous appelait, on devait se mettre &#224; genoux et &lt;i&gt;[on]&lt;/i&gt; nous d&#233;fon&#231;ait &#224; coups de b&#226;ton dans la maison de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui &#231;a me para&#238;t dingue, et pourtant c'&#233;tait normal. On pensait que c'&#233;tait &#231;a, l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, je suis remont&#233; &#224; Paris, dans ma famille ; pendant un an, &#231;a a &#233;t&#233; l'horreur. Mes parents ne se parlaient plus, ils hurlaient, ils ne s'entendaient pas, ils me frappaient. &#192; l'&#233;cole, il n'y avait pas le m&#234;me programme que dans les Pyr&#233;n&#233;es. J'ai &#233;t&#233; mis dans une voie de garage et j'ai &#233;t&#233; en apprentissage, nourri, log&#233;. J'ai &#233;t&#233; plac&#233; &#224; droite &#224; gauche, j'ai fait apprenti boulanger, p&#226;tissier, tapissier, en&#64257;n trois mille m&#233;tiers. &#199;a n'allait jamais, puisque psychologiquement &#231;a n'allait pas. Je partais en vrille et paradoxalement, &#231;a a &#233;t&#233; en m&#234;me temps une des meilleures p&#233;riodes de ma vie,&lt;i&gt; [avec] un &lt;/i&gt;r&#233;el sentiment de libert&#233;. Aucune attache, aucun bien. On vivait en bande, insouciants, sans aucune notion du danger ni conscience des r&#233;percussions de nos actes. Avec enfin l'apprentissage de l'amour, de l'amiti&#233;, du partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On zonait, on dormait dans les voitures, sous les porches, on se nourrissait chez l'habitant on va dire. Avec mon fr&#232;re on a agress&#233; un lascar pour lui prendre son oseille pour manger et on s'est fait attraper. J'avais quatorze, quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voil&#224; plac&#233; &#224; Savigny&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au Centre d'observation public de l'&#233;ducation surveill&#233;e.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Deux &#233;ducateurs viennent me chercher au tribunal de Cr&#233;teil. &#8220;&lt;i&gt;On va t'apprendre les bonnes mani&#232;res,&lt;/i&gt; qu'ils me disent,&lt;i&gt; on va te placer en observation quinze jours.&lt;/i&gt;&#8221; Isol&#233; du groupe, tout seul, tu arrives ; il y a des cellules sans barreaux aux fen&#234;tres, sauf au mitard. Les cellules, c'&#233;taient des petites chambres ferm&#233;es &#224; cl&#233; le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vigiles, enfin les gardiens de nuit, faisaient des rondes pour voir si tu &#233;tais bien l&#224;. N'emp&#234;che que nous, on d&#233;montait les portes, on passait par les fen&#234;tres et on revenait le matin. Plus le r&#233;gime est s&#233;v&#232;re, plus tu d&#233;ploies d'imagination pour le contourner. On mettait des mannequins dans les lits ; une fois, le vigile s'en est rendu compte. Le lendemain, l'&#233;ducateur m'a attrap&#233;, m'a fracass&#233; et m'a mis au mitard. J'avais d&#233;j&#224; connu les cellules de garde &#224; vue, mais l&#224;, c'&#233;tait le vrai mitard avec la paillasse, et j'y suis rest&#233; une semaine. Des potes venaient me &#64257;ler des clopes &#224; travers la grosse serrure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis sorti, j'avais la haine, et pour me venger du vigile, j'ai d&#233;mont&#233; la vitre de la porte et quand il est arriv&#233;, je suis sorti et je l'ai frapp&#233;. &lt;i&gt;[Puis]&lt;/i&gt; je me suis sauv&#233; et mis en cavale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait j'&#233;tais toujours en cavale, je rentrais, je sortais&#8230; Re-mitard, et &#224; chaque fois on me disait : &#8220;&lt;i&gt;Attention, la prochaine fois, c'est Fleury.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le week-end on avait des permissions, sauf si on faisait des conneries : les trois quarts du temps, je n'avais pas de permission. Et de toute mani&#232;re, pour aller o&#249;, chez mes parents ? Donc, les permissions on se les accordait. Des permissions sauvages, quoi. C'est l&#224; qu'un mec m'a appris &#224; voler des voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Puis un jour, &#231;a a &#233;t&#233; la cavale, la vraie.]&lt;/i&gt; Je suis parti avec un pote et ma petite copine de l'&#233;poque en voiture vol&#233;e. On a &lt;i&gt;[fait un cambriolage]&lt;/i&gt;, on a achet&#233; une tente canadienne et on s'est fait un kif d'une semaine. On a eu un accident de voiture, et l&#224; le cycle prison a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois, j'avais 17 ans. &#192; l'&#233;poque, tu allais au &lt;i&gt;[b&#226;timent]&lt;/i&gt; D2 &#224; Fleury, parce que le CJD &lt;i&gt;[Centre des jeunes d&#233;tenus]&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas encore construit. 90 % des mecs que j'avais rencontr&#233;s &#224; Savigny, je les ai retrouv&#233;s en prison ; c'est-&#224;-dire que toute la g&#233;n&#233;ration des vieux voyous avait fait Savigny. C'&#233;tait vraiment l'&#233;cole du crime. Le rem&#232;de est pire que le mal. Il programme les gens &#224; vie, il les casse, il les formate ; puisque c'est la violence, tu apprends la violence. Tu apprends &#224; t'adapter dans un monde dur. On ne t'&#233;coute pas, &lt;i&gt;[mais]&lt;/i&gt; tu sais qu'en &#233;tant violent tu seras entendu, parce que tu fais peur. Si tu n'es pas violent, on te marche dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le CJD de Fleury a ouvert, j'y ai &#233;t&#233;. &#192; l'&#233;poque, il y avait un bricard &lt;i&gt;[surveillant grad&#233;]&lt;/i&gt; qui se baladait la nuit avec un nunchaku : il rentrait dans les cellules et il nous d&#233;fon&#231;ait. C'&#233;tait cr&#233;er et recr&#233;er la peur, et les m&#244;mes marchaient droit, sauf les r&#233;fractaires. Le matin, il fallait nettoyer la cellule, qu'elle soit nickel ; il fallait sortir la poubelle m&#234;me si elle &#233;tait vide. Il y avait la tenue p&#233;nale, on avait le cr&#226;ne ras&#233;. Tous ceux que j'ai vus au CJD, je les ai retrouv&#233;s en centrale. Quand tu sors, il n'y a rien, pas d'aide, tu te retrouves &#224; la case d&#233;part et tu retombes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la violence vis-&#224;-vis des jeunes peut para&#238;tre moins dure&#8230; &#192; mon &#233;poque, il y avait au moins des perspectives de boulot, de &#8220;r&#233;ussite sociale&#8221;. Tu pouvais t'installer. Maintenant, qu'est-ce qu'on propose aux m&#244;mes, quelles sont les perspectives ? Surtout quand tu t'appelles Mohammed ou Mamadou, tu sais tr&#232;s bien au berceau, dans la cit&#233;, que tu n'as pas d'ouverture. La seule ouverture, c'est si tu es capable d'&#234;tre plus violent, plus mariole ou plus salaud que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la r&#233;ponse, vu l'absence de perspectives, c'est de recr&#233;er les centres ferm&#233;s, de construire des nouvelles prisons, de r&#233;gler les probl&#232;mes sociaux par l'enfermement. Le pouvoir sait que ces m&#244;mes sont une g&#233;n&#233;ration perdue, il n'a rien &#224; leur proposer, donc il doit g&#233;rer le probl&#232;me et quand on sait qu'en plus l'enfermement rapporte&#8230; la boucle est boucl&#233;e, c'est tout b&#233;nef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'autorit&#233;, qu'elle soit parentale ou institutionnelle. C'est toujours l'injustice qui m'a r&#233;volt&#233;. En r&#233;action &#224; la violence exerc&#233;e contre moi, je suis devenu ce que je suis. Je me suis muscl&#233;, je me suis tatou&#233;, je me suis construit une carapace pour affronter &#231;a. C'est dramatique quand tu l'analyses vraiment, parce que le but du jeu, c'est s&#251;rement pas &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Thierry Chatbi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#199;a ne valait pas la peine, mais &#231;a valait le coup&lt;/i&gt;, &#201;ditions du bout de la ville, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au Centre d'observation public de l'&#233;ducation surveill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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