<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_auteur=559&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1768648935</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>CRA : &#171; la privatisation se renforce &#187; </title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/CRA-la-privatisation-se-renforce</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/CRA-la-privatisation-se-renforce</guid>
		<dc:date>2026-03-27T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;a Finke, Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Phil&#233;mon Collafarina</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entre 2012 et 2015, la sociologue Louise Tassin s'est immerg&#233;e dans un CRA francilien et s'est int&#233;ress&#233;e &#224; la r&#233;tention &#224; Lesbos et Lampedusa. Elle y a observ&#233; des tendances lourdes d'externalisation des responsabilit&#233;s, de privatisation, de sous-traitance et ce qu'elles produisent. Entretien. Alors que le nombre de places en r&#233;tention a augment&#233; de plus de 30 % en France depuis 2017 &#8211; et &#231;a continue &#8211; l'enjeu d'informer sur les r&#233;alit&#233;s des lieux d'enfermement administratif est immense. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no250-mars-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;250 (mars 2026)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Philemon-Collafarina" rel="tag"&gt;Phil&#233;mon Collafarina&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd-9-4e19b.png?1774698787' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entre 2012 et 2015, la sociologue Louise Tassin s'est immerg&#233;e dans un CRA francilien et s'est int&#233;ress&#233;e &#224; la r&#233;tention &#224; Lesbos et Lampedusa. Elle y a observ&#233; des tendances lourdes d'externalisation des responsabilit&#233;s, de privatisation, de sous-traitance et ce qu'elles produisent. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6452 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/phile_moncollafarina.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/phile_moncollafarina-aad18.jpg?1774654205' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors que le nombre de places en r&#233;tention a augment&#233; de plus de 30 % en France depuis 2017 &#8211; et &#231;a continue &#8211; l'enjeu d'informer sur les r&#233;alit&#233;s des lieux d'enfermement administratif est immense. La sociologue Louise Tassin s'en saisit dans son livre &lt;i&gt;Comment on les enferme &lt;/i&gt;(La D&#233;couverte, 2026). Entre 2012 et 2015, elle a eu acc&#232;s &#224; un centre de r&#233;tention administratif (CRA) francilien avec une libert&#233; de recherche in&#233;dite, o&#249; elle s'est heurt&#233;e aux r&#233;alit&#233;s inf&#226;mes de la privatisation jusqu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des murs de la machine &#224; expulser. Des processus qui n'ont fait que s'accentuer depuis, et qu'elle met en perspective avec les lieux de r&#233;tention &#224; Lesbos (Gr&#232;ce) et Lampedusa (Italie). Un travail &#224; lire &#224; l'aune du Pacte europ&#233;en sur la migration et l'asile et d'une gestion toujours plus immonde des fronti&#232;res et de celleux qui les subissent1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle forme prend la privatisation dans les CRA ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Contrairement &#224; des pays comme les &#201;tats-Unis ou le Royaume-Uni, les CRA fran&#231;ais restent sous la mainmise de l'&#201;tat. Mais la privatisation se renforce. Dans le CRA francilien o&#249; j'ai men&#233; mes recherches, il y avait 200 policiers et une soixantaine d'employ&#233;s d'entreprises priv&#233;es. Ces prestataires de services sont charg&#233;s du nettoyage, de la restauration, de la buanderie et de &#8220;l'accueil&#8221; des retenus &#8211; un de ces mots &#233;dulcor&#233;s utilis&#233;s dans un lieu qui tient avant tout du carc&#233;ral. Or ces prestataires jouent un r&#244;le central.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les &#233;quipes des prestataires priv&#233;s dans le CRA sont quasi exclusivement compos&#233;es d'immigr&#233;s ou de descendants d'immigr&#233;s &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les principaux interm&#233;diaires entre le personnel et les &#233;trangers enferm&#233;s. Ils activent l'ouverture des portes de la zone de d&#233;tention, d&#233;livrent des conseils pratiques et juridiques, servent parfois d'interpr&#232;tes et apprennent &#224; conna&#238;tre les retenus, au point de parvenir &#224; d&#233;samorcer des conflits. Autrement dit, leur activit&#233; d&#233;borde largement de leur fiche de poste : alors qu'ils sont affect&#233;s &#224; des t&#226;ches d'intendance d&#233;valoris&#233;es, ils participent &#224; la mise en &#339;uvre du droit et du contr&#244;le, sans en avoir ni la formation ni les moyens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un gestionnaire est tr&#232;s fier de vous annoncer les r&#233;ductions de d&#233;penses par retenus, par exemple en achetant moins de ballons de sport. Cette sous-traitance, elle s'inscrit dans cette logique d'&#233;conomies et de rentabilit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Ce gestionnaire vise un co&#251;t global de 40 euros par jour par retenu maximum et se dit &#8220;&lt;i&gt;pr&#234;t &#224; tout&lt;/i&gt;&#8221; pour r&#233;duire les d&#233;penses, au centime pr&#232;s. Par exemple, la nourriture est r&#233;guli&#232;rement servie la veille ou le jour de la date de p&#233;remption pour &#233;viter les pertes de repas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels profils ont ces salari&#233;s sous-traitants charg&#233;s du &#171; sale boulot &#187; au sein des CRA ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;quipes des prestataires priv&#233;s dans le CRA sont quasi exclusivement compos&#233;es d'immigr&#233;s ou de descendants d'immigr&#233;s. Plusieurs ont m&#234;me &#233;t&#233; en situation irr&#233;guli&#232;re pendant des ann&#233;es tandis que d'autres, comme les &#233;tudiants &#233;trangers, craignent de le devenir et de passer &#8220;de l'autre c&#244;t&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les employ&#233;s des prestataires sont tenus par la pr&#233;carit&#233; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est dire l'hypocrisie des politiques migratoires : la lutte contre l'immigration irr&#233;guli&#232;re est sans cesse plac&#233;e sur le devant de la sc&#232;ne, mais pour mettre en &#339;uvre cette politique d'expulsions, l'&#201;tat lui-m&#234;me a besoin de la main-d'&#339;uvre corv&#233;able que repr&#233;sentent les &#233;trangers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ces employ&#233;s, qui peuvent s'identifier aux retenus, composent-ils avec ce travail ? Quelles sont leurs marges de man&#339;uvre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les employ&#233;s des prestataires sont tenus par la pr&#233;carit&#233;. Le travail en CRA offre aux &#233;quipes principales une relative stabilit&#233;, m&#234;me s'il s'agit la plupart du temps de CDI pr&#233;caires (limit&#233;s &#224; la dur&#233;e du march&#233; public), pay&#233;s au Smic, de t&#226;ches usantes, avec des horaires d&#233;cal&#233;s. La situation est particuli&#232;rement difficile pour leurs sous-traitants qui assurent le nettoyage et toutes les prestations du week-end. Leurs contrats sont encore plus instables (CDD courts), ils doivent r&#233;guli&#232;rement r&#233;clamer des heures non pay&#233;es, font face &#224; un management toxique. Dans ce contexte, les marges de man&#339;uvre sont &#233;troites. Les employ&#233;s peinent &#224; faire respecter leurs propres droits et manquent de ressources pour se mobiliser collectivement. Ils sont &#233;galement soumis &#224; une &#8220;obligation de discr&#233;tion&#8221; [&lt;i&gt;clause de confidentialit&#233;, ndlr&lt;/i&gt;], travaillent sous le contr&#244;le permanent des policiers (leur servant m&#234;me parfois &#8220;d'indics&#8221;) et craignent le licenciement. Quelques formes de contestation feutr&#233;e subsistent (conseils directs, intervention aupr&#232;s de l'&#233;quipe m&#233;dicale, etc.) et de rares lib&#233;rations ont &#233;t&#233; possibles gr&#226;ce &#224; l'intervention de prestataires. Mais les quelques tentatives contestataires sont vite r&#233;prim&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que produisent la violence et le racisme quotidiens des CRA sur les individus qui y travaillent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Beaucoup relatent les difficult&#233;s des d&#233;buts, les angoisses, les insomnies... Certains arr&#234;tent apr&#232;s quelques jours, tant la confrontation &#224; la d&#233;tresse des &#233;trangers enferm&#233;s est &#233;prouvante. Sans parler de la difficult&#233; de travailler dans une institution polici&#232;re, quand on a soi-m&#234;me &#233;t&#233; sans-papiers. Hanane, employ&#233;e sous-traitante, est rest&#233;e traumatis&#233;e par le souvenir d'un accident de voiture qui lui avait valu un passage au commissariat, o&#249; elle s'&#233;tait vue menac&#233;e d'&#234;tre plac&#233;e en CRA. Parfois, des employ&#233;s tombent m&#234;me sur leurs proches en r&#233;tention : Rim s'est retrouv&#233;e face au boucher de son quartier, au p&#232;re d'une amie de sa famille et &#224; son cousin. Tout cela n'est pas un hasard. &#199;a dit quelque chose de la s&#233;gr&#233;gation raciale du monde du travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quid des policiers ? Vous expliquez que travailler en CRA est assez d&#233;valoris&#233; dans la hi&#233;rarchie polici&#232;re&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#224; fait. Comme me l'a r&#233;sum&#233; un haut grad&#233; en riant : &#8220;&lt;i&gt;Personne ne choisit de travailler en r&#233;tention&lt;/i&gt;&#8221;. De fait, sur le terrain, il s'agit tr&#232;s majoritairement de jeunes policiers.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les policiers sont cantonn&#233;s &#224; un travail de surveillance et n'interviennent que quand il y a un conflit. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ils sont affect&#233;s en CRA apr&#232;s avoir &#233;t&#233; mal class&#233;s au concours de l'&#233;cole de police. Ils ont &#8220;choisi&#8221; ce service par d&#233;faut face &#224; d'autres plus redout&#233;s, comme la garde statique devant des b&#226;timents. La plupart souhaitent quitter leur poste d&#232;s que possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous observez que le racisme est entretenu chez les policiers, qui pr&#233;sentent les retenus comme des individus dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec cette sous-traitance du travail quotidien, les policiers sont cantonn&#233;s &#224; un travail de surveillance et n'interviennent que quand il y a un conflit. Cela contribue &#224; renforcer la vision criminelle et dangereuse des &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re. Une des rares formations dispens&#233;es dans le CRA consistait par exemple &#224; diffuser des images d'&#233;meutes sans remise en contexte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez d'une d&#233;politisation du travail en r&#233;tention. De quoi s'agit-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La d&#233;politisation est en partie li&#233;e (mais pas seulement) &#224; la sous-traitance, qui produit un &#233;miettement des t&#226;ches et des responsabilit&#233;s. Les policiers sont tenus &#233;loign&#233;s des trajectoires de vie des retenus et de la violence que repr&#233;sentent pour eux l'enfermement et l'angoisse de l'expulsion. Par ailleurs, on observe aussi une forme d'accoutumance aux abus et aux violences, y compris parmi les acteurs associatifs ou militants que j'ai rencontr&#233;s &#224; Lesbos et Lampedusa. C'est l&#224; l'ambivalence du travail associatif en r&#233;tention&#8230; Il offre une aide juridique essentielle aux &#233;trangers enferm&#233;s et permet de documenter ce qui se passe dans ces lieux opaques. Mais en d&#233;voilant les cas les plus inacceptables, les associations d&#233;finissent aussi un seuil, qui contribue &#224; normaliser la violence ordinaire en r&#233;tention. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; et comment r&#233;sister aux CRA ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a se joue d'abord &#224; l'int&#233;rieur, par la solidarit&#233; entre les premiers concern&#233;s, quand ils font face ensemble aux politiques d'expulsions. La r&#233;sistance se joue aussi par les collectifs de soutien, par la mobilisation des militants contre ces politiques, par exemple en ce moment contre la construction de nouveaux CRA. L'enjeu est de rendre visible ce qui se joue &#224; l'int&#233;rieur, de donner &#224; voir et &#224; entendre, de casser l'isolement et de tisser des liens avec les personnes enferm&#233;es, mais aussi de construire des luttes ensemble. Notamment entre les luttes antiracistes, d&#233;coloniales et de soutien aux sans-papiers, qui m&#233;riteraient d'&#234;tre davantage port&#233;es collectivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;Robin Bouctot et L&#233;a Finke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la prison au CRA</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/De-la-prison-au-CRA</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/De-la-prison-au-CRA</guid>
		<dc:date>2025-05-17T22:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Lilhiou Bellini</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Derri&#232;re les grilles des Centres de r&#233;tention administrative (CRA), maillons immondes de la machine &#224; expulser, de plus en plus d'ex-d&#233;tenus sont conduits sans sommation d'une prison &#224; une autre. Condamn&#233;s &#224; quitter le territoire fran&#231;ais le jour de leur lib&#233;ration, ils voient le pi&#232;ge des politiques migratoires fran&#231;aises se refermer sur eux. Le 14 mars dernier devait &#234;tre le jour de retrouvailles et de libert&#233; pour Djibril, 29 ans. Apr&#232;s deux ans de prison, c'est un certain vertige mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lilhiou-Bellini" rel="tag"&gt;Lilhiou Bellini&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Derri&#232;re les grilles des Centres de r&#233;tention administrative (CRA), maillons immondes de la machine &#224; expulser, de plus en plus d'ex-d&#233;tenus sont conduits sans sommation d'une prison &#224; une autre. Condamn&#233;s &#224; quitter le territoire fran&#231;ais le jour de leur lib&#233;ration, ils voient le pi&#232;ge des politiques migratoires fran&#231;aises se refermer sur eux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_09_lilhiou_cra.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH628/241_09_lilhiou_cra-e352f.jpg?1768654680' width='500' height='628' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 14 mars dernier devait &#234;tre le jour de retrouvailles et de libert&#233; pour Djibril, 29 ans. Apr&#232;s deux ans de prison, c'est un certain vertige mais aussi une immense impatience qu'il ressent : sa compagne et leur fille de six mois, qu'ils ont eu au cours de la d&#233;tention, l'attendent &#224; la sortie. &#192; part au t&#233;l&#233;phone et en visio, il n'a jamais vu son enfant : la permission le jour de la naissance lui avait &#233;t&#233; refus&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Je voulais la rencontrer dehors. La prison, ce n'est pas un endroit pour un b&#233;b&#233;, c'est plein d'ondes n&#233;gatives. &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Ce matin-l&#224;, &#224; 9 heures,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Djibril se dit &#171; &lt;i&gt; pr&#234;t &lt;/i&gt; &#187;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il est conduit au greffe pour les formalit&#233;s de lev&#233;e d'&#233;crou. &#171; &lt;i&gt; L&#224;, trois policiers me disent que&lt;/i&gt; &lt;i&gt;mon titre de s&#233;jour n'est plus &#224; jour, que je suis sous Obligation de quitter le territoire fran&#231;ais [OQTF] et Interdiction de territoire fran&#231;ais [ITF], et qu'ils vont m'emmener au Centre de r&#233;tention administrative [CRA] de Rennes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;En prison, personne ne l'a pr&#233;venu : &#171; &lt;i&gt;Ils ne m'ont laiss&#233; aucune chance de faire les d&#233;marches. C'est d&#233;lirant... On dirait que le pr&#233;fet de Loire-Atlantique veut juste me g&#226;cher la vie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les gens deviennent fous ici, on les traite comme de la merde, on les casse &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dehors, sa compagne s'impatiente. &#171; &lt;i&gt;J'attendais, j'attendais&#8230; Il devait &#234;tre l&#224; depuis une heure ! J'ai fini par aller voir &#224; l'accueil. L&#224;, une dame me rit au nez et me dit : &lt;/i&gt;&#8220;vous pouvez attendre longtemps : il ne sortira pas, il part avec la police&#8221; &#187;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;rejoue-t-elle quinze jours plus tard devant les grilles du CRA. &#171; &lt;i&gt;C'est pas l&#233;gal de faire &#231;a non ? Ils sont cens&#233;s recevoir le courrier pour pr&#233;venir qu'ils ont une OQTF. C'est vraiment d&#233;gueulasse. J'&#233;tais s&#251;re qu'il allait &#234;tre libre. On devait partir direct voir sa famille &#224; Paris. Franchement... La justice fran&#231;aise est mal faite. &lt;/i&gt; &#187; Finalement, elle raconte qu'il a rencontr&#233; sa fille au parloir : &#171; &lt;i&gt;Il voulait trop la voir. C'&#233;tait &#233;mouvant, il &#233;tait pas loin de pleurer. Maintenant je fais la route plusieurs fois par semaine parce qu'on sait qu'il peut &#234;tre renvoy&#233; &#224; tout moment au S&#233;n&#233;gal.&lt;/i&gt; &#187; Ce pays, Djibril l'a pourtant quitt&#233; quand il avait cinq ans ; aujourd'hui, il n'a plus &#171; &lt;i&gt;personne l&#224;-bas&lt;/i&gt; &#187;.
Depuis l'une des deux pi&#232;ces blanches pr&#233;vues pour les visites au sein de l'&#233;tablissement carc&#233;ral, Djibril est d&#233;pit&#233;. &#171; &lt;i&gt;En prison je pouvais cuisiner, travailler, avoir des soins, ici il n'y a rien, vraiment rien. La nourriture est immonde, on a deux toilettes pour treize personnes, des gens hurlent, j'arrive pas &#224; dormir avant 4 ou 5 heures du matin... C'est pire que la prison ! Les gens deviennent fous ici, on les traite comme de la merde, on les casse. Le moral c'est dur : je sais pas, peut-&#234;tre que demain on m'embarque. On te dit rien, &#231;a peut arriver n'importe quand.&lt;/i&gt; &#187; Au final, malgr&#233; les d&#233;marches et l'aide juridique de la Cimade, la Police aux fronti&#232;res (PAF) a d&#233;barqu&#233; le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; avril, avant le lever du jour, l'a menott&#233; aux mains et aux pieds, et l'a mis dans un fourgon direction l'a&#233;roport de Paris Charles-de-Gaulle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troubles &#224; l'ordre public&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Depuis quelques ann&#233;es, beaucoup de personnes arrivent au CRA apr&#232;s leur lev&#233;e d'&#233;crou &lt;/i&gt; &#187;, confirme une salari&#233;e de la Cimade qui intervient au centre de r&#233;tention de Hendaye, &#224; la fronti&#232;re espagnole. &#171; &lt;i&gt;Ils ne sont quasiment jamais inform&#233;s avant le jour de leur lib&#233;ration. Ils s'attendent &#224; sortir et en fait ils sont amen&#233;s ici. Le niveau d'absence de consid&#233;ration &#224; l'&#233;gard des personnes est ultraviolent.&lt;/i&gt; &#187; Dans son dernier rapport sur les CRA, dat&#233; de 2023, la Cimade &#8211; qui intervient dans quelques centres du territoire et plaide pour leur fermeture &#8211; comptabilisait 4 246 placements en r&#233;tention administrative &#224; la sortie de prison, soit 26,6 % des cas. Cette s&#233;v&#233;rit&#233; &#224; l'encontre des personnes sans titre de s&#233;jour valide serait justifi&#233;e par la menace que celles-ci feraient peser sur l'ordre public. L'argumentaire, sorte de fourre-tout juridique et &#233;minemment politique, est r&#233;p&#233;t&#233; &#224; tort et &#224; travers par Bruno Retailleau et G&#233;rald Darmanin, surfant sur quelques faits divers sordides&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En septembre 2024, apr&#232;s le meurtre de la jeune Philippine par un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un &#171; &lt;i&gt;non-sens&lt;/i&gt; &#187; pour Marine le Bourhis, avocate &#224; Rennes et membre du Groupe de d&#233;fense des &#233;trangers. La salari&#233;e de la Cimade &#224; Hendaye r&#233;sume : &#171; &lt;i&gt;Cette notion [de menace &#224; l'ordre public] n'est pas d&#233;finie et est utilis&#233;e de fa&#231;on tr&#232;s, tr&#232;s large. Il suffit d'avoir fait une garde &#224; vue une fois dans sa vie suite &#224; un contr&#244;le d'identit&#233; ou une infraction au Code de la route. &#192; la moindre erreur ou au moindre &#233;chec que tout un chacun pourrait commettre, c'est foutu !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#192; la moindre erreur ou au moindre &#233;chec que tout un chacun pourrait commettre, c'est foutu ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Mohamed, joint par t&#233;l&#233;phone le 31 mars dernier, est soudeur de m&#233;tier. Sans papiers, il a longtemps gal&#233;r&#233; entre les petits boulots de peinture et dans le b&#226;timent avant de tomber pour une affaire de stups. Apr&#232;s &#171; &lt;i&gt;5 mois et 22 jours &lt;/i&gt; &#187; pass&#233;s dans la prison de Tulle en Corr&#232;ze, il s'attendait &#224; sortir. Mais aussit&#244;t lib&#233;r&#233;, on l'enferme de nouveau au CRA de Rennes. &#171; &lt;i&gt;Ils m'ont ramen&#233; ici car ils m'ont dit que j'avais une interdiction d&#233;finitive de territoire, mais j'ai pas compris, j'ai pas fait un truc grave ! Ils m'ont pas vraiment expliqu&#233; pourquoi j'&#233;tais envoy&#233; si loin, mais je crois que c'est parce que les autres CRA sont pleins. Ils disent qu'ils vont me garder jusqu'&#224; ce que la Tunisie donne son accord pour me renvoyer au bled. &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Comme Djibril, le temps qui passe et l'inactivit&#233; lui p&#232;sent : &#171; &lt;i&gt; Depuis que je suis enferm&#233; au CRA, je me transforme. Chaque jour, je suis diff&#233;rent. Il n'y a rien &#224; faire, on est couch&#233; toute la journ&#233;e. Au moins, en prison, je pouvais faire du sport ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Et les &#233;chos de ceux &#224; qui on a trouv&#233; un vol pour les renvoyer au pays le font angoisser :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;L'autre fois, ils sont venus &#224; 2 heures du matin pour un Alg&#233;rien qui est en France depuis 20 ans. Il avait toute sa vie ici : sa femme, ses enfants... Et puis il y a des gens ici qui sont en danger dans leur pays, ils ne peuvent pas rentrer !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enfermement sans fin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; J'&#233;tais libre, j'avais purg&#233; ma peine, mais la PAF m'attendait &#224; la sortie. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La voix paniqu&#233;e, R&#233;gis parle &#224; toute allure. Il sort tout juste du tribunal administratif o&#249; le recours contre son OQTF a &#233;t&#233; rejet&#233;. &#171; &lt;i&gt;J'ai fait mes &#233;tudes en France, j'ai ma famille, ma compagne, ma fille, mon logement, toute ma vie. Je n'ai aucune attache en C&#244;te d'Ivoire, je suis un &#233;tranger l&#224;-bas, &#231;a n'a pas de sens de me renvoyer ! Mais maintenant, ils peuvent venir me chercher &#224; tout moment. Si l'ambassade ivoirienne r&#233;pond, demain, apr&#232;s-demain, lundi, c'est foutu : ils m'emm&#232;nent dans l'avion...&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Lib&#233;r&#233; le 7 mars dernier&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;pour bonne conduite&lt;/i&gt; &#187; apr&#232;s quatre mois de d&#233;tention pour une malheureuse histoire de bagarre &#171; &lt;i&gt;et de l&#233;gitime d&#233;fense &lt;/i&gt; &#187;, R&#233;gis &#233;tait convaincu de pouvoir enfin rentrer chez lui. &#171; &lt;i&gt; J'&#233;tais libre, j'avais purg&#233; ma peine, mais la PAF m'attendait &#224; la sortie. Ils m'ont dit que c'&#233;tait trop tard pour faire recours &#224; mon OQTF. Sauf qu'on ne me l'a jamais notifi&#233;e ! J'aurai eu tout le temps de faire les d&#233;marches en prison !&lt;/i&gt; &#187; Depuis son entr&#233;e au CRA, R&#233;gis s'inqui&#232;te : il a des pertes de m&#233;moire et trouve que son visage se transforme. Port&#233; par la col&#232;re de l'injustice, le jeune homme se sent &#171; &lt;i&gt;pris au pi&#232;ge &lt;/i&gt; &#187;, encore plus depuis qu'il a compris que les coups de sang des retenus contre les agents de la PAF pouvaient mener &#224; des sanctions. Pire, le jeune homme a appris qu'un refus d'embarquer dans le vol charter pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une obstruction &#224; une mesure d'&#233;loignement. Un ultime acte de r&#233;sistance condamnable par... de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En septembre 2024, apr&#232;s le meurtre de la jeune Philippine par un ressortissant marocain plac&#233; sous OQTF, Bruno Retailleau avait appel&#233; &#224; &#171; &lt;i&gt;faire &#233;voluer notre arsenal juridique&lt;/i&gt; &#187;. De son c&#244;t&#233;, en mars dernier, G&#233;rald Darmanin exhortait les procureurs et les directeurs de prisons &#224; ce que tout &#171; &lt;i&gt;soit fait pour l'&#233;loignement syst&#233;matique des &#233;trangers sortant de prison et pour les d&#233;tenus pouvant terminer leur peine dans leur pays d'origine&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antifa en Ukraine : &#171; C'&#233;tait tr&#232;s clair que je devais aller me battre &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Peche-en-mediterranee-quand-le-4312</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Peche-en-mediterranee-quand-le-4312</guid>
		<dc:date>2025-01-07T14:37:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Cl&#233;ment Bu&#233;e</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 24 f&#233;vrier 2022, Vladimir Poutine annon&#231;ait l'invasion de l'Ukraine. Des dizaines de milliers de victimes et un peu plus de 1 000 jours apr&#232;s les premiers bombardements, rencontre avec Anton, un militant antifasciste engag&#233; dans l'arm&#233;e ukrainienne. Mi-novembre, Kyiv est las. Donald Trump vient d'&#234;tre r&#233;&#233;lu &#224; la Maison Blanche, et avec lui s'instillent d'immenses incertitudes sur l'avenir de l'Ukraine. Des dizaines de drones et missiles russes hantent les nuits de la capitale, sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no136-decembre-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;236 (d&#233;cembre 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Clement-Buee" rel="tag"&gt;Cl&#233;ment Bu&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH58/web_une_antifaukraine-36a6f.jpg?1768676179' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='58' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 24 f&#233;vrier 2022, Vladimir Poutine annon&#231;ait l'invasion de l'Ukraine. Des dizaines de milliers de victimes et un peu plus de 1 000 jours apr&#232;s les premiers bombardements, rencontre avec Anton, un militant antifasciste engag&#233; dans l'arm&#233;e ukrainienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH361/236_08_antifaukraine_buee-7532d.jpg?1768676179' width='500' height='361' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Cl&#233;ment Bu&#233;e
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;i-novembre, Kyiv est las. Donald Trump vient d'&#234;tre r&#233;&#233;lu &#224; la Maison Blanche, et avec lui s'instillent d'immenses incertitudes sur l'avenir de l'Ukraine. Des dizaines de drones et missiles russes hantent les nuits de la capitale, sans cesse interrompues par le hurlement des alarmes et le &lt;i&gt;toum toum toum&lt;/i&gt; des canons anti-a&#233;riens. Alors que la ligne de front &#224; l'Est vacille, la pression s'accentue sur les hommes et femmes en &#226;ge de combattre. Malgr&#233; un semblant de normalit&#233;, plus de 1 000 jours apr&#232;s les premiers bombardements, la guerre est partout. &#171; &lt;i&gt; Je suis fatigu&#233; &lt;/i&gt; &#187;, soupire Anton dans un caf&#233; du centre, o&#249; l'on croise plusieurs jeunes en b&#233;quilles ou avec des proth&#232;ses de jambe. Militant antifasciste rapatri&#233; du front il y a quelques mois, il ne voit pas comment il pourrait &#171; &lt;i&gt; parler d'autre chose que de la guerre &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les ennemis d'hier se sont retrouv&#233;s ensemble pour faire front avec les manifestants &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Volontaire d&#232;s f&#233;vrier 2022 pour &#171; &lt;i&gt; d&#233;fendre l'Ukraine face &#224; la violence d'un &#201;tat imp&#233;rialiste &lt;/i&gt; &#187;, il a &#233;t&#233; emport&#233; dans un quotidien de tranch&#233;es, d'obus et de mort. Bien loin de ses aspirations politiques, la guerre est pourtant devenue un &#171; &lt;i&gt; engagement n&#233;cessaire &lt;/i&gt; &#187; &#224; ses yeux. Ce jour-l&#224;, il livre ses craintes sur le &#171; &lt;i&gt; futur impossible &lt;/i&gt; &#187; de son pays, &#171; &lt;i&gt; pris en &#233;tau dans un conflit non voulu &lt;/i&gt; &#187; et menac&#233; par une spirale &#171; &lt;i&gt; de peurs et de haine qui ne pourra pas s'arr&#234;ter avec un quelconque armistice &lt;/i&gt; &#187;. Cons&#233;quence directe : des propos tr&#232;s militaristes qu'il n'aurait &#171; &lt;i&gt; jamais pu imaginer tenir il y a quelques ann&#233;es &lt;/i&gt; &#187;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;et un avenir contraint de s'imaginer exclusivement &#224; travers &#171; &lt;i&gt; la capacit&#233; de r&#233;sistance de l'arm&#233;e ukrainienne &lt;/i&gt; &#187;. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment tu te sens plus de 1 000 jours apr&#232;s le d&#233;clenchement de la guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas l'impression que &#231;a fasse 1 000 jours, plus 2 000, ou encore plus que &#231;a. Certains de nos gars se sont retrouv&#233;s en captivit&#233; d&#232;s 2014. Cette guerre date vraiment. Mais elle a chang&#233; de dimension en 2022 : maintenant, &#231;a se joue avec l'arm&#233;e. Je pense surtout &#224; combien de jours cela va encore durer, et combien de temps on pourra continuer &#224; lutter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment es-tu venu &#224; l'antifascisme, et qu'est-ce que &#231;a voulait dire pour toi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je viens de la sc&#232;ne punk hardcore. En Ukraine, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, c'&#233;tait une petite communaut&#233; : les trucs d'extr&#234;me gauche ne sont pas tr&#232;s populaires par ici. Nos concerts se faisaient parfois attaquer par des n&#233;o-nazis, donc on a d&#251; apprendre &#224; se d&#233;fendre. On s'est organis&#233;s dans les tribunes du FC Arsenal de Kyiv en cr&#233;ant un club d'ultras antifa. Il nous fallait des espaces, l'extr&#234;me droite &#233;tait omnipr&#233;sente, dans la rue comme dans les tribunes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#192; Ma&#239;dan, je crois qu'on a surtout gagn&#233; de l'exp&#233;rience &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que je suis devenu hooligan &#224; 100 %. J'ai particip&#233; &#224; la cr&#233;ation du Hoods hoods klan, un club de supporters ultras port&#233; par des valeurs antifascistes. C'&#233;tait violent, on se retrouvait souvent &#224; se battre contre les ultras des autres clubs, notamment ceux du Dynamo Kyiv. Plusieurs de nos gars ont &#233;t&#233; gravement bless&#233;s, mais on en a aussi envoy&#233; quelques-uns &#224; l'h&#244;pital. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin 2013, tu descends sur la place Ma&#239;dan et prends part au soul&#232;vement contre le r&#233;gime pro-russe du pr&#233;sident Ianoukovitch. Tr&#232;s vite, les ultras se retrouvent en premi&#232;re ligne sur les barricades pour faire face aux flics et aux milices. Comment &#231;a se passe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ultras ont l'habitude de faire corps et entre groupes, il y a beaucoup d'inimiti&#233;s politiques, c'est pourquoi il nous arrive souvent de nous battre. Mais &#224; Ma&#239;dan, on a d&#233;cid&#233; de signer un accord de paix entre les diff&#233;rents mouvements ultras. Les ennemis d'hier se sont retrouv&#233;s ensemble pour faire front avec les manifestants et r&#233;sister face &#224; la police et aux milices. Bien s&#251;r, les conflits politiques n'ont pas pour autant disparu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; partir de quand r&#233;alises-tu que ce qu'il se joue est r&#233;volutionnaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je l'ai r&#233;alis&#233; quand les combats avec la police ont commenc&#233;, devant l'ampleur de la r&#233;pression, quand les gens ont commenc&#233; &#224; dispara&#238;tre, &#224; &#234;tre emmen&#233;s en for&#234;t sans jamais revenir, &#224; &#234;tre tortur&#233;s&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Ukraine : la violence de la r&#233;pression renforce les mobilisations &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;... L'Europe a une grande exp&#233;rience des &#233;meutes, des luttes et des r&#233;volutions. Mais en Ukraine, c'est &#224; ce moment-l&#224; que &#231;a a commenc&#233;. C'&#233;tait notre premi&#232;re fois, on n'avait aucune id&#233;e de ce qu'on pouvait faire. &#192; Ma&#239;dan, je crois qu'on a surtout gagn&#233; de l'exp&#233;rience. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre commence en 2014, dans l'Est, avec l'annexion de la Crim&#233;e et la prise d'armes des s&#233;paratistes soutenus directement par la Russie. Qu'est-ce que tu fais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s Ma&#239;dan, quand l'invasion a commenc&#233;, je suis all&#233; &#224; Louhansk, dans le Donbass, avec le bataillon A&#239;dar, une unit&#233; militaire constitu&#233;e de volontaires pour se battre contre les Russes et les s&#233;paratistes. On n'&#233;tait que quelques antifas &#224; y aller. Il y avait pas mal de nationalistes et de combattants d'extr&#234;me droite aussi, notamment des ultras. &#192; mes yeux, r&#233;sister &#224; cette invasion russe &#233;tait directement li&#233; &#224; ce pour quoi on luttait &#224; Ma&#239;dan : pour notre ind&#233;pendance, pour notre libert&#233; vis-&#224;-vis de notre voisin imp&#233;rialiste. Mais je ne suis pas rest&#233; longtemps. Il y a eu le cessez-le-feu [&lt;i&gt;accords de Minsk I et II en 2014-2015 pour tenter de mettre fin &#224; la guerre, ndlr&lt;/i&gt;], et l'arm&#233;e a int&#233;gr&#233; le bataillon auquel j'appartenais dans l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Pour moi, il n'&#233;tait pas question de signer un contrat long avec l'arm&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Dans le Donbass, j'ai vu des in&#233;galit&#233;s de dingue, la pauvret&#233; et des ultras-riches jusqu'&#224; l'absurde ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le Donbass, j'ai vu les explosions, j'ai parl&#233; avec les gens, j'ai vu des in&#233;galit&#233;s de dingue, la pauvret&#233; et des ultras-riches jusqu'&#224; l'absurde ! Tu vois &#231;a, et tu comprends tout. On dit souvent que Donetsk et le Donbass avec toutes leurs mines et industries lourdes nourrissent les autres r&#233;gions, mais en fait &#231;a nourrit surtout les riches et les pourris du gouvernement de la r&#233;gion. Apr&#232;s, j'ai fait une tourn&#233;e en Europe dans diff&#233;rents lieux antifas pour parler de Ma&#239;dan depuis la perspective de ceux qui l'ont v&#233;cu. &#192; Barcelone, on a rencontr&#233; des gens pro-s&#233;paratistes, m&#233;fiants vis-&#224;-vis de nous, pensant qu'on &#233;tait &lt;i&gt;brainwash&#233;s&lt;/i&gt; par l'Union europ&#233;enne et l'OTAN. Ils nous disaient qu'ils avaient leurs infos sur des m&#233;dias ind&#233;pendants, mais des m&#233;dias ind&#233;pendants qui s'appelaient Sputnik ou Russia Today... Financ&#233;s par les Russes ! Nous on &#233;tait l&#224; pour lutter contre cette propagande et faire circuler nos r&#233;cits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2022, la guerre change compl&#232;tement d'ampleur, et tu d&#233;cides de partir combattre. Est-ce que c'&#233;tait un d&#233;bat de participer &#224; la guerre dans une perspective antifasciste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi c'&#233;tait tr&#232;s clair : c'&#233;tait une invasion imp&#233;rialiste faite par un dictateur qui voulait entrer dans l'histoire. Je devais aller me battre. Notre gouvernement n'est pas parfait, notre pays non plus, mais pour moi la question &#233;tait : &#8220;Est-ce que c'est ma guerre ?&#8221; J'habite ici, les Russes envahissent, tuent, s'accaparent et d&#233;truisent tout, donc oui, il fallait que je fasse quelque chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus de 1000 jours apr&#232;s, la pression se fait de plus en plus forte sur les personnes &#171; mobilisables &#187;. Comment vis-tu &#231;a ? Toi, c'est dans ta t&#234;te, la possibilit&#233; de l'exil ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai r&#233;fl&#233;chi &#224; fuir l'Ukraine, oui. &#199;a reste un sujet qui plane dans un coin de ma t&#234;te. C'est tellement &#233;puisant la guerre, que parfois je me dis &#8220;fuck that shit,&lt;i&gt; je me casse&lt;/i&gt;&#8221;. Au d&#233;but, on a eu des camarades, et des gens de tous les mouvements ultras, qui se sont exil&#233;s, l&#233;galement ou ill&#233;galement. Je n'ai pas envie de juger, c'est &#224; eux de dire si c'&#233;tait une bonne d&#233;cision ou pas. Mais quand tu vois toutes ces villes et villages compl&#232;tement ras&#233;s, la violence de l'occupation, moi j'ai quand m&#234;me du mal &#224; concevoir la fuite. Et puis, pour qu'un mouvement anti-autoritaire puisse continuer d'exister, m&#234;me en temps de guerre, il faut bien qu'il y ait des gens qui le d&#233;fendent de l'int&#233;rieur. Sinon, politiquement, vous &#234;tes morts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Pour moi c'&#233;tait tr&#232;s clair : c'&#233;tait une invasion imp&#233;rialiste faite par un dictateur qui voulait entrer dans l'histoire &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en est-il de la solidarit&#233; internationale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans notre groupe, il y a des gens d'Espagne, de Bi&#233;lorussie, d'Allemagne, qui nous ont rejoints pour se battre. Des collectifs nous envoient des voitures, du matos comme des drones, des m&#233;docs, des thunes.... Mais m&#234;me si beaucoup de r&#233;fugi&#233;s de guerre se d&#233;carcassent pour nous soutenir, &#231;a diminue par rapport au d&#233;but. Ce qui est important, c'est de dire la v&#233;rit&#233; de ce qu'il se passe ici, de dire ce que c'est de vivre sous l'occupation d'un &#201;tat imp&#233;rialiste. Il faut en parler dans les milieux de gauche et les milieux anarchistes. Poutine ne s'arr&#234;tera pas l&#224; o&#249; il est, les gens doivent comprendre que &#231;a va durer des d&#233;cennies. On doit &#233;largir nos regards. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Ukraine : la violence de la r&#233;pression renforce les mobilisations &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (31/01/2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chef, oui chef</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Chef-oui-chef</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Chef-oui-chef</guid>
		<dc:date>2024-11-14T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>
		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans Le Proph&#232;te rouge : enqu&#234;te sur la r&#233;volution, le charisme et la domination (La D&#233;couverte, 2024), la sociologue Julie Pagis d&#233;cortique l'histoire hallucin&#233;e d'un groupe de mao&#239;stes et de leur myst&#233;rieux leader, et signe un ouvrage fascinant &#224; l'adresse des militants d'aujourd'hui. En 1971, Paul, jeune militant mao&#239;ste, est vid&#233; de ses espoirs r&#233;volutionnaires n&#233;s avec la ferveur de 1968. &#201;tabli dans une petite usine de machines &#224; &#233;crire, il s'ab&#238;me le corps et la t&#234;te en r&#234;vant d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no235-novembre-2024-235" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;235 (novembre 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2024-11-14_a_14.11_59-bfd5c.png?1768676179' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Proph&#232;te rouge : enqu&#234;te sur la r&#233;volution, le charisme et la domination&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2024), la sociologue Julie Pagis d&#233;cortique l'histoire hallucin&#233;e d'un groupe de mao&#239;stes et de leur myst&#233;rieux leader, et signe un ouvrage fascinant &#224; l'adresse des militants d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH316/web_235_14_chavak_charisme_620px-99b57.jpg?1768676180' width='500' height='316' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Ma&#239;da Chavak
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n 1971, Paul, jeune militant mao&#239;ste, est vid&#233; de ses espoirs r&#233;volutionnaires n&#233;s avec la ferveur de 1968. &#201;tabli dans une petite usine de machines &#224; &#233;crire, il s'ab&#238;me le corps et la t&#234;te en r&#234;vant d'un Grand Soir de plus en plus vaporeux. Un soir de r&#233;union avec quelques camarades, &#171; &lt;i&gt;une sorte de messie&lt;/i&gt; &#187; appara&#238;t : le tr&#232;s charismatique Fernando, r&#233;fugi&#233; espagnol antifranquiste de retour de Chine. Paul se sent tout de suite embarqu&#233; par sa proposition de mise en pratique ici et maintenant de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envo&#251;t&#233;s et conquis, une quinzaine d'hommes et femmes rejoignent aussi ce qu'ils ne tarderont pas &#224; nommer &#171; l'Organisation &#187;, constitu&#233;e telle une avant-garde r&#233;volutionnaire pr&#234;te &#224; tous les sacrifices pour la cause. Suivant les directives du &#171; &lt;i&gt;camarade F&lt;/i&gt; &#187;, &#224; la rh&#233;torique imbattable et &#224; l'aura immense, les militants font table rase de leur pass&#233;. Ils entrent pour de bon &#224; l'usine et rejettent violemment tout ce qu'ils jugent &#234;tre des r&#233;flexes petits-bourgeois. Petit &#224; petit, le groupe s'isole pour s'installer dans &#171; le B&#226;timent &#187;, un ancien couvent &#224; Clichy qu'il occupe sur le mod&#232;le de la commune populaire chinoise de Tatchai. Entre ses murs et hors du monde, le cauchemar va durer des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Jusqu'o&#249; peut-on aller pour la cause ? Comment s'efface l'esprit critique ?&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Violences de genre, emprise et manipulation, participation volontaire &#224; un totalitarisme, soumission&#8230; Dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/le_prophete_rouge-9782348078897&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Proph&#232;te rouge : enqu&#234;te sur la r&#233;volution, le charisme et la domination&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2024), la sociologue Julie Pagis, d&#233;j&#224; autrice de plusieurs ouvrages sur les trajectoires de ceux qui ont v&#233;cu les &#233;v&#233;nements de 68, plonge dans cette histoire d&#233;lirante et y d&#233;cortique les ressorts de la domination charismatique. Pris dans une s&#233;rie d'engrenages orchestr&#233;s par leur chef, les membres de l'organisation collectivisent les enfants, s'&#233;charpent sur leurs coupes de cheveux trop bourgeoises ou projettent l'assassinat d'un des leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyant sur les carnets de notes terrifiants tir&#233;s des archives de l'Organisation et sur les t&#233;moignages des rescap&#233;s, elle livre un polar tenu par des questions aux mille &#233;chos : jusqu'o&#249; peut-on aller pour la cause, comment s'efface l'esprit critique, etc. Et fait marquant : elle n'omet pas pour autant la part de lumi&#232;re et d'enthousiasme qui sous-tendait toute cette exp&#233;rience. &#171; &lt;i&gt;Encharism&#233;e&lt;/i&gt; &#187; par la personnalit&#233; de Fernando et fragilis&#233;e par sa longue enqu&#234;te, la chercheuse a bataill&#233; pour l'&#233;crire, tenue par l'id&#233;e de &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer la parole dans les milieux militants&lt;/i&gt; &#187; et l'importance d'interroger &#171; &lt;i&gt;notre commune vuln&#233;rabilit&#233; face au pouvoir charismatique [&#8230;] pour regarder ce probl&#232;me en face et &#233;viter que nos r&#234;ves ne se terminent fatalement dans le cimeti&#232;re des utopies&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#238;le &#224; Dijon</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Une-ile-a-Dijon</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Une-ile-a-Dijon</guid>
		<dc:date>2024-05-24T08:52:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Des pirates voguent depuis quelques mois entre fermes, squats, ZAD, salles associatives et refuges de montagne pour projeter un petit bijou de cin&#233;ma : Une &#238;le et une nuit, un film de fiction en onze langues, sans sous-titres, imagin&#233; et r&#233;alis&#233; collectivement dans le quartier libre des Lentill&#232;res &#224; Dijon. De dr&#244;les de bateaux errent sur des mers impr&#233;visibles, des oc&#233;ans de papier et de temp&#234;tes, sur des eaux pleines de dauphins et de voitures de cond&#233;s. &#192; bord, les passager&#183;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no230-en-kiosque" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;230 (mai 2024)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des pirates voguent depuis quelques mois entre fermes, squats, ZAD, salles associatives et refuges de montagne pour projeter un petit bijou de cin&#233;ma : &lt;i&gt;Une &#238;le et une nuit&lt;/i&gt;, un film de fiction en onze langues, sans sous-titres, imagin&#233; et r&#233;alis&#233; collectivement dans le quartier libre des Lentill&#232;res &#224; Dijon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5629 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_230_14_lentill_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/web_230_14_lentill_1200px-61d71.jpg?1768676180' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;e dr&#244;les de bateaux errent sur des mers impr&#233;visibles, des oc&#233;ans de papier et de temp&#234;tes, sur des eaux pleines de dauphins et de voitures de cond&#233;s. &#192; bord, les passager&#183;es s'expriment en polonais, anglais, turc ou arabe, et emportent &#224; leurs c&#244;t&#233;s des valises, des histoires, des r&#234;ves et des cauchemars. En mer depuis longtemps, &#233;puis&#233;&#183;es, perdu&#183;es entre leurs souvenirs et leurs espoirs. D'autres naviguent avec leurs guitares sous le bras, en qu&#234;te de fonds o&#249; jeter l'ancre. Enfin, la terre ! Une &#238;le verte, &#224; la v&#233;g&#233;tation luxuriante et pleine de vie, v&#233;ritable r&#233;serve de biodiversit&#233; o&#249; se croisent et s'affairent des joueuses de trompette, des jardiniers, des cyclistes, des plongeurs palm&#233;s et des cuistots masqu&#233;s en tenues bariol&#233;es. Au milieu des arbres apparaissent des cabanes et d'autres bateaux, des pies et des abeilles, de petites caravanes et de curieuses constructions. &#192; peine d&#233;barqu&#233;&#183;es, les yeux grands ouverts, on les embarque aussit&#244;t dans une danse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#238;le de pirates &#224; l'ombre d'immenses buildings ternes, c'est une vision symbolique, mais pas si &#233;loign&#233;e, du Quartier libre des Lentill&#232;res : neuf hectares de terres agricoles en plein c&#339;ur de Dijon, squatt&#233;s depuis 14 ans malgr&#233; la voracit&#233; des promoteurs immobiliers1. Un refuge pour tous les imaginaires et un bastion merveilleux. Un espace de lutte et d'&#233;mancipation, au cin&#233;ma comme dans la vraie vie, qui r&#233;siste &#224; l'assaut de terrifiants paquebots au cin&#233;ma. En une heure quarante de pellicule argentique en 16 mm, &lt;i&gt;Une &#238;le et une nuit&lt;/i&gt; nous raconte par la fiction un lieu de lutte, de f&#234;te, de mara&#238;chage et de solidarit&#233;. Un lieu autog&#233;r&#233; o&#249; vivent aujourd'hui entre 70 et 100 personnes et o&#249; s'invente une autre fa&#231;on d'&#234;tre au monde. Les membres du collectif ont trouv&#233; le moyen de mettre en image le bouillonnement des lieux qu'ils habitent. Gr&#226;ce &#224; d'ing&#233;nieuses trouvailles, des effets sp&#233;ciaux maison et des bricolages qui ravivent la magie du cin&#233;ma, cette &lt;i&gt;&#238;le &lt;/i&gt;devient le reflet des imaginaires de ses habitant&#183;es et usager&#183;es. Construisant une &#339;uvre o&#249; l'on se perd, des &#233;toiles plein les yeux, emport&#233;&#183;es par une bande-son du tonnerre et l'envie de hisser les voiles pour rejoindre cette terre refuge. M&#234;me si la menace des tractopelles p&#232;se &#224; nouveau sur le quartier depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, les cin&#233;astes et habitant&#183;es des Lentill&#232;res le prouvent encore : la flamme de la r&#233;bellion et de l'autonomie br&#251;le toujours.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour plus d'information sur les dates de projection du film : &lt;a href=&#034;http://piratesdeslentilleres.net./&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;piratesdeslentilleres.net.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fissurer les murs du capitalisme urbain</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Fissurer-les-murs-du-capitalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Fissurer-les-murs-du-capitalisme</guid>
		<dc:date>2024-01-19T09:38:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Phil&#233;mon Collafarina</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De squats en jardins populaires, de Barcelone &#224; Dijon, le collectif Asphalte est parti &#224; la rencontre des luttes urbaines et en a tir&#233; un livre, Tenir la ville &#8211; Luttes et r&#233;sistances contre le capitalisme urbain (&#233;d. Les &#201;taques). Rencontre avec deux des coordinateurs du volume, Matthieu et Am&#233;rico. Les attaques &#224; l'encontre du droit au logement se multiplient ces derniers temps en France. Pourtant, votre constat, c'est qu'elles ne mobilisent pas. Matthieu : &#171; Au moment des lois (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no226-janvier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;226 (janvier 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Philemon-Collafarina" rel="tag"&gt;Phil&#233;mon Collafarina&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH150/web_226_11_philemon-collafarina_ville_1200px-3f693.jpg?1768676181' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De squats en jardins populaires, de Barcelone &#224; Dijon, le collectif Asphalte est parti &#224; la rencontre des luttes urbaines et en a tir&#233; un livre, &lt;i&gt;Tenir la ville &#8211; Luttes et r&#233;sistances contre le capitalisme urbain&lt;/i&gt; (&#233;d. Les &#201;taques). Rencontre avec deux des coordinateurs du volume, Matthieu et Am&#233;rico.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5431 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_226_11_philemon-collafarina_ville_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/web_226_11_philemon-collafarina_ville_1200px-5ec14.jpg?1768676181' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;illustration Phil&#233;mon Collafarina
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es attaques &#224; l'encontre du droit au logement se multiplient ces derniers temps en France. Pourtant, votre constat, c'est qu'elles ne mobilisent pas.
&lt;/strong&gt;
&lt;i&gt;
Matthieu&lt;/i&gt; : &#171; Au moment des lois Kasbarian-Berg&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vot&#233;e en juillet dernier, la loi Kasbarian-Berg&#233; aggrave les sanctions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, on &#233;tait 200 &#224; manifester &#224; Lyon, et j'en connaissais la moiti&#233;. Alors que c'&#233;tait en plein mouvement contre la r&#233;forme des retraites ! Pourtant, la question du logement et de l'espace est fondamentale, entre le pognon que &#231;a nous co&#251;te de nous loger et de nous d&#233;placer, les possibilit&#233;s de s'organiser qui en d&#233;pendent et les rythmes que &#231;a nous impose. C'est pour &#231;a qu'on appelle &#224; politiser la production de l'espace. Et puis, l'utopie, elle se construit aussi par l'espace. On doit y r&#233;fl&#233;chir pour imaginer le monde vers lequel on veut tendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout le monde est aux prises avec des gal&#232;res de loyer, d'insalubrit&#233;, de propri&#233;taire, voire de quartier. Vous appelez &#224; sortir de cet isolement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Am&#233;rico &lt;/i&gt; : &#171; Les habitants s'organisent d&#233;j&#224; pour rendre leurs espaces de vie habitables, il y a des luttes et un rapport de forces. Mais il faut avoir une r&#233;flexion g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#233;chelle du quartier, de la ville. D&#233;fendre son logement, mais aussi celui des autres. Quand on s'occupe de l'am&#233;nagement d'une place mais pas du prix des logements autour, on se tire une balle dans le pied, et inversement. Il faut penser des alliances entre des populations qui ont des int&#233;r&#234;ts diff&#233;rents, voire divergents, par exemple entre propri&#233;taires occupants et locataires. &#192; l'inverse il s'agit aussi de casser des alliances, par exemple au sein de la classe d'encadrement entre urbaniste, architectes et pouvoir public et capital. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il faut exploser le terme &#8220;gentrification&#8221; qui est un &#233;cran de fum&#233;e, pour voir les ph&#233;nom&#232;nes qu'il y a derri&#232;re &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Tenir la ville&lt;/i&gt;, vous &#233;vitez le terme &#171; gentrification &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Matthieu&lt;/i&gt; : &#171; Les militants appellent &#8220;gentrification&#8221; le remplacement d'une population pauvre par une population plus riche. Or, en utilisant ce terme, ils importent le &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;gentrifieur&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt; et la responsabilit&#233; individuelle, et ratent la cible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
Am&#233;rico&lt;/i&gt; : &#171; Exactement comme pour Marseille capitale europ&#233;enne de la culture en 2013. On en a voulu aux artistes, mais ils sont venus bosser l&#224; o&#249; on leur proposait du boulot. La cible, c'est les promoteurs, les am&#233;nageurs, Gaudin, etc. Il faut exploser le terme &#8220;gentrification&#8221; qui est un &#233;cran de fum&#233;e, pour voir les ph&#233;nom&#232;nes qu'il y a derri&#232;re. On a plut&#244;t int&#233;r&#234;t &#224; parler de s&#233;gr&#233;gation sociale ou de pouvoir autoritaire sur l'espace. Le concept de gentrification fabrique plus d'impuissance qu'autre chose. Je soul&#232;ve un probl&#232;me et il faudrait que je disparaisse pour que le probl&#232;me disparaisse ? Si une th&#233;orie m'am&#232;ne &#224; &#231;a, c'est qu'il y a un probl&#232;me. &#192; Douarnenez, par exemple, le probl&#232;me, ce n'est pas les gens qui viennent, c'est la m&#233;canique du foncier qui est &#224; l'&#339;uvre&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Douarnenez : ni volets ferm&#233;s, ni ghettos dor&#233;s &#187;, CQFD n&#176;221 (juin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Et comment s'attaquer &#224; une m&#233;canique du foncier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Am&#233;rico&lt;/i&gt; : &#171; En la d&#233;signant. La d&#233;crire, la rendre visible, c'est important. Qui, quoi, comment, combien ? Il faut &#234;tre capable de dire de combien les loyers montent, de chiffrer pr&#233;cis&#233;ment. Il faut un savoir collectif et &#234;tre capables d'expliquer pourquoi c'est plus cher, politiser ces questions-l&#224;. Ensuite, on occupe le terrain. On squatte &#8211; pour habiter, pour s'abriter, pour s'activer. La principale arme face &#224; la propri&#233;t&#233;, c'est toujours le vol. Et on ne parle pas forc&#233;ment d'un truc avec un drapeau et des gens qui revendiquent, c'est souvent de fa&#231;on tr&#232;s discr&#232;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Se battre pour contr&#244;ler le loyer et le droit au logement, c'est aussi une mani&#232;re de contrer la rente fonci&#232;re &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le livre, vous parlez de l'exp&#233;rience communaliste en Espagne ou de la propri&#233;t&#233; d'usage&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Type de propri&#233;t&#233; bas&#233; sur l'attachement et l'usage reconnu d'un bien, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, un principe qui commence &#224; faire du bruit en France.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Am&#233;rico&lt;/i&gt; : &#171; Ces exp&#233;riences posent les questions centrales de l'organisation et du politique. Avec la propri&#233;t&#233; d'usage, on institue quelque chose qui perdure au-del&#224; des volont&#233;s individuelles. On va plus loin que le partage de la bagnole, on fabrique du commun. Autre exemple tr&#232;s concret en Uruguay, avec la coop&#233;rative de logement par aide mutuelle. Elle repose sur une logique de propri&#233;t&#233; collective et d'autogestion mais soutenue par des pr&#234;ts bancaires garantis par l'&#201;tat. Sans &#234;tre r&#233;volutionnaire, &#231;a permet de d&#233;gager de l'espace pour les classes populaires et de diminuer les loyers. C'est un droit au logement inscrit dans la lutte des classes. Se battre pour contr&#244;ler le loyer et le droit au logement, c'est aussi une mani&#232;re de contrer la rente fonci&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Vous pointez le risque de bulles individualistes, des &#171; en-dehors &#187; qui d&#233;fendent de petits espaces. Est-ce que ce qu'il manque, c'est une r&#233;flexion g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#233;chelle de la ville ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
Am&#233;rico&lt;/i&gt; : &#171; On a tendance &#224; ne s'int&#233;resser qu'&#224; des fractions de la ville qui nous concernent : c'est-&#224;-dire les centres-villes, qui se gentrifient. On va aussi chercher le quartier populaire pas trop loin, on l'id&#233;alise, on veut le d&#233;fendre. Mais depuis 20 ans en France, on a laiss&#233; passer le plus grand programme de dispersion de la classe populaire et de destruction de logements qui est la r&#233;novation urbaine. Et &#231;a continue ! La r&#233;novation urbaine, &#231;a veut dire d&#233;truire et reconstruire un endroit, pas le r&#233;habiliter. Depuis les ann&#233;es 2000, c'est 700 quartiers concern&#233;s. C'est guid&#233; par un crit&#232;re majeur : la mixit&#233; sociale. C'est-&#224;-dire installer des logements chers dans un quartier pas cher, et donc emp&#234;cher les gens qui n'en ont pas les moyens de vivre &#224; un endroit, les d&#233;placer, et en pousser d'autres &#224; s'y installer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, &#231;a sonne bien, la mixit&#233; sociale&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
Matthieu&lt;/i&gt; : &#171; Il y a tout un emballage, un vocabulaire hyper lisse pour faire de l'urbanisme un truc compliqu&#233; &#224; attraper. &#202;tre contre un &#233;coquartier, contre la participation, contre la mixit&#233; sociale, ce n'est pas simple. Mais c'est des termes compl&#232;tement creux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les promoteurs et les am&#233;nageurs sont des g&#233;ants qui semblent insaisissables&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
Matthieu&lt;/i&gt; : &#171; Les acteurs qui am&#233;nagent l'espace sont souvent de gros promoteurs, l'&#201;tat, les collectivit&#233;s territoriales et des bo&#238;tes de BTP qui travaillent main dans la main. On se figure un rouleau compresseur contre lequel il serait absolument impossible de faire quoi que ce soit. Mais il faut combattre cette image. Ces acteurs font des erreurs. En prenant des interstices, en saisissant les petits endroits o&#249; on est capable d'attraper du pouvoir, en s'engouffrant dans les br&#232;ches, en &#233;tant aussi dans la frontalit&#233;, il y a moyen de fissurer ce truc. Ce monstre, c'est un colosse aux pieds d'argile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont nos armes face &#224; ce colosse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Matthieu&lt;/i&gt; : &#171; Les grands projets urbains, ils se construisent et s'&#233;talent sur des d&#233;cennies, parfois 40 ou 50 ans. Face &#224; &#231;a, le droit est un outil important. Et puis des organisations vont se mettre en place, il n'y a pas le choix : des syndicats de quartier, des associations. Mais n&#233;gocier avec les pouvoirs publics peut mener &#224; une forme d'institutionnalisation. Le risque, c'est de se faire bouffer. La critique se fait ing&#233;rer, et &#231;a finit par donner la d&#233;mocratie participative. C'est une arnaque. Choisir le nom du boulodrome quand on n'a pas choisi que c'&#233;tait un boulodrome qu'on construirait ici, on s'en tape un peu. L'autre perspective, c'est quand la lutte surgit, quand elle devient explosive. &#202;tre capable de foutre le zbeul, c'est tout aussi important que le droit et l'organisation. Ni l'un ni l'autre ne sont une solution en soi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;Propos recueillis par Robin Bouctot&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Vot&#233;e en juillet dernier, la loi Kasbarian-Berg&#233; aggrave les sanctions contre les occupations ill&#233;gales, acc&#233;l&#232;re les proc&#233;dures d'expulsion et punit le soutien aux squatteurs. Voir notre article &#171; Virez ce squat que je ne saurais voir &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;216 (janvier 2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Douarnenez-ni-volets-fermes-ni&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Douarnenez : ni volets ferm&#233;s, ni ghettos dor&#233;s&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;221 (juin 2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Type de propri&#233;t&#233; bas&#233; sur l'attachement et l'usage reconnu d'un bien, et non sur la d&#233;tention d'un titre de propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Cantine des Pyr&#233;n&#233;es : dix ans de bouffe subversive</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-Cantine-des-Pyrenees-dix-ans-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/La-Cantine-des-Pyrenees-dix-ans-de</guid>
		<dc:date>2023-07-21T09:16:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Manon Raupp</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Par quel miracle un chanteur d'op&#233;ra, un mec SDF, une chercheuse, une personne sans-papiers et un ouvrier du b&#226;timent peuvent-ils se retrouver ensemble derri&#232;re les fourneaux ? La sc&#232;ne se passe au milieu des grosses gamelles de la Cantine des Pyr&#233;n&#233;es, &#224; Paris, o&#249; une autre fa&#231;on de faire soci&#233;t&#233; se construit depuis une dizaine d'ann&#233;es. &#192; table ! Des cris s'&#233;chappent par les portes grandes ouvertes du 77 rue de la Mare, sur les hauteurs de Belleville, dans le XXe arrondissement de Paris. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no222-juillet-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;222 (juillet-ao&#251;t-septembre 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Manon-Raupp" rel="tag"&gt;Manon Raupp&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par quel miracle un chanteur d'op&#233;ra, un mec SDF, une chercheuse, une personne sans-papiers et un ouvrier du b&#226;timent peuvent-ils se retrouver ensemble derri&#232;re les fourneaux ? La sc&#232;ne se passe au milieu des grosses gamelles de la Cantine des Pyr&#233;n&#233;es, &#224; Paris, o&#249; une autre fa&#231;on de faire soci&#233;t&#233; se construit depuis une dizaine d'ann&#233;es. &#192; table !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5263 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_222_manonraupp_v3_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/web_222_manonraupp_v3_1200px-c8410.jpg?1768676182' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Manon Raupp
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;es cris s'&#233;chappent par les portes grandes ouvertes du 77 rue de la Mare, sur les hauteurs de Belleville, dans le XXe arrondissement de Paris. Un torrent de caf&#233; vient de se d&#233;verser sur le sol, une pile de prospectus et le tee-shirt d'Agn&#232;s. Une sombre histoire d'ondes n&#233;gatives d'apr&#232;s le &#171; &lt;i&gt;roi Fran&#231;ois&lt;/i&gt; &#187;, habitu&#233; des lieux et des envol&#233;es improbables. Derri&#232;re, tout le monde se marre autour d'une table o&#249; tr&#244;nent des cagettes de tomates et de courgettes un peu caboss&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Allez les gens, elles ne vont pas s'&#233;plucher toutes seules&lt;/i&gt; &#187;, tonne Sofia en sortant une caisse pleine de couteaux et d'&#233;conomes. Les cuistots du jour, m&#233;lange d'habitu&#233;s et de nouveaux un peu intimid&#233;s par les grandes gueules, se lancent. &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'on peut pr&#233;parer avec tout &#231;a ?&lt;/i&gt; &#187; Il est 9 h 30, et, comme presque tous les matins, c'est un joyeux bordel &#224; la Cantine des Pyr&#233;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence en 2013, dans un immeuble vide squatt&#233; par des militants proches du milieu autonome, au 331 rue des Pyr&#233;n&#233;es, &#224; 500 m&#232;tres du local actuel&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La cantine des Pyr&#233;n&#233;es &#187;, CQFD n&#176;111 (mai 2013).&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un lieu en plein c&#339;ur de Belleville, quartier historiquement populaire du nord-est de Paris, toujours un peu plus menac&#233; et grignot&#233; par la gentrification. Quelques personnes s'installent dans les &#233;tages et l'atelier cantine, imagin&#233; d&#232;s les origines de l'occupation, se met en place au rez-de-chauss&#233;e. Le plan : cuisiner en groupe, dans un esprit d'entraide et de solidarit&#233;, et servir une petite centaine de repas &#224; prix libre quotidiennement. &#171; &lt;i&gt;On voulait que ce soit le plus ouvert possible, sortir de notre entre-soi politique et proposer un lieu &#233;mancipateur pour des personnes qui ne sont pas initi&#233;es &#224; Marx ou &#224; Gramsci. Que ce soit accessible et appropriable par tous, tout en gardant notre subversivit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, retrace Samuel en d&#233;coupant de la ciboulette. En parall&#232;le, d'autres ateliers gratuits sont cr&#233;&#233;s : des cours de fran&#231;ais, une aide juridique, des repas de soutien pour d'autres lieux et luttes, des sessions de bricolage, un atelier sant&#233; et d'autres d'&#233;ducation populaire. &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e avec l'atelier cantine, c'&#233;tait de r&#233;pondre &#224; un besoin commun, manger, tout en sortant d'une logique marchande.&lt;/i&gt; &#187; Et, tout de suite, &#231;a marche. Des tas de curieux poussent la porte. Les habitants du quartier s'approprient les lieux. Des m&#233;decins, des sans-abris, des militants, des pr&#233;caires, des universitaires et des retrait&#233;s se retrouvent derri&#232;re les fourneaux. Merveilleuse alchimie. Jusqu'&#224; l'expulsion, un an et demi plus tard. &#171; &lt;i&gt;Il &#233;tait hors de question de s'arr&#234;ter. On a fait quelques cantines sauvages sur le trottoir et, en 2016, on est arriv&#233; ici&lt;/i&gt; &#187;, poursuit Samuel, prof d'&#233;checs engag&#233; dans le collectif quasiment depuis le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Popotes, autogestion et solidarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chat roux un peu f&#233;brile lape un bol de lait en plein milieu de l'entr&#233;e et manque de faire chuter Zazie, en retard et mal lun&#233;e. Gadget chante Ferr&#233; en touillant les oignons dans une &#233;norme cocotte. Juliette se lance dans un fondant au chocolat et Rosario enfourne les l&#233;gumes. Deux jeunes s'attardent devant les fen&#234;tres, h&#233;sitent puis franchissent le pas. &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que vous faites ?&lt;/i&gt; &#187; Dix minutes plus tard, elles ont un tablier sur le dos. &#171; Ici, on se sent vite chez soi &#187;, assure Isa, habitante du quartier. Sofia, dont la voix puissante r&#233;sonne dans la Cantine, est arriv&#233;e un peu par hasard il y a quelques ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Le 115 me donnait parfois l'h&#244;tel qui est pas loin en bas, et un jour, on m'a dit que je n'avais plus de place. Je remontais la rue, je suis pass&#233;e devant la Cantine et voil&#224;, c'est devenu la maison.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s ses nuits &#224; l'a&#233;roport de Roissy, elle est une des premi&#232;res &#224; se pointer chaque matin. &#171; &lt;i&gt;Il y a de l'ambiance, on s'engueule, on se marre, on cuisine tous ensemble, on s'aime. C'est pas comme les Restos du c&#339;ur et tout. Ici, c'est nous qui faisons tourner le lieu, c'est autog&#233;r&#233;. Et on mange bien !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e avec l'atelier cantine, c'&#233;tait de r&#233;pondre &#224; un besoin commun, manger, tout en sortant d'une logique marchande&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel de la nourriture utilis&#233;e en cuisine provient de la r&#233;cup&#233;ration d'invendus et de donations en vrac des habitants. Et, depuis un peu plus d'un an, la Cantine cultive un bout de terrain sur une ferme collective en Seine-et-Marne, &#224; une heure en transports de Belleville. De l'ail, des patates, des courges, des oignons&#8230; &#171; &lt;i&gt;On essaie de tendre doucement vers l'autosubsistance alimentaire. C'est un geste essentiel, et &#231;a permet &#224; beaucoup de gens de remettre les mains dans la terre&lt;/i&gt; &#187;, insiste Samuel, convaincu que la Cantine d&#233;montre en actes et depuis bient&#244;t dix ans les possibilit&#233;s pratiques de l'autonomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t midi, les tables sont dress&#233;es. L'ambiance banquet a un peu perdu de son charme depuis que la terrasse a &#233;t&#233; interdite sous la pression de certains voisins. &#171; &lt;i&gt;D&#232;s l'installation en 2016, le commissaire de police est all&#233; leur dire que c'&#233;taient des anarchistes, ou je sais pas quoi, qui s'&#233;taient install&#233;s en bas de chez eux. Alors que c'est pas &#231;a&lt;/i&gt; &#187;, grogne Sofia. &#171; &lt;i&gt;Ben si, un peu quand m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;, reprend Pauline, de passage apr&#232;s un spectacle de danse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une maman avec sa poussette, des ouvriers et deux &#233;tudiants en g&#233;ographie entrent tour &#224; tour. &#171; &lt;i&gt;Salut la cantine !&lt;/i&gt; &#187; Ahmid, &#224; la joie contagieuse, s'installe derri&#232;re la caisse, claque des bises et devient pote avec tous les nouveaux en moins de deux. Carlos se lance dans la plonge. Fran&#231;ois, le regard brillant et la voix un peu h&#233;sitante, sert les assiettes &#8211; un gaspacho de tomates, du pesto, des carottes et une omelette &#171; &lt;i&gt;fa&#231;on tortilla&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Je suis h&#233;berg&#233; dans le quartier et j'ai d&#233;couvert la Cantine par hasard il y a quelques jours. J'aime bien cet endroit, les gens prennent le temps de se rencontrer. D'habitude, on ne prend jamais le temps en ville, et je trouve &#231;a dommage&#8230; &lt;/i&gt; &#187; Symbole fort : des m&#233;decins de la maison de sant&#233; install&#233;e un peu plus haut dans le quartier recommandent &#224; des patients d&#233;pressifs et touch&#233;s par d'autres maladies psychiques de franchir les portes de la Cantine pour &#171; &lt;i&gt;sortir de l'isolement &lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Alexandre, &#233;galement membre du collectif. &#171; &lt;i&gt;Il y a peu d'espaces comme &#231;a dans la ville, des lieux participatifs o&#249; il y a de la place pour celles et ceux &#224; qui on n'en laisse aucune. Franchement, ici, c'est magnifique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le 30 septembre, une grande f&#234;te est pr&#233;vue &#224; la Parole errante, &#224; Montreuil, pour les 10 ans de la Cantine des Pyr&#233;n&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/La-cantine-des-Pyrenees' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La cantine des Pyr&#233;n&#233;es &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;111 (mai 2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Maurienne, la bataille des rails</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/En-Maurienne-la-bataille-des-rails</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/En-Maurienne-la-bataille-des-rails</guid>
		<dc:date>2023-07-12T13:15:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Estelle Cruz</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;pression et un dispositif policier d&#233;mesur&#233; ont douch&#233; les espoirs d'une rencontre entre les Soul&#232;vements de la Terre et le mouvement italien No Tav, tenus &#224; distance des chantiers du Lyon-Turin les 17 et 18 juin derniers. Et pourtant, au creux des montagnes, les graines de l'union des luttes ont &#233;t&#233; plant&#233;es. Samedi 17 juin, 11 heures, dans un champ grouillant d'activit&#233;, en vall&#233;e de la Maurienne (Savoie). Le chapiteau d&#233;borde. Partout, des visages souriants et d'autres masqu&#233;s, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no222-juillet-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;222 (juillet-ao&#251;t-septembre 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Estelle-Cruz" rel="tag"&gt;Estelle Cruz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;pression et un dispositif policier d&#233;mesur&#233; ont douch&#233; les espoirs d'une rencontre entre les Soul&#232;vements de la Terre et le mouvement italien No Tav, tenus &#224; distance des chantiers du Lyon-Turin les 17 et 18 juin derniers. Et pourtant, au creux des montagnes, les graines de l'union des luttes ont &#233;t&#233; plant&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Samedi 17 juin, 11 heures, dans un champ grouillant d'activit&#233;, en vall&#233;e de la Maurienne (Savoie). Le chapiteau d&#233;borde. Partout, des visages souriants et d'autres masqu&#233;s, des bleus de travail et des tenues color&#233;es, des habitants des montagnes et des militants venus de plus loin. Tout ce petit monde &#8211; 3 000 d'apr&#232;s la pr&#233;fecture, 5 000 selon les organisateurs &#8211; est r&#233;uni pour un week-end de lutte. Le camp tr&#233;pigne de s'attaquer &#224; un monstre : le m&#233;ga-chantier de la ligne &#224; grande vitesse Lyon-Turin et ses dizaines de kilom&#232;tres de tunnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imagin&#233; dans les ann&#233;es 1980 pour renforcer la connexion entre les m&#233;tropoles europ&#233;ennes et leur comp&#233;titivit&#233;, ce &#171; tube &#187; est perc&#233; dans les Alpes &#224; grand renfort d'argent public (le co&#251;t total du projet est aujourd'hui estim&#233; &#224; 26 milliards d'euros, loin des 8,6 milliards initialement pr&#233;vus). Une aberration et un carnage environnemental&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#8220;Des sources se tarissent&#8221; : les tunnels du Lyon-Turin menacent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; pour ces opposants qui y voient le symbole de ce monde d&#233;pass&#233; o&#249; une poign&#233;e de dirigeants d&#233;cide de l'avenir de tous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5245 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_lamontagnesesouleve_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH1198/web_cqfd_lamontagnesesouleve_1200px-c9f9b.jpg?1768676183' width='500' height='1198' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Estelle Cruz
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rassemblement en zone militaris&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur le camp, interdit partout et finalement mont&#233; en catastrophe &#224; l'entr&#233;e de la petite commune de La Chapelle, au fond de la vall&#233;e de la Maurienne, flotte ce doux m&#233;lange de joie, d'adr&#233;naline et d'espoir d'une grande journ&#233;e pour la lutte. &#171; &lt;i&gt;C'est l'imaginaire et la force amen&#233;e par les Soul&#232;vements de la Terre. On est pr&#234;t &#224; traverser le pays car on sent qu'il peut se passer quelque chose d'extraordinaire&lt;/i&gt; &#187;, confie Louis, venu de Paris. De l'autre c&#244;t&#233; des montagnes, les militants italiens du mouvement No Tav sont en route vers les versants fran&#231;ais, et l'on r&#234;ve d&#233;j&#224; &#224; ce moment de rencontre, aux chants et aux cris de ralliement, avant de, peut-&#234;tre, s'&#233;lancer vers les grilles d'un des nombreux chantiers d&#233;j&#224; engag&#233;s dans la vall&#233;e. Beaucoup l'ignorent encore, mais les infrastructures et les foreuses de Telt (Tunnel Euralpin Lyon Turin), le consortium d'entreprises qui chapeaute le projet, sont loin, tr&#232;s loin d'ici, &#224; plus de 20 kilom&#232;tres pour le plus proche.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;On est pr&#234;t &#224; traverser le pays car on sent qu'il peut se passer quelque chose d'extraordinaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les collectifs engag&#233;s dans l'organisation de ce week-end se sont heurt&#233;s &#224; un mur de pressions et d'interdictions, et peinent &#224; lister l'ensemble des plans mis en &#233;chec ces derni&#232;res semaines. Les pare-brise et r&#233;troviseurs d&#233;fonc&#233;s dans la nuit par des voisins t&#233;moignent d'un climat tendu qui a eu raison de la solidarit&#233; de plusieurs paysans. Le dispositif consid&#233;rable, 2 000 policiers et gendarmes d&#233;ploy&#233;s, plusieurs h&#233;licopt&#232;res et de nombreux arr&#234;t&#233;s pr&#233;fectoraux, a r&#233;duit &#224; n&#233;ant les espoirs d'atteindre les sites des travaux. Ces infos, essentielles, ne seront malheureusement partag&#233;es collectivement qu'en fin de journ&#233;e. &#171; &lt;i&gt;On est en zone militaris&#233;e depuis une semaine. Il faut voir comment ils font monter la pression et la peur&#8230; C'est eux qui font le choix de la violence en emp&#234;chant tout dialogue et en nous interdisant de manifester&lt;/i&gt; &#187;, soupire un habitant du coin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais on va o&#249; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le briefing ! Le briefing !&lt;/i&gt; &#187; Les prises de parole (d&#233;put&#233;s LFI, Conf&#233;d&#233;ration paysanne, Sud-Rail, habitants de la Maurienne en lutte, militants historiques du val de Suse, etc.) sont coup&#233;es par des petits groupes, agac&#233;s du manque d'informations sur le plan de la journ&#233;e. Quelles actions ? Quelles cibles ? Quels risques ? En parall&#232;le, une mauvaise nouvelle est confirm&#233;e : plusieurs bus affr&#233;t&#233;s par No Tav sont bloqu&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re. Pr&#232;s de 250 personnes sont &#224; bord, et une centaine ont re&#231;u des interdictions administratives du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un soleil assommant, le cort&#232;ge, guid&#233; par une grande outarde alpine, s'&#233;lance finalement &#224; pied, l'hypoth&#232;se d'un convoi en voiture ayant plan&#233; jusqu'au bout. Des drapeaux, des masques de huppes, des trompettes, des vieux, des jeunes, des boucliers et des banderoles renforc&#233;es tournent &#171; &#224; droite &#187;, destination ? Myst&#232;re. Le d&#233;cor est grandiose, &#171; &lt;i&gt;mais on va o&#249; ? On marche 30 bornes jusqu'au chantier ?&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s un petit kilom&#232;tre de marche enthousiaste sur la RD 1006, s&#233;par&#233;e de l'autoroute de la Maurienne par la rivi&#232;re de l'Arc, la foule s'arr&#234;te au pied d'un pont, bloqu&#233;e par les flics. Des &#233;lus remontent le cort&#232;ge pour n&#233;gocier le passage. Et une longue attente en plein cagnard commence. Les messages politiques fleurissent sur le bitume. On discute, joue, ronchonne du manque d'infos et d'horizontalit&#233;, jongle ou peaufine des tactiques, couverts par le vrombissement permanent des pales d'un h&#233;lico. Les messages d'une avanc&#233;e prochaine circulent enfin. Malgr&#233; la chaleur et la sueur, on sent de l'impatience et de l'enthousiasme, l'envie d'avancer et d'agir. Des craintes aussi. Les forces de l'ordre, &#233;quip&#233;es, ne bougent pas du pont. Le choix de l'affrontement, encore&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sainte-Soline : &#8220;Faire front&#8221; &#187;, CQFD n&#176; 219 (avril 2023).&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Amertume &amp; joie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Engourdi et cram&#233; par le soleil de juin, le cort&#232;ge se remet sur pied. Un triste parcours revenant au camp par les petites routes a finalement &#233;t&#233; impos&#233; par les autorit&#233;s. P&#226;le option, &#224; mille lieues des ambitions du week-end. Le bloc, qui n'est pas de cet avis, se regroupe et, face aux gaz et grenades, les pierres commencent &#224; voler sur le pont, verrouill&#233; par des cordons de robocops. Des militants sont &#233;vacu&#233;s par les medics &#8211; dimanche, au lendemain de la manifestation, les SLT feront &#233;tat d'une cinquantaine de bless&#233;s. Le mot passe enfin plus clairement : l'objectif, c'est l'autoroute. Des militants italiens, amers, ne comprennent pas. &#171; &lt;i&gt;Pourquoi on s'affronte ici ? Il n'y a rien ?!&lt;/i&gt; &#187; Frustration. Impossible de passer. &#171; &lt;i&gt;On envisage la retraite&lt;/i&gt; &#187;, confie une des rares personnes &#233;quip&#233;es d'un m&#233;gaphone. Des petites grappes de manifestants remontent d&#233;j&#224; la d&#233;partementale vers le camp. &#171; &lt;i&gt;On passe par les rails !&lt;/i&gt; &#187; encouragent certains, tandis que quelques t&#233;m&#233;raires tentent d'affronter les courants de la rivi&#232;re. &#171; &lt;i&gt;On peut faire une cha&#238;ne ! Allez, on y va, quoi !&lt;/i&gt; &#187; Inventifs, spontan&#233;s, solidaires, les militants d&#233;bordent le dispositif et envahissent l'autoroute. Petite victoire, malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Pourquoi on s'affronte ici ? Il n'y a rien ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, ce n'est pas du tout &#224; la hauteur de ce qu'on imaginait. Mais on rentre avec ce sentiment puissant, avec de la joie. C'est beau quand on improvise ensemble, c'est &#231;a aussi notre force&lt;/i&gt; &#187;, confie Damien, venu de Paris. Un jeune de Turin, d&#233;pit&#233; et frustr&#233;, exige &#171; &lt;i&gt;des explications. Avec No Tav, on a toujours vis&#233; le chantier, les grilles, les entreprises. L&#224;, &#231;a n'a aucun sens. On s'est battu pour quoi ?&lt;/i&gt; &#187; Daniel Ibanez, opposant historique, pr&#233;f&#232;re savourer &#171; &lt;i&gt;l'attention m&#233;diatique&lt;/i&gt; &#187; et ce nouveau souffle donn&#233; au mouvement dans la vall&#233;e. La grande baignade dans le plan d'eau, les cantines, la danse, les feux d'artifice improvis&#233;s et la musique ach&#232;vent de remettre des sourires sur la plupart des visages, et c'est une joyeuse soir&#233;e qui cl&#244;ture une &#233;trange journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;On fonce &#224; l'h&#244;pital !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dimanche matin, peu avant le d&#233;but de la conf&#233;rence de l'auteur de BD Alessandro Pignocchi et des balades naturalistes, une militante, tendue, interrompt les petits-d&#233;jeuners au m&#233;gaphone : &#171; &lt;i&gt;Andrea, vid&#233;aste italien de No Tav, a &#233;t&#233; bless&#233; hier. Il est &#224; l'h&#244;pital de Saint-Jean-de-Maurienne et apparemment la police va le cueillir &#224; sa sortie. On s'est rat&#233; hier, on a pas r&#233;ussi &#224; faire le pont avec nos camarades italiens, je crois que c'est l'occasion de se rattraper et d'&#234;tre solidaires. D&#233;sol&#233; pour les conf&#233;rences mais il faut y aller, l&#224; !&lt;/i&gt; &#187; Vite, des gens se l&#232;vent et les voitures se remplissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Saint-Jean, il y a des fourgons bleus &#224; tous les coins de rue. Devant l'entr&#233;e du Centre hospitalier, gard&#233;e par des gendarmes, des militants arrivent par petits groupes, drapeaux No Tav sur le dos. Vraie ou suppos&#233;e, l'interpellation n'aura pas lieu. &#192; l'h&#244;pital, d'inutiles CRS en tenue font monter la tension, mais personne ne r&#233;agit. D'autres groupes, coinc&#233;s par les flics dans des rues plus loin, chantent leur soutien. Des d&#233;briefings s'improvisent. &#171; &lt;i&gt;La r&#233;pression et les b&#226;tons mis dans les roues aux organisateurs expliquent en partie la situation d'hier, mais il faut tirer des enseignements de nos rat&#233;s pour faire mieux la prochaine fois&lt;/i&gt; &#187;, insiste une militante de la Maurienne. Andrea, en fauteuil roulant et la jambe couverte de bandages, bless&#233; par des &#233;clats de grenade, sort sous les applaudissements deux heures plus tard. Les poings se dressent vers le ciel. La lotta continua.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://basta.media/No-Tav-Des-sources-se-tarissent-les-tunnels-du-Lyon-Turin-menacent-les-ressources-en-eau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#8220;Des sources se tarissent&#8221; : les tunnels du Lyon-Turin menacent les ressources en eau &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Basta&lt;/i&gt; (08/06/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Sainte-Soline-Faire-front' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sainte-Soline : &#8220;Faire front&#8221; &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 219 (avril 2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Faire planer la possibilit&#233; du sabotage est une force &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Faire-planer-la-possibilite-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Faire-planer-la-possibilite-du</guid>
		<dc:date>2023-05-12T10:24:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Djaber</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec son Histoire du sabotage en deux tomes (&#233;d. Libre), Victor Cachard r&#233;inscrit les luttes sociales dans leur histoire longue et participe d'une indispensable r&#233;actualisation de l'action directe. Des canalisations sont attaqu&#233;es &#224; la disqueuse, la CGT &#201;nergie coupe le jus &#224; des &#233;lus soutenant la r&#233;forme des retraites, des antennes 5G crament un peu partout, 200 activistes &#233;quip&#233;s de pinces-monseigneur font le m&#233;nage dans une cimenterie Lafarge et des m&#233;gabassines sont lac&#233;r&#233;es &#224; coups de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no219-avril-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;219 (avril 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Djaber" rel="tag"&gt;Djaber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec son &lt;i&gt;Histoire du sabotage&lt;/i&gt; en deux tomes (&#233;d. Libre), Victor Cachard r&#233;inscrit les luttes sociales dans leur histoire longue et participe d'une indispensable r&#233;actualisation de l'action directe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_219_djaber_sabotage_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH567/web_219_djaber_sabotage_1200px-cbf43.jpg?1768676183' width='500' height='567' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Djaber
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;es canalisations sont attaqu&#233;es &#224; la disqueuse, la CGT &#201;nergie coupe le jus &#224; des &#233;lus soutenant la r&#233;forme des retraites, des antennes 5G crament un peu partout, 200 activistes &#233;quip&#233;s de pinces-monseigneur font le m&#233;nage dans une cimenterie Lafarge et des m&#233;gabassines sont lac&#233;r&#233;es &#224; coups de cutter. Autant d'actions constituant de bonnes raisons d'aborder l'histoire du sabotage avec Victor Cachard, auteur de plusieurs ouvrages r&#233;cents sur le sujet&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment Histoire du sabotage 1 &#8211; Des tra&#238;ne-savates aux briseurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un entretien men&#233; en terrasse d'un caf&#233; lyonnais au nom bien &#224; propos : le Court-circuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les cort&#232;ges contre la r&#233;forme des retraites, la foule scande souvent le triptyque &#171; Gr&#232;ve, blocage, sabotage &#187;. Longtemps mise de c&#244;t&#233;, la pratique du sabotage comme outil de lutte retrouve-t-elle du souffle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, et c'est tant mieux, mais le terme de sabotage fait encore peur. Il a pris une connotation guerri&#232;re avec la r&#233;sistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans la m&#233;moire collective, il est associ&#233; au dynamitage des voies de chemin de fer, ou &#224; l'id&#233;e d'attaque discr&#232;te, de coup dans le dos, un peu l&#226;che&#8230; Pourtant, le sabotage occupe une place importante dans l'histoire des luttes et il a &#233;t&#233; massivement utilis&#233; par les travailleurs d&#232;s la fin du xixe si&#232;cle. On le sait peu, mais &#224; la fin de son troisi&#232;me congr&#232;s en 1897, la CGT l'a adopt&#233; officiellement comme tactique syndicale sous l'impulsion des anarchistes. Ce mode d'action, tout comme la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, est aux fondements de la lutte syndicale ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emile Pouget, r&#233;volutionnaire dont vous avez publi&#233; une anthologie&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pouget et la r&#233;volu- tion par le sabotage (&#233;d. Libre, 2022).&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, dit que le sabotage est vieux comme l'exploitation des travailleurs&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il a &#233;t&#233; pratiqu&#233; bien avant d'&#234;tre th&#233;oris&#233; comme tactique de lutte. De tout temps, les exploit&#233;s ont pu, de fa&#231;on isol&#233;e, ralentir la cadence face &#224; des exigences insupportables, ou produire volontairement et discr&#232;tement un mauvais travail. Contrairement &#224; ce que l'on croit, le sabotage ne renvoie pas &#224; la chaussure en bois (sabot) qui serait jet&#233;e dans la machine. C'est le nom donn&#233; au xiiie si&#232;cle &#224; une petite toupie en bois qui, quand elle tourne, donne l'impression d'&#234;tre immobile. Comme le travailleur qui fait semblant de faire du bon ouvrage. &#8220;&#192; mauvaise paie, mauvais travail&#8221;, disaient les Anglais. Le sabotage est d'abord une attitude d&#233;fensive, directement li&#233;e au travail. C'est finalement sous l'impulsion des syndicalistes r&#233;volutionnaires fran&#231;ais que le terme gagne son caract&#232;re offensif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; C'est un outil d&#233;cisif qui vient renforcer les luttes des travailleurs &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En militant pour populariser le terme et la pratique, les syndicalistes r&#233;volutionnaires de la fin du XIX&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; et le d&#233;but du XX&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; si&#232;cle insufflent de nouvelles dynamiques dans les mouvements de gr&#232;ve et de r&#233;sistance. Pour quels r&#233;sultats ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but du xxe si&#232;cle, c'est un moyen efficace pour tenir t&#234;te &#224; l'exploitation. Les bureaux de placement, anc&#234;tres des agences d'int&#233;rim, sont massivement sabot&#233;s jusqu'&#224; l'&#233;tablissement de leur gratuit&#233; pour les travailleurs. En 1909, pendant la grande gr&#232;ve des PTT, on coupe les fils t&#233;l&#233;graphiques &#224; travers tout le pays. On br&#251;le des bo&#238;tes aux lettres, etc. Des actes qui donnent une puissance folle au mouvement. Durant les grandes gr&#232;ves de cette &#233;poque, on parle de milliers d'actes de sabotage sur le territoire national. C'est un outil d&#233;cisif qui vient renforcer les luttes des travailleurs. Pour Pouget, une gr&#232;ve n'est efficace que si l'outil de travail est sabot&#233; au pr&#233;alable pour le rendre inop&#233;rant. On peut faire le parall&#232;le avec les menaces de r&#233;quisitions dans les raffineries ces derni&#232;res semaines : si l'usine est mise en panne, il devient impossible de casser la dynamique de la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au d&#233;but du &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;XX&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; si&#232;cle, le sabotage est aussi revendiqu&#233; dans des boulangeries, des caf&#233;s, des postes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les anarchistes diffusaient des modes d'emploi sous forme de brochures. Mais tous les travailleurs savent comment saboter leur outil de travail, et chacun est toujours le plus &#224; m&#234;me de d&#233;cider de la fa&#231;on de proc&#233;der sans se faire prendre. Les boulangers faisaient monter les p&#233;trins ou la temp&#233;rature des fours jusqu'&#224; les rendre inutilisables, avant de pr&#233;senter &#231;a comme un accident. Autres cas de figure : le barman qui tr&#233;buche et fait tomber toute la vaisselle ; le coiffeur qui dans des tracts menace de manquer le coup de ciseau et d'&#233;corcher une oreille si on le force &#224; travailler trop tard ; les machines astucieusement mastiqu&#233;es par les demoiselles des t&#233;l&#233;graphes, &#224; la barbe des patrons qui ne trouveront jamais l'origine des pannes&#8230; L'id&#233;e est d'obtenir un maximum d'effets en prenant un minimum de risques. C'est presque un art ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prenons l'exemple de l'action collective qui a r&#233;cemment cibl&#233; une usine de Lafarge pr&#232;s de Marseille&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 10 d&#233;cembre, une bonne centaine d'activistes envahit le site de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; : est-ce qu'on est encore dans la m&#234;me logique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis les ann&#233;es 1970, le sabotage est sorti du monde du travail pour devenir davantage anti-technologique et moins pr&#233;cis. Les &#233;colos qui investissent une usine n'en connaissent pas les rouages, alors ils vont tout casser pour la rendre inop&#233;rante. C'est moins subtil : on ne cherche plus &#224; cacher la panne, &#224; ruser. Pour arr&#234;ter le chantier d'une station de ski dans le Colorado, le mouvement Earth Liberation First l'avait compl&#232;tement br&#251;l&#233;e. On est loin de l'id&#233;e du petit grain de sable qui bloque tout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Refuser d'employer le terme de sabotage parce qu'il serait trop violent ou stigmatisant, c'est se tromper sur son origine et son histoire &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Actuellement, le mouvement des Soul&#232;vements de la Terre pr&#233;f&#232;re le terme de &#171; d&#233;sarmement &#187; &#224; celui de &#171; sabotage &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Refuser d'employer le terme de sabotage parce qu'il serait trop violent ou stigmatisant, c'est se tromper sur son origine et son histoire. Je ne suis pas compl&#232;tement contre le terme de d&#233;sarmement, qui est malin, mais je crois qu'il ne faut pas enlever la conflictualit&#233; des luttes, et r&#233;assumer une part de violence. Il faut parfois sortir de l'aspect d&#233;fensif pour dire &#8220;on s'attaque &#224; une entreprise&#8221;. C'est une bataille de l&#233;gitimit&#233;. En poussant le curseur plus loin, on permet de l&#233;gitimer des actions plus offensives. &#192; l'inverse, plus on laisse l'&#201;tat &#233;largir la d&#233;finition de la violence, plus on se condamne &#224; &#234;tre inefficaces : un acte non violent sera surveill&#233; et r&#233;prim&#233; car il sera accus&#233; d'&#234;tre violent. D'o&#249; l'importance de prot&#233;ger ces termes en se les appropriant. Et ce n'est pas courir le risque de renforcer les moyens de surveillance de l'&#201;tat car ils adviennent quoi qu'il arrive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques jours avant le grand rassemblement contre les m&#233;gabassines dans les Deux-S&#232;vres&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notre reportage par ici.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, le collectif Jadot (pour Jardini&#232;res amatrices de d&#233;b&#226;chage et d'obstruction de tuyaux)&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 22 mars 2023, le collectif &#8211; dont l'acronyme est inspir&#233; du peu inspirant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; en a d&#233;b&#226;ch&#233; une autre, en Charente. Dans un communiqu&#233;, le groupe pr&#233;vient qu'elles seront en permanence sous la menace d'une attaque&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sabotage est le dernier recours pour r&#233;sister &#224; un mod&#232;le impos&#233;, l'arme du faible dans un combat asym&#233;trique. Mais c'est aussi une force immense. La police, les patrons ou la FNSEA ne peuvent pas faire grand-chose face aux petits groupes qui agissent dans l'ombre, en vitesse et efficacement. Et &#231;a leur fait peur. Ce n'est pas anodin que les services de renseignement aient cr&#233;&#233; des services sp&#233;cialis&#233;s comme Oracle, consacr&#233; &#224; la protection des antennes 5G. Faire planer la possibilit&#233; du sabotage est une force. Longtemps n&#233;glig&#233;e, cette possibilit&#233; revient. Dans son journal &lt;i&gt;Le P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, &#201;mile Pouget &#233;crit que &#8220;c'est autant la peur du sabotage que le sabotage lui-m&#234;me qui, un de ces quatre matins, rendra les patrons moins charognards&#8221;. Bien s&#251;r, on ne gagne pas seulement avec le sabotage, c'est avant tout un outil, une tactique au service de la lutte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notamment &lt;i&gt;Histoire du sabotage 1 &#8211; Des tra&#238;ne-savates aux briseurs de machines&lt;/i&gt; (2022) et &lt;i&gt;Histoire du sabotage 2 &#8211; Neutraliser le syst&#232;me techno-industriel&lt;/i&gt; (&#224; para&#238;tre au printemps 2023), tous deux aux &#233;ditions Libre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pouget et la r&#233;volu-
tion par le sabotage&lt;/i&gt; (&#233;d. Libre, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 10 d&#233;cembre, une bonne centaine d'activistes envahit le site de la cimenterie Lafarge &#224; Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rh&#244;ne) pour d&#233;noncer les d&#233;g&#226;ts de cette industrie sur la sant&#233; et sur l'environnement. Ils se sont attaqu&#233;s au mat&#233;riel de l'usine avec des haches et des masses, et ont mis le feu &#224; des engins de chantier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notre reportage &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Sainte-Soline-Faire-front' class=&#034;spip_in&#034;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 22 mars 2023, le collectif &#8211; dont l'acronyme est inspir&#233; du peu inspirant eurod&#233;put&#233; EELV &#8211; a revendiqu&#233; &#171; le d&#233;sarmement &#187; de la bassine situ&#233;e
aux Gours, en Charente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes, luttes et violences politiques</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Femmes-luttes-et-violences</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Femmes-luttes-et-violences</guid>
		<dc:date>2023-01-06T12:05:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans On ne va pas y aller avec des fleurs, Caroline Guibet Lafaye et Alexandra Fr&#233;nod ont compil&#233; des t&#233;moignages de femmes ayant particip&#233; &#224; des luttes politiques violentes. De la France au Kurdistan, en passant par la Colombie, les deux chercheuses donnent &#224; comprendre des engagements bien peu pens&#233;s au f&#233;minin. C'est un petit bouquin rouge, r&#233;cemment publi&#233; aux &#233;ditions Hors d'atteinte. On ne va pas y aller avec des fleurs r&#233;unit les t&#233;moignages de neuf femmes engag&#233;es dans des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;On ne va pas y aller avec des fleurs&lt;/i&gt;, Caroline Guibet Lafaye et Alexandra Fr&#233;nod ont compil&#233; des t&#233;moignages de femmes ayant particip&#233; &#224; des luttes politiques violentes. De la France au Kurdistan, en passant par la Colombie, les deux chercheuses donnent &#224; comprendre des engagements bien peu pens&#233;s au f&#233;minin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_audreyhesnau_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH1043/web_215_audreyhesnau_1200px-05aa4.jpg?1768662547' width='500' height='1043' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Audrey Esnault
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;'est un petit bouquin rouge, r&#233;cemment publi&#233; aux &#233;ditions Hors d'atteinte. &lt;i&gt;On ne va pas y aller avec des fleurs&lt;/i&gt; r&#233;unit les t&#233;moignages de neuf femmes engag&#233;es dans des organisations politiques diverses. D'Action directe en France aux Farc de Colombie, de l'ETA basque &#224; la RAF allemande, toutes ont, &#224; un moment ou &#224; un autre, jug&#233; l&#233;gitime de s'engager dans une lutte violente. Des choix et des trajectoires de vie bien particuli&#232;res dans un monde patriarcal qui refuse toujours de penser la violence politique des femmes. On a &#233;chang&#233; avec Caroline Guibet Lafaye, philosophe politique, sociologue sp&#233;cialiste du terrorisme et de la violence politique, et coautrice de l'ouvrage aux c&#244;t&#233;s d'Alexandra Fr&#233;nod. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ces femmes ont fait le choix de la violence politique, qu'elles pr&#233;sentent comme un outil quand on a &#233;puis&#233; tous les autres &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui relie ces neuf femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le point commun, c'est l'ill&#233;galit&#233;. &#192; un moment donn&#233;, ces femmes ont fait le choix de la violence politique, qu'elles pr&#233;sentent comme un outil quand on a &#233;puis&#233; tous les autres. Leurs parcours de militantes commencent dans les voies politiques l&#233;gales, avec des groupes qui distribuaient des tracts, faisaient des manifs... Et un jour, elles se sont dit que &#231;a ne servait &#224; rien, que ce n'&#233;tait plus adapt&#233; &#224; la situation, et qu'il fallait essayer autre chose. Bien s&#251;r, il y a des sp&#233;cificit&#233;s selon les zones g&#233;ographiques et les &#233;poques, et des degr&#233;s d'engagement et de violence diff&#233;rents. Les actions des Brigades rouges sont sans commune mesure avec ce que fait la militante qui prend part aux black blocs en France, par exemple. Mais ces femmes partagent une trajectoire et un raisonnement commun : la politique par les voies l&#233;gales n'aboutit pas &#224; grand-chose et elles ne pouvaient pas rester les bras ballants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dirigez un programme de recherche international sur le terrorisme et la violence politique. Pourquoi consacrer un ouvrage sp&#233;cifique aux femmes engag&#233;es dans des luttes politiques violentes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce qu'on ne les entend jamais. Dans les m&#233;dias et sur la sc&#232;ne publique, quand il est question de violence ou de terrorisme, on ne voit que des hommes. Idem quand ces organisations s'expriment : ce sont le plus souvent des hommes qui prennent la parole. Les femmes ne sont pas l&#224;. Or, dans des groupes clandestins et des organisations de type militaire non conventionnelles, notamment dans des groupes d'extr&#234;me gauche et dans certaines luttes de lib&#233;ration nationale, on compte entre 30 et 40 % de femmes &#8211; m&#234;me si les donn&#233;es doivent, pour des raisons &#233;videntes, &#234;tre prises avec des pincettes. Ce n'est pas n&#233;gligeable comme proportion. Pourtant, elles sont tr&#232;s souvent invisibilis&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quand on parle d'elles, c'est souvent pour &#234;tre pr&#233;sent&#233;es comme des &#171; &lt;i&gt;victimes &#187;, des &#171; compagnes de&lt;/i&gt; &#187;, ou des femmes sous influence&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la p&#233;riode que j'&#233;tudie, qui commence dans les ann&#233;es 1960, on a presque toujours expliqu&#233; la pr&#233;sence de femmes dans ces organisations par le fait qu'elles &#233;taient amoureuses d'untel, sous influence, manipul&#233;es. C'est comme cela que la presse les pr&#233;sente et que la soci&#233;t&#233; les per&#231;oit. Ou alors, dans certains cas, elles deviennent des femmes fatales, sur&#233;rotis&#233;es. Et &#231;a n'a pas vraiment chang&#233;. On repr&#233;sente d'abord les femmes qui participent &#224; des mouvements politiques violents comme des victimes, et non pas comme des individus avec une trajectoire qui leur est propre, un cheminement politique. Comme si elles n'auraient jamais eu assez de cervelle pour faire ces choix elles-m&#234;mes. Pourtant, il n'y a aucune raison de penser que le rapport des femmes &#224; la politique, &#224; des contestations sociales ou au maniement des armes est diff&#233;rent de celui des hommes. La question est : qu'est-ce que vous &#234;tes d&#233;termin&#233;e &#224; faire ? &#199;a n'a rien &#224; voir avec les chromosomes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au proc&#232;s des membres d'Action directe pour l'assassinat de Georges Besse, l'avocat g&#233;n&#233;ral a dit &#171; &lt;i&gt;le plus horrible, le plus choquant, c'est que les tueurs soient des tueuses &lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est exactement &#231;a. C'est pareil pour l'alcool et la cigarette finalement. C'est l'expression d'un pr&#233;jug&#233; et d'une repr&#233;sentation st&#233;r&#233;otyp&#233;e. Une femme est cens&#233;e &#234;tre gentille, douce, docile, alors que les hommes sont virils et courageux... C'est ce qu'on vous fout dans le cr&#226;ne d&#232;s tout-petit dans une soci&#233;t&#233; patriarcale. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, c'est parfois retourn&#233; comme un atout tactique pour tromper l'ennemi. En Alg&#233;rie, par exemple, les femmes transportaient des armes, car il &#233;tait inconcevable qu'une femme touche des armes. Pareil dans &#173;l'Espagne franquiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les femmes doivent faire davantage que n'importe quel homme pour &#234;tre reconnues &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On retrouve aussi ces sch&#233;mas patriarcaux dans les luttes qui pr&#244;nent l'&#233;mancipation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme le dit une militante basque, on retrouvait des attitudes machistes au sein d'ETA comme il y en avait au sein de la soci&#233;t&#233; espagnole. Au PKK, dans les ann&#233;es 1990, c'&#233;tait la croix et la banni&#232;re pour les femmes pour se faire accepter par les hommes. Par exemple, quand la gu&#233;rilla se d&#233;pla&#231;ait, les femmes kurdes portaient des charges beaucoup plus lourdes que leurs camarades, et il a fallu &#233;norm&#233;ment de p&#233;dagogie pour qu'on accepte qu'elles utilisent des armes. C'est quelque chose d'universel, dans les mouvements arm&#233;s non conventionnels comme dans toutes les arm&#233;es et forces de s&#233;curit&#233; : les femmes doivent faire davantage que n'importe quel homme pour &#234;tre reconnues. Dans les groupes politiques d'extr&#234;me gauche, il y a des st&#233;r&#233;otypes qui demeurent, des attitudes du c&#244;t&#233; des hommes comme du c&#244;t&#233; des femmes dont on a beaucoup de mal &#224; se d&#233;prendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Presque toutes les femmes qui t&#233;moignent dans ce livre font partie de groupes qualifi&#233;s, &#224; un moment ou un autre, de terroristes. S'autoqualifie-t-on de terroriste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est rare, pour ne pas dire que &#231;a n'arrive jamais. Ceux qu'on appelle les r&#233;sistants pendant la Seconde Guerre mondiale ne se sont pas qualifi&#233;s de terroristes, m&#234;me si le gouvernement de Vichy les consid&#233;rait comme tels. Les choses s'&#233;crivent d'une fa&#231;on diff&#233;rente selon la tournure que prend l'histoire, selon qui gagne et qui perd. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux semaines, G&#233;rald Darmanin a trait&#233; d'&#171; &#233;coterroristes &#187; les militants contre les m&#233;gabassines dans les Deux-S&#232;vres. Que signifie l'usage d'un tel terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Selon Noam Chomsky, le terme &#8220;terroriste&#8221; a toujours servi &#224; d&#233;signer un ennemi d'&#201;tat, qu'il soit int&#233;rieur ou ext&#233;rieur. La question n'est pas ce que la personne a fait, mais quelle repr&#233;sentation politique vous en avez et voulez en donner. Le terme de terrorisme ne d&#233;signe pas des actes en particulier, c'est un signifiant politique. Dans ce cas-l&#224;, le message est tr&#232;s clair. Les militants &#233;colos sont pr&#233;sent&#233;s comme des ennemis de l'&#201;tat. Alors qu'on a des personnes qui essaient d'alerter sur le fait qu'il faudrait prendre des mesures pour pr&#233;server les conditions de vie humaine sur Terre &#8211; ce que l'&#201;tat, de son c&#244;t&#233;, ne fait pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le regard sur la violence a-t-il &#233;volu&#233; depuis les ann&#233;es 1960 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Europe occidentale, c'est un fait que la violence a fortement d&#233;cru de la part des groupes d'extr&#234;me gauche. Et la tol&#233;rance &#224; la violence &#8211; dont je ne suis pas en train de faire l'apologie &#8211; a fortement diminu&#233; au fil des ann&#233;es. Les protestataires des ann&#233;es 1970 n'avaient strictement rien &#224; voir avec ce qu'ont fait les Gilets jaunes ou ce que font les black blocs. On a oubli&#233;, mais il n'&#233;tait pas question d'abribus bris&#233;s ou de tags, mais d'usage massif de cocktails Molotov, et des bless&#233;s en tr&#232;s grand nombre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
