<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_auteur=553&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Feu Le Caire</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Feu-Le-Caire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Feu-Le-Caire</guid>
		<dc:date>2022-03-25T11:14:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>E. Minassian</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;tat</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>dit</dc:subject>
		<dc:subject>chauffeur</dc:subject>
		<dc:subject>Youssef</dc:subject>
		<dc:subject>Fr&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Caire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises. Samedi Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/dit" rel="tag"&gt;dit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/chauffeur" rel="tag"&gt;chauffeur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Youssef" rel="tag"&gt;Youssef&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Freres" rel="tag"&gt;Fr&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Caire" rel="tag"&gt;Caire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200cartecaire_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/1200cartecaire_resultat-c1baa.jpg?1779732403' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre que ce que je veux, c'est la politique &#8211; le faire parler et me nourrir de ses paroles. Il se pr&#234;te au jeu : &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement vole l'argent des gens.&lt;/i&gt; &#187; Je suis content, mais il ne me donnera pas davantage. Il met la musique &#224; fond. Il chante, bien et fort, toujours en avance d'une demi-seconde sur le chanteur libanais dont j'ai oubli&#233; le nom. Il roule comme un fou. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Je suis fou, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Nous sommes arriv&#233;s. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Allez, tu es content, donne-moi 250.&lt;/i&gt; &#187; Je lui donne 240. Il prend sans compter. Il me demande une cigarette. Je lui en offre deux. Il refuse la seconde. J'oublie le paquet dans la voiture. Il me rattrape pour me le rendre. Il klaxonne. Il rit. Je ris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution cherchait &#224; contourner l'argent pour jouir de la parole : j'aimerais, moi aussi, mais je ne peux pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tahrir n'est plus qu'un immense hub routier o&#249; personne ne s'attarde. Des policiers anti-&#233;meute arm&#233;s de fusils &#224; pompe y stationnent en permanence. La s&#233;curit&#233; d'&#201;tat, dit-on, surveille la place depuis les &#233;tages sup&#233;rieurs des immeubles environnants. Les caf&#233;s sont pleins d'indics. La menace, elle, ne donne aucun signe de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mon amie Loubna m'a invit&#233; &#224; d&#238;ner chez elle, dans la banlieue sud. Elle a convi&#233; Youssef. Youssef est un universitaire francophone &#224; la carrure consid&#233;rable. Il est venu pour converser avec moi. Je suis intimid&#233; : j'ai peur des universitaires. Mais Youssef est int&#233;ress&#233; par le gratin de courgettes : me voil&#224; rassur&#233;. Il &#233;voque un nouveau travail, en sus de l'universit&#233;. Il est question d'un &#171; &lt;i&gt;centre&lt;/i&gt; &#187;, d'une &#171; &lt;i&gt;autorit&#233; de tutelle&lt;/i&gt; &#187;. Je finis par comprendre que Youssef travaille pour les &lt;i&gt;mukhabarat al-&#8216;am&lt;/i&gt;, les renseignements g&#233;n&#233;raux. Youssef &#233;voque des g&#233;n&#233;raux ploucs et pieux ; des coups de fil d'amis re&#231;us &#224; l'aube pour faire lib&#233;rer des gens ; le pr&#233;sident, fantomatique et lointain. Voil&#224; le grand th&#233;&#226;tre du pouvoir. Quelque part, en coulisse : le grondement de la population. Ce n'est pas le moment de desserrer la vis, dit Youssef : les prix ont plus que doubl&#233; en cinq ans, et partout les Fr&#232;res musulmans sont en embuscade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d&#238;ner, on rentre ensemble en Uber : c'est la premi&#232;re fois pour moi. En &#201;gypte, les Uber sont plus chers que les taxis mais Youssef les pr&#233;f&#232;re car, dit-il, leurs chauffeurs se comportent bien : gr&#226;ce &#224; l'appli, ils peuvent &#234;tre signal&#233;s. Ainsi ont-ils peur &#8211; et la vis tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la voiture, Youssef est perturb&#233; : au cours de la soir&#233;e, Loubna a dit que les gens &#233;taient terrifi&#233;s par la police. Il en est surpris : il ne pensait pas que c'&#233;tait &#224; ce point. Il semble malheureux, perdu, seul. Je suis pris d'une horrible envie de le rassurer, de lui dire de ne pas s'inqui&#233;ter, que la police, &#231;a va.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je marche vers le nord du centre-ville. &#192; Boulaq et Choubra, tout n'est que souks. Les marchandises sont innombrables, et class&#233;es par th&#232;me : ici on circule au milieu de pi&#232;ces de voiture ; l&#224; des v&#234;tements recycl&#233;s ou des pi&#232;ces d'&#233;lectrom&#233;nager. Pourquoi exposer de tels amoncellements ? Sans doute sont-ce l&#224; des stocks &#8211; et il n'y a pas d'entrep&#244;ts pour les y fourrer. Ahmad, &#224; la r&#233;ception de l'h&#244;tel : &#171; &lt;i&gt;Pendant la crise du corona, les marchandises chinoises n'arrivaient plus. La ville &#233;tait vide.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires, les quartiers de Boulaq et Choubra &#233;taient descendus sur le centre-ville, c&#339;ur d&#233;cr&#233;pi de la boh&#232;me intellectuelle et r&#233;volutionnaire et l'un des centres du pouvoir. Les gens venus de Boulaq et Choubra cr&#233;aient, me dit-on, de l'ins&#233;curit&#233;. Il y avait les manifestants (bons), mais aussi les vendeurs &#224; la sauvette et les voyous (mauvais). Ce ne sont pas seulement des paroles de bourgeois : Boulaq et Choubra, en plus d'effrayer ceux-ci, harcelaient les femmes circulant seules. Les voyous ont depuis &#233;t&#233; repouss&#233;s &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; par la police. Le centre-ville a &#233;t&#233; sauv&#233; de l'assaut des pauvres par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Canaliser la haine de classe sur les femmes ou d&#233;fendre les libert&#233;s des individus face &#224; l'islam des pauvres : la contre-r&#233;volution a toujours deux m&#226;choires. Y a-t-il eu autre chose ? J'ai le souvenir d'une femme en &lt;i&gt;niqab&lt;/i&gt;, seule, debout sur une caisse, haranguant la foule pour parler de justice sociale. Je ne comprenais que des bribes. C'&#233;tait en mars 2011 &#8211; ou peut-&#234;tre &#233;tait-ce en r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mercredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au sud-est du centre-ville est le Caire dit &#171; islamique &#187; : la vieille ville et ses quartiers informels (&lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;), certains b&#226;tis sur des cimeti&#232;res m&#233;di&#233;vaux. C'est le Caire bord&#233;lique. Je me perds dans le quartier qui domine la mosqu&#233;e Ibn Touloun. Les ruelles sont de terre battue. On circule en touk-touk ; il y a des moutons, des volailles, des chevaux. J'interroge un vieux dans son &#233;choppe. Il est avenant, il se nomme Magdi, il d&#233;clare son amour pour le pr&#233;sident Abdel Fattah al-Sissi. Il m'informe que nous sommes dans une des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt; du quartier Khalifa. Le vieux Magdi m'offre un jus de goyave. Je veux payer, il refuse : il affirme avec assurance que je ferais pareil si nous &#233;tions chez moi en France. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r&lt;/i&gt; &#187;, dis-je, et je l'invite chez moi en France. Pas plus que l'argent, la n&#233;gation de l'argent ne lie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jeudi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai rejoint la place Sayyida-Zeinab. Dans un caf&#233;, le serveur me dit de rester un an en &#201;gypte, qu'alors je comprendrai le pays. Il s'appelle Hassan. Il me donne un surnom : Mouni. Vient la question &#171; &lt;i&gt;Tichrab moukhadarat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; bois-tu des drogues ? (ici, on dit qu'on boit les drogues). Je suis m&#233;fiant avec cette affaire : il y a dix ans, parti pour ce faire, je m'&#233;tais trouv&#233; chez d'habiles voleurs, face auxquels je ne savais pas quel bon droit faire valoir. &#171; &lt;i&gt;Bof&lt;/i&gt; &#187; dis-je &#224; Hassan,&lt;i&gt; j'ai arr&#234;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Mais Hassan insiste ; il guette le fond de mes yeux et scanne mon &#226;me : lui, c'est haschisch &#224; fond.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vendredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai pouss&#233; plus loin au sud, en lisi&#232;re du cimeti&#232;re sud. Quand je quitte la place Sayyida-Nafissa, tout est silence. Je longe un quartier qui, sur la carte, s'appelle Masakin Zeinhum. Le bric et broc des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat &lt;/i&gt;s'y transforme en d&#233;cr&#233;pitude urbaine : des barres grises qui imm&#233;diatement &#233;voquent l'&#201;tat. La mis&#232;re ici cesse d'&#234;tre active : les pauvres sont assis. De cette position ils me regardent, et ces yeux sont des miroirs plant&#233;s en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entame une descente vers Sayyida- Zeinab. Sur ma route, un monstre : un cube de b&#233;ton &#233;norme et tonitruant, prot&#233;g&#233; par tout un tas de fourgons-prisons. C'est le tribunal du district Sud du Caire. Voici la justice, la vraie, celle qui mange les pauvres &#8211; les mastique, les ingurgite, les chie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khan-al-Khalil : le Caire touristique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis au nord, pr&#232;s de la mosqu&#233;e Al-Hakim, au pied des remparts. La zone &#224; babioles s'est effiloch&#233;e doucement et la guerre pour l'espace bat son plein. Les boutiquiers s'affairent pour vendre des marchandises aux touristes. De jeunes prol&#233;taires font vrombir leurs deux-roues &#8211; ils sont d&#233;f&#233;rents et agressifs ; parfois ils font montre d'une sonore religiosit&#233;. Les touristes tra&#238;nent et attendent qu'on s'occupe d'eux. Ils sont &#233;gyptiens, golfiens, turcs, indon&#233;siens : musulmans, ils ne me renvoient nul reflet&#8230; c'est confortable. Les agents de la s&#233;curit&#233; semblent vivre une relation importante avec leurs matraques molles. Certains les trimballent par brass&#233;es enti&#232;res ; d'autres, alanguis sur des barri&#232;res, triturent leur bidule. On distribue l'objet et on fait connaissance avec lui : sans doute la matraque molle est-elle une nouveaut&#233; dans l'&#233;quipement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un oiseau a chi&#233; sur mon &#233;paule. Je vais devoir retourner &#224; l'h&#244;tel pour me changer. Je n'en bougerai plus aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi m'a inform&#233; que le quartier o&#249; le vieux Magdi m'a offert un jus de goyave est vou&#233; &#224; une destruction prochaine. &#201;voquant le destin futur des expuls&#233;s, il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;gypte est grande.&lt;/i&gt; &#187; &#192; ce moment, je n'ai su comment interpr&#233;ter son regard. Je suis &#224; l'aff&#251;t des fr&#233;missements de la haine &#8211; j'aimerais imaginer un face-&#224;-face secret entre l'&#201;tat et les &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;. Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police a, dans ces quartiers, &#233;t&#233; attaqu&#233;e partout. Les bulldozers sont-ils l'instrument d'une vengeance ? Je me raisonne : le capital court devant le temps, pas derri&#232;re. Le BTP, c'est les capitalistes militaires. Ils contractent avec l'&#201;tat, ils ravagent, ils se mettent le pognon dans les poches. Soixante pour cent du b&#226;ti au Caire n'est pas d&#233;clar&#233; &#8211; on peut d&#233;truire sans probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, quand je regagne le centre-ville en remontant la rue Talaat-Harb, la ville me semble sombre et vide. Je presse le pas. Je me rem&#233;more des slogans. &#171; &lt;i&gt;Thawra, thawra hatta an-nasr&lt;/i&gt; &#187; &#8211; R&#233;volution, r&#233;volution jusqu'&#224; la victoire ; &#171; &lt;i&gt;Yaskut, yaskut hakmat al-&#8216;askar&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Que tombe, que tombe le gouvernement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une &#233;meute du c&#244;t&#233; de la rue Mohamed-Mahmoud, fin 2012. Amar, supporter de l'&#233;quipe de foot d'Al-Ahly, m'avait abord&#233; : il &#233;tait anglophone. &#171; &lt;i&gt;Ce sont des chiens, ils nous tuent, ils tuent mes fr&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; Il parlait de la police &#8211; les ultras d'Al-Ahly &#233;taient alors omnipr&#233;sents dans les combats de rue. Avec Amar, nous sommes ensuite rest&#233;s en contact sur Facebook. Il a voulu fuir le pays, m'a demand&#233; des coups de main. Je n'avais pas grand-chose &#224; lui offrir. Sur sa page Facebook, il est d&#233;sormais mari&#233;. Je ne l'ai pas inform&#233; de mon retour au Caire. Le corona, dit-on, a tu&#233; l'activit&#233; des ultras.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233; au caf&#233; de Hassan &#224; Sayyida-Zeinab. Hassan m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Ah, Mouni, si nous parlions la m&#234;me langue, je t'expliquerais tant de choses sur cette ville et ce quartier&lt;/i&gt;. &#187; &#192; plusieurs reprises, il s'est pinc&#233; la glotte en pronon&#231;ant un mot que je n'ai pas compris. Cela veut dire qu'il en a marre. Il veut rester &#224; la maison, &#224; fumer du haschisch. Il a 31 ans et n'est pas mari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi barbu. Sa dentition est pleine de trous ; il louche et grimace comme s'il voulait d&#233;crocher le r&#244;le de l'ogre. Il me m&#232;ne au parc Al-Azhar en passant par un &lt;i&gt;no-man's land&lt;/i&gt; entre le cimeti&#232;re sud et Manshiyat Nasr. C'est vide, c'est cass&#233;, les ordures forment des collines. Sous ses grimaces, le chauffeur semble joyeux de me faire passer l&#224;. Il &#233;voque les beaut&#233;s de l'Am&#233;rique et du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision. L'existence du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision semble lui procurer une joie intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En haut de la quatre-voies de Salah-Salem, il faut faire demi-tour. On croise une immense mosqu&#233;e enguirland&#233;e : la Mosqu&#233;e de la police &#8211; l'entr&#233;e, m'explique le chauffeur, en est interdite &#224; tous les non-flics. Et voil&#224; que l'homme est pris d'un cri strident et se met &#224; causer en anglais : &#171; &lt;i&gt;Police very very bad&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dans une phrase mal branl&#233;e, je marmonne le mot r&#233;volution (&lt;i&gt;thawra&lt;/i&gt;). Le chauffeur secoue la t&#234;te et il entrechoque le creux de ses poignets : il n'y aura pas de nouvelle r&#233;volution, seulement la prison, encore et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2011, au d&#233;tour d'un caf&#233;, un vieux. Il incarne la boh&#232;me intellectuelle du centre-ville : il est chevelu et sap&#233; comme en 1970. Je lui dis que je cherche la r&#233;volution. Il me r&#233;pond que je ne la trouverai pas car, dit-il, elle est cach&#233;e : elle se niche dans les mots secrets qu'en ce moment m&#234;me s'&#233;changent les travailleurs. Longtemps, loin du Caire, les paroles de ce vieux ont fa&#231;onn&#233; ma mythologie de la r&#233;volution : maintenant, tout &#231;a est caduc. Pour mes fantasmagories futures, je pense au cri strident sorti de la gorge du chauffeur de taxi orgiaque. Quelque chose y &#233;tait suspendu &#8211; mais on ne sait pas encore quoi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;. Minassian&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;gypte&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteegypte_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200carteegypte_resultat-52b59.jpg?1779732404' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8226; 100 millions d'habitant&#183;es, dont 23 millions au Caire. &#8226; une &#233;conomie de rentes : transferts de la diaspora, tourisme, redevances d'utilisation du canal de Suez, ventes d'hydrocarbures. &#8226; un tiers de la population sous le seuil de pauvret&#233;. un secteur informel qui repr&#233;senterait la moiti&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La dynamique r&#233;volutionnaire (2011-2013) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police, partout assaillie, est physiquement vaincue par des dizaines de milliers de manifestant&#183;es. Au cours des deux semaines suivantes, l'occupation de la place Tahrir entra&#238;ne la dislocation du bloc dirigeant. Les g&#233;n&#233;raux d&#233;mettent le pr&#233;sident Hosni Moubarak et prennent le pouvoir. Mais ils ne peuvent ni ne veulent gouverner seuls : ils s'allient avec les Fr&#232;res musulmans et jouent l'ouverture d&#233;mocratique. Il y a plusieurs &#233;lections ouvertes en 2011 et 2012 : les Fr&#232;res les remportent toutes. Mais l'&#201;tat ne parvient pas &#224; absorber une &#233;bullition sociale qui n'a pas de traduction politique ni d'unit&#233; organisationnelle. Les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187;, concentr&#233;&#183;es au Caire, maintiennent une pression constante sur le terrain de la d&#233;mocratisation : ils sont durement r&#233;prim&#233;&#183;es. un puissant mouvement d'insubordination traverse les lieux de travail, entra&#238;nant nombre de gr&#232;ves sauvages. Les &#233;meutes contre la police et les pouvoirs locaux sont r&#233;currentes : la jeunesse du salariat informel se r&#233;pand dans les rues &#8211; ultras, &#171; black blocs &#187;, &#171; salafistes r&#233;volutionnaires &#187;. Le pouvoir orchestre plusieurs massacres, qui entra&#238;nent chaque fois des recompositions des forces politico-sociales : les alliances de rue se font et se d&#233;font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamiste Mohamed Morsi est &#233;lu pr&#233;sident en juin 2012 face au r&#233;sidu d'ancien r&#233;gime &#8211;&lt;i&gt; fouloul&lt;/i&gt; &#8211; Ahmed Chafiq. En d&#233;cembre, le bloc Fr&#232;res musulmans-militaires se disloque : les Fr&#232;res veulent pousser leurs pions trop loin au sein de l'&#201;tat. Au printemps 2013, alors que l'agitation sociale se poursuit, les militaires manipulent prix et p&#233;nuries. Le 3 juillet 2013, s'appuyant sur des manifestations massives et un soutien de la quasi-totalit&#233; des forces politiques non-fr&#233;ristes (y compris les salafistes), ils renversent Morsi, se revendiquant d'une &#171; deuxi&#232;me r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les pelleteuses &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2016, suite &#224; un accord avec le Fonds mon&#233;taire international (FMI), la monnaie est d&#233;valu&#233;e et les subventions &#233;tatiques sur l'&#233;nergie et les produits alimentaires sont partiellement lev&#233;es : les prix s'envolent. L'&#233;conomie &#233;gyptienne tourne &#224; grands coups d'emprunts : les taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;gyptiens sont parmi les plus attractifs sur le march&#233; mondial. L'afflux de capitaux finance de grands projets d'infrastructures : doublement du canal de Suez, construction de villes nouvelles dans le d&#233;sert. &#192; 40 km du Caire, une nouvelle capitale est en construction. Elle a pour nom &#171; Nouvelle capitale administrative &#187;. On attend d'ici peu le transfert en grande pompe de 50 000 fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les d&#233;penses publiques ont doubl&#233; en dix ans, le budget de l'&#201;tat ressemble &#224; une pyramide de Ponzi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le nouveau r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau r&#233;gime, domin&#233; par le chef d'&#233;tat-major Abdel Fattah al-Sissi, s'inaugure par un massacre d'une ampleur in&#233;dite : sur la place Rabia, en ao&#251;t 2013, les forces de s&#233;curit&#233; tuent au moins 800 manifestant&#183;es pro-Morsi. Les lib&#233;raux d&#233;mocrates, socialistes et autres syndicalistes r&#233;volutionnaires, qui soutiennent le gouvernement de transition, n'y trouvent rien &#224; redire. Dans les mois qui suivent, des dizaines de milliers de pr&#233;sum&#233;s islamistes, accus&#233;s d'appartenance terroriste, sont jet&#233;s en prison. Progressivement, les idiots utiles lib&#233;raux et salafistes sont &#233;cart&#233;s ; les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187; qui maintiennent une activit&#233; publique sont &#224; leur tour durement r&#233;prim&#233;&#183;es. Enfin, au cours de l'hiver 2013-2014, la discipline au travail est restaur&#233;e : le mouvement r&#233;volutionnaire est vaincu. Sissi est &#233;lu pr&#233;sident en 2014 et r&#233;&#233;lu en 2018, dans des bureaux de vote d&#233;serts. La pression polici&#232;re atteint des niveaux jamais vus : elle continue aujourd'hui de se resserrer. Les prisons &#233;gyptiennes sont surpeupl&#233;es. La moiti&#233; des prisonniers seraient &#171; politiques &#187; : 60 000, disent les ONG.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'arm&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; d'autres secteurs capitalistes, l'arm&#233;e &#233;gyptienne est un &#171; capitaliste collectif &#187; fondu dans l'&#201;tat &#8211; un r&#233;sidu de socialisme des ann&#233;es 1960. La logique de rentabilit&#233; du capital est ici dissoute : dans les entreprises militaires, profits et subventions de l'&#201;tat sont confondus. L'arm&#233;e produit de l'agroalimentaire, du BTP, des m&#233;dicaments. Elle fait travailler gratuitement les bidasses ; elle emploie des salari&#233;s qui sont des militaires. Elle fournit &#224; ses employ&#233;s, s&#233;curit&#233; sociale, retraites, soins gratuits. L'arm&#233;e-entreprise est la grande orchestratrice des m&#233;gaprojets d'infrastructure : par ce biais, les capitaux achet&#233;s par la dette passent dans son budget. L'&#201;tat &#233;gyptien est ainsi tiraill&#233; entre la mainmise des militaires et les int&#233;r&#234;ts des capitalistes priv&#233;s : cette contradiction &#8211; parmi d'autres &#8211; menace de faire sauter le couvercle de la cocotte-minute sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zakaria Zubeidi et les fant&#244;mes de la deuxi&#232;me Intifada</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Zakaria-Zubeidi-et-les-fantomes-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Zakaria-Zubeidi-et-les-fantomes-de</guid>
		<dc:date>2021-11-18T16:54:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>E. Minassian</dc:creator>


		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
		<dc:subject>n'est</dc:subject>
		<dc:subject>ans</dc:subject>
		<dc:subject>Camp</dc:subject>
		<dc:subject>armes</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>camps</dc:subject>
		<dc:subject>Zakaria</dc:subject>
		<dc:subject>J&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Intifada</dc:subject>
		<dc:subject>BMA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 6 septembre 2021, six prisonniers palestiniens s'&#233;vadent de la taule de Gilboa, dans le nord d'Isra&#235;l, apr&#232;s avoir creus&#233; un tunnel &#224; l'aide de cuill&#232;res. Parmi eux, une c&#233;l&#233;brit&#233; : Zakaria Zubeidi. L'homme vient de J&#233;nine et c'est dans le soul&#232;vement des camps que s'est forg&#233;e son histoire. Le temps des brigades Zakaria est n&#233; en 1976. Son p&#232;re est ouvrier et meurt d'un cancer, sa m&#232;re &#233;l&#232;ve seule huit enfants. Il a 11 ans quand &#233;clate la premi&#232;re Intifada. &#192; 13 ans il re&#231;oit une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no203-novembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;203 (novembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Camp" rel="tag"&gt;Camp&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/armes" rel="tag"&gt;armes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Israel" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/camps" rel="tag"&gt;camps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Zakaria" rel="tag"&gt;Zakaria&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Jenine" rel="tag"&gt;J&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Intifada" rel="tag"&gt;Intifada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/BMA" rel="tag"&gt;BMA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 6 septembre 2021, six prisonniers palestiniens s'&#233;vadent de la taule de Gilboa, dans le nord d'Isra&#235;l, apr&#232;s avoir creus&#233; un tunnel &#224; l'aide de cuill&#232;res. Parmi eux, une c&#233;l&#233;brit&#233; : Zakaria Zubeidi. L'homme vient de J&#233;nine et c'est dans le soul&#232;vement des camps que s'est forg&#233;e son histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le temps des brigades&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Zakaria est n&#233; en 1976. Son p&#232;re est ouvrier et meurt d'un cancer, sa m&#232;re &#233;l&#232;ve seule huit enfants. Il a 11 ans quand &#233;clate la premi&#232;re Intifada. &#192; 13 ans il re&#231;oit une balle dans le genou ; &#224; 14 il est envoy&#233; en prison pour six mois. Avec les accords d'Oslo s'&#233;tablit l'Autorit&#233; palestinienne (AP). Zakaria, 20 ans, se fait flic tout en trafiquant des armes et des voitures &#8211; un profil courant dans les camps de r&#233;fugi&#233;s de Cisjordanie. &#192; partir de 2001, ces camps deviennent l'&#233;picentre du soul&#232;vement prol&#233;tarien venu se nicher dans la deuxi&#232;me Intifada. Zakaria participe &#224; l'armement de la r&#233;volte : il est de ces jeunes, mi-flics mi-voyous, des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa (BMA) qui pr&#233;tendent agir au nom du Fatah de Yasser Arafat. En r&#233;alit&#233; ils ne d&#233;pendent que d'eux-m&#234;mes ; ils sont les h&#233;ros des gamins autour d'eux, ils paradent, font des d&#233;clarations, tirent sur les soldats quand ils viennent, revendiquent des &#171; op&#233;rations martyrs &#187; qui tuent des civils en Isra&#235;l. De plus en plus, ils se servent aussi sur le tas et effraient les bourgeois dans les villes palestiniennes. Les journalistes constatent qu'ils &#171; font la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, Tsahal attaque le camp de J&#233;nine et le transforme en champ de ruines. Alors que la plupart des hors-la-loi recherch&#233;s sont abattus ou captur&#233;s, Zakaria reste cach&#233; sous les d&#233;combres plusieurs jours durant et en r&#233;chappe. Il devient le chef m&#233;lancolique et m&#233;diatique des nouvelles brigades du camp. Sa m&#232;re, un de ses fr&#232;res et bon nombre de ses amis ont &#233;t&#233; tu&#233;s par l'arm&#233;e ; son visage est gr&#234;l&#233; par les &#233;clats d'une bombe qui lui a p&#233;t&#233; &#224; la gueule. Quatre fois au moins, il survit miraculeusement &#224; des op&#233;rations visant &#224; l'&#233;liminer. Sa l&#233;gende cro&#238;t. Ses proches continuent de tomber, il revendique de nouveaux attentats et donne des interviews &#224; la pelle. Une ancienne militante du Likoud vient &#224; sa rencontre, d&#233;couvre les m&#233;faits de l'occupation et reste &#224; ses c&#244;t&#233;s pour lui servir de bouclier humain : tous deux affirmeront que cette relation n'avait rien d'amoureuse. En ao&#251;t 2004, elle est emprisonn&#233;e en Isra&#235;l pour collusion avec l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rencontre Zakaria bri&#232;vement cette ann&#233;e-l&#224;, alors qu'avec des copains on tourne un film dans le camp de Balata, pr&#232;s de Naplouse &#8211; un autre bastion des BMA. Entour&#233; de gamins, M16 en bandouli&#232;re, se pr&#233;occupant du service du th&#233;, le h&#233;ros de J&#233;nine ressemble beaucoup aux h&#233;ros de Balata &#8211; avec qui on boit le th&#233;, entour&#233;s de gamins, les M16 pos&#233;s contre un mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, durant les quelques mois ou ann&#233;es o&#249; ils restent en activit&#233;, ces prolos en armes se forgent un destin impr&#233;vu. Ils taillent le bout de gras avec des notables palestiniens oblig&#233;s de traiter avec eux : ils les font attendre, les d&#233;daignent, les kidnappent. Ils accumulent du pognon via les trafics et les rackets. Ils redistribuent un peu. Tout &#231;a, ils le font sans savoir s'ils seront vivants le lendemain. Ils sont fatigu&#233;s et fument clope sur clope.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hors-la-loi des BMA n'ont pas d'id&#233;ologie, et leur action n'est pas moralement propre. Tout porte &#224; croire que ce &#224; quoi ils aspirent n'est pas d'avoir un &#201;tat national, mais de se venger des torts subis. Porter des coups et ne pas mourir pauvres : c'est ce d&#233;sir contradictoire et tragique qu'ils incarnent. Pour sa part, Zakaria sait dans ses interviews ne pas faire de politique : &#171; &lt;i&gt;Que ceux qui veulent nous donner des le&#231;ons s'occupent plut&#244;t de leurs affaires&lt;/i&gt; &#187;, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le temps des prisons&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2007, l'Intifada des camps prend fin. Hamas et Fatah se font la guerre ; Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis &#233;paulent l'AP pour reprendre le contr&#244;le de la situation en Cisjordanie. Des flics palestiniens se r&#233;pandent partout ; des amnisties sont distribu&#233;es aux hors-la-loi des BMA en &#233;change d'une reddition. Zakaria pose les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tous ceux qui parlent de la paix ne pensent en fait qu'&#224; leurs petits int&#233;r&#234;ts&lt;/i&gt; &#187;, avait-il d&#233;clar&#233; &#224; des journalistes ; et voil&#224; que, amnisti&#233;, il bascule du c&#244;t&#233; de la paix. Il &#233;cope d'un grade dans les forces de s&#233;curit&#233; de l'AP ; il convertit son capital de combattant-trompe-la-mort en cash ; il se fait construire deux belles villas sur les hauteurs de J&#233;nine. Il devient un homme de culture, il parraine le Th&#233;&#226;tre de la libert&#233; install&#233; dans le camp de J&#233;nine. La politique le guette. Il a quitt&#233; le ciel &#233;toil&#233; de la cause sacrificielle pour rejoindre la terre ferme des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette terre n'est vraiment ferme que pour ceux qui la poss&#232;dent : sous les pieds de Zakaria, elle va continuer de tanguer. En mai 2012, il est arr&#234;t&#233;, non par Isra&#235;l, mais par l'AP. Il est accus&#233; de trafiquer des armes et d'avoir, avec des coll&#232;gues, tir&#233; sur la maison du gouverneur de J&#233;nine &#8211; l'&#233;dile effray&#233; en est mort d'une crise cardiaque. Dans les ge&#244;les palestiniennes, il est tortur&#233;. Il fait une gr&#232;ve de la faim. Les journalistes ne se ruent plus pour couvrir cette histoire : le capital romanesque de Zakaria est d&#233;pr&#233;ci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois plus tard, il est lib&#233;r&#233;, mais ce n'est pas fini : on l'informe maintenant que, son amnistie ayant &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233;e, il est &#224; nouveau &lt;i&gt;wanted &lt;/i&gt;par les Isra&#233;liens. Il est forc&#233; d'accepter un nouveau deal : pour &#233;chapper &#224; la taule isra&#233;lienne, il doit dormir dans une taule palestinienne &#224; Ramallah. L'heure est &#224; la fusion tendancielle des dispositifs carc&#233;raux &#8211; c'est le &lt;i&gt;bab al-dawar&lt;/i&gt;, la &#171; porte tournante &#187; : on ne sort d'une prison que pour &#234;tre envoy&#233; dans une autre. En 2017, Zakaria est finalement autoris&#233; &#224; retourner &#224; J&#233;nine. Il semble qu'il ait donn&#233; des gages et que son int&#233;gration &#224; la classe dominante palestinienne ait progress&#233; : soutenu par des journalistes de gauche isra&#233;liens, il fait un master de &lt;i&gt;cultural studies &lt;/i&gt; ; on lui donne un si&#232;ge au conseil r&#233;volutionnaire du Fatah. Mais en lui quelque chose r&#233;siste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il &#233;tait en prison durant la premi&#232;re Intifada, Zakaria s'&#233;tait li&#233; &#224; un autre adolescent nomm&#233; Tarek Barghout. J&#233;rusal&#233;mite, Barghout est ensuite devenu un avocat m&#233;diatique d&#233;fendant les prisonniers politiques palestiniens. Mais, au fil des ans, le caract&#232;re schizophr&#233;nique de son boulot, qui l'am&#232;ne &#224; participer au syst&#232;me qu'il veut combattre, commence &#224; l'&#233;craser. Il se construit alors une double vie : le jour il plaide et serre les paluches des juges isra&#233;liens ; la nuit il se planque et tire sur les v&#233;hicules des colons ou de l'arm&#233;e. Peu de temps apr&#232;s que Zakaria est autoris&#233; &#224; revenir &#224; J&#233;nine, Barghout lui confie son secret et il le convainc de se joindre &#224; lui. Entre novembre 2018 et janvier 2019, &#224; trois reprises, les deux hommes criblent de balles des bus de colons. Ils ne font pas de victimes, mais de mani&#232;re &#233;vidente c'est sur leurs propres vies qu'ils tirent. En f&#233;vrier 2019, l'ancien combattant et l'avocat sont arr&#234;t&#233;s. Barghout &#233;cope de treize ans ; Zakaria n'a toujours pas &#233;t&#233; jug&#233;. L'affaire des bus ayant entra&#238;n&#233; la r&#233;ouverture de celles de la deuxi&#232;me Intifada, il ne semble pas pr&#232;s de sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire dans l'histoire de Zakaria un condens&#233; de l'interminable d&#233;faite des prol&#233;taires qui se sont soulev&#233;s au cours de la deuxi&#232;me Intifada. L'appareil de domination isra&#233;lo-palestinienne a demand&#233; aux survivants des preuves de soumission croissantes, en &#233;change de gains de plus en plus incertains. Les souffrances pass&#233;es n'ont cess&#233; d'&#234;tre actualis&#233;es, prises dans un maillage carc&#233;ral toujours plus insidieux. Alors la seule mani&#232;re d'exercer malgr&#233; tout un choix consiste &#224; br&#251;ler ses propres vaisseaux, puis &#224; creuser des tunnels &#224; la cuill&#232;re : au moins la sociologie l'a dans l'os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cavale a &#233;t&#233; courte : les &#233;vad&#233;s de Gilboa ont tous &#233;t&#233; repris au bout de quelques jours. Mais, dans l'intervalle, tandis que des milliers de chiens de garde &#233;taient mobilis&#233;s pour les traquer, ils ont &#233;lectris&#233; les foules. Des hommes en armes du camp de J&#233;nine se sont &#224; nouveau r&#233;pandus dans les rues, rappelant que l'histoire du soul&#232;vement des camps durant la deuxi&#232;me Intifada n'est pas close. Zakaria Zubeidi, 45 ans, vole &#224; nouveau dans le ciel &#233;toil&#233; des incarnations. Ses compagnons de cavale se nomment Mahmoud Al-Ardah, Mohamed Al-Ardah, Yaqoub Qadri, Ayham Nayef Kamanji et Munadel Infaat.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;E. Minassian*&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;*&lt;i&gt; E. Minassian a fait plusieurs s&#233;jours dans les camps de Cisjordanie entre 2004 et 2017. Il s'est entretenu avec de nombreux combattants, et anciens combattants, de la deuxi&#232;me Intifada.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
