<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_auteur=549&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Virer Debord</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Virer-Debord</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Virer-Debord</guid>
		<dc:date>2024-05-03T12:11:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>
		<dc:subject>Mes h&#233;ros toxiques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;V'l&#224; que soudain tu r&#233;fl&#233;chis. Et que tu fais ce bilan. Parmi tous les artistes que tu as &#233;cout&#233;s, regard&#233;s et lus dans ta jeunesse, une grosse partie &#233;taient des mecs. Pire : beaucoup avaient des facettes toxiques. Ce mois-ci, place &#224; Guy Debord, le tonton impressionnant dont on s'aper&#231;oit trop tard que c'&#233;tait en fait un vieux vicelard. Quand j'ai commenc&#233; &#224; lire Guy Debord, j'avais seize ans. Debord &#233;tait mort deux ans plus t&#244;t (en 1994) et il &#233;tait &#224; la mode. Il avait fait la une des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no230-en-kiosque" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;230 (mai 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mes-heros-toxiques" rel="tag"&gt;Mes h&#233;ros toxiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;V'l&#224; que soudain tu r&#233;fl&#233;chis. Et que tu fais ce bilan. Parmi tous les artistes que tu as &#233;cout&#233;s, regard&#233;s et lus dans ta jeunesse, une grosse partie &#233;taient des mecs. Pire : beaucoup avaient des facettes toxiques. Ce mois-ci, place &#224; Guy Debord, le tonton impressionnant dont on s'aper&#231;oit trop tard que c'&#233;tait en fait un vieux vicelard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_230_13_debord_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH604/web_230_13_debord_1200px-2-13e17.jpg?1779878080' width='500' height='604' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Sleven
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uand j'ai commenc&#233; &#224; lire Guy Debord, j'avais seize ans. Debord &#233;tait mort deux ans plus t&#244;t (en 1994) et il &#233;tait &#224; la mode. Il avait fait la une des &lt;i&gt;Inrocks.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle &lt;/i&gt;venait de sortir en poche, bient&#244;t suivie des &lt;i&gt;Commentaires&lt;/i&gt; et du recueil du bulletin de l'Internationale lettriste &lt;i&gt;Potlatch&lt;/i&gt;. On r&#233;&#233;ditait la revue &lt;i&gt;Internationale situationniste&lt;/i&gt;, on entamait la publication de la &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;. Je parle d'un temps o&#249; internet n'existait pour ainsi dire pas en France, o&#249; les textes circulaient sur papier. Bref, pendant la petite dizaine d'ann&#233;es que la mode a dur&#233;, j'ai tout d&#233;vor&#233;.
&#192; chaque d&#233;m&#233;nagement, j'&#233;cr&#232;me ma biblioth&#232;que, mais du Debord et des situs, il m'en reste un m&#232;tre lin&#233;aire. &#199;a doit bien faire dix ans que je n'ai rien relu : &#224; chaque fois que j'essaie, j'ai l'impression de sentir un &#233;tau presser mes tempes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui chez Debord a tellement enthousiasm&#233; l'ado et le post-ado intello que j'&#233;tais, tendance r&#233;volutionnaire ? La radicalit&#233;, d'abord. La radicalit&#233; la plus extr&#234;me, l'ultra-gauchisme dans sa variante la plus snob. Radicalit&#233; dans le discours, hein, s'agissait pas de prendre les armes ni m&#234;me un manche de pioche. Ce sont, sur un mur, ces mots : &#171; Ne travaillez jamais &#187;. Et Dieu sait que l'id&#233;e de devoir travailler un jour me terrorisait &#8211; l'ennui, les horaires contraints, la subordination. Mais &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt;, &#231;a veut dire &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt;. (Que se passe-t-il si tu travailles ? Eh bien, tu es m&#233;prisable, c'est Debord lui-m&#234;me qui le dit dans &lt;i&gt;Pan&#233;gyrique&lt;/i&gt;.) Dans les saum&#226;tres ann&#233;es 1980-1990, la radicalit&#233; debordienne, ce n'&#233;tait m&#234;me pas &lt;i&gt;no future&lt;/i&gt;, c'&#233;tait &lt;i&gt;no present&lt;/i&gt;. Il n'y avait plus rien &#224; sauver, tout &#233;tait foutu &#8211; et si tu aimais quoique ce soit du monde qui t'entourait, tu &#233;tais soit un collabo, soit un pigeon. Pour d&#233;corer tout ce d&#233;sespoir, il y avait ces r&#233;f&#233;rences cryptiques, les grands moralistes du XVIIe si&#232;cle, et ce style que les fans de Debord ont longtemps continu&#233; &#224; singer. S&#233;duction du snobisme. Il para&#238;t qu'en priv&#233;, Debord aimait transmettre ; dans ses livres, il &#233;tait puant. Et, comme beaucoup de jeunes fans de Debord depuis un demi-si&#232;cle, j'&#233;tais un petit mec puant, que la lecture de Debord n'a fait qu'encourager l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien y regarder, il y avait pourtant, d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, de quoi me mettre la puce &#224; l'oreille. Certains avaient tiqu&#233; en voyant Debord signer chez Gallimard pour la r&#233;&#233;dition de ses &#339;uvres, puis chez Canal+ pour son dernier film, diffus&#233; un mois apr&#232;s sa mort. Question puret&#233; r&#233;volutionnaire, &#231;a la foutait mal. Ce que &#231;a venait rappeler, c'est que Debord &#233;tait avant tout un rejeton de la grande bourgeoisie, tr&#232;s &#224; l'aise avec les affaires d'argent. Dans sa biographie, Christophe Bourseiller raconte qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;crivait &#171; Ne travaillez jamais &#187; sur un mur de la rue de Seine, &#224; Paris, il renvoyait toutes les semaines son linge sale &#224; sa grand-m&#232;re, &#224; Cannes. Je suppose qu'&#224; 18 ans, j'ai trouv&#233; &#231;a styl&#233;. Je n'avais pas percut&#233; tout ce que &#231;a change, dans la vie, de na&#238;tre avec ou sans argent &#8211; dangereuse erreur, quand on appartient &#224; la seconde cat&#233;gorie. Les situs, c'est pas une &#233;cole de lutte des classes&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui, parmi les diff&#233;rentes traditions de la critique du travail, et sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Quelque part dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt; (si je me souviens bien), Debord d&#233;finit le prol&#233;tariat comme la classe des r&#233;volutionnaires. Si tu es &#8211; si tu te dis &#8211; r&#233;volutionnaire, m&#234;me si tu as h&#233;rit&#233; ou que tu vis de la sueur de tes locataires, t'es un prol&#233;taire. Pratique.
Il y avait aussi ces lettres g&#234;nantes, publi&#233;es par son ex-disciple Jean-Fran&#231;ois Martos, o&#249; on voyait Debord contrecarrer la publication en fran&#231;ais de &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt; de G&#252;nther Anders, dont il n'avait aucune id&#233;e, accusant le traducteur de &#171; debordiser &#187; sa pens&#233;e. Et pour cause : Anders y exprimait, d&#232;s 1956, un grand nombre des id&#233;es que Debord &#233;noncerait onze ans plus tard dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt;. De fait, une bonne partie de ce que j'ai appris chez Debord, je l'ai retrouv&#233; ailleurs : la critique des m&#233;dias chez Karl Kraus, celle de la culture de masse chez Adorno et Horkheimer, l'art de la promenade chez Walter Benjamin&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reste la question de la place de Debord dans l'histoire de la pens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Mais, &#224; peu de chose pr&#232;s, j'ai d&#251; le chercher par moi-m&#234;me. Car ce que r&#233;v&#233;lait l'attitude de Debord envers Anders, c'&#233;tait une mesquinerie pr&#233;somptueuse qui est parfois un (mauvais) trait de caract&#232;re de certains autodidactes &#8211; comme Debord l'&#233;tait, et moi aussi dans une large mesure : le fait de rejeter, de traiter par avance et syst&#233;matiquement avec m&#233;pris ce qu'on ne conna&#238;t pas, de peur d'&#234;tre pris en d&#233;faut. Au lieu de reconna&#238;tre ses dettes, de discuter les penseurs proches de lui et de donner des billes &#224; son lecteur pour qu'il se fasse sa propre id&#233;e, Debord d&#233;zingue tous ceux qui risqueraient d'un peu trop marcher sur ses plates-bandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai peu &#224; peu arr&#234;t&#233; de lire Debord, sans trop savoir pourquoi. Le d&#233;clic est venu plus tard, en plein r&#233;examen de mes attitudes merdiques, en lisant sa biographie par Jean-Marie Apostolid&#232;s. Le bouquin est malveillant, plein de commentaires psy &#224; la truelle, mais solidement r&#233;f&#233;renc&#233;. D'un bout &#224; l'autre, c'est le catalogue classique des m&#339;urs d'une avant-garde et de son gourou : les d&#233;cisions arbitraires, les caprices, les ruptures (sentimentales comme politiques), les porte-flingues tyrannis&#233;s, exploit&#233;s. Et pressur&#233;s : quand on a des go&#251;ts de luxe, pas d'argent et envie ni d'en gagner ni de prendre de risques, la seule issue, c'est de &lt;i&gt;taper&lt;/i&gt; les autres (ou d'envoyer bosser sa meuf.) Mais surtout, le portrait que dresse Apostolid&#232;s est celui d'un manipulateur pervers, ne connaissant de relation &#224; l'autre que dans la possession, la suj&#233;tion. Le tableau de la vie de boh&#232;me du jeune Debord et de ses copains, romantis&#233;e dans &lt;i&gt;Potlatch &lt;/i&gt;et dans les livres de sa premi&#232;re femme Mich&#232;le Bernstein, &#233;tait particuli&#232;rement peu reluisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexion faite, tout &#231;a apparaissait d&#233;j&#224; en toutes lettres dans l'&#339;uvre de Debord, dans ses livres et surtout dans sa correspondance, que j'avais d&#233;vor&#233;e. &#192; 15 ans, 20 ans ou 25 ans, je n'ai pas su le lire. &#199;a correspondait sans doute en partie &#224; ce que j'&#233;tais alors, et &#231;a n'a pas arrang&#233; les choses. Je ne vais pas raconter ma &lt;i&gt;life &lt;/i&gt;ici &#8211; rien de plus vomitif que les mecs quadrag&#233;naires qui monopolisent le crachoir pour expliquer combien ils &#233;taient des connards, &lt;i&gt;avant. &lt;/i&gt;Mais quand un jeune homme se trouve sur un fil, en &#233;quilibre instable entre la pression des r&#244;les sociaux &#8211; la famille, le virilisme ambiant &#8211; et l'image du type bien qu'il aimerait &#234;tre malgr&#233; tout, un auteur comme Debord p&#232;se lourd pour le faire pencher du c&#244;t&#233; petite merde toxique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre, cela fera 30 ans que Debord est mort. Ses archives sont &#224; la Biblioth&#232;que nationale de France (BnF). On s'en souvient : en 2008, l'universit&#233; de Yale ayant fait une offre d'achat &#224; la veuve, la ministre de la Culture de Sarkozy avait class&#233; le legs &#171; tr&#233;sor national &#187; afin qu'il soit pr&#233;empt&#233; par l'&#201;tat. Reconnaissant l'un des leurs, des m&#233;c&#232;nes ultra-friqu&#233;s avaient mis la main &#224; la poche pour la BnF. Une grande expo a f&#234;t&#233; tout &#231;a en 2013. Dix ans plus tard, j'ai l'impression qu'&#224; part quelques mondains de l'art, Debord n'int&#233;resse plus grand monde. Ce n'est pas forc&#233;ment tr&#232;s grave.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce qui, parmi les diff&#233;rentes traditions de la critique du travail, et sous l'allure h&#233;g&#233;lo-marxiste de son discours, rattache plut&#244;t Debord &#224; une &#233;thique aristocratique. D'o&#249; la s&#233;duction qu'il exer&#231;a sur un dandy bourgeois comme Philippe Sollers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Reste la question de la place de Debord dans l'histoire de la pens&#233;e marxienne, que d&#233;crivait Anselm Jappe en 1995 dans sa remarquable petite biographie intellectuelle. Jappe est aujourd'hui l'un des principaux th&#233;oriciens de la critique de valeur et, sauf erreur, il ne mobilise plus gu&#232;re dans ses livres que le Debord m&#233;taphysique, moraliste &#8211; le contempteur de la disparition du go&#251;t et du sens rationnel, et du grand remplacement de la culture (populaire comme bourgeoise) par l'industrie des loisirs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une classe de survivants</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Une-classe-de-survivants</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Une-classe-de-survivants</guid>
		<dc:date>2024-03-08T09:37:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans sa trilogie Dans leur travail, l'&#233;crivain marxiste anglais John Berger raconte le d&#233;clin du monde paysan qu'il a connu, dans la Savoie des ann&#233;es 1970 et 1980. &#171; Aucune classe n'a &#233;t&#233; ou n'est plus consciente de l'&#233;conomie que la paysannerie. &#187; Cette conviction, l'&#233;crivain anglais John Berger (1926-2017) se l'est forg&#233;e au contact de ses voisins du hameau de Quincy, au-dessus de la vall&#233;e de l'Arve, en Haute-Savoie, o&#249; il s'est install&#233; en 1973. De leurs r&#233;cits, il a tir&#233; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no228-mars-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;228 (mars 2024) &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH150/dans-leur-travail-8d418.jpg?1780242957' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans sa trilogie &lt;i&gt;Dans leur travail&lt;/i&gt;, l'&#233;crivain marxiste anglais John Berger raconte le d&#233;clin du monde paysan qu'il a connu, dans la Savoie des ann&#233;es 1970 et 1980.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5533 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L340xH340/dans-leur-travail-bf476.jpg?1779609522' width='340' height='340' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;A&lt;/span&gt;ucune classe n'a &#233;t&#233; ou n'est plus consciente de l'&#233;conomie que la paysannerie.&lt;/i&gt; &#187; Cette conviction, l'&#233;crivain anglais John Berger (1926-2017) se l'est forg&#233;e au contact de ses voisins du hameau de Quincy, au-dessus de la vall&#233;e de l'Arve, en Haute-Savoie, o&#249; il s'est install&#233; en 1973. De leurs r&#233;cits, il a tir&#233; une trilogie, r&#233;&#233;dit&#233;e par H&#233;ros-Limite (2023) sous le titre &lt;i&gt;Dans leur travail&lt;/i&gt;, salut &#224; un monde qui se meurt et m&#233;ditation sur les conditions &#233;conomiques pr&#233;modernes.
Cette montagne aust&#232;re, Berger n'y est pas venu en r&#233;sidence ; mais &#224; dessein, conscient qu'en bon marxiste, le monde rural &#233;tait jusque-l&#224; rest&#233; sous ses radars. Ce qui n'&#233;tait pas tout &#224; fait vrai : avec le photographe Jean Mohr, il avait suivi pendant des semaines un m&#233;decin de campagne anglais, pour un livre d'une beaut&#233; bouleversante, &lt;i&gt;Un m&#233;tier id&#233;al&lt;/i&gt; (1967)&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;d. de l'Olivier, 2009. Cette m&#233;thode d'enqu&#234;te litt&#233;raire, mi-texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Mais quant &#224; cette classe d&#233;sormais minoritaire &#8211; et minoris&#233;e, dirait-on aujourd'hui &#8211; qui nourrit les autres, il lui a fallu tout en apprendre.
Dans la derni&#232;re partie, d'abord parue en fran&#231;ais sous le titre &lt;i&gt;Flamme et Lilas&lt;/i&gt; (1990), c'est fini, on est &#224; la ville et le monde rural n'est plus qu'une ombre. Mais les deux premi&#232;res, &lt;i&gt;La Cocadrille&lt;/i&gt; (1979) et &lt;i&gt;Joue-moi quelque chose&lt;/i&gt; (1983), &#233;voquent encore une veill&#233;e o&#249; les anciens raconteraient aux minots les l&#233;gendes du village, les adultes &#233;changeraient sur les affaires du jour, tandis que le monde ext&#233;rieur &#8211; les usines, les transports, l'exode et l'&#201;tat &#8211;, autrefois lointain sinon abstrait, commence &#224; pousser tr&#232;s fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berger d&#233;crit, pour les avoir v&#233;cues, les duret&#233;s de la vie &#224; la campagne. Une mise-bas qui se passe mal, un troupeau foudroy&#233;, un champ qu'il faut retourner &#224; la pelle &#224; la recherche d'un tuyau bouch&#233;, les accidents mortels et les blessures. La solitude. Le travail harassant et l'ennui de l'hiver qui rend groggy. Et puis les ing&#233;niosit&#233;s, les &#233;carts, les personnages singuliers que s&#233;cr&#232;te forc&#233;ment cette vie sous contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne directrice des paysans, explique-t-il dans sa pr&#233;face, c'est la survie. Vou&#233;e &#224; la subsistance du reste du monde, la classe paysanne est ligot&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; de sa propre survie, par-del&#224; les entraves &#8211; les imp&#244;ts, les normes, les injonctions au changement &#8211; que lui imposent la ville et les ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance, oui, mais toujours d&#233;faite d'avance par le &#171; &lt;i&gt; progr&#232;s &lt;/i&gt; &#187;. Tel ce paysan bouilleur de cru qui s&#233;questre les deux inspecteurs venus le taxer. L'un d'eux lui oppose qu'il n'a pas le sens de &#171; &lt;i&gt;la valeur de l'argent&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;La valeur de l'argent ?&lt;/i&gt; &#187; De d&#233;go&#251;t, il les rel&#226;che. Mais la lutte contre le capitalisme sera longue, sugg&#232;re Berger &#8211; et les paysans sont patients.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;d. de l'Olivier, 2009. Cette m&#233;thode d'enqu&#234;te litt&#233;raire, mi-texte mi-photo, a donn&#233; lieu &#224; plusieurs livres dont &lt;i&gt;Le Septi&#232;me homme&lt;/i&gt; (1975), sans doute le premier consacr&#233; &#224; la condition des travailleurs immigr&#233;s en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antifascisme en Bosnie-Herz&#233;govine</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Antifascisme-en-Bosnie-Herzegovine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Antifascisme-en-Bosnie-Herzegovine</guid>
		<dc:date>2024-01-26T11:29:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans son bouquin Chez les partisans de Tito, Xavier Bougarel raconte comment, pendant la Seconde Guerre mondiale, la r&#233;sistance yougoslave a men&#233; une v&#233;ritable r&#233;volution sociale dans les zones lib&#233;r&#233;es. Et cette m&#233;moire est rest&#233;e bien vivante, comme nous le racontent les membres d'un groupe antifa de Bosnie-Herz&#233;govine. Titre original : Nationalit&#233; = Antifasciste Avril 1941. L'Allemagne nazie attaque la Yougoslavie. En quelques jours, le pays est conquis et d&#233;pec&#233;. Un mouvement de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no226-janvier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;226 (janvier 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH99/llmars226vignette-0e9de.png?1779623577' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son bouquin &lt;i&gt;Chez les partisans de Tito&lt;/i&gt;, Xavier Bougarel raconte comment, pendant la Seconde Guerre mondiale, la r&#233;sistance yougoslave a men&#233; une v&#233;ritable r&#233;volution sociale dans les zones lib&#233;r&#233;es. Et cette m&#233;moire est rest&#233;e bien vivante, comme nous le racontent les membres d'un groupe antifa de Bosnie-Herz&#233;govine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5435 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_226_10_llmars_bosnie_antifa_1200px_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH559/web_226_10_llmars_bosnie_antifa_1200px_1_-5d299.jpg?1779623578' width='500' height='559' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Une illustration de LL de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Titre original : Nationalit&#233; = Antifasciste &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;vril 1941. L'Allemagne nazie attaque la Yougoslavie. En quelques jours, le pays est conquis et d&#233;pec&#233;. Un mouvement de r&#233;sistance communiste se soul&#232;ve et inflige tr&#232;s vite de lourdes pertes aux Allemands. Sur les territoires lib&#233;r&#233;s, d'abord en Serbie puis en Bosnie-Herz&#233;govine, une r&#233;alit&#233; nouvelle, r&#233;volutionnaire, prend forme. C'est cette histoire mal connue que raconte Xavier Bougarel dans &lt;i&gt;Chez les partisans de Tito &#8211; Communistes et paysans dans la Yougoslavie en guerre&lt;/i&gt;, sorti en octobre chez Non Lieu.
Interdit depuis 1920, le Parti communiste, alors de stricte ob&#233;dience stalinienne, est trop faible pour imposer sa loi aux populations lib&#233;r&#233;es. Sa r&#233;volution, il lui faut donc la n&#233;gocier avec les paysans, sur un territoire ravag&#233; par les haines religieuses et politiques&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;gion de la Krajina (ouest de la Bosnie), qu'&#233;tudie plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration est d&#233;centralis&#233;e dans le cadre de &#171; comit&#233;s populaires de lib&#233;ration &#187;, o&#249; les communistes s'efforcent de faire &#233;lire des paysans pauvres. Composant avec les chefs de village et de famille, ils parviennent &#224; mobiliser les jeunes et les femmes, dont l'organisation remet en cause des cadres traditionnels encore largement patriarcaux. La socialisation du travail et des moyens de production s'appuie sur les coutumes locales d'entraide et de solidarit&#233; ; la distribution des produits manufactur&#233;s r&#233;cup&#233;r&#233;s dans les villes (cigarettes, allumettes, essence&#8230;) instaure avec les paysans une relation de don-contre-don. Entre partisans et paysans, observe Bougarel, un &#171; &lt;i&gt;consensus informel&lt;/i&gt; &#187; s'instaure, dont il a retrouv&#233; un paradigme chez l'anthropologue anarchiste James Scott : le droit &#224; la subsistance de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bougarel n'id&#233;alise pas son sujet. Dans une soci&#233;t&#233; rurale largement analphab&#232;te &#8211; gu&#232;re int&#233;ress&#233;e, par exemple, par les questions d'&#233;ducation et de sant&#233; &#8211;, et souvent plus soucieuse des int&#233;r&#234;ts particuliers que du collectif, la soci&#233;t&#233; nouvelle se dessine sans &#233;vidence. Mais cette exp&#233;rience voit aussi les partisans d&#233;couvrir le monde paysan et les paysans s'enr&#244;ler en masse dans le Parti, dans un processus de transformation r&#233;ciproque qui a peut-&#234;tre contribu&#233; &#224; faire de la Yougoslavie de Tito une soci&#233;t&#233; socialiste &#224; visage un peu plus humain que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une autre Bosnie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Yougoslavie est le seul pays d'Europe o&#249; la R&#233;sistance ait r&#233;ussi &#224; chasser les nazis (presque) toute seule en 1944-1945, et cette m&#233;moire joue ensuite un r&#244;le essentiel dans l'id&#233;ologie du r&#233;gime. Sous Tito, le pays se couvre d'immenses monuments &#224; l'architecture aussi imposante que d&#233;concertante. La culture populaire n'est pas en reste, avec une multitude de films de partisans o&#249; on voit parfois passer des stars comme Yul Brynner ou Orson Welles&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le documentaire de Mira Turajli&#263; Cin&#233;ma Komunisto (2011) revient sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Au sommet du box-office : &lt;i&gt;Walter d&#233;fend Sarajevo&lt;/i&gt; (1972) de Hajrudin Krvavac, dont l'adaptation en BD par Ahmet Muminovi&#263;, bourr&#233;e de coups de poings, de tirs de mitraillette et d'explosions, vient de para&#238;tre en fran&#231;ais chez Riveneuve. Les touristes chinois s'en souviennent, qui d&#233;ferlent encore par dizaines de milliers sur les lieux du tournage : &lt;i&gt;Walter&lt;/i&gt; est rest&#233; le plus gros succ&#232;s du cin&#233;ma &#233;tranger dans leur pays.
Les camarades de Bosnie s'en souviennent encore mieux. Dans leur pays traumatis&#233; par la guerre de 1992-1995, la m&#233;moire de la R&#233;sistance est une ressource politique pr&#233;cieuse. En 2019, quand quelques militants de diverses ob&#233;diences &#8211; socialistes autogestionnaires&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Doctrine officielle du r&#233;gime de Tito, fond&#233;e sur l'autogestion des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, marxistes et anarchistes &#8211; entreprennent de s'organiser, les d&#233;nominateurs communs de l'anticapitalisme et de l'antifascisme r&#233;volutionnaire s'imposent donc comme des &#233;vidences. Sans s'aveugler sur les d&#233;fauts du r&#233;gime de Tito, ils d&#233;noncent leur instrumentalisation par les r&#233;gimes nationalistes actuels, qui n'ont pas grand-chose &#224; lui envier en termes de r&#233;pression. &#171; &lt;i&gt;Depuis l'effondrement de la Yougoslavie dans les ann&#233;es 1990&lt;/i&gt;, expliquent-ils, &lt;i&gt;les politiciens capitalistes de la r&#233;gion minimisent voire nient l'importance de la R&#233;sistance. En Bosnie, les diff&#233;rents pouvoirs mobilisent une rh&#233;torique nationaliste et n'ont donc aucun int&#233;r&#234;t &#224; entretenir la m&#233;moire de cette lutte qui a vu Serbes, Bosniaques et Croates unis contre le fascisme et pour une soci&#233;t&#233; plus juste.&lt;/i&gt; &#187; Alors ce sont eux qui prennent le relais, comm&#233;morant les h&#233;ros de la R&#233;sistance sur Facebook, participant aux c&#233;r&#233;monies officielles, entretenant les monuments de l'&#233;poque de Tito. &#171; &lt;i&gt;Face &#224; [la] mainmise des oligarchies nationalistes [&#8230;]&lt;/i&gt;, explique Jean-Arnault D&#233;rens dans sa postface &#224; &lt;i&gt;Valter d&#233;fend Sarajevo, la &#8220;yougonostalgie&#8221; demeure un acte politique fort.&lt;/i&gt; &#187; Une autre Bosnie-Herz&#233;govine a exist&#233; : une autre Bosnie est donc possible.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La r&#233;gion de la Krajina (ouest de la Bosnie), qu'&#233;tudie plus particuli&#232;rement Bougarel, est peupl&#233;e de 60 % de Serbes (orthodoxes), 25 % de Bosniaques (musulmans) et de 17 % de Croates (catholiques). D&#232;s le d&#233;but de la guerre, la Croatie pro-nazie, dont d&#233;pend la Bosnie, commence &#224; massacrer les Serbes, les juifs et les Roms.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le documentaire de Mira Turajli&#263; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.on-tenk.com/fr/documentaires/histoire/cinema-komunisto&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cin&#233;ma Komunisto&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (2011) revient sur l'histoire du cin&#233;ma yougoslave sous Tito.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Doctrine officielle du r&#233;gime de Tito, fond&#233;e sur l'autogestion des entreprises par les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Reconna&#238;tre l'existence de l'antis&#233;mitisme &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Il-y-a-une-responsabilite-lorsqu</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Il-y-a-une-responsabilite-lorsqu</guid>
		<dc:date>2024-01-05T12:33:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Suite de la double-page consacr&#233;e &#224; l'antis&#233;mitisme, avec l'entretien que nous a accord&#233; Jonas Pardo, qui a notamment fond&#233; un atelier de formation &#224; cette question cruciale. Jonas Pardo a cr&#233;&#233; en 2022 un atelier de formation &#224; l'antis&#233;mitisme au programme ambitieux. Le pari : combattre l'antis&#233;mitisme chez ceux qui se croient les plus exempts de ce biais-l&#224;, &#224; grand renfort de p&#233;dagogie. Ce qui demande du tact et un certain courage : les r&#233;actions de d&#233;fense sont parfois violentes. En (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no226-janvier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;226 (janvier 2024)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite de la double-page consacr&#233;e &#224; l'antis&#233;mitisme, avec l'entretien que nous a accord&#233; Jonas Pardo, qui a notamment fond&#233; un atelier de formation &#224; cette question cruciale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5419 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_226_04_juifantifa_alchourroun_1200px-2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH372/web_226_04_juifantifa_alchourroun_1200px-2-2-5bad5.jpg?1780245124' width='500' height='372' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;onas Pardo a cr&#233;&#233; en 2022 un atelier de formation &#224; l'antis&#233;mitisme au programme ambitieux&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un r&#233;sum&#233; du contenu, lire &#171; Du silence &#224; la lutte contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le pari : combattre l'antis&#233;mitisme chez ceux qui se croient les plus exempts de ce biais-l&#224;, &#224; grand renfort de p&#233;dagogie. Ce qui demande du tact et un certain courage : les r&#233;actions de d&#233;fense sont parfois violentes. En octobre para&#238;tra aux &#233;ditions du Commun son &lt;i&gt;Petit manuel de lutte contre l'antis&#233;mitisme&lt;/i&gt;, cosign&#233; avec Samuel Delor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu revenir sur les origines de ta d&#233;marche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En janvier 2015, au moment de l'attentat au supermarch&#233; Hyper Cacher de la porte de Vincennes, je suis tr&#232;s li&#233; &#224; la lutte contre l'a&#233;roport &#224; Notre-Dame-des Landes. Je m'aper&#231;ois rapidement que, pour mes camarades, la tuerie antis&#233;mite est un non-sujet. Tout le monde s'en fiche &#8211; voire exprime de la compassion envers les tueurs, sur le mode : &#8220;On comprend le geste, au vu de ce qu'Isra&#235;l fait aux Palestiniens.&#8221; On &#233;tait plusieurs personnes juives ou non juives &#224; faire le m&#234;me constat du d&#233;sint&#233;r&#234;t de la lutte contre l'antis&#233;mitisme dans les milieux de luttes et c'est les autrices du texte &#8220;Pour une approche mat&#233;rialiste de la question raciale&#8221;, paru dans la revue&lt;i&gt; Vacarme&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;qui nous ont r&#233;unis pour penser la question de l'antis&#233;mitisme &#224; gauche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui caract&#233;rise l'antis&#233;mitisme &#224; gauche, celle-ci &#233;tant entendue au sens large ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'une part, une tendance &#224; personnifier la critique du pouvoir et de l'&#233;conomie, le capitalisme n'&#233;tant plus vu comme un syst&#232;me social mais comme le r&#233;sultat de l'action de personnes malveillantes. C'est ainsi qu'on a vu le nom de Rothschild agit&#233; pendant les Gilets jaunes ou les manifestations contre le passe sanitaire. Cela s'exprime parfois de fa&#231;on plus subtile car, depuis la Shoah, et au contraire d'autres racismes, l'antis&#233;mitisme est aujourd'hui disqualifi&#233; socialement, et doit donc adopter des formes crypt&#233;es. La critique du capitalisme financier, mondialiste, internationaliste, par opposition &#224; un bon capitalisme qui serait industriel, productif, national, etc., en est un exemple. Or le capitalisme est un ensemble, ces deux aspects sont indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me aspect est li&#233; au conflit en Isra&#235;l/Palestine, o&#249; la gauche a souvent du mal &#224; faire la diff&#233;rence entre une critique du fait politique isra&#233;lien, fond&#233;e sur des faits &#233;tablis dans des termes pr&#233;cis, et la d&#233;nonciation d'une entit&#233; politique diabolique, conjuguant motifs antis&#233;mites historiques et &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui nous renvoie &#224; cette confusion qui r&#232;gne, dans le d&#233;bat public, entre antis&#233;mitisme et antisionisme&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La gauche diabolise le sionisme&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'int&#233;rieur du projet sioniste de construction d'une soci&#233;t&#233; juive en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Or aujourd'hui, quand un juif se dit sioniste, ce n'est pas une couleur politique : &#231;a veut seulement dire qu'il consid&#232;re que les juifs ont droit &#224; un &#201;tat, avec tous les d&#233;bats que &#231;a suppose sur la forme que doit prendre cet &#201;tat. Quand des juifs sionistes entendent le mot &#8220;antisionisme&#8221;, ce qu'ils comprennent, souvent, c'est qu'on refuse aux juifs d'habiter &lt;i&gt;o&#249; que ce soit sur terre&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'antisionisme est tout aussi divers. Refuser l'existence d'un &#201;tat juif peut recouvrir des significations diff&#233;rentes. Pour des antis&#233;mites &#224; la Dieudonn&#233;, par exemple, les juifs n'ont leur place nulle part. Mais il y a aussi des partisans d'un seul &#201;tat en Palestine. Ce qui recouvre encore des options vari&#233;es, selon qu'on se place du c&#244;t&#233; des supr&#233;macistes juifs ou des jihadistes, en faveur d'un &#201;tat unique o&#249; l'autre peuple serait discrimin&#233; ou expuls&#233;, ou d'un &#201;tat binational.&lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, &#8220;sionisme&#8221; et &#8220;antisionisme&#8221; sont des mots inadapt&#233;s pour parler de l'antis&#233;mitisme en France. On peut &#234;tre antisioniste mais pas antis&#233;mite, antisioniste comme cache-sexe de l'antis&#233;mitisme, mais aussi sioniste et antis&#233;mite, comme l'extr&#234;me droite fran&#231;aise. C'est flagrant aux &#201;tats-Unis o&#249; on trouve une droite &#233;vang&#233;lique sioniste et antis&#233;mite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment r&#233;agissent les participants de tes ateliers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Beaucoup r&#233;alisent qu'il y a une responsabilit&#233;, lorsqu'on veut intervenir en solidarit&#233; avec les Palestiniens, &#224; reconna&#238;tre l'existence de l'antis&#233;mitisme. Reconna&#238;tre l'antis&#233;mitisme n'est pas toujours une chose &#233;vidente. Beaucoup sont stup&#233;faits, par exemple, quand on d&#233;cortique les caricatures de Carlos Latuff, dont on retrouve tr&#232;s souvent les dessins dans l'iconographie propalestinienne en France, et qui a &#233;t&#233; le grand vainqueur de concours internationaux de dessins n&#233;gationnistes en Iran. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La critique de l'antis&#233;mitisme &#171; de gauche &#187; est largement instrumentalis&#233;e par le pouvoir et la droite, qui se pr&#233;sentent comme des d&#233;fenseurs des juifs&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En politique, la lutte contre l'antis&#233;mitisme semble n'&#234;tre qu'un outil dans le terrain d'affrontements entre partis. Lorsque la lutte contre l'antis&#233;mitisme est assimil&#233;e &#224; la d&#233;fense des valeurs de la r&#233;publique, elle repose sur des valeurs morales abstraites. On l'a bien vu quand Ya&#235;l Braun-Pivet et G&#233;rard Larcher ont appel&#233; &#224; la marche du 12 novembre au nom des &#8220;valeurs de notre R&#233;publique&#8221; &#8211; ce qui sonne aujourd'hui comme un &lt;i&gt;dog whistle&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En anglais, &#171; sifflet &#224; chien &#187; : langage cod&#233; visant &#224; &#233;mettre un message (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; islamophobe. Pour eux, les juifs sont une abstraction. Or la lutte contre l'antis&#233;mitisme, c'est la d&#233;fense de &lt;i&gt;personnes, de vies&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand Darmanin interdit les manifestations pour les Palestiniens et traite les manifestants d'antis&#233;mites, et quand M&#233;lenchon dit que la marche contre l'antis&#233;mitisme revient &#224; soutenir le massacre &#224; Gaza, tous deux mettent des populations en concurrence. Ce faisant, l'un comme l'autre mettent en danger les vies des juifs et des Arabes en France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment tes ami&#183;es et toi avez-vous r&#233;agi au moment de cette marche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si j'ai pu comprendre le malaise des individus &#224; marcher le 12 novembre, je n'excuse pas la partie de la FI qui a appel&#233; &#224; ne pas s'y rendre. Ce sont les gauches qui devraient mener la lutte antiraciste. En un sens, la gauche en France na&#238;t avec l'affaire Dreyfus, quand elle rompt avec l'extr&#234;me droite dans sa critique du capitalisme, et qu'on voit surgir l'antiracisme ouvrier et syndicaliste r&#233;volutionnaire. En refusant de participer &#224; la marche, LFI a renonc&#233; &#224; ce r&#244;le historique. Ce n'est pas nouveau. D&#233;j&#224;, en 2006, le Mrap et la LCR avaient refus&#233; de marcher pour Ilan Halimi&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En janvier-f&#233;vrier 2006, Ilan Halimi, 24 ans, est s&#233;questr&#233; pendant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; au pr&#233;texte que l'extr&#234;me droite avait annonc&#233; sa pr&#233;sence. En 2012, apr&#232;s la tuerie de l'&#233;cole Ozar Hatorah, pas de marche. Pour l'Hyper Cacher en 2015, le meurtre de Mireille Knoll en 2018&#8230; &#192; chaque fois, les juifs sont seuls. Mais pour nous, la question de marcher contre l'antis&#233;mitisme &#233;tait une &#233;vidence ; la question &#233;tait : comment redonner du sens &#224; cette marche ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pr&#233;sence de l'extr&#234;me droite posait tout de m&#234;me question&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle repr&#233;sentait quelques centaines de personnes au milieu de 100 000 manifestants. Et quand bien m&#234;me, depuis quand la gauche laisse-t-elle le pav&#233; &#224; l'extr&#234;me droite ? L&#224; aussi, elle renonce &#224; son r&#244;le historique. &#192; quel moment la gauche se r&#233;empare de la conflictualit&#233; dans la lutte antiraciste ? La lutte contre l'antis&#233;mitisme, c'est conflictuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment recr&#233;er de la conflictualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme on l'a fait avec le collectif Golem, qui s'est constitu&#233; &#224; l'occasion de la marche pour chasser l'extr&#234;me droite et briser le r&#233;cit de la manif. Notre but, c'est de faire reculer l'extr&#234;me droite qui est antis&#233;mite par essence, et dont la vision du monde se fonde sur un narratif complotiste intrins&#232;quement li&#233; &#224; l'antis&#233;mitisme. Golem a aussi pour objectif de combattre l'antis&#233;mitisme d'o&#249; qu'il vienne, y compris &#224; gauche ; d'offrir un espace de solidarit&#233; pour les juifs de gauche et leurs soutiens, sionistes ou antisionistes. Quelques jours apr&#232;s la fondation du collectif Golem, on avait d&#233;j&#224; re&#231;u des centaines de messages de juifs qui trouvent l'atmosph&#232;re irrespirable dans les mouvements de gauche. Les juifs de gauche existent et ils ont besoin de se rassembler et de discuter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Antijuda&#239;sme et antis&#233;mitisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'&#171; antis&#233;mitisme &#187;, au sens de haine des juifs, na&#238;t en 1879 sous la plume de l'agitateur allemand Wilhelm Marr. L'&#233;poque est au triomphe des th&#233;ories raciales : en d&#233;signant les juifs comme &#171; S&#233;mites &#187;, Marr vise &#224; donner une couleur &#171; scientifique &#187; au vieil antijuda&#239;sme religieux des chr&#233;tiens.
&#171; &lt;i&gt;Les Arabes aussi sont des S&#233;mites&lt;/i&gt; &#187;, lit-on parfois. L'h&#233;breu appartient en effet &#224; la famille des langues dites &#171; s&#233;mitiques &#187;, comme l'arabe et d'autres langues. Mais l'assimilation des groupes linguistiques &#224; des groupes ethniques, commune jusqu'au d&#233;but du XXe si&#232;cle, r&#233;pond d'une anthropologie racialiste totalement d&#233;pass&#233;e aujourd'hui. Le terme d'antis&#233;mitisme ne d&#233;signe rien d'autre que l'id&#233;ologie n&#233;e sous ce nom : la haine des juifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour un r&#233;sum&#233; du contenu, lire &#171; &lt;a href=&#034;https://k-larevue.com/du-silence-a-la-lutte-contre-lantisemitisme-le-tournant-dun-juif-de-gauche-radicale/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Du silence &#224; la lutte contre l'antis&#233;mitisme : le tournant d'un juif de gauche radicale&lt;/a&gt; &#187;, site de la revue &lt;i&gt;K&lt;/i&gt; (02/11/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; l'int&#233;rieur du projet sioniste de construction d'une soci&#233;t&#233; juive en Palestine, des courants tr&#232;s vari&#233;s s'affrontent &#8211; y compris des sionistes libertaires en lutte pour une soci&#233;t&#233; sans classes o&#249; juifs et Palestiniens vivraient dans l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En anglais, &#171; sifflet &#224; chien &#187; : langage cod&#233; visant &#224; &#233;mettre un message haineux &#224; un public complice, sans attirer l'attention ni risquer des poursuites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En janvier-f&#233;vrier 2006, Ilan Halimi, 24 ans, est s&#233;questr&#233; pendant plusieurs par semaines et tortur&#233; &#224; mort. Ses ravisseurs, le pensant riche &#8211; riche parce que juif, comme le veut le pr&#233;jug&#233; moyen&#226;geux &#8211;, esp&#233;raient en tirer une ran&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'antis&#233;mitisme, c'est du racisme</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-antisemitisme-c-est-du-racisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/L-antisemitisme-c-est-du-racisme</guid>
		<dc:date>2024-01-05T10:32:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Instrumentalis&#233;, banalis&#233;, l'antis&#233;mitisme passe trop souvent sous nos radars anars, &#171; de gauche &#187; ou antiracistes. Face &#224; la confusion, des camarades juif.ves remettent aujourd'hui cette lutte &#224; l'ordre du jour. Autrefois, tout &#233;tait simple : la droite vomissait les &#171; jud&#233;o-bolch&#233;viques &#187;, tandis que la gauche portait haut le flambeau de la lutte contre l'antis&#233;mitisme. Aujourd'hui, les choses apparaissent plus n&#233;buleuses. L'extermination des juif&#183;ves d'Europe par les nazis est devenue (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no226-janvier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;226 (janvier 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/imagelmodnjqdsv-48f8f.png?1779921225' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Instrumentalis&#233;, banalis&#233;, l'antis&#233;mitisme passe trop souvent sous nos radars anars, &#171; de gauche &#187; ou antiracistes. Face &#224; la confusion, des camarades juif.ves remettent aujourd'hui cette lutte &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_226_04_juifantifa_alchourroun_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH384/web_226_04_juifantifa_alchourroun_1200px-2-02d9a.jpg?1779921225' width='500' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Une illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;utrefois, tout &#233;tait simple : la droite vomissait les &#171; jud&#233;o-bolch&#233;viques &#187;, tandis que la gauche portait haut le flambeau de la lutte contre l'antis&#233;mitisme. Aujourd'hui, les choses apparaissent plus n&#233;buleuses. L'extermination des juif&#183;ves d'Europe par les nazis est devenue depuis la fin des ann&#233;es 1970 un fait m&#233;moriel majeur en Occident. La Shoah est enseign&#233;e et comm&#233;mor&#233;e par les institutions. Ce faisant, dans l'esprit de bien des antiracistes, l'antis&#233;mitisme semble avoir pris la place d'une sorte de monument poussi&#233;reux, abstrait, invisible &#224; force d'&#234;tre trop vu &#8211; comme si la haine des juif&#183;ves s'&#233;tait &#233;vanouie miraculeusement apr&#232;s deux mill&#233;naires d'exclusion, de pers&#233;cutions et de massacres&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une premi&#232;re approche, voir la s&#233;rie documentaire Histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. D'autre part, cette m&#233;moire n'a cess&#233; d'&#234;tre instrumentalis&#233;e par Isra&#235;l et ses partisans occidentaux afin de justifier l'oppression &#8211; et aujourd'hui, le massacre &#8211; des Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 7 octobre, la confusion est totale. Face &#224; l'augmentation des violences antis&#233;mites&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, trois fois plus d'actes antis&#233;mites ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, la droite et l'extr&#234;me droite, o&#249; l'antis&#233;mitisme se porte toujours bien, s'&#233;rigent en d&#233;fenseurs des juif&#183;ves. Le temps nous semble donc venu de donner la parole &#224; des camarades juif&#183;ves de gauche, premier&#183;es acteur&#183;ices des luttes contre une haine qui les vise au premier chef, et de nous doter de nouveaux outils de r&#233;flexion. &#192; commencer par le livre de la militante Illana Weizman &lt;i&gt;Des Blancs comme les autres ? &#8211; Les Juifs, angle mort de l'antiracisme &lt;/i&gt;(Stock, octobre 2022). Et &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Il-y-a-une-responsabilite-lorsqu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les formations &#224; l'antis&#233;mitisme que Jonas Pardo destine &#224; &#171; notre camp &#187;.&lt;/a&gt; (Un entretien avec Jonas Pardo a &#233;t&#233; publi&#233; dans le m&#234;me num&#233;ro, &#224; retrouver par&lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Il-y-a-une-responsabilite-lorsqu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les juif&#183;ves, ces racis&#233;&#183;es&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part du livre d'Illana Weizman &#8211; et aussi celui de sa s&#233;rie de podcasts &lt;i&gt;Qui a peur des juifs ? Antis&#233;mitisme, la tentation perp&#233;tuelle&lt;/i&gt; (Chahut M&#233;dia) &#8211;, c'est le v&#233;cu des personnes concern&#233;es, et leur parole. La sienne sonne avec clart&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je suis devenue juive &#224; l'&#226;ge de 9 ans&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-elle. Le jour o&#249;, dans la cour de l'&#233;cole, une camarade lance : &#171; &lt;i&gt;Il ne faut pas jouer avec Illana, c'est une sale juive.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Avant cet &#233;pisode, je ne savais pas que j'&#233;tais juive. Cela para&#238;t fou quand on sait que j'ai grandi dans une famille pratiquante mais, en classe de CM1, je suis simplement une gamine de 9 ans [&#8230;] comme les autres. Avant la mise en branle de la racialisation, les diff&#233;rences existent mais elles ne sont pas porteuses de sens. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Racialisation &#187;, le terme est important. En exposant son exp&#233;rience de femme juive arabe, habitu&#233;e &#224; dissimuler des aspects de sa vie personnelle aux membres non juifs de son entourage, scrut&#233;e pour son nom, son pr&#233;nom, ses cheveux, essentialis&#233;e, assign&#233;e politiquement, sexualis&#233;e sur la base de ses origines, Illana Weizman parvient en effet &#224; reformuler l'antis&#233;mitisme dans le langage des luttes intersectionnelles. &#171; &lt;i&gt;On ne peut &#234;tre juif &#8220;sans y penser&#8221;, comme un &#233;tat de neutralit&#233;&lt;/i&gt;, explique-t-elle. &lt;i&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cela &#234;tre racis&#233;, porter constamment le poids de ce que les autres projettent sur nous.&lt;/i&gt; &#187; Cette projection n'est pas seulement r&#233;ductrice (pas plus qu'aucun groupe humain, &#171; les juif&#183;ves &#187; ne r&#233;pondent &#224; une d&#233;finition simple et univoque) et essentialisante : elle tend &#224; faire des juif&#183;ves un &#171; autre &#187; suscitant la m&#233;fiance sinon la haine : selon un sondage r&#233;cent, 91 % des &#233;tudiant&#183;es juif&#183;ves de France auraient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; l'antis&#233;mitisme. En 2015, quand certains responsables communautaires d&#233;conseillent le port de la kippa en public par mesure de s&#233;curit&#233;, de jeunes juifs marseillais r&#233;pondent : &#171; &lt;i&gt;Ils nous reconnaissent m&#234;me sans kippa [&#8230;], &#224; notre mani&#232;re de parler, de nous habiller, alors se faire casser la gueule pour se faire casser la gueule, vaut mieux garder la kippa.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Marseille, &#8220;le curseur en mati&#232;re de haine des juifs est tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers temps, ces r&#233;cits ont un peu disparu de la conscience des antiracistes. &#192; l'heure de l'&#233;ni&#232;me loi anti-immigration, tandis que les jeunes originaires des anciennes colonies fran&#231;aises tombent sous les coups de la police, beaucoup h&#233;sitent &#224; appr&#233;hender l'antis&#233;mitisme au m&#234;me titre que les autres racismes. Comme l'islamophobie, l'antis&#233;mitisme est pourtant syst&#233;mique et structurel dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, tant son anciennet&#233; a permis l'accumulation d'un in&#233;puisable r&#233;pertoire de formes, discours et constructions id&#233;ologiques, profond&#233;ment ancr&#233;s dans l'imaginaire collectif. Et de fait, depuis le 7 octobre, &#231;a suinte : les pr&#233;jug&#233;s, le d&#233;ni, voire la haine &#8211; confirmant un malaise croissant chez beaucoup de juif&#183;ves actifs dans les luttes sociales. &#171; &lt;i&gt;Chez beaucoup d'amis non juifs, militants de groupes intersectionnels, c'est comme si, au nom de la &#8220;r&#233;sistance&#8221; l'horreur du massacre du 7 octobre n'&#233;tait pas prise en consid&#233;ration&lt;/i&gt;, nous explique Illana Weizman. &lt;i&gt;M&#234;me chez des militantes f&#233;ministes, avec qui je travaille depuis des ann&#233;es, je n'ai pas entendu de voix forte d&#233;noncer l'emploi par le Hamas du viol comme arme de guerre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans le combat antiraciste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Refusant de voir leur parole silenci&#233;e par leurs camarades, mais aussi r&#233;cup&#233;r&#233;e par leurs ennemis, les juif&#183;ves de gauche ont commenc&#233; &#224; s'organiser. Depuis 2015, le collectif Juif&#183;ves r&#233;volutionnaires s'est donn&#233; comme objectif de &#171; &lt;i&gt;remettre le combat contre l'antis&#233;mitisme &#224; sa juste place dans le combat antiraciste d'une part, tout en combattant les id&#233;es r&#233;actionnaires au sein de la minorit&#233; juive d'autre part&lt;/i&gt; &#187;. Dans la communaut&#233; juive comme en milieu militant, leur d&#233;marche d&#233;tonne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il est vital de d&#233;tacher la question isra&#233;lo&#173;-palestinienne et la lutte contre l'antis&#233;mitisme &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Non pas, expliquent-ils, en raison de leurs positions sur le conflit isra&#233;lo-palestinien (&#171; &lt;i&gt;qui ne sont pas tr&#232;s originales au sein de la gauche radicale&lt;/i&gt; &#187;), mais parce qu'il leur para&#238;t &#171; &lt;i&gt;probl&#233;matique de ne nommer l'antis&#233;mitisme que lorsqu'il est question de son instrumentalisation. Avant de produire de l'analyse sur l'instrumentalisation de l'antis&#233;mitisme, notamment par la droite et l'extr&#234;me droite, la priorit&#233; des antiracistes doit &#234;tre de lutter contre l'oppression elle-m&#234;me.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;[voir encadr&#233; &#034;Le choix des mots&#034;, ci-dessous]&lt;/i&gt; Illana Weizman ne dit pas autre chose, quand elle affirme : &#171; &lt;i&gt;Il est vital de d&#233;tacher la question isra&#233;lo-palestinienne et la lutte contre l'antis&#233;mitisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le choix des mots&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour nous, le combat se m&#232;ne ici et maintenant, dans la tradition bundiste&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parti socialiste juif d'Europe de l'Est fond&#233; en 1897, partisan de la lutte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. C'est-&#224;-dire que la solidarit&#233; avec la Palestine est l&#233;gitime et n&#233;cessaire, et que militant et luttant en France nos mobilisations doivent avant tout porter sur la lutte contre l'imp&#233;rialisme et le racisme fran&#231;ais, et notamment l'antis&#233;mitisme. Nous sommes assez critiques envers le discours qui voudrait faire du sionisme le pire des nationalismes ou qui voudrait voir la main des sionistes &#224; l'&#339;uvre derri&#232;re les m&#233;dias et les d&#233;cisions politiques ailleurs qu'en Isra&#235;l. On entend &#224; gauche des slogans comme &#8220;Les sionistes au goulag&#8221;, issu de l'antis&#233;mitisme sovi&#233;tique, ou &#8220;S&#233;paration du Crif et de l'&#201;tat&#8221;, issu de l'extr&#234;me droite, qui permettent &#224; un antis&#233;mitisme rendu acceptable de s'engouffrer sans peine. Quand on entend &#8220;De Paris &#224; Gaza, intifada&#8221;, qui sait qu'il s'agit d'un slogan du GUD ? On peut pourtant comprendre qu'ils d&#233;noncent l&#224; une pseudo &#8220;domination juive&#8221; sur la France. Une fois que les personnes sont convaincues que le sionisme est le probl&#232;me majeur en France ou que l'&#201;tat est aux mains des &#8220;sionistes&#8221;, Soral et Dieudonn&#233; n'ont plus besoin de bosser. [&#8230;] Pour beaucoup de monde &#224; gauche et &#224; l'extr&#234;me gauche, ce conflit est l'occasion d'une course &#224; la radicalit&#233; qu'on n'observe pas pour d'autres situations coloniales, o&#249; la rigueur et l'humilit&#233; sont davantage de mise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour une premi&#232;re approche, voir la s&#233;rie documentaire &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.arte.tv/fr/videos/RC-017590/histoire-de-l-antisemitisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de l'antis&#233;mitisme&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, sur le site d'Arte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, trois fois plus d'actes antis&#233;mites ont &#233;t&#233; commis dans le mois suivant l'attaque du Hamas que durant toute l'ann&#233;e 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2016/01/13/a-marseille-le-curseur-en-matiere-de-haine-des-juifs-est-tres-eleve_4846735_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; Marseille, &#8220;le curseur en mati&#232;re de haine des juifs est tr&#232;s &#233;lev&#233;&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (13/01/2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Parti socialiste juif d'Europe de l'Est fond&#233; en 1897, partisan de la lutte de classes &#171; sur place &#187;, donc en opposition au sionisme qui entend r&#233;soudre les probl&#232;mes des juifs par l'&#233;migration et la formation d'un &#201;tat juif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ing&#233;nieurs d&#233;serteurs : une critique</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ingenieurs-deserteurs-une-critique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Ingenieurs-deserteurs-une-critique</guid>
		<dc:date>2023-11-10T15:11:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;o Bedard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;serter son poste ou ses &#233;tudes ? Oui, si on peut se le permettre, et &#224; condition de renoncer &#224; l'&#233;mancipation collective. Dans Tout plaquer (Le Monde &#224; l'envers, octobre 2023), Anne Humbert &#233;trille les ing&#233;nieurs d&#233;serteurs. Entretien. Titre original : D&#233;serter, pour quoi faire ? &#199;'a &#233;t&#233; ce qu'on appelle une belle unanimit&#233;. En mai 2022, tous les m&#233;dias, camarades ou mainstream, saluaient l'h&#233;ro&#239;sme de huit jeunes ing&#233;nieurs fra&#238;chement dipl&#244;m&#233;s d'AgroParisTech qui, sous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no224-novembre-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;224 (novembre 2023) &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Theo-Bedard" rel="tag"&gt;Th&#233;o Bedard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;serter son poste ou ses &#233;tudes ? Oui, si on peut se le permettre, et &#224; condition de renoncer &#224; l'&#233;mancipation collective. Dans &lt;i&gt;Tout plaquer&lt;/i&gt; (Le Monde &#224; l'envers, octobre 2023), Anne Humbert &#233;trille les ing&#233;nieurs d&#233;serteurs. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Titre original :&lt;strong&gt; D&#233;serter, pour quoi faire ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_224_ttplaquer_theobedard_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH566/web_224_ttplaquer_theobedard_1200px-68895.jpg?1780063264' width='500' height='566' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Une illustration de Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#199;&lt;/span&gt;'a &#233;t&#233; ce qu'on appelle une belle unanimit&#233;. En mai 2022, tous les m&#233;dias, camarades ou &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;, saluaient l'h&#233;ro&#239;sme de huit jeunes ing&#233;nieurs fra&#238;chement dipl&#244;m&#233;s d'AgroParisTech qui, sous les applaudissements de la salle Gaveau, annon&#231;aient renoncer &#224; leur carri&#232;re au profit de t&#226;ches moins connes et climatonuisibles. Peu de gens, alors, pour poser les questions qui f&#226;chent : d'abord, que faisaient-ils en &#233;cole d'agro, ces r&#233;volutionnaires ? Et que n'ont-ils d&#233;missionn&#233; plus t&#244;t, sans attendre de jouir du double prestige de leur dipl&#244;me &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de leur d&#233;sertion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions, Anne Humbert les pose maintenant dans son stimulant petit libell&#233; &lt;i&gt;Tout plaquer &#8211; La d&#233;sertion ne fait pas partie de la solution mais du probl&#232;me&lt;/i&gt; (Le Monde &#224; l'envers, octobre 2023). L'individue semble aussi peu r&#233;ceptive aux &lt;i&gt;success stories&lt;/i&gt; qu'au &lt;i&gt;young, smart and sexy-washing.&lt;/i&gt; Apr&#232;s une &#233;cole d'ing&#233; o&#249; elle n'a &#171; &lt;i&gt;rien appris&lt;/i&gt; &#187;, elle est maintenant plus ou moins placardis&#233;e dans une multinationale o&#249; elle effectue des t&#226;ches &#171; &lt;i&gt;bureaucratiques, r&#233;p&#233;titives, ultra morcel&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Du point de vue situ&#233; qui est le sien, elle d&#233;cortique les discours et les parcours de toutes celles et ceux qui, autour d'elle, ont &#171; d&#233;sert&#233; &#187;. Et se demande si, au bout du compte, ces aventures individuelles ne colleraient pas un peu trop bien &#224; l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias &#233;voquent depuis quelques ann&#233;es un ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;sertion du monde du travail. Qui &#171; d&#233;serte &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les m&#233;dias relayent majoritairement des histoires de d&#233;sertions r&#233;ussies, qui font croire que &#8220;quand on veut, on peut&#8221; et qu'il suffit de &#8220;d&#233;construire notre peur du risque&#8221; pour que tout se passe bien.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ceux qui r&#233;ussissent leur d&#233;sertion ont moins d'obstacles mat&#233;riels que le reste de la population &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Ils passent sous silence le fait que ceux qui r&#233;ussissent leur d&#233;sertion ont souvent plus de ressources que les autres, comme la capacit&#233; de se passer d'un salaire pendant plusieurs mois voire plusieurs ann&#233;es (parce qu'on a des &#233;conomies, qu'on est propri&#233;taire de son logement ou qu'on a un h&#233;ritage) ; un r&#233;seau qui pourra nous aider en cas de probl&#232;me ; des dipl&#244;mes socialement reconnus qui nous donnent une cr&#233;dibilit&#233; ; le fait d'avoir confiance en soi, de savoir se vendre, de se sentir l&#233;gitime pour tout faire, tout exiger ; le fait d'&#234;tre en bonne sant&#233; (ce qui permet par exemple de se passer d'une mutuelle), d'&#234;tre jeune, d'avoir un physique conforme, d'&#234;tre cool, attractif, de ma&#238;triser le langage des &#233;lites et leurs codes&#8230;
En fait, comme ceux qui r&#233;ussissent leur d&#233;sertion ont moins d'obstacles mat&#233;riels que le reste de la population, les m&#233;dias ont tendance &#224; les minimiser, et &#224; maximiser les obstacles psychologiques : pour eux si les gens ne d&#233;sertent pas, c'est qu'ils n'ont pas compris que leur m&#233;tier &#233;tait inutile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu d&#233;cris l'image valorisante que les d&#233;serteurs &#8211; et la soci&#233;t&#233; &#8211; renvoient d'eux-m&#234;mes, comme professionnels et comme d&#233;serteurs. Pourtant, le monde du travail n'est pas compos&#233; que de &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;winners&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;. Quel regard portes-tu l&#224;-dessus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;serteurs (et particuli&#232;rement les ing&#233;nieurs d&#233;serteurs) se pr&#233;sentent souvent comme &#8220;des rouages essentiels du capitalisme&#8221;, tr&#232;s comp&#233;tents dans leur m&#233;tier, mais qui ont d&#233;sert&#233; pour handicaper le capitalisme. Or beaucoup d'ing&#233;nieurs (et je m'inclus l&#224;-dedans) sont incomp&#233;tents. Ils effectuent des t&#226;ches bureaucratiques, r&#233;p&#233;titives et souvent, s'ils arr&#234;taient de travailler, &#231;a ne changerait absolument rien ni pour le capitalisme ni m&#234;me pour leur entreprise. Je pense qu'avoir des t&#233;moignages de travailleurs m&#233;diocres, incomp&#233;tents, en &#233;chec, serait &#224; la fois plus r&#233;aliste mais aussi plus prometteur pour construire du collectif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;voques une formation, propos&#233;e par la bo&#238;te o&#249; tu bosses, qui concluait sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;serter. Pourquoi les grandes entreprises encouragent-elles ce mouvement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les grandes entreprises incitent effectivement les salari&#233;s &#224; &#234;tre mobiles et &#224; d&#233;serter &#8220;en cas de dissonance entre leurs valeurs et celles de l'entreprise&#8221;. D'abord, parce que &#231;a pousse les salari&#233;s &#224; partir d'eux-m&#234;mes (&#231;a co&#251;te moins cher que de les licencier). En outre, &#231;a laisse croire que ceux qui restent adh&#232;rent aux valeurs de l'entreprise (alors qu'ils ont juste besoin d'un salaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilit&#233; permet &#233;galement de mettre les individus perp&#233;tuellement en comp&#233;tition les uns avec les autres. Quand on a tout plaqu&#233; et qu'on est &#224; la recherche d'une nouvelle situation stable, on se retrouve par exemple &#224; dix candidats pour un stage ou une formation, chacun essayant d'avoir le profil le plus attractif possible. La mobilit&#233; casse aussi les liens de solidarit&#233; entre salari&#233;s : on aura moins tendance &#224; se mobiliser pour un coll&#232;gue qu'on conna&#238;t depuis un an que pour un autre qu'on conna&#238;t depuis dix ou vingt ans. En outre, lorsque l'on sait que l'on va partir, on ne se bat pas pour d&#233;fendre des droits collectifs.
Et puis, il y a une guerre id&#233;ologique contre le CDI et le droit du travail : les grandes entreprises se plaisent &#224; d&#233;valoriser le CDI, dans l'espoir de remplacer les salari&#233;s en CDI par des auto-entrepreneurs ou autres contrats pr&#233;caires. J'ai ainsi vu des d&#233;serteurs repentis reprendre leur poste mais sous des contrats commerciaux, beaucoup moins protecteurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliques-tu cet extraordinaire engouement pour ce th&#232;me, en particulier autour de l'affaire AgroParisTech ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense que la &#8220;d&#233;sertion&#8221; est porteuse de valeurs n&#233;olib&#233;rales, comme l'attrait pour la mobilit&#233;, la flexibilit&#233;, le fait de prendre des risques, de sortir de sa zone de confort, d'&#234;tre toujours pr&#234;t &#224; apprendre de nouvelles choses, de toujours chercher une meilleure situation (plus &#233;panouissante, plus vertueuse&#8230;), de ne jamais avoir la flemme&#8230; Je pense que &#231;a permet aussi aux grandes &#233;coles de placer des gens form&#233;s par elles dans tous les milieux : on se retrouve avec des Bac + 5 form&#233;s au management par projet, &#224; la bureaucratie, non seulement dans les grandes entreprises traditionnelles, mais &#233;galement dans le milieu associatif, &#224; la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, &#224; Terre de liens&#8230; Il n'y aura bient&#244;t plus aucune place dans aucun milieu pour les gens qui n'ont pas un Bac + 5&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En d&#233;barquant dans d'autres milieux, o&#249; ils choisissent toujours, observe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une p&#233;riode de reflux du mouvement social, on est tent&#233; de comprendre que certains quittent le navire et essaient avant tout de sauver leur peau. Quelles alternatives imagines-tu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je comprends que les individus d&#233;sertent et je ne veux pas qu'on croie que j'accuse les d&#233;serteurs individuellement ou qu'on utilise mon texte pour dire que la position la plus &#233;thique est de rester en entreprise. Ce que je d&#233;nonce surtout, ce sont les m&#233;dias et les d&#233;serteurs qui veulent nous faire croire que le fait de rester ou de d&#233;serter est une question de conscience quand, pour moi, c'est surtout une question de ressources. Et je d&#233;nonce aussi la croyance selon laquelle il suffirait de faire les bons choix pour s'extraire individuellement du capitalisme : il n'y a pas d'en-dehors au capitalisme, comme le montrait tr&#232;s bien le livre &lt;i&gt;Le Retour &#224; la nature &#8211; Au fond de la for&#234;t, l'&#201;tat&lt;/i&gt; de Dani&#232;le L&#233;ger et Bertrand Hervieu (Seuil, 1979).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Je ne crois pas non plus que des d&#233;sertions massives mettront &#224; bas le capitalisme &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Je ne crois pas non plus que des d&#233;sertions massives mettront &#224; bas le capitalisme : des mouvements de fuite du monde urbain et industriel ont d&#233;j&#224; eu lieu dans l'histoire, comme le &lt;i&gt;Wandervogel&lt;/i&gt; en Allemagne &#224; la fin du xixe si&#232;cle, ou le retour &#224; la terre des ann&#233;es 1950-1960, et plus r&#233;cemment le Big Quit aux &#201;tats-Unis. En parall&#232;le, le capitalisme n'a fait que se renforcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, je trouve triste que notre seule option face &#224; la souffrance au travail, au manque de sens, soit la d&#233;sertion, et qu'il n'y ait plus d'utopie collective. En &#233;tant honn&#234;te sur nos &#233;checs et nos probl&#232;mes, on pourrait construire du collectif. On souffre souvent des m&#234;mes choses : de l'informatisation du monde, de la taylorisation de nos m&#233;tiers, du manque d'autonomie dans le travail, de l'invasion des normes, des in&#233;galit&#233;s sociales&#8230; et on pourrait construire des mobilisations collectives au-del&#224; des m&#233;tiers qu'on exerce &#8211; qu'on exerce un m&#233;tier ou pas, d'ailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En d&#233;barquant dans d'autres milieux, o&#249; ils choisissent toujours, observe l'autrice, des professions agr&#233;ables et valoris&#233;es, les &#171; d&#233;serteurs &#187; entrent &#233;galement en concurrence d&#233;loyale avec les personnes qui y &#233;taient d&#233;j&#224; : devant un banquier ou une Safer (soci&#233;t&#233; d'am&#233;nagement foncier et d'&#233;tablissement rural, responsable de l'attribution des terres agricoles), un jeune paysan sans capital, dot&#233; d'un dipl&#244;me professionnel, peut difficilement rivaliser avec un ing&#233;nieur muni d'un apport financier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Commune &#233;vidence</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Commune-evidence</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Commune-evidence</guid>
		<dc:date>2023-10-27T12:20:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans La forme-Commune (La Fabrique), l'historienne Kristin Ross part de l'exp&#233;rience de Notre-Dame-des-Landes pour imaginer de nouvelles alliances r&#233;volutionnaires. Inspirant. Au d&#233;part de La forme-Commune &#8211; La lutte comme mani&#232;re d'habiter (La Fabrique, mai 2023), les visites de l'historienne Kristin Ross, sp&#233;cialiste de l'imaginaire de la Commune et de Mai 68, sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). Au lieu du protocole routinier des activit&#233;s universitaires, Ross s'y fait trimballer (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no223-octobre-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;223 (octobre 2023)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La forme-Commune&lt;/i&gt; (La Fabrique), l'historienne Kristin Ross part de l'exp&#233;rience de Notre-Dame-des-Landes pour imaginer de nouvelles alliances r&#233;volutionnaires. Inspirant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/fab_21_11x16_8_ross_commune_21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH764/fab_21_11x16_8_ross_commune_21-7e8cb.jpg?1780242970' width='500' height='764' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u d&#233;part de &lt;i&gt;La forme-Commune &#8211; La lutte comme mani&#232;re d'habiter&lt;/i&gt; (La Fabrique, mai 2023), les visites de l'historienne Kristin Ross, sp&#233;cialiste de l'imaginaire de la Commune et de Mai 68, sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). Au lieu du protocole routinier des activit&#233;s universitaires, Ross s'y fait trimballer d'une cabane &#224; l'autre, avant de mener un troupeau de vaches dans son champ, d'aider une voisine &#224; r&#233;cup&#233;rer des chevaux &#233;chapp&#233;s et de filer la main aux foins. L'exp&#233;rience est celle d'un autre rapport au temps, plus &#171; &lt;i&gt; appropri&#233; &lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-elle en citant le philosophe Henri Lefebvre, condition d'une autre organisation de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le c&#244;t&#233; &lt;i&gt;Petite maison dans la prairie&lt;/i&gt;, les perspectives politiques sont riches. L'historienne ressuscite d'abord l'&#233;tonnant Mai 68 nantais, o&#249; une Commune organise pendant plusieurs semaines le ravitaillement de la population, la garde des enfants, le ramassage des ordures. La condition de cette organisation de grande ampleur : une alliance alors in&#233;dite entre ouvriers, &#233;tudiants et des paysans tr&#232;s structur&#233;s politiquement. Occult&#233; par la m&#233;moire des grandes gr&#232;ves ouvri&#232;res, cet &#233;pisode ressurgit des m&#233;moires &#8211; comme l'occupation du Larzac &#8211; au d&#233;but des ann&#233;es 2010, quand NDDL devient zone &#224; d&#233;fendre (ZAD). Car les deux luttes mettent en &#233;vidence ce que les sociologues Maria Mies et Veronika Bernholdt-Thomsen appellent &#171; &lt;i&gt;le principe de subsistance&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;qui fait de la vie et de la pr&#233;servation du vivant son principe central&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Voir leur livre La Subsistance &#8211; Une perspective &#233;cof&#233;ministe, La Lenteur, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et permet la &#171; &lt;i&gt;cr&#233;ation progressive d'un tissu de solidarit&#233;s v&#233;cues&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Se battre pour un lieu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comparant NDDL aux luttes contre les a&#233;roports de Narita (Japon) et de Mirabel (Canada) dans les ann&#233;es 1970, Ross propose de repenser enti&#232;rement l'histoire sociale et politique des deux derniers si&#232;cles : malgr&#233; le d&#233;dain de la gauche depuis Marx envers le monde rural, &#171; &lt;i&gt;il est bien possible que la bataille la plus cons&#233;quente soit la guerre men&#233;e contre la paysannerie dans le monde entier&lt;/i&gt; &#187;. Or, &#224; l'&#232;re du capitaloc&#232;ne, &#171; &lt;i&gt;d&#233;fendre les conditions de vie sur la plan&#232;te est devenu le nouvel horizon incontestable de toute lutte politique&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-elle. &lt;i&gt;D&#233;fendre&lt;/i&gt;, oui, un territoire dont l'on use et que l'on aime, plut&#244;t que &lt;i&gt;r&#233;sister&lt;/i&gt; &#224; un ennemi d&#233;j&#224; vainqueur. Cet ancrage de la lutte dans un territoire pose des choix radicaux, qui engagent la vie mat&#233;rielle et quotidienne de ses participants : &#171; &lt;i&gt;Se battre pour un lieu pr&#233;cis, ce n'est pas la m&#234;me chose que se battre pour une id&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Mais il pose aussi les bases d'une communaut&#233; politique v&#233;cue, qui constitue en elle-m&#234;me une nouvelle valeur : &#171; &lt;i&gt;&#192; mesure que la lutte s'approfondit, ce sont les nouveaux liens sociaux, les solidarit&#233;s, les rapports affectifs et les entrem&#234;lements v&#233;cus produits pas la lutte m&#234;me qui sont d&#233;fendus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;. Voir leur livre La Subsistance &#8211; Une perspective &#233;cof&#233;ministe, La Lenteur, 2022.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aux avort&#233;es inconnues</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Aux-avortees-inconnues</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Aux-avortees-inconnues</guid>
		<dc:date>2023-06-16T10:07:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Pole Ka</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avant la l&#233;galisation de la contraception et de l'avortement, de nombreuses femmes vivaient dans la peur de tomber enceinte, de mourir des suites d'un avortement clandestin, d'&#234;tre tortur&#233;e par les m&#233;decins, d'&#234;tre d&#233;nonc&#233;e. Tel &#233;tait en effet le sort de celles qui ne voulaient pas ou plus &#234;tre m&#232;res. Une vieille dame raconte. &#171; J'esp&#232;re qu'aujourd'hui au moins, les filles ne se font plus mettre enceinte pour pouvoir partir de chez elle, avait-elle dit &#224; la fin d'une conversation qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no221-juin-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;221 (juin 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Pole-Ka" rel="tag"&gt;Pole Ka&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avant la l&#233;galisation de la contraception et de l'avortement, de nombreuses femmes vivaient dans la peur de tomber enceinte, de mourir des suites d'un avortement clandestin, d'&#234;tre tortur&#233;e par les m&#233;decins, d'&#234;tre d&#233;nonc&#233;e. Tel &#233;tait en effet le sort de celles qui ne voulaient pas ou plus &#234;tre m&#232;res. Une vieille dame raconte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_221_polek_avortement_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH357/web_221_polek_avortement_1200px-2-7ebae.jpg?1779640925' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Pole Ka
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'esp&#232;re qu'aujourd'hui au moins, les filles ne se font plus mettre enceinte pour pouvoir partir de chez elle, avait-elle dit &#224; la fin d'une conversation qui n'appelait pas vraiment cette conclusion. Car &#231;a a g&#226;ch&#233; toute ma vie&lt;/i&gt;. &#187; En d&#233;cembre dernier, Madeleine&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; m'a racont&#233; une derni&#232;re fois sa vie de jeune mauvaise m&#232;re, de m&#232;re qui a refus&#233; plusieurs fois de l'&#234;tre &#224; nouveau, &#224; une &#233;poque &#8211; la fin des ann&#233;es 1950, le d&#233;but des ann&#233;es 1960 &#8211; o&#249; la loi interdisait la contraception et l'avortement&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s le vote en 1967 de la loi Neuwirth, qui autorise la contraception, son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Sa parole se m&#234;le ici &#224; des r&#233;cits ant&#233;rieurs et &#224; celle d'autres femmes de son temps. &#171; &lt;i&gt;Mon corps, mon choix&lt;/i&gt; &#187;, diront les f&#233;ministes de la g&#233;n&#233;ration suivante &#8211; trop tard pour Madeleine : quand tu n'as pas le choix, ton corps ne t'appartient pas vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas de chance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de Madeleine met en jeu son syst&#232;me reproducteur, mais il n'a rien de sexuel. Madeleine n'est pas, comme le veulent les repr&#233;sentations de l'&#233;poque, une &#233;tourdie qui fait l'amour sans r&#233;fl&#233;chir aux cons&#233;quences. Elle a &#233;t&#233; agress&#233;e sexuellement dans son enfance puis &#224; nouveau pendant son adolescence ; elle aime sortir, danser, flirter, embrasser, mais le sexe, ce n'est pas son truc. &#192; en croire les t&#233;moignages rassembl&#233;s par l'essayiste f&#233;ministe Xavi&#232;re Gauthier dans &lt;i&gt;Paroles d'avort&#233;es&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paroles d'avort&#233;es &#8211; Quand l'avortement &#233;tait clandestin, La Martini&#232;re, 2004.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, c'est alors souvent le cas : comment le d&#233;sir ne serait-il pas parasit&#233; par la peur des cons&#233;quences possibles ? L'une d'elles raconte : &#171; &lt;i&gt;Je m'&#233;tais interdit de ressentir quoi que ce soit, par crainte du plaisir, dont je croyais qu'il lib&#233;rait l'ovule, comme le plaisir masculin lib&#232;re les spermatozo&#239;des. [&#8230;] Nous &#233;tions nombreuses, les filles de mon &#226;ge, &#224; n'avoir que des connaissances approximatives.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de contraception, le seul espoir d'&#233;chapper &#224; des grossesses r&#233;p&#233;t&#233;es, c'est d'avoir un partenaire assez coop&#233;ratif pour s'int&#233;resser au calendrier menstruel (la &#171; m&#233;thode Ogino &#187;) ou &#171; &lt;i&gt;faire attention&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire se retirer avant d'&#233;jaculer. Ce n'est pas le cas de Madeleine. Sa deuxi&#232;me enfant na&#238;t d'un viol perp&#233;tr&#233; par son premier mari. Quant au second mari, ce n'est &#171; &lt;i&gt;pas de chance&lt;/i&gt; &#187;, lui dit un jour son m&#233;decin : &#171; &lt;i&gt;Votre homme n'a pas fini de plier son pantalon que vous &#234;tes d&#233;j&#224; enceinte !&lt;/i&gt; &#187; Pas de chance, en effet : en France, ce n'est que depuis 2006 que la pr&#233;somption de consentement n'est plus syst&#233;matique entre &#233;poux. Un jour, exc&#233;d&#233;e qu'il essaie de la serrer dans la cuisine, elle prend une poign&#233;e de billets dans un tiroir : &#171; &lt;i&gt;Tu veux pas me ficher la paix ? Va te payer une pute !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La sage-femme qui avorte Madeleine est celle qui l'a mise au monde &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Entre ses 18 et ses 28 ans, Madeleine tombe enceinte sept &#224; onze fois, dont quatre aboutissent &#224; une naissance. Le chiffre varie d'un r&#233;cit &#224; l'autre. Cette impr&#233;cision dans le souvenir, Xavi&#232;re Gauthier l'observe souvent &#8211; et il l'interroge : &#171; &lt;i&gt;Comment ces femmes ont-elles pu oublier des &#233;v&#233;nements aussi graves pour elles, aussi lourds de cons&#233;quences ? Mais elles ont un souvenir pr&#233;cis de situations concr&#232;tes, dans une vision parcellaire, un gros plan sur les hommes et les instruments de torture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;thode&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Madeleine se fait avorter pour la premi&#232;re fois (&#224; 23 ans, apr&#232;s la naissance de son troisi&#232;me enfant), elle s'en tire moins mal que d'autres. Dans&lt;i&gt; L'&#201;v&#233;nement&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard, 2000.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, Annie Ernaux d&#233;crit la solitude qui fut la sienne face &#224; une grossesse non d&#233;sir&#233;e. Fille de petits commer&#231;ants pudiques, mont&#233;e &#224; la ville pour ses &#233;tudes, elle n'a pas de proches avec qui parler, pas de contacts utiles. La distance peut aussi &#234;tre un avantage : &#171; &lt;i&gt;S'&#233;loigner de chez soi,&lt;/i&gt; &#233;crit Gauthier, &lt;i&gt;c'est &#233;viter d'&#234;tre d&#233;couverte par les parents, par le mari, par les voisins et, quelquefois, d'&#234;tre d&#233;nonc&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Ouvri&#232;re, rest&#233;e proche du quartier de son enfance, Madeleine peut au contraire compter sur la solidarit&#233; des femmes qui l'entourent &#8211; &#224; commencer par sa m&#232;re, femme ind&#233;pendante et aimante. La sage-femme qui avorte Madeleine est celle qui l'a mise au monde. Je ne sais pas si elle a demand&#233; de l'argent. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale &#8211; et c'est encore une chance &#8211;, le co&#251;t des avortements ne semble pas avoir trop fait question : &#224; l'usine, Madeleine a &#171; &lt;i&gt;un tr&#232;s bon salaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres fois, Madeleine a recours &#224; &#171; &lt;i&gt;une dame&lt;/i&gt; &#187;. Son r&#233;cit verse alors dans l'imaginaire qu'on a conserv&#233; de cette p&#233;riode : un nom chuchot&#233; par une coll&#232;gue, une interaction impersonnelle sinon brutale, et au revoir &#8211; &#171; &lt;i&gt;s'il vous arrive quelque chose, je ne vous connais pas&lt;/i&gt; &#187;. Ou bien elle se d&#233;brouille toute seule. Dans un cas comme dans l'autre, la m&#233;thode consiste &#224; introduire un objet pointu dans le col de l'ut&#233;rus ; la plupart du temps, explique une gyn&#233;cologue dans Paroles d'avort&#233;es, c'est l'infection qui cause l'arr&#234;t de la grossesse. Afin de permettre l'&#233;vacuation des fluides, on a aussi recours &#224; une sonde urinaire, plac&#233;e dans l'ut&#233;rus jusqu'&#224; ce que &#171; &lt;i&gt;&#231;a se d&#233;croche&lt;/i&gt; &#187;. La sonde, Annie Ernaux la trimballe pendant cinq jours. Mais leur circulation &#8211; comme celle des sp&#233;culums &#8211; est r&#233;glement&#233;e ; la condition de &#171; faiseuse d'anges &#187; semble en partie li&#233;e &#224; l'acc&#232;s &#224; ces ustensiles.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La torture et la mort&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#199;a ne marche pas toujours &#8211; quand ce ne sont pas les m&#233;decins qui &#171; &lt;i&gt;raccrochent&lt;/i&gt; &#187; l'embryon ou le f&#339;tus : la derni&#232;re fille de Madeleine na&#238;t &#224; la suite d'un avortement manqu&#233;. Et puis, il y a les complications : l'h&#233;morragie, la septic&#233;mie. Deux fois, Madeleine manque d'y rester. Elle s'&#233;vanouit dans la rue, se r&#233;veille aux urgences. &#192; l'h&#244;pital, elle tombe, comme disait le po&#232;te Ossip Mandelstam, &#171; &lt;i&gt;dans les griffes des humanistes&lt;/i&gt; &#187;. Les m&#233;decins, les infirmi&#232;res la rudoient. &#192; peine revenue &#224; elle, on presse Madeleine d'&#171; avouer &#187;, de d&#233;noncer ses complices. Elle refuse. Elle a peur. Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, les poursuites judiciaires ont tendance &#224; se rar&#233;fier, mais Madeleine ne le sait pas forc&#233;ment. On la menace aussi de torture : pour punir les femmes, les dissuader de recommencer, les m&#233;decins pratiquent le curetage de l'ut&#233;rus sans anesth&#233;sie, &#171; &lt;i&gt;&#224; vif&lt;/i&gt; &#187;. Elle sait que c'est vrai &#8211; sa m&#232;re l'a subi &#8211; et que la douleur est atroce. Dans &lt;i&gt;Paroles d'avort&#233;es&lt;/i&gt;, ces mauvais traitements sont la norme ; les rares &#233;gards traduisent les rapports de classe, m&#234;me pour celles qui n'ont pas la possibilit&#233; d'avorter en Angleterre ou en Suisse : quand le m&#233;decin apprend qu'Annie Ernaux n'est pas prol&#233;taire mais &#233;tudiante, son attitude change imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tirer son coup, c'est une affaire d'hommes ; g&#233;rer une grossesse d&#233;sir&#233;e ou non, c'est une p&#233;nible contingence &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le dernier avortement de Madeleine, un m&#233;decin lui propose de lui ligaturer les trompes. L'accord du mari est n&#233;cessaire, mais il s'en passera. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le mari n'appara&#238;t gu&#232;re dans ces r&#233;cits : tirer son coup, c'est une affaire d'hommes ; g&#233;rer une grossesse d&#233;sir&#233;e ou non, c'est une p&#233;nible contingence, un peu comme les courses ou le m&#233;nage. En l'occurrence, quand Madeleine lui annonce qu'elle est d&#233;sormais st&#233;rile, son mari est ravi. Sur son lit d'h&#244;pital, il lui susurre &#224; l'oreille : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'on va pouvoir s'envoyer en l'air !&lt;/i&gt; &#187; Madeleine r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s ce que tu viens de dire, tu ne me toucheras plus jamais.&lt;/i&gt; &#187; Lib&#233;r&#233;e d'une servitude, elle rejette la seconde. Peu apr&#232;s, elle prend un amant, avec qui elle d&#233;couvre le plaisir &#224; deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de conna&#238;tre le nombre de femmes victimes d'un avortement clandestin : ce sont des morts secr&#232;tes, honteuses. En France, sur quelque 800 000 avortements pratiqu&#233;s chaque ann&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1950, les estimations vont de quelques centaines &#224; plusieurs milliers de victimes par an. Cette histoire de peur et de mort, de suj&#233;tion et de douleur, est celle de beaucoup de nos m&#232;res, de leurs m&#232;res et leurs grand-m&#232;res, de leurs s&#339;urs, leurs voisines, leurs coll&#232;gues et leurs copines. En 2003, l'autrice Nancy Huston a propos&#233; la construction d'un monument &#224; l'Avort&#233;e inconnue, qui rendrait hommage &#224; ces femmes &#171; &lt;i&gt;qui aimaient la vie mais ne voulaient pas la donner n'importe quand, n'importe comment, et ont &#233;t&#233; sacrifi&#233;es sur l'autel d'une maternit&#233; refus&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Commen&#231;ons par nous souvenir d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s le vote en 1967 de la loi Neuwirth, qui autorise la contraception, son application est progressive et soumise au bon vouloir des m&#233;decins et des pharmaciens. En l&#233;galisant l'avortement, la loi Veil de 1975 frappera d'obsolescence les derni&#232;res r&#233;sistances envers la contraception.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Paroles d'avort&#233;es &#8211; Quand l'avortement &#233;tait clandestin&lt;/i&gt;, La Martini&#232;re, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gallimard, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>20 ans, nom d'un chien</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/20-ans-nom-d-un-chien</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/20-ans-nom-d-un-chien</guid>
		<dc:date>2023-05-23T12:33:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vingt ans que &#231;a dure&#8230; C'est pas rien, et on mentirait en disant qu'on n'en est pas fiers. Mais comment traiter &#231;a ? Apr&#232;s moult grattages de t&#234;te, on s'est dit qu'on allait faire une grande bouffe entre anciens et nouveaux. Fine id&#233;e. &#199;a s'est fini en nouba, &#224; guincher sur de vieux tubes honteux au beau milieu du local. Entre-temps, heureusement, il y a eu des discussions. Et un enregistreur pos&#233; au milieu de la table, pour que la post&#233;rit&#233; n'en perde pas une miette. La sc&#232;ne se passe en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no220-mai-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;220 (mai 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/web_ll-de-mars_logo-54a18.jpg?1779622925' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vingt ans que &#231;a dure&#8230; C'est pas rien, et on mentirait en disant qu'on n'en est pas fiers. Mais comment traiter &#231;a ? Apr&#232;s moult grattages de t&#234;te, on s'est dit qu'on allait faire une grande bouffe entre &lt;i&gt;anciens et nouveaux&lt;/i&gt;. Fine id&#233;e. &#199;a s'est fini en nouba, &#224; guincher sur de vieux tubes honteux au beau milieu du local. Entre-temps, heureusement, il y a eu des discussions. Et un enregistreur pos&#233; au milieu de la table, pour que la post&#233;rit&#233; n'en perde pas une miette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5156 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_une_001_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH744/web_cqfd_une_001_1200px-90e17.jpg?1779622926' width='500' height='744' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La une du num&#233;ro 1 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, mai 2003.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;a sc&#232;ne se passe en plein bouclage de notre num&#233;ro d'avril, sp&#233;cial &#171; Printemps des poubelles &#187;. Un jeudi en fin d'apr&#232;s-midi, une sorte de tornade humaine ravage notre bien-aim&#233; local, &lt;i&gt;aka&lt;/i&gt; la grotte aux zombies de la rue Consolat : des vandales d&#233;branchent et d&#233;placent les ordis, d'autres transbahutent le fatras qui encombrait les bureaux avant de pousser ces derniers au centre de la pi&#232;ce principale. Du labeur de ces conjur&#233;s finit par &#233;merger une sorte de grande table foutraque, vite recouverte de boutanches et mets divers. Un banquet type derni&#232;re page d'Ast&#233;rix, voil&#224; donc le d&#233;cor choisi pour retracer la d&#233;sormais longue existence de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 17 heures et la soir&#233;e s'annonce longue et mouvement&#233;e. Revisiter l'histoire du journal en compagnie de celles et ceux qui l'ont b&#226;ti au fil des ans, c'est &#224; la fois ambitieux, joyeux et p&#232;te-gueule, tant les pistes &#224; creuser ne manquent pas. Avec en toile de fond, ce myst&#232;re : comment &#8211; et via quel carburant &#8211; le canard que tu tiens entre les mains a-t-il r&#233;ussi &#224; survivre 20 longues ann&#233;es sans rien c&#233;der de sa hargne originelle ? En un sens, il y a de quoi s'&#233;merveiller, s'esbaudir bruyamment : 20 ans, nom d'un chien rouge ! C'est pas rien, surtout dans une p&#233;riode qui a vu le nombre de kiosques se r&#233;duire comme peau de chagrin ! Alors c'est ce fil qu'on d&#233;cide de tirer, et advienne que pourra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est une vingtaine. Certaines et certains sont tr&#232;s impliqu&#233;s dans le canard actuel, conscients que le lendemain de ce jeudi soir sera un vendredi de bouclage o&#249; il faudra turbiner en ignorant la perfide gueule de bois. D'autres ont pris du champ avec le canard mais sont ravis de venir en parler. Julien, dit Tewfiq, est ainsi descendu de ses montagnes ard&#233;choises avec des saucissons plein les poches, &lt;i&gt;za&#239; za&#239; za&#239; za&#239;&lt;/i&gt;. Mat&#233;o d&#233;boule du Vaucluse muni d'un carton entier de bouteilles du nectar qu'il y concocte : le Potlatch, &#171; cuv&#233;e communarde &#187;, un vin naturel qui tape dur si l'on n'y prend pas garde. Gina et C&#233;cile se pointent &#224; la bourre &#8211; avec Tiphaine et Pauline, elles repr&#233;sentent la fraction f&#233;minine peu nombreuse dans les &lt;i&gt;hum&lt;/i&gt;&#8230; quinze premi&#232;res ann&#233;es du journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A posteriori&lt;/i&gt;, on se dit qu'il manque pas mal de choses dans cette discussion. Que forc&#233;ment, l'absence de certains camarades des d&#233;buts ou des suites se fait sentir ! L'ami Olivier, pilier des d&#233;buts exil&#233; &#224; Dieppe, aurait pu par exemple nous en dire plus sur son claquage de porte de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, alors vampiris&#233; par les ambitions d'un certain Philippe &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt; Val, et sur les effets de ce repoussoir sur la construction collective du canard. Les camarades Marie-Agn&#232;s ou Juliette auraient sans doute apport&#233; des &#233;clairages sur les conditions de survie d'une meuf en milieu gaucho globalement burn&#233;. Les correcteurs d'&#233;lite Fred ou Laurence auraient pu tout nous dire des principales querelles orthotypo. Des t&#233;moignages de dessinatrices ou dessinateurs auraient sans doute &#233;clair&#233; l'&#233;volution graphique du canard, tout sauf anodine. Sans oublier Momo, Clair, Ferdi, Gilles ou JBB, qui ont tous pass&#233; quelque temps aux manettes mais absents ce jeudi&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette liste pourrait &#233;videmment s'allonger &#224; grands bouillons, entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion retranscrite ci-dessous repr&#233;sente donc un bout d'histoire orale improvis&#233;e, parcellaire, zigzagante. On esp&#232;re qu'elle refl&#232;te la combativit&#233; d'un journal qui n'a jamais baiss&#233; la garde en mati&#232;re de luttes sociales, mais aussi tout ce qui l'a fait au quotidien : la vie, la vraie, celle qui se construit &#224; coups de bavardages jusqu'au bout de la nuit, d'empoignades fraternelles, de manifs d&#233;ter' et d'assauts sur les kiosques de France et de Navarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Place aux souvenirs d'un Chien rouge qui, du haut de ses vingt ans, affiche plus que jamais une super niaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le travail c'est de la connerie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[La discussion est lanc&#233;e par le camarade V&#233;, casquette rouge et bagout de rigueur. Il a tout connu du canard puisqu'il &#233;tait l&#224; au tout d&#233;but. Il est encore en charge de l'aspect administratif du journal &#8211; si tu t'abonnes, c'est lui qui g&#232;re. Se greffent &#224; la discussion Bruno et Mat&#233;o, qui ont d&#233;boul&#233; d&#232;s 2004-2005 et continuent &#224; participer occasionnellement &#224;&lt;/i&gt; CQFD&lt;i&gt;.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le V&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Au commencement &#233;tait le bulletin du RIRe, un r&#233;seau antimilitariste lanc&#233; en 1994, en perte de vitesse au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Il faut dire que depuis la suppression du service militaire obligatoire, entr&#233;e en vigueur en 2001, ces questions n'int&#233;ressaient plus grand monde. En r&#233;ponse, on a essay&#233; d'&#233;largir la probl&#233;matique, en transformant le bulletin en revue, en parlant de ventes d'armes, des salons Eurosatory ou Milipol et des populations fuyant les guerres. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; une r&#233;volution niveau lectorat, la revue n'ayant que quelques centaines d'abonn&#233;s, mais &#231;a a pouss&#233; des gens &#224; se rapprocher de nous pour donner des coups de main. Au fil des discussions avec ces forces vives nous est venue l'id&#233;e de faire un journal plus g&#233;n&#233;raliste, qui a fini par &#234;tre lanc&#233; en mai 2003. Marie-Agn&#232;s, dite Marie Nenn&#232;s, a propos&#233; le titre &lt;i&gt;Bonobo&lt;/i&gt;. C'est Charles qui a sugg&#233;r&#233; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'hebdomadaire antimilitariste et pacifiste libertaire &lt;i&gt;Ce qu'il faut dire&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1916 et 1917, titre qui a finalement &#233;t&#233; retenu par &#233;limination. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; : &#171; J'ai parfois entendu parler d'un tr&#233;sor de guerre, d'une sorte de cagnotte secr&#232;te pour lancer le journal. Je n'ai jamais su si c'&#233;tait une l&#233;gende urbaine&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le V&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Non, rien de secret. Simplement, on avait un peu de fric gr&#226;ce aux abonn&#233;s &#224; la revue et au fait qu'on &#233;tait connus dans les milieux libertaires. Et puis au &lt;i&gt;RIRe&lt;/i&gt;, on &#233;tait tous b&#233;n&#233;voles, &#224; part un emploi jeune embauch&#233; &#224; la fin pour pr&#233;parer le passage &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Bref. On s'est laiss&#233; un peu de temps avant le premier num&#233;ro. Parmi les conjur&#233;s, il y avait Olivier qui venait de claquer la porte de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; et a d&#233;m&#233;nag&#233; &#224; Marseille pour le projet &#8211; notre second employ&#233; et secr&#233;taire de r&#233;daction (SR). Ou encore Marie-Agn&#232;s qui bossait &#224; France 3.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Notre approche, c'&#233;tait une critique sociale qui tape un peu sur tout le monde, avec un pan tr&#232;s marseillais &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On s'est pos&#233; la question de faire un hebdomadaire, mais &#231;a nous a sembl&#233; trop ambitieux. Une sage d&#233;cision, parce qu'en vrai tout &#231;a s'est fait de mani&#232;re un peu na&#239;ve. Par exemple, on &#233;tait parti dans l'id&#233;e qu'au bout d'un moment tout le monde soit salari&#233;. Les premi&#232;res projections ont vite montr&#233; que &#231;a ne tenait pas la route&#8230; Donc on a opt&#233; pour un mensuel qui serait ind&#233;pendant, alternatif et satirique, sur le mod&#232;le formel de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, notamment dans le style de l'&#233;criture et du dessin. Notre approche, c'&#233;tait une critique sociale qui tape un peu sur tout le monde, avec un pan tr&#232;s marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier local &#233;tait celui du RIRe : un appart' qu'on avait r&#233;cup&#233;r&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1990 entre la porte d'Aix et la Joliette &lt;i&gt;[le quartier du port de commerce, au nord du centre-ville]&lt;/i&gt; pour une bouch&#233;e de pain. On avait eu quelques loyers gratuits en &#233;change de travaux&#8230; qu'on n'a jamais faits. En 2004, on a d&#233;m&#233;nag&#233; dans le local actuel &lt;i&gt;[dans le quartier des R&#233;form&#233;s, au centre]&lt;/i&gt; qui, peu avant, avait &#233;t&#233; occup&#233; par des marxistes-l&#233;ninistes pro-Mao, Cartel 21. J'y avais assist&#233; &#224; des d&#233;bats du type : &#8220;les relations entre Staline et les anarchistes&#8221;. Oh putain ! Heureusement, ils avaient emport&#233; les portraits de Staline avec eux&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; Quand j'ai commenc&#233; &#224; m'impliquer davantage, fin 2005, il y avait d&#233;j&#224; une grande diversit&#233;, des gens aux profils vari&#233;s, venus avec des sujets de pr&#233;dilection divers. Par exemple, des militants de la Cimade qui travaillaient sur le droit des &#233;trangers ; Fred, un ancien objecteur de conscience qui tenait la chronique &lt;i&gt;H&#233;t&#233;ros-fachos&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'autres fines plumes ont &#233;galement particip&#233; &#224; cette chronique, comme Manu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ; des gens qui bossaient au &lt;i&gt;Plan B&lt;/i&gt; et dans la critique des m&#233;dias, comme Marc Pantanella ; Jean-Marc Rouillan qui &#233;crivait des chroniques carc&#233;rales depuis la centrale de Lannemezan&#8230; Et puis, derri&#232;re le noyau marseillais et militant, il y avait des compagnonnages, par exemple avec le cin&#233;aste Pierre Carles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le V&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Carles, il m'a film&#233; dans son documentaire &lt;i&gt;Attention danger travail&lt;/i&gt;, o&#249; j'intervenais pour dire en gros que le travail c'est de la connerie. &#192; chaque fois qu'il &#233;tait diffus&#233;, les gens se foutaient de ma gueule, dur&#8230; Mais c'est vrai qu'on &#233;tait tous ch&#244;meurs, au d&#233;but. Perso, je militais &#224; AC ! (Agir ensemble contre le ch&#244;mage) 13. Et beaucoup de groupes AC ! de France &#233;taient abonn&#233;s &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_une_042_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH743/web_cqfd_une_042_1200px-9174d.jpg?1779622927' width='500' height='743' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La une du num&#233;ro 42 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2007.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Taper sur qui on veut &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[En 2003 comme en 2023, c'est non n&#233;gociable : on ne veut pas d'&#233;tiquette autre que tr&#232;s vaguement anar ou libertaire, encore moins d'affiliation partisane. Faut dire qu'on n'aime pas les chefs. C'est l&#224; que le r&#233;cit par &lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt;, le zapatiste en chef, d'une lutte sociale dans les quartiers nord de Marseille d&#233;bouche sur des consid&#233;rations plus larges, sur lesquelles rebondissent Mat&#233;o et Christophe.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; : &#171; Moi je suis arriv&#233; un an apr&#232;s le d&#233;but du canard. Des camarades du Chien rouge avaient lu &lt;i&gt;Tendre Venin&lt;/i&gt;, la chronique d'un voyage dans les montagnes indiennes que j'avais &#233;crite au moment de l'insurrection zapatiste pour les copains des &#233;ditions du Ph&#233;romone. Et ils &#233;taient venus me brancher pour que je continue &#224; &#233;crire sur le Mexique dans les colonnes de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Sauf que je ne m'y rendais plus trop, &#224; l'&#233;poque. De fil en aiguille, j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire sur d'autres choses, souvent li&#233;es au ch&#244;mage. Je me souviens de certains sujets, comme les gr&#232;ves au Carrefour du Merlan &lt;i&gt;[dans les quartiers nord de Marseille]&lt;/i&gt;, pour la r&#233;int&#233;gration d'un d&#233;l&#233;gu&#233; CGT qui s'appelait Momo, enchrist&#233; aux Baumettes. Il &#233;tait accus&#233; d'avoir fait pression sur un vigile pour d&#233;fendre un employ&#233; vir&#233; pour vol, alors qu'il avait juste emport&#233; des produits p&#233;rim&#233;s. &#199;a avait pris une grosse ampleur, r&#233;jouissante, avec d'&#233;normes barricades de palettes, les m&#232;res des cit&#233;s qui am&#232;nent &#224; manger pour soutenir, etc. Et la solidarit&#233; pour Momo a tenu bon. C'&#233;tait important de raconter &#231;a. D'une certaine mani&#232;re, &#231;a fait continuit&#233; avec aujourd'hui, puisque c'&#233;tait &#224; deux pas du McDo transform&#233; en snack de luttes, L'Apr&#232;s-M, dont on a plusieurs fois parl&#233; dans le canard ces derni&#232;res ann&#233;es&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment : &#171; &#8220;Les McDo&#8221; de Saint-Barth' : une lutte de quartier(s) &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Et l'ancrage marseillais me tenait &#224; c&#339;ur autant que cette id&#233;e d'un canard anar se penchant sur les luttes ouvri&#232;res locales. Comme aujourd'hui, on parlait avec des gars de la CGT &#8211; pas les hautes sph&#232;res mais les gens de la base, des militants qui avaient des choses &#224; dire et un quotidien &#224; raconter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; On ne s'est jamais impos&#233; une grille id&#233;ologique ou partisane, m&#234;me si les th&#232;mes de pr&#233;dilection reviennent &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; Du d&#233;but &#224; aujourd'hui, c'est un point tr&#232;s important : on ne s'est jamais impos&#233; une grille id&#233;ologique ou partisane, m&#234;me si les th&#232;mes de pr&#233;dilection reviennent. Il n'&#233;tait pas question pour nous que le journal devienne un recueil de tracts l&#233;nifiants ou un catalogue du pr&#234;t-&#224;-penser radical, et on tapait sur qui on voulait. Notre but, c'&#233;tait amener du vivant, de la rencontre, relayer les luttes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; : &#171; Ce refus des &#233;tiquettes, je le vois comme l'une des explications de la long&#233;vit&#233; du canard. Pour en revenir &#224; cette gr&#232;ve du Merlan, ce qui nous parlait c'est qu'elle &#233;tait &#224; la jonction de diverses luttes, o&#249; se m&#234;laient quartiers et syndicats. Momo c'&#233;tait quelqu'un de tr&#232;s aim&#233; l&#224;-bas, par ailleurs pr&#233;sident du club de foot de la cit&#233; des Flamands. Il n'&#233;tait pas seulement soutenu par les travailleurs, mais &#233;galement par les cit&#233;s alentour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christophe&lt;/strong&gt; : &#171; Moi, je suis arriv&#233; vers 2005. J'ai en t&#234;te deux choses qu'on m'avait dites &#224; l'&#233;poque. Olivier : &#8220;CQFD&lt;i&gt;, c'est le &lt;/i&gt;Paris-Match&lt;i&gt; des anars.&lt;/i&gt;&#8221; Et Gilles qui m'explique que, quand on va voir des gens sur des lieux de lutte, il ne faut pas parler au d&#233;l&#233;gu&#233; syndical mais &#224; un ouvrier au hasard. Un bon conseil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On fait pas les trucs tout seuls devant notre ordi &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Toujours les m&#234;mes qui tiennent le crachoir. Si la jeune garde se tient sage, c'est parce qu'elle fait main basse sur le saucisson et adore &#233;couter ces r&#233;cits de l'ancien temps. &lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt; tente quelques blagues qui tombent &#224; plat.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le V&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Le local a toujours &#233;t&#233; un lieu particulier. S'il reste un comptoir &#224; l'entr&#233;e, c'est parce qu'on voulait que n'importe qui se sente libre d'entrer boire un verre ou taper la causette. C'&#233;tait aussi li&#233; &#224; l'aventure de Co-errances o&#249; bossait Alex, notre emploi jeune. C'&#233;tait une coop&#233;rative de diffusion de supports alternatifs, allant des journaux aux CD en passant par les bouquins. Elle &#233;tait bas&#233;e &#224; Paris et nous &#233;tions sa succursale marseillaise, le lieu o&#249; on pouvait acheter le matos qu'elle diffusait. Il y avait du passage, donc. Tiens, les jeunes, vous avez beaucoup critiqu&#233; la photocopieuse en disant que c'&#233;tait la plus ch&#232;re du monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[V&#233;ritable marronnier des discussions du comit&#233; de r&#233;daction, les divers contrats pass&#233;s avec des margoulins charg&#233;s de la maintenance de la photocopieuse nous ont longtemps plomb&#233;s financi&#232;rement. Une affaire r&#233;gl&#233;e apr&#232;s des ann&#233;es &#224; diss&#233;quer les polices minuscules en bas de contrats trop vite sign&#233;s&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; mais elle a toujours eu une utilit&#233; qui d&#233;passait &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; : le quartier tout entier venait imprimer ses documents ici. Et puis, comme aujourd'hui, elle servait beaucoup &#224; des collectifs militants. Il y avait au local un c&#244;t&#233; auberge espagnole qui se traduisait apr&#232;s les bouclages par un rituel qui n'existe plus aujourd'hui : la mise sous pli des journaux pour les abonn&#233;s. C'&#233;tait une grande tabl&#233;e comme ce soir, avec plein de gens qui venaient filer la patte dans une atmosph&#232;re joyeuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Cet ancrage dans la ville, cette mani&#232;re d'avoir pignon sur rue dans notre quartier, a longtemps &#233;t&#233; au c&#339;ur de l'envie de faire ce canard &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; Cet ancrage dans la ville, cette mani&#232;re d'avoir pignon sur rue dans notre quartier, a longtemps &#233;t&#233; au c&#339;ur de l'envie de faire ce canard. &#199;a allait avec celle de suivre la fabrication du journal de A &#224; Z, jusqu'&#224; l'impression. C'est la grande diff&#233;rence entre le papier et le num&#233;rique : on ne fait pas les trucs tout seuls devant notre ordi, on est dans une dynamique. Et &#231;a passait par plein de choses : la mise sous pli comme l'a rappel&#233; V&#233;, mais aussi le fait d'aller &#224; l'imprimerie pour chaque tirage et discuter avec les ouvriers. Ou bien la vente en manif, dont parlerait tr&#232;s bien Christophe, vendeur &#224; la cri&#233;e chevronn&#233;. Mis bout &#224; bout, &#231;a faisait une sorte de d&#233;marche physique, une implication autre que la r&#233;daction ou la correction. Un m&#233;dia num&#233;rique ne pourra jamais &#231;a, cette respiration, ce contact avec le r&#233;el. C'est ce qui est pr&#233;cieux avec le papier, la possibilit&#233; du passage de la main &#224; la main. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; : &#171; Comme tout le monde, j'adorais la mise sous pli. C'&#233;tait un bordel&#8230; Il y avait des tas de sacs postaux en jute partout dans le local. On faisait un pr&#233;-tri, parce qu'on avait un &#8220;accord&#8221; avec La Poste qui faisait qu'on payait presque rien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le V&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Faut pas le dire, mais on grugeait sur le poids. On avait encore plein de copains syndicalistes &#224; La Poste. On en profitait&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iffik&lt;/strong&gt; : &#171; Quand je suis arriv&#233; en 2005, je participais &#224; un journal mural, &lt;i&gt;Le Dos au mur&lt;/i&gt;, avec une &#233;quipe foutraque de militants et de squatteurs. J'ai propos&#233; un article sur la comp&#233;tition de voile de la Coupe de l'America, qui avait foir&#233; &#224; Marseille gr&#226;ce &#224; la gr&#232;ve des &#233;boueurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Le V&#233; crie &#8220;Merci les &#233;boueurs !&#8221;, sous les applaudissements de l'assembl&#233;e.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; C'&#233;tait super ! Les Suisses viennent &#224; Marseille pour &#233;valuer la faisabilit&#233; de la comp&#233;tition et ils fuient face aux poubelles. Tout un symbole. Mais ce sont surtout les moments de complicit&#233; simplement humaine et les grandes tartines de rigolade au moment des bouffes et des ap&#233;ros de bouclage/pliage qui m'ont donn&#233; la niaque pour continuer malgr&#233; l'usure du temps. Et, ce qui est chouette &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, c'est qu'il y a tellement &#224; faire, avec si peu de moyens, qu'il est, je crois, toujours tr&#232;s facile de trouver sa place, que ce soit pour la r&#233;daction de toutes sortes d'articles dans les formats les plus h&#233;t&#233;roclites, la relecture/r&#233;&#233;criture des textes envoy&#233;s par les innombrables contributeurs et contributrices ou la diffusion du journal &#224; Marseille, en r&#233;gion voire &#224; l'international. &#192; ce sujet, un de mes meilleurs souvenirs restera la participation de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; au festival du film de Douarnenez, deux ou trois ans apr&#232;s mon arriv&#233;e au sein de la r&#233;daction. En particulier des rencontres de haute vol&#233;e, de l'&#233;crivain rescap&#233; des guerres balkaniques &#224; l'adolescent boutonneux fan des dessins de Berth en passant par le militant CGT surnomm&#233; &#8220;l'anarchiste&#8221; par ses camarades, dont j'avais tir&#233; un article qui est &#224; mes yeux le meilleur que j'ai pu proposer sur 18 ans de contribution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt; : &#171; Participer aux &#224;-c&#244;t&#233;s du journal, c'est quelque chose qui est rest&#233; avec le temps. Par exemple, le plaisir de passer chez notre imprimeur, MOP. Tu d&#233;boules en plein milieu de la nuit avec le journal qui sort sur les rotatives. Et les ouvriers l&#224;-bas qui se montrent tr&#232;s contents de nous imprimer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Oui, passer &#224; l'imprimerie apr&#232;s le bouclage, c'est quelque chose de marquant. D'autant qu'on a toujours &#233;t&#233; bien accueillis. Avec l'impression que notre d&#233;marche leur parlait, qu'ils avaient &#224; c&#339;ur de bien faire le taf, la loupe pos&#233;e sur les &#233;ventuelles imperfections, minutieux pour que &#231;a sorte bien. &#199;a fait aussi partie de la vie du canard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;40&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_une_091_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH692/web_cqfd_une_091_1200px-71d02.jpg?1779622927' width='500' height='692' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La une du num&#233;ro 91 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#233;t&#233; 2011.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le journal Que t'as envie de lire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Alors que des retardataires arrivent, comme Fran&#231;ois, pierre angulaire des d&#233;buts pass&#233;e &#224; &lt;/i&gt;La Provence&lt;i&gt;, le fil de la discussion se perd par moments. M&#233;t&#233;o &#233;thylique : les premi&#232;res quilles de Potlatch tombent, attention danger pinard.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; : &#171; &#192; toutes les &#233;poques, il y a eu un vrai enthousiasme &#224; faire le canard, m&#234;me dans les p&#233;riodes plus dures. Pendant le bouclage, je lisais &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; de A &#224; Z et je le relisais une fois imprim&#233;, pour le savourer et en &#233;tant toujours &#224; la recherche des coquilles survivantes, c'&#233;tait un peu une obsession. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt; : &#171; Moi, ma motivation c'&#233;tait la thune ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Hu&#233;es.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; Hormis les &#233;moluments colossaux dont parle &lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt;, il y a un autre point qui, je pense, a rassembl&#233; beaucoup de monde, c'est l'attention &#224; la forme, &#224; l'&#233;criture. Cette exigence a toujours &#233;t&#233; &#233;vidente dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Fran&#231;ois r&#233;sumait &#231;a par l'expression toute b&#234;te de : &#8220;&lt;i&gt;Faire le journal que t'as envie de lire&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Au d&#233;part, je venais pour filer la patte &#224; la maquette, mais &#231;a a vite &#233;t&#233; plus que &#231;a &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, je venais pour filer la patte &#224; la maquette, mais &#231;a a vite &#233;t&#233; plus que &#231;a. Et puis le fonctionnement, le bordel, la rigolade, les gens, un univers. C'&#233;tait communicatif, collectif. Si bien que, quand Gilles m'a sugg&#233;r&#233; de me jeter &#224; l'eau et d'&#233;crire aussi, j'ai fonc&#233;. Mon premier texte : le r&#233;cit d'un s&#233;jour en Kabylie, o&#249; se m&#234;laient les rencontres d'une jeunesse entre r&#233;volte et r&#233;signation apr&#232;s le printemps 2001 et le refoulement de la d&#233;cennie noire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'&#233;taient les basses eaux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[On rigole, on rigole, mais faire ce journal n'a pas toujours &#233;t&#233; une sin&#233;cure. &lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt;, qui a r&#233;cup&#233;r&#233; le secr&#233;tariat de r&#233;daction autour des 10 ans du journal, &#224; une &#233;poque o&#249; la voilure &#233;tait r&#233;duite, en t&#233;moigne en mode : &#171; Au Sud, c'&#233;taient les corons. &#187;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt; : &#171; Je suis arriv&#233; en 2013, sur un malentendu. J'&#233;tais au ch&#244;mage et mon pote Momo, qui travaillait ici, m'a dit que le journal cherchait un secr&#233;taire de r&#233;daction. J'&#233;tais dans le th&#233;&#226;tre, j'avais fait un peu d'histoire, j'avais bricol&#233; quelques trucs pour la revue &lt;i&gt;Z&lt;/i&gt;, je picolais pas mal : j'&#233;tais le candidat parfait ! Comme &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; m'impressionnait, j'avais un peu la trouille. D'autant qu'&#224; l'&#233;poque, le canard se portait mal. C'&#233;taient les basses eaux. L'&#233;quipe &#233;tait r&#233;duite, l'os dess&#233;ch&#233;. Aux r&#233;us, on &#233;tait quatre pel&#233;s. Fran&#231;ois m'avait dit : &#8220;&lt;i&gt;T'inqui&#232;te pas, je vais te briefer&lt;/i&gt;&#8221;, apr&#232;s quoi il a disparu. Au local, un autre coll&#232;gue consid&#233;rait que je devais me d&#233;brouiller tout seul. Souvent, je me tournais vers Iffik : &#8220;&lt;i&gt;Comment on va remplir le journal ?!&lt;/i&gt;&#8221; Il me rassurait : &#8220;&lt;i&gt;On y arrive toujours ! T'inqui&#232;te ! On peut toujours faire des pages graphiques. On va demander &#224; R&#233;mi&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Talentueux dessinateur historique de CQFD, notamment auteur de tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221;, c'&#233;tait la solution &#224; tout. Heureusement qu'il &#233;tait l&#224;&#8230; Bref, pour moi, &#231;a a &#233;t&#233; des premiers mois difficiles. Et on a augment&#233; la pagination. Va comprendre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le V&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Oui, pendant longtemps le journal ne faisait que 16 pages. Jusqu'&#224; ce que la formule avec dossier syst&#233;matique arrive en 2013 et qu'en 2016 on passe &#224; 24 pages, pour retrouver un souffle. Le premier, c'&#233;tait un dossier drogues&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'ajout d'un dossier revenant tous les mois nous a forc&#233; &#224; ne pas bosser que sur les trucs &#233;vidents &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christophe&lt;/strong&gt; : &#171; L'ajout d'un dossier revenant tous les mois nous a mis une contrainte, nous a forc&#233; &#224; travailler des sujets, &#224; ne pas bosser que sur les trucs &#233;vidents. Mais dans les m&#234;mes ann&#233;es &#224; peu pr&#232;s, je vois un autre tournant. Le num&#233;ro 106, en d&#233;cembre 2012, faisait sa une sur Notre-Dame-des-Landes. &#199;a marque le d&#233;but d'un int&#233;r&#234;t pour l'&#233;cologie mais aussi un changement d'attitude, l'envie de s'arrimer &#224; quelque chose, ce n'&#233;tait plus : on critique tout et basta. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; : &#171; &#192; ce sujet, il y a eu un d&#233;bat quand j'ai propos&#233; de rajouter &#8220;exp&#233;rimentation&#8221; &#224; notre d&#233;finition en une : &#8220;Mensuel de critique sociale&#8221;. C'&#233;tait une mani&#232;re d'essayer de sortir de cette critique de tout. Avec cette question : est-ce qu'on a envie de faire un canard qui dit juste : &#8220;Putain, qu'est-ce qu'il va mal, le monde&#8221; ? C'est comme &#231;a qu'on est pass&#233; &#224; l'appellation &#8220;Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait aussi un changement esth&#233;tique. &#192; c&#244;t&#233; des dessins de R&#233;mi par exemple, qui &#233;taient souvent baign&#233;s d'une esth&#233;tique violente, avec des singes qui d&#233;gueulent des ch&#244;meurs ou des &#233;tripages. &#192; l'inverse, la une sur Notre-Dame-des-Landes est l'une des premi&#232;res &#224; &#234;tre un peu plus douce, positive. L'&#233;mergence d'autre chose, qui avant n'existait gu&#232;re que dans la chronique &#8220;Ma cabane pas au Canada&#8221;&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chronique historique a d&#233;marr&#233; tr&#232;s t&#244;t dans l'histoire du canard et qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt; : &#171; Au final, ce sont ces &#233;volutions qui ont sauv&#233; le canard et permis qu'il tienne sur vingt ans. Parce que &#231;a t&#233;moignait aussi d'un passage de relais. Tous ces gens qui ont dit : ce journal doit pouvoir nous survivre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; : &#171; En fait, on a &#233;t&#233; en sursis tout le temps, fragiles comme pas possible. Quand Olivier s'en va en 2006 ou 2007, on se dit : le journal va mourir. Idem quand Fran&#231;ois quitte le poste de secr&#233;taire de r&#233;daction en 2011 ou 2012, apr&#232;s huit ans &#224; la barre. Il y a eu tant de moments o&#249; &#231;a sentait le sapin, et pourtant c'est fou, &#231;a continue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le sous-commandant Marcos habitait au local &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[On embraie sur quelques moments forts du canard, en bien comme en mal. M&#233;t&#233;o &#233;thylique : des verres d'eau sont engloutis pour rafra&#238;chir les neurones.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Des flops, on en a connu pas mal &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le V&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Des flops, on en a connu pas mal. &#192; commencer par le hors-s&#233;rie photo, sorti fin 2009, qui a failli nous couler. Je sais pas combien il nous reste d'invendus, &#231;a fait des ann&#233;es que j'en d&#233;pose dans la rue&#8230; En gros, on a perdu 10 000 euros, c'&#233;tait beaucoup pour nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christophe&lt;/strong&gt; : &#171; Apr&#232;s, on peut aussi mettre en avant ce qui a fonctionn&#233;. Par exemple, on a sorti un hors-s&#233;rie de 28 pages sur la Commune d'Oaxaca en 2006 qui a &#233;t&#233; un gros succ&#232;s &#224; notre &#233;chelle. Il est compl&#232;tement introuvable aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; Il faut dire que la presse fran&#231;aise &#233;tait nulle sur la question, alors que nous, on avait des sp&#233;cialistes comme &lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; ou Georges Lapierre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt; : &#171; Le sous-commandant Marcos habitait au fond du local &#224; l'&#233;poque&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; Avec nos faibles moyens, on a r&#233;ussi &#224; tr&#232;s bien couvrir certains &#233;v&#233;nements importants. Il y a eu le Mexique zapatiste, donc, mais aussi les Printemps arabes, avec Gilles qui &#233;tait parti en Tunisie et en &#201;gypte. Idem pour le Kurdistan, qu'on a souvent tr&#232;s bien trait&#233;. Ou bien pour ce dossier Syrie en 2015, alors qu'il y avait une frilosit&#233; et une ignorance dans le reste de la presse militante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Je dis souvent que CQFD est un journal marseillo-&#173;mondial &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno&lt;/strong&gt; : &#171; On peut aussi ajouter les r&#233;voltes en Argentine, le suivi de Mayotte, ou notre envoy&#233; sp&#233;cial en Normandie prol&#233;taire, Jean-Pierre Levaray&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christophe&lt;/strong&gt; : &#171; Je dis souvent que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; est un journal marseillo-mondial&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; C'est une question de moyens et d'opportunit&#233;s qui cr&#233;e aussi une certaine frustration, car financi&#232;rement on peut difficilement envoyer des gens sur les terrains lointains. On a fait tr&#232;s peu de choses sur la Chine ou la Russie par exemple. Et c'est encore moins envisageable d'y passer plusieurs mois pour faire un vrai travail d'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a aussi les fois o&#249; on arrive, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; proposer un canard qui fait mouche. Par exemple les unes : parfois, on a vis&#233; super juste. En 2016, au moment des manifestations contre la loi Travail, je propose &#224; Quentin Faucompr&#233; d'illustrer ce titre : &#8220;On a identifi&#233; le chef des casseurs&#8221; avec la tronche du Premier ministre Manuel Valls, un tonfa entre les dents. En manif, l'effet a &#233;t&#233; imm&#233;diat. On r&#233;coltait sourires, bravos et pouces lev&#233;s. La couv' &#233;tait pile-poil raccord avec le sentiment collectif du moment, &#224; la fois &#224; l'&#233;gard de la diversion m&#233;diatico-polici&#232;re et de la vraie casse sociale. D'ailleurs, pour Valls, &#231;a a marqu&#233; le d&#233;but de la fin, pas vrai ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_une_136_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/web_cqfd_une_136_1200px-68886.jpg?1779622928' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La une du num&#233;ro 136 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, octobre 2015.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est l&#224; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Notre papote touche &#224; sa fin. En se repassant les assiettes, les anciens se rappellent encore les aventures de leurs jeunes ann&#233;es, d'une voix vibrante mais n&#233;anmoins l&#233;g&#232;rement emp&#226;t&#233;e.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; Une fois, on avait chang&#233; de logiciel et il y avait un probl&#232;me de transfert. &#192; l'&#233;poque, on &#233;tait imprim&#233;s au Canet &lt;i&gt;[dans les quartiers nord de Marseille]&lt;/i&gt;. Et Louis, ouvrier l&#224;-bas, ne parvenait pas &#224; faire l'imposition des planches. C'&#233;tait insoluble, la m&#233;ga-gal&#232;re. Toute une journ&#233;e &#224; t&#233;l&#233;phoner : &#8220;&lt;i&gt;Oui, c'est Louis, &#233;coute, &#231;a passe toujours pas.&lt;/i&gt;&#8221; Du coup, on a repris l'ancien logiciel et j'ai d&#251; refaire toute la maquette sur un mod&#232;le compatible. Refaire tout le journal d'une traite, t'imagines ? L'enfer. L&#224;-dessus, t'as Arthur &#8211; un vieux situ souvent imbib&#233; lors de ses passages &#8211; qui d&#233;boule et qui beugle : &#8220;&lt;i&gt;Alors il est fait, ce journal ?&lt;/i&gt;&#8221; Je l'ai jet&#233; dehors. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Il y a aussi le bouclage o&#249; internet nous a l&#226;ch&#233; dans la derni&#232;re ligne droite. Impossible d'avancer. Au final on a d&#233;barqu&#233; chez les copains journalistes du &lt;i&gt;Ravi&lt;/i&gt; pour squatter leur connexion et finir le journal, alors qu'on &#233;tait un peu bourr&#233;s&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tewfiq&lt;/strong&gt; : &#171; C'est que pour chaque bouclage, il y a une pression de ouf. Je crois que malgr&#233; toute l'image un peu bord&#233;lique qu'on associe au journal, il n'y a pas un seul num&#233;ro o&#249; quelqu'un s'est dit : &#8220;&lt;i&gt;Tiens, cette page est pas top, mais tant pis.&lt;/i&gt;&#8221; Alors bien s&#251;r, &#224; l'arriv&#233;e, il y a des num&#233;ros que tu pr&#233;f&#232;res. Mais en vrai, jamais tu l&#226;ches l'affaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;o&lt;/strong&gt; : &#171; C'est &#231;a, l'histoire de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis vingt ans. &#192; chaque fois, tu remets l'ouvrage sur le m&#233;tier. C'est ce qui nous a tenu et qui nous tient. Ce truc de dire tous les mois : &#8220;&lt;i&gt;On est l&#224;.&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mazette, ils ont m&#234;me un local ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Quelques jours plus tard, une partie de l'&#233;quipe actuelle se retrouve dans la cuisine du local. Il s'agit de prolonger une discussion o&#249; l'on n'a pas trop parl&#233;, pour une simple raison : on n'&#233;tait pas l&#224; aux d&#233;buts du canard. On a 30-40 ans, autant dire que, quand on a d&#233;couvert&lt;/i&gt; CQFD&lt;i&gt;, le journal existait d&#233;j&#224; depuis belle lurette. La premi&#232;re question qu'on a envie de se poser, bien s&#251;r, c'est : et toi, qu'est-ce que tu fous l&#224; ?]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; J'ai connu &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;poque o&#249; je faisais un autre journal, &lt;i&gt;Article 11&lt;/i&gt;. On &#233;tait un site internet et quand, en 2010, on a eu l'id&#233;e de lancer un canard en kiosques, on a d&#233;cid&#233; de faire le tour de tous les gens qui faisaient des journaux &#8220;alternatifs&#8221;. On a fait des entretiens avec plein de monde, &lt;i&gt;Le Tigre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Fakir&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Postillon&lt;/i&gt;&#8230; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&#184; c'&#233;taient un peu les darons : sans &#234;tre un fervent lecteur du journal &#8211; c'&#233;tait d'ailleurs pas sa meilleure p&#233;riode, comme &#231;a a &#233;t&#233; dit pendant notre bouffe &#8211;, &#231;a faisait quand m&#234;me dix ans qu'ils duraient. Je me rappelle avoir &#233;t&#233; impressionn&#233; par l'existence du local, qui &#233;tait le m&#234;me que maintenant : &#8220;&lt;i&gt;Mazette, c'est des pros, ils ont m&#234;me un local ! Impressionnant !&lt;/i&gt;&#8221; J'ai jamais &#233;t&#233; trop regardant niveau confort&#8230; On avait fait un entretien avec Juliette, Bruno et Fran&#231;ois&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; CQFD : &#8220;Ne pas stagner, ne pas s'emmerder, ne pas ronronner&#8221; &#187;, Article 11 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, qui nous avaient chaudement encourag&#233;s &#224; lancer notre propre canard. &#199;a nous avait donn&#233; la patate, m&#234;me s'ils parlaient aussi des trucs qui marchaient moins bien. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, ils se demandaient pourquoi ils ne vendaient pas &#224; plus de 6 000 exemplaires &#233;tant donn&#233; la qualit&#233; de ce qu'ils faisaient&#8230; Ces deux-trois heures de discussion ont &#233;t&#233; une belle rencontre, qui correspondait &#224; ce qu'on avait envie de faire. Une forme de compagnonnage en est n&#233;e : on se lisait mutuellement, en &#233;tant contents que l'autre existe. Quand je suis arriv&#233; &#224; Marseille en 2016, &#224; la fin d'&lt;i&gt;Article 11&lt;/i&gt;, il y avait une continuit&#233; logique &#224; int&#233;grer &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Mon r&#234;ve absolu, c'&#233;tait d'&#234;tre un jour pay&#233;e pour faire la maquette d'un journal qui aurait du sens &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Je suis arriv&#233;e un peu avant toi. Quand j'avais 18-19 ans, j'habitais &#224; Toulouse et je participais &#224; une biblioth&#232;que-librairie associative et militante. Chaque mois, on recevait &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; et pour moi, ce truc faisait partie des meubles de la presse libertaire. Je le lisais pas de bout en bout, mais j'&#233;tais fascin&#233;e par le fait que le m&#233;dia tienne depuis aussi longtemps, soit distribu&#233; en kiosques&#8230; J'&#233;tudiais le graphisme aux Beaux-Arts et mon r&#234;ve absolu, c'&#233;tait d'&#234;tre un jour pay&#233;e pour faire la maquette d'un journal qui aurait du sens. J'avais particip&#233; &#224; des revues ill&#233;galistes, des brochures, mais je voulais faire un journal &#8211; j'ai un daron imprimeur et depuis toujours un attrait pour le papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite je d&#233;barque &#224; Marseille en 2013 et j'int&#232;gre la r&#233;dac en 2015, je crois. Ferdi, l'ancien graphiste, s'en allait et on m'a propos&#233; un test pendant un bouclage. Je me sentais pas du tout comp&#233;tente, j'&#233;tais largu&#233;e &#8211; d'autant que c'&#233;tait un moment o&#249; la r&#233;dac &#233;tait branlante, tout le monde en avait un peu ras-le-cul. Quand j'ai r&#233;cup&#233;r&#233; la maquette, le journal ne me plaisait pas tant que &#231;a visuellement ; en tant que graphiste, j'ai toujours eu le souci d'envoyer p&#233;ter les codes militants. Je me disais : si nos messages ne passent pas, c'est aussi parce que ce qu'on fait, c'est moche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;poque o&#249; les &#8220;historiques&#8221; de la r&#233;daction commencent &#224; partir. On sentait les gens fatigu&#233;s, plus trop excit&#233;s par le journal, sans compter qu'au d&#233;but, j'&#233;tais la seule meuf, c'&#233;tait pas ultra d&#233;sagr&#233;able, mais il y avait une ambiance mecs. Et moi qui arrive, toute jeune et plein d'envies&#8230;
&#192; l'&#233;poque, &#231;a me vient m&#234;me pas &#224; l'id&#233;e d'&#233;crire. Je reste encore hyper impressionn&#233;e et personne ne m'invite &#224; &#231;a. C'est JBB puis Clair qui m'ont pouss&#233;e &#224; r&#233;diger des articles, et c'est cool que le journal m'ait permis &#231;a. L&#224;-dessus, pour moi, le plus compliqu&#233; en termes d'&#233;criture, c'&#233;taient les sujets les plus proches de nous, quand on fait des trucs avec des potes, qu'on interviewe des potes. Souvent &#231;a a &#233;t&#233; dur &#224; g&#233;rer, ce truc-l&#224;. J'ai aussi appris plein de trucs de mise en page, j'ai commenc&#233; &#224; faire des illus&#8230; Pour moi, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; aura &#233;t&#233; une m&#233;ga-&#233;cole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; On &#233;tait encore dans ce que Tewfiq appelait les &#8220;basses eaux&#8221; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, avec des bouclages un peu d&#233;serts, et peu &#224; peu, le journal a su se r&#233;inventer avec l'arriv&#233;e de personnes motiv&#233;es, dont pas mal de meufs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; &#199;a s'est fait par vagues successives, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le grand chamboulement du jour au lendemain. Mais petit &#224; petit, on a reconstitu&#233; un truc familial. Sur les trois derni&#232;res ann&#233;es, &#231;a m'a beaucoup marqu&#233;e. Alors que c'&#233;tait pas forc&#233;ment le cas au d&#233;but. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; C'est marrant, dans l'histoire du journal, &#231;a a l'air tr&#232;s sinuso&#239;dal l&#224;-dessus. Il y a des moments o&#249; il y a vraiment un effet d'&#233;quipe qui se cr&#233;e, o&#249; les gens font tout ensemble, et d'autres o&#249; c'est moins le cas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Il y avait aussi une aura de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Les ap&#233;ros &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, c'&#233;tait un truc ! Tous les premiers vendredis du mois, t'avais 200 personnes dans la rue autour de ce bar &#224; l'angle de la rue Saint-Pierre, et c'&#233;tait hyper joyeux. Avec le sommaire gueul&#233; au m&#233;gaphone, plein de journaux vendus&#8230; Il y avait des gens comme Christophe ou Iffik qui &#233;taient tr&#232;s bons sur le c&#244;t&#233; teuf/com, alors que nous, on &#233;tait en PLS &#224; la fin de chaque bouclage&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_une_178_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/web_cqfd_une_178_1200px-fc942.jpg?1779622929' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La une du num&#233;ro 178 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#233;t&#233; 2018.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Il y a une forme d'addiction au stress &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; a tenu la maquette pendant cinq ans, avant de partir vers d'autres horizons. Moment nostalgie&#8230; Et un peu th&#233;rapie collective. Faut dire qu'arr&#234;ter le journal, c'est chaud. Et pour l'&#233;quipe active, la course du bouclage se renouvelle tous les mois.&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; C'&#233;tait chelou pour moi d'arr&#234;ter la maquette, parce qu'il y a une forme d'addiction au stress&#8230; Et puis, le seul fait en marchant dans la rue de tomber sur le journal dans un kiosque, jusqu'&#224; la fin j'&#233;tais trop &#233;mue. M&#234;me si pas grand monde ne l'ach&#232;te, je sais qu'il y a plein de gens qui nous lisent. C'est dur de faire &#231;a trop longtemps. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#231;a te prend toute ta vie. Tu fr&#233;quentes les gens aussi en dehors, tu parles de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; tout le temps&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; &#199;a fait penser &#224; ce que disait Bruno : le journal, il le lisait pendant qu'il le faisait et il le relisait apr&#232;s sa sortie, avec un m&#233;lange d'enthousiasme et de maniaquerie. Tout ce qu'on y met, c'est parce qu'on y croit, qu'on est enthousiaste, et c'est beau. S'il n'y avait pas la satisfaction de parcourir le canard apr&#232;s l'impression, en se disant qu'on a fait du bon taf sans rien l&#226;cher politiquement, on aurait sans doute arr&#234;t&#233; depuis longtemps&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; &#199;a d&#233;pend vraiment de comment tu le vis ! Moi je le rouvrais seulement pour faire le compte des papiers bien et des papiers qui avaient &#233;t&#233; ghetto. Et j'&#233;tais toujours contente car au pire, il n'y en avait pas plus de deux o&#249; on s'&#233;tait vraiment arrach&#233; les cheveux. M&#234;me pour les num&#233;ros dont on a l'impression qu'on n'a fait que sauver les meubles, quand on le feuillette trois jours plus tard, on se dit : &#8220;&lt;i&gt;Mais en fait, il est vachement bien !&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Il y a quand m&#234;me des fiert&#233;s de ouf. Pour ma part : le dossier sexe, le dossier f&#233;minisme, le dossier drogues&#8230; Quand j'y repense, je me dis qu'on pouvait pas faire mieux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; Oui, certains dossiers nous tiennent plus &#224; c&#339;ur. Perso, je l'ai par exemple ressenti sur un dossier o&#249; j'&#233;tais tr&#232;s impliqu&#233;, celui contre l'Europe forteresse et ses politiques migratoires, en mai 2022, avec un long reportage &#224; la fronti&#232;re Serbie-Hongrie &#8211; o&#249; on &#233;tait partis en Logan avec Laurent &#8211; avec plein d'&#233;clairages pr&#233;cieux. Et l'impression &#224; la fin qu'avec les moyens &#224; notre port&#233;e, on a tout donn&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; Apr&#232;s, quand les num&#233;ros ou les dossiers &#233;taient vraiment port&#233;s, m&#234;me si j'avais h&#226;te que le bouclage se termine, je n'en avais jamais compl&#232;tement marre et j'&#233;tais contente de savoir que &#231;a partait dans les rotos. Il y a aussi le saut entre le moment o&#249; tu bosses tes textes sur Open Office et celui o&#249; tu vois le taf de la ou du graphiste. Les fins de semaine, vers le vendredi, quand t'en peux plus mais que t'as encore trois jours &#224; tirer, souvent je passais derri&#232;re l'ordi de &lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; qui avait commenc&#233; &#224; maquetter des trucs et je me disais : &#8220;&lt;i&gt;Ah ouais, c'est pour &#231;a que je fais &#231;a, c'est pour &#231;a que je n'ai dormi que cinq heures la nuit derni&#232;re.&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Vu le temps que les copains prennent &#224; charbonner sur les textes, j'ai envie que le journal soit beau &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; C'est vrai que, comme je travaillais pas sur les relectures, j'avais envie de passer du temps sur la mise en page. Comme pour dire : vu le temps que les copains prennent &#224; charbonner sur les textes, j'ai envie que le journal soit beau. Dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, on porte la parole de gens qu'on admire, qui se bougent le cul&#8230; Et on le fait avec des potes, en se marrant&#8230; Les bouclages c'est l'enfer mais c'est aussi vachement de joie, et c'est fort, ces sentiments. On ne s'en rend pas trop compte sur le moment mais quand on en sort, on se dit&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; C'&#233;tait puissant ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Toutes les deux, on a vachement th&#233;oris&#233; le probl&#232;me de la d&#233;pression post-bouclage. Le mardi matin, c'est le vide intersid&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; On avait la m&#234;me routine : shampooing, rasage et masque d'argile. Tu fais tes courses, tu nettoies ton appart', tu fais ta vaisselle&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Le bouclage ne dure pas tout le mois mais bien une semaine et demie, tr&#232;s intense, et en r&#233;alit&#233; &#231;a mord sur tout ton mois. Et &#231;a, pendant des ann&#233;es ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laurent&lt;/strong&gt; : &#171; Le mardi d'apr&#232;s bouclage, pour moi, c'est vraiment une descente de speed. T'es encore un peu dedans, un peu sonn&#233;, un peu fatigu&#233;, en m&#234;me temps la vie normale recommence mais t'as plus les petites roues pour te guider. C'est environ le mercredi matin que j'arrive &#224; me poser pour refaire le point : alors, c'est quoi la liste des trucs en retard, d&#233;laiss&#233;s depuis dix jours ? Comment on reprend le cours de la vie normale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; T'as un vrai besoin de solitude. Y a des bouclages o&#249; j'en pouvais plus de vous voir ! Et ce local qui me d&#233;primait&#8230; En m&#234;me temps, t'as trop peur de te retrouver toute seule. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des veaux &#233;lev&#233;s sous la m&#232;re &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Tomb&#233;e dans la marmite apr&#232;s un p&#232;lerinage depuis sa sacro-sainte Bretagne, Tiphaine vient de quitter le poste du secr&#233;tariat de r&#233;daction, qu'elle a occup&#233; pendant deux ans.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; La premi&#232;re fois que j'ai eu un &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; entre les mains, je devais avoir 18 piges. J'&#233;tais tomb&#233;e dessus en kiosque et j'ai &#233;t&#233; emball&#233;e parce qu'il y avait un mix entre des sujets autour des sciences humaines et sociales qui me bottaient, dans un style qui rendait les choses hyper accessibles. J'ai pas mal &#233;t&#233; form&#233;e politiquement par &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, j'avais d&#233;j&#224; boss&#233; un peu en presse quotidienne r&#233;gionale et j'ai fini par proposer un papier &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. L'ann&#233;e d'apr&#232;s, rebelote. L&#224;-dessus, je me suis dit : &#8220;&lt;i&gt;Vas-y, je m'installe &#224; Marseille.&lt;/i&gt;&#8221; J'ai &#233;t&#233; invit&#233;e au pl&#233;num &lt;i&gt;[la r&#233;union annuelle de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt;, o&#249; on accumule pour l'ann&#233;e suivante les projets qu'on n'aura pas le temps de r&#233;aliser]&lt;/i&gt; et je me suis retrouv&#233;e devant &lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; qui raconte comment, apr&#232;s une semaine de militantisme &#224; Bure, elle &#233;tait all&#233;e se taper un McDo. En la voyant accepter aussi simplement ses contradictions, je me suis dit : &#8220;&lt;i&gt;Je peux me sentir bien, l&#224;.&lt;/i&gt;&#8221; Je suis arriv&#233;e fin octobre 2018. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; T'es un des rares exemples de personne d&#233;barqu&#233;e &#224; Marseille pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. La plupart du temps &#8211; et c'est ce qui a permis &#224; cette transmission de se faire et au journal de survivre 20 ans sans trop changer &#8211;, les membres de la r&#233;daction &#233;taient des gens qui avaient d'abord pass&#233; du temps au local et aux bouclages, des veaux &#233;lev&#233;s sous la m&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laurent&lt;/strong&gt; : &#171; Moi aussi, la raison principale pour laquelle j'avais envie de venir &#224; Marseille, c'&#233;tait sans doute &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. De Strasbourg o&#249; j'habitais, lisant le canard depuis des ann&#233;es, je me disais : &#8220;&lt;i&gt;Manifestement, l&#224;-bas, il y a des gens avec qui je peux &#224; la fois m'entendre politiquement et bien me marrer&#8230;&lt;/i&gt;&#8221; Ensuite, peu de temps apr&#232;s mon arriv&#233;e, il y a eu un &#8220;&#199;a br&#251;le&#8221; qui disait que vous aviez besoin de nouvelles &#233;nergies, et je me suis point&#233;. Et en effet, on s'est tout de suite retrouv&#233; sur&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; L'alcool. Pardon, mais c'est vrai aussi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Pour ne pas s'appesantir sur la question de notre pr&#233;dilection pour les boissons ferment&#233;es, de notori&#233;t&#233; publique, on oblique vers une probl&#233;matique longtemps &#233;pineuse au local : celle de la pr&#233;sence des meufs au sein de la r&#233;daction, et du traitement par &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt; des questions f&#233;ministes.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; Quand j'ai d&#233;boul&#233;, il y avait C&#233;cile, L&#233;mi, Clair qui venait de r&#233;cup&#233;rer le poste de SR, Iffik, Bruno qui &#233;tait en train de prendre un peu de champ, Mat&#233;o tr&#232;s pr&#233;sent &#224; distance. C&#233;cile &#233;tait la seule meuf. Au d&#233;but, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; super simple : j'&#233;tais beaucoup plus jeune que tout le monde &#224; part C&#233;cile, et je me sentais un peu perdue au milieu des grandes gueules et des &#233;changes qui fusaient. Mon premier papier traitait de l'histoire sociale de la pilule contraceptive et j'ai donc &#233;t&#233; un peu estampill&#233;e f&#233;ministe. &#192; la r&#233;daction, il y avait justement un manque ou une attente &#224; cet endroit-l&#224;. De mon c&#244;t&#233;, je commen&#231;ais tout juste &#224; travailler l&#224;-dessus. C'&#233;tait un bon timing. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jonas&lt;/strong&gt; : &#171; Sans que tu deviennes la meuf f&#233;ministe de service ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; Non, j'aimais vraiment &#231;a. Ce qui me plaisait, c'&#233;tait, notamment quand on discutait d'un dossier qui a priori ne me parlait pas trop, de me demander quelle est la place des meufs dans tout &#231;a. Et &#224; partir de l&#224;, de chercher un angle qui m'excitait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_une_184_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/web_cqfd_une_184_1200px-3053f.jpg?1779622929' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La une du num&#233;ro 184 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2020.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; tra&#238;ne dans les chiottes de plein de gens &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; En ouvrant au f&#233;minisme, ou aux th&#232;mes li&#233;s &#224; la sant&#233; mentale, on a aussi r&#233;ussi &#224; toucher de nouveaux publics &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; En ouvrant au f&#233;minisme, ou aux th&#232;mes li&#233;s &#224; la sant&#233; mentale, on a aussi r&#233;ussi &#224; toucher de nouveaux publics, &#224; grappiller des lecteurs en dehors de notre cercle&#8230; M&#234;me si &#231;a ne fait pas d&#233;coller les ventes. Pour &#234;tre honn&#234;te, je me suis toujours foutue des ventes. Certains d'entre nous arrivent &#224; vivre du journal, on est en kiosques, on relaie des luttes dont personne ne parle&#8230; C'est d&#233;j&#224; &#233;norme. On vendrait &#224; 500 exemplaires, je le ferais avec le m&#234;me enthousiasme parce que je sais que CQFD tra&#238;ne dans les chiottes de plein de gens, qu'il y a plein de gens qui le lisent&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; Il y a aussi la reconnaissance de ceux et celles &#224; qui on a donn&#233; la parole, la mani&#232;re dont ils nous remercient, de les voir trop contents que leur voix soit entendue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Quand on a fait le dossier sur la mort, on savait que &#231;a n'allait pas marcher de ouf, et en effet &#231;a a &#233;t&#233; une de nos pires ventes, mais les gens nous disaient : &#231;a fait du bien de lire &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laurent&lt;/strong&gt; : &#171; C'est parce qu'autour de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, il y a une vraie communaut&#233; de lecteurs, de gens qui nous suivent depuis des ann&#233;es, qui sont tr&#232;s attach&#233;s au journal&#8230; C'est pour &#231;a que le &#8220;&#199;a br&#251;le&#8221; est important, avec ce c&#244;t&#233; chaleureux et collectif qui n'est pas surjou&#233;, &#224; la fois &#224; l'int&#233;rieur du journal et &#224; l'ext&#233;rieur, sur plusieurs cercles. Et en effet on re&#231;oit beaucoup de retours des lecteurs, parce que ce qu'on fait compte pour les gens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Quand on veut faire un dossier, on le fait, m&#234;me si on sait que le sujet n'est pas vendeur &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; : &#171; Ce que j'ai toujours trouv&#233; g&#233;nial &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, c'est que, quand on veut faire un dossier, on le fait, m&#234;me si on sait que le sujet n'est pas vendeur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Oui, et m&#234;me si on se lance sur des sujets sur lesquels on n'a pas sp&#233;cialement de connaissances&#8230; &#192; la fin du mois, on s'est tous autoform&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laurent&lt;/strong&gt; : &#171; Parce que dans ces cas-l&#224; on bosse les sujets &#224; fond, on en cause &#233;norm&#233;ment entre nous, en prenant le temps n&#233;cessaire pour discuter des propositions des uns et des autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; Et on y arrive avec des moyens limit&#233;s. Dans le cas du dossier sur l'Ukraine, il se trouve que les contacts qu'on avait l&#224;-bas avaient des plans pour &#234;tre publi&#233;s par des m&#233;dias capables de les payer, donc ils n'avaient rien &#224; nous fournir &#224; nous. Malgr&#233; tout, en allant creuser &#224; notre mani&#232;re, en donnant la parole &#224; d'autres personnes, sans sortir pour autant de l'exigence journalistique, on a r&#233;ussi &#224; raconter les choses autrement. Le r&#233;sultat, ce n'est pas forc&#233;ment la v&#233;rit&#233; ultime mais &#231;a a du sens, &#231;a apporte un autre &#233;clairage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Dans les copeaux en plein soleil &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[On termine le tour de table par Jonas, qui a remplac&#233; &lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; au secr&#233;tariat de r&#233;daction en septembre.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; Il faut commencer par dire que Jonas s'est coltin&#233; un entretien d'embauche en lendemain de teuf et en m&#233;ga gueule de bois. L'enfer&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jonas &lt;/strong&gt; : &#171; C'&#233;tait l'an dernier, aux Assises de la presse pas pareille, dans l'arri&#232;re-pays ni&#231;ois. J'&#233;tais venu dans le cadre d'un stage &#224; &lt;i&gt;Mediacoop&lt;/i&gt; et c'est ma responsable de stage qui est venue me r&#233;veiller pour l'entretien. C'est comme &#231;a que je suis venu m'asseoir par terre dans les copeaux, en plein soleil, un dimanche matin &#224; 14 heures, seul face &#224; vous six. Tout le monde &#233;tait dans les choux, c'&#233;tait punk comme entretien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; Nous non plus, on n'avait aucune envie de faire &#231;a ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jonas &lt;/strong&gt; : &#171; Je connaissais &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; un ami &#224; l'&#233;poque de la fac, mais je n'ai jamais vraiment lu le journal. Au mur, chez moi, j'avais votre affiche avec le hamster dans sa cage, &#8220;Travailler plus pour travailler plus&#8221;, qui m'a accompagn&#233; pendant des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le plus dur, c'est que c'est un format hybride : t'es journaliste salari&#233; mais en m&#234;me temps c'est engag&#233; et aussi affinitaire &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et quand &lt;strong&gt;Tiphaine&lt;/strong&gt; m'a pos&#233; le d&#233;cor, elle a essay&#233; de me faire peur pour que je parte en courant. Comme je n'ai pas fui, &#231;a voulait dire, soit que j'avais rien compris, soit qu'on avait des trucs en commun. Vous m'avez pas vendu du r&#234;ve ! On m'a dit : c'est gal&#232;re, le local est pourri, tu vas pas dormir&#8230; Le plus dur, c'est que c'est un format hybride : t'es journaliste salari&#233; mais en m&#234;me temps c'est engag&#233; et aussi affinitaire&#8230; Quand t'es parachut&#233;, &#231;a pose beaucoup de questions et &#231;a peut &#234;tre chaud d'int&#233;grer un projet comme &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; Il y a aussi le fait que le journal a une histoire qu'il faut respecter, sans que &#231;a soit forc&#233;ment m&#233;ga pesant pour autant&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;mi&lt;/strong&gt; : &#171; Peu &#224; peu, toutes les personnes qui gravitent autour du journal se sentent d&#233;positaires de cette histoire. C'est pour &#231;a aussi que, quand on veut prendre de la distance, on fait en sorte qu'il y ait quelqu'un d'autre pour nous remplacer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile&lt;/strong&gt; : &#171; On a tu&#233; les trois bouteilles ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jonas &lt;/strong&gt; : &#171; Bon, c'est que c'est la fin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos retranscrits et mis en forme par &#201;milien Bernard et Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette liste pourrait &#233;videmment s'allonger &#224; grands bouillons, entre dessinateurs et photographes historiques, camarades de r&#233;daction, maquettistes aux doigts de f&#233;e, visiteurs r&#233;guliers&#8230; En 20 ans, plus de 1 000 copains-copines d'un mois, d'un an ou de dix, dont on a essay&#233; de dresser la liste p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'autres fines plumes ont &#233;galement particip&#233; &#224; cette chronique, comme Manu Vigier ou Claude et Dominique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notamment : &#171; &#8220;Les McDo&#8221; de Saint-Barth' : une lutte de quartier(s) &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 181 (novembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Talentueux dessinateur historique de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, notamment auteur de tr&#232;s nombreuses couvertures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chronique historique a d&#233;marr&#233; tr&#232;s t&#244;t dans l'histoire du canard et qui mettait en avant des initiatives politiques ou collectives r&#233;jouissantes. Elle a &#233;t&#233; tenue successivement par plusieurs auteurs et autrices. Quelques textes sont &#224; retrouver &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Ma-cabane-pas-au-Canada' class=&#034;spip_in&#034;&gt;en ligne par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; CQFD : &#8220;Ne pas stagner, ne pas s'emmerder, ne pas ronronner&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Article 11&lt;/i&gt; (04/06/2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'introuvable &#8220;ligne&#8221; d'un canard insoumis</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-introuvable-ligne-d-un-canard</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/L-introuvable-ligne-d-un-canard</guid>
		<dc:date>2023-05-15T15:23:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;cile Kiefer</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Largement implicite, peu interrog&#233;e en interne, la ligne politique de CQFD n'est pas grav&#233;e dans le marbre. Tentative de d&#233;corticage, en compagnie de quelques-uns de celles et ceux qui ont fait et font ce journal depuis 20 ans. On en parle rarement et on y pense&#8230; pas tant que &#231;a non plus : dans un canard aussi politique que CQFD, la question de la &#171; ligne &#187; se pose &#233;tonnamment peu. En 20 ans, des choses ont boug&#233;, bien s&#251;r &#8211; mais la continuit&#233; et la coh&#233;rence demeurent assez &#233;videntes pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no220-mai-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;220 (mai 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cecile-Kiefer-227" rel="tag"&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Largement implicite, peu interrog&#233;e en interne, la ligne politique de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'est pas grav&#233;e dans le marbre. Tentative de d&#233;corticage, en compagnie de quelques-uns de celles et ceux qui ont fait et font ce journal depuis 20 ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_220_votervomir_kiefer_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/web_220_votervomir_kiefer_1200px-6cbbd.jpg?1779622931' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;n en parle rarement et on y pense&#8230; pas tant que &#231;a non plus : dans un canard aussi politique que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, la question de la &#171; ligne &#187; se pose &#233;tonnamment peu. En 20 ans, des choses ont boug&#233;, bien s&#251;r &#8211; mais la continuit&#233; et la coh&#233;rence demeurent assez &#233;videntes pour qu'avec les fondateurs du journal, on se sente tout &#224; fait en famille &#8211; on esp&#232;re que c'est r&#233;ciproque et, &#224; les entendre, &#231;a l'est. Alors, quand on pose la question de la ligne aux contributeurs de diff&#233;rentes &#233;poques, les r&#233;ponses sont unanimement elliptiques. &#171; &lt;i&gt;J'ai pas souvenir que &#231;a ait &#233;t&#233; discut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, (ne) se rappelle (pas) Marie-Agn&#232;s, partie prenante des toutes premi&#232;res r&#233;unions pr&#233;paratoires du journal, en 2002. Arriv&#233; quinze ans plus tard, Clair confirme : &#171; &lt;i&gt;C'est une question compliqu&#233;e, &#231;a n'est jamais explicit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Mat&#233;o, au journal depuis 2005, pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;On a toujours r&#233;sist&#233; &#224; l'id&#233;e qu'on correspondait &#224; une ligne. M&#234;me si on s'inscrit dans un compagnonnage libertaire ou anti-autoritaire, on part d'abord du v&#233;cu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; On ne donne pas la parole &#224; un keuf, m&#234;me s'il se veut critique, syndicaliste ou &#8220;de gauche&#8221; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pris de piti&#233;, les interview&#233;s consentent n&#233;anmoins &#224; balancer quelques billes. Olivier, pilier fondateur de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, recense trois grands marqueurs : l'anticapitalisme et la critique du travail, le soutien aux luttes des immigr&#233;s, l'antimilitarisme. Aux nouvelles g&#233;n&#233;rations, ce dernier point trahit sans doute un peu son &lt;i&gt;boomer&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons cependant encore consacr&#233; un dossier &#224; l'arm&#233;e dans le n&#176; 185 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : il avait pourtant son importance, dans un journal n&#233; dans la continuit&#233; du &lt;i&gt;RIRe&lt;/i&gt;, feuille de chou soutenant les jeunes r&#233;fractaires au service militaire&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Instaur&#233; en 1905, le service militaire est obligatoire pour tous les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Quant &#224; la critique du travail, L&#233;mi, &#224; la r&#233;dac depuis 2016, fait remarquer qu'elle a quelque chose de paradoxal dans un journal qui demande un investissement &#233;norme et dont, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, salari&#233;s et b&#233;n&#233;voles se tuent passionn&#233;ment &#224; la t&#226;che. Tiphaine, arriv&#233;e deux ans apr&#232;s L&#233;mi, insiste sur une autre dimension, anticarc&#233;rale et anti-flics. &#171; &lt;i&gt;&#199;a met en &#233;vidence la question des interlocuteurs qu'on estime l&#233;gitimes&lt;/i&gt;, pr&#233;cise-t-elle : &lt;i&gt;on ne donne pas la parole &#224; un keuf, m&#234;me s'il se veut critique, syndicaliste ou &#8220;de gauche&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; De fait, les dissensions internes &#8211; par exemple lors de la derni&#232;re pr&#233;sidentielle, que le journal a trait&#233; presque uniquement en mode pro-abstention &#8211; sont rares et r&#233;sultent surtout des al&#233;as de la vie de la r&#233;daction. &#171; &lt;i&gt;En m&#234;me temps, dans le contexte actuel, c'est facile d'&#234;tre d'accord&lt;/i&gt;, observe Clair. &lt;i&gt;Notre camp s'en prend tellement plein la gueule, &#231;a soude forc&#233;ment !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;C'est peut-&#234;tre aussi une des raisons d'&#234;tre de ce canard&lt;/i&gt;, compl&#232;te Fran&#231;ois, soutier de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis le d&#233;but : &lt;i&gt;permettre &#224; ceux qui le confectionnent comme aux lecteurs de se sentir moins seuls dans un monde o&#249; la violence sociale est quotidienne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; pr&#233;cieuses radicales &#187; du Gauchistan&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce qui a fait notre force, c'est de ne jamais avoir &#233;t&#233; dogmatiques&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Bruno, arriv&#233; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; un an apr&#232;s sa cr&#233;ation. Il ne fait pas trop de doute, en effet, que la long&#233;vit&#233; du journal doit beaucoup &#224; sa capacit&#233; &#224; &#233;pouser son &#233;poque sans se laisser entraver par des cadres de pens&#233;e trop rigides. Mais le m&#234;me compl&#232;te : &#171; &lt;i&gt;&#199;a a d'ailleurs pu nous &#234;tre reproch&#233; par des gens qui &#233;taient frustr&#233;s par un certain c&#244;t&#233; fourre-tout&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Car, d&#232;s le d&#233;part, et m&#234;me si certains compagnons de route &#233;taient membres de syndicats ou d'organisations diverses, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; se tient &#224; distance critique des structures militantes. Pour Momo, tr&#232;s pr&#233;sent &#224; la r&#233;dac pendant les ann&#233;es 2010, le travail du journal repose sur une &#171; &lt;i&gt;critique du militantisme, du langage militant, de cette phras&#233;ologie tr&#232;s id&#233;ologique, d'une mani&#232;re de parler par slogans&lt;/i&gt; &#187;. D'o&#249; des malentendus, des tensions et des compromis parfois difficiles. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'est pas un tableau d'affichage et, lorsqu'on relaie et accompagne des luttes port&#233;es par des camarades, on souhaite le faire &#224; notre mani&#232;re et avec nos moyens &#8211; c'est-&#224;-dire, aussi, sans renoncer &#224; une certaine rigueur journalistique et au style qui nous est propre. Ce que certains contributeurs n'acceptent pas toujours facilement &#8211; et c'est quelquefois bien compr&#233;hensible, quand leur texte r&#233;sulte d'heures de discussion en AG&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre motif de malentendu, nous intervenons peu dans les querelles internes &#224; ce que nous consid&#233;rons comme &#171; notre camp &#187;, au sens large. &#192; l'&#233;t&#233; 2021, L&#233;mi est ainsi all&#233; rendre compte du rassemblement des Soul&#232;vements de la terre &#224; Saint-Colomban (Loire-Atlantique), dont il a rapport&#233; un papier enthousiaste qui nous a valu une vol&#233;e de bois vert dans certains milieux autoris&#233;s. En cause, de mauvais souvenirs de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et, plus g&#233;n&#233;ralement, le r&#244;le de la mouvance dite &#171; app&#233;liste &#187; dans les luttes actuelles. On entend bien ce qu'on nous reproche, on est au courant des enjeux et on y est attentifs. Mais en vrai, le r&#244;le de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'est pas de compter les points entre ceux que Bruno appelle &#171; &lt;i&gt;les pr&#233;cieuses radicales&lt;/i&gt; &#187;. Si nous tenons au format papier&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; L'amour au temps des rotatives &#187; dans ce num&#233;ro.&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, c'est aussi parce qu'il nous permet d'&#234;tre pr&#233;sent un peu partout &#8211; au Leclerc d'Altkirch (Haut-Rhin) comme au tabac-presse de Saint-Martin-de-Valgalgues (Gard) ou au kiosque de la gare de Morlaix (Finist&#232;re) &#8211; et de toucher des lecteurs dont les querelles de chapelle du Gauchistan, aussi s&#233;rieuses soient les interrogations qu'elles soul&#232;vent, ne sont pas forc&#233;ment la pr&#233;occupation premi&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Dans l'article en question&lt;/i&gt;, explique L&#233;mi, &lt;i&gt;j'&#233;voquais certes les&lt;/i&gt; &#8220;plaies toujours pas referm&#233;es &#8221; &lt;i&gt;de Notre-Dame-des-Landes, mais j'avais plus en t&#234;te de raconter l'action ou de donner la parole aux agriculteurs y participant que d'&#233;claircir de n&#233;buleuses lignes de tensions entre militants. &#199;a ne veut pas dire que ces questions sont sans fondement, ou qu'on ne les traitera pas un jour. Mais c'est vrai qu'on essaie souvent d'&#233;chapper aux querelles du milieu. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; On a tendance &#224; vouloir serrer les rangs, mais il faut que les critiques puissent s'exprimer &#224; l'int&#233;rieur &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il faut l'avouer : &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'a pas toujours pris autant de pincettes. Pendant les premi&#232;res ann&#233;es du canard, la rubrique &#171; Faux amis &#187; d&#233;cimait &#224; la sulfateuse, num&#233;ro apr&#232;s num&#233;ro, les rangs des alli&#233;s politiques suppos&#233;s. D&#232;s le dernier num&#233;ro du &lt;i&gt;RIRe&lt;/i&gt;, Marie-Agn&#232;s descend le dernier film de Pierre Carles, copain du journal. Ambiance&#8230; Pass&#233; par &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, &#233;chaud&#233; par les compromissions du d&#233;go&#251;tant arriviste Philippe Va&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'abord chansonnier soixante-huitard, il orchestre la renaissance de Charlie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, Olivier pratiquait l'exercice avec un entrain renouvel&#233;. &#171; &lt;i&gt;On ne craignait pas d'avoir la dent dure contre des gens appr&#233;ci&#233;s de nos lecteurs ou d'autres collaborateurs du journal&lt;/i&gt;, raconte-t-il. &lt;i&gt;On a tendance &#224; vouloir serrer les rangs, mais il faut que les critiques puissent s'exprimer &#224; l'int&#233;rieur, sans attendre qu'elles viennent de l'ext&#233;rieur.&lt;/i&gt; &#187; Certaines cibles nous en ont durablement voulu&lt;a href=&#034;#nb10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Premier du genre, le producteur de radio Daniel Mermet, d&#233;peint d&#232;s le n&#176; 7 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. C'est peut-&#234;tre qu'elles &#233;taient bien choisies ? &#171; &lt;i&gt;On critique plus facilement les gens qu'on ne conna&#238;t pas&lt;/i&gt;, analyse aujourd'hui Olivier. &lt;i&gt;D&#232;s qu'on se coltine les gens dans les luttes, tout est diff&#233;rent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Au ras du bitume&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes ? Ben oui. La r&#233;daction de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'est pas compos&#233;e d'agitateurs professionnels et a toujours compt&#233; peu de journalistes de m&#233;tier, mais c'est &#233;videmment l&#224;, dans la vie du monde social, que nous allons chercher ce qui nous para&#238;t &#234;tre la v&#233;rit&#233; du moment politique. Loin des discours militants, mais aussi &#224; distance prudente du travail th&#233;orique et de la fascination qu'il suscite souvent, il s'agit de &#171; &lt;i&gt;partir d'une forme d'empirisme des luttes&lt;/i&gt; &#187;, explique Momo, qui signale la filiation avec la tradition de l'enqu&#234;te ouvri&#232;re. &#171; &lt;i&gt;On raisonnait&lt;/i&gt; &lt;i&gt;beaucoup de la fa&#231;on suivante : la meilleure mani&#232;re d'&#233;viter la dimension id&#233;ologique, c'est de retourner sur le terrain&lt;/i&gt; &#187;, insiste Momo. La m&#233;thode n'est pas tr&#232;s compliqu&#233;e, mais elle demande un peu d'humilit&#233; et d'huile de coude : se rendre sur place, parler avec les gens &#8211; autant que possible, plut&#244;t aux personnes concern&#233;es qu'&#224; leurs repr&#233;sentants &#8211;, et rendre compte de tout &#231;a sans trop rajouter notre grain de sel. &#171; &lt;i&gt;On essaie simplement de donner la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Tiphaine. Ce qui suppose aussi parfois d'accompagner dans l'&#233;criture des personnes dont la parole nous importe, mais qui n'y sont pas forc&#233;ment entra&#238;n&#233;es &#8211; exercice chronophage, auquel nous n'arrivons pas toujours &#224; consacrer le temps n&#233;cessaire. Aux yeux de certains radicaux, on imagine bien que les luttes des femmes de m&#233;nage ou pour la sauvegarde de deux champs de patates n'&#233;voquent pas des lendemains qui chantent ; mais ce sont ces r&#233;alit&#233;s-l&#224; qui, depuis 20 ans, ont permis &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; de rester une assez bonne caisse de r&#233;sonance de son &#233;poque. Preuve par l'exemple au moment des Gilets jaunes, auxquels nous avons consacr&#233; tr&#232;s vite un dossier lucide et enthousiaste, pendant que de nombreux r&#233;volutionnaires attendaient encore, le bout de l'orteil tremp&#233; dans la flotte, de voir si elle &#233;tait bonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans que ce soit th&#233;oris&#233;, cette fa&#231;on de fonctionner est v&#233;cue comme profond&#233;ment politique, m&#234;me si elle ne rel&#232;ve pas du militantisme au sens &#233;troit du terme. C'est cela aussi, sans doute, que racontent en style picaresque les &#171; &#199;a br&#251;le &#187; : un ancrage dans le r&#233;el qui n'est pas si fr&#233;quent pour un journal &#224; diffusion nationale, une exp&#233;rience au ras du bitume, dans la vie concr&#232;te d'une rue, d'un quartier, d'une ville au c&#339;ur populaire. Et lorsque &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; se fait force de proposition, c'est de l&#224; que &#231;a part. Bruno parle souvent du moment o&#249; il a propos&#233; d'ajouter &#171; &lt;i&gt;et d'exp&#233;rimentation&lt;/i&gt; &#187; au sous-titre de &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait pour dire : on ne se fait pas chier &#224; faire un canard pour d&#233;sesp&#233;rer les gens, on va aussi chercher des trucs qui peuvent donner la p&#234;che, des exp&#233;riences de r&#233;sistance collective, de construction d'alternatives.&lt;/i&gt; &#187; Et pour cause : apr&#232;s avoir &#233;t&#233; m&#234;l&#233; aux luttes des Indiens du Chiapas et du Guerrero, il a suivi de pr&#232;s l'histoire de la Commune d'Oaxaca, en 2006, &#224; laquelle &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a consacr&#233; un hors-s&#233;rie. Par la suite, le journal a continu&#233; d'explorer les modes d'organisation collective qui proposent des alternatives &#224; ce que Mat&#233;o appelle &#171; &lt;i&gt;des solutions par l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187; : avec des dossiers sur &#171; &lt;i&gt;le pari municipaliste&lt;/i&gt; &#187; en Espagne, la &#171; &lt;i&gt;fatigue d&#233;mocratique&lt;/i&gt; &#187; (en r&#233;ponse aux &#233;lections de 2017), le communalisme dans la lign&#233;e de Murray Bookchin&#8230; Ajoutons, puisqu'&#224; Marseille nous sommes aux premi&#232;res loges, un int&#233;r&#234;t pour le droit &#224; la ville face &#224; la grande faucheuse de l'urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; C'est un des r&#244;les de la presse &#8220;pas pareille&#8221;, ind&#233;pendante ou alternative, que de contribuer &#224; construire un imaginaire de lutte &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand on regarde le monde depuis les rues et les places d'une ville populaire, s'impose aussi la conviction qu'il n'y a pas que la politique qui soit politique. Le terrain des cultures urbaines, et des modes de vie et des repr&#233;sentations qui vont avec, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; en suit fermement le fil rouge. D&#232;s la cr&#233;ation du journal, il ouvre ses colonnes &#224; Ham&#233;, du groupe de hip-hop La Rumeur, contre qui le ministre de l'Int&#233;rieur Sarkozy vient de porter plainte ; dix ans plus tard, la rappeuse marseillaise Keny Arkana, qui n'avait pas encore vir&#233; complotiste, f&#234;te les 10 ans du journal. Le cin&#233;ma et la bande dessin&#233;e ind&#233;pendants, la litt&#233;rature plus ou moins directement engag&#233;e, ont aussi leur place, d&#232;s lors qu'ils incarnent des formes de r&#233;sistance au rouleau compresseur capitaliste. &#171; &lt;i&gt;C'est un des r&#244;les de la presse &#8220;pas pareille&#8221;, ind&#233;pendante ou alternative, que de contribuer &#224; construire un imaginaire de lutte&lt;/i&gt;, sugg&#232;re L&#233;mi. &lt;i&gt;En ce sens, la forme joue un r&#244;le d&#233;cisif. Notre refus des postures sentencieuses, &#231;a renvoie &#224; l'id&#233;e que les trucs politiques importants doivent se faire dans la joie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;On est l&#224;&#8230; mais pas partout&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De la joie, il faut l'admettre, il n'y en a pas toujours, et il arrive qu'on se fasse copieusement engueuler, notamment &#224; propos de la politique internationale &#8211; th&#232;me privil&#233;gi&#233; des discussions de comptoir, &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, comme ailleurs. Au d&#233;but, tout paraissait relativement simple, le journal &#233;tant n&#233; dans la queue de com&#232;te de l'altermondialisme et sous la bonne &#233;toile antimilitariste de la lutte contre la croisade n&#233;oconservatrice post-11 septembre &#8211; le n&#176; 1 suit de quelques semaines l'invasion am&#233;ricaine de l'Irak. Mais au fil de la premi&#232;re d&#233;cennie du mill&#233;naire, &#231;a se complique. &#171; &lt;i&gt;On n'avait pas anticip&#233; les lignes de fracture sur les r&#233;volutions arabes et la guerre en Syrie&lt;/i&gt;, se rappelle Mat&#233;o. &lt;i&gt;Notre position, c'&#233;tait toujours de soutenir ce qui se passait &#224; la base. Et on s'est vu opposer des discours complotistes ou campistes, du genre de ceux qu'on a ensuite vu ressurgir au moment de l'invasion de l'Ukraine&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le m&#234;me cite une phrase de Gilles dans un article alors paru dans le canard : &#171; &lt;i&gt;On se sent plus proche de l'&#233;thique des r&#233;volt&#233;s que du raisonnement de ceux qui pr&#233;f&#232;rent que rien ne bouge.&lt;/i&gt; &#187; Bien dit. M&#233;fiant vis-&#224;-vis de tous les pouvoirs, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a aussi gard&#233; la t&#234;te froide au sujet du Venezuela, un temps tr&#232;s investi par une partie de la gauche radicale, &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; en t&#234;te. &#171; &lt;i&gt;C'est tout &#224; l'honneur de la r&#233;daction de l'&#233;poque d'avoir su garder une distance critique&lt;/i&gt;, salue Clair. &lt;i&gt;On a besoin d'espoir, mais pas au point de s'aveugler non plus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il ne suffit pas d'avoir une chronique f&#233;ministe pour parvenir &#224; un traitement f&#233;ministe de l'info &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sur le long terme, il faut aussi reconna&#238;tre des lacunes persistantes. &#171; &lt;i&gt;Sur la question raciale, on n'est pas l&#224;&lt;/i&gt;, signale Clair. &lt;i&gt;En th&#233;orie on suit ces luttes, mais il n'y a que des Blancs &#224; la r&#233;daction, ce n'est pas une oppression qu'on vit de l'int&#233;rieur. On accueille volontiers les propositions de papiers, mais on est rarement &#224; leur initiative.&lt;/i&gt; &#187; Autre serpent de mer de l'histoire de &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; : le r&#244;le des femmes dans la r&#233;daction et le traitement du f&#233;minisme et des sexualit&#233;s minoritaires. &#171; &lt;i&gt;Le journal a longtemps eu mauvaise r&#233;putation sur ces questions&lt;/i&gt;, reconna&#238;t Momo. &lt;i&gt;Il ne suffit pas d'avoir une chronique f&#233;ministe pour parvenir &#224; un traitement f&#233;ministe de l'info. Les dessins de presse n'ont pas aid&#233; !&lt;/i&gt; [voir encadr&#233;] &lt;i&gt;Dans les faits, &lt;/i&gt;CQFD &lt;i&gt;&#233;tait un journal de mecs.&lt;/i&gt; &#187; Dans les derni&#232;res ann&#233;es, le canard a largement boug&#233; l&#224;-dessus. M&#234;me si, depuis quelques mois, la r&#233;daction est &#224; nouveau &#8211; provisoirement, on l'esp&#232;re &#8211; &#224; majorit&#233; masculine, quant au contenu le virage de l'intersectionnalit&#233; a &#233;t&#233; pris et on imagine mal un retour en arri&#232;re. Des dossiers ont &#233;t&#233; consacr&#233;s au f&#233;minisme et aux sexualit&#233;s ; mais surtout, une nouvelle g&#233;n&#233;ration de contributeurs et surtout de contributrices ont mis ces questions au premier plan des pr&#233;occupations de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Aujourd'hui en retrait, Momo observe : &#171; &lt;i&gt;La transition g&#233;n&#233;rationnelle a bien fonctionn&#233;. C'est la ran&#231;on de la pr&#233;carit&#233; : le journal a toujours fonctionn&#233; sur la base d'un roulement des &#233;quipes, ce qui lui a &#233;galement permis de se renouveler.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; int&#232;gre donc peu &#224; peu des prismes nouveaux. Et cela pose d'autant moins question qu'en 20 ans, rien n'a &#233;t&#233; c&#233;d&#233; de l'envie de mordre. L'optique s'est enrichie, mais on n'oublie pas la lutte de classes, on ne se trompe pas sur les ressorts du pouvoir ni ceux qui le d&#233;tiennent. &#171; &lt;i&gt;Des journaux qui tiennent une ligne r&#233;formiste, il y en a quinze mille&lt;/i&gt;, cingle Tiphaine pour conclure. &lt;i&gt;On a pu sortir des num&#233;ros plus radicaux que les positions qu'auraient prises les membres de la r&#233;daction &#224; titre individuel. Mais parfois, c'est important de ne pas tenir des positions trop nuanc&#233;es. Car, si tu regardes dans un kiosque, on est quasi les seuls &#224; le faire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;On peut plus rigoler !&lt;/h3&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment lutter contre le Front national ? &#171; &lt;i&gt;En virant les Arabes !&lt;/i&gt; &#187; r&#233;pond un pochtron accoud&#233; au comptoir. En ouverture du premier num&#233;ro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, ce dessin de Martin illustre bien la libert&#233; laiss&#233;e au dessin de presse (les &#171; gros nez &#187;) &#224; sa fondation. Pendant les dix-douze premi&#232;res ann&#233;es du journal, le dessin a pleinement sa place dans ses pages, avec des artistes aussi talentueux que Berth, Lindingre, Lefred-Thouron, R&#233;mi, Aurel, Jiho ou encore Nardo&#8230; &#192; l'&#233;poque, nous racontent les &#171; anciens &#187;, ce sont les dessins plus que l'introuvable &#171; ligne &#187; du canard qui donnent lieu aux d&#233;bats les plus anim&#233;s &#224; la r&#233;dac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tradition de la presse satirique depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle, ils mettent au d&#233;fi la libert&#233; d'expression &#8211; conscients de ce privil&#232;ge, les dessinateurs sont souvent moins pr&#234;ts que les auteurs de l'&#233;crit &#224; transiger sur leur production. &#171; &lt;i&gt;Les dessinateurs n'&#233;taient pas forc&#233;ment &#224; cheval sur la ligne ! Alors jusqu'o&#249; tu te permets des embard&#233;es ?&lt;/i&gt; &#187; a pu se demander Olivier. &#171; &lt;i&gt;On avait souvent de vrais d&#233;bats,&lt;/i&gt; se souvient Marie-Agn&#232;s. &lt;i&gt;En m&#234;me temps, j'ai pas souvenir qu'on cherchait le consensus &#224; tout prix. On pouvait publier un truc sur lequel on n'&#233;tait pas tous d'accord ! Y a des dessins de R&#233;mi, par exemple, qui &#233;taient vachement rudes des fois&#8230; Mais en m&#234;me temps, ils &#233;taient tellement beaux !&#8230; Si un dessin d&#233;range, quelque part tant mieux, &#231;a donne mati&#232;re &#224; r&#233;flexion.&lt;/i&gt; &#187; Avec des limites : d&#232;s le n&#176; 2, la r&#233;daction refuse &#224; Berth un dessin sur Nicole Notat, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la CFDT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question du dessin, c'est vrai : contrairement &#224; Julio Iglesias, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a chang&#233;. L&#224; encore, le journal refl&#232;te son &#233;poque, d&#233;sormais moins port&#233;e sur l'humour noir et le second degr&#233;, mais plus attentive &#224; savoir qui repr&#233;sente qui, comment et dans quel contexte. Cette &#233;volution a &#233;t&#233; progressive ; &#224; l'&#233;t&#233; 2015, le dossier d'&#233;t&#233; &#171; &#192; bas les caricatures ? &#187; est l'indicateur d'un changement d'&#233;poque. L'&#226;ge d'or des &#171; gros nez &#187; est sans doute pass&#233;. Mais des dessinateurs de grand talent maintiennent le flambeau, de Bobika &#224; Soulci&#233;, en passant par STPo, R&#233;my Cattelain ou Tommy, entre plein d'autres, et qu'on est tr&#232;s tr&#232;s heureux d'accueillir chaque mois dans nos pages !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_une_134_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/web_cqfd_une_134_1200px-0b747.jpg?1779622931' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nous avons cependant encore consacr&#233; un dossier &#224; l'arm&#233;e dans le n&#176; 185 (mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Instaur&#233; en 1905, le service militaire est obligatoire pour tous les Fran&#231;ais de sexe masculin jusqu'&#224; sa suppression, vot&#233;e en 1997 (la &#171; classe &#187; 1978 a &#233;t&#233; la derni&#232;re appel&#233;e au service ; les derniers conscrits sont lib&#233;r&#233;s en novembre 2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/L-amour-au-temps-des-rotatives' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; L'amour au temps des rotatives &#187;&lt;/a&gt; dans ce num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'abord chansonnier soixante-huitard, il orchestre la renaissance de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; en 1992, et en fait, de vilenie en trahison, le marchepied de sa reconnaissance m&#233;diatique. Tyrannique directeur de France Inter de 2009 &#224; 2014, il est aujourd'hui chroniqueur sur Radio Bollor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Premier du genre, le producteur de radio Daniel Mermet, d&#233;peint d&#232;s le n&#176; 7 (d&#233;cembre 2003) en patron toxique maltraitant ses subordonn&#233;s, excluait &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; de sa revue de presse alors influente. Nous avions pourtant tap&#233; juste. Sur Mermet, &lt;i&gt;Article 11&lt;/i&gt; tirait dix ans plus tard le m&#234;me constat (26/06/2013). Puis, tout r&#233;cemment, &lt;i&gt;Arr&#234;t sur images&lt;/i&gt; (11/12/2022)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
