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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>De l'&#233;merveillement &#224; la lutte</title>
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		<dc:creator>Corinne Morel Darleux</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce (Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman L&#224; o&#249; le feu et l'ours (2021). En ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce &lt;/i&gt;(Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; (2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1771-4a6bd.jpg?1779748356' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Lise Lacombe
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 %. Dans ce contexte de r&#233;tr&#233;cissement de l'espace habitable, les conflits de territoire entre humains et &#171; non-humains &#187; sont appel&#233;s &#224; se multiplier. D&#233;j&#224;, en Alaska, on voit un nombre croissant d'ours fouiller les poubelles pour survivre. &#192; Marseille, ce sont des sangliers qui s'invitent en ville. &#192; Strasbourg et Londres, les renards investissent d&#233;sormais les parcs urbains. De plus en plus d'animaux sauvages sont condamn&#233;s &#224; partager les m&#234;mes zones que nous. Nous qui les avons chass&#233;s, expuls&#233;s de leurs territoires et avons cru pouvoir les exclure de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de cohabitation forc&#233;e, nous allons avoir besoin de &#171; &lt;i&gt;diplomates&lt;/i&gt; &#187;, comme le formule le philosophe Baptiste Morizot &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cela implique de se d&#233;faire de nos pr&#233;jug&#233;s et de d&#233;velopper des sch&#233;mas de pens&#233;e permettant le d&#233;veloppement de relations politiques avec les animaux. Pour cela, il faut r&#233;&#233;valuer en profondeur notre place dans les &#233;cosyst&#232;mes. L'humain est un mammif&#232;re qui ne survit pas sans air respirable, sans ressources comestibles ni eau potable. Cette appartenance au monde vivant marque une interd&#233;pendance et devrait en toute logique instaurer un int&#233;r&#234;t commun &#224; pr&#233;server les conditions de vie sur Terre. Elle pourrait m&#234;me refonder l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, notion cl&#233; du droit public fran&#231;ais qui d&#233;signe la finalit&#233; d'institutions cens&#233;es servir une population consid&#233;r&#233;e &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire non seulement les &#234;tres humains mais aussi les autres animaux, les v&#233;g&#233;taux, microbes et champignons. Sans parler des virus qui nous ont douloureusement rappel&#233; qu'il faut composer avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Avec la nature contre ceux qui l'effondrent &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce constat nous invite en premier lieu &#224; &#233;carquiller les yeux. Car de l'&#233;merveillement na&#238;t aussi la force de se battre. L'&#233;crivain William Morris a ainsi &#233;tabli dans son texte &lt;i&gt;L'Art en ploutocratie&lt;/i&gt; (1883) la puissance d'&#233;mancipation du sentiment esth&#233;tique. Sa conviction : &#171; &lt;i&gt;Il n'existe rien de ce qui participe &#224; notre environnement qui ne soit beau ou laid, qui ne nous ennoblisse ou nous avilisse.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi il appelait &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;tendre le sens du mot art jusqu'&#224; englober la configuration de tous les aspects ext&#233;rieurs de notre vie&lt;/i&gt; &#187;. Dans cette optique, certains proposent de constituer des r&#233;serves sauvages &#8211; &#224; l'image de l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). D'autres sugg&#232;rent d'inventer de nouveaux m&#233;canismes de pr&#233;servation de la nature, sans pour autant gommer son alt&#233;rit&#233; &#8211; ce que porte notamment la philosophe de l'environnement Virginie Maris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre peut-on &#233;galement &#233;chafauder de nouvelles alliances, comme le proposent L&#233;na Balaud et Antoine Chopot dans leur livre &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; (2021), afin d'&#171; &lt;i&gt;agir avec la nature contre ceux qui l'effondrent&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, aux jardins populaires autog&#233;r&#233;s des Va&#238;tes &#224; Besan&#231;on, c'est le tr&#232;s f&#233;ministe crapaudalyte (dit &#171; accoucheur &#187;) qui a permis de ralentir les travaux d'un &#233;coquartier mena&#231;ant de d&#233;truire 35 hectares de terre. En 2019, la finale du championnat de France de jet-ski a &#233;t&#233; stopp&#233;e en Corse par des dauphins qui, non contents de saboter la course de moteurs bruyants et polluants, se sont amus&#233;s en sautant entre les engins &#224; l'arr&#234;t. Dans le ciel de Paris, des go&#233;lands ont attaqu&#233; les drones de la Pr&#233;fecture de police pendant un acte des Gilets jaunes. Formellement, ils ne s'en prenaient pas aux drones : ils prot&#233;geaient leurs &#339;ufs. Mais la symbolique reste puissante : les activistes, qu'ils luttent pour la justice sociale ou pour le climat et la biodiversit&#233;, ne font rien d'autre que prot&#233;ger, eux aussi, la possibilit&#233; d'un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, tout nous presse &#224; sortir de l'anthropocentrisme et &#224; repenser les fronti&#232;res entre le sauvage et le domestique. Toutes les fronti&#232;res. Ce n'est pas un hasard si la droite et les n&#233;o fascistes utilisent le terme d'ensauvagement pour d&#233;signer les violences urbaines et condamner les migrations. Tracer des fronti&#232;res entre sauvage et civilis&#233;, domestiquer et cr&#233;er des hi&#233;rarchies entre &#171; races &#187;, c'est toute l'histoire de la colonisation. Et tout ce qu'il faut d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des rencontres et frottement in&#233;dits &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;construction n&#233;cessite une certaine facult&#233; d'empathie, puisqu'elle impose de comprendre les sentiments et &#233;motions d'un autre individu. De se mettre &#224; sa place. La fiction peut nous y aider en permettant des rencontres et frottements in&#233;dits, en transposant les corps, affranchis des contraintes mat&#233;rielles de la vraie vie. Ainsi dans &lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses &lt;/i&gt;(2020), roman de Camille Brunel, une &#233;pid&#233;mie transforme les humains en animaux, sans distinction. On voit surgir des c&#233;tac&#233;s, bonobos, rhinoc&#233;ros et pythons qui sont autant d'amis, d'enfants, de maris ou de voisins. C'est aussi ce qui arrive &#224;&lt;i&gt; La femme chang&#233;e en renard &lt;/i&gt;(1924) de David Garnett. Dans la campagne anglaise, au passage d'une chasse &#224; courre, le mari de Silvia d&#233;couvre avec stupeur que celle-ci a &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;e en renarde, l'instinct vulpin &#233;clipsant progressivement la part &#171; civilis&#233;e &#187; de Sylvia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux romans, le passage d'une forme &#224; l'autre ne modifie pas fondamentalement la relation qui s'exerce entre humains et &#171; non-humains &#187;. Le fr&#232;re transform&#233; en lapin, comme la femme chang&#233;e en renard, sont tout bonnement devenus lapin et renard. Il n'y a pas &#224; proprement parler d'&#171; &lt;i&gt;&#234;tre de la m&#233;tamorphose&lt;/i&gt; &#187;, au sens o&#249; l'entendent Baptiste Morizot et Nastassja Martin, qui dans leur article &#171; Retour du temps du mythe &#187; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; lire sur le site du journal suisse Issue (13/12/2018).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; d&#233;crivaient ainsi les caract&#233;ristiques de cette entit&#233; hybride : &#171; &lt;i&gt;Son statut n'est pas assignable, et les relations sociales qu'il entretient avec le collectif humain en pr&#233;sence ne sont pas stabilis&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est diff&#233;rente dans &lt;i&gt;L'homme qui savait la langue des serpents&lt;/i&gt; d'Andrus Kivir&#228;hk (2013), fabuleux roman empreint de la mythologie estonienne du XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle o&#249; &#234;tres humains, serpents et ours parlent la m&#234;me langue, dialoguent et vont m&#234;me parfois jusqu'&#224; s'aimer. Pour reprendre les termes des auteurs du &#171; Retour du temps du mythe &#187;, c'est bien &#171; &lt;i&gt;un temps d'avant le temps, dans lequel les &#234;tres sont encore indistincts. Les formes de vies ne sont pas encore s&#233;par&#233;es. Les animaux ne sont pas encore distincts des humains&lt;/i&gt; &#187;. Las, l'arriv&#233;e des colons chr&#233;tiens va bouleverser statuts et relations, menacer la coexistence et teinter les rapports de m&#233;fiance, d'incompr&#233;hension et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; &#234;tre de la m&#233;tamorphose &#187; d'un genre nouveau, qui vient interroger la notion m&#234;me de normalit&#233;, on le trouve &#233;galement dans &lt;i&gt;F&#233;lines &lt;/i&gt;(2019), roman de St&#233;phane Servant. Des jeunes femmes atteintes d'une mutation inconnue voient leur corps se couvrir de poils, leurs sens s'aiguiser et leurs forces d&#233;cupler. Mises au ban de la soci&#233;t&#233;, elles sont nomm&#233;es &#171; &lt;i&gt;obscures&lt;/i&gt; &#187; et trait&#233;es comme inf&#233;rieures. Mais elles conservent leurs singularit&#233;s et leur m&#233;moire. Pour reprendre les termes de l'anthropologue Philippe Descola, si leur &#171; &lt;i&gt;physicalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; s'est modifi&#233;e, elles gardent leur &#171; &lt;i&gt;int&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (&#233;motions, conscience, d&#233;sirs...). On peut interpr&#233;ter la mutation des f&#233;lines comme une r&#233;ponse adaptative aux d&#233;r&#232;glements provoqu&#233;s par l'Anthropoc&#232;ne. En faisant effraction du statut qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;, elles se montrent inassignables. Une m&#233;tamorphose qui ouvre la voie &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier acte des &lt;a href=&#034;https://lessoulevementsdelaterre.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soul&#232;vements de la terre &lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, fin mars 2021, on a vu des femmes-renardes jouer des percussions. Auparavant, on a aussi crois&#233; des cort&#232;ges d&#233;guis&#233;s en animaux pour protester contre les cirques ou les abattoirs. Et des banderoles &#171; &lt;i&gt;Phoque le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187; dans les manifestations pour le climat. Mais au-del&#224; de ces alliances &#233;videntes, l'imaginaire animal peut aussi s'inviter dans les luttes sociales. Inspirer des m&#233;canismes de fuite, de furtivit&#233; &#224; la Damasio &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain, notamment auteur du livre Les Furtifs (2019).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, de camouflage et de terriers comme base arri&#232;re quand il y a besoin de se mettre au vert. Le biomim&#233;tisme, qui consiste &#224; s'inspirer des formes, mati&#232;res, propri&#233;t&#233;s, processus et fonctions du vivant, n'est pas le monopole de l'industrie. &#192; nous de nous en emparer autrement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Corinne Morel Darleux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant &lt;/i&gt;(Wildproject, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; lire sur le site du journal suisse &lt;i&gt;Issue&lt;/i&gt; (13/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &lt;i&gt;&#224; reprendre les terres et &#224; bloquer les industries qui les d&#233;vorent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &#201;crivain, notamment auteur du livre &lt;i&gt;Les Furtifs&lt;/i&gt; (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Armer nos imaginaires</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Armer-nos-imaginaires</link>
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&lt;p&gt;Dans Plut&#244;t Couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce (Libertalia, 2019), Corinne Morel Darleux s'appuyait sur les figures de Pasolini, Bernard Moitessier et Romain Gary pour ouvrir des pistes visant &#224; enrayer le naufrage g&#233;n&#233;ralis&#233;, notamment via le &#171; refus de parvenir &#187;. Ici, elle nous invite &#224; consid&#233;rer et convoquer le pouvoir de l'imaginaire dans le champ politique, tout en se d&#233;fiant de son utilisation par le camp des dominants. L'&#339;uvre de fiction est souvent consid&#233;r&#233;e comme un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no193-decembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;193 (d&#233;cembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Placid" rel="tag"&gt;Placid&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/fiction-1311" rel="tag"&gt;fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Romain-Gary" rel="tag"&gt;Romain Gary&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/fictions" rel="tag"&gt;fictions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-imaginaire" rel="tag"&gt;l'imaginaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Morel-Darleux" rel="tag"&gt;Morel Darleux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/soft-power" rel="tag"&gt;soft power&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/science-fiction" rel="tag"&gt;science-fiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Plut&#244;t Couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce&lt;/i&gt; (Libertalia, 2019), Corinne Morel Darleux s'appuyait sur les figures de Pasolini, Bernard Moitessier et Romain Gary pour ouvrir des pistes visant &#224; enrayer le naufrage g&#233;n&#233;ralis&#233;, notamment via le &#171; refus de parvenir &#187;. Ici, elle nous invite &#224; consid&#233;rer et convoquer le pouvoir de l'imaginaire dans le champ politique, tout en se d&#233;fiant de son utilisation par le camp des dominants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1663.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH671/-1663-d7ce1.jpg?1779678147' width='500' height='671' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Placid
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de fiction est souvent consid&#233;r&#233;e comme un divertissement qui nous permet de nous &#233;vader d'un r&#233;el oppressant, m&#233;diocre ou p&#226;lichon. C'est l'effet &lt;i&gt;bigger than life&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Attention, texte truff&#233; d'anglicismes.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, cet irr&#233;sistible besoin de se projeter dans un r&#233;cit plus grand, qui a si bien servi les religions. C'est aussi parfois simplement un moyen de suspendre le temps et de sortir de l'exigu&#239;t&#233; du quotidien, voire de l'incarc&#233;ration, comme le rappellent les compagnons de camp de travail nazi dans &lt;i&gt;Les Racines du ciel&lt;/i&gt; de Romain Gary en invoquant l'invisible &#171; Mademoiselle &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8212; &lt;i&gt;Vous allez essayer de vous conduire devant elle comme si vous &#233;tiez des hommes. Je dis bien &#8220;comme si&#8221; &#8212; c'est la seule chose qui compte. Vous allez me faire un sacr&#233; effort de propret&#233; et de dignit&#233;, sans &#231;a, je cogne. Elle ne tiendrait pas un jour dans cette atmosph&#232;re puante&lt;/i&gt; [&#8230;].
&lt;i&gt;Il y eut quelques rires rauques, mais tous nous ressentions confus&#233;ment qu'au point o&#249; nous en &#233;tions, s'il n'y avait pas une convention de dignit&#233; quelconque pour nous soutenir, si on ne s'accrochait pas &#224; une fiction, &#224; un mythe, il ne restait plus qu'&#224; se laisser aller, &#224; se soumettre &#224; n'importe quoi et m&#234;me &#224; collaborer. &#187; &lt;/i&gt;(Romain Gary, &lt;i&gt;Les Racines du ciel&lt;/i&gt;, 1956)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fonction est essentielle, mais se cr&#233;er des bulles d'imaginaire n'est qu'un palliatif. Sans basculer dans le didactisme souvent maladroit du roman &#224; th&#232;se, la fiction peut aussi venir nourrir les luttes pour &#233;largir nos horizons, d&#233;cadrer le regard et incarner des probl&#233;matiques. De la &lt;i&gt;cli-fi &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;climate fiction&lt;/i&gt;, abordant le th&#232;me du r&#233;chauffement climatique) au roman social, la litt&#233;rature et le cin&#233;ma peuvent percuter les esprits de mani&#232;re plus charnelle et sanguine que les statistiques d'experts ou les essais universitaires. Parce que nous ne sommes pas uniquement des cerveaux anim&#233;s, il y a urgence &#224; int&#233;grer ce maelstr&#246;m qu'est l'&#234;tre humain dans toutes ses dimensions, en s'adressant &#224; des vies et des &#233;motions au-del&#224; de la seule raison. Quand la fiction se pique de &#171; d&#233;sincarc&#233;rer le futur &#187; ou de tracer de nouvelles trajectoires utopiques, elle peut devenir un renfort &#233;minemment politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fiction reste pourtant m&#233;sestim&#233;e dans la gamme des munitions militantes. En face, d'autres ont en revanche saisi tout le profit qu'ils avaient &#224; en tirer. En 2005, le multimilliardaire Warren Buffett disait : &#171; &lt;i&gt;Il y a une guerre des classes, c'est un fait. Mais c'est ma classe, la classe des riches, qui m&#232;ne cette guerre et qui est en train de la gagner.&lt;/i&gt; &#187; Cette morgue s'applique aussi &#224; la bataille culturelle. Les institutions militaires, &#233;tatiques et autoritaires ont un cran d'avance pour armer l'imaginaire gr&#226;ce au &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire les ressources intangibles &#224; la disposition d'un &#201;tat lui permettant d'affirmer sa supr&#233;matie autrement que par l'usage de la force ou de ses ressources &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'arm&#233;e, via la D&#233;l&#233;gation g&#233;n&#233;rale &#224; l'armement, recrute des auteurs de science-fiction dans une &lt;i&gt;Red Team&lt;/i&gt; dont &#171; &lt;i&gt;l'id&#233;e est d'imaginer le futur &#224; horizon lointain et d'anticiper les futures menaces. Par d&#233;finition, nous sommes prisonniers de notre mental quotidien. Pour percer le mur de l'imaginaire, il faut faire appel &#224; des personnes qui pensent en dehors du cadre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : les auteurs de science-fiction sont de ceux-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Chiva, directeur de l'Agence d'innovation de d&#233;fense, cit&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; Dans le m&#234;me registre, le soutien officiel de la Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; ext&#233;rieure (DGSE) &#224; la s&#233;rie &lt;i&gt;Le Bureau des l&#233;gendes&lt;/i&gt; vise &#224; redorer le blason des espions, bien d&#233;fra&#238;chi entre le d&#233;sastre du &lt;i&gt;Rainbow Warrior&lt;/i&gt; et les pitreries d'OSS 117. Et &#231;a fonctionne : depuis la premi&#232;re saison en 2015, les candidatures spontan&#233;es d'agents secrets en herbe auraient augment&#233; de 450 %. La Chine investit elle aussi dans la science-fiction et incite ses &#233;coliers &#224; regarder des films con&#231;us pour diffuser la puissance technologique du pays et rendre acceptables les exp&#233;riences de cr&#233;dit social ou l'entretien de la flotte a&#233;ronautique charg&#233;e d'ensemencer les nuages&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces exemples de fictions encadr&#233;es par l'institution, il ne s'agit pas tant de d&#233;velopper l'imaginaire que de le normer et de fa&#231;onner une certaine perception du r&#233;el. L'objectif est d'influencer ce que nous appelons normalit&#233; &#171; &lt;i&gt;et qui n'est rien d'autre que le d&#233;lire accept&#233; de notre relation au monde&lt;/i&gt; &#187; selon l'&#233;crivain Juan Jos&#233; Saer&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Postface &#224; l'&#233;dition de 2020 de son roman Les Nuages, &#233;ditions du Tripode.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Les ressorts du &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt; s'appuient en effet sur le fonctionnement du cerveau : celui-ci, contrairement &#224; ce qu'on croit, ne se contente pas de ce qu'il a sous les yeux &#8211; Lionel Naccache parle de &#171; &lt;i&gt;l'illusion de compl&#233;tude visuelle&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans un article de Charles Perragin pour Philosophie magazine mis en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#8211; mais se nourrit aussi de bribes de fictions pour reconstituer le r&#233;el. Nous passons en fait notre temps &#224; combiner perception et imagination, &#224; assembler de petits morceaux d'observation directe, de r&#234;ves imaginaires et de souvenirs tronqu&#233;s pour se cr&#233;er le nid qui va constituer notre id&#233;e du monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Prendre des p'tits bouts d'trucs et puis les assembler ensemble. Et &#233;couter l'r&#233;sultat tranquille, dans ma chambre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Stupeflip, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=zU97FbKVH_c&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Menuiserie&lt;/a&gt; &#187;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc tout int&#233;r&#234;t &#224; nourrir ces cerveaux affam&#233;s de morceaux d'utopies, de r&#233;sistance et d'alternatives. Pas pour se raconter des contes de f&#233;es, mais pour recaler notre perception de la normalit&#233; qui a une f&#226;cheuse tendance &#224; se d&#233;grader. L' &#171; amn&#233;sie environnementale &#187;, par exemple, nous fait oublier que la biodiversit&#233; fantasm&#233;e de notre enfance &#233;tait d&#233;j&#224; en moins bon &#233;tat que celle des g&#233;n&#233;rations pass&#233;es. La succession de catastrophes, de r&#233;gressions sociales et de mesures liberticides fait petit &#224; petit glisser la &#171; normalit&#233; &#187; vers des situations qui auraient &#233;t&#233; inacceptables il y a encore quelques ann&#233;es. Dans cette bataille culturelle, la fiction peut nous aider &#224; faire bouger &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; &#171; fen&#234;tre d'Overton &#187;, c'est-&#224;-dire l'&#233;ventail de mesures consid&#233;r&#233;es comme acceptables par l'opinion publique. L&#224; encore, certains l'ont bien compris, comme en t&#233;moigne le &#171; pas de deux &#187; du Medef et du gouvernement. Les fameux &#171; ballons d'essai &#187;, les sorties pol&#233;miques comme celle de Geoffroy Roux de B&#233;zieux affirmant en pleine pand&#233;mie qu'il &#171; &lt;i&gt;faudra bien se poser t&#244;t ou tard la question du temps de travail&lt;/i&gt; &#8203; &#187;, n'ont en r&#233;alit&#233; qu'un seul but : faire appara&#238;tre, en comparaison, les d&#233;clarations d'Emmanuel Macron comme justes et pond&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans sombrer dans ces travers manipulatoires, nous pouvons nous aussi recourir &#224; la fiction pour teinter la &lt;i&gt;social mood&lt;/i&gt; d'entraide et d'auto-organisation, plut&#244;t que de gouvernements fascistes et de h&#233;ros guerriers. L' &#187; humeur sociale &#187; ne fait pas tout, certes. Mais elle peut marquer une diff&#233;rence le jour o&#249; les choses tournent vraiment &#224; l'orage. Et l'on ne pourra pas se reposer sur les dystopies d'Aldous Huxley et George Orwell jusqu'&#224; la fin des temps, &#224; se r&#233;p&#233;ter combien ils &#233;taient visionnaires et combien on est mal. Il va falloir s'inventer de nouvelles utopies, trouver des moyens de s'en sortir ou au moins de cesser de nuire. Disposer de fictions peut nous y aider, d'autant mieux qu'elles sont articul&#233;es aux constructions collectives d'utopies qui s'organisent &#171; ici et maintenant &#187;, ce &lt;i&gt;now-here&lt;/i&gt; anagramme selon Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'est-ce que la philosophie ? (&#233;d. de Minuit, 1991), cit&#233; par &#201;douard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; de l'&lt;i&gt;Erewhon&lt;/i&gt; donnant son nom au roman de Samuel Butler. Parce que ce que nous vivons n'est pas uniquement une &#171; crise de la sensibilit&#233; &#187; mais aussi le fruit pourri des rapports de domination, la fiction, si elle veut produire un &lt;i&gt;albedo&lt;/i&gt; politique &#8211; c'est-&#224;-dire avoir un impact en termes de capacit&#233; &#224; faire r&#233;flexion et &#224; diffuser la lumi&#232;re &#8211; doit nourrir une culture de r&#233;sistance, faire &#171; friction &#187;. Dit autrement, &lt;i&gt;La Servante &#233;carlate &lt;/i&gt;de Margaret Atwood n'a pas fait plus pour la condition des femmes que le mouvement #MeToo, ni &lt;i&gt;Le Dernier Rivage&lt;/i&gt; de Stanley Kramer pour la lutte antinucl&#233;aire que les mobilisations contre le r&#233;acteur SuperPh&#233;nix... Mais sans ces renforts de la fiction, qui sait ce qu'il serait advenu ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Corinne Morel Darleux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Reprendre pied&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir politique de l'imaginaire ? Corinne Morel Darleux l'&#233;voquait d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce&lt;/i&gt;. Extrait : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans une soci&#233;t&#233; en perte de rep&#232;res, o&#249; le superflu a pris le pas sur le n&#233;cessaire, o&#249; l'on confond plaisirs et bonheur, o&#249; l'on commente plus qu'on agit, &#233;merge le besoin d'un nouvel ordre imaginaire, d'un r&#233;cit collectif qui nous aide &#224; ne pas d&#233;sesp&#233;rer et &#224; reprendre pied. Pas pour se raconter de belles histoires qui d&#233;tournent des efforts &#224; faire, mais pour fournir &#224; la r&#233;sistance une culture de r&#233;sistance. Nous avons aujourd'hui besoin d'un nouveau saut culturel. Si la science a fait sa part d'alerte, l'art et la culture peuvent encore l'amplifier. Ils fa&#231;onnent la soci&#233;t&#233;, &#224; la mani&#232;re d'un &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt;. Ainsi, la science-fiction des ann&#233;es 1940-1950 a largement irrigu&#233; l'imaginaire de cette p&#233;riode. J'aime imaginer qu'elle a contribu&#233; &#224; la cr&#233;ation en 1972 &lt;i&gt;[du journal &#233;cologiste radical] La Gueule ouverte&lt;/i&gt;, la m&#234;me ann&#233;e que le rapport du Club de Rome, et plus globalement particip&#233; &#224; la prise de conscience des risques climatiques et technologiques. Peut-&#234;tre plus s&#251;rement d'ailleurs par une g&#233;n&#233;ration de lecteurs-spectateurs plong&#233;s dans leurs dystopies et autres voyages temporels que par des arguments rationnels et polic&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1665.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH824/-1665-8891e.jpg?1779678147' width='500' height='824' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Attention, texte truff&#233; d'anglicismes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Emmanuel Chiva, directeur de l'Agence d'innovation de d&#233;fense, cit&#233; par David Servenay dans &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/310820/l-armee-francaise-l-assaut-de-nos-imaginaires?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'arm&#233;e fran&#231;aise &#224; l'assaut de nos imaginaires&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;La Revue du crieur &lt;/i&gt;n&#176; 16. On peut lire ce texte sur &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (31/08/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Postface &#224; l'&#233;dition de 2020 de son roman &lt;i&gt;Les Nuages&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Tripode.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233; dans un article de Charles Perragin pour &lt;i&gt;Philosophie magazine&lt;/i&gt; mis en ligne le l5 octobre 2020, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.philomag.com/articles/le-cinema-interieur-par-lionel-naccache&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Le Cin&#233;ma int&#233;rieur&#8221;, par Lionel Naccache&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; (&#233;d. de Minuit, 1991), cit&#233; par &#201;douard Jourdain dans &#171; &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/la-part-anarchiste-des-communs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La part anarchiste des communs&lt;/a&gt; &#187;, un article de &lt;i&gt;Ballast&lt;/i&gt; mis en ligne le 17 janvier 2020.&lt;/p&gt;
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