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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Du S&#233;n&#233;gal aux Canaries : &#171; Quand la mer s'agite &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Du-Senegal-aux-Canaries-Quand-la</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fall Amzer</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;S&#233;n&#233;galais, Djiby Sy a pris la mer le 7 octobre 2020 &#224; Saint-Louis-du-S&#233;n&#233;gal, direction les Canaries, archipel espagnol. Il visait l'Europe, empruntant pour cela une des routes migratoires les plus meurtri&#232;res d'Europe, dont on vous parlait dans &#171; S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance &#187;, article de Fall Amzer publi&#233; dans le num&#233;ro 197 de CQFD (avril 2021). Son r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne &#233;tait seulement cit&#233; dans l'article. Nous vous le livrons ici dans son enti&#232;ret&#233;, &#233;vocation d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;S&#233;n&#233;galais, Djiby Sy a pris la mer le 7 octobre 2020 &#224; Saint-Louis-du-S&#233;n&#233;gal, direction les Canaries, archipel espagnol. Il visait l'Europe, empruntant pour cela une des routes migratoires les plus meurtri&#232;res d'Europe, dont on vous parlait dans &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Senegal-les-pirogues-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance&lt;/a&gt; &#187;, article de Fall Amzer publi&#233; dans le num&#233;ro 197 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (avril 2021). Son r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne &#233;tait seulement cit&#233; dans l'article. Nous vous le livrons ici dans son enti&#232;ret&#233;, &#233;vocation d'une terrible odyss&#233;e o&#249; l'optimisme et le courage gardent le cap.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1800-0596d.jpg?1779628102' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'habitais &#224; Saint-Louis, une ville de p&#234;che du nord du S&#233;n&#233;gal. Les touristes y viennent en nombre pour profiter de ses grandes plages et de ses quartiers de p&#234;cheurs comme Guet Ndar, Santhiaba, Goxu Mbacc. Mais moi, je ne ne connais pas la mer : je ne suis jamais entr&#233; dans la mer, je n'ai jamais travaill&#233; comme p&#234;cheur. Alors c'&#233;tait un peu compliqu&#233; pour moi, le fait d'entrer dans la mer, de manger &#224; l'int&#233;rieur de la mer, de dormir dans la mer, de pisser dans la mer ! C'est ce qui m'a &#233;tonn&#233; dans un premier temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris le d&#233;part depuis Saint-Louis. L&#224;-bas, il y a la mer et la rivi&#232;re. Il fallait donc d'abord traverser la rivi&#232;re en pirogue pour se rendre &#224; Ndiago, un village de p&#234;cheurs &#224; la fronti&#232;re avec la Mauritanie. &#199;a m'a co&#251;t&#233; presque 5 000 francs CFA&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le taux de change est d'environ 655 francs CFA pour 1 euro (cent francs CFA (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ensuite, pour la m&#234;me somme, j'ai embarqu&#233; dans une deuxi&#232;me pirogue charg&#233;e de m'amener jusqu'au port o&#249; on embarque. L&#224;-bas, j'ai pay&#233; 30 000 FCFA&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Environ 45 euros, donc.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le chauffeur m'a dit qu'il fallait attendre la mar&#233;e basse du lendemain. Au matin, on a roul&#233; pendant quatre ou cinq heures jusqu'en Mauritanie. C'&#233;tait un vendredi. J'&#233;tais cens&#233; partir le dimanche, mais il y avait trop de vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la m&#233;t&#233;o a tard&#233; &#224; s'am&#233;liorer, au final je suis rest&#233; dix-sept jours sur place, jusqu'&#224; ce que le temps redevienne favorable. Ensuite, on m'a mis dans un taxi avec quelques gars et on est all&#233;s au point de d&#233;part. Sur place, la police patrouillait, si bien qu'on a d&#251; se cacher sous les arbres. Apr&#232;s deux ou trois heures, les agents sont repartis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s minuit, on a commenc&#233; &#224; charger les bagages dans une petite pirogue : les bidons d'essence, les sacs de riz et les sac de bonbons, toute notre nourriture. Puis elle a fait des allers-retours pour les emmener sur une grande pirogue stationn&#233;e au large. &#199;a a pris plusieurs heures. Apr&#232;s &#231;a a &#233;t&#233; le tour des passagers, huit par huit. C'&#233;tait la nuit et la mer &#233;tait agit&#233;e, donc tr&#232;s difficile. Enfin, on a embarqu&#233; les deux moteurs &#224; bord, suivis des capitaines et des derni&#232;res personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En mer &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a pris du temps, mais les moteurs ont finalement d&#233;marr&#233; et on a commenc&#233; &#224; avancer. Sauf que les capitaines disaient que le moteur n'&#233;tait pas bon, qu'on ne pouvait pas partir comme &#231;a, qu'on risquait de p&#233;rir au large au moindre probl&#232;me. C'est l&#224; qu'un des capitaines a appel&#233; le propri&#233;taire de la pirogue, pour lui dire qu'il fallait &#233;changer ce moteur. On &#233;tait d&#233;j&#224; loin de la c&#244;te mais on s'est arr&#234;t&#233; l&#224; et on a jet&#233; l'ancre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pass&#233; toute la journ&#233;e &#224; attendre &#224; l'int&#233;rieur de la mer, parce que le propri&#233;taire de la pirogue a dit qu'il nous donnerait le moteur le soir, au bord de la plage. Autre probl&#232;me : deux barres de la pirogue, qui permettent de la man&#339;uvrer, &#233;taient cass&#233;es. Finalement, c'est seulement le lendemain soir qu'on a pu avoir un autre moteur. Plusieurs autres capitaines sont aussi mont&#233;s &#224; bord, des p&#234;cheurs de Dakar, qui connaissent bien la mer. En tout, on avait d&#233;sormais sept capitaines qui allaient se relayer pour man&#339;uvrer la pirogue jusqu'en Espagne. Chacun avait son programme : &#224; la barre quatre heures de temps, puis un autre prenait la rel&#232;ve. On a aussi remplac&#233; les deux barres cass&#233;es. Pour &#234;tre pr&#234;ts, on a encore pass&#233; deux jours &#224; proximit&#233; des c&#244;tes. Et c'est un mardi soir, &#224; minuit, qu'on a pris la direction de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vis&#233; au large pour que les contr&#244;leurs ne nous captent pas. Dans ce que les p&#234;cheurs appellent route internationale&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; dire les eaux internationales.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, l&#224; o&#249; passent les grands bateaux et les tankers. On a couru pendant deux jours, en longeant toute la Mauritanie jusqu'&#224; Nouadhibou. C'est l&#224; que l'agitation a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens ont commenc&#233; &#224; avoir le mal de mer et &#224; vomir. Moi je n'ai pas eu ce probl&#232;me, m&#234;me si je n'avais pas l'habitude de naviguer. &#192; un moment, j'ai vu des dauphins qui sautaient et ont accompagn&#233; la pirogue durant plusieurs kilom&#232;tres ! Et c'est apr&#232;s leur d&#233;part que j'ai commenc&#233; &#224; comprendre que j'avais pris un tr&#232;s grand risque, et que si on avait un probl&#232;me, m&#234;me petit, on risquait tous de mourir. Heureusement, avec un peu de croyance, et du courage, Dieu nous a aid&#233;s &#224; atterrir ici en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours et quatre nuits apr&#232;s le d&#233;part, vers trois heures du matin, on a vu de grandes montagnes. On ne savait pas si c'&#233;tait l'Espagne, et si oui &#224; quelle &#238;le elles appartenaient. Mais le GPS des capitaines nous l'assurait : on &#233;tait arriv&#233;s en Espagne. Les gens ont commenc&#233; &#224; crier &#8220;&lt;i&gt;Ouais, on est BOZA, on est BOZA !!!&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Boza &#187; est un mot utilis&#233; lors des arriv&#233;es de bateaux de migrants en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Il faut s'imaginer : moi j'&#233;tais rest&#233; deux jours sans manger ni boire, parce que tous les vivres &#233;taient finis. Et je n'arrivais pas &#224; croire que c'&#233;tait l'Espagne. Des personnes voulaient aller &#224; terre, mais un des capitaines a dit : &#8220;&lt;i&gt;Attendez, vous voyez les lumi&#232;res rouge, l&#224;, &#231;a montre un danger. On ne prend pas de risque, on ne sait pas ce qui se passe au bord de la plage. Est-ce qu'il y a pas des grandes pierres ou bien quelque chose qu'on ne conna&#238;t pas ? Je veux qu'on jette l'ancre et qu'on s'arr&#234;te ici ce soir, et demain on verra ce qu'on fera.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un autre capitaine a commenc&#233; &#224; faire de grands gestes avec sa lampe torche. Au bout d'une trentaine de minutes, on a vu la marine arriver. Ils voulaient savoir s'il y avait des malades ou des morts. Finalement on les a suivis jusqu'&#224; un port. Puis des gens ont attach&#233; notre pirogue et nous ont dit de laisser tous nos bagages dedans. L&#224; on savait qu'on &#233;tait arriv&#233;s en Espagne, malgr&#233; toute la pression et la fatigue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Aux Canaries&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma situation aux Canaries est &#224; la fois simple et compliqu&#233;e. Quand je suis arriv&#233;, j'ai pass&#233; soixante-douze heures au commissariat. Au-del&#224;, ils n'ont pas le droit de nous retenir. On devait discuter avec un avocat, puis aller au tribunal. Au tribunal, on nous a appel&#233; avec une traductrice. J'ai demand&#233; l'asile, mais l'avocat m'a dit que ce serait le procureur qui prendrait la d&#233;cision. Heureusement, il nous a acquitt&#233;s et la Croix-Rouge nous a amen&#233;s ici, dans un h&#244;tel &#224; Puerto-de-la-Cruz&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'&#238;le de Tenerife.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Je fais les d&#233;marches pour ma demande d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre souhait c'est juste de vivre ici tranquillement. On voudrait que tout se passe bien dans notre s&#233;jour, au travail aussi, dans les mani&#232;res les plus solennelles, les plus l&#233;gales. En tant que S&#233;n&#233;galais, on veut rester ici, mais on ne sait pas par quel chemin passer. Si on n'a pas de chance et qu'on se fait expulser, ce ne sera pas la fin du monde. Mais ce serait tr&#232;s difficile de devoir faire demi-tour. Hier, des Gambiens et des Maliens sont sortis de l'h&#244;tel. Mais le probl&#232;me c'est que les S&#233;n&#233;galais ne peuvent pas sortir. C'est un probl&#232;me de diplomatie, du jour au lendemain, on peut se faire expulser&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Djiby fait r&#233;f&#233;rence ici aux accords de rapatriement sign&#233;s entre l'Espagne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation compliqu&#233;e, il y a aussi des gens qui nous aident. &#192; chaque fois je dis au personnel de la Croix-Rouge : &#8220;&lt;i&gt;Vous avez fait de votre mieux pour nous, vous nous avez donn&#233; une chambre pour dormir, vous nous avez donn&#233; de quoi manger, du matin, du soir et de la nuit, vous nous donnez des habits et des chaussures, vous faites tout ce que vous pouvez faire.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit fr&#232;re qui &#233;tait dans ma chambre est parti hier &#224; Madrid. D'un c&#244;t&#233; j'&#233;tais triste quand je l'ai vu prendre ses bagages et sortir de l'h&#244;tel pour aller &#224; Madrid. Mais quand m&#234;me, tu te dis que c'est le destin qui trace, c'est pas grave. Je lui ai souhait&#233; bon voyage. On s'est parl&#233; au t&#233;l&#233;phone ce matin et il m'a racont&#233; des choses que je voulais &#233;norm&#233;ment vivre : comment se passait l'avion et l'atterrissage, comment &#233;tait l'a&#233;roport de Madrid...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a me rend vraiment triste quand je parle de &#231;a. C'est tellement dur. Mais &#231;a m'a fait du bien d'en parler, de sortir ce qui est en moi, de me soulager sur des faits qui &#233;taient tr&#232;s durs pour moi. Je n'oublierai jamais parce que c'est un &#233;norme moment de combat dans ma vie, franchement parl&#233;. &#187; &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mise &#224; jour au 15/06/2021 &#8211;&lt;/strong&gt; Apr&#232;s sept mois &#224; Tenerife, entre h&#244;tels et campement de fortune, Djiby Sy a enfin &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; vers l'Espagne continentale &#8211; une nouvelle &#233;tape sur la route de l'exil. Bon vent &#224; lui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le taux de change est d'environ 655 francs CFA pour 1 euro (cent francs CFA valaient un franc fran&#231;ais). Ici, la somme &#233;voqu&#233;e est d'un peu moins de huit euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Environ 45 euros, donc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est &#224; dire les eaux internationales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Boza &#187; est un mot utilis&#233; lors des arriv&#233;es de bateaux de migrants en Europe &#8211; il signifie &#171; victoire &#187; en bambara.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur l'&#238;le de Tenerife.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Djiby fait r&#233;f&#233;rence ici aux accords de rapatriement sign&#233;s entre l'Espagne et le S&#233;n&#233;gal. Ils permettent &#224; l'Espagne d'expulser les ressortissants s&#233;n&#233;galais, sans qu'ils puissent demander l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance</title>
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		<dc:subject>S&#233;n&#233;gal</dc:subject>
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		<dc:subject>p&#234;che</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;but mars, des r&#233;voltes populaires d'une ampleur in&#233;dite ont secou&#233; le S&#233;n&#233;gal. Aux origines profondes de cette col&#232;re, une situation sociale et &#233;conomique catastrophique, empir&#233;e par la pand&#233;mie. C'est cette m&#234;me pr&#233;carit&#233; doubl&#233;e d'un avenir obstin&#233;ment bouch&#233; qui pousse de nombreux jeunes &#224; prendre la mer en direction de l'Europe, par les Canaries. Un p&#233;riple trop souvent meurtrier. Des militants et voyageurs s&#233;n&#233;galais nous ont parl&#233; de cette route atlantique, de ses dangers, et de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but mars, des r&#233;voltes populaires d'une ampleur in&#233;dite ont secou&#233; le S&#233;n&#233;gal. Aux origines profondes de cette col&#232;re, une situation sociale et &#233;conomique catastrophique, empir&#233;e par la pand&#233;mie. C'est cette m&#234;me pr&#233;carit&#233; doubl&#233;e d'un avenir obstin&#233;ment bouch&#233; qui pousse de nombreux jeunes &#224; prendre la mer en direction de l'Europe, par les Canaries. Un p&#233;riple trop souvent meurtrier. Des militants et voyageurs s&#233;n&#233;galais nous ont parl&#233; de cette route atlantique, de ses dangers, et de ce qui pousse tant de personnes &#224; braver la mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1752.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1752-d31f4.jpg?1780142876' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carte sign&#233;e Fall Amzer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois les c&#244;tes du S&#233;n&#233;gal connaissent une forte vague de d&#233;parts. Celles et ceux qui embarquent tentent de rejoindre les &#238;les Canaries, au large du Maroc, premier bout de terre europ&#233;en &#224; port&#233;e de pirogue. Au cours du mois d'octobre dernier, des milliers de personnes ont pris la mer et pr&#232;s de 480 ont perdu la vie dans une terrible s&#233;rie de naufrages. &#192; l'origine de l'h&#233;catombe ? La fermeture des fronti&#232;res europ&#233;ennes, qui pousse les voyageurs &#224; emprunter des routes toujours plus longues et p&#233;rilleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait connu et document&#233; : les routes migratoires se modifient sans cesse en fonction des situations politiques des pays concern&#233;s, qu'ils soient de d&#233;part, de transit ou d'arriv&#233;e. Elles &#233;voluent aussi selon les politiques r&#233;pressives d&#233;ploy&#233;es par les &#201;tats pour verrouiller leurs fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route atlantique vers les Canaries, elle, n'est pas nouvelle. Emprunt&#233;e depuis des si&#232;cles, elle a connu son apog&#233;e durant la crise des &lt;i&gt;cayucos &lt;/i&gt;(pirogues), entre 2006 et 2008, durant laquelle pr&#232;s de 40 000 personnes en provenance des c&#244;tes d'Afrique de l'Ouest ont d&#233;barqu&#233; sur l'archipel. D&#233;laiss&#233;e une d&#233;cennie durant, elle est redevenue tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e au vu des difficult&#233;s &#224; entrer en Europe par d'autres voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2018, l'enfer v&#233;cu par les centaines de milliers de personnes bloqu&#233;es en Libye, la dangerosit&#233; grandissante de la travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e centrale et les &lt;i&gt;pushbacks &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Refoulements ill&#233;gaux de personnes ayant franchi la fronti&#232;re, sans leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; incessants des garde-c&#244;tes grecs en mer &#201;g&#233;e avaient amen&#233; &#224; relancer la fr&#233;quentation de la route de Gilbraltar, entre le Maroc et l'Espagne. Cela n'a pas dur&#233;. En quelques ann&#233;es, la surveillance des c&#244;tes marocaines s'est fortement renforc&#233;e, rendant le passage du d&#233;troit presque impossible. Les travers&#233;es se sont alors d&#233;localis&#233;es, prenant comme point de d&#233;part le sud du Maroc et le Sahara occidental &lt;i&gt;[voir encadr&#233;]&lt;/i&gt;, direction les Canaries. Derni&#232;rement, le harc&#232;lement policier permanent v&#233;cu par les Subsaharien&#183;nes au Maroc et la fermeture des fronti&#232;res terrestres suite &#224; la crise du Covid ont repouss&#233; les zones de d&#233;parts encore plus au sud : beaucoup se font d&#233;sormais directement des c&#244;tes mauritaniennes et s&#233;n&#233;galaises.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;1 500 kilom&#232;tres en pirogue &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pouvant durer jusqu'&#224; dix jours, les travers&#233;es se font &#224; bord de grandes pirogues en bois habituellement utilis&#233;es pour la p&#234;che artisanale. Bien que g&#233;n&#233;ralement pilot&#233;es par des marins aguerris, elles ne font pas toujours le poids face &#224; l'oc&#233;an. Les voyageurs sont majoritairement s&#233;n&#233;galais, entour&#233;s parfois de ressortissants des pays voisins. Les &#233;quipages partent sans t&#233;l&#233;phone satellite, avec des r&#233;serves d'eau et de nourriture souvent insuffisantes. En outre, beaucoup de ceux qui embarquent ne connaissent pas la mer. C'est le cas de Djiby Sy, qui nous a livr&#233; le r&#233;cit de sa travers&#233;e&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien &#224; retrouver en int&#233;gralit&#233; courant avril sur le site de CQFD.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;J'habitais &#224; Saint-Louis, une ville de p&#234;che du nord du S&#233;n&#233;gal. Mais je suis quelqu'un qui ne conna&#238;t pas la mer. Alors c'&#233;tait un peu compliqu&#233; pour moi, le fait d'entrer dans la mer, de manger &#224; l'int&#233;rieur de la mer, de dormir dans la mer, pisser dans la mer ! C'est ce qui m'a &#233;tonn&#233; dans un premier temps. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre pirogue avait trois capitaines, des grands p&#234;cheurs de Dakar, &lt;/i&gt;poursuit Djiby Sy. &lt;i&gt;Quand on a pris le d&#233;part, on a vis&#233; au large pour que les contr&#244;leurs ne nous captent pas. La mer a commenc&#233; &#224; s'agiter et les gens &#224; vomir. Et puis, j'ai vu des dauphins qui sautaient et ont accompagn&#233; la pirogue sur plusieurs kilom&#232;tres ! Apr&#232;s leur d&#233;part, j'ai commenc&#233; &#224; comprendre que j'avais pris un tr&#232;s grand risque, et que si on avait un probl&#232;me, m&#234;me petit, on risquait tous de mourir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Canaries se trouvent &#224; plus de 1 500 kilom&#232;tres des c&#244;tes s&#233;n&#233;galaises. Sur cette distance, les risques d'avarie ou de se perdre sont effectivement importants, sachant que ni le S&#233;n&#233;gal ni la Mauritanie ne disposent d'organismes de secours en mer. Quant &#224; la zone d&#233;volue aux sauveteurs espagnols, elle est immense : plus d'un million et demi de kilom&#232;tres carr&#233;s. L'organisme civil Salvamento Mar&#237;timo fait son possible pour r&#233;pondre aux situations de d&#233;tresse dans ce p&#233;rim&#232;tre, mais d&#233;nonce une baisse continue de ses moyens, qui entrave sa capacit&#233; de sauvetage. Dans ces conditions, certains bateaux disparaissent purement et simplement dans l'oc&#233;an avec leurs occupant&#183;es. Il est impossible de quantifier le nombre de ces naufrages invisibles, mais Alarm Phone&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis 2014, le r&#233;seau Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; estime qu'une personne sur douze perdrait la vie sur cette route.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Braver la mort par d&#233;sespoir &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les dangers de ce p&#233;riple sont connus de celles et ceux qui partent, mais ne les d&#233;couragent pas pour autant. Selon Saliou Diouf, membre du r&#233;seau Alarm Phone et fondateur de l'association Boza Fii&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boza Fii &#8211; &#171; R&#233;ussir ici &#187; &#8211; a pour but d'ac&#173;compagner les personnes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, &#171; &lt;i&gt;chaque migrant qui d&#233;cide de partir conna&#238;t quelqu'un qui est rest&#233; dans la mer en essayant de rallier l'Espagne. Le probl&#232;me c'est qu'ils n'ont pas le choix, parce qu'ici ils meurent &#224; petit feu. &#187;&lt;/i&gt; Dans un pays o&#249; le taux de pauvret&#233; ne fait qu'augmenter, pour des jeunes sans espoir ni d&#233;bouch&#233;s c'est &#171; &lt;i&gt;Bar&#231;a ou &lt;/i&gt;barsakh &#187; &#8211; &#171; Barcelone ou la mort &#187;. Car si certains tentent leur chance dans d'autres pays de la sous-r&#233;gion, ils sont nombreux &#224; r&#234;ver d'Europe. &#171; &lt;i&gt;Cette souffrance que les gens vivent au pays, c'est la m&#234;me que quand ils partent et perdent leur vie dans la mer, &lt;/i&gt;poursuit Saliou Diouf. &lt;i&gt;Donc ils saisissent toute possibilit&#233; de trouver une vie meilleure ailleurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce d&#233;sir de voyager est entrav&#233; par l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der au syst&#232;me des visas. Babacar N'diaye, autre membre d'Alarm Phone, temp&#234;te ainsi contre les &#201;tats europ&#233;ens qui signent des conventions sur la libert&#233; de circulation tout en ne reconnaissant pas cette libert&#233; &#224; la plupart des ressortissants africains. &#171; &lt;i&gt;Quand tu vas &#224; l'ambassade d&#233;poser une demande de visa, tu sais tr&#232;s bien qu'on va te rejeter. C'est aussi pour cela que les jeunes sacrifient leur vie. S'il &#233;tait facile de voyager, ils ne prendraient pas la mer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an, la crise &#233;conomique li&#233;e &#224; la pand&#233;mie joue &#233;galement un r&#244;le dans l'acc&#233;l&#233;ration des d&#233;parts. Dans un pays o&#249; 40 % de la population travaille dans le secteur informel et doit se d&#233;brouiller au jour le jour, les restrictions sanitaires ont rendu la survie encore plus difficile. C'est ce que r&#233;pond Djiby Sy lorsqu'on lui demande ce qui l'a pouss&#233; &#224; partir malgr&#233; les risques : &#171; &lt;i&gt;Au S&#233;n&#233;gal, la vie est tellement pr&#233;caire, que &#231;a nous met une pression de soul&#232;vement. On a tout brav&#233; pour traverser notre destin. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de pr&#233;carit&#233;, les p&#234;cheurs s&#233;n&#233;galais sont en premi&#232;re ligne. Alors que plus de 600 000 habitant&#183;es du pays vivent de la p&#234;che artisanale, la fili&#232;re est en souffrance : le poisson se fait rare et il devient de plus en plus difficile aux p&#234;cheurs de subvenir aux besoins de leur famille. Si les communaut&#233;s villageoises prennent des initiatives pour se r&#233;approprier leurs territoires de p&#234;che et assurer le renouvellement des esp&#232;ces, ces efforts ne suffisent pas &#224; endiguer l'&#233;puisement progressif des ressources. En cause : des p&#234;cheurs artisanaux trop nombreux, mais surtout le d&#233;veloppement d'une surp&#234;che industrielle frauduleuse, couverte par le minist&#232;re de la P&#234;che. On voit ainsi se multiplier en zone c&#244;ti&#232;re de gros navires &#233;trangers dits &#171; s&#233;n&#233;galis&#233;s &#187;, qui se sont vu accorder une immatriculation dans le pays afin d'obtenir une licence de p&#234;che. Dans un rapport diffus&#233; en novembre 2020, l'ONG Greenpeace d&#233;non&#231;ait l'attribution ill&#233;gale de ces licences &#224; des bateaux provenant notamment de Chine ou de Cor&#233;e du Sud. Les accords octroyant d'importants droits de p&#234;che &#224; l'Union europ&#233;enne (UE) sont &#233;galement montr&#233;s du doigt : 1,7 million d'euros sont ainsi vers&#233;s chaque ann&#233;e au S&#233;n&#233;gal en maigre contrepartie de l'acc&#232;s &#224; ses eaux territoriales. Difficile pour les p&#234;cheurs locaux de faire le poids face &#224; des dirigeants bradant les ressources du pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cynisme d'&#201;tats&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En octobre dernier, alors qu'en une semaine des centaines de S&#233;n&#233;galais&#183;es viennent de perdre la vie en mer, le pr&#233;sident Macky Sall refuse de reconna&#238;tre l'ampleur de la catastrophe, minimisant le nombre de disparu&#183;es et les rendant seul&#183;es responsables de leur destin. D&#233;non&#231;ant le m&#233;pris du gouvernement qu'elles jugent principal responsable de la situation, plusieurs organisations citoyennes s'unissent alors au sein du collectif 480. Pour pallier le silence de l'&#201;tat, elles lancent une journ&#233;e de deuil national sur les r&#233;seaux sociaux le 13 novembre, et appellent &#224; une marche silencieuse &#224; Dakar une semaine plus tard. Saliou Diouf est partie prenante de l'organisation : &#171; &lt;i&gt;Quand il y a eu ces morts, ils ont d'abord d&#233;menti les chiffres, avant de rester dans l'immobilisme, ne tentant m&#234;me pas un dialogue avec la population. Tu ne peux pas avoir 400 morts en une semaine et rester silencieux ! La r&#233;alit&#233; c'est qu'il y a des soul&#232;vements et que &#231;a va exploser. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mars, la situation a fini par d&#233;boucher sur un vaste mouvement de protestation. Si le d&#233;clencheur de la r&#233;volte a &#233;t&#233; l'arrestation de l'opposant politique Ousmane Sonko&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Accus&#233; de viol et menaces de mort, Ousmane Sonko a &#233;t&#233; plac&#233; en garde &#224; vue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, la col&#232;re des manifestants s'est r&#233;v&#233;l&#233;e bien plus profonde. La r&#233;pression a &#233;t&#233; f&#233;roce et les forces de l'ordre n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; tirer sur la foule : entre 10 et 15 personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es et plusieurs centaines bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien des &#233;gards, cette froide r&#233;pression marque l'aboutissement macabre d'une politique d'un cynisme sans borne. Quelques mois plus t&#244;t, l'&#201;tat s&#233;n&#233;galais avait en effet d&#233;cid&#233; de poursuivre certains parents de disparus pour &#171; complicit&#233; de trafic d'&#234;tres humains &#187;. Si ce chef d'accusation n'a finalement pas &#233;t&#233; retenu, plusieurs ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour &#171; mise en danger de la vie d'autrui &#187;. Derri&#232;re cette criminalisation se dessine une collaboration renforc&#233;e avec l'UE, afin d'emp&#234;cher les d&#233;parts. Agence europ&#233;enne des gardes-fronti&#232;res et des gardes-c&#244;tes, Frontex intervient au large des c&#244;tes ouest-africaines dans le cadre de la mission Hera depuis 2006. Si elle ne peut, officiellement, intercepter les navires, l'agence vient en appui aux militaires s&#233;n&#233;galais, charg&#233;s de surveiller les c&#244;tes et refouler les embarcations qui tentent de les quitter. Les forces arm&#233;es accomplissent leur mission avec z&#232;le : le 25 octobre 2020, au large de Dakar, elles n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; &#233;peronner une pirogue qui refusait de s'arr&#234;ter. Bilan de l'op&#233;ration : 41 morts.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Refoul&#233;s aux portes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e aux Canaries n'est qu'un bref soulagement pour les personnes qui d&#233;barquent saines et sauves. Apr&#232;s un voyage incertain et &#233;prouvant, certaines ignorent qu'elles arrivent sur une &#238;le. L'&#201;tat espagnol, fort du soutien de l'UE, met alors tout en &#339;uvre pour emp&#234;cher les arrivant&#183;es de rejoindre le continent, tout en cherchant &#224; multiplier les expulsions. Mal inform&#233;&#183;es de leurs droits et priv&#233;&#183;es de traducteurs, beaucoup d'arrivant&#183;es ne parviennent pas &#224; d&#233;poser une demande d'asile, s'exposant alors &#224; une rapide. Celle et ceux qui y arrivent doivent ensuite patienter de longs mois sans savoir quand ils pourront rejoindre le continent. L'Espagne a &#233;galement r&#233;activ&#233; des accords de &#171; rapatriement &#187; avec le S&#233;n&#233;gal et la Mauritanie, qui permettent d'acc&#233;l&#233;rer le renvoi par avion de leurs ressortissants voire, dans le cas de la Mauritanie, de toutes les personnes soup&#231;onn&#233;es d'avoir transit&#233; par le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2020, 23 023 personnes ont d&#233;barqu&#233; aux Canaries, soit huit fois plus que l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Face &#224; l'augmentation des arriv&#233;es, les autorit&#233;s de l'archipel ont vite &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;es. Cons&#233;quence : les conditions d'accueil des arrivant&#183;es sont extr&#234;mement pr&#233;caires. Sur l'&#238;le de Gran Canaria, un camp a ainsi &#233;t&#233; improvis&#233; sur un quai du port d'Arguinegu&#237;n, dans des conditions qualifi&#233;es d' &#187; &lt;i&gt;inhumaines &#187;&lt;/i&gt; par le maire de la commune. Jusqu'&#224; 2 000 personnes se sont retrouv&#233;es entass&#233;es sur cet espace, surnomm&#233; le &#171; camp de la honte &#187;, avant d'&#234;tre finalement d&#233;mantel&#233; en d&#233;cembre dernier. De nombreuses personnes &#233;taient &#233;galement assign&#233;es &#224; r&#233;sidence dans des h&#244;tels, vides en raison de la crise sanitaire. Mais la situation a provoqu&#233; des tensions avec les habitants et la plupart des &#233;tablissements ont &#233;t&#233; vid&#233;s &#224; l'approche de la saison touristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le manque d'infrastructures d'accueil, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur espagnol refuse de transf&#233;rer les demandeurs d'asile sur le continent, pr&#233;f&#233;rant construire des centres de r&#233;tention et transformer les &#238;les en prisons. Au mois de janvier, 176 migrant&#183;es s&#233;n&#233;galais&#183;es ont entam&#233; une gr&#232;ve de la faim pour protester contre leur situation. Malgr&#233; des entraves toujours plus grandes au droit et &#224; la libert&#233; de circulation, les r&#233;sistances et les luttes grandissent d'un bout &#224; l'autre des chemins de l'exil.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fall Amzer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Focus sur le Sahara occidental&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Sahara occidental est une zone &#233;conomique strat&#233;gique, de par sa proximit&#233; avec l'Atlantique et ses eaux riches en poissons, mais aussi par la quantit&#233; de phosphate pr&#233;sent dans ses sols. Anciennement colonie espagnole, ce territoire a &#233;t&#233; envahi en 1975 par les forces militaires marocaines. Son appartenance &#224; l'&#201;tat marocain n'&#233;tant pas reconnue par l'ONU, il est &#224; ce jour la derni&#232;re colonie d'Afrique qui perdure. Le peuple sahraoui attend toujours l'organisation du r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination pr&#233;vu en 1992. Apr&#232;s vingt-neuf ans de cessez-le-feu, des combats sporadiques entre l'arm&#233;e marocaine et les ind&#233;pendantistes du Front Polisario ont repris fin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les eaux qui bordent le Sahara occidental appartiennent &#224; la zone &#233;conomique exclusive du Maroc &lt;i&gt;[voir carte]&lt;/i&gt;, c'est l'Espagne qui est responsable du secours en mer dans la zone. Cet h&#233;ritage de la colonisation pass&#233;e n'est pas sans cons&#233;quences et les conflits g&#233;opolitiques autour de la d&#233;finition des fronti&#232;res maritimes peuvent mettre en jeu des vies humaines. Ainsi, le 23 d&#233;cembre 2020, un bateau est signal&#233; en d&#233;tresse au large de La&#226;youne, la plus grosse ville du territoire. Les autorit&#233;s espagnoles et marocaines, inform&#233;es, se renvoient la balle pour savoir qui est responsable des secours dans la zone. Au final, aucune op&#233;ration de sauvetage n'est lanc&#233;e. Le bateau fait naufrage et 18 personnes se noient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;parts vers l'Europe se font d&#233;sormais directement du S&#233;n&#233;gal ou de la Mauritanie, mais beaucoup tentent encore leur chance depuis le sud du Maroc et le Sahara occidental. &#192; quatre jours de mer des &#238;les Canaries, ces r&#233;gions sont fr&#233;quent&#233;es par de nombreux Marocain&#183;es et Subsaharien&#183;nes candidat&#183;es &#224; l'exil. Fuyant les pers&#233;cutions au nord du Maroc, ou arrivant par le sud, les Subsahariens sont nombreux &#224; faire une pause &#224; La&#226;youne, esp&#233;rant traverser vers les Canaries. Les conditions de vie y sont tr&#232;s pr&#233;caires et les initiatives de solidarit&#233; souvent r&#233;prim&#233;es par les autorit&#233;s marocaines. Un appel &#224; dons a &#233;t&#233; lanc&#233; pour aider les personnes sur place &#224; payer les loyers et les frais de justice en cas d'arrestation, mais aussi permettre des obs&#232;ques dignes et de pr&#233;venir les familles en cas de d&#233;c&#232;s sur la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour soutenir cet appel : sur &lt;i&gt;HelloAsso.com&lt;/i&gt;, aller &#224; la page &#171; &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/kalliope/collectes/soutenons-les-migrant-e-s-a-laayun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soutenons les migrant.e.s &#224; La&#226;yun&lt;/a&gt; ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Refoulements ill&#233;gaux de personnes ayant franchi la fronti&#232;re, sans leur laisser la possibilit&#233; de demander l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entretien &#224; retrouver en int&#233;gralit&#233; courant avril sur le site de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis 2014, le r&#233;seau Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e, gr&#226;ce &#224; un num&#233;ro joignable 24 h/24. Il fournit &#233;galement un travail de documentation sur les travers&#233;es dans les diff&#233;rentes r&#233;gions m&#233;diterran&#233;ennes et sur la route des Canaries. Lire notamment &#171; Un nombre choquant de morts, mais aussi des luttes grandissantes sur place &#187;, article publi&#233; sur &lt;i&gt;AlarmPhone.org &lt;/i&gt;le 29 janvier dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Boza Fii &#8211; &#171; R&#233;ussir ici &#187; &#8211; a pour but d'ac&#173;compagner les personnes rentrant au S&#233;n&#233;gal apr&#232;s un parcours d'&#233;migration. Qu'il s'agisse d'un retour choisi ou contraint, elle les aide &#224; reconstruire leur vie au pays et lutter contre le sentiment d'&#233;chec. L'association propose &#233;galement d'assister les familles de personnes disparues en mer. Son site : &lt;i&gt;Bozafiisn.org&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Accus&#233; de viol et menaces de mort, Ousmane Sonko a &#233;t&#233; plac&#233; en garde &#224; vue le 3 mars pour &#171; troubles &#224; l'ordre public &#187; et &#171; participation &#224; une manifestation non autoris&#233;e &#187;. Il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; cinq jours plus tard dans l'attente de son proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bras de fer en M&#233;diterran&#233;e</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fall Amzer</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Louise Michel</dc:subject>
		<dc:subject>sauvetage</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;diterran&#233;e centrale</dc:subject>
		<dc:subject>forteresse Europe</dc:subject>
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		<dc:subject>Europe</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans un silence de mort, la M&#233;diterran&#233;e continue de se transformer en cimeti&#232;re. Alors que les candidat&#183;es &#224; l'exil font face &#224; une forteresse aux portes bien gard&#233;es, les bateaux de sauvetage tentent de d&#233;jouer les entraves de l'Europe. Focus sur une bataille navale des plus cyniques, via le premier volet d'un &#233;tat des lieux en deux parties, publi&#233; dans le num&#233;ro 194 de CQFD (janvier 2021). &#171; La criminalisation de la solidarit&#233; trahit la terreur des dirigeants europ&#233;ens face &#224; ce qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Louise-Michel" rel="tag"&gt;Louise Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sauvetage" rel="tag"&gt;sauvetage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mediterranee-centrale" rel="tag"&gt;M&#233;diterran&#233;e centrale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/forteresse-Europe" rel="tag"&gt;forteresse Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/flotte-civile" rel="tag"&gt;flotte civile&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/luttaient-ensemble" rel="tag"&gt;luttaient ensemble&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/bateaux" rel="tag"&gt;bateaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sea-Watch-1219" rel="tag"&gt;Sea-Watch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Europe" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans un silence de mort, la M&#233;diterran&#233;e continue de se transformer en cimeti&#232;re. Alors que les candidat&#183;es &#224; l'exil font face &#224; une forteresse aux portes bien gard&#233;es, les bateaux de sauvetage tentent de d&#233;jouer les entraves de l'Europe. Focus sur une bataille navale des plus cyniques, via le premier volet d'un &#233;tat des lieux en deux parties, publi&#233; dans le num&#233;ro 194 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (janvier 2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3534 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH574/-1687-69cbd.jpg?1779602876' width='400' height='574' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Pole Ka
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La criminalisation de la solidarit&#233; trahit la terreur des dirigeants europ&#233;ens face &#224; ce qui arriverait si leurs citoyens et les migrants luttaient ensemble contre la forteresse Europe. Nous croyons fermement &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt; qu&lt;/i&gt;'un &lt;i&gt;monde diff&#233;rent peut &#234;tre imagin&#233; si nous nous battons les uns aux c&#244;t&#233;s des autres. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;(Citation issue du site de la &lt;i&gt;Iuventa&lt;/i&gt;)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que la forteresse Europe se renforce, une r&#233;pression croissante s'abat sur les exil&#233;&#183;es et leurs soutiens&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment l'article publi&#233; en janvier 2019 dans le CQFD n&#176; 172, &#171; Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. En M&#233;diterran&#233;e centrale, l'ann&#233;e 2017 marque un tournant brutal. Alors qu'ils s'accordaient jusque-l&#224; pour limiter le nombre de morts, les &#201;tats europ&#233;ens se d&#233;sengagent de leur devoir d'assistance aux personnes tentant la travers&#233;e et chargent les &#171; soi-disant &#187; gardes-c&#244;tes libyens et leurs milices d'emp&#234;cher les d&#233;parts par tous les moyens. Le message est clair : celles et ceux qui cherchent &#224; fuir l'enfer ne doivent pas toucher les c&#244;tes europ&#233;ennes. Entre s&#233;questration de navires et poursuites judiciaires, les mesures de r&#233;torsion s'encha&#238;nent pour entraver l'action de la flotte civile qui op&#232;re dans la zone. &#192; bord des bateaux de sauvetage, des &#233;quipages d&#233;termin&#233;s poursuivent pourtant leurs actions contre vents, mar&#233;es et autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;De saisies en s&#233;questrations&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fin ao&#251;t 2020, un nouveau bateau de secours fait une arriv&#233;e remarqu&#233;e en M&#233;diterran&#233;e centrale. Difficile en effet pour le &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt; de passer inaper&#231;u : ancienne vedette des douanes financ&#233;e et d&#233;cor&#233;e par l'artiste Banksy, il est man&#339;uvr&#233; par un &#233;quipage f&#233;ministe et antiraciste qui ne d&#233;pend d'aucune ONG et fonctionne de la mani&#232;re la plus horizontale possible. Alors que les naufrages se sont succ&#233;d&#233;s tout l'&#233;t&#233; dans l'indiff&#233;rence, le &lt;i&gt;Louise Michel &lt;/i&gt;suscite une rare attention m&#233;diatique. Profitant de ce coup de projecteur, l'&#233;quipage rend compte heure par heure de sa premi&#232;re mission de sauvetage. En trois jours, il vient en aide &#224; quatre bateaux en d&#233;tresse et accueille &#224; bord 219 rescap&#233;&#183;es et un cadavre. Surcharg&#233;, le navire n'est alors plus en mesure de man&#339;uvrer, une partie des personnes secourues se trouvant sur des radeaux de survie amarr&#233;s &#224; sa coque. Apr&#232;s avoir d&#233;riv&#233; plus de douze heures dans les eaux maltaises, et tandis que toutes les autorit&#233;s restent sourdes aux appels du &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt;, les rescap&#233;&#183;es sont finalement transf&#233;r&#233;&#183;es sur le&lt;i&gt; Sea-Watch 4&lt;/i&gt;, puis autoris&#233;&#183;es &#224; d&#233;barquer sur un bateau de quarantaine en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette premi&#232;re mission acrobatique, le &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt; reste bloqu&#233; &#224; quai. Il n'est malheureusement pas le seul &#224; avoir &#233;t&#233; immobilis&#233; au cours de l'ann&#233;e. C'est aussi le cas des &lt;i&gt;Sea-Watch 3&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sea-Watch 4&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Alan Kurdi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Aita Mari&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Open Arms&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Mare Jonio&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ocean Viking&lt;/i&gt;, ainsi que des deux avions de reconnaissance rattach&#233;s &#224; l'ONG Sea-Watch, qui composent &#224; ce jour ce qu'on appelle la flotte civile op&#233;rant en M&#233;diterran&#233;e centrale. Ces derniers mois, leur pr&#233;sence dans la zone est devenue pour le moins &#233;pisodique. Si plusieurs navires battant pavillon allemand sont immobilis&#233;s suite &#224; un changement de l&#233;gislation dans leur pays de rattachement, d'autres font l'objet d'attaques plus frontales de la part de Malte et de l'Italie. D&#232;s le d&#233;but de la crise du Covid-19, ces &#201;tats ont ferm&#233; leurs ports pour raisons sanitaires. Depuis, les rares bateaux autoris&#233;s &#224; y d&#233;barquer les personnes secourues ont &#233;t&#233; s&#233;questr&#233;s, sous des pr&#233;textes parfois ubuesques. C'est le cas du &lt;i&gt;Sea-Watch 4&lt;/i&gt;, saisi le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; septembre 2020, apr&#232;s le d&#233;barquement &#224; Palerme (Sicile) d'environ 200 rescap&#233;&#183;es. D'apr&#232;s l'ONG, il aura fallu onze heures d'inspection pour trouver suffisamment d'infractions pour immobiliser le bateau. Parmi celles-ci : un trop grand nombre de gilets de sauvetage &#224; bord... Le &lt;i&gt;Sea-Watch 4 &lt;/i&gt;n'a toujours pas &#233;t&#233; autoris&#233; &#224; reprendre la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de maintenir leur activit&#233;, les navires civils de sauvetage s'adaptent &#224; chaque nouvelle r&#233;glementation, mais les mises aux normes sont longues et les cons&#233;quences dramatiques. Si la pr&#233;sence des bateaux de secours n'a aucune incidence sur le rythme des travers&#233;es, leur absence ne les rend que plus meurtri&#232;res. &#192; rebours des accusations dont ils font l'objet, les bateaux de la flotte civile op&#232;rent dans un cadre l&#233;gal bien d&#233;fini, le sauvetage en mer &#233;tant une r&#232;gle incontestable du droit maritime inscrite dans plusieurs conventions internationales. Ils sont soumis &#224; deux types de l&#233;gislation, celle des pays dans lesquels ils font escale et celle de l'&#201;tat aupr&#232;s duquel ils sont immatricul&#233;s. Les op&#233;rations de secours sont men&#233;es sous les ordres des centres de coordination et de sauvetage (MRCC), et rares sont les initiatives personnelles qui y d&#233;rogent. En 2019, la capitaine du &lt;i&gt;Sea-Watch 3 &lt;/i&gt;Carola Rackete avait ainsi d&#233;cid&#233; de forcer l'entr&#233;e du port de Lampedusa afin d'y d&#233;barquer 42 rescap&#233;&#183;es, apr&#232;s plus de dix jours d'attente en mer dans une tension insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attribution des pavillons peut constituer un autre levier pour paralyser les actions de sauvetage. En 2018, l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; s'est ainsi trouv&#233; au centre d'un jeu politique confinant &#224; l'absurde : Gibraltar lui ayant retir&#233; son pavillon, il parvient &#224; se faire immatriculer au Panama, mais le ministre de l'Int&#233;rieur italien de l'&#233;poque, Matteo Salvini, fait pression sur le gouvernement panam&#233;en en le mena&#231;ant de ne plus accueillir aucun navire de cet &#201;tat en Italie. L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; voit alors son pavillon r&#233;voqu&#233;, et aucun pays ne prendra le relais pour immatriculer le bateau.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cynisme et criminalisation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tributaire d'une situation g&#233;opolitique complexe, la flotte civile est impact&#233;e au moindre remous. Lorsque l'Europe renforce l'externalisation du contr&#244;le de ses fronti&#232;res, le changement se fait imm&#233;diatement sentir en M&#233;diterran&#233;e centrale. &#171; &lt;i&gt;Si en 2017 les sauvetages se faisaient conjointement avec des bateaux militaires de quasiment tous les pays europ&#233;ens, ils se sont progressivement retir&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, explique Claire, marin-sauveteuse pour diff&#233;rentes organisations. Restant seuls en sc&#232;ne, les bateaux de secours sont alors contraints de rester plus longtemps en mer et d'accueillir davantage de personnes &#224; bord. Dans l'impossibilit&#233; d'effectuer les changements d'&#233;quipage ou les escales techniques &#224; Malte, les ONG doivent se relocaliser et affr&#233;ter des bateaux plus grands et plus autonomes. C'est &#233;galement &#224; cette p&#233;riode que les organisations op&#233;rant dans la zone deviennent des cibles pour les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affr&#233;t&#233; par l'ONG allemande Jugend Rettet, le &lt;i&gt;Iuventa&lt;/i&gt; vient en aide &#224; pr&#232;s de 24 000 personnes en huit mois entre 2016 et 2017. Porteur d'un projet express&#233;ment politique, appelant &#224; &#171; &lt;i&gt;un changement radical de soci&#233;t&#233; par la construction d'une solidarit&#233; par en bas&lt;/i&gt; &#187;, l'&#233;quipage du &lt;i&gt;Iuventa&lt;/i&gt; se retrouve rapidement dans le viseur. &#171; &lt;i&gt;C'est probablement notre approche intransigeante du sauvetage, ainsi que notre insistance &#224; int&#233;grer notre pratique &#224; une critique plus large des institutions europ&#233;ennes, qui ont attir&#233; l'attention des autorit&#233;s italiennes&lt;/i&gt; &#187;, peut-on lire sur le site du &lt;i&gt;Iuventa&lt;/i&gt;. Le 2 ao&#251;t 2017, &#224; l'issue d'une enqu&#234;te men&#233;e par les unit&#233;s antimafia italiennes, le bateau est saisi et dix membres d'&#233;quipage sont mis en examen. Accus&#233;s d'avoir encourag&#233; l'immigration ill&#233;gale, ils sont toujours en attente de leur proc&#232;s et risquent 20 ans de prison. Les marins-p&#234;cheurs tunisiens, qui viennent souvent en aide &#224; des embarcations en p&#233;ril, ont eux aussi plusieurs fois fait les frais de cette r&#233;pression. En 2018, cinq d'entre eux ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s plusieurs semaines en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces attaques r&#233;p&#233;t&#233;es, la flotte civile fait front. Malgr&#233; des positionnements politiques diff&#233;rents, les organisations qui la composent parviennent &#224; jouer sur la compl&#233;mentarit&#233;. Refusant de baisser les bras, elles cherchent continuellement &#224; ouvrir de nouvelles br&#232;ches. &#171; &lt;i&gt;C'est un jeu d'&#233;checs&lt;/i&gt;, illustre Claire. &lt;i&gt;Quand les gouvernements avancent un pion, on en avance un aussi. On essaie d'avoir toujours un coup d'avance.&lt;/i&gt; &#187; Et l'&#233;quipage du &lt;i&gt;Iuventa&lt;/i&gt; de rench&#233;rir : &#171; &lt;i&gt;Les guerres de sauvetage ne sont pas termin&#233;es. Tant que les personnes continueront &#224; braver la travers&#233;e, la flotte civile trouvera un moyen de faire naviguer ses navires &#224; leur rencontre. Cette lutte se poursuit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fall Amzer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La criminalisation du passage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La criminalisation touche avant tout celles et ceux qui tentent la travers&#233;e au p&#233;ril de leur vie. En mars 2019, le navire marchand &lt;i&gt;El Hiblu&lt;/i&gt; recueille &#224; son bord 108 personnes au large de la Libye. Le capitaine leur annonce qu'il se dirige vers Malte, mais fait en r&#233;alit&#233; route vers la Libye sur ordre du MRCC. Les rescap&#233;&#183;es s'en rendent compte et se r&#233;voltent. Trois jeunes Subsahariens tentent alors de n&#233;gocier un demi-tour avec l'&#233;quipage et les passagers sont finalement d&#233;barqu&#233;s &#224; Malte. Les trois hommes sont arr&#234;t&#233;s dans la foul&#233;e, accus&#233;s de terrorisme et d'actes de piraterie. Ils encourent des dizaines d'ann&#233;es de prison. Une partie de l'&#233;quipage est &#233;galement accus&#233;e de trafic d'&#234;tres humains. Comble du cynisme, les familles des disparu&#183;es sont d&#233;sormais elles aussi attaqu&#233;es. Au S&#233;n&#233;gal, le p&#232;re d'un jeune gar&#231;on d&#233;c&#233;d&#233; en tentant de rejoindre les Canaries vient d'&#234;tre condamn&#233; &#224; deux ans de prison dont un mois ferme, pour mise en danger de la vie d'autrui. Selon l'observatoire Migreurop, &#171; &lt;i&gt;c'est la premi&#232;re fois que des autorit&#233;s publiques s'attaquent aux parents pour criminaliser l'aide &#224; la migration &#034;irr&#233;guli&#232;re&#034;, faisant ainsi sauter le verrou protecteur de la famille.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire &#233;galement dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; :&lt;/strong&gt; &#034;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Le-naufrage-moral-de-l-Europe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le naufrage moral de l'Europe&lt;/a&gt;&#034;, article cartographique de Fall Amzer, octobre 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment l'article publi&#233; en janvier 2019 dans le &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 172, &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-tribunal-a-choisi-la-mort-pour&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le tribunal a choisi la mort pour les exil&#233;s&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le naufrage moral de l'Europe</title>
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		<dc:date>2020-11-16T12:48:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fall Amzer</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;cile K.</dc:subject>
		<dc:subject>Louise Michel</dc:subject>
		<dc:subject>sauvetage</dc:subject>
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&lt;p&gt;La M&#233;diterran&#233;e centrale a connu un nouvel &#233;t&#233; de cauchemar, rythm&#233; par d'incessants naufrages de bateaux d'exil&#233;&#183;es en route pour l'Europe. Analyse cartographique de la situation, publi&#233;e dans notre num&#233;ro d'octobre mais plus que jamais d'actualit&#233;. Alors que la saison estivale est propice aux tentatives de travers&#233;es de la M&#233;diterran&#233;e, de longues p&#233;riodes sans aucun navire de sauvetage sur zone se sont succ&#233;d&#233; ces derniers mois. En cause, les mesures de r&#233;torsion des &#201;tats europ&#233;ens, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cecile-K" rel="tag"&gt;C&#233;cile K.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Louise-Michel" rel="tag"&gt;Louise Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sauvetage" rel="tag"&gt;sauvetage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mediterranee" rel="tag"&gt;M&#233;diterran&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/bateaux" rel="tag"&gt;bateaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sea-Watch" rel="tag"&gt;Sea Watch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Libye" rel="tag"&gt;Libye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Malte" rel="tag"&gt;Malte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/autorites" rel="tag"&gt;autorit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/zone" rel="tag"&gt;zone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/detresse" rel="tag"&gt;d&#233;tresse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La M&#233;diterran&#233;e centrale a connu un nouvel &#233;t&#233; de cauchemar, rythm&#233; par d'incessants naufrages de bateaux d'exil&#233;&#183;es en route pour l'Europe. Analyse cartographique de la situation, publi&#233;e dans notre num&#233;ro d'octobre mais plus que jamais d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que la saison estivale est propice aux tentatives de travers&#233;es de la M&#233;diterran&#233;e, de longues p&#233;riodes sans aucun navire de sauvetage sur zone se sont succ&#233;d&#233; ces derniers mois. En cause, les mesures de r&#233;torsion des &#201;tats europ&#233;ens, prenant pr&#233;texte de la pand&#233;mie pour ne pas remplir leurs devoirs en mati&#232;re de secours maritime. Et quand, malgr&#233; tout, un bateau de la flotte civile parvient &#224; mener une op&#233;ration de sauvetage, c'est un long bras de fer qui s'engage avec les autorit&#233;s pour qu'il se voie attribuer un port de d&#233;barquement. Au d&#233;but de l'&#233;t&#233;, l'&lt;i&gt;Ocean Viking&lt;/i&gt;, affr&#233;t&#233; par SOS M&#233;diterran&#233;e, est ainsi rest&#233; bloqu&#233; plusieurs jours en mer, avec 118 personnes &#224; bord. Plus r&#233;cemment, l'&lt;i&gt;Open Arms&lt;/i&gt;, autre navire d'ONG, a &#233;t&#233; contraint de patienter dix jours apr&#232;s avoir secouru plus de 270 personnes. Dans les deux cas, la situation &#224; bord s'&#233;tait d&#233;grad&#233;e au point que des rescap&#233;s ont fini par se jeter &#224; la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au sein de la soci&#233;t&#233; civile, certain&#183;es ne baissent pas les bras, et cherchent &#224; ouvrir de nouvelles br&#232;ches. Fin ao&#251;t, le navire &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt;, arrive sur zone. Puisqu'il est financ&#233; par l'artiste Banksy, son apparition ne passe pas inaper&#231;ue. Profitant de cette rare attention m&#233;diatique, l'&#233;quipage rend compte heure par heure de sa premi&#232;re mission de sauvetage et des difficult&#233;s qu'il affronte. En r&#233;action, la nouvelle maire de Marseille, Mich&#232;le Rubirola, annonce ouvrir le port de sa ville au Louise Michel ou au &lt;i&gt;Sea Watch 4&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;Louise Michel &lt;/i&gt; d&#233;cline, soulignant l'&#233;loignement avec la zone de sauvetage, et pr&#233;f&#233;rant rappeler Malte et l'Italie &#224; leurs obligations en termes de loi maritime. Quelques semaines plus tard, la proposition sera en revanche prise au pied de la lettre par l'&lt;i&gt;Alan Kurdi&lt;/i&gt;, qui s'est vu refuser l'acc&#232;s aux ports italiens et maltais. Apr&#232;s quatre jours d'attente avec 133 personnes &#224; bord, sans doute lass&#233; de ce jeu de dupe, il annonce faire route vers Marseille. Le coup de pression est efficace. Suite &#224; une demande de l'&#201;tat fran&#231;ais &#224; son homologue italien, l'&lt;i&gt;Alan Kurdi&lt;/i&gt; pourra finalement accoster en Sardaigne et y d&#233;barquer ses passagers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question du sauvetage en M&#233;diterran&#233;e centrale parvient &#224; se hisser ponctuellement sur la sc&#232;ne m&#233;diatique, ces fugaces coups de projecteurs ne disent pas grand-chose de la situation et des enjeux dans la r&#233;gion. Carte &#224; l'appui, cette double page a pour objectif de synth&#233;tiser la situation dans cette zone, devenue au fil des ans un v&#233;ritable cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1642-f4f80.jpg?1779603654' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;PDF de la carte &#224; t&#233;l&#233;charger ici :&lt;/i&gt; &lt;div class='spip_document_3485 spip_document spip_documents spip_document_file'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/pdf/-27.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.4 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779602969' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'enfer libyen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En guerre depuis pr&#232;s de dix ans et dans un chaos total, la Libye est un enfer pour ceux qui y passent &#8211; comme pour ceux qui y vivent. Les t&#233;moignages de viols, s&#233;questrations, tortures et trafics humains sont nombreux. D'apr&#232;s l'OIM&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisation internationale pour les migrations, agence de la migration des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, 500 000 &#224; 700 000 personnes exil&#233;es seraient actuellement bloqu&#233;es en Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul moyen de fuir est de traverser la M&#233;diterran&#233;e. Un calvaire auquel s'ajoute la menace d'&#234;tre intercept&#233; par les &#171; soi-disant garde-c&#244;tes &#187; libyens (&lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt;)&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;So-called Libyan Coast Guard, les &#171; soi-disant garde-c&#244;tes &#187; libyens qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; de fait, des militaires. Les personnes sont alors renvoy&#233;es en d&#233;tention, sous les bombardements, et parfois abattues par les &lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt; si elles r&#233;sistent. Cette situation, confirm&#233;e par de nombreux t&#233;moignages et d&#233;nonc&#233;e par les ONG, n'a pas emp&#234;ch&#233; l'Union europ&#233;enne (UE) de reconna&#238;tre diff&#233;rentes villes libyennes comme port s&#251;r, donnant ainsi au pays la possibilit&#233; de mener des op&#233;rations de &#171; secours &#187; et autorisant les navires marchands &#224; y d&#233;barquer des rescap&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec l'aide de l'Europe que la Libye a pu d&#233;velopper des moyens importants pour emp&#234;cher les d&#233;parts et refouler les bateaux. L'Italie vient ainsi de renouveler son accord avec la Libye pour une dur&#233;e de trois ans. Soutenu par l'UE, il pr&#233;voit une importante aide financi&#232;re et la formation des &lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt;. Ces derni&#232;res ann&#233;es, des dizaines de millions d'euros ont ainsi &#233;t&#233; vers&#233;s par la France, l'Italie et l'Europe &#224; la Libye, afin de financer les camps et les refoulements. Des officiers libyens ont m&#234;me &#233;t&#233; accueillis en Italie pour b&#233;n&#233;ficier de formations.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lampedusa&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lampedusa est une petite &#238;le italienne situ&#233;e au large des c&#244;tes libyennes. Elle est la terre europ&#233;enne la plus proche vers laquelle fuir l'horreur de la Libye. Depuis quelques mois, de nombreux bateaux y arrivent de fa&#231;on autonome. &#192; la fin de l'&#233;t&#233;, en &#224; peine quelques jours, 900 personnes ont d&#233;barqu&#233; saines et sauves sur l'&#238;le. N&#233;anmoins, ce petit territoire est surcharg&#233; et le gouvernement italien d&#233;laisse compl&#232;tement la gestion de ces arriv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Naufrages sur naufrages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 15 ao&#251;t, Alarm Phone (AP) est contact&#233; par un bateau de 75 personnes en grande d&#233;tresse dans la zone SAR libyenne. Toutes les autorit&#233;s sont inform&#233;es. Les Europ&#233;ens se renvoient la balle. Les Libyens expliquent qu'ils n'ont pas les moyens techniques de mener une op&#233;ration. Ils n'ont qu'un bateau, il ne fonctionne pas. Finalement 45 personnes ont disparu dans ce naufrage. Les autres ont &#233;t&#233; secourues par des p&#234;cheurs et ramen&#233;es en Libye, o&#249; elles ont &#233;t&#233; plac&#233;es en d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, AP est en ligne avec un bateau gonflable en d&#233;tresse dans une mer tr&#232;s agit&#233;e. L'un des tubes se d&#233;gonfle en direct ; le bruit est terrifiant. Le contact ne pourra plus jamais &#234;tre r&#233;tabli avec les 100 personnes &#224; bord. Une nouvelle fois, toutes les autorit&#233;s, inform&#233;es, ont regard&#233; les gens se noyer. Des survivants ont finalement &#233;t&#233; secourus par des p&#234;cheurs et les &lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt;. On ne sait pas combien de personnes ont p&#233;ri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2017, la zone SAR libyenne a &#233;t&#233; &#233;tendue et les personnes intercept&#233;es dans cette zone sont ramen&#233;es en Libye, en d&#233;tention. &#171; &lt;i&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons mourir que de retourner en Libye&lt;/i&gt; &#187; : cette phrase, AP l'entend souvent de la part de passagers d'embarcations en d&#233;tresse. Et lorsque, malgr&#233; tout, les personnes veulent &#234;tre secourues, les &lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt; sont aux abonn&#233;s absents &#8211; injoignables, ou refusant de mener des op&#233;rations sous les pr&#233;textes les plus divers. C'est &#224; se demander ce que sont devenues les 49 vedettes offertes par la France et l'Italie&#8230; Quant aux autorit&#233;s europ&#233;ennes, elles font preuve d'une inaction criminelle en refusant d'intervenir hors de leurs zones SAR, quitte &#224; laisser les gens se noyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les naufrages se sont encha&#238;n&#233;s tout l'&#233;t&#233; et continuent de se succ&#233;der &#224; un rythme dramatique. Entre le 21 et le 25 septembre, pr&#232;s de 200 personnes ont perdu la vie au cours de cinq naufrages. Et combien de noyades invisibles ? L'OIM estime qu'entre 2014 et 2019, sur 19 903 personnes ayant p&#233;ri en M&#233;diterran&#233;e, 13 367 ont totalement disparu sans laisser de trace. Ces derni&#232;res semaines, plusieurs dizaines de corps ont ainsi &#233;t&#233; retrouv&#233;s sur les c&#244;tes libyennes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les navires marchands&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 4 ao&#251;t, apr&#232;s avoir d&#233;riv&#233; de longues heures dans une mer d&#233;mont&#233;e, 27 personnes sont secourues par le navire marchand &lt;i&gt;Maersk Etienne&lt;/i&gt;. Celui-ci a beau avoir agi sur ordre de Malte, les autorit&#233;s locales ne l'autoriseront jamais &#224; d&#233;barquer. Le cargo et ses passagers restent bloqu&#233;s plusieurs semaines au large de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les navires marchands ne sont pas &#233;quip&#233;s pour accueillir autant de passagers, surtout des personnes fuyant la Libye qui ont souvent besoin de soin. &#192; bord, la tension monte. Certaines personnes se jettent &#224; la mer, d'autres menacent d'entamer une gr&#232;ve de la faim. M&#234;me la Commission europ&#233;enne s'en m&#234;le, mais Malte ne c&#232;de pas. 39 jours plus tard, c'est finalement le &lt;i&gt;Mare Jonio&lt;/i&gt;, un navire d'ONG, qui vient chercher les naufrag&#233;s pour les d&#233;barquer en Sicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le transport de marchandises, la pr&#233;sence de plateformes p&#233;troli&#232;res et une activit&#233; de p&#234;che importante, font de la M&#233;diterran&#233;e une zone dense de trafic maritime. Il n'est pas rare que des embarcations en d&#233;tresse croisent des navires marchands. La loi maritime leur impose de venir au secours des personnes en d&#233;tresse et de les amener dans un port s&#251;r ; pourtant, cela tient plut&#244;t de l'exception. Les capitaines craignent, &#224; juste titre, de se trouver bloqu&#233;s des jours, voire des semaines, en attente de se voir d&#233;signer un port de d&#233;barquement. Les compagnies ne veulent pas perdre d'argent. Quelques vies humaines d&#233;rivant en mer p&#232;sent peu dans la balance capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le capitaine de navire en mesure de pr&#234;ter assistance &#224; des personnes en d&#233;tresse en mer doit se porter &#224; toute vitesse &#224; leur secours, quels que soient leur nationalit&#233; et leur statut. &#187; (&lt;i&gt;Convention internationale de 1974 sur la sauvegarde de la vie humaine de mer&lt;/i&gt;, r&#232;gle 33)&lt;/h3&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La flotte civile&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ao&#251;t, le &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt;, un nouveau bateau de sauvetage, fait son apparition. &#192; peine arriv&#233; sur zone, il m&#232;ne coup sur coup deux op&#233;rations de secours dans les eaux maltaises et accueille, en quelques heures, 219 rescap&#233;s et le corps d'une personne d&#233;c&#233;d&#233;e pendant la travers&#233;e. Le &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt; se retrouve alors dans une position d&#233;licate : surcharg&#233;, il ne peut plus man&#339;uvrer. Une partie des personnes secourues est alors plac&#233;e &#224; bord d'un radeau de survie arrim&#233; le long de la coque. Le bateau lance des appels de d&#233;tresse r&#233;p&#233;t&#233;s, sans r&#233;ponse des autorit&#233;s. Apr&#232;s l'&#233;vacuation par les garde-c&#244;tes italiens des 49 personnes les plus fragiles, c'est finalement un bateau d'ONG, le &lt;i&gt;Sea Watch 4&lt;/i&gt;, qui viendra chercher les autres rescap&#233;s. Avec plus de 350 personnes &#224; bord, celui-ci devra patienter deux longues journ&#233;es suppl&#233;mentaires avant d'&#234;tre autoris&#233; &#224; d&#233;barquer en Sicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le&lt;i&gt; Louise Michel &lt;/i&gt; rejoint une flotte civile qui ne cesse de s'&#233;toffer. Le &lt;i&gt;Sea Watch 3&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Sea Watch 4&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Open Arms&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Astral&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Mare Jonio&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Alan Kurdi&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Aita Mari&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Ocean Viking&lt;/i&gt; : tous ont parcouru la M&#233;diterran&#233;e centrale ces derniers mois. Si le &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt; n'est li&#233; &#224; aucune organisation, la plupart des bateaux de sauvetage sont affr&#233;t&#233;s par des ONG europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Palliant l'inaction des &#201;tats europ&#233;ens, le r&#233;seau Alarm Phone (AP)&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alarm Phone est un r&#233;seau ayant mis en place un num&#233;ro d'urgence pour les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, les avions de reconnaissance de l'ONG Sea Watch et les diff&#233;rents bateaux de sauvetage m&#232;nent depuis plusieurs mois des op&#233;rations de secours coordonn&#233;es : les personnes en d&#233;tresse contactent AP, qui pr&#233;vient les autorit&#233;s. Les avions &lt;i&gt;Moonbird&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Seabird&lt;/i&gt; se rendent alors sur place et confirment la position du bateau avant l'intervention du navire de secours le plus proche. Ils unissent leurs forces pour faire pression sur les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;pression&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La flotte civile est compos&#233;e d'une dizaine de bateaux de sauvetage. Mais en cette fin septembre, pas un seul n'est pr&#233;sent en M&#233;diterran&#233;e centrale. Du fait d'une r&#233;pression grandissante, ils ne peuvent souvent effectuer qu'une seule mission avant d'&#234;tre immobilis&#233;s pour une dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e. Cette absence r&#233;guli&#232;re de navires de secours a des cons&#233;quences dramatiques : les travers&#233;es ne s'arr&#234;tent pas pour autant et les naufrages se succ&#232;dent. Les mesures de r&#233;torsion ne concernent pas que les bateaux. Depuis plusieurs semaines, l'avion de reconnaissance &lt;i&gt;Moonbird&lt;/i&gt; de l'ONG Sea Watch est clou&#233; au sol sur d&#233;cision des autorit&#233;s italiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Malte refuse d&#233;sormais tout d&#233;barquement dans ses ports, ce n'est pas le cas de l'Italie. Les bateaux y sont cependant syst&#233;matiquement saisis, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; plac&#233;s en quarantaine sous pr&#233;texte du coronavirus. Ces six derniers mois, cinq navires ont ainsi &#233;t&#233; immobilis&#233;s par les autorit&#233;s italiennes, notamment pour &#171; &lt;i&gt;irr&#233;gularit&#233;s techniques et op&#233;rationnelles&lt;/i&gt; &#187;. Les bateaux de sauvetage se soumettent aux exigences changeantes des autorit&#233;s, mais se mettre en conformit&#233; et faire lever la saisie peut prendre des mois. Dernier en date, le &lt;i&gt;Mare Jonio&lt;/i&gt; vient d'&#234;tre bloqu&#233; en Sicile, &#224; la veille de son d&#233;part en mission. Ses capitaines sont accus&#233;s d'avoir brav&#233; les prescriptions des autorit&#233;s en allant chercher 27 personnes bloqu&#233;es sur le cargo marchand &lt;i&gt;Maersk Etienne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La criminalisation du sauvetage en mer n'est pas nouvelle, mais elle continue de s'amplifier. Ces derni&#232;res ann&#233;es, plusieurs proc&#233;dures ont &#233;t&#233; lanc&#233;es contre des capitaines et leurs &#233;quipages. Certaines ONG ont d&#233;cid&#233; de riposter juridiquement : Sea-Eye vient de d&#233;poser plainte contre le minist&#232;re italien des Transports pour immobilisation ill&#233;gale, tandis qu'Open Arms accuse l'ancien ministre Matteo Salvini de s&#233;questration de personnes, pour avoir refus&#233; &#224; son bateau l'autorisation de d&#233;barquer sur les c&#244;tes italiennes en ao&#251;t 2019.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les politiques assassines de Malte et de l'Italie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que penser d'un &#201;tat qui s'octroie le droit de ne plus r&#233;pondre aux appels de d&#233;tresse et d&#233;cide de condamner des naufrag&#233;s &#224; une mort certaine ? Sous pr&#233;texte du Covid-19 pour commencer, puis de rien du tout par la suite, le gouvernement maltais semble avoir abandonn&#233; toute consid&#233;ration pour la vie humaine. &#171; &lt;i&gt;L'officier en charge est occup&#233;&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;p&#232;te le MRCC&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maritime rescue and coordination center. Centre de coordination de recherche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Malte lorsqu'Alarm Phone ou l'un des bateaux de secours lui signale un navire &#224; la d&#233;rive transportant des personnes sans gilets de sauvetage. Et encore, cette fois-ci a-t-il daign&#233; r&#233;pondre. Malte, pays membre de l'Union europ&#233;enne, assume d&#233;lib&#233;r&#233;ment sa non-assistance &#224; personnes en danger dans sa propre zone SAR&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Search and rescue. Zone de recherche et secours dans laquelle un &#201;tat est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, violant les lois maritimes et le droit international. Refusant d&#233;sormais de mener des op&#233;rations de secours, les Maltais vont jusqu'&#224; coordonner des &lt;i&gt;push-back&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Refoulement ill&#233;gal de personnes d'un territoire, alors qu'elles ont d&#233;j&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; depuis leur zone SAR vers la Libye. En avril, 4 personnes se sont noy&#233;es et 3 sont mortes de soif lors de l'une de ces d&#233;sastreuses op&#233;rations. Et que dire de ces &#171; garde-c&#244;tes &#187; qui ont fourni moteur et carburant &#224; des personnes arriv&#233;es dans le port de La Valette, les renvoyant cap sur l'Italie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins cynique que Malte, l'Italie n'est pas en reste. Le MRCC Rome r&#233;pond de moins en moins aux appels de d&#233;tresse. Les autorisations d'acc&#232;s aux ports italiens sont soit refus&#233;es, soit accord&#233;es apr&#232;s des jours voire des semaines d'attente en mer, poussant les rescap&#233;s &#224; bout. La crise du Covid-19 semble avoir renforc&#233; ces politiques criminelles. L'Italie et Malte, abritant pourtant les &lt;i&gt;ports s&#251;rs&lt;/i&gt; les plus proches en M&#233;diterran&#233;e centrale, instrumentalisent les proc&#233;dures pour rendre les travers&#233;es toujours plus meurtri&#232;res, afin d'atteindre leur objectif en mati&#232;re de politique migratoire : fermer leurs fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces petits arrangements se passent sous l'&#339;il bienveillant de Frontex, l'agence europ&#233;enne de protections des fronti&#232;res. &#201;quip&#233;e de bateaux, avions, drones, elle est omnipr&#233;sente, mais ne sera jamais d'aucun secours pour les personnes en d&#233;tresse, bien que disposant d'informations essentielles quant &#224; la position et la situation des embarcations.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; l'arriv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour celles et ceux qui survivent &#224; la travers&#233;e, la joie et le soulagement sont de courte dur&#233;e. Cette &#233;tape, aussi dangereuse soit-elle, n'est qu'une portion de la route vers l'Europe. Le sauvetage par les navires de la flotte civile permet bien souvent une pause, et les premiers contacts inspirent la bienveillance. Mais, quand vient le d&#233;barquement, le parcours qui s'annonce est encore long et laborieux. Comme l'a dit un exil&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma premi&#232;re vision de l'Europe, c'&#233;tait la prison&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Malte, les arrivants sont envoy&#233;s directement en centre de r&#233;tention pendant plusieurs mois. Selon l'ONU, en janvier dernier, 1 400 se trouvaient d&#233;tenus de mani&#232;re ill&#233;gale dans ces centres. Ils sont ensuite plac&#233;s dans des centres d'h&#233;bergement au fonctionnement tr&#232;s proche de la d&#233;tention. En Sicile, des centaines d'exil&#233;s sont parqu&#233;s sous tentes dans des conditions abominables. Les centres d'accueil et &lt;i&gt;hotspots&lt;/i&gt; (centre d'identification et de premier accueil) sont surpeupl&#233;s. Sur Lampedusa, la situation est explosive : 2 000 personnes pour 200 places. Alors que le gouvernement italien d&#233;tourne le regard, le gouverneur de la Sicile, Nello Musumeci, soutenu par l'ancien ministre de l'Int&#233;rieur Matteo Salvini, menace d'&#233;vacuer tous les centres d'accueil et demande la fermeture de ses ports aux bateaux de sauvetage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte du Covid-19, Malte et l'Italie ont affr&#233;t&#233; des &#171; &lt;i&gt;bateaux de mise en quarantaine&lt;/i&gt; &#187;. Mouill&#233;es le long des c&#244;tes, ces prisons flottantes font office de nouveaux centres de d&#233;tention pour des centaines de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_3484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH385/-1643-44364.jpg?1779621006' width='500' height='385' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Organisation internationale pour les migrations, agence de la migration des Nations unies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;So-called Libyan Coast Guard&lt;/i&gt;, les &#171; soi-disant garde-c&#244;tes &#187; libyens qui sont davantage charg&#233;s d'emp&#234;cher les d&#233;parts et d'intercepter les bateaux que de secourir les personnes en d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alarm Phone est un r&#233;seau ayant mis en place un num&#233;ro d'urgence pour les personnes en situation de d&#233;tresse en mer M&#233;diterran&#233;e destin&#233; &#224; d&#233;clencher ou accompagner des op&#233;rations de sauvetage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Maritime rescue and coordination center&lt;/i&gt;. Centre de coordination de recherche et sauvetage charg&#233; de d&#233;clencher et organiser ces op&#233;rations de secours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Search and rescue&lt;/i&gt;. Zone de recherche et secours dans laquelle un &#201;tat est responsable du d&#233;ploiement et de l'organisation des op&#233;rations de secours en cas de d&#233;tresse en mer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Refoulement ill&#233;gal de personnes d'un territoire, alors qu'elles ont d&#233;j&#224; pass&#233; la fronti&#232;re, sans leur laisser la possibilit&#233; d'engager des proc&#233;dures administratives pour rester.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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