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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Le rem&#232;de est pire que le mal &#187;</title>
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		<dc:date>2022-10-07T12:35:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'Envol&#233;e, Thierry Chatbi</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une enfance &#224; l'ombre. Celle d'un adolescent des ann&#233;es 1960-70, d'abord plac&#233; chez les cur&#233;s, puis ballot&#233; d'&#233;tablissements &#171; &#233;ducatifs &#187; en centres pour jeunes d&#233;tenus. Avant de conna&#238;tre pendant vingt-cinq ans la prison, celle des grands. En 2006, Thierry Chatbi confiait au journal anticarc&#233;ral L'Envol&#233;e le r&#233;cit de ses jeunes ann&#233;es. Nous en republions ici une partie. &#171; &#192; chasser les enfants de leurs plus beaux r&#234;ves d'enfance, nous les h&#233;bergeons dans nos pires (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une enfance &#224; l'ombre. Celle d'un adolescent des ann&#233;es 1960-70, d'abord plac&#233; chez les cur&#233;s, puis ballot&#233; d'&#233;tablissements &#171; &#233;ducatifs &#187; en centres pour jeunes d&#233;tenus. Avant de conna&#238;tre pendant vingt-cinq ans la prison, celle des grands. En 2006, Thierry Chatbi confiait au journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; le r&#233;cit de ses jeunes ann&#233;es. Nous en republions ici une partie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; chasser les enfants de leurs plus beaux r&#234;ves d'enfance, nous les h&#233;bergeons dans nos pires cauchemars d'adultes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;(Hafed Benotman)&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#199;a ne valait pas la peine, mais &#231;a valait le coup, &#201;ditions du bout de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La jeunesse continue d'inqui&#233;ter et la soci&#233;t&#233; renforce son arsenal l&#233;gislatif et coercitif pour enrayer tout d&#233;bordement&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sumait &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; dans l'&#233;dito de son n&#176; 16. Nous &#233;tions alors en f&#233;vrier 2006, &#224; l'aube du mouvement anti-CPE (Contrat premi&#232;re embauche), un an apr&#232;s le printemps des lyc&#233;ens contre la loi Fillon sur l'&#233;ducation et quelques mois apr&#232;s l'explosion, fin 2005, des quartiers populaires. C'est certain : les &lt;i&gt;gremlins &lt;/i&gt;(comme les vieux voyous ont appel&#233; leurs cadets &#224; l'apparition de la capuche), c'est turbulent : &#231;a bloque les lyc&#233;es, &#231;a br&#251;le les voitures, &#231;a occupe les facs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le deuxi&#232;me mandat Chirac, on assiste &#224; la construction des premiers EPM (&#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs), des prisons pour enfants de 13 &#224; 18 ans, qui s'ajoutent aux quartiers pour mineurs qui existaient d&#233;j&#224; dans certaines prisons pour adultes. Malgr&#233; de courageuses r&#233;sistances pour &#233;viter que ces projets voient le jour, les six EPM pr&#233;vus sont achev&#233;s en 2007-2008 : Meyzieu (pr&#232;s de Lyon), Lavaur (&#224; c&#244;t&#233; de Toulouse), Qui&#233;vrechain (dans le Nord), Orvault (non loin de Nantes), Porcheville (r&#233;gion pari&#8202;sienne) et la Valentine, &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque est (d&#233;j&#224;) au tout s&#233;curitaire, &#224; l'extension du domaine du p&#233;nal et &#224; l'explosion carc&#233;rale. Alors que les contr&#244;les d'identit&#233; sont constants dans les quartiers populaires et que se multiplient les partenariats &#233;cole-police-justice, une loi est vot&#233;e en 2003 pour interdire les rassemblements dans les halls d'immeuble. Dans les colonnes de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, un dialogue s'engage entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur des ge&#244;les pour comprendre et combattre les outils r&#233;pressifs destin&#233;s &#224; mettre au pas cette belle jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Infatigable &lt;i&gt;warrior&lt;/i&gt; des luttes de prisonniers des ann&#233;es 1980 &#224; 2000 et correspondant r&#233;gulier du journal, Thierry Chatbi envoie &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; un long t&#233;moignage sur son parcours dans les institutions pour mineurs des ann&#233;es 1960 et 1970 (il &#233;tait n&#233; en 1955). Sa lettre est donc publi&#233;e dans le n&#176; 16, en f&#233;vrier 2006, quelques mois apr&#232;s sa sortie de vingt-cinq ans de prison et quelques mois &#224; peine avant sa disparition brutale. Nous n'en livrons ici que des morceaux choisis : le texte complet est consultable sur le site du journal, &lt;i&gt;lenvolee.net&lt;/i&gt;. Un livre collectif sur la vie de Thierry et ses combats est paru en 2009 aux &#233;ditions de L'Insomniaque : &lt;i&gt;&#192; ceux qui se croient libres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'Envol&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &#194;&lt;/span&gt; l'&#226;ge de 10 ans, j'ai &#233;pous&#233; la religion &#224; coups de matraque. J'ai &#233;t&#233; plac&#233; par les services sociaux dans les Pyr&#233;n&#233;es, chez les cur&#233;s, pour des raisons &#233;conomiques, sociales, fami&#8202;liales. C'est dissip&#233; par le temps, mais je me souviens que ma m&#232;re m'a appris &#224; voler pour nourrir ma famille. En fait, quand on parle d'enfance malheureuse, maltrait&#233;e, aujourd'hui je me souviens qu'avec mon fr&#232;re, en qu&#234;te d'amour que nous &#233;tions, c'&#233;tait celui qui volait le mieux qui obtenait un peu d'affection de notre m&#232;re. Mon p&#232;re, d'origine kabyle, &#233;tait ouvrier. J'ai appris tout petit &#224; avoir honte de mes origines, ni&#233; en tant qu'individu jusque dans mes racines, donc il m'&#233;tait dur de me construire.
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; plac&#233; au moins deux ans chez ces cur&#233;s o&#249; j'ai tout appris, la messe en basque et tout. J'ai m&#234;me fait enfant de ch&#339;ur. J'&#233;tais avec mon fr&#232;re. Lui, il dormait dans une baraque, on appelait &#231;a &#8220;le palace&#8221; : un taudis. La &#64258;otte coulait de partout, &#231;a passait par les tuiles, par le plafond. Le frangin pissait au lit, moi aussi d'ailleurs ; depuis, j'ai appris que c'&#233;tait d&#251; aux carences affectives&#8230; On a piss&#233; tard au lit. Du coup, mon fr&#232;re emboucanait tout le monde, et pour le punir, ils le mettaient sur le palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il y avait des lattes de plancher qui donnaient sur la chambre de l'abb&#233;, une ordure int&#233;griste qui faisait rentrer les m&#244;mes dans sa chambre. Il avait une petite &#64258;agelle &#224; la main, il les fouettait, il les tripotait, et nous, on voyait tout. Quand il essayait de nous approcher, on se cassait. Voil&#224; l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais 10 ans, les journ&#233;es &#233;taient occup&#233;es aux &#233;tudes et &#224; la messe. Le week-end, comme sortie, on allait aux enterrements de cur&#233;s des paroisses voisines et de vieilles du coin. Si on n'avait pas le chapelet dans la main &#224; l'&#233;glise apr&#232;s l'&#233;tude, au hasard, &lt;i&gt;[on]&lt;/i&gt; nous appelait, on devait se mettre &#224; genoux et &lt;i&gt;[on]&lt;/i&gt; nous d&#233;fon&#231;ait &#224; coups de b&#226;ton dans la maison de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui &#231;a me para&#238;t dingue, et pourtant c'&#233;tait normal. On pensait que c'&#233;tait &#231;a, l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, je suis remont&#233; &#224; Paris, dans ma famille ; pendant un an, &#231;a a &#233;t&#233; l'horreur. Mes parents ne se parlaient plus, ils hurlaient, ils ne s'entendaient pas, ils me frappaient. &#192; l'&#233;cole, il n'y avait pas le m&#234;me programme que dans les Pyr&#233;n&#233;es. J'ai &#233;t&#233; mis dans une voie de garage et j'ai &#233;t&#233; en apprentissage, nourri, log&#233;. J'ai &#233;t&#233; plac&#233; &#224; droite &#224; gauche, j'ai fait apprenti boulanger, p&#226;tissier, tapissier, en&#64257;n trois mille m&#233;tiers. &#199;a n'allait jamais, puisque psychologiquement &#231;a n'allait pas. Je partais en vrille et paradoxalement, &#231;a a &#233;t&#233; en m&#234;me temps une des meilleures p&#233;riodes de ma vie,&lt;i&gt; [avec] un &lt;/i&gt;r&#233;el sentiment de libert&#233;. Aucune attache, aucun bien. On vivait en bande, insouciants, sans aucune notion du danger ni conscience des r&#233;percussions de nos actes. Avec enfin l'apprentissage de l'amour, de l'amiti&#233;, du partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On zonait, on dormait dans les voitures, sous les porches, on se nourrissait chez l'habitant on va dire. Avec mon fr&#232;re on a agress&#233; un lascar pour lui prendre son oseille pour manger et on s'est fait attraper. J'avais quatorze, quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voil&#224; plac&#233; &#224; Savigny&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au Centre d'observation public de l'&#233;ducation surveill&#233;e.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Deux &#233;ducateurs viennent me chercher au tribunal de Cr&#233;teil. &#8220;&lt;i&gt;On va t'apprendre les bonnes mani&#232;res,&lt;/i&gt; qu'ils me disent,&lt;i&gt; on va te placer en observation quinze jours.&lt;/i&gt;&#8221; Isol&#233; du groupe, tout seul, tu arrives ; il y a des cellules sans barreaux aux fen&#234;tres, sauf au mitard. Les cellules, c'&#233;taient des petites chambres ferm&#233;es &#224; cl&#233; le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vigiles, enfin les gardiens de nuit, faisaient des rondes pour voir si tu &#233;tais bien l&#224;. N'emp&#234;che que nous, on d&#233;montait les portes, on passait par les fen&#234;tres et on revenait le matin. Plus le r&#233;gime est s&#233;v&#232;re, plus tu d&#233;ploies d'imagination pour le contourner. On mettait des mannequins dans les lits ; une fois, le vigile s'en est rendu compte. Le lendemain, l'&#233;ducateur m'a attrap&#233;, m'a fracass&#233; et m'a mis au mitard. J'avais d&#233;j&#224; connu les cellules de garde &#224; vue, mais l&#224;, c'&#233;tait le vrai mitard avec la paillasse, et j'y suis rest&#233; une semaine. Des potes venaient me &#64257;ler des clopes &#224; travers la grosse serrure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis sorti, j'avais la haine, et pour me venger du vigile, j'ai d&#233;mont&#233; la vitre de la porte et quand il est arriv&#233;, je suis sorti et je l'ai frapp&#233;. &lt;i&gt;[Puis]&lt;/i&gt; je me suis sauv&#233; et mis en cavale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait j'&#233;tais toujours en cavale, je rentrais, je sortais&#8230; Re-mitard, et &#224; chaque fois on me disait : &#8220;&lt;i&gt;Attention, la prochaine fois, c'est Fleury.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le week-end on avait des permissions, sauf si on faisait des conneries : les trois quarts du temps, je n'avais pas de permission. Et de toute mani&#232;re, pour aller o&#249;, chez mes parents ? Donc, les permissions on se les accordait. Des permissions sauvages, quoi. C'est l&#224; qu'un mec m'a appris &#224; voler des voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Puis un jour, &#231;a a &#233;t&#233; la cavale, la vraie.]&lt;/i&gt; Je suis parti avec un pote et ma petite copine de l'&#233;poque en voiture vol&#233;e. On a &lt;i&gt;[fait un cambriolage]&lt;/i&gt;, on a achet&#233; une tente canadienne et on s'est fait un kif d'une semaine. On a eu un accident de voiture, et l&#224; le cycle prison a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois, j'avais 17 ans. &#192; l'&#233;poque, tu allais au &lt;i&gt;[b&#226;timent]&lt;/i&gt; D2 &#224; Fleury, parce que le CJD &lt;i&gt;[Centre des jeunes d&#233;tenus]&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas encore construit. 90 % des mecs que j'avais rencontr&#233;s &#224; Savigny, je les ai retrouv&#233;s en prison ; c'est-&#224;-dire que toute la g&#233;n&#233;ration des vieux voyous avait fait Savigny. C'&#233;tait vraiment l'&#233;cole du crime. Le rem&#232;de est pire que le mal. Il programme les gens &#224; vie, il les casse, il les formate ; puisque c'est la violence, tu apprends la violence. Tu apprends &#224; t'adapter dans un monde dur. On ne t'&#233;coute pas, &lt;i&gt;[mais]&lt;/i&gt; tu sais qu'en &#233;tant violent tu seras entendu, parce que tu fais peur. Si tu n'es pas violent, on te marche dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le CJD de Fleury a ouvert, j'y ai &#233;t&#233;. &#192; l'&#233;poque, il y avait un bricard &lt;i&gt;[surveillant grad&#233;]&lt;/i&gt; qui se baladait la nuit avec un nunchaku : il rentrait dans les cellules et il nous d&#233;fon&#231;ait. C'&#233;tait cr&#233;er et recr&#233;er la peur, et les m&#244;mes marchaient droit, sauf les r&#233;fractaires. Le matin, il fallait nettoyer la cellule, qu'elle soit nickel ; il fallait sortir la poubelle m&#234;me si elle &#233;tait vide. Il y avait la tenue p&#233;nale, on avait le cr&#226;ne ras&#233;. Tous ceux que j'ai vus au CJD, je les ai retrouv&#233;s en centrale. Quand tu sors, il n'y a rien, pas d'aide, tu te retrouves &#224; la case d&#233;part et tu retombes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la violence vis-&#224;-vis des jeunes peut para&#238;tre moins dure&#8230; &#192; mon &#233;poque, il y avait au moins des perspectives de boulot, de &#8220;r&#233;ussite sociale&#8221;. Tu pouvais t'installer. Maintenant, qu'est-ce qu'on propose aux m&#244;mes, quelles sont les perspectives ? Surtout quand tu t'appelles Mohammed ou Mamadou, tu sais tr&#232;s bien au berceau, dans la cit&#233;, que tu n'as pas d'ouverture. La seule ouverture, c'est si tu es capable d'&#234;tre plus violent, plus mariole ou plus salaud que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la r&#233;ponse, vu l'absence de perspectives, c'est de recr&#233;er les centres ferm&#233;s, de construire des nouvelles prisons, de r&#233;gler les probl&#232;mes sociaux par l'enfermement. Le pouvoir sait que ces m&#244;mes sont une g&#233;n&#233;ration perdue, il n'a rien &#224; leur proposer, donc il doit g&#233;rer le probl&#232;me et quand on sait qu'en plus l'enfermement rapporte&#8230; la boucle est boucl&#233;e, c'est tout b&#233;nef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'autorit&#233;, qu'elle soit parentale ou institutionnelle. C'est toujours l'injustice qui m'a r&#233;volt&#233;. En r&#233;action &#224; la violence exerc&#233;e contre moi, je suis devenu ce que je suis. Je me suis muscl&#233;, je me suis tatou&#233;, je me suis construit une carapace pour affronter &#231;a. C'est dramatique quand tu l'analyses vraiment, parce que le but du jeu, c'est s&#251;rement pas &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Thierry Chatbi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#199;a ne valait pas la peine, mais &#231;a valait le coup&lt;/i&gt;, &#201;ditions du bout de la ville, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au Centre d'observation public de l'&#233;ducation surveill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Ces arrestations spectaculaires sont vou&#233;es &#224; semer la peur &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ces-arrestations-spectaculaires</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Ces-arrestations-spectaculaires</guid>
		<dc:date>2022-07-15T10:26:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'Envol&#233;e</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Arr&#234;t&#233;e il y a un an et demi, avec huit autres personnes, pour une fumeuse histoire d' &#187; association de malfaiteurs terroristes &#187;, Camille a pass&#233; plusieurs mois en d&#233;tention provisoire. Elle raconte les m&#233;andres du combat qu'elle m&#232;ne contre l'arbitraire d'un pouvoir autoritaire &#8211; du point de vue d'une femme, &#233;videmment invisibilis&#233;e. Entretien. Le 8 d&#233;cembre 2020, la Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure (DGSI) interpellait neuf personnes, d&#233;sign&#233;es comme membres &#171; de la mouvance (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Arr&#234;t&#233;e il y a un an et demi, avec huit autres personnes, pour une fumeuse histoire d' &#187; association de malfaiteurs terroristes &#187;, Camille a pass&#233; plusieurs mois en d&#233;tention provisoire. Elle raconte les m&#233;andres du combat qu'elle m&#232;ne contre l'arbitraire d'un pouvoir autoritaire &#8211; du point de vue d'une femme, &#233;videmment invisibilis&#233;e. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200camille_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200camille_resultat-8f8bc.jpg?1779735687' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Marine Summercity
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 8 d&#233;cembre 2020, la Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure (DGSI) interpellait neuf personnes, d&#233;sign&#233;es comme membres &#171; &lt;i&gt;de la mouvance d'ultragauche&lt;/i&gt; &#187;, pour &#171; association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d'atteinte aux personnes &#187;. Sept d'entre elles sont mises en examen, dont cinq plac&#233;es en d&#233;tention provisoire. Accus&#233;es d'avoir form&#233; un groupe clandestin pour pr&#233;parer une &#171; &lt;i&gt;action violente&lt;/i&gt; &#187; contre les forces de l'ordre, elles nient cat&#233;goriquement. Toutes seront lib&#233;r&#233;es au fil des mois. Libre Flot est le dernier &#224; &#234;tre sorti de prison, en avril dernier, au bout de seize mois d'isolement et trente-sept jours de gr&#232;ve de la faim&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Libre Flot a adress&#233; de nombreuses lettres au journal et &#224; l'&#233;mission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L'instruction est toujours en cours et les accus&#233;&#183;es restent soumis&#183;es &#224; des mesures de surveillance et &#224; un contr&#244;le judiciaire strict. Lib&#233;r&#233;e fin avril 2021, Camille, l'une des inculp&#233;&#183;es, revient ici sur les batailles men&#233;es au fil des mois et sur celles qu'il reste &#224; porter collectivement, sur le terrain judiciaire comme sur le terrain politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;tention provisoire est d&#233;sormais derri&#232;re chacun&#183;e d'entre vous, c'est une &#233;tape importante apr&#232;s dix-huit mois de bataille judiciaire...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces dix-huit derniers mois ont &#233;t&#233; intenses et profond&#233;ment &#233;puisants. Une premi&#232;re &#233;tape vient en effet de se terminer avec la lib&#233;ration de Flot suite &#224; sa gr&#232;ve de la faim et une mobilisation de solidarit&#233; internationale d&#233;but avril. &#199;a fait redescendre l'affaire tant du point de vue judiciaire qu'humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait avoir tendance &#224; croire que tout est fini mais, en r&#233;alit&#233;, l'instruction est toujours en cours, tous les accus&#233;&#183;es restent sous contr&#244;le judiciaire, les accusations de terrorisme p&#232;sent encore sur nous et nous n'avons toujours aucune id&#233;e de quand aura lieu le proc&#232;s. Nous avons encore &#224; effectuer un gros travail de d&#233;construction du r&#233;cit de la DGSI et des magistrats car, malgr&#233; tous nos efforts et tous nos arguments, ce discours strictement performatif existe encore aujourd'hui dans le dossier. Cette construction &#224; la fois mensong&#232;re, incoh&#233;rente et diffamatoire, a &#233;t&#233; permise &#224; la fois par la l&#233;gislation antiterroriste &#8211; dont le cadre ne cesse de s'&#233;largir tout en &#233;tant de plus en plus flou &#8211; et par les techniques d'enqu&#234;te et de surveillance utilis&#233;es. Nous sommes contraint&#183;es &#224; nous d&#233;fendre pour de longs mois encore mais, au-del&#224; de &#231;a, il faut comprendre que notre affaire tend non seulement &#224; incriminer les internationalistes qui partent pr&#234;ter main forte aux luttes d'&#233;mancipation&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Libre Flot a combattu au Rojava contre Daesh aux c&#244;t&#233;s des forces kurdes ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, mais qu'elle constitue aussi une attaque contre tous les mouvements d'&#233;mancipation et les luttes en France ; une volont&#233; de les discr&#233;diter en les criminalisant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un des objectifs de la prison pr&#233;ventive est de rendre difficile l'organisation d'une r&#233;ponse politique collective et d'une d&#233;fense commune face &#224; la justice et &#224; l'&#201;tat...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but, en d&#233;tention provisoire, aucun&#183;e d'entre nous n'avait acc&#232;s au dossier. Les avocats ne pouvaient nous envoyer que quelques bribes qui nous concernaient personnellement. C'est probl&#233;matique pour avoir un point de vue g&#233;n&#233;ral et pour se d&#233;fendre &#8211; d'autant plus quand tu es poursuivie dans le cadre d'une &#8220;association de malfaiteurs&#8221;, donc en groupe. C'est d'autant plus absurde que le juge d'instruction t'interroge ensuite sur des propos qu'aurait tenus untel ou untel que tu ne connais m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je suis sortie quatre mois et demi apr&#232;s notre arrestation. On &#233;tait alors dans cette phase de six mois qui commence &#224; la date de mise en examen, et pendant laquelle on est cens&#233;&#183;es pouvoir acc&#233;der au dossier, l'&#233;plucher et faire des requ&#234;tes en nullit&#233; concernant tous les actes ant&#233;rieurs &#224; notre mise en examen. Pour exercer ce droit, l'avocat a acc&#232;s au dossier. Mais l'acc&#232;s de la personne mise en examen au dossier est soumis &#224; une absence d'opposition du juge. En sortant, j'ai fait une demande d'acc&#232;s qui a d'abord &#233;t&#233; refus&#233;e. Et je n'ai obtenu cet acc&#232;s qu'en appel, seulement trois semaines avant la fin de ces six mois de d&#233;lai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois semaines, c'est tr&#232;s court car c'est un taf de fou de se saisir d'un dossier (qui, &#224; l'&#233;poque, devait d&#233;j&#224; compter 1 800 documents PDF), de relever les incoh&#233;rences de l'accusation et les irr&#233;gularit&#233;s, pour que les avocats puissent d&#233;poser les requ&#234;tes en nullit&#233; les plus compl&#232;tes possibles. Certes, l'avocat peut travailler de son c&#244;t&#233;, mais sans toi et ta lecture de ce qui t'est reproch&#233;, ses possibilit&#233;s de contre-argumentaire sont limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, tant qu'il y avait des personnes en d&#233;tention, on &#233;tait dans un rythme judiciaire o&#249; il fallait lutter de mani&#232;re constante : parce qu'il y a toujours de nouvelles auditions qui arrivent, parce qu'il y a des enjeux de renouvellement d'isolement tous les trois mois, des enjeux de renouvellement de d&#233;tention provisoire&#8230; Tu n'as pas de temps de respiration si tu veux te mobiliser sur chacun de ces enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Par ailleurs, tant qu'il y avait des personnes en d&#233;tention, on &#233;tait dans un rythme judiciaire o&#249; il fallait lutter de mani&#232;re constante.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute le fait qu'il y a une certaine pression &#224; prendre la parole en tant que mise en examen : certes tu es sortie, mais tu es toujours sous contr&#244;le judiciaire et soumise au secret de l'instruction. Il faut donc trouver les mots pour parler de ce qui t'est reproch&#233; sans bafouer ce secret d'instruction qui pourrait te rajouter des charges et potentiellement te renvoyer en prison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autrement dit, r&#233;ussir &#224; parler publiquement de cette affaire a &#233;t&#233; et est encore tr&#232;s compliqu&#233;, alors m&#234;me que c'est essentiel...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des arrestations spectaculaires comme celles que nous avons subies, avec des chefs d'inculpation aussi lourds, sont aussi vou&#233;es &#224; semer la peur parmi les proches et les r&#233;seaux militants. Et on a beau le savoir, &#231;a r&#233;ussit toujours &#224; d&#233;contenancer et &#224; semer la panique. Surtout que dans notre cas, nous vivions dans des zones &#233;loign&#233;es et distinctes, nous ne nous connaissions m&#234;me pas forc&#233;ment, nous n'avions pas les m&#234;mes entourages. Donc il y a beaucoup de choses &#224; surmonter pour s'organiser et lib&#233;rer les paroles ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'antiterrorisme est devenu un sujet extr&#234;mement intense et source d'&#233;motion ces derni&#232;res ann&#233;es. Il y a une m&#233;fiance et une peur qui s'imposent dans les esprits d&#232;s que le mot &#8220;terrorisme&#8221; est prononc&#233;. C'est ce qui fait que la parole est d'autant plus dure &#224; lib&#233;rer m&#233;diatiquement, mais aussi dans les milieux politiques. Pour r&#233;ussir &#224; parler, il faut d'abord se battre contre un tabou g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'antiterrorisme est l'argument par excellence pour justifier toute op&#233;ration militaire &#224; l'&#233;tranger &#8211; comme si elles &#233;taient d&#233;nu&#233;es de quelconques int&#233;r&#234;ts g&#233;opolitiques &#8211;, on ne peut que constater sur le territoire fran&#231;ais comment l'&#233;motion suscit&#233;e par les tragiques attentats de Paris a &#233;t&#233; utilis&#233;e pour justifier la discrimination religieuse et faire passer &#224; une vitesse hallucinante les lois les plus liberticides sans possibilit&#233; de les contester. Il y a comme des vases communicants entre la justice dite &#8220;d'exception&#8221; (mais pas tant) que repr&#233;sente l'antiterrorisme et la justice p&#233;nale &#8220;ordinaire&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que le fait que tu sois une femme ajoute une dimension particuli&#232;re &#224; ta situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai eu &#224; me battre personnellement en tant que femme, notamment catalogu&#233;e dans les m&#233;dias comme &#8220;compagne de...&#8221;, &#224; savoir de l'un des autres accus&#233;s. C'est un gros point de lutte, tant du point de vue judiciaire que m&#233;diatique et politique. D&#232;s les premiers interrogatoires, ma parole a toujours &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;e sur cette base-l&#224;. C'est un ph&#233;nom&#232;ne que je ne suis pas surprise de trouver &#224; cet endroit : le fonctionnement sexiste de la justice n'est pas un scoop. Mais ce qui a &#233;t&#233; marquant, c'est de retrouver ce ph&#233;nom&#232;ne dans le monde militant. Tu n'es jamais tout &#224; fait consid&#233;r&#233;e comme une des &#8220;mis&#183;es en examen&#8221;, mais toujours en lien avec ta relation. Ta parole a tendance &#224; &#234;tre mise de c&#244;t&#233; et effac&#233;e. D'autant plus que je suis la seule femme inculp&#233;e dans cette affaire. Quand les journalistes viennent te voir, c'est toujours &#224; travers ce prisme-l&#224; qu'ils te consid&#232;rent. Peu importe ce que tu vas poser dans ta d&#233;fense, ils vont juste utiliser des bribes de tes propos pour colorer un article de mani&#232;re &#233;motionnelle. Jamais ce que tu diras sur le fond ne sera retenu.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu n'es jamais tout &#224; fait consid&#233;r&#233;e comme une des &#8220;mis&#183;es en examen&#8221;, mais toujours en lien avec ta relation. Ta parole a tendance &#224; &#234;tre mise de c&#244;t&#233; et effac&#233;e. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; par exemple, avec les avocats, &#224; une conf&#233;rence de presse organis&#233;e pendant la gr&#232;ve de la faim de Libre Flot. Je n'&#233;tais pas tr&#232;s &#224; l'aise avec ce genre d'exercice et je sais qu'avec les journalistes, il faut aller droit au but. J'avais donc choisi de r&#233;diger une d&#233;claration &#233;crite&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'int&#233;gralit&#233; du texte est disponible &#224; l'adresse soutien812.blackblogs.org. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, br&#232;ve et plut&#244;t incisive. Cette d&#233;claration a &#233;t&#233; compl&#232;tement invisibilis&#233;e. Les seules choses qui ont &#233;t&#233; retenues, c'est ma pr&#233;sence, une petite phrase dite en-dehors de la d&#233;claration et le fait que j'&#233;tais profond&#233;ment fatigu&#233;e. C'&#233;tait une r&#233;alit&#233;, mais ce n'&#233;tait pas mon principal propos &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a fait partie de la double peine en tant que femme face &#224; la justice : faire face &#224; un &#233;touffement social et moral en plus de survivre &#224; une r&#233;pression judiciaire. On s'attaque &#224; des pans entiers de ton intimit&#233;. Un exemple parmi tant d'autres : quand les agents de la DGSI interrogent ma m&#232;re, ils lui expliquent combien d'ann&#233;es je vais potentiellement prendre et que de ce fait, elle ne sera pas grand-m&#232;re&#8230; L&#224;, d&#233;barque brutalement dans ma vie une question que me pose ma m&#232;re : &#8220;&lt;i&gt;Est-ce que tu veux des enfants&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221; Cette question, en fait, c'est la DGSI qui la pose et qui m'oblige &#224; y r&#233;pondre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fait que vous utilisiez des outils de communication s&#233;curis&#233;s a &#233;t&#233; retenu comme l'un des principaux &#233;l&#233;ments &#224; charge contre vous. Au-del&#224; de votre propre combat judiciaire, y a-t-il une lutte collective &#224; mener sur cette question-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a encore beaucoup de batailles &#224; mener. Et dans le lot, effectivement, il y a la lutte contre la criminalisation de nos outils de communication. On n'a pas vraiment eu l'occasion d'en parler jusqu'ici, mais &#231;a fait partie des points sur lesquels nous sommes attaqu&#233;&#183;es d&#232;s le premier rapport de la DGSI qui entra&#238;ne l'ouverture de l'enqu&#234;te officielle en f&#233;vrier 2020. Ce rapport pose v&#233;ritablement la base du d&#233;cor et d&#233;finit la fa&#231;on dont le dossier d'instruction est mont&#233; ensuite. Et m&#234;me si plusieurs &#233;l&#233;ments se sont d&#233;mentis d'eux-m&#234;mes, ce d&#233;cor continue &#224; nous suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y est inscrit, entre autres, que nous adopterions un comportement clandestin, que nous nous connecterions sur des r&#233;seaux wifi publics et utiliserions des moyens de communication crypt&#233;s. Cette lecture conspirationniste leur permet de nous reprocher, dix mois plus tard, la moindre utilisation de moyens de communication, d&#232;s lors qu'ils sont un minimum s&#233;curis&#233;s. Des messageries : Signal, Silence, Discord, Jitsi. Des bo&#238;tes mail Protonmail ou Riseup. Des outils type VPN, Tor Browser ou Tails&#8230; Bref, majoritairement des outils massivement utilis&#233;s et dont l'usage est parfaitement l&#233;gal. Cr&#233;er de la suspicion sur leur utilisation permet de les criminaliser et d'en faire des &#233;l&#233;ments &#224; charge. &#8220;&lt;i&gt;Si on ne sait pas ce qu'ils peuvent se dire, c'est forc&#233;ment louche&lt;/i&gt;&#8221;, se disent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, vu qu'ils n'ont aucun &#8220;projet d'action violente&#8221; &#224; nous reprocher et que le dossier repose exclusivement sur cette suspicion, le juge d'instruction Jean-Marc Herbaut se sert du fait que le d&#233;cryptage de nos outils informatiques n'est pas termin&#233; pour maintenir l'enqu&#234;te ouverte et refuser la lev&#233;e totale des &#8220;interdictions de communiquer&#8221; entre nous. Alors que toutes nos auditions ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; effectu&#233;es et que nous sommes dehors depuis de nombreux mois, utiliser cet argument pour nous interdire de nous parler n'a pas d'autre but que celui de nous isoler les uns des autres jusqu'au proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, la question de la surveillance des moyens de communication m&#233;rite &#224; mon sens une attention collective particuli&#232;re : en posant une suspicion sur l'usage de ces outils, ils les criminalisent de fait. Alors qu'on est dans une soci&#233;t&#233; qui nous oblige &#224; utiliser ces technologies de communication &#224; plein de niveaux &#8211; m&#234;me ouvrir un compte en banque sans t&#233;l&#233;phone portable est devenu compliqu&#233; &#8211; on nous enl&#232;ve toute libert&#233; de choix dans leur utilisation. Si tu utilises des outils pour prot&#233;ger ta vie priv&#233;e par choix &#233;thique ou politique, tu deviens suspect. &#199;a fait partie de ce que La Quadrature du Net nomme la &#8220;technopolice&#8221;, qui se d&#233;veloppe actuellement en dehors du droit&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de d&#233;fense des libert&#233;s num&#233;riques, La Quadrature du Net vient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Ces enjeux, qui peuvent para&#238;tre sp&#233;cifiques &#224; notre dossier, n&#233;cessitent pour moi une lutte politique en plus de la lutte judiciaire que nous menons d&#233;j&#224;, car ils sont symptomatiques d'une soci&#233;t&#233; de plus en plus s&#233;curitaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par L'Envol&#233;e&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Libre Flot a adress&#233; de nombreuses lettres au journal et &#224; l'&#233;mission &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt;au cours de son enfermement. On peut les lire sur le site &lt;i&gt;lenvolee.net&lt;/i&gt; et dans le n &#176; 55 du journal, paru en mai dernier. Dans son n&#176; 210 (juin 2022), &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; en a &#233;galement publi&#233; &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Ce-sont-mes-opinions-politiques-qu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un choix d'extraits&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Libre Flot a combattu au Rojava contre Daesh aux c&#244;t&#233;s des forces kurdes ; c'est d'ailleurs ce qui a attir&#233; l'attention de la DGSI sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'int&#233;gralit&#233; du texte est disponible &#224; l'adresse &lt;i&gt;soutien812.blackblogs.org&lt;/i&gt;. Vous pouvez aussi consulter les deux autres sites de soutien aux inculp&#233;s : &lt;i&gt;soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;solidaritytodecember8.wordpress.com&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de d&#233;fense des libert&#233;s num&#233;riques, La Quadrature du Net vient de lancer une &#171; plainte collective contre la technopolice &#187;, &#224; laquelle on peut se joindre &#224; cette adresse : &lt;i&gt;technopolice.fr/plainte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Face au Covid-19 en prison : amnistie g&#233;n&#233;rale !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Face-au-Covid-19-en-prison</link>
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		<dc:date>2020-04-05T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'Envol&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
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&lt;p&gt;Puisqu'on sait bien que les prisons sont un miroir de nos soci&#233;t&#233;s et qu'elles endurent actuellement une terrible crise sanitaire et sociale, CQFD a d&#233;cid&#233; de laisser carte blanche &#224; L'Envol&#233;e, journal anti-carc&#233;ral et abolitionniste, pour cette double page d'analyses et de t&#233;moignages. &#171; Avec le confinement, vous touchez du doigt &#8211; en plus roudoudou &#8211; ce que nous vivons au quotidien, nous les prisonniers : impossibilit&#233; d'aller et venir, privation de voir ses proches et soumission &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Puisqu'on sait bien que les prisons sont un miroir de nos soci&#233;t&#233;s et qu'elles endurent actuellement une terrible crise sanitaire et sociale, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a d&#233;cid&#233; de laisser carte blanche &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, journal anti-carc&#233;ral et abolitionniste, pour cette double page d'analyses et de t&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH564/-1506-11b66.jpg?1779604522' width='400' height='564' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Avec le confinement, vous touchez du doigt &#8211; en plus roudoudou &#8211; ce que nous vivons au quotidien, nous les prisonniers : impossibilit&#233; d'aller et venir, privation de voir ses proches et soumission &#224; l'arbitraire pour tout &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit un prisonnier &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, &#224; l'heure o&#249; le pays est confin&#233; et les prisonniers et prisonni&#232;res plus coup&#233;s du monde que jamais. Ajout&#233;e &#224; l'absence de soins, la surpopulation carc&#233;rale &#8211; ou plut&#244;t, le surenfermement de la population &#8211; fait des prisons des lieux hautement pathog&#232;nes. Tous les ans, des &#233;pid&#233;mies s'abattent sur les personnes incarc&#233;r&#233;es : tuberculose, gale&#8230; Le Covid-19, qui ne fera pas exception, r&#233;v&#232;le la criante indignit&#233; de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Suspendre les parloirs ne prot&#233;gera pas les prisonniers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette &#233;pid&#233;mie, Nicole Belloubet, la ministre des tribunaux et des prisons, a opt&#233; pour une mesure tr&#232;s brutale : la suppression des parloirs et de toutes les activit&#233;s. Faute de pouvoir isoler les prisonniers en attribuant une cellule &#224; chacun (70 651 prisonniers et prisonni&#232;res au 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; janvier pour 61 080 places dans des cellules le plus souvent collectives) ; faute de distribuer &#224; toutes et tous des masques de protection, des tests et des solutions hydroalcooliques ; faute de confiner les matons qui continuent de rejoindre leurs familles chaque soir&#8230; l'&#201;tat consid&#232;re d'office que les prisonniers, les prisonni&#232;res et leurs proches ne seraient pas capables d'appliquer les fameux &#171; gestes barri&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de shit, des possibilit&#233;s de cantines (achats de produits de la vie courante) restreintes, plus d'activit&#233;s, plus de parloirs, 22 heures sur 24 en cellule et d&#233;j&#224; des promenades r&#233;duites dans certaines prisons. Celles et ceux qui sont enferm&#233;s sont &#224; la fois en col&#232;re et inquiets : les rares mouvements et contacts qui rendent la d&#233;tention supportable disparaissent du jour au lendemain sans qu'ils et elles se sentent prot&#233;g&#233;&#8226;es pour autant. Ces mesures sont ressenties comme absurdes et m&#233;prisantes parce que le pr&#233;tendu &#171; confinement &#187; est totalement inapplicable &#224; l'int&#233;rieur des prisons. Et ce n'est pas la g&#233;n&#233;rosit&#233; de la ministre (t&#233;l&#233;vision gratuite, un maigre cr&#233;dit t&#233;l&#233;phonique et une aum&#244;ne de 40 &#8364; pour les indigents) qui va &#233;touffer les craintes &#8211; et le feu.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des r&#233;voltes contre ces mesures&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures n'emp&#234;cheront pas l'&#233;pid&#233;mie de se r&#233;pandre. Elles ne servent qu'&#224; donner des gages aux personnels de l'Administration p&#233;nitentiaire (AP), et notamment aux matons, en diminuant les mouvements &#224; l'int&#233;rieur et le nombre de fouilles &#224; effectuer ; et donc les contacts. Ils ont aussi peur du coronavirus que des mutineries : ils savent tr&#232;s bien que les prisons vont se transformer &#224; la fois en cluster (foyer d'infection) et en cocotte-minute pr&#234;te &#224; exploser. Leur syndicat majoritaire (Force ouvri&#232;re) a d&#233;j&#224; menac&#233; d'user du droit de retrait, agitant l'exemple de l'Italie o&#249;, depuis le 8 mars, des &#233;meutes ont &#233;clat&#233; dans des dizaines de prisons, causant la mort d'au moins 14 prisonniers et plusieurs &#233;vasions collectives. Sur les toits, les prisonniers crient &#171; &lt;i&gt;Libert&#224; ! &#187;&lt;/i&gt; et exigent l'&lt;i&gt;indulto &lt;/i&gt;&#8211; l'amnistie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze jours apr&#232;s, la r&#233;volte gronde dans toutes les prisons fran&#231;aises avec chaque jour des dizaines de mouvements collectifs : refus de remonter de promenade, mont&#233;es sur les toits, mutineries ; et d&#233;j&#224; des matons qui tirent, comme &#224; la maison d'arr&#234;t de Grasse (Alpes- Maritimes) et au centre de d&#233;tention d'Uzerche (Corr&#232;ze).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Il faut vider les prisons&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette ambiance que la Contr&#244;leuse g&#233;n&#233;rale des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL), Adeline Hazan, se fonde sur la protection que l'&#201;tat doit aux gens qui sont sous sa garde pour demander, le 17 mars, de &#171; &lt;i&gt;r&#233;duire la population p&#233;nale &#224; un niveau qui ne soit pas sup&#233;rieur &#224; la capacit&#233; d'accueil des &#233;tablissements &#187;&lt;/i&gt;, de &#171; &lt;i&gt;favoriser les sorties de prison et limiter les entr&#233;es &#187;&lt;/i&gt; et de &#171; &lt;i&gt;proc&#233;der sans d&#233;lai &#224; la fermeture temporaire des centres et locaux de r&#233;tention administrative &#187;&lt;/i&gt;. Du jamais vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, un texte sign&#233; par des organisations qui vont de l'Observatoire international des prisons &#224; l'Association nationale des juges de l'application des peines en passant par le Syndicat des avocats de France demande de &#171; &lt;i&gt;r&#233;duire drastiquement le nombre de personnes d&#233;tenues &#187;&lt;/i&gt;. Il &#233;num&#232;re diff&#233;rentes mani&#232;res de limiter les entr&#233;es : pr&#233;f&#233;rence aux peines alternatives, placement sous contr&#244;le judiciaire plut&#244;t qu'en d&#233;tention provisoire, report de la mise &#224; ex&#233;cution des peines de prison et limitation des comparutions imm&#233;diates, &#171; &lt;i&gt;particuli&#232;rement pourvoyeuses d'incarc&#233;rations &#187;&lt;/i&gt;. Le texte demande &#233;galement de faire sortir un maximum de personnes (en lib&#233;rant les pr&#233;venus sous contr&#244;le judiciaire, en multipliant les am&#233;nagements de peine, en anticipant les lib&#233;rations en fin de peine et en suspendant des peines pour raison m&#233;dicale). Les signataires sugg&#232;rent aussi d'augmenter les r&#233;ductions de peine, voire de voter une loi d'amnistie. De m&#233;moire de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, on n'avait jamais vu &#231;a non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus fort reste &#224; venir. Le 20 mars, la CGT p&#233;nitentiaire demande &#171; &lt;i&gt;un recours massif &#224; la gr&#226;ce individuelle pour le maximum de personnes incarc&#233;r&#233;es, en fonction du reliquat de peine restant et de la nature des infractions concern&#233;es &#187;&lt;/i&gt;. M&#234;me s'ils ne peuvent pas tout &#224; fait s'emp&#234;cher de jouer aux petits juges, ces surveillants envisagent la lib&#233;ration de presque 20 000 prisonniers condamn&#233;s &#224; des peines de moins d'un an !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tout le monde dehors !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bon, on se calme, on reprend. Pour ce qui est des centres de r&#233;tention, le CGLPL le dit : tout le monde dehors. Pour ce qui est des prisons, on prend la calculette : 18 000 courtes peines + 20 000 pr&#233;venus en attente de jugement + 1 404 personnes en semi-libert&#233; + 611 personnes en centre de peine am&#233;nag&#233;e + 20 000 prisonniers en centre de d&#233;tention (r&#233;gime soi-disant orient&#233; vers la r&#233;insertion, donc la sortie) + les malades (chiffres non fournis)&#8230; on arrive d&#233;j&#224; &#224; plus de 60 000 personnes &#224; rel&#226;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons simplement : les mineur&#183;es (804) + les plus de 60 ans et toutes les personnes qui ont d&#233;j&#224; effectu&#233; des longues peines en d&#233;passant les quinze ans d'enfermement&#8230; Bon an mal an, on y est : autant arrondir &#224; 70 000 ! Soit l'amnistie g&#233;n&#233;rale ! Les prisonniers et les prisonni&#232;res l'exigent depuis vingt ans dans les colonnes de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt;&#8211; avec un autre argumentaire, certes ; mais si l&#224;, tout le monde est d'accord, on ne va pas chipoter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et ne plus remplir les prisons !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que tous ces gens s'entendent pour d&#233;finir l'enfermement comme un risque sanitaire et fassent pression sur la ministre pour vider les prisons, m&#234;me provisoirement, c'est historique. Malheureusement, on sait que &#231;a ne suffira pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me face au p&#233;ril sanitaire, l'imp&#233;ratif s&#233;curitaire reste le ma&#238;tre mot : la machine p&#233;nale est pens&#233;e pour remplir les prisons, pas pour les vider. Nicole Belloubet le confirme d&#232;s le 20 mars en s'engageant &#224; peine &#224; &#171; &lt;i&gt;travailler sur &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;les d&#233;tenus malades et sur les personnes &#224; qui il reste un mois de d&#233;tention &#187;&lt;/i&gt;. Elle finit par promettre 5 000 lib&#233;rations &#8211; tr&#232;s loin du compte &#8211; en pr&#233;cisant qu' &#187; &lt;i&gt;il n'y aura pas d'amnistie, car il faut pr&#233;server la s&#233;curit&#233; de la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Ben tiens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux quelques &#171; &lt;i&gt;mesures qui veillent &#224; ne pas faire entrer de personnes suppl&#233;mentaires en prison &#187;&lt;/i&gt;, elles sont contredites par un amendement &#8211; adopt&#233; par l'Assembl&#233;e nationale d&#232;s le 21 mars &#8211; qui fait du non-respect &#224; quatre reprises des r&#232;gles de confinement un d&#233;lit puni de six mois d'emprisonnement. Cherchez l'erreur ! Le m&#234;me jour, quatre hommes arr&#234;t&#233;s pour ce motif ont &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;s &#224; la prison de Villepinte (Seine-Saint- Denis) en attente de jugement pour &#171; outrage et r&#233;bellion &#187; et &#171; mise en danger de la vie d'autrui &#187;&#8230; Qui met la vie de qui en danger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit d&#233;j&#224; dans toute la soci&#233;t&#233; : la coercition de la politique s&#233;curitaire du gouvernement sera inversement proportionnelle &#224; sa scandaleuse gestion sanitaire. &#199;a se fera aussi sur le dos des prisonniers et prisonni&#232;res, &#224; moins qu'ils et elles trouvent des moyens d'imposer leur lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Force, courage et d&#233;contamination,
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Envol&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;PS : le vendredi 27 mars, 21 prisonniers et 50 personnels p&#233;nitentiaires avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; test&#233;&#183;es positifs au coronavirus. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Messages et lettres de prison&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &#192; tous les fr&#233;rots en prison : &#224; partir du 19 mars, il faut qu'on bloque en promenade tous les jours jusqu'&#224; que l'&#201;tat accepte au minimum un parloir par semaine. Faut qu'on se fasse entendre bien plus haut que l'administration p&#233;nitentiaire : c'est l'&#201;tat qui dirige. Il faut faire du bruit. Ils nous disent que c'est pour quinze jours alors qu'ils savent tr&#232;s bien que c'est parti pour plusieurs mois. Ils nous privent de la seule libert&#233; qui nous reste : la visite de notre famille. Merci, et oubliez pas : l'union fait la force, ensemble on y arrivera. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Lenvolee.net&lt;/i&gt;, 18 mars.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Lib&#233;rez un peu les prisons de la surpopulation carc&#233;rale ! On veut que les surveillants soient contr&#244;l&#233;s &#224; chaque entr&#233;e, parce que &#231;a nous fait peur ; au moins leur fi&#232;vre parce que c'est eux qui vont nous le refiler. Tous les gens qui rentrent en prison aussi, qu'ils soient contr&#244;l&#233;s &#224; l'entr&#233;e, avec un registre. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Lenvolee.net&lt;/i&gt;, 19 mars.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Un message qui s'adresse &#224; l'&#201;tat et &#224; tous ceux qui r&#233;gulent les p&#233;nitenciers de France : nous voulons un d&#233;pistage au cas par cas pour chaque d&#233;tenu et membre de l'&#233;tablissement p&#233;nitentiaire. Nous voulons que les agents soient &#233;quip&#233;s de masques car c'est eux qui entrent et sortent de la prison donc c'est bien eux qui nous ram&#232;nent le coronavirus puisque nous n'avons plus de parloir. Nous voulons plus d'informations sur cette situation : cantines, parloirs, sacs de linge, activit&#233;s, car les seules informations qu'on a c'est &#224; la t&#233;l&#233;. Nous voulons du gel hydroalcoolique, des masques, du savon pour chaque d&#233;tenu. Tout ce qu'on a c'est du gel douche Tahiti. On nous offre la t&#233;l&#233; et 40 &#8364; pour les indigents, &lt;i&gt;waouh&lt;/i&gt;, quelles belles mesures par l'&#201;tat ! S'il peut faire mieux ce serait pas mal, sinon &#231;a va chauffer. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Centre p&#233;nitentiaire de B&#233;ziers (H&#233;rault), 23 mars.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Nous voulons un D&#201;PISTAGE pour chaque d&#233;tenu ainsi que pour chaque membre de l'administration p&#233;nitentiaire. &#8211; Nous souhaitons que tous les agents p&#233;nitentiaires sans exception soient &#233;quip&#233;s de gants et de masques (ce sont eux les plus expos&#233;s au virus car ce sont eux qui rentrent et sortent de l'&#233;tablissement). &#8211; Nous voulons &#234;tre inform&#233;s de l'&#233;volution de cette situation : quand les parloirs seront-ils r&#233;tablis ? Qu'en est-il des cantines ? Qu'en est-il des sacs de linge ? Qu'en est-il des soins m&#233;dicaux en cas de coronavirus ? &#8211; Et enfin, pour nous prot&#233;ger, nous aimerions que chaque d&#233;tenu ait du gel d&#233;sinfectant et un masque &#224; sa disposition (le minimum en mesures d'hygi&#232;ne actuellement). &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Revendications des prisonniers du centre de d&#233;tention d'Uzerche (Corr&#232;ze) lors de la mutinerie du 22 mars.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Nos cantines n'arrivent pas, nos parloirs ont &#233;t&#233; suspendus. Personne ne se pr&#233;occupe de notre &#233;tat de sant&#233;. On avait un co-cellulaire qui est parti, avec le masque, on l'a sorti &#224; 8 heures du soir de la cellule. On ne sait pas pourquoi. &lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;Aujourd'hui nous sommes deux personnes encore dans la cellule. Nous pr&#233;sentons des sympt&#244;mes de fi&#232;vre, le nez qui coule et la gorge qui pique. L'administration trouve une seule solution : &#8220;Vous vous &#233;touffez pas ? Y a pas de souci &#224; se faire !&#8221; &lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;J'appelle tous les d&#233;tenus de la maison d'arr&#234;t de Seysses &#224; faire une r&#233;volution g&#233;n&#233;rale. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Maison d'arr&#234;t de Seysses (Haute-Garonne), &lt;i&gt;Iaata.info&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; On est 3 dans une cellule de 9 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;. &#199;a fait une semaine qu'on a plus de parloir, qu'ils nous autorisent plus les promenades, plus rien. On a peur qu'un jour la porte s'ouvre plus, qu'on nous laisse mourir dans la cellule&#8230; Y a beaucoup de psychose qui commence &#224; s'installer dans la prison. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Maison d'arr&#234;t de Seysses, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Non, les prisons pour &#233;trangers (et &#233;trang&#232;res) n'ont pas &#233;t&#233; vid&#233;es&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les centres de r&#233;tention administrative (CRA) sont des prisons o&#249; les personnes &#171; en situation irr&#233;guli&#232;re &#187; peuvent &#234;tre enferm&#233;es jusqu'&#224; 90 jours dans l'attente de leur expulsion. Le manque de soins y est structurel. Autant dire qu'avec l'arriv&#233;e du Covid-19 et la promiscuit&#233;, les occupant&#183;es des CRA se sont retrouv&#233;&#183;es en grand danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, depuis que la propagation du virus a &#233;t&#233; reconnue comme une pand&#233;mie, les fronti&#232;res se sont ferm&#233;es entre pas mal de pays, de sorte qu'il n'y a plus d'avions. S'il ne peut plus y avoir d'expulsion, il n'y a plus de raison &#224; la r&#233;tention, qui devient donc ill&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes enferm&#233;es dans les CRA de Lille-Lesquin, Lyon, Metz, du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) et de Vincennes se sont donc r&#233;volt&#233;es d&#232;s le 15 mars. Leurs communiqu&#233;s (consultables sur &lt;i&gt;abaslescra.noblogs.org&lt;/i&gt;) exigent entre autres la lib&#233;ration de tou&#183;tes les prisonni&#232;res et prisonniers, la prise en charge de leurs soins et le r&#233;tablissement des parloirs. Le 16 mars, des prisonniers du CRA de Vincennes 1 se sont mis en gr&#232;ve de la faim. Si plusieurs dizaines de personnes ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;es, il restait, &#224; l'heure o&#249; ces lignes &#233;taient &#233;crites, une cinquantaine de personnes enferm&#233;es. Lesquelles ont commenc&#233; une nouvelle gr&#232;ve de la faim dimanche 22 mars, rejointes le lendemain par une trentaine de prisonniers de l'autre b&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rel&#226;cher la pression, il y a finalement eu pas mal de lib&#233;rations, pr&#233;fectorales ou judiciaires. Mais le 27 mars, le Conseil d'&#201;tat a rejet&#233; une demande de fermeture totale des CRA, en assurant notamment que le risque de contamination &#233;tait d&#233;sormais moins &#233;lev&#233; du fait du nombre r&#233;duit de personnes enferm&#233;es : &#171; &lt;i&gt;152 personnes &#224; la date du 26 mars &#187;&lt;/i&gt; pour un total de 1 800 places.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, si quelques CRA semblent avoir ferm&#233;, l'&#201;tat continue d'y enfermer, principalement des &#233;trangers sortant de taule. La police a par exemple annonc&#233; la fermeture du CRA de Bordeaux le 17 mars avant de le rouvrir discr&#232;tement pour y enfermer des prisonniers venus de la maison d'arr&#234;t de Mont-de-Marsan et du CRA d'Hendaye. Idem &#224; Marseille : la police a annonc&#233; la fermeture du CRA avant de r&#233;v&#233;ler son intention d'y enfermer des personnes sortant de prisons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Paroles des CRA&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; C'est simple, on demande la libert&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Du c&#244;t&#233; de l'hygi&#232;ne il y a plus rien, plus de nettoyage, rien. Les pigeons sont morts dans la cour, c'est flippant. Les draps sont d&#233;gueulasses et pas chang&#233;s, les toilettes collectives, beaucoup sont ferm&#233;es, il en reste que 3 ou 4 et on est encore une vingtaine... Parfois pendant plusieurs jours il y a plus l'OFII donc on peut rien acheter. Aussi la machine &#224; clopes elle accepte que les pi&#232;ces. &lt;i&gt;[...] &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis depuis pas mal de jours d&#233;j&#224; plus de visite, &#231;a c'est pas normal non ? C'est la d&#233;prime un peu quand m&#234;me... La bouffe c'est de la merde, le m&#234;me repas chaque jour... On a aussi un petit morceau de pain de genre 5 cm, c'est pas assez... Et il y en a qui mangent pas de porc, mais la police, ils veulent rien changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; il y a encore cinq &#224; six jours, il y en a qui ont &#233;t&#233; emmen&#233;s &#224; l'a&#233;roport. De retour au CRA, ils ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s. C'est arriv&#233; &#224; une dizaine de personnes &#224; peu pr&#232;s. Mais depuis plusieurs jours, il n'y a plus de lib&#233;rations, on sait pas pourquoi. Par contre ils nous ont donn&#233; des dates de jugement &lt;i&gt;[pour d&#233;cider la prolongation de la r&#233;tention ou de la lib&#233;ration] &lt;/i&gt; : 28 mars, 30 mars&#8230; jusqu'au 7 avril pour certains, c'est pas possible ! &#192; part deux ou trois, on est toujours tous en gr&#232;ve de la faim ; c'est simple, on demande la libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;CRA de Vincennes (Val-de-Marne), 23 mars.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Ils ont endormi tout le monde en disant que le CRA &#233;tait ferm&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le CRA c'est le d&#233;sert, en ce moment : la Cimade &lt;i&gt;[association de soutien aux exil&#233;&#8226;es] &lt;/i&gt;est pas l&#224;, l'OFII &lt;i&gt;[Office fran&#231;ais de l'immigration et de l'int&#233;gration] &lt;/i&gt;non plus et l'&#233;quipe de nettoyage non plus. [...] Les chambres sont sales, les toilettes et les douches c'est pire. Ils ont endormi tout le monde en disant que le CRA &#233;tait ferm&#233;, et par derri&#232;re ils ont rempli ; c'est du foutage de gueule ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;CRA d'Hendaye (Pyr&#233;n&#233;es-Atlantiques), 20 mars.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Soit on nous renvoie, soit ils nous lib&#232;rent &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; On n'est plus que 8, 10 dans tous les b&#226;timents. &lt;i&gt;[...] &lt;/i&gt;Apparemment ils veulent me renvoyer au pays ; mais avec la maladie, y a plus de vols vers chez moi. Je sors de quatre ans pleins de prison, et au lieu de respirer, de souffler un peu, ils m'ont p&#233;t&#233; direct et ils m'ont ramen&#233; l&#224;. Les personnes qui restent, on demande tous la m&#234;me chose : soit on nous renvoie dans un pays, soit ils nous lib&#232;rent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;CRA de Marseille, 21 mars&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Olivier s'est envol&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En plein bouclage, on a re&#231;u la mauvaise nouvelle. Le crabe avait emport&#233; Olivier, membre du collectif &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;&#199;a n'a rien &#224; voir avec le coronavirus, mais ce monde mortif&#232;re y est pour beaucoup : samedi 28 mars, vers 21 heures, Olivier s'est envol&#233;, il a quitt&#233; la soci&#233;t&#233; anonyme pour se natchave vers un autre monde, rejoignant ses vieux amis Daniel (le colonel), Hafed, Yann, Taleb, Somp, Cakes et tant d'autres. &#187;&lt;/i&gt; Chiennerie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout connu comme &#171; Olivier de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &#187;&lt;/i&gt; (mais aussi Z&#233; Migro), Olive s'&#233;tait consacr&#233; sans compter au journal et &#224; l'&#233;mission de radio qui sert de portevoix des taulard.es depuis sa cr&#233;ation en 2001. &#192; la fin des ann&#233;es 1970, au lyc&#233;e de Fontenay-sous-Bois, il s'&#233;tait li&#233; &#224; son prof d'histoire, l'ex-situationniste Daniel Joubert, qui apprenait &#224; ses &#233;l&#232;ves les rudiments du foutage de bordel. Avec lui et quelques autres, ils fonderont la revue &lt;i&gt;L'Exag&#233;r&#233; &lt;/i&gt;(1987-1988) et participeront au d&#233;but de &lt;i&gt;Mordicus &lt;/i&gt;(1990). Olivier fut aussi l'un des initiateurs de la revue itin&#233;rante &lt;i&gt;TicTac &lt;/i&gt;(1994-1996). Plut&#244;t que suivre une voie de r&#233;ussite qui aurait pu s'offrir &#224; lui (il a &#233;t&#233; plus jeune normalien de France), il a pr&#233;f&#233;r&#233; entretenir des situations riches en potentiel rock'n'roll et subversif : comme organiser une f&#234;te de la musique sauvage &#224; deux pas de la prison de la Sant&#233;, ou des &#171; balades &#187; parisiennes durant le mouvement des ch&#244;meurs de 1997-1998, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut aussi un des moteurs dans la publication des &#233;crits in&#233;dits d'Alexandre Marius Jacob, le fameux cambrioleur anarchiste marseillais, aux &#233;ditions L'Insomniaque en 1996. Ainsi que de l'anthologie de textes anti-carc&#233;raux &lt;i&gt;Au pied du mur. 765 raisons d'en finir avec les prisons &lt;/i&gt;(L'Insomniaque, 2000), et le recueil des lettres de prison du regrett&#233; Hafed Benotman (&lt;i&gt;&#199;a valait pas la peine mais &#231;a valait le coup&lt;/i&gt;, &#233;ditions du bout de la ville, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce bon camarade, l'esprit de bande comptait avant tout... et &#224; toutes ces bandes-l&#224;, dissoutes ou reconstitu&#233;es, il va terriblement manquer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Envol&#233;e ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2001, &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, c'est une &#233;mission et un journal faits par d'anciens prisonniers, d'anciennes prisonni&#232;res et des proches. L'&#233;mission est diffus&#233;e le vendredi de 19 h &#224; 20 h 30 sur FPP (106.3 MHz en &#206;le-de-France), sur Lenvolee. net et les plateformes de podcast. Face &#224; la situation actuelle, nous produisons un bulletin d'information tous les jours &#224; 19 h. Analyses, infos, messages vocaux de prisonniers, prisonni&#232;res et proches re&#231;us au 07 52 40 22 48 ; &#224; Radio FPP &#8211; L'Envol&#233;e, 1 rue de la Solidarit&#233;, 75019 Paris ; sur Instagram, Twitter, Facebook et Snapchat.&lt;/p&gt;
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