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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; On cherche &#224; nous ub&#233;riser &#187;</title>
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		<dc:creator>Francesco Nocera</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Parti d&#233;but mars de l'Od&#233;on, &#224; Paris, le mouvement d'occupation des th&#233;&#226;tres a essaim&#233; dans plusieurs r&#233;gions. Et notamment en Alsace, o&#249; le Th&#233;&#226;tre national de Strasbourg est occup&#233; &#224; son tour. Trois questions &#224; Quentin, &#233;tudiant com&#233;dien. C'est un mouvement pour la culture, certes, mais aussi pour les pr&#233;caires du secteur &#8211; et les autres, tous ceux qui sont frapp&#233;s de plein fouet par la crise &#233;conomique li&#233;e au Covid-19. Les revendications ? Multiples. Entre autres : la r&#233;ouverture des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/culture-959" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/secteur" rel="tag"&gt;secteur&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parti d&#233;but mars de l'Od&#233;on, &#224; Paris, le mouvement d'occupation des th&#233;&#226;tres a essaim&#233; dans plusieurs r&#233;gions. Et notamment en Alsace, o&#249; le Th&#233;&#226;tre national de Strasbourg est occup&#233; &#224; son tour. Trois questions &#224; Quentin, &#233;tudiant com&#233;dien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un mouvement pour la culture, certes, mais aussi pour les pr&#233;caires du secteur &#8211; et les autres, tous ceux qui sont frapp&#233;s de plein fouet par la crise &#233;conomique li&#233;e au Covid-19. Les revendications ? Multiples. Entre autres : la r&#233;ouverture des salles de spectacle, une seconde &#171; ann&#233;e blanche &#187; pour les intermittents, mais aussi l'annulation de la r&#233;forme du ch&#244;mage cens&#233;e entrer en vigueur au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juillet et qui entra&#238;nera une baisse de revenus pour plus d'un million d'allocataires. Entretien express avec Quentin, un &#233;tudiant com&#233;dien participant actuellement &#224; l'occupation du Th&#233;&#226;tre national de Strasbourg (TNS).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui vous a amen&#233;s &#224; occuper le TNS ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'Od&#233;on a &#233;t&#233; occup&#233; par les syndicats et les pr&#233;caires, on en a tout de suite parl&#233; entre nous. C'&#233;tait l'une des rares fois, d'ailleurs, o&#249; les deux promotions &lt;i&gt;[de l'&#233;cole]&lt;/i&gt; du TNS se sont rassembl&#233;es (entre 40 &#224; 50 &#233;l&#232;ves) pour discuter de ce qu'il se passe actuellement, et de ce que &#231;a peut signifier pour notre avenir. Et on s'est vite rendu compte que l'occupation &#233;tait la meilleure solution &lt;i&gt;[pour porter leurs revendications actuelles, NDLR]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s un an de crise sanitaire, avec toutes les cons&#233;quences que nous connaissons, comment vivez-vous les choses en tant qu'artistes en formation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au sein de l'&#233;cole, a contrario du flou qui r&#232;gne au niveau national, nous sommes dans un vrai cocon, prot&#233;g&#233;. Malgr&#233; la crise sanitaire, nos formations sont assur&#233;es &lt;i&gt;[en pr&#233;sentiel]&lt;/i&gt;. Tout est tr&#232;s encadr&#233; et bien g&#233;r&#233; pour qu'on puisse travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, c'est autre chose. D&#233;j&#224;, il y a cet &#233;norme flou de la part de l'&#201;tat, qui a nourri notre col&#232;re et notre envie de se mobiliser. Nous n'avons pas de dates de r&#233;ouverture, mais ce n'est pas le plus grave : surtout, on ne sait pas quel sera l'&#233;tat de notre m&#233;tier par la suite. Personnellement, quand je suis rentr&#233; dans cette &#233;cole, j'avais l'espoir d'acc&#233;der au statut d'intermittent. De pouvoir jouer des pi&#232;ces tr&#232;s diff&#233;rentes gr&#226;ce &#224; la souplesse que permet ce r&#233;gime tr&#232;s particulier qu'est l'intermittence. Et quand j'entends que l'on veut le d&#233;molir tout comme, de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, l'assurance ch&#244;mage, &#231;a me met tr&#232;s en col&#232;re. Nous au contraire, on est partisans de l'&#233;largissement de l'intermittence. C'est une question cruciale pour nous, parce qu'il y a des m&#233;tiers fr&#232;res au n&#244;tre qui n'y acc&#232;dent pas et qui vont &#234;tre directement impact&#233;s par cette r&#233;forme. Alors, qu'en fait, ce sont des gens qui travaillent avec nous dans les th&#233;&#226;tres... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; ton avis, quels seraient les leviers autres que l'occupation des th&#233;&#226;tres, pour essayer de faire changer les choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour la loi Travail, c'&#233;tait un million de personnes dans la rue et malgr&#233; tout ils l'ont quand m&#234;me fait passer... On se pose ces questions. On ne sait pas si on a le bon levier d'action. Mais, au moins, on aura lanc&#233; collectivement une r&#233;flexion sur l'organisation politique de nos m&#233;tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'il existe des alternatives, des moyens d'autogestion que l'on &#233;prouve &#224; notre petite &#233;chelle, ici au TNS. Mais c'est aussi ce que l'on invente : comment est-ce qu'on essaie de s'affranchir de cette esp&#232;ce de course &#224; la comp&#233;titivit&#233; de nos m&#233;tiers qui est toujours dans la recherche de subventions, de la constitution de dossiers, d'appels &#224; projet, etc. On cherche &#224; nous ub&#233;riser, et c'est quelque chose qu'on refuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Francesco Nocera&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour l'h&#244;pital : de la maille, pas des m&#233;dailles !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Pour-l-hopital-de-la-maille-pas</link>
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		<dc:date>2020-06-15T16:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, Francesco Nocera, Iffik Le Guen, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>place</dc:subject>
		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons. En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/gouvernement" rel="tag"&gt;gouvernement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/crise" rel="tag"&gt;crise&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/L-hopital" rel="tag"&gt;L'h&#244;pital&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH510/-1547-d2efd.jpg?1779602797' width='400' height='510' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la fatigue, le traumatisme des moments durs et une m&#233;fiance solide envers les fumeuses promesses du gouvernement. Une &#233;vidence : les probl&#232;mes structurels du service public de la sant&#233; demeurent. Une certitude : dans le &#171; monde d'apr&#232;s &#187;, rien ne sera obtenu sans lutte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Prud'homme est infirmier anesth&#233;siste et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Force ouvri&#232;re aux H&#244;pitaux universitaires de Strasbourg. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La &#8220;m&#233;daille de l'engagement&#8221; serait de l'ordre du risible si la situation n'&#233;tait pas aussi s&#233;rieuse &#8211; ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe. Ce n'est pas faute d'avoir averti les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; depuis vingt ans. Ce que nous avons toujours revendiqu&#233;, ce sont justement des conditions de travail correctes. En clair : mettre fin &#224; la gestion &#224; flux tendu, &#233;puisante pour l'ensemble des personnels et qui a fait que la priorit&#233; aux soins a recul&#233; devant les logiques purement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prime est une bonne chose et la revalorisation salariale annonc&#233;e ne peut que nous satisfaire. Il reste &#224; d&#233;couvrir ce que contiendra effectivement le plan S&#233;gur. Car si la question reste uniquement salariale, sans r&#233;ponse de fond, les probl&#232;mes de l'ensemble de la cha&#238;ne hospitali&#232;re publique resteront les m&#234;mes. L'h&#244;pital public a vu son financement ass&#233;ch&#233; par la baisse et le gel des cotisations sociales depuis des ann&#233;es. Des h&#244;pitaux ont d&#251; contracter des emprunts toxiques qui n'ont fait que d&#233;multiplier leurs difficult&#233;s. R&#233;sultat : les patients et les personnels en paient le prix aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Leurs annonces ne valent rien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille* est infirmi&#232;re aux urgences dans un h&#244;pital priv&#233; des Bouches-du-Rh&#244;ne. Fin mars, elle nous expliquait que la crise sanitaire &#233;tait le r&#233;sultat de choix politiques d&#233;sastreux. Deux mois plus tard, elle ne d&#233;col&#232;re pas. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous mes coll&#232;gues, je suis &#233;puis&#233;e. Fatigu&#233;e par le climat anxiog&#232;ne et par nos nouvelles conditions de travail : bosser avec un masque, transpirer dans ses couches de v&#234;tements, sa blouse et sa surblouse, puis se changer entre chaque patient. G&#233;rer l'anxi&#233;t&#233; des patients, augment&#233;e par l'interdiction des visites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne jamais conna&#238;tre son emploi du temps d'une semaine sur l'autre, ne jamais pouvoir se projeter, &#231;a aussi c'est &#233;reintant. C'est l&#224; que tu te rends compte que la conscience professionnelle des soignants est dingue. Au mois de mai, j'ai travaill&#233; 180 heures et aucune n'a &#233;t&#233; pay&#233;e en heure suppl&#233;mentaire. Je n'ai pas non plus touch&#233; la prime Urgences alors que j'y travaille depuis plusieurs mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre motif de fatigue : le cirque m&#233;diatique et les fausses r&#233;ponses politiques. Chez les soignants, on a us&#233; de l'&#233;nergie en s'&#233;nervant sur les discours autour des masques d'abord jug&#233;s inutiles, puis bient&#244;t obligatoires. On est dans une politique du spectacle : il y a eu des TGV et des avions affr&#233;t&#233;s, un h&#244;pital militaire parce que &#231;a fait bien &#224; la t&#233;l&#233;. Mais la base &#233;l&#233;mentaire, l'&#233;ducation &#224; la sant&#233; publique, n'a pas &#233;t&#233; dispens&#233;e. Personne n'a vraiment expliqu&#233; aux gens comment se laver les mains, comment retirer un masque ou des gants. Il aurait fallu mettre en place des tentes en ext&#233;rieur dans lesquels des soignants auraient renseign&#233; sur la conduite &#224; tenir. Au lieu de &#231;a, on a eu droit &#224; des flashs info en boucle qui ont paniqu&#233; la population et ne lui ont pas permis de s'autonomiser. Pourtant, il y avait du personnel disponible pour &#231;a : les soignants dont les services avaient ferm&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il faut d&#233;fendre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un h&#244;pital ne fonctionne pas sans brancardiers, sans aides-soignantes, sans travailleurs des services d'hygi&#232;ne. Ce qu'on veut, c'est la revalorisation de l'h&#244;pital entier. Et puis quand ils parlent d'une prime aux soignants, c'est qui pour eux les soignants ? Pourquoi cette prime ne concerne-t-elle que l'h&#244;pital ? L'aide-soignante en Ehpad ne l'a pas m&#233;rit&#233;e, peut-&#234;tre ? Cette prime, c'est pas ce qu'on demande, on n'en a d'ailleurs pas encore vu la couleur. Leurs annonces ne valent rien : le vendredi avant le d&#233;confinement ils ont enlev&#233; les renforts, des fois qu'on voudrait se reposer. Et puis aucun repr&#233;sentant des soignants n'a &#233;t&#233; invit&#233; pour pr&#233;parer leur grand plan S&#233;gur de la sant&#233;. Il n'y a que des PDG et des m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, le gouvernement est en train d'essayer de casser le soutien aux soignants. La crise du Covid est arriv&#233;e sur fond de climat social tendu et elle a notamment mis un stop aux mobilisations des Gilets jaunes qui &#233;taient attentifs &#224; la question des soignants. Tout comme l'&#233;tait le mouvement contre la r&#233;forme des retraites. Quand le gouvernement annonce une prime de 1 500 &#8364; pour nous, c'est violent pour les personnes qui ont subi de plein fouet la crise sanitaire, qui n'ont plus de revenus ou sont pay&#233;es au Smic. Pareil pour le dispositif permettant aux travailleurs de nous offrir leurs cong&#233;s. Jamais on ne voudrait des cong&#233;s des gens ! Ils en remettent une couche en expliquant que la revalorisation des salaires des soignants va demander un effort &#224; tout le monde. En fait, ils sont en train de faire croire que les soignants sont devenus des privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tirait la sonnette d'alarme depuis longtemps. Maintenant on n'en est plus l&#224; : c'est arriv&#233;. On a maltrait&#233; les soignants, donc maltrait&#233; les patients. Le bilan est dramatique. On compte les morts mais la souffrance, elle, n'est pas quantifiable. Dans les Ehpad ou dans les centres pour personnes handicap&#233;es, on a laiss&#233; les gens souffrir, voire mourir seuls. On les a abandonn&#233;s parce qu'on a tout mobilis&#233; sur la sant&#233; de ceux qui repr&#233;sentent la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant il faut un recrutement massif, arr&#234;ter de traiter l'h&#244;pital comme une entreprise. Le fric est l&#224; mais ils l'injectent pour sauver Air France ou Renault. Je suis d&#233;go&#251;t&#233;e. Si &#231;a continue comme &#231;a, on va se retrouver avec un syst&#232;me de sant&#233; &#224; l'am&#233;ricaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Euphrasie* est &#233;tudiante infirmi&#232;re en Occitanie. &#201;puis&#233;e apr&#232;s deux mois intenses en service de r&#233;animation, elle estime qu'il n'y a rien &#224; attendre des promesses gouvernementales. Et que la lutte passera par la rue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cette fin mai, tu es en arr&#234;t-maladie pour cause d'&#233;puisement. Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une sorte d'&#233;puisement psychique, ou &#233;motionnel. Je n'ai pas trop vu les choses venir : il y a eu ma &#8220;r&#233;quisition&#8221; ainsi que celle de mes camarades, la derni&#232;re semaine de mars, dans le service de r&#233;animation en tant que stagiaire &#8220;en renfort&#8221;. S'adapter &#224; une &#233;quipe en place n'est jamais facile &#8211; surtout quand certains titulaires m&#233;prisent les stagiaires &#8211; et encore moins dans ce contexte. Il y a eu de la tension en permanence, les restrictions de mat&#233;riel, ma propre peur, celle de mes proches, les malades en souffrance, les angoisses des familles&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien que &#171; stagiaire &#187;, tu as boss&#233; &#224; plein temps. &#192; quel tarif as-tu &#233;t&#233; pay&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon indemnit&#233; de stage &#233;tait de 38 &#8364; par semaine. Nous sommes en attente d'une augmentation de prime allou&#233;e par la R&#233;gion. Il a fallu des p&#233;titions et des pressions syndicales importantes pour &#234;tre reconnus comme &#8220;aidants&#8221; et non plus comme &#8220;esclaves&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels moments t'ont marqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au niveau des choses positives, il y a eu tout ce qu'on a fait pour que l'humain ait sa place. Si les familles sont interdites en r&#233;a, il n'&#233;tait pas envisageable que la restriction de mat&#233;riel (masques, surblouses) pr&#233;vale sur la d&#233;tresse des patients et de leur famille. On s'est donc rapidement &#8220;arrang&#233;&#8221; pour que les patients gardent un contact avec leurs proches. Via les &#8220;visio&#8221; ou t&#233;l&#233;phones, mails et exceptionnellement des visites. Dans l'ensemble, notre &#233;quipe &#233;tait tr&#232;s soud&#233;e, avec de belles solidarit&#233;s. D'ailleurs, on a &#233;t&#233; nourris par des restos ou des gens de l'ext&#233;rieur pendant plusieurs semaines. Je garde aussi en t&#234;te le souvenir du premier patient sorti de r&#233;a avec une haie d'honneur sous nos applaudissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi eu des moments terribles. Par exemple la d&#233;tresse des patients qui arrivent encore conscients et pour qui r&#233;animation &#233;tait synonyme de mort. Les m&#233;dias hyper anxiog&#232;nes ont d'ailleurs bien contribu&#233; &#224; majorer leurs angoisses. Cela s'est traduit par des refus de soins, ce qui nous a demand&#233; beaucoup de patience et de n&#233;gociation. Et puis on recrachait un discours rassurant sans avoir aucun recul sur le coronavirus, ne sachant pas vers quoi nous allions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont d'apr&#232;s toi les le&#231;ons &#224; tirer de cette &#171; crise Covid &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La sant&#233; est affaire de gros sous. Le gouvernement ne fera rien pour nous. Nous avons manifest&#233; sous les coups de la police pendant de longs mois auparavant. D&#233;j&#224; &#224; Nancy ou ailleurs, des suppressions de lits et de postes sont pr&#233;vues. Il n'y a rien &#224; attendre de ces politiques. Ce que je veux ? Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini. La lutte est dans la rue, elle est violente. L'h&#244;pital est totalement d&#233;labr&#233; et les soignants continuent de bosser, s'appuyant sur leurs ressources personnelles et certaines convictions encore vivantes pour le secteur public. Mais jusqu'&#224; quand ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cette prime n'endort personne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour avec Greg, infirmier et syndicaliste au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Timone, sur la fa&#231;on dont les &#233;quipes soignantes ont affront&#233; les deux mois d'&#233;pid&#233;mie &#224; Marseille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'estimer chanceux que l'&#233;pid&#233;mie ait touch&#233; Marseille en d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#233;picentre alsacien. Cela a permis de profiter des mesures de confinement pour freiner la circulation du virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai, nous avons hiss&#233; sur la fa&#231;ade du CHU une banderole au slogan &#233;vocateur : &#8220;&lt;i&gt;Ni m&#233;daille ni charit&#233;&lt;/i&gt;&#8221;. Et qu'a fait le directeur g&#233;n&#233;ral de l'AP-HM lors d'un de ses d&#233;placements ext&#233;rieurs ? Il s'est affich&#233; visitant un local dans lequel s'activaient des couturi&#232;res b&#233;n&#233;voles pour confectionner des surblouses de protection. Qu'a promis Emmanuel Macron le 13 mai ? Une m&#233;daille et une place pour les soignants lors du d&#233;fil&#233; du 14 juillet. On n'est jamais compl&#232;tement arm&#233; contre un foutage de gueule &#224; ce point d&#233;complex&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu prendre le pouls de l'ensemble du personnel d&#232;s que les &#8220;cellules Covid&#8221; nous ont autoris&#233;s &#224; nous r&#233;unir physiquement en respectant les mesures de s&#233;curit&#233; sanitaire. Tous et toutes, administratifs compris, ont parl&#233; du poids de la fatigue et de l'angoisse face au manque de mat&#233;riel, de la col&#232;re aussi. Tous et toutes ont dit s'&#234;tre sentis abandonn&#233;.es par des employeurs incapables de les prot&#233;ger. La d&#233;fiance est grande envers le gouvernement, le directeur g&#233;n&#233;ral de la Sant&#233;, les responsables de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; et leurs discours remplis de h&#233;ros, de sacrifices et de vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a la fameuse prime de 1 500 &#8364;. Mais il s'agit surtout d'une op&#233;ration de communication pour faire taire les revendications et diviser les soignants. Tout d'abord, une distinction macabre est faite entre les d&#233;partements en fonction du nombre de morts. Les plus &#8220;l&#233;taux&#8221; seront bien dot&#233;s tandis que les autres n'auront rien &#8211; alors qu'ils ont peut-&#234;tre tout simplement bien g&#233;r&#233; la crise. Ensuite, l'enveloppe budg&#233;taire est insuffisamment provisionn&#233;e au niveau national et c'est aux dirigeants locaux de la compl&#233;ter. Mais comme ils savent que l'&#201;tat leur demandera de rendre des comptes sur leurs d&#233;penses, que leur carri&#232;re reste &#233;troitement li&#233;e aux &#233;conomies budg&#233;taires, ils essayent de gratter sur le montant de la prime en multipliant les crit&#232;res d'exclusion et de r&#233;duction. Cette prime n'endort personne, m&#234;me si elle va mettre du beurre dans les &#233;pinards de celles et ceux qui ont les r&#233;mun&#233;rations les plus faibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Blouses blanches, col&#232;re noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;unions reprenant entre nous et la direction, on s'est attel&#233;s &#224; faire le bilan de la crise. Dans notre ligne de mire, le Comit&#233; interminist&#233;riel de performance et de la modernisation de l'offre de soins (Copermo) qui pr&#233;voit la suppression de 1 000 postes (soignants et administratifs) et la fermeture de 400 lits &#224; Marseille. Pour l'instant, nous n'avons obtenu que sa suspension. Par ailleurs, si les mots ont chang&#233; avec la crise sanitaire et ses cons&#233;quences sur l'organisation du travail &#8211; retours d'exp&#233;rience, t&#233;l&#233;travail, t&#233;l&#233;consultation, coordination avec le priv&#233; &#8211;, les objectifs demeurent. Leur r&#233;alisation conna&#238;tra peut-&#234;tre m&#234;me une nouvelle ardeur &#224; l'occasion du grand S&#233;gur de la sant&#233; lanc&#233; le 25 mai. L&#224; aussi le lexique employ&#233; n&#233;cessite un d&#233;codeur : promotion de la &#8220;souplesse&#8221; des &#233;quipes ou de la &#8220;mobilit&#233;&#8221; des agents &#8211; pour ne pas dire &#8220;flexibilit&#233;&#8221;, terme d&#233;sormais trop connot&#233;. Comme le gouvernement l'avait fait avec les instituteurs pr&#233;c&#233;demment, on sent pointer &#224; l'horizon une vieille lune des technocrates n&#233;olib&#233;raux : en finir avec les 35 heures en conditionnant une augmentation des salaires &#224; un assouplissement du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pas un mot sur l'&#233;volution de la grille indiciaire qui permettrait une v&#233;ritable revalorisation des traitements dans la fonction publique hospitali&#232;re. &lt;i&gt;Nada&lt;/i&gt; &#233;galement sur l'arr&#234;t des fermetures de lits et des fusions de services. &#192; la place, un discours ahurissant sur des r&#233;formes qui n'ont pas &#233;t&#233; assez rapides ! &#192; 20 h 05 &#224; la t&#233;l&#233;, un assaut de bonnes intentions pour renforcer l'&#201;tat-providence. Dans les coulisses, une note de la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations d&#233;bordant de propositions favorables &#224; la privatisation du syst&#232;me de sant&#233; : du d&#233;veloppement des partenariats public-priv&#233; au rapprochement entre m&#233;decine de ville (lib&#233;rale) et h&#244;pital public en passant par la place grandissante accord&#233;e aux soins ambulatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le carton plein pour le pouvoir actuel serait le d&#233;mant&#232;lement du statut de la fonction publique d&#233;j&#224; partiellement engag&#233; avec le plan de r&#233;formes &#8220;Action publique 2022&#8221; qui facilite le recours aux contractuels. Concernant l'h&#244;pital, ils ont d&#233;j&#224; un cheval de Troie id&#233;al : le statut d'&#233;tablissement priv&#233; &#224; but non lucratif, lequel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; adopt&#233; par l'H&#244;pital europ&#233;en et l'h&#244;pital Saint-Joseph &#224; Marseille. Les salari&#233;s y sont sous contrat comme dans une clinique et ne disposent plus d'aucun des droits protecteurs associ&#233;s au statut de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation est en train de monter et devrait culminer lors de la manifestation intersyndicale du 16 juin &#8211; malgr&#233; la fatigue, la crainte d'&#234;tre r&#233;prim&#233;, les divisions traditionnelles qui peuvent ressortir &#224; tout moment... Parce qu'alors que la direction ne cesse de dire &#8220;&lt;i&gt;On a bien g&#233;r&#233; la situation&lt;/i&gt;&#8221;, les coll&#232;gues savent bien qu'ils ont &#233;t&#233; les seuls &#224; devoir faire face &#224; cette crise. Nous &#233;tions plusieurs centaines le 26 mai pour l'action men&#233;e lors du premier &#8220;mardi de la col&#232;re&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne* est cadre de sant&#233; en canc&#233;rologie dans un h&#244;pital du Grand Est. En charge de deux &#233;quipes, elle estime que le gouvernement a failli dans sa gestion de crise &#8211; et pas qu'un peu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, mes coll&#232;gues ont peur qu'une m&#233;daille remplace une augmentation salariale et les recrutements qui s'imposent pour bien faire fonctionner les services. On se dit que c'est encore un &#233;cran de fum&#233;e. Ce que les gens attendent autour de moi, c'est des moyens pour bien travailler, en termes de mat&#233;riel et de conditions de travail, ainsi que la reconnaissance de leur total investissement depuis le d&#233;but de cette crise. Et depuis bien avant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide. Nous avons re&#231;u des visi&#232;res imprim&#233;es en 3D par un collectif alsacien et tout un tas de mat&#233;riel qui ne venait pas de l'&#201;tat, mais par exemple d'entreprises. Je ne sais pas ce que &#231;a aurait donn&#233; si on avait d&#251; compter uniquement sur la r&#233;action du gouvernement. En fait, toutes ses mises en place logistiques ont tr&#232;s peu servi &#224; mes &#233;quipes. Pour le dire vite, c'est le r&#233;seau d'entraide qui a &#233;t&#233; le plus efficace et le plus r&#233;actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des annonces et du plan S&#233;gur, je suis dubitative. Surtout, j'ai entendu des membres de la majorit&#233; dire des choses d&#233;montrant qu'ils ne vivent pas dans le m&#234;me monde. Encore ce matin &lt;i&gt;[26 mai]&lt;/i&gt;, j'ai entendu l'un d'eux affirmer que les 35 heures &#224; l'h&#244;pital &#233;taient une b&#234;tise et que les infirmi&#232;res sont oblig&#233;es de faire des m&#233;nages parce qu'on ne leur propose pas de travailler plus. &#199;a, quand m&#234;me, il faut se l'entendre dire ! Quand on sait que le nombre d'heures suppl&#233;mentaires effectu&#233;es d&#233;passe largement les quotas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prime ponctuelle ne va calmer personne. Ce que nous voulons, nous le crions haut et fort depuis des ann&#233;es. Et malgr&#233; tout, tu en as qui sont capables de dire que ce que le personnel soignant r&#233;clame d'abord avant tout, c'est de pouvoir travailler plus. C'est compl&#232;tement fou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret, Iffik Le Guen, Francesco Nocera &amp; Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Morts de la rue : la liste infinie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francesco Nocera</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e, &#224; l'arriv&#233;e du froid, les pouvoirs publics vantent leurs dispositifs d'h&#233;bergement d'urgence pour les sans-logis. Chaque ann&#233;e pourtant, les victimes mortelles de l'exclusion sociale se comptent par centaines, voire par milliers. Le collectif Les Morts de la rue se bat pour leur dignit&#233;. Tout en haut de la liste, il y a ces deux pr&#233;noms : Damian et Ladislav. Il y a leur &#226;ge, 38 et 37 ans, puis un lieu : le 10e arrondissement de Paris. Viennent ensuite Jeff, 34 ans, &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mortimer" rel="tag"&gt;Mortimer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/morts" rel="tag"&gt;morts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/rue" rel="tag"&gt;rue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Strasbourg" rel="tag"&gt;Strasbourg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Guillaume-Keller-Ruscher" rel="tag"&gt;Guillaume Keller-Ruscher&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-hebergement" rel="tag"&gt;d'h&#233;bergement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e, &#224; l'arriv&#233;e du froid, les pouvoirs publics vantent leurs dispositifs d'h&#233;bergement d'urgence pour les sans-logis. Chaque ann&#233;e pourtant, les victimes mortelles de l'exclusion sociale se comptent par centaines, voire par milliers. Le collectif Les Morts de la rue se bat pour leur dignit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1398-8b67d.jpg?1779622900' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mortimer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;out en haut de la liste, il y a ces deux pr&#233;noms : Damian et Ladislav. Il y a leur &#226;ge, 38 et 37 ans, puis un lieu : le 10&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris. Viennent ensuite Jeff, 34 ans, &#224; Cavaillon (Vaucluse) ; Thibaut, 26 ans, &#224; Grenoble (Is&#232;re) ; et enfin Willy, 47 ans, au Kremlin-Bic&#234;tre (Val-de-Marne). Pour tous, la m&#234;me date : 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but octobre, le collectif Les Morts de la rue (CMDR) d&#233;comptait d&#233;j&#224; 317 d&#233;c&#232;s de personnes &#171; &lt;i&gt;sans chez-soi&lt;/i&gt; &#187; en 2019 dans l'Hexagone&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La liste est disponible sur le site du CMDR : Mortsdelarue.org.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Pour toute l'ann&#233;e 2018, il en avait recens&#233; 566. Le nombre r&#233;el est sans doute &#171; &lt;i&gt;trois ou quatre fois sup&#233;rieur&lt;/i&gt; &#187;, estime Guillaume Keller-Ruscher, de l'association strasbourgeoise Grain de Sable, relais alsacien du CMDR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les m&#233;dias n'en parlent qu'en hiver, la Grande Faucheuse ne prend pas de cong&#233;s avec le retour des hirondelles : dans la rue, on meurt toute l'ann&#233;e. Et on y meurt jeune : sur la p&#233;riode 2018-2019, le CMDR a calcul&#233; un &#226;ge moyen de d&#233;c&#232;s de 48 ans, l&#224; o&#249; le quidam moyen peut esp&#233;rer d&#233;passer les 82 ans...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Manque de moyens&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces constats accablants posent &#233;videmment la question de la prise en charge sociale de la grande pauvret&#233;, alors que le 115 &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plateforme t&#233;l&#233;phonique cens&#233;e proposer des h&#233;bergements d'urgence.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; est structurellement satur&#233;. &#171; &lt;i&gt;En hiver, l'h&#233;bergement d'urgence, c'est beaucoup de pub. Les pouvoirs publics disent qu'ils vont rajouter des structures d'h&#233;bergement, mais c'est toute l'ann&#233;e que le manque se fait sentir&lt;/i&gt; &#187;, recadre Guillaume Keller-Ruscher. Du reste, en 2018, le gouvernement a d&#233;cid&#233; de sabrer 57 millions d'euros en quatre ans aux centres d'h&#233;bergement et de r&#233;insertion sociale (CHRS), un dispositif de prise en charge de moyen et long termes. Le raisonnement essentiel semble &#234;tre la r&#233;duction des co&#251;ts, la logique &#233;tant de &#171; &lt;i&gt;rogner sur les personnels&lt;/i&gt; &#187;, analyse Guillaume Keller-Ruscher. Un exemple ? &#171; &lt;i&gt;Les accueils de nuit, o&#249; il s'agit de passer par des veilleurs de nuit plut&#244;t que par des travailleurs sociaux. Une logique de l'&#8220;efficience&#8221; se met tout simplement en place.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre r&#233;alit&#233; piquante : d'apr&#232;s les donn&#233;es du CMDR, environ 30 % des morts de la rue sont des exil&#233;s. Pour les demandeurs d'asile, les places d'h&#233;bergement de droit manquent par dizaines de milliers. Et puis, &#171; &lt;i&gt;une fois qu'ils sont d&#233;bout&#233;s et qu'ils n'ont pas de titre de s&#233;jour, c'est comme s'ils n'existaient plus pour les institutions&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Germain Mignot, de Caritas Strasbourg. Gageons que la circulaire &#233;mise cet &#233;t&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur n'arrangera rien : elle demande que les Services int&#233;gr&#233;s de l'accueil et de l'orientation (SIAO) communiquent chaque mois &#224; l'Ofii (Office fran&#231;ais de l'immigration et l'int&#233;gration) la liste des personnes demandeuses d'asile ou r&#233;fugi&#233;es h&#233;berg&#233;es par le 115. De quoi en inciter plus d'un &#224; pr&#233;f&#233;rer la rue &#224; un foyer d'o&#249; il risquerait l'expulsion vers le pays qu'il a fui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre l'oubli &#233;ternel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e, ce sont donc probablement plusieurs milliers de personnes qui meurent dans la rue, ou du moins &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; la rue. Pour la plupart, on n'en saura jamais rien. Celles qui auront la &#171; chance &#187; d'&#234;tre identifi&#233;es auront droit &#224; leur nom sur une tombe &#8211; ou &#224; un simple surnom, &#224; d&#233;faut d'identit&#233; compl&#232;te. Les autres rejoindront la longue liste des morts &#224; la s&#233;pulture anonyme, avant d'&#234;tre exhum&#233;s &#224; la fin de la concession pour laisser la place &#224; d'autres, et se retrouver ainsi d&#233;finitivement effac&#233;s des m&#233;moires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est contre cette &#233;ternit&#233; de l'oubli que l'association Grain de Sable se bat. En coordination avec d'autres organisations locales (Caritas, M&#233;decins du Monde, le Secours populaire, etc.), elle tente de centraliser les informations, de recenser les d&#233;c&#232;s. Elle t&#226;che d'&#234;tre pr&#233;sente au moment des fun&#233;railles et d'y rassembler ceux qui ont connu la personne, mais aussi d'entretenir les s&#233;pultures. En r&#233;sum&#233; : veiller &#224; la m&#233;moire de ces hommes et de ces femmes abandonn&#233;s de tous &#8211; un &#233;chec collectif de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Strasbourg, dans la cour de l'&#233;glise Saint-Pierre-le-Vieux, les morts de la rue ont depuis 2017 leur plaque comm&#233;morative. &#171; &lt;i&gt;Une c&#233;r&#233;monie en leur nom y est organis&#233;e tous les premiers samedis de novembre depuis 2014&lt;/i&gt; &#187;, confie Guillaume Keller-Ruscher. Un tissu brun avec un arbre dessin&#233;, nomm&#233; l'arbre de vie, o&#249; figurent les pr&#233;noms des personnes mortes durant l'ann&#233;e (18 &#224; Strasbourg en 2018), orne pour l'occasion la grille de l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, parmi les pr&#233;noms, il y aura sans doute celui de Habib. Le 25 mai, ce jeune Afghan d'une vingtaine d'ann&#233;es s'est pendu dans le parc du Glacis, &#224; Strasbourg. La veille, il avait vainement essay&#233; de joindre le 115 pour une place d'h&#233;bergement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Francesco Nocera&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La liste est disponible sur le site du CMDR : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://mortsdelarue.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mortsdelarue.org&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La plateforme t&#233;l&#233;phonique cens&#233;e proposer des h&#233;bergements d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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