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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#201;clipse totale du bazar marseillais ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Eclipse-totale-du-bazar</link>
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		<dc:date>2026-03-06T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Louise Gras</dc:creator>


		<dc:subject>C&#233;leste Maurel</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au nom de la lutte contre la malfa&#231;on et le blanchiment d'argent sale, un arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral vient de d&#233;cr&#233;ter la fermeture administrative pour six mois renouvelables de l'embl&#233;matique March&#233; du Soleil, &#224; Marseille. Si tu veux tuer ton chien, accuse-le d'avoir la rage. &#171; Saisie record au March&#233; du Soleil, annonce le site d'enqu&#234;te locale Marsactu le 9 f&#233;vrier 2026. Au total, 206 054 articles contrefaits [&#8230;] r&#233;cup&#233;r&#233;s par les services de l'&#201;tat et de la justice dans ce lieu mythique du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no250-mars-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;250 (mars 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Celeste-Maurel" rel="tag"&gt;C&#233;leste Maurel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_2_-3-8403c.png?1772839808' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au nom de la lutte contre la malfa&#231;on et le blanchiment d'argent sale, un arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral vient de d&#233;cr&#233;ter la fermeture administrative pour six mois renouvelables de l'embl&#233;matique March&#233; du Soleil, &#224; Marseille. Si tu veux tuer ton chien, accuse-le d'avoir la rage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6432 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/ce_leste_maurel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/ce_leste_maurel-d2626.jpg?1772839809' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Saisie record au March&#233; du Soleil&lt;/i&gt;, annonce le site d'enqu&#234;te locale &lt;i&gt;Marsactu &lt;/i&gt;le 9 f&#233;vrier 2026.&lt;i&gt; Au total, 206 054 articles contrefaits [&#8230;] r&#233;cup&#233;r&#233;s par les services de l'&#201;tat et de la justice dans ce lieu mythique du centre-ville.&lt;/i&gt; &#187; 206 054 articles, qui dit mieux ? Pour arriver &#224; pareil chiffre, il aura fallu compter les lacets de baskets un par un, sans oublier les &#233;tiquettes qui, de l'aveu du procureur, constituent 67 % des pi&#232;ces saisies. Et la contre-valeur g&#233;n&#233;r&#233;e par ce &#171; &lt;i&gt;haut lieu de la contrefa&#231;on&lt;/i&gt; &#187; serait estim&#233;e &#224; 42 millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'est pas quantifi&#233;, c'est la difficult&#233; dans laquelle cela plonge le collectif des commer&#231;ants. D&#233;but f&#233;vrier, une quarantaine d'entre eux se sont rassembl&#233;s devant l'h&#244;tel de Ville pour protester contre une d&#233;cision qui met un coup d'arr&#234;t brutal &#224; leur activit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Ils m'interdisent l'acc&#232;s &#224; mon atelier, j'ai des clientes qui m'appellent tous les jours, il y en a une qui doit r&#233;cup&#233;rer sa robe pour son mariage, je lui dis quoi, moi ? !&lt;/i&gt; &#187; se d&#233;sesp&#232;re une couturi&#232;re install&#233;e dans le march&#233; depuis plus d'une d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; pr&#233;fecture, on sous-entend sans preuve que de l'argent provenant du trafic de drogue pourrait &#234;tre blanchi par certaines des 168 boutiques nich&#233;es dans le labyrinthe color&#233; des c&#233;l&#232;bres halles du 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Marseille. C'est d'ailleurs sur la base d'un tel soup&#231;on que la fermeture temporaire a pu &#234;tre prononc&#233;e. Promulgu&#233;e en juin 2025, la loi narcotrafic qui sert l&#224; de cadre juridique vise &#171; &lt;i&gt;&#224; sortir la France du pi&#232;ge du narcotrafic &lt;/i&gt; &#187; et permet, entre autres, &#171; &lt;i&gt;la possibilit&#233; d'ordonner une fermeture administrative non seulement pour pr&#233;venir, mais aussi pour faire cesser des infractions de trafic de stup&#233;fiants, de blanchiment et d'association de malfaiteurs &lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me si, pour l'instant, les &#233;l&#233;ments dont on dispose pour &#233;tayer cette grave accusation sont maigres, pour ne pas dire inexistants.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Qu'importe les coups d'&#233;p&#233;e dans l'eau, tant que le discours s&#233;curitaire autour de ces op&#233;rations baptis&#233;es &#171; Jumbo &#187; permet &#224; l'&#201;tat de communiquer&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques pas du rideau m&#233;tallique baiss&#233;, Hakim, g&#233;rant d'un magasin de pr&#234;t-&#224;-porter, constate les d&#233;g&#226;ts. &#171; &lt;i&gt;Ils ont puni tout le quartier : pour quelques contrevenants, ils mettent sur la paille tous les vendeurs du march&#233;, plus les commerces voisins qui souffrent eux aussi de la baisse de fr&#233;quentation.&lt;/i&gt; &#187; Le Soleil, comme on l'appelle ici, fait vivre une myriade de boutiques gravitant autour de lui. &#171; &lt;i&gt;Je vais laisser passer le ramadan, parce que ce mois-ci les gens d&#233;pensent surtout dans l'alimentaire&lt;/i&gt;, se projette l'homme d'un air d&#233;sabus&#233;. &lt;i&gt;Je verrai fin mars si &#231;a vaut encore le coup d'ouvrir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vous avez dit blanchiment ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est sous le m&#234;me pr&#233;texte qu'en novembre dernier une op&#233;ration polici&#232;re en rafales a &#233;t&#233; men&#233;e dans le quartier Belsunce, visant des boutiques et des snacks, et qui a abouti &#224; un sacr&#233; palmar&#232;s : deux ou trois frigos pas assez r&#233;frig&#233;r&#233;s selon les services d'hygi&#232;ne&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; &#192; Belsunce, la nouvelle doctrine s&#233;curitaire tape large et rate sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et une poign&#233;e de travailleurs non d&#233;clar&#233;s surpris par l'Urssaf. On entend d'ici les ca&#239;ds du trafic de stup&#233;fiants, planqu&#233;s &#224; Duba&#239;, claquer des dents face &#224; la menace qui p&#232;se depuis sur leurs activit&#233;s criminelles. Mais qu'importe les coups d'&#233;p&#233;e dans l'eau, tant que le discours s&#233;curitaire autour de ces op&#233;rations baptis&#233;es &#171; Jumbo &#187; permet &#224; l'&#201;tat de communiquer. Dans les minist&#232;res et les m&#233;dias, on est preneur : &#171; &lt;i&gt;Cette &#233;conomie souterraine est polycriminelle&lt;/i&gt;, selon Michael Lachaud, directeur r&#233;gional des douanes. &lt;i&gt;Et elle combine avec un esclavage moderne&lt;/i&gt; &#187;, confie-t-il &#224; &lt;i&gt;Marsactu&lt;/i&gt;, feignant d'ignorer que c'est surtout la prohibition migratoire qui fournit le march&#233; du travail en main-d'&#339;uvre corv&#233;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire bonne mesure, Louis Vuitton (groupe LVMH) a port&#233; plainte contre le propri&#233;taire du Soleil. Bernard Arnault, roi de l'optimisation fiscale et de la fabrication de babioles de luxe par des petites mains asiatiques sous-pay&#233;es, se plaint du manque &#224; gagner. Pourtant, le secteur informel de la production capitaliste ne fait que r&#233;pondre &#224; sa fa&#231;on, plus ou moins industrielle, aux pulsions de &#171; l'achat d&#233;sire &#187; chez la client&#232;le mondialis&#233;e. Il &#233;coule des produits de marque &#171; d&#233;griff&#233;s &#187; dans les pays du Sud et les quartiers populaires du Nord en donnant une visibilit&#233; inesp&#233;r&#233;e aux dits produits de luxe &#8211; quand bien m&#234;me le crocodile de Lacoste boude sa gloire devenue canaille.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un abandon municipal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement reproch&#233; au propri&#233;taire du march&#233; du Soleil de ne pas avoir mis aux normes son b&#226;timent apr&#232;s l'incendie du 18 juin 2008. Apr&#232;s ce sinistre a priori accidentel, aucun soutien n'&#233;tait venu de la chambre de commerce ni de la mairie. Les commer&#231;ants avaient camp&#233; sur les trottoirs, puis, lass&#233;s d'attendre, avaient r&#233;investi les lieux sans autorisation. En 2023, la Ville a publi&#233; un arr&#234;t&#233; de mise en s&#233;curit&#233; pour obliger le propri&#233;taire &#224; effectuer des travaux, mais sans proposer d'alternative aux commer&#231;ants. Comme si, en raison de sa gestion priv&#233;e, le march&#233; &#233;tait &#233;tranger &#224; la Ville.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La porte d'Aix est une place marchande historique que les pouvoirs publics n'ont eue de cesse de contenir, d&#233;m&#233;nager, voire an&#233;antir &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le commerce de rue est au c&#339;ur des cultures m&#233;diterran&#233;ennes. Depuis le bric-&#224;-brac des Pr&#233;sentines et des Chapeliers jusqu'au bazar de Belsunce, en passant par le march&#233; Velten et le march&#233; pucier de la place Jules Guesde, la porte d'Aix a &#233;t&#233; historiquement une place marchande que les pouvoirs publics n'ont eue de cesse de contenir, d&#233;m&#233;nager, voire an&#233;antir. &#192; la fin du si&#232;cle dernier, la municipalit&#233;, &#224; d&#233;faut de se d&#233;barrasser de cette activit&#233; encombrante, a transf&#233;r&#233; la gestion de ses deux p&#244;les les plus foisonnants au priv&#233;, avec l'ouverture en 1988 du March&#233; aux Puces, puis du March&#233; du Soleil en 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la reconnaissance de ces march&#233;s comme patrimoine marseillais par une &#233;quipe municipale de gauche n'est clairement pas &#224; l'ordre du jour. Massilia Sound System a eu beau f&#234;ter son anniversaire sur une sc&#232;ne g&#233;ante dress&#233;e sur le Vieux-Port, les paroles de la chanson &#171; Au March&#233; du Soleil &#187; n'ont visiblement pas travers&#233; le double vitrage du bureau du maire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Eurom&#233;diterran&#233;e &#224; la man&#339;uvre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, ancienne &#171; porte de l'Afrique et de l'Orient &#187;, on s'ent&#234;te &#224; nier une &#233;conomie de la rue pourtant dynamique &#8211; le sociologue Michel Peraldi affirme que pendant son &#226;ge d'or du si&#232;cle dernier, le bazar de Belsunce n'avait rien &#224; envier &#224; celui d'Istanbul. Sans doute certains politiques cherchent-ils &#224; sauver ainsi le commerce dit respectable&#8230; Peine perdue : le Centre-Bourse, temple du chic feutr&#233; b&#226;ti tel un fortin face aux ruelles populeuses de Belsunce, pleure le d&#233;part r&#233;cent des Galeries Lafayette. Essaim&#233;s sur tout le territoire communal pour faire concurrence aux zones commerciales de la p&#233;riph&#233;rie, les shopping malls se vampirisent les uns les autres apr&#232;s avoir tu&#233; les &#233;choppes de proximit&#233;. Pour survivre, le Centre-Bourse vient d'attirer un Lidl, et bient&#244;t un Action, actant &#224; contre-c&#339;ur que le centre-ville est encore habit&#233; par des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Biffins-la-traque-sans-fin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le March&#233; aux Puces, tout aussi vital pour les plus modestes qui y vendent et ach&#232;tent &#224; bon prix &#8211; et lui aussi condamn&#233; &#224; dispara&#238;tre&lt;/a&gt; dans un paysage livr&#233; aux promoteurs &#8211;, le March&#233; du Soleil est situ&#233; sur le p&#233;rim&#232;tre d'Eurom&#233;diterran&#233;e, &#171; &lt;i&gt;l'op&#233;ration de r&#233;novation urbaine la plus vaste d'Europe du Sud&lt;/i&gt; &#187; selon l'&#233;tablissement public qui la cornaque. Depuis une trentaine d'ann&#233;es, ladite op&#233;ration s'emploie &#224; vider les quartiers portuaires d'une pr&#233;sence et d'activit&#233;s jug&#233;es ind&#233;sirables par une bourgeoisie raciste et agoraphobe. Sans se soucier du fait que, m&#233;caniquement, sa politique du vide nourrit la ghetto&#239;sation et les r&#233;seaux du trafic alentour. Qu'importe, on refoule les habitants toujours un peu plus loin. L'emprise territoriale initiale de ce programme de reconqu&#234;te &#233;tait de 480 hectares. Son p&#233;rim&#232;tre de comp&#233;tence vient, par d&#233;cret du 5 ao&#251;t 2025, d'&#234;tre &#233;largi &#224; toute la commune de Marseille. Guerre partout, ville nulle part, voil&#224; le programme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Louise Gras et Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &#192; Belsunce, la nouvelle doctrine s&#233;curitaire tape large et rate sa cible &#187;, &lt;i&gt;Marsactu&lt;/i&gt; (21/11/2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pinochet revient par les urnes</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Pinochet-revient-par-les-urnes</link>
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		<dc:date>2026-01-30T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le pire semblait programm&#233; : le 14 d&#233;cembre 2025, Jos&#233; Antonio Kast, fils d'un officier nazi et nostalgique de Pinochet, a &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident du Chili avec 58 % des voix face &#224; la candidate de la gauche au pouvoir. Des Chilien&#183;nes de Marseille partagent ici leur d&#233;sarroi et leur rage. La Colorada, association fond&#233;e par des Mexicaines, re&#231;oit une dizaine de Chilien&#183;nes ce jeudi 18 d&#233;cembre. &#171; H&#233;, ici ce n'est pas le bureau des pleurs &#187;, pr&#233;vient Cosa Rara, fille de disparu chilien et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no248-janvier-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;248 (janvier 2026)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le pire semblait programm&#233; : le 14 d&#233;cembre 2025, Jos&#233; Antonio Kast, fils d'un officier nazi et nostalgique de Pinochet, a &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident du Chili avec 58 % des voix face &#224; la candidate de la gauche au pouvoir. Des Chilien&#183;nes de Marseille partagent ici leur d&#233;sarroi et leur rage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;a Colorada, association fond&#233;e par des Mexicaines, re&#231;oit une dizaine de Chilien&#183;nes ce jeudi 18 d&#233;cembre. &#171; &lt;i&gt;H&#233;, ici ce n'est pas le bureau des pleurs&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;vient Cosa Rara, fille de disparu chilien et exil&#233;e de longue date dans le sud de la France. Ricardo r&#226;le contre &#171; &lt;i&gt;la parole fasciste lib&#233;r&#233;e &#224; travers le monde&lt;/i&gt; &#187;. Paloma souligne qu'on assiste &#224; un &lt;i&gt;backlash&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;. &#171; &lt;i&gt;Au Chili, on paie &#224; la fois les promesses non tenues de la gauche et la panique morale surgie en r&#233;action au soul&#232;vement social de 2019.&lt;/i&gt; &#187; Cet &lt;i&gt;estallido social&lt;/i&gt; avait vu la jonction de col&#232;res diverses, contre la hausse du prix des transports, la privatisation de l'enseignement et les violences faites aux femmes. De fait, dans son discours de victoire, apr&#232;s avoir reconnu que lutter contre le crime organis&#233; ne serait pas ais&#233;, Kast a pr&#233;f&#233;r&#233; viser les jeunes casseurs &#171; &lt;i&gt;dont les parents paieront quand ils br&#251;lent un bus&lt;/i&gt; &#187;. Carlos reproche &#224; Jeannette Jara (candidate de gauche, militante du PC) de s'&#234;tre laiss&#233;e, dans les d&#233;bats, entra&#238;n&#233;e sur le terrain de la droite dure : immigration et ins&#233;curit&#233;. &#171; &lt;i&gt;La gauche doit assumer son r&#244;le transformateur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cosa Rara raconte une anecdote significative : Kast, en campagne dans la capitale, croise un de ses partisans sur un trottoir. Celui-ci s'adresse &#224; lui en allemand et le candidat se r&#233;jouit que tous deux n'aient &#171; &lt;i&gt;pas perdu leur ADN aryen&lt;/i&gt; &#187;. Ana, artiste argentine venue en soutien &#224; la soir&#233;e, souligne que les discours n&#233;gationnistes, pourtant ill&#233;gaux, sont diffus&#233;s partout, &#224; longueur d'antenne. &#171; &lt;i&gt;Et c'est la gauche qu'on criminalise.&lt;/i&gt; &#187; Lola abonde : &#171; &lt;i&gt;L'anticommunisme est tr&#232;s ancr&#233; au Chili. Ici on crie &#224; l'antis&#233;mitisme quand tu parles de Palestine, l&#224;-bas on brandit l'&#233;pouvantail de Cuba, du Venezuela. Sur le mode post-v&#233;rit&#233; &#224; la Trump, plusieurs&lt;/i&gt; deep fakes &lt;i&gt;imitant la voix de Jara lui ont fait dire qu'il fallait ouvrir les fronti&#232;res de part en part aux r&#233;fugi&#233;s fuyant Ha&#239;ti ou le Venezuela.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature de Pinochet avait &#233;t&#233; un laboratoire des politiques n&#233;olib&#233;rales. Tina, jeune P&#233;ruvienne venue en solidarit&#233;, recentre le d&#233;bat sur les app&#233;tits qu'&#233;veille le triangle du lithium, &#224; cheval sur les territoires chilien, p&#233;ruvien et bolivien. Paloma appuie sur les &#233;checs du gouvernement progressiste : &#171; &lt;i&gt;Boric&lt;/i&gt; [l'actuel pr&#233;sident]&lt;i&gt;, pr&#233;sent&#233; comme issu du mouvement social, avait promis de changer le monde, mais il a fait de la gestion sociale-d&#233;mocrate. Et il a &#233;chou&#233; &#224; changer la Constitution h&#233;rit&#233;e de la dictature. L&#224;-dessus, Kast arrive et parle de r&#233;volution&#8230; conservatrice.&lt;/i&gt; &#187; &#192; ce propos, Ricardo pose la question des affects tristes que caresse le discours d'extr&#234;me droite : &#171; &lt;i&gt;Le langage de la raison ne suffit pas, &#224; nous de r&#233;veiller nos affects joyeux.&lt;/i&gt; &#187; Cosa Rara fait remarquer que seules les villes portuaires de Valpara&#237;so (centre) et Coquimbo (nord) ont maintenu la gauche en t&#234;te. &#171; &lt;i&gt;C'est l'air du grand large ! On assiste &#224; la d&#233;route de la gauche officielle, pas des luttes sociales et territoriales.&lt;/i&gt; &#187; Avant de se quitter, des id&#233;es sont lanc&#233;es pour la suite : un observatoire, un podcast pour faire entendre la voix de l'exil l&#224;-bas au pays. Rendez-vous est pris pour une &#233;mission radio.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Hannah Arendt en France</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Hannah-Arendt-en-France</link>
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		<dc:date>2025-02-27T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parias : Hannah Arendt et la &#8220;tribu&#8221; en France (1933-1941), bel ouvrage qu'une major de l'&#233;dition aurait pu capter, sort chez l'&#201;chapp&#233;e, &#233;diteur ind&#233;pendant. Marina Touilliez y d&#233;crit la vie pr&#233;caire d'une bande d'amis, Juifs et/ou communistes allemands fuyant le nazisme. Au centre, une femme libre. &#201;l&#232;ve et amante du philosophe allemand Martin Heidegger, puis mari&#233;e &#224; Gunther Anders, futur auteur de L'Obsolescence de l'homme, Hannah Arendt fut aussi l'amie du fantasque Walter Benjamin et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no136-decembre-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;236 (d&#233;cembre 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH61/236_14_tomahawk_arendt02-4a631.jpg?1768672597' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='61' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Parias : Hannah Arendt et la &#8220;tribu&#8221; en France (1933-1941)&lt;/i&gt;, bel ouvrage qu'une major de l'&#233;dition aurait pu capter, sort chez l'&#201;chapp&#233;e, &#233;diteur ind&#233;pendant. Marina Touilliez y d&#233;crit la vie pr&#233;caire d'une bande d'amis, Juifs et/ou communistes allemands fuyant le nazisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH519/236_14_tomahawk_arendt02-f9c2e.jpg?1768672598' width='500' height='519' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gwen Tomahawk
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u centre, une femme libre. &#201;l&#232;ve et amante du philosophe allemand Martin Heidegger, puis mari&#233;e &#224; Gunther Anders, futur auteur de &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;, Hannah Arendt fut aussi l'amie du fantasque Walter Benjamin et son legs cr&#233;pusculaire &#224; la pens&#233;e contemporaine : c'est en vengeant les g&#233;n&#233;rations de perdants, plus qu'en lorgnant d'hypoth&#233;tiques lendemains qui chantent, que l'histoire retrouvera son humanit&#233;. En 1933, hormis Heidegger ralli&#233; au III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Reich, la petite bande se r&#233;fugie &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avance dans ce r&#233;cit tr&#232;s document&#233; comme dans un roman vrai o&#249; la lutte pour la survie se m&#234;le au d&#233;bat d'id&#233;es et aux amiti&#233;s ind&#233;fectibles. La fraternit&#233; du 10, rue Dombasle, exigeante et fragile, fera dire &#224; Arendt qu'elle y a v&#233;cu de belles ann&#233;es malgr&#233; l'adversit&#233;. Au dernier &#233;tage, Walter Benjamin et Arthur Koestler&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journaliste et &#233;crivain, auteur de Z&#233;ro et l'infini, roman d&#233;non&#231;ant les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, en dessous le psychiatre et docteur des pauvres Fritz Fr&#228;nkel, puis Arendt et son compagnon, l'activiste spartakiste Heinrich Bl&#252;cher. Tous ont fui l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir et connaissent mis&#232;re, pr&#233;jug&#233;s antiboches et tracasseries bureaucratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers des lettres o&#249; se m&#234;lent d&#233;sir et vision ac&#233;r&#233;e du monde, on assiste &#224; de vifs d&#233;bats entre amis et amants : Hannah, militante sioniste, et Heinrich, dandy rouge et dissident, n'ont pas peur de s'engueuler, chacun se nourrissant de l'autre. Bl&#252;cher per&#231;oit le devenir colonial du nationalisme juif (&#171; &lt;i&gt;Vouloir en cadeau tout un pays, pour ainsi dire par charit&#233;, n'est-ce pas comme si on voulait faire en sorte qu'une femme qui ne peut pas vous aimer couche quand m&#234;me avec vous ne serait-ce que par charit&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;), Arendt critique l'avant-garde bolchevique. Tous deux s'accordent &#224; d&#233;plorer le sort funeste que r&#233;serve l'imp&#233;rialisme aux peuples sans &#201;tat &#8211; qu'ils soient juif, arm&#233;nien, kurde, palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;En 1939, quand le gouvernement du radical-socialiste Daladier fait interner les antinazis allemands, Koestler constate avec effroi que &#171; &lt;i&gt;la France se suicide&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En 1936, plusieurs de ces r&#233;fugi&#233;s partent en Espagne combattre le fascisme. Koestler y conna&#238;t la prison. Fr&#228;nkel t&#233;moignera du pilonnage de Madrid par les avions allemands, horrifi&#233; par l'ordre de Franco de tirer sur les ambulances pour terroriser la population. Il sera pass&#233; des ge&#244;les nazies aux purges staliniennes qui mettent au pas la r&#233;volution espagnole en 1937, avant de conna&#238;tre les camps fran&#231;ais. En 1939, quand le gouvernement du radical-socialiste Daladier fait interner les antinazis allemands, Koestler constate avec effroi que &#171; &lt;i&gt;la France se suicide&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son exp&#233;rience parisienne inspire &#224; Arendt le concept du &#171; paria &#187;, qu'elle oppose &#224; la figure du Juif assimil&#233;. Selon elle, seul le paria reste libre. &#171; &lt;i&gt;Tu vois, j'ai de nouveau tir&#233; ma r&#233;v&#233;rence &#224; la soci&#233;t&#233; des gens respectables, on ne se refait pas&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-elle &#224; un ami apr&#232;s lui avoir racont&#233; que, exil&#233;e aux &#201;tats-Unis et malgr&#233; son statut de &#171; &lt;i&gt;prof &#224; succ&#232;s&lt;/i&gt; &#187;, elle pr&#233;f&#232;re encore fr&#233;quenter une voisine &#233;tudiante et un docker du port de San Francisco que les cercles universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Journaliste et &#233;crivain, auteur de &lt;i&gt;Z&#233;ro et l'infini&lt;/i&gt;, roman d&#233;non&#231;ant les proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'hippocampe et le terrain vague</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-hippocampe-et-le-terrain-vague</link>
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		<dc:date>2025-02-13T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Et si notre cerveau &#233;tait con&#231;u comme une ville ? Apr&#232;s La F&#234;te est finie (sur l'op&#233;ration Marseille-Provence capitale europ&#233;enne de la culture 2013) et La Bataille de La Plaine (docu-fiction r&#233;alis&#233; en trio &#224; propos d'une lutte de quartier), Nicolas Burlaud revient avec un film singulier, m&#234;lant histoire intime et m&#233;moire commune, neurosciences et sauvetage de traces urbaines. En salle le 19 f&#233;vrier. Un premier visionnage des Fils qui se touchent a &#233;t&#233; organis&#233; l'&#233;t&#233; dernier sur le toit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no238-fevrier-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;238 (f&#233;vrier 2025)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Et si notre cerveau &#233;tait con&#231;u comme une ville ? Apr&#232;s &lt;i&gt;La F&#234;te est finie&lt;/i&gt; (sur l'op&#233;ration Marseille-Provence capitale europ&#233;enne de la culture 2013) et &lt;i&gt;La Bataille de La Plaine&lt;/i&gt; (docu-fiction r&#233;alis&#233; en trio &#224; propos d'une lutte de quartier), Nicolas Burlaud revient avec un film singulier, m&#234;lant histoire intime et m&#233;moire commune, neurosciences et sauvetage de traces urbaines. En salle le 19 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/238_14_lfqst.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/238_14_lfqst-73f9e.jpg?1768672598' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;n premier visionnage des &lt;i&gt;Fils qui se touchent&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; organis&#233; l'&#233;t&#233; dernier sur le toit d'un &#233;difice abandonn&#233;, un d&#233;dale de bureaux du si&#232;cle dernier o&#249; &lt;a href=&#034;https://www.primitivi.org/Primitivi-c-est-quoi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Primitivi&lt;/a&gt;, collectif de vid&#233;astes militants, a &#233;lu domicile. Six mois plus tard, on le revoit &#224; la maison avant sa sortie en salle. &lt;i&gt;Play&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Une maison, ce n'est pas que quatre murs, c'est tout ce qu'il y a autour&lt;/i&gt; &#187;, fait remarquer une habitante de la cit&#233; de la Savine, &#224; Marseille, en contemplant, am&#232;re, la destruction de son immeuble par l'Agence nationale de r&#233;novation urbaine. Ce film est un dr&#244;le d'objet, un pari risqu&#233; : m&#234;ler un probl&#232;me de sant&#233; &#233;minemment personnel &#224; l'histoire d'une ville.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'hippocampe extraie du chaos un &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; du monde qui nous permet de nous y retrouver &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une alerte nocturne &#8211; perte subite de conscience &#8211; un toubib annonce &#224; Burlaud qu'il y a un souci sous le capot. Le diagnostic tombe : &#233;pilepsie provoqu&#233;e par l&#233;sion de l'hippocampe. L'hippocampe, c'est le centre de tri, l&#224; o&#249; les signaux ext&#233;rieurs transmis au cortex sont dig&#233;r&#233;s. Cet animal marin, lov&#233; en virgule sous le cr&#226;ne, choisit parmi le flux permanent d'informations ce qui est digne d'&#234;tre imprim&#233; par le cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une &#233;pilepsie d&#233;couverte &#224; cinquante ans, c'est plut&#244;t rare&lt;/i&gt; &#187;, note Nicolas, qui s'interroge : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;pilepsie va-t-elle me priver de souvenirs, et donc de boussole existentielle ?&lt;/i&gt; &#187; Fascin&#233; par le psych&#233;d&#233;lisme des radiographies de sa &#171; &lt;i&gt;t&#234;te de mort dor&#233;e&lt;/i&gt; &#187; (rigolard, le patient reproduit fa&#231;on beat-box le son de la machinerie m&#233;dicale &#224; la sortie du sarcophage IRM), il ne tarde pas &#224; y voir une correspondance baudelairienne avec les trac&#233;s urbains qui cartographient la ville. Un sc&#233;nario est n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, sur fond de pulsations technos (aux manettes Laurent Pernice, &#224; qui l'on doit une bonne part de la bande-son), on voit d&#233;filer en travelling des glissi&#232;res, des passerelles, des feux rouges, des zones habit&#233;es puis ras&#233;es&#8230; Interloqu&#233;, le spectateur se laisse embarquer et s'imagine coconstruire une histoire &#224; la fois intime et g&#233;n&#233;rale. &#192; &#233;galit&#233; avec les sp&#233;cialistes, des habitants parlent des lieux que l'urbanisme efface, des sociabilit&#233;s qu'on aimerait retenir, puis qu'on r&#233;invente contre vents et mar&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Deux r&#232;gles simples, fie-toi &#224; ton voisin et &#233;vite les obstacles &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Burlaud balance alors des &lt;i&gt;flashbacks&lt;/i&gt; sur la naissance d'une t&#233;l&#233; pirate de quartier partie en mission &#224; Caracas, avec un bout de m&#233;tal fich&#233; entre la peau et l'os de son cr&#226;ne, souvenir d'une manif r&#233;prim&#233;e &#224; balles r&#233;elles et qu'un radiologue d&#233;couvre presque par hasard. C'est l&#224; que le film se noue. De retour &#224; Marseille, les d&#233;combres d'un campement rrom balay&#233;s par une pelleteuse viennent symboliser la friabilit&#233; de notre pr&#233;sence ici-bas. &#171; &lt;i&gt;Comme les photos de famille sur lesquelles des souvenirs d'enfance se reconstruisent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5999 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/238_14_lfqst3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/238_14_lfqst3-42784.jpg?1768672598' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'hippocampe est le monteur de notre m&#233;moire, il extrait du chaos un &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; du monde qui nous permet de nous y retrouver&lt;/i&gt;, explique &#224; la cam&#233;ra le neurologue Pierre-Pascal Lenck-Santini. &lt;i&gt;Il nous permet de formuler notre propre r&#233;cit, quitte &#224; tricher un peu avec la r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Le scientifique s'appuie sur la course d'une souris dans un labyrinthe ou une termiti&#232;re d'Oc&#233;anie rappelant &#233;trangement la Sagrada Familia de Barcelone. Petit &#224; petit, une m&#233;taphore neuro-urbaine se d&#233;ploie. Avec un d&#233;tour par l'analyse d'un vol d'&#233;tourneaux qui &#233;blouit le ciel de sa stridente harmonie : &#171; &lt;i&gt;Deux r&#232;gles simples, fie-toi &#224; ton voisin et &#233;vite les obstacles.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi l'influx &#233;lectrique des synapses r&#233;agit aux signaux sensoriels, auditifs, optiques, olfactifs, gustatifs, tactiles. &#171; &lt;i&gt;De l'interaction entre les individus &#233;merge quelque chose de sup&#233;rieur &#224; la somme des individus.&lt;/i&gt; &#187; Une m&#233;moire collective, par exemple. Ou une cabane &#233;ph&#233;m&#232;re &#233;rig&#233;e par la foule sur une place&#8230; Sur l'&#233;cran, les neurones s'allument lorsque le monde ext&#233;rieur les sollicite.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;C'est quand ta subjectivit&#233; parle &#224; celle des autres que le monde bouge&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement aux images des scanners et aux explications du personnel soignant (m&#233;decins et infirmi&#232;res se pr&#234;tent de bonne gr&#226;ce &#224; la reconstitution cin&#233;matographique des examens et des consultations), le patient-r&#233;alisateur se lance dans une fouille f&#233;brile de ses archives filmiques. &#171; &lt;i&gt;Je trouvais &#231;a g&#233;nial, ces courts-circuits neuronaux devenant des courts-circuits narratifs&lt;/i&gt;, jubile Burlaud. &lt;i&gt;Et l&#224; j'ai le droit de tricher, puisque c'est ma t&#234;te !&lt;/i&gt; &#187; Au diable la pseudo-objectivit&#233; journalistique, c'est quand ta subjectivit&#233; parle &#224; celle des autres que le monde bouge. Des branches d'arbre &#233;voquant des ramifications neuronales s'entrecroisent avec des extraits de films retrouv&#233;s et que, &#171; &lt;i&gt;&#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements, des amis disparus ou du temps qui t'as fait m&#251;rir, tu imagines mont&#233;s autrement&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5998 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/238_14_lfqst2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH283/238_14_lfqst2-b689e.jpg?1768672599' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre s&#233;quence exhum&#233;e : le dynamitage de la tour B des Cypr&#232;s, quartier Malpass&#233;. Primitivi a capt&#233; le discours d'&#233;lus se gargarisant de &#171; &lt;i&gt;r&#233;novation faite par et pour le peuple&lt;/i&gt; &#187;, qui impose l'histoire des vainqueurs. Juste apr&#232;s, un minot de la cit&#233; qu'on a pouss&#233; hors de chez lui &#224; l'aube l&#226;che une autre perception, celle des domin&#233;s : &#171; &lt;i&gt;&#199;a va nous manquer, &#231;a fait mal au c&#339;ur.&lt;/i&gt; &#187; Le neurologue Lenck-Santini abonde en ce sens : &#171; &lt;i&gt;Dans le domaine des &#233;motions, la neuroscience est perdue. Tu mesures comment une sensation ?&lt;/i&gt; &#187; Soudain, des blind&#233;s remontent la Canebi&#232;re &#171; &lt;i&gt;pour prot&#233;ger la mairie de la col&#232;re des habitants apr&#232;s les effondrements meurtriers de Noailles &#8211; comme les canons de Louis XIV point&#233;s sur la ville&lt;/i&gt; &#187;. Une d&#233;ambulation avec Nicolas M&#233;main, g&#233;ographe du sensible qui d&#233;chiffre la m&#233;moire des cicatrices du b&#233;ton, t&#233;moignant du caract&#232;re politique de notre action sur le territoire quand elle le dispute &#224; la brutalit&#233; des am&#233;nageurs. Autre archive du Marseille populaire mobilis&#233;e par l'auteur : un locataire de la rue d'Aubagne montre, dix ans avant &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Ou-vont-dormir-les-marchands-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;les effondrements&lt;/a&gt;, son plafond qui menace ruine ; &#171; &lt;i&gt;Il ne faut pas attendre le pire, il faut &#233;viter le pire !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une musique &lt;i&gt;roots&lt;/i&gt; du duo Bertolino-Le Gac, un vol de drone conclut l'exploration par un parcours dessin&#233; &#224; la craie sur le sol min&#233;ralis&#233; de la &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Urbanisme-a-la-marseillaise' class=&#034;spip_in&#034;&gt;place Jean-Jaur&#232;s&lt;/a&gt;. Le trait h&#233;sitant figure une vision contradictoire du pass&#233; et du devenir des paysages urbains. Cette qu&#234;te de sens aux accents mi-scientifiques, mi-po&#233;tiques revendique une autre m&#233;moire des lieux, faite de r&#233;sistances, de r&#233;jouissances publiques, de nostalgie et de d&#233;sir &#224; vif.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.allocine.fr/seance/film-1000013819&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au cin&#233;ma&lt;/a&gt; &#224; partir du 19 f&#233;vrier 2025.&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;res s&#233;ances&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;Marseille&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;La Baleine&lt;/i&gt; (59 cours Julien), mercredi 19 f&#233;vrier &#224; 19h00, samedi 22 f&#233;vrier &#224; 18h00, dimanche 23 f&#233;vrier &#224; 17h10, mardi 25 f&#233;vrier &#224; 19h00...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;Clermont-Ferrand&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;CGR Les Ambiances&lt;/i&gt; (7 rue Saint Dominique), vendredi 21 f&#233;vrier &#224; 20h00.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;Ivry-sur-Seine&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Le Luxy&lt;/i&gt; (77 avenue Georges-Gosnat), mercredi 19 f&#233;vrier &#224; 18h00, jeudi 20 f&#233;vrier &#224; 20h00, vendredi 21 f&#233;vrier &#224; 18h00, samedi 22 f&#233;vrier &#224; 15h30, dimanche 23 f&#233;vrier &#224; 19h15, lundi 24 f&#233;vrier &#224; 20h00, mardi 25 f&#233;vrier &#224; 17h30...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;Nantes&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Le Cin&#233;matographe&lt;/i&gt; (12 bis rue des Carm&#233;lites), mercredi 19 f&#233;vrier &#224; 20h45, samedi 22 f&#233;vrier &#224; 18h30...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;Tours&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Studio&lt;/i&gt; (2 rue des Ursulines), mercredi 19 f&#233;vrier &#224; 17h45, jeudi 20 f&#233;vrier &#224; 17h45, vendredi 21 f&#233;vrier &#224; 17h45, dimanche 23 f&#233;vrier &#224; 17h45, lundi 24 f&#233;vrier &#224; 17h45, mardi 25 f&#233;vrier &#224; 17h45...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;Vichy&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Grand &#201;cran&lt;/i&gt; (35 rue Lucas), mercredi 26 mars 2025 &#224; 10h30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;strong&gt;Villeneuve-d'Ascq&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Le M&#233;li&#232;s&lt;/i&gt; (rue Traversi&#232;re), mercredi 19 f&#233;vrier &#224; 16h45, jeudi 20 f&#233;vrier &#224; 20h30, dimanche 23 f&#233;vrier &#224; 18h30, mardi 25 f&#233;vrier &#224; 18h30...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>O&#249; vont dormir les marchands de sommeil ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ou-vont-dormir-les-marchands-de</link>
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		<dc:date>2025-01-14T15:17:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;lias</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Prison ferme pour tout le monde ou presque. Voil&#224; ce qu'a requis le procureur au bout d'un mois de proc&#232;s. Depuis le 7 novembre 2024, le tribunal correctionnel de Marseille a tent&#233; de d&#233;m&#234;ler le pourquoi des effondrements de la rue d'Aubagne (huit morts, ensevelis sous les d&#233;combres au matin du 5 novembre 2018) et les peines se veulent dissuasives. Seize pr&#233;venus comparaissaient, dont huit copropri&#233;taires cit&#233;s par les parties civiles pour homicide involontaire et soumission de personnes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no237-janvier-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;237 (janvier 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Elias-18275" rel="tag"&gt;&#201;lias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH77/237_04_elias_effondrement_b_1200pxune-51d41.jpg?1768672600' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Prison ferme pour tout le monde ou presque. Voil&#224; ce qu'a requis le procureur au bout d'un mois de proc&#232;s. Depuis le 7 novembre 2024, le tribunal correctionnel de Marseille a tent&#233; de d&#233;m&#234;ler le pourquoi des effondrements de la rue d'Aubagne (huit morts, ensevelis sous les d&#233;combres au matin du 5 novembre 2018) et les peines se veulent dissuasives. Seize pr&#233;venus comparaissaient, dont huit copropri&#233;taires cit&#233;s par les parties civiles pour homicide involontaire et soumission de personnes vuln&#233;rables &#224; des conditions d'h&#233;bergement indigne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/237_04_elias_effondrement_b_620px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/237_04_elias_effondrement_b_620px-2-1b94c.jpg?1768672600' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#200;lias
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uelque chose d'inhabituel a eu lieu dans cette salle d'audience PHN &#8211; pour &#171; proc&#232;s hors norme &#187;. &#192; plusieurs reprises, juge, avocats de la Ville et procureur ont rendu hommage aux habitants, aux associations, au &#171; &lt;i&gt;peuple marseillais&lt;/i&gt; &#187;, dont la mobilisation est venue suppl&#233;er aux manquements institutionnels qui plong&#232;rent la ville dans un chaos de mises en p&#233;ril et d'&#233;vacuations brutales au lendemain de la catastrophe. Le procureur de Marseille Nicolas Bessone a assur&#233;, en introduction du r&#233;quisitoire de son adjoint Michel Sastre, que la justice serait l&#224; &#171; &lt;i&gt;pour inverser le rapport entre le fort et le faible&lt;/i&gt; &#187;. Sastre a ensuite r&#233;clam&#233; des peines de prison ferme pour &#171; &lt;i&gt;toute la cha&#238;ne de responsabilit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, y compris l'&#233;lu Julien Ruas, que &#171; &lt;i&gt;vous condamnerez pour montrer qu'il n'y a pas d'impunit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Les avocats de la d&#233;fense, qui fulminent contre la pression de la rue, le taxeront de populiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Galerie de pr&#233;venus&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Julien Ruas, &#224; l'&#233;poque adjoint au maire charg&#233; de la pr&#233;vention des risques, ne s'est jamais souci&#233; de doter ses services des moyens d'agir. Seuls quatre agents &#233;taient charg&#233;s d'inspecter les immeubles en p&#233;ril. Ils &#233;taient quarante-sept d&#233;di&#233;s &#224; la gestion et pr&#233;vention des risques (SPGR), dont une quinzaine de chefs et sous-chefs de services. Cette arm&#233;e mexicaine avait renonc&#233; au traitement des p&#233;rils ordinaires, qui aurait d&#251; d&#233;boucher sur des travaux d'office en cas de d&#233;faillance des propri&#233;taires. En 2014, une enveloppe de 6,5 millions d'euros avait &#233;t&#233; allou&#233;e, mais seulement 15 % furent d&#233;pens&#233;s, &#171; &lt;i&gt;faute de volont&#233; politique&lt;/i&gt; &#187;. Seuls les p&#233;rils imminents &#233;taient trait&#233;s, il suffisait d'attendre&#8230; qu'il soit trop tard. Mal form&#233;s, les agents envoy&#233;s sur le terrain lors de signalements arrivaient les mains vides, car &#171; &lt;i&gt;le sous-sol des archives &#233;tait inond&#233; par des eaux us&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Des archives mortes&lt;/i&gt; &#187;, temp&#232;re M. Suanez, alors directeur du SPGR. Car &#171; &lt;i&gt;les archives vivantes&lt;/i&gt; &#187; (les plus r&#233;centes) se baladaient dans des services non connect&#233;s, o&#249; r&#233;gnaient d&#233;couragement et esprit de clan. Le procureur r&#233;clame trois ans de prison ferme pour l'&#233;lu, assortis de 45 000 euros d'amende et de l'interdiction d'exercer dans le domaine de la protection des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Des peines de prison ferme pour &#171; toute la cha&#238;ne de responsabilit&#233;s &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'encontre de l'expert judiciaire Richard Carta, d&#233;fendu par quatre avocats, sont requis trois ans de prison dont un avec sursis, 45 000 euros d'amende et une interdiction d&#233;finitive d'exercer. Cet architecte, qui se targue d'&#234;tre dipl&#244;m&#233; de la prestigieuse &#233;cole de Chaillot et sp&#233;cialiste du b&#226;ti patrimonial, a &#233;t&#233; le dernier expert mandat&#233; par le tribunal administratif pour jauger la dangerosit&#233; du 65 rue d'Aubagne. Le 19 octobre 2018, apr&#232;s l'&#233;tayage d'une cloison bomb&#233;e dans l'entr&#233;e de l'immeuble, il avait assur&#233; que les locataires, &#233;vacu&#233;s pendant quelques heures, pouvaient r&#233;int&#233;grer leur logement en toute s&#233;curit&#233;. Carta n'aura pass&#233; qu'une heure sur place, sans descendre &#224; la cave, sans p&#233;n&#233;trer dans les appartements pour v&#233;rifier si les l&#233;zardes de la fa&#231;ade &#233;taient traversantes. &#171; &lt;i&gt;&#199;a n'aurait rien chang&#233; &#224; mon diagnostic&lt;/i&gt; &#187;, se cabre-t-il sur un ton d'orgueil bless&#233;. Son dernier coup d'&#339;il a eu lieu un vendredi &#224; 18 heures, son rapport envoy&#233; dans la soir&#233;e et le lendemain &#224; 6 heures, il s'envolait &#224; Copenhague pour des vacances bien m&#233;rit&#233;es, que la catastrophe du 5 novembre n'interrompra pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marseille Habitat, la soci&#233;t&#233; mixte charg&#233;e par la mairie de la lutte contre le logement indigne avait pr&#233;empt&#233; le 63 rue d'Aubagne, puis l'avait &#171; d&#233;vitalis&#233; &#187; pour emp&#234;cher le squat : les cloisons et une partie du b&#226;ti c&#244;t&#233; cour furent d&#233;construites, contribuant &#224; fragiliser cet alignement d'&#233;difices datant du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qui s'appuyaient les uns sur les autres. Christian Gil, directeur de la soci&#233;t&#233;, n'a que des souvenirs flous. &#171; &lt;i&gt;On communiquait par oral, &#224; la confiance.&lt;/i&gt; &#187; Et on attendait que le 65 et le 67 en aient fini avec leurs gu&#233;guerres de voisinage pour s&#233;curiser les murs porteurs avant de se lancer dans la r&#233;habilitation. Le procureur r&#233;clame 200 000 euros d'amende &#224; l'encontre de Marseille Habitat. Pour M. Gil, trente mois de prison, 30 000 euros d'amende et une interdiction d'exercer une activit&#233; dans l'immobilier.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ils ont toujours vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; contre les travaux structurels qui auraient permis de s&#233;curiser l'immeuble&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le cabinet Liautard accumulait 127 copropri&#233;t&#233;s en gestion, dont une quinzaine &#233;tait &#171; &lt;i&gt;probl&#233;matique&lt;/i&gt; &#187;. Pas question d'en l&#226;cher une seule, chaque copropri&#233;t&#233; (ou portefeuille) augmentant la valeur estim&#233;e du cabinet, que son propri&#233;taire cherchait &#224; vendre. Et tant pis si on n'a pas les moyens de g&#233;rer les probl&#232;mes, l'essentiel est de les &#171; tenir &#187;. Jean-Fran&#231;ois Valentin, gestionnaire exp&#233;riment&#233;, est embauch&#233; deux ans avant le drame. Il a minimis&#233; les alertes et peu inform&#233; les propri&#233;taires. Quand le bureau d'&#233;tudes Betex, mandat&#233; par le 67, parle en octobre 2017 d'un &#233;tat alarmant du mur s&#233;paratif pouvant &#171; &lt;i&gt;mettre en danger les occupants &#224; court terme&lt;/i&gt; &#187;, le devis des travaux de confortement se perd dans les tuyaux. Le procureur r&#233;clame 100 000 euros d'amende au cabinet Liautard et 30 000 euros &#224; M. Valentin, assortis pour ce dernier de trente mois de prison et d'une interdiction de g&#233;rer des biens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Investisseurs du malheur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sign&#233;s comme le premier maillon dans la cha&#238;ne des responsabilit&#233;s, six propri&#233;taires encourent entre deux et cinq ans de prison, adoucies d'une dose de sursis. Ils ont toujours vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; contre les travaux structurels qui auraient permis de s&#233;curiser l'immeuble. Butonnage et &#233;tayage, pr&#233;conis&#233;s par Betex pour un co&#251;t de 5 000 euros, auraient pu &#233;viter le pire en attendant une op&#233;ration plus co&#251;teuse en vue de &#171; &lt;i&gt;p&#233;renniser l'ouvrage, ou sa destruction&lt;/i&gt; &#187;. Tous, avec plus ou moins de cynisme, ont ferm&#233; les yeux sur les conditions de vie qu'ils imposaient &#224; leurs locataires. Tous encaissaient loyers et APL sans sourciller. Tous ne sont pourtant pas sur le banc des pr&#233;venus. Serge Fartoukh, dentiste propri&#233;taire d'un rez-de-chauss&#233;e vacant et d'un sous-sol en &#233;tat de ruine avanc&#233;e, a &#233;t&#233; tanc&#233; par le pr&#233;sident du tribunal : &#171; &lt;i&gt;Vous b&#233;n&#233;ficiez du statut de t&#233;moin. Sachez que vous auriez pu en avoir un autre, celui de pr&#233;venu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Sur ce type de logements, on ne recherche pas de plus-value sur la revente, la plus-value, c'est le loyer. Souvent assur&#233; par les APL. Le risque, c'est le locataire qui le prend &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Enfin, voil&#224; Xavier Cachard, gargantuesque propri&#233;taire d'un appartement au 2&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;&#233;tage du 65, avocat du syndic et, &#224; l'&#233;poque, vice-pr&#233;sident du Conseil r&#233;gional. Si comme l'a soulign&#233; le procureur Bessone, &#171; &lt;i&gt;cumul de responsabilit&#233;s ne signifie pas dilution de culpabilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;comme dans le crime de l'Orient-Express, chacun des pr&#233;venus a donn&#233; un coup mortel&lt;/i&gt; &#187;, Cachard, lui, occupe une place centrale dans ce dossier. Sp&#233;cialiste du droit de l'immobilier, associ&#233; majoritaire &#224; 97 % d'une SARL investissant dans des biens d&#233;grad&#233;s, il a pr&#233;sid&#233; plusieurs assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de la copropri&#233;t&#233;, o&#249; il en imposait. Des courriels trouv&#233;s lors des perquisitions prouvent qu'il a voulu influencer les experts pour jouer la montre et &#233;viter un arr&#234;t&#233; de mise en p&#233;ril. Le procureur requiert contre lui cinq ans de prison dont deux avec sursis, 150 000 euros d'amende et l'interdiction d'exercer. La SARL derri&#232;re laquelle il se dissimule se voit r&#233;clamer 80 000 euros.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ces rentiers de malheur ne consid&#232;rent pas les locataires comme leurs &#233;gaux : pour eux, ce ne sont que des &#233;trangers, des prostitu&#233;es, des drogu&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Sur ce type de logements, on ne recherche pas de plus-value sur la revente&lt;/i&gt;, a d&#233;duit le procureur Sastre, &lt;i&gt;la plus-value, c'est le loyer. Souvent assur&#233; par les APL. Bien mieux que la Bourse, c'est un business plan. Le risque, c'est [le locataire] qui le prend.&lt;/i&gt; &#187; Le raisonnement a ses limites. Au-del&#224; d'une cupidit&#233; &#224; courte vue appara&#238;t une strat&#233;gie occulte qui r&#233;v&#232;le qu'ici, le mal-logement est devenu syst&#233;mique. Quand Jean-Fran&#231;ois Valentin, &#226;me damn&#233;e de Liautard, confie que son &#171; &lt;i&gt;devoir moral&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait de conserver un maximum de biens en gestion pour gonfler la valeur financi&#232;re dudit cabinet, il avoue une motivation qui d&#233;passe la simple plus-value locative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un immeuble habit&#233; vaut bien plus qu'une ruine &#233;vacu&#233;e. C'est la valeur globale &#224; la revente qui motive Cachard et son &#171; ami intime &#187; et propri&#233;taire du cabinet Bernard Puccinelli. &#171; &lt;i&gt;Ce dossier me tient personnellement &#224; c&#339;ur&lt;/i&gt; &#187;, confie Cachard &#224; un expert. Au passage, il glisse un &#171; &lt;i&gt;si vous pouvez nous &#233;viter une mise en p&#233;ril&#8230;&lt;/i&gt; &#187; On ne se risque pas &#224; pareille pression sans un fort sentiment d'impunit&#233;. &#171; &lt;i&gt;C'est grave docteur ? Grave signifiant &#8220;est-ce que &#231;a va co&#251;ter de l'argent au 65 ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; ce que lance un Cachard badin &#224; l'expert Gilbert Cardi qui, apr&#232;s avoir offici&#233; du c&#244;t&#233; du 63 de Marseille Habitat, venait d'&#234;tre d&#233;bauch&#233; par le cabinet Liautard en qualit&#233; de conseiller technique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La SCI familiale continua &#224; encaisser loyer et APL pendant l'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril imminent du premier semestre 2017, sans reloger les locataires &#233;vacu&#233;s comme c'&#233;tait de son devoir&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ombre du vieux maire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cupidit&#233; des uns, n&#233;gligence des autres, indiff&#233;rence de tous&lt;/i&gt; &#187; a point&#233; le procureur Bessone. Mais un angle mort demeure. &#171; &lt;i&gt;Logement indigne : le proc&#232;s d'un syst&#232;me n'aura pas lieu&lt;/i&gt; &#187;, regrette le communiqu&#233; de plusieurs associations, &#233;galement sign&#233; par la m&#232;re de Julien Lalonde, l'une des huit victimes. L'ombre de Jean-Claude Gaudin plane sur la salle d'audience, lui qui niait l'insalubrit&#233; end&#233;mique et pr&#244;nait une &#171; &lt;i&gt;reconqu&#234;te&lt;/i&gt; &#187; du centre-ville sur la pl&#232;be, dont il consid&#233;rait la pr&#233;sence ill&#233;gitime. Porte-voix d'une bourgeoisie locale qui s'est recroquevill&#233;e sur ses investissements fonciers, le vieux maire l'avait exprim&#233; cr&#251;ment : &#171; &lt;i&gt;Le Marseille populaire, ce n'est pas le Marseille maghr&#233;bin, ce n'est pas le Marseille comorien. La population &#233;trang&#232;re a envahi le centre, les Marseillais sont partis.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire La Ville-sans-nom, Marseille dans la bouche de ceux qui l'assassinent, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Ce qui a fait grincer ma&#238;tre Vouland, avocat de la famille Sa&#239;d-Hassani, apr&#232;s avoir cit&#233; cette saillie raciste : &#171; &lt;i&gt;Ils ont d&#251; &#234;tre satisfaits, Ouloume n'est plus l&#224; pour les d&#233;ranger.&lt;/i&gt; &#187; Dans la m&#234;me tirade, Gaudin poursuivait : &#171; &lt;i&gt;Moi je lutte contre les marchands de sommeil, je r&#233;nove et je fais revenir des habitants qui payent des imp&#244;ts.&lt;/i&gt; &#187; On a vu le r&#233;sultat. Et si c'&#233;tait le fant&#244;me du vieux maire que convoque le b&#226;tonnier Campana en d&#233;fense de l'ex-&#173;adjoint Ruas, lorsqu'il se risque &#224; une rh&#233;torique goyesque : &#171; &lt;i&gt;Imaginons un instant que le diable est &#224; l'origine du drame&#8230;&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion des d&#233;lib&#233;r&#233;s sera rendue publique le 7 juillet 2025.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Portrait d'une ville fractur&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le juge Pascal Gand, qui a r&#233;cemment fait condamner un ex-policier aux fronti&#232;res &#224; quatre ans de prison pour avoir lou&#233; une centaine de taudis &#224; des sans-papiers, a aussi permis aux proches des victimes de raconter le parcours de vie des habitants du 65 rue d'Aubagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Emmanuelle, artiste sur verre au RSA, d&#233;crivait &#224; sa m&#232;re son logis se d&#233;gradant &#224; vue d'&#339;il &#8211; &#171; &lt;i&gt;le quotidien des quartiers pauvres de cette ville&lt;/i&gt; &#187; ; Fabien, ex-barman, ex-ouvrier, &#171; &lt;i&gt;&#233;corch&#233; de la vie&lt;/i&gt; &#187;, membre des supporters ultras de MTP et proche du Massilia Sound System ; Simona, &#233;tudiante en langues originaire du Mezzogiorno, o&#249; elle enseignait l'italien aux migrants ; Pape Magatte, vendeur sur les march&#233;s du Grand Dakar arriv&#233; en Europe apr&#232;s un parcours difficile &#224; travers la Libye ; Julien, franco-p&#233;ruvien polyglotte et voyageur pour qui &#171; &lt;i&gt;Noailles c'est le monde&lt;/i&gt; &#187; ; Ch&#233;rif, venu avec des moyens de fortune d'Annaba &#224; Marseille dans l'id&#233;e de pr&#233;parer l'arriv&#233;e de sa femme et sa fille ; Taher, arriv&#233; de Tunisie par l'Italie, o&#249; il a connu la prison pour un d&#233;lit dont il fut innocent&#233; apr&#232;s huit ans de d&#233;tention ; Ouloume, maman comorienne pass&#233;e par Mayotte, travaillant dans un restaurant et vivant l&#224; avec ses deux plus jeunes fils, Imane et El-Amine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les survivants : Rachid, fragile et g&#233;n&#233;reux tel que d&#233;crit par sa m&#232;re, rescap&#233; &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; pour &#234;tre sorti acheter des cigarettes ; Habib et Reda, h&#233;berg&#233;s par lui, l'un parti t&#244;t pour faire une g&#226;che, l'autre chanceux d'avoir d&#233;couch&#233; ; Sophie, &#233;tudiante en histoire de l'art qui, en panique, s'est r&#233;fugi&#233;e la veille chez ses parents ; Abdelghani et sa vid&#233;o des derniers instants de l'immeuble, avec le bruit gla&#231;ant de ses voisins tambourinant sur leurs portes qui ne ferment ou n'ouvrent plus ; Alexia et Pierre, sauv&#233;s parce qu'une amie qui leur a confi&#233; son studio et son chat pour le week-end a eu la bonne id&#233;e de rater son train de retour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant la chute des 63 et 65, Simona textote &#224; sa voisine du dessus : &#171; &lt;i&gt;Alexia, ce n'est pas un jeu, chaque fois que tu te douches, je suis inond&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; R&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;T'inqui&#232;te, Sophie m'a propos&#233; de me doucher chez elle.&lt;/i&gt; &#187; La m&#234;me Sophie re&#231;oit un SMS de Marie-Emmanuelle, sa voisine de palier : &#171; &lt;i&gt;S'il te pla&#238;t, mets un coup de pied dans ma porte, que je puisse sortir.&lt;/i&gt; &#187; Sans papiers, vivant de petits boulots, vendeur de cigarettes &#224; la sauvette, videur dans un cabaret oriental, certains des gars h&#233;berg&#233;s par Rachid ont fait de courts s&#233;jours &#224; l'ombre, souvent pour bagarre en &#233;tat d'&#233;bri&#233;t&#233;. Le propri&#233;taire du 25 m&#178; o&#249; logeait Rachid n'est autre que l'&#233;lu Xavier Cachard, qui lui n'ira probablement jamais en prison. &#171; &lt;i&gt;Il fera appel, ira en cassation et, au pire, se baladera avec un bracelet &#233;lectronique &#224; la cheville&lt;/i&gt; &#187;, proph&#233;tise Nordine Abouakil, activiste chevronn&#233; contre le logement indigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fronti&#232;re socio&#173;psycho&#173;logique s&#233;pare ceux qui habitent la ville et ceux qui en tirent des revenus sans y vivre. Ces rentiers de malheur ne consid&#232;rent pas les locataires comme leurs &#233;gaux : pour eux, ce ne sont que des &#233;trangers, des prostitu&#233;es, des drogu&#233;s. L'expert Carta a justifi&#233; ne pas s'&#234;tre enquis de l'&#233;tat des logements aupr&#232;s des occupants par ces mots pleins de m&#233;pris : &#171; &lt;i&gt;Je n'aurais rien appris d'eux.&lt;/i&gt; &#187; Plus vieille propri&#233;taire du 65, Mich&#232;le Bonetto, qui r&#233;side en pays d'Aix, regrette l'&#233;poque o&#249; le quartier &#233;tait peupl&#233; &#171; &lt;i&gt;d'authentiques Marseillais&lt;/i&gt; &#187;. Entre-soi, calculs mesquins et connivences. M. Valentin, ancien employ&#233; et copain de r&#233;gate de Fr&#233;d&#233;ric Berthoz (ex-pr&#233;sident du syndicat des syndics des Bouches-du-Rh&#244;ne et propri&#233;taire du 67 rue d'Aubagne) d&#233;crit ainsi Bernard Puccinelli, propri&#233;taire du cabinet Liautard : &#171; &lt;i&gt;Il aimait rendre service pour qu'on lui soit redevable.&lt;/i&gt; &#187; Xavier Cachard, ami de ce m&#234;me Puccinelli, d&#233;clare avoir, sur son conseil, achet&#233; &#224; bas prix un lot de trois appartements dans le quartier paup&#233;ris&#233; de Noailles. &#171; &lt;i&gt;Pourquoi ? Parce que c'est moins cher qu'ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond-il froidement &#224; la barre. Ce n'&#233;tait &#233;videmment pas pour y habiter : lui r&#233;side dans une belle villa adoss&#233;e au massif des Calanques, &#224; deux pas de son &#171; &lt;i&gt;voisin de colline&lt;/i&gt; &#187;, l'expert Gilbert Cardi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La commedia dell'arte des Th&#233;nardier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Trois ans ferme, dont un avec sursis et 40 000 euros d'amende pour Gilbert Ardilly, proprio du taudis de 25 m&#178; lou&#233; au prix d'un 40 m&#178; &#224; Ouloume Sa&#239;d-Hassani, morte sous les gravats. Pour le fils Ardilly, un an ferme, un avec sursis et 30 000 euros d'amende. Contre leur SCI, 100 000 euros d'amende et interdiction de louer. Appel&#233; &#224; la barre, le p&#232;re a d&#233;clar&#233; d'embl&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Je vous pr&#233;viens, j'ai rien pr&#233;par&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Ce cinquantenaire r&#226;bl&#233; en sweat &#224; capuche encha&#238;ne les &#171; &lt;i&gt;J'en sais rien&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Je me souviens pas&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;J'ai pas les factures &lt;/i&gt; &#187;&#8230; &#201;tait-il conscient qu'un gar&#231;on de huit ans vivait dans ce T1 mal chauff&#233; ? &#171; &lt;i&gt;Non, je savais pas qu'elle vivait avec un truc, heu&#8230;, un enfant.&lt;/i&gt; &#187; Quand M. Valentin, du cabinet Liautard, raconte que le chauffe-eau a fui pendant des mois jusqu'&#224; trouer le plancher, Ardilly se dresse sur ses ergots et toise le syndic, si bien que le juge lui ordonne d'arr&#234;ter les menaces. &#192; sa suite, son fils S&#233;bastien vient &#224; la barre et un avocat lui fait remarquer qu'il s'y tient comme au comptoir d'un bar. De retour sur le banc, le pr&#233;venu met au d&#233;fi l'avocat de l'attendre &#224; la sortie. Le p&#232;re Ardilly est &#224; la t&#234;te d'une entreprise de plomberie. Ses mani&#232;res frustes contrastent avec celles, plus polic&#233;es, des autres propri&#233;taires. Les Ardilly vivent eux dans une zone pavillonnaire, &#224; proximit&#233; d'un de ces noyaux villageois absorb&#233;s par la ville &#224; sa p&#233;riph&#233;rie, l&#224; o&#249; on vote RN comme on ferait le signe de croix face aux &#171; Indiens &#187; des cit&#233;s alentour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la m&#232;re, elle ne &#171; &lt;i&gt;s'occupait de rien&lt;/i&gt; &#187;, bien qu'elle soit g&#233;rante de la SCI. Le fils a&#238;n&#233; d'Ouloume affirme pourtant qu'elle &#233;tait pr&#233;sente lors de la signature du bail. &#171; &lt;i&gt;Menteur !&lt;/i&gt; &#187;, lui crie-t-elle avant d'ajouter que si ce jour-l&#224; son mari &#233;tait avec une blonde, &#171; &lt;i&gt;&#231;a devait &#234;tre son amante&lt;/i&gt; &#187;. &#192; cet instant, le procureur se l&#232;ve et r&#233;v&#232;le le dialogue qu'il vient de surprendre au pied de son estrade. Le fils Ardilly : &#171; &lt;i&gt;C'est vrai que Maman &#233;tait l&#224; ?&lt;/i&gt; &#187; Le p&#232;re : &#171; &lt;i&gt;H&#233; ouais, je l'avais amen&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Lorsqu'on lui demande de d&#233;finir ce qu'est un marchand de sommeil, la m&#232;re s'emporte : &#171; &lt;i&gt;On n'est pas des marchands de sommeil !&lt;/i&gt; &#187; Pos&#233;ment, l'avocat lui explique : &#171; &lt;i&gt;C'est quelqu'un qui loue un logement ind&#233;cent &#224; des personnes vuln&#233;rables.&lt;/i&gt; &#187; La dame gesticule en direction des enfants d'Ouloume : &#171; &lt;i&gt;C'est pas des gens vuln&#233;rables !&lt;/i&gt; &#187; L'avocat des Ardilly osera abonder en ce sens, puisque &#171; &lt;i&gt;Mme Sa&#239;d-Hassani touchait les allocs&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Pour rappel, Ardilly continua &#224; encaisser loyers et APL pendant l'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril imminent du premier semestre 2017, sans reloger ses locataires &#233;vacu&#233;s comme c'&#233;tait de son devoir. Si le tribunal suit le r&#233;quisitoire du procureur, Mme Ardilly devrait &#234;tre relax&#233;e &#171; &lt;i&gt;au b&#233;n&#233;fice du doute&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &lt;i&gt;La Ville-sans-nom, Marseille dans la bouche de ceux qui l'assassinent&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Chien rouge, 2024 (r&#233;&#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Effondrements de la rue d'Aubagne : &#171; Un immeuble ne tombe pas comme &#231;a &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Effondrements-de-la-rue-d-Aubagne</link>
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		<dc:date>2024-12-05T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans la salle PHN (pour Proc&#232;s hors norme) construite en pr&#233;fabriqu&#233; dans la cour de la caserne du Muy, le tribunal correctionnel de Marseille juge depuis le 7 novembre l'affaire des effondrements de la rue d'Aubagne qui, le 5 novembre 2018, ont tu&#233; huit personnes. Chronique &#224; chaud. &#171; J'ai entendu un grand crac et de nouvelles fissures sont apparues au-dessus de mon lit. &#187; La voix d'une rescap&#233;e des huit disparus retentit dans la salle d'audience. Le 5 novembre 2018 &#224; 2 heures 40 du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no136-decembre-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;236 (d&#233;cembre 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L143xH150/236_03_savoye_effondrement-bb4bf.jpg?1768672601' class='spip_logo spip_logo_right' width='143' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la salle PHN (pour Proc&#232;s hors norme) construite en pr&#233;fabriqu&#233; dans la cour de la caserne du Muy, le tribunal correctionnel de Marseille juge depuis le 7 novembre l'affaire des effondrements de la rue d'Aubagne qui, le 5 novembre 2018, ont tu&#233; huit personnes. Chronique &#224; chaud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH524/236_03_savoye_effondrement-c1a5d.jpg?1768672601' width='500' height='524' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#201;tienne Savoye
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; J&lt;/span&gt;&lt;i&gt;'ai entendu un grand crac et de nouvelles fissures sont apparues au-dessus de mon lit.&lt;/i&gt; &#187; La voix d'une rescap&#233;e des huit disparus retentit dans la salle d'audience. Le 5 novembre 2018 &#224; 2 heures 40 du matin, Marie B. appelle les pompiers. Le standardiste temp&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Un immeuble, &#231;a ne s'effondre pas comme &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous voulez que j'envoie une patrouille ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212; Non, &#231;a ira, vous m'avez rassur&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six heures plus tard, les 63 et 65 rue d'Aubagne tombent. Quelques jours avant la chute, Marie, bloqu&#233;e chez elle, envoyait un SMS &#224; sa voisine de palier : &#171; &lt;i&gt;Tu peux venir mettre un coup de pied dans ma porte et me sortir de ce pi&#232;ge ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Au m&#233;pris des locataires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au proc&#232;s des effondrements de la rue d'Aubagne &#8212; 16 pr&#233;venus, 87 plaignants &#8212; deux mondes se c&#244;toient sans se parler. Sur le banc des parties civiles, le Marseille populaire que certains ne veulent plus voir en ville. Sur celui des accus&#233;s, l'app&#226;t du gain et l'incurie. Au fil des comparutions se dessine le portrait &#224; vif d'une soci&#233;t&#233; locale o&#249; la dilution des responsabilit&#233;s ne cache plus le mal-logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Pascal Gand (juge des proc&#232;s du Mediator et des suicides de France T&#233;l&#233;com) laisse la parole aux survivants, aux proches des victimes, avant d'interroger propri&#233;taires, syndic, techniciens, experts et &#233;lus. Saisissant contraste : d'un c&#244;t&#233; des personnes en situation pr&#233;caire au parcours souvent caboss&#233;, leur humanit&#233;, leur solidarit&#233; de voisins. De l'autre, les mis en examen, qui s'apitoient, surtout sur leur sort. Certains ont m&#234;me voulu se porter partie civile, ce qui leur a &#233;t&#233; refus&#233;. Les avocats de la d&#233;fense n'h&#233;sitent pas &#224; se tirer dans les pattes. Mais leurs plaidoiries feront sans nul doute front commun : c'est la faute &#224; tout le monde, donc &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le Marseille populaire que certains ne veulent plus voir en ville&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re de Simona d&#233;clare que la mort de sa fille &#171; &lt;i&gt;trahit ses valeurs de respect de la vie et de la dignit&#233; humaine&lt;/i&gt; &#187;. Au premier &#233;tage du 65, Pape Magatte, d&#233;c&#233;d&#233; &#233;galement, avait pass&#233; la nuit chez elle &#171; &lt;i&gt;pour la rassurer&lt;/i&gt; &#187;, &#233;voque son jeune fr&#232;re. Revenu s'asseoir, les parents de Simona le prennent dans leurs bras. Au second, Rachid R. h&#233;bergeait des copains SDF. Pour se porter partie civile, Reda et Habib, qui ont surv&#233;cu, doivent prouver qu'ils vivaient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la barre, la maman de Rachid raconte qu'elle leur apportait des plats cuisin&#233;s. Un peu suspicieux, l'avocat de la d&#233;fense s'&#233;tonne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La pr&#233;sence de ses amis chez lui ne vous d&#233;rangeait pas ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212; Non, mon fils &#233;tait g&#233;n&#233;reux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces copains avaient tous fait de brefs s&#233;jours en prison, la plupart du temps pour bagarre en &#233;tat d'&#233;bri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, Gilbert Ardilly n'a pas un mot de compassion pour la famille comorienne &#224; qui il louait un appartement insalubre au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; &#233;tage. C'est pourtant Ouloume S., la maman, qui est morte sous les gravats de son logement. On l'interroge &#224; propos du chauffage d&#233;fectueux et du chauffe-eau rouill&#233; qui fuyait. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous saviez qu'un gar&#231;on de huit ans vivait l&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212; Non, je ne savais pas que cette dame avait un truc, euh&#8230; un enfant. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2017, un arr&#234;t&#233; de p&#233;ril avait &#233;t&#233; &#233;mis &#224; cause d'un trou dans le plancher de la salle de bain. Pendant les quatre mois de travaux, la SCI des Ardilly, p&#232;re, m&#232;re et fils, continue d'encaisser les loyers sans reloger les locataires, malgr&#233; l'obligation l&#233;gale. Apr&#232;s la catastrophe, elle continue &#224; toucher les APL et refuse de rendre la caution.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Expertise &#224; l'aveugle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 18 octobre 2018, l'expert Richard Carta est appel&#233; pour une nouvelle mise en p&#233;ril : une cloison du rez-de-chauss&#233;e menace d'exploser sous la pression des planchers qui s'affaissent. On &#233;vacue les occupants le temps d'&#233;tayer, puis &#171; &lt;i&gt;un homme en costume qui ne s'est pas pr&#233;sent&#233;&lt;/i&gt; &#187; leur dit qu'ils peuvent r&#233;int&#233;grer les logements. Une entreprise d&#233;molit la cloison et ne la reconstruit que trois jours plus tard, en parpaings, aggravant le report de charge.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les travaux structurels sont rejet&#233;s &#224; l'unanimit&#233;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'effondrement &#233;tait in&#233;luctable&lt;/i&gt; &#187;, diront les experts Mazaud et de L&#233;pinay, nomm&#233;s par le juge d'instruction pour faire l'analyse post-mortem des 63, 65 et 67 rue d'Aubagne. Pourtant, des alertes ont &#233;t&#233; &#233;mises en 2012, 2014, 2017&#8230; Fa&#231;ades l&#233;zard&#233;es, poutres pourries, cloisons gorg&#233;es d'eau, canalisations perc&#233;es, escalier qui flanche, affaissement du mur commun aux 65 et 67, mais aussi c&#244;t&#233; 63-65. L'aveuglement volontaire des techniciens municipaux et des experts mandat&#233;s par le tribunal administratif, auquel s'ajoutent les conflits entre syndics, encourage l'inertie. Quel a &#233;t&#233; le r&#244;le de Xavier Cachard, &#233;lu &#224; la r&#233;gion, propri&#233;taire du 65 et avocat du syndic, qui pr&#233;sidait les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales tout en se dissimulant derri&#232;re une SARL dont il d&#233;tient 97 % des parts ? On d&#233;couvre les proc&#232;s-verbaux d'AG : les travaux structurels sont rejet&#233;s &#224; l'unanimit&#233;, mais on vote le remplacement des bo&#238;tes aux lettres. En 2015, Cachard dicte les conclusions de son rapport &#224; l'expert Cardi, qu'il tutoie, afin de contrer judiciairement le propri&#233;taire du 67 qui vient de l'assigner en r&#233;f&#233;r&#233;. Son but : que le juge se d&#233;clare incomp&#233;tent et renvoie le demandeur plaider sur le fond. &#171; &lt;i&gt;Et on en reparlera dans deux ou trois ans&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Sur les &#233;crans, le juge fait projeter un courriel de Cachard &#224; son &#171; &lt;i&gt;cher ami&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;C'est grave docteur ? Grave signifiant &#8220;est-ce que &#231;a va co&#251;ter de l'argent au 65&#8221; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marchands de sommeil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi un tel &#171; laisser-pourrir &#187; ? Parce que le m&#233;pris et l'abandon fondent la sp&#233;culation immobili&#232;re. &#192; Marseille, les &#233;lites consid&#232;rent la population du centre comme ill&#233;gitime, appel&#233;e &#224; &#171; &lt;i&gt;d&#233;gager&lt;/i&gt; &#187; &#8211; mot employ&#233; par Monsieur le Maire en personne, Jean-Claude Gaudin, alors que les sauveteurs cherchaient encore les corps. Sous son r&#232;gne, une mentalit&#233; de rentiers &#224; courte vue a orient&#233; les destin&#233;es de la ville. Si le vieil &#233;dile pr&#233;tendait &#171; &lt;i&gt;faire revenir des habitants qui payent des imp&#244;ts&lt;/i&gt; &#187;, dans la vraie vie, son parti abritait plus d'un marchand de sommeil. Et quand une propri&#233;taire du 65, professeure de musique &#224; la retraite r&#233;sidant en pays d'Aix, d&#233;clare &#224; la barre qu'elle a achet&#233; son bien en 1974 et qu'&#224; l'&#233;poque l'immeuble &#233;tait &#171; &lt;i&gt;habit&#233; par d'authentiques Marseillais&lt;/i&gt; &#187;, personne ne lui demande si des locataires moins &#171; authentiques &#187; ne m&#233;ritaient pas d'&#234;tre prot&#233;g&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inhabit&#233; comme le 67, le 63, lui, appartenait &#224; Marseille Habitat, soci&#233;t&#233; d'&#233;conomie mixte charg&#233;e du logement social. Pour &#233;viter le squat, on avait d&#233;vitalis&#233; l'immeuble, arrach&#233; les canalisations et d&#233;moli les cloisons, contribuant &#224; fragiliser ce groupe d'&#233;difices du XVIII&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;si&#232;cle. Quand on l'interroge sur ces actions, l'ex-directeur Christian Gil dit ne pas se souvenir. &#171; &lt;i&gt;On fonctionnait &#224; la confiance, sans paperasse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Julien Ruas, adjoint charg&#233; de la pr&#233;vention des risques (seul &#233;lu mis en examen &#232;s qualit&#233;s), il signait les lev&#233;es d'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril, lui aussi &#171; &lt;i&gt;en confiance&lt;/i&gt; &#187;. Appel&#233; &#224; la barre par la d&#233;fense, Claude Bertrand, ancien directeur de cabinet de Jean-Claude Gaudin, justifie cette incomp&#233;tence de l'&#233;lu : &#171; &lt;i&gt;Si un &#233;lu est comp&#233;tent dans le domaine que le maire lui d&#233;l&#232;gue, il risque d'interf&#233;rer avec son chef de service.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Oui, d&#233;penser le moins possible pour un profit maximum, que voulez-vous, c'est &#231;a le capitalisme &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, M. Valentin, embauch&#233; par le cabinet Liautard pour g&#233;rer 127 copropri&#233;t&#233;s, dont le 65, justifie son attentisme : &#171; &lt;i&gt;Mon contrat moral &#233;tait de garder un maximum de copropri&#233;t&#233;s en gestion, m&#234;me les plus probl&#233;matiques, pour que mon patron puisse vendre son affaire au meilleur prix. Oui, d&#233;penser le moins possible pour un profit maximum, que voulez-vous, c'est &#231;a le capitalisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel&#233; en tant que t&#233;moin, Emmanuel Patris, ancien chef de projet pour la Ville et depuis militant pour le droit au logement, d&#233;crit l'inertie municipale en mati&#232;re d'habitat : &#171; &lt;i&gt;Pour la mairie, l'important &#233;tait la mise en vitrine de l'espace urbain, les fa&#231;ades, les commerces de pied d'immeuble, pour attirer les investisseurs.&lt;/i&gt; &#187; Un choix id&#233;ologique qui &#233;pouse &#224; merveille les app&#233;tits &#233;go&#239;stes. Voil&#224; pourquoi, m&#234;me contrits devant la cour, les pr&#233;venus se savent du bon c&#244;t&#233; du manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liliana Flores, m&#232;re de Julien, a conclu son intervention ainsi : &#171; &lt;i&gt;Pour mon fils, Marseille, c'&#233;tait le monde. Il m&#233;ritait de vivre dignement. Merci d'avoir humanis&#233; ce tribunal. Esp&#233;rons que les pr&#233;venus assis derri&#232;re moi cessent de se renvoyer la balle et assument, pour que cela ne se reproduise plus jamais.&lt;/i&gt; &#187; En circulant parmi les conciliabules de la d&#233;fense lors des suspensions d'audience, on a des doutes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Phoque, Marseille</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Phoque-Marseille</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Phoque-Marseille</guid>
		<dc:date>2024-08-06T07:09:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Thomas Azu&#233;los</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans Walter Benjamin et le r&#233;bus de Marseille, J&#233;r&#244;me Delclos et Thomas Azuelos cartographient la rencontre entre le philosophe et la cit&#233; phoc&#233;enne &#224; la fin des ann&#233;es 1920. Une ivresse et un r&#233;bus d&#233;sormais d&#233;cod&#233;s ? &#171; Cette ville a du poil aux dents&#8230; En tirer une phrase est plus difficile que d'&#233;crire tout un livre sur Rome&#8230; Gueule de phoque qui avale des prolos jet&#233;s en p&#226;ture &#224; heure fixe par les compagnies maritimes&#8230; &#187; Walter Benjamin et le r&#233;bus de Marseillesert aux lecteurs et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Thomas-Azuelos" rel="tag"&gt;Thomas Azu&#233;los&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Walter Benjamin et le r&#233;bus de Marseille&lt;/i&gt;, J&#233;r&#244;me Delclos et Thomas Azuelos cartographient la rencontre entre le philosophe et la cit&#233; phoc&#233;enne &#224; la fin des ann&#233;es 1920. Une ivresse et un r&#233;bus d&#233;sormais d&#233;cod&#233;s ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; C&lt;i&gt;e&lt;/span&gt;tte ville a du poil aux dents&#8230; En tirer une phrase est plus difficile que d'&#233;crire tout un livre sur Rome&#8230; Gueule de phoque qui avale des prolos jet&#233;s en p&#226;ture &#224; heure fixe par les compagnies maritimes&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Walter Benjamin et le r&#233;bus de Marseille&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quiero, 2024.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;sert aux lecteurs et lectrices aventureuses des &lt;i&gt;punchlines &lt;/i&gt;bien senties. Et beaucoup plus que &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_12_azuelos_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH219/web_232_12_azuelos_1200px-da116.jpg?1768672602' width='500' height='219' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Thomas Azuelos
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;W&lt;/span&gt;alter Benjamin, philosophe juif allemand mort en 1940, alors qu'il fuyait le nazisme, pratiqua la d&#233;rive urbaine que th&#233;oriseront plus tard les situationnistes. Apr&#232;s Berlin, Paris ou Naples, il tenta de d&#233;chiffrer l'&#233;nigme de Marseille en se perdant dans ses rues. &#171; &lt;i&gt;Mais de quoi ont-ils eu si peur ? &#187;&lt;/i&gt;, s'interrogeaient d&#233;j&#224; Christine Breton et Sylvain Maestraggi &#224; propos des errances de Benjamin et de ses amis Ernst Bloch et Siegfried Kracauer, lorsqu'ils d&#233;couvrent la ville en 1926&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais de quoi ont-ils eu si peur ? Walter Benjamin, Ernst Bloch et Siegfried (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. L'ouvrage pr&#233;sent poursuit leur qu&#234;te, sur la piste du fl&#226;neur saisi par l'inqui&#233;tante &#171; modernit&#233; &#187; qui vient de raser le quartier de derri&#232;re la bourse. Benjamin ne le sait pas, mais cet hygi&#233;nisme belliqueux faisant table rase des vieux quartiers annonce les rafles et le dynamitage barbares du quartier Sant-Joan par la Wehrmacht et la police de Vichy en f&#233;vrier 1943. Les mots de Delclos t&#226;tonnent presque autant que l'homme intuitif et fragile dont il dresse le portrait, et les dessins d'Azu&#233;los font bien plus que les illustrer. Ensemble, ils rendent hommage &#224; celui qui se risque, ivre de haschich et de craintes brav&#233;es, dans les bas quartiers o&#249; la po&#233;sie crue des ruelles embarque la litt&#233;rature et les id&#233;es d'&#233;mancipation dans une m&#234;me gal&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin d&#233;marrait toujours l'exploration d'une ville par sa p&#233;riph&#233;rie. Sa m&#233;taphore du phoque, peut-&#234;tre lui est-elle venue en parcourant, pr&#232;s de la Timone, la traverse du Cheval marin jusqu'&#224; la taverne &#233;ponyme dont l'enseigne m&#233;tallique repr&#233;sentait une otarie&#8230; En tout cas, Benjamin va &#224; l'os, au c&#339;ur, au ventre de la vieille cit&#233; &#8211; &#224; l'oppos&#233; d'un Marcel Pagnol qui, &#224; la m&#234;me &#233;poque et sur le quai d'en face, met en bo&#238;te un folklore destin&#233; &#224; amuser les galeries de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si par moment l'expos&#233; de Delclos se fait r&#233;it&#233;ratif, on tire son chapeau aux auteurs tout comme les prostitu&#233;es chapardaient leur couvre-chef aux bourgeois &#233;gar&#233;s dans le quartier rouge&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Taquinerie rapport&#233;e par plusieurs chroniqueurs et que l'auteur &#233;lucide au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Il donne envie d'aller &#224; la source des textes &#233;parpill&#233;s de Benjamin, certains retrouv&#233;s dans une valise apr&#232;s son suicide sur la route de l'exil. Les rares passages &#224; vide jouent leur r&#244;le : celui de passage, justement, vers l'&#339;uvre d'un visionnaire parlant au pr&#233;sent. Tel ce conseil posthume : plut&#244;t que caresser le poil trop luisant de l'histoire officielle, tirons de l'oubli celle des vaincus pour rouvrir des pistes trop vite abandonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quiero, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mais de quoi ont-ils eu si peur ? Walter Benjamin, Ernst Bloch et Siegfried Kracauer &#224; Marseille le 8 septembre 1926&lt;/i&gt;, &#233;d. Commune, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Taquinerie rapport&#233;e par plusieurs chroniqueurs et que l'auteur &#233;lucide au fil des pages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La Ville-sans-nom, mais pas sans c&#339;ur</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-Ville-sans-nom-mais-pas-sans</link>
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		<dc:date>2024-06-07T06:51:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, &#201;milien Bernard, L&#233;na Rosada</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Plus de quinze ans apr&#232;s la premi&#232;re version, La Ville-sans-nom &#8211; Marseille dans la bouche de ceux qui l'assassinent est enfin r&#233;&#233;dit&#233; aux &#233;ditions du Chien rouge. Cette compilation de citations revient dans une version augment&#233;e et agr&#233;ment&#233;e d'une introduction in&#233;dite, pour nous faire entendre et penser Marseille cr&#251;ment. Il y a quinze ans, les &#233;ditions du Chien rouge (versant bouquin de CQFD), sortaient un petit opus, La Ville-sans-nom, sign&#233; par Bruno Le Dantec. Ce cher ami hantait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no-231-en-kiosque" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 231 (juin 2024)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plus de quinze ans apr&#232;s la premi&#232;re version, &lt;i&gt;La Ville-sans-nom &#8211; Marseille dans la bouche de ceux qui l'assassinent&lt;/i&gt; est enfin r&#233;&#233;dit&#233; aux &#233;ditions du Chien rouge. Cette compilation de citations revient dans une version augment&#233;e et agr&#233;ment&#233;e d'une introduction in&#233;dite, pour nous faire entendre et penser Marseille cr&#251;ment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5671 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/couv-ville-sans-nom.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH753/couv-ville-sans-nom-52087.jpg?1768672603' width='500' height='753' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l y a quinze ans, les &#233;ditions du Chien rouge (versant bouquin de &lt;i&gt;CQFD),&lt;/i&gt; sortaient un petit opus, &lt;i&gt;La Ville-sans-nom, &lt;/i&gt;sign&#233; par Bruno Le Dantec. Ce cher ami hantait d&#233;j&#224; nos locaux et noircissait des pages dans les premi&#232;res ann&#233;es du canard.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Avec une nouvelle couverture, une splendide linogravure mitonn&#233;e par notre ancienne Queen graphiste C&#233;cile Kiefer et un panel de citations &#233;largi, le bouquin retrace l'histoire proche et lointaine de Marseille &#224; travers une s&#233;rie de d&#233;clarations sur la ville, certaines fortes dat&#233;es, d'autres contemporaines, issues de notables hautains mais aussi &#8211; courant d'air &#8211; des habitants qui la font vivre. De ces 150 percutantes pages jaillit le portrait contrast&#233; d'une ville longtemps d&#233;cri&#233;e et maltrait&#233;e &#8211; &lt;i&gt;Marseille, dans la bouche de ceux qui l'assassinent&lt;/i&gt;, grince le sous-titre, mais toujours la t&#234;te haute et le verbe joyeux.
Dans une longue introduction, l'auteur d&#233;crit la haine de classe des bourgeois de tout temps et &#233;voque, p&#234;le-m&#234;le, la m&#233;moire dynamit&#233;e du quartier de Saint-Joan et de sa langue &#171; &lt;i&gt;proven&#231;al[e] maritime ponctu&#233;[e] de mots grecs&lt;/i&gt; &#187;, la d&#233;possession du port au profit de l'&#201;tat ou les grands projets d'urbanisme bien pourris. Un portrait vivant du bazar d&#233;mantel&#233; de Belsunce c&#244;toie la description d'un chantier ubuesque : celui de la r&#233;novation de la populaire rue de la R&#233;publique, d&#233;sertifi&#233;e au profit d'un &#233;v&#233;nement culturel hors-sol. Satan&#233;e capitale de la culture. R&#244;dent des gentrificateurs carnivores et leurs flop&#233;es d'Airbnb1, et &#8211; bien s&#251;r &#8211; le souvenir encore vif des morts de la rue d'Aubagne, le 5 novembre 2018. &#171; &lt;i&gt;Il faut envers et contre tout raconter la m&#233;moire des vaincus, pour d&#233;nicher des espaces libres &#224; rouvrir&lt;/i&gt; &#187;, clame Bruno Le Dantec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; plonger dans cet obsessionnel travail de compilation et piocher, au hasard, des citations. &#192; travers les &#233;poques, ceux qui ont maudit Marseille se croisent et se r&#233;pondent, unis dans leur &#171; &lt;i&gt; brutalisme langagier &lt;/i&gt; &#187;. Anonymes et politiciens baudruches sont trait&#233;s sur un pied d'&#233;galit&#233;. On tombe aussi bien sur les mots d'Himmler que sur ceux de l'horripilante adjointe au maire Samia Ghali. Sans chronologie, on y d&#233;couvre les haines d'hier et d'aujourd'hui : &#171; &lt;i&gt;Dans le d&#233;sordre, les insultes racistes font effet domino &lt;/i&gt; &#187;, estime son auteur. Et parce que leurs saillies sont regroup&#233;es par chapitres : &#171; &lt;i&gt;Racisme ou haine du pauvre ?&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Ingouvernables minots&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Ville de gr&#233;vistes&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Le bulldozer et les ind&#233;sirables&lt;/i&gt; &#187;, leur indignit&#233; est r&#233;v&#233;l&#233;e pour ce qu'elle est : des poignards rh&#233;toriques, fourbement aff&#251;t&#233;s et orient&#233;s.
Malgr&#233; la violence des mots, la lecture de ces pages ne condamne pas au d&#233;faitisme. Les stigmates se retournent. &#192; ce torrent d'offenses ass&#233;n&#233;es &#224; travers les si&#232;cles, la rue r&#233;pond un &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;Vive le couscous clan ! &#187; esquiss&#233; sur le mur d'un quartier, elle oppose les foraines et la po&#233;sie de leurs harangues quand elles cherchent &#224; vendre &#171; &lt;i&gt;des kakis fondant comme des pacholes&lt;/i&gt; &#187;. En n&#233;gatif et en pulsion de vie, c'est la rumeur de fond de cette ville et de tout ce qui fait qu'on l'aime, sa diversit&#233; vivace et sa fausse langueur pleine d'&#233;tincelles, qui surgit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans se soucier de l'indignation des politicards et autres bourgeois qui lui reprochent &#171; &lt;i&gt;des petites phrases&lt;/i&gt; &#187; sorties de leur contexte, l'aminche Bruno nous rappelle que les mots ont un poids, que les id&#233;es n&#233;fastes ne se planquent que fort maladroitement derri&#232;re un vernis de communication politique. &lt;i&gt;La Ville-sans-nom &lt;/i&gt;est un livre de luttes, en &#171; &lt;i&gt; version de poche et de combat &lt;/i&gt; &#187;. En t&#233;moigne sa gen&#232;se : initi&#233; en 2005, ses citations prendront vie sur les murs de la ville. Et quelques fervents colleurs passeront la nuit en cellule pour avoir affich&#233; aux &#233;lites la v&#233;rit&#233; de leurs mots. En conclusion de son introduction, Bruno Le Dantec interroge &#171; &lt;i&gt;Pourquoi se fatiguer &#224; additionner autant d'inepties prof&#233;r&#233;es contre nous ? [&#8230;] Parce que mettre &#224; nu son discours permet de rappeler, en n&#233;gatif, ce &#224; quoi nous aspirons : tout l'inverse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par &#201;milien Bernard et L&#233;na Rosada&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Ville-sans-nom sera disponible en librairie le 7 juin 2024, et d&#232;s maintenant en pr&#233;commande &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Editions-du-Chien-rouge&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur cqfd-journal.org.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Brutalisme langagier (extrait de l'introductio&lt;/strong&gt;n)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Qui de la poule ou de l'&#339;uf ? Le parler-gras des politiciens populistes ou le parler-cash du populo d&#233;politis&#233; ? Le ch&#339;ur tragique que ce bouquin convoque se fait heureusement secouer les puces par le rythme plus syncop&#233; d'une langue sauvage capt&#233;e dans la rue (&#171; &lt;i&gt;Je te respecte, alors tu me respectes, fils de pute ! &lt;/i&gt; &#187;), dans le livre d'or d'une expo Euromed (&#171; &lt;i&gt;Super jacuzzi et jogging rose ! &lt;/i&gt; &#187;), un roman (&lt;i&gt;Banjo&lt;/i&gt;) ou le compte-rendu &#233;pique d'un match de foot. &lt;i&gt;Incha'Allah&lt;/i&gt; ce contre-chant serve d'antidote au poison des &lt;i&gt;haters&lt;/i&gt; en injectant un peu de l'&#233;loquence vulgaire ch&#232;re &#224; Dante et Pasolini. &lt;i&gt;Amandon&#233;&lt;/i&gt;, mieux vaut en rire et respirer l'air du large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'on cause s&#233;mantique, il faut aussi &#233;voquer un fameux stigmate invers&#233; : &#171; Marseille, c'est pas la France ! &#187; Cette impr&#233;cation de facho aigri s'est souvent mu&#233;e en joyeuse bravade dans les bars comme dans les trav&#233;es du V&#233;lodrome. Eh oui, Marseille, c'est le bled, b&#233;b&#233;. D'autres clich&#233;s ont un m&#234;me destin contrast&#233; : la l&#233;gende noire (Marseille ville de gr&#233;vistes, m&#233;t&#232;que, sale et dangereuse) cohabite maintenant avec la l&#233;gende rose des agences de communicants (Marseille ville de soleil, cosmopolite, bouillonnante et&#8230; rebelle). Idem avec la pirouette de l'ancien maire qui, d&#232;s qu'on questionnait sa politique, criait au Marseille &lt;i&gt;bashing&lt;/i&gt; pour renverser la charge de la faute. Autre twist culturel : la classe politique locale abuse des pagnolades comme d'un cache-sexe pour son ind&#233;crottable x&#233;nophobie. Une Provence de carte postale est brandie, fa&#231;on gri- gri d'exorciste, contre l'Arabe, l'outre-M&#233;diterran&#233;en, le musulman, occultant que cette partie du monde a de tout temps regard&#233; vers la mer.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5672 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_231_14_marseillessnom_sury_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH674/web_231_14_marseillessnom_sury_1200px-a671e.jpg?1768672604' width='500' height='674' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Trafics, criminalit&#233;, immigration, ins&#233;curit&#233; : Marseille est un concentr&#233; de tout ce qui nous tue. &#187; &lt;/strong&gt; (Eric Zemmour, tweet du 16 novembre 2021)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; [L'adjoint au maire G&#233;rard] Chenoz, il nous parle comme un gouverneur colonial. &#187; &lt;/strong&gt; (Sofiane, forain journalier sur le march&#233; de la Plaine, 11 septembre 2018)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; N'aie pas peur de mettre la sauce, ma belle ; dans la vie il vaut mieux sentir l'ail qu'avoir mauvaise haleine. &lt;/strong&gt; &#187; (Le Syrien, sp&#233;cialiste du shawarma maison, en face du conservatoire, 13 mai 2019)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un remous brutal laisse la place &#224; une patrouille de Fritz charg&#233;e d'acc&#233;l&#233;rer le mouvement d'expulsion [du quartier Saint-Jean] et de faire entendre aux t&#234;tus et aux na&#239;fs que ce petit exode impr&#233;vu n'est pas une gal&#233;jade. Malgr&#233; ma peur, il m'arrive de penser que les Allemands ont bien fait de prendre cette initiative. Pascal Leb&#232;gue et moi, nous nous &#233;tions souvent demand&#233; si la municipalit&#233; ne profiterait pas du chambard mondial pour raser cette cour des miracles o&#249; la pourriture et le tragique se disputaient la palme. &#187; &lt;/strong&gt; (Yves Gibeau, &lt;i&gt;Et la f&#234;te continue&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 1950)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je suis effondr&#233; par ce qui vient de se passer. &#187; &lt;/strong&gt; (Tweet de Jean-Claude Gaudin apr&#232;s les effondrements de la rue d'Aubagne, 2018)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je crois que Marseille est incurable &#224; jamais, &#224; moins d'une d&#233;portation massive de tous les habitants et d'une transfusion d'hommes du Nord. &#187; &lt;/strong&gt; (Louis Fr&#233;ron, proconsul envoy&#233; par la Convention en 1794, cit&#233; dans Paul Gaffarel, &#171; La Terreur &#224; Marseille &#187;, &lt;i&gt;Annales de Provence&lt;/i&gt;, 1913)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'ai lutt&#233; l&#224; comme avec aucune autre ville, il est plus dur d'en arracher une phrase que de tirer de Rome un livre. &#187; &lt;/strong&gt; (Walter Benjamin sur Marseille, lettre &#224; Hugo von Hofmannsthal, juin 1929)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les canons des gal&#232;res et des forts braqu&#233;s contre la ville avec ordre aux commandants de tirer au premier signe : un moyen de contenir la chiourme qui avait menac&#233; de se r&#233;volter et de se joindre &#224; la canaille pour faire main basse aux riches et saccager la ville. &#187; &lt;/strong&gt; (P. Giraud, religieux de la Trinit&#233;, 1709)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Feu monsieur le maire</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Feu-monsieur-le-maire</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cul b&#233;ni jusqu'au fondement, saint Gaudin a rendu l'&#226;me un lundi de Pentec&#244;te. Il ne faut pas tirer sur le corbillard, mais quand on parle de morts, ici on n'oublie pas. Encenser l'ex-s&#233;nateur-maire de Marseille reviendrait &#224; oublier les huit de la rue d'Aubagne, victimes collat&#233;rales d'une guerre de &#171; reconqu&#234;te &#187;, comme aimait dire le vieux. &#171; &#192; quinze ans, il r&#234;vait d'&#234;tre s&#233;nateur &#187;, a glouss&#233; G&#233;rard Larcher, ce vieil ado rougeaud qui pr&#233;side la Chambre haute. Les obs&#232;ques de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no-231-en-kiosque" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 231 (juin 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L130xH150/web_231_16_etienne_savoye_gaudin_1200px-845fd.jpg?1768672604' class='spip_logo spip_logo_right' width='130' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cul b&#233;ni jusqu'au fondement, saint Gaudin a rendu l'&#226;me un lundi de Pentec&#244;te. Il ne faut pas tirer sur le corbillard, mais quand on parle de morts, ici on n'oublie pas. Encenser l'ex-s&#233;nateur-maire de Marseille reviendrait &#224; oublier les huit de la rue d'Aubagne, victimes collat&#233;rales d'une guerre de &#171; reconqu&#234;te &#187;, comme aimait dire le vieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5674 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_231_16_etienne_savoye_gaudin_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH579/web_231_16_etienne_savoye_gaudin_1200px-12f65.jpg?1768672604' width='500' height='579' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Etienne Savoye*
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &#192;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;quinze ans, il r&#234;vait d'&#234;tre s&#233;nateur &#187;&lt;/i&gt;, a glouss&#233; G&#233;rard Larcher, ce vieil ado rougeaud qui pr&#233;side la Chambre haute. Les obs&#232;ques de Jean-Claude Gaudin ont eu lieu &#224; la cath&#233;drale de la Major. Apr&#232;s avoir film&#233; la cohorte des personnalit&#233;s venues rendre hommage &#224; celui qui gouverna la ville pendant un quart de si&#232;cle, les cam&#233;ras sont parties en qu&#234;te d'&#233;motion parmi la maigre foule mass&#233;e derri&#232;re les barri&#232;res Vauban. Sur toutes les cha&#238;nes, on a eu droit &#224; la m&#234;me poign&#233;e de vieilles dames regardant d&#233;filer les c&#233;l&#233;brit&#233;s comme on feuillette un magazine pipole. Mais un &#234;tre collectif brillait par son absence : &#171; le peuple marseillais &#187;, que l'&#233;dile s&#233;parait en strates &#224; l&#233;gitimit&#233; variable &#8211; &lt;i&gt;&#171; Le Marseille populaire, ce n'est pas le Marseille maghr&#233;bin, ce n'est pas le Marseille comorien &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Tribune, 05/12/2001.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, m&#233;gotait-il en 2001. Et quand le peuple n'est pas l&#224;, la sph&#232;re politico-m&#233;diatique danse. Sous les ors de la cath&#233;drale, les invit&#233;s ont &#233;cout&#233; le la&#239;us du caporal &#233;pingl&#233; Moraine&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Moraine, avocat et homme politique mis en examen dans l'affaire des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Client&#233;lisme &#224; la sauce brutale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La manie qu'avait Jean-Claude G. de distribuer les bons points de l'identit&#233; proven&#231;ale vient contredire le blablabla des enfileurs de perles mortuaires vantant la bonhomie du personnage. De Gaudin, on se souvient surtout de sa faconde arrogante en conseil municipal et de sa morgue face aux citoyens m&#233;contents. Sa suppos&#233;e rondeur de caract&#232;re, il la r&#233;servait &#224; ses pairs ou aux fans lui faisant des courbettes. Le 5 novembre 2018, alors que les secouristes cherchaient encore des survivants dans les gravats des immeubles effondr&#233;s, il lan&#231;ait &#224; un &#233;lu communiste crois&#233; rue d'Aubagne : &lt;i&gt;&#171; Alors, Christian, tu n'es pas sous les d&#233;combres &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Canard enchain&#233;, 14/11/2018.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;i&gt; ? &#187;&lt;/i&gt; Une bonhomie l&#233;gendaire, en effet&#8230; Et un abyssal manque d'empathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, la sc&#232;ne &#233;tait d'autant plus ubuesque qu'alors que Gaudin pr&#233;tendait lutter &#171; &lt;i&gt;contre les marchands de sommeil&lt;/i&gt; &#187;, parmi les propri&#233;taires d&#233;faillants d'un des immeubles tomb&#233;s en poussi&#232;re, ensevelissant huit de ses habitants, il y avait un conseiller r&#233;gional Les R&#233;publicains, son propre parti&#8230; Et ce n'&#233;tait pas un cas isol&#233;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2019, une enqu&#234;te journalistique r&#233;v&#232;la que plusieurs &#233;lus de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.
On dit que cette catastrophe hanta jusqu'au bout le s&#233;nateur-maire retir&#233; dans sa villa varoise. Il avait surtout balay&#233; les critiques d'un sec &lt;i&gt;&#171; Je ne regrette rien &#187;&lt;/i&gt; et sugg&#233;r&#233; que ce malencontreux effondrement, c'&#233;tait la faute &#224; la pluie. Pourtant, d&#232;s 1965, quand, jeune &#233;lu, il entre au conseil municipal, il pr&#233;side d&#233;j&#224; la commission charg&#233;e de l'urbanisme. Et trente ans plus tard, il devient maire et ministre de l'Am&#233;nagement du territoire sous Chirac&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre-temps, il avait fait main basse sur la pr&#233;sidence de la R&#233;gion gr&#226;ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Il ne pouvait d&#233;cemment pas dire qu'il ne savait pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un abandon meurtrier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fils de ma&#231;on, Gaudin s'&#233;tait fait le servant d'une bourgeoisie locale r&#233;duite &#224; l'impuissance par la perte des colonies, la d&#233;sindustrialisation et la prise en main par l'&#201;tat des secteurs strat&#233;giques (port, fonction publique, grands chantiers). Son discours portait sur des int&#233;r&#234;ts r&#233;tr&#233;cis : le foncier, le b&#233;ton, le BTP. Avec comme corollaire la braderie du patrimoine de la ville : l'H&#244;tel-Dieu, la villa Valmer ou un bout de la plage des Catalans c&#233;d&#233;s &#224; des projets immobiliers de luxe.
Quand il se r&#233;jouissait de la hausse du prix du m&#232;tre carr&#233; dans un salon de la FNAIM, Gaudin se pla&#231;ait du point de vue des promoteurs et des agents immobiliers. Les habitants, pour qui le logement n'est pas un business mais une n&#233;cessit&#233; &#8211; et accessoirement un droit &#8211;, ne f&#234;tent jamais une tendance inflationniste.
Le ma&#238;tre-mot de Gaudin, c'&#233;tait la &#171; reconqu&#234;te &#187; du centre-ville, qui convoquait un imaginaire chouia belliqueux, type choc des civilisations. Mais avant de passer &#224; l'offensive, selon la tactique des sp&#233;culateurs, la premi&#232;re phase fut celle de l'abandon. On laissa pourrir le b&#226;ti, les petits malins raflant les taudis &#224; bon prix, les louant &#224; des personnes en difficult&#233; afin d'en tirer de juteux profits. Pour cet homme de pouvoir, la population vivant dans les vieux quartiers ressemblait sans doute &#224; des Palestiniens, des Kanak, des sauvages appel&#233;s &#224; aller se faire voir ailleurs quand viendrait l'heure de la &#171; mont&#233;e en gamme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;De ruines et d'opportunismes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est bizarrement son inaction qui pourrait expliquer la long&#233;vit&#233; politique du bonhomme. Mais aussi son sens des alliances : avec le socialiste Gaston Defferre contre le PCF, puis le Front national, les gaullistes, le clan Gu&#233;rini, Macron. Son &#339;uvre ? La cogestion client&#233;laire des fonctionnaires territoriaux avec FO ; un tramway cosm&#233;tique qui &#233;vite les quartiers Nord ; des &#233;coles publiques exigu&#235;s et sous-&#233;quip&#233;es&#8230; Alors que l'hubris du capitalisme m&#232;ne partout une guerre sans merci aux pauvres, aux colonis&#233;s et &#224; la plan&#232;te, on discerne forc&#233;ment des correspondances plus globales dans ces politiques locales, dans le m&#233;pris des d&#233;munis et la s&#233;gr&#233;gation territoriale, la privatisation de l'espace public, la plaie des r&#233;sidences ferm&#233;es, le refoulement des populations ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de carri&#232;re, vint &#171; le mandat de trop &#187; et le d&#233;shonneur de la rue d'Aubagne, puis celui d'un proc&#232;s pour sa gestion calamiteuse des ressources humaines. Sentant venir la fin, plus Borgia que Machiavel, plus Cronos que Jupiter, le roi Gaudin savonna la planche de ses h&#233;ritiers. Ils perdirent la mairie lors d'&#233;lections covid&#233;es o&#249; l'on a m&#234;me assist&#233; &#224; une tentative de vol d'urne &#224; la Kalachnikov ! La presse dite nationale &#8211; parisienne, en fait &#8211; s'en est &#224; peine &#233;mue. C'est Marseille, b&#233;b&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son hom&#233;lie, Yves Moraine a &#233;num&#233;r&#233; les pr&#233;noms des fid&#232;les, oubliant ostensiblement les transfuges pass&#233;s chez Macron, Renaud (Muselier), Martine (Vassal), Bruno (Gilles), fringants dauphins devenus poissons d'aquarium &#224; la r&#233;gion, au d&#233;partement ou&#8230; chez Horizons. C'est ce Bruno-l&#224; qui d&#233;clarait au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; propos de ces fameuses &#233;lections o&#249; les b&#233;b&#233;s Gaudin partirent en ordre dispers&#233; : &lt;i&gt;&#171; Je suis m&#234;me descendu dans les &#233;gouts serrer la main aux rats, &#231;a ne nous a pourtant pas fait gagner. &#187;&lt;/i&gt; Au moins ont-ils le sens de l'humour. Mais est-ce vraiment de l'humour ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Tribune, 05/12/2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Yves Moraine, avocat et homme politique mis en examen dans l'affaire des fausses procurations des municipales de 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Canard enchain&#233;, 14/11/2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2019, une enqu&#234;te journalistique r&#233;v&#232;la que plusieurs &#233;lus de la majorit&#233;, ainsi que le mari de l'adjointe au maire charg&#233;e du logement, louaient des habitations indignes &#224; des personnes vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entre-temps, il avait fait main basse sur la pr&#233;sidence de la R&#233;gion gr&#226;ce aux voix du Front national.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un clandestin libertaire sous Franco</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Diego Camacho, alias Abel Paz, fut militant anarchiste et historien autodidacte de la r&#233;volution espagnole. Dans Au pied du mur, il raconte la clandestinit&#233; et les prisons de la dictature franquiste. &#192; la fois personnel et collectif, son r&#233;cit t&#233;moigne d'une &#233;poque o&#249; la population gardait, malgr&#233; la r&#233;pression et la censure, le vif souvenir d'une formidable tentative d'&#233;mancipation. Diego avait quinze ans quand, le 18 juillet 1936, &#233;clate la guerre civile espagnole. Grandi dans un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no-227-fevrier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 227 (f&#233;vrier 2024)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Diego Camacho, alias Abel Paz, fut militant anarchiste et historien autodidacte de la r&#233;volution espagnole. Dans &lt;i&gt;Au pied du mur&lt;/i&gt;, il raconte la clandestinit&#233; et les prisons de la dictature franquiste. &#192; la fois personnel et collectif, son r&#233;cit t&#233;moigne d'une &#233;poque o&#249; la population gardait, malgr&#233; la r&#233;pression et la censure, le vif souvenir d'une formidable tentative d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_227_32_paz_miliciano_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH747/web_227_32_paz_miliciano_1200px-576f7.jpg?1768660125' width='500' height='747' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;E &lt;i&gt;Le Soldat anti-tank&lt;/i&gt;, par Miliciano, 1937.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;iego avait quinze ans quand, le 18 juillet 1936, &#233;clate la guerre civile espagnole. Grandi dans un quartier populaire de Barcelone, il est affili&#233; aux jeunesses libertaires et monte au front avec les milices anarchistes pour combattre les troupes du g&#233;n&#233;ral Franco. Il participe &#224; ce qui devient une r&#233;volution sociale, est t&#233;moin de la mise au pas des milices par le gouvernement r&#233;publicain, puis se m&#234;le &#224; la &lt;i&gt;retirada&lt;/i&gt; vers la fronti&#232;re et les camps fran&#231;ais. &lt;i&gt;Au pied du mur&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au pied du mur &#8211; M&#233;moires 1942-1954 est traduit et publi&#233; pour la premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; raconte le retour en Espagne du jeune Diego, o&#249; il participe &#224; la r&#233;sistance populaire sous la chape de plomb nationale-catholique, avant de vivre plusieurs ann&#233;es d'incarc&#233;ration dans les ge&#244;les franquistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambiance de l'&#233;poque est d&#233;peinte de fa&#231;on saisissante, comme lorsqu'un convoi de prisonniers traversant l'Aragon se voit escort&#233; par une &#171; &lt;i&gt;ribambelle d'enfants. Parmi eux, une fillette blonde qui ne devait pas avoir plus de sept ans et qui courait devant nous. Elle lorgnait les gardes civils et, quand ils ne la voyaient pas, elle levait le poing&lt;/i&gt; &#187;. En gare de Logro&#241;o, ce m&#234;me convoi re&#231;oit des tranches de pain que des femmes glissent entre les lattes des wagons &#224; bestiaux, avant que les gardes ne les dispersent en les traitant de &#171; &lt;i&gt;putes communistes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On regrette que le traducteur n'ait pas pris la libert&#233; d'ajouter quelques mots au sous-titre afin d'&#233;viter que seuls les connaisseurs se portent vers ce bel ouvrage. Z&#233;ro langue de bois : le r&#233;cit est &#224; la fois pratique et lucide et l'exp&#233;rience prime sur la th&#233;orie, qui ne fait qu'&#233;tayer et prendre date.
La vivacit&#233; des solidarit&#233;s s'oppose aux brutalit&#233;s p&#233;nitentiaires, &#224; la torture, aux tribunaux militaires, aux &#171; promenades &#187; nocturnes qui riment avec ex&#233;cution sommaire. Diego &#233;chappe de justesse &#224; l'une d'elles : &#171; &lt;i&gt;Nous nous sommes mis en marche, foulant les hautes herbes. Je sentais l'humidit&#233; sur mes jambes. C'&#233;tait un tableau infernal. B&#226;illonn&#233;, pouss&#233; vers l'avant, je ne pouvais voir le visage de mes assassins. La lune, pleine, resplendissait dans le ciel, elle me parut &#233;norme. Tout en marchant, je tournai mon regard vers [elle]. J'attendais &#224; chaque instant un tir dans la nuque.&lt;/i&gt; &#187;
L'ing&#233;niosit&#233; des libertaires permet de monter des imprimeries, des caisses de solidarit&#233; ou d'inventer des modes de lutte muscl&#233;s. Ainsi, une caisse de bi&#232;re tombe de deux &#233;tages juste &#224; c&#244;t&#233; du directeur de l'usine. Celui-ci applique illico la revendication : doubler un poste afin de permettre aux ouvriers d'aller pisser. Autre fait peu connu et d'une autre ampleur : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 1er Mai 1947 &#224; Bilbao, cens&#233;e mettre le feu aux poudres dans toute la p&#233;ninsule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abel Paz manie volontiers l'humour contre ses bourreaux, ou l'ironie contre les rigides staliniens enchrist&#233;s dans les m&#234;mes quartiers p&#233;nitentiaires. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, ils avaient pos&#233; quelques probl&#232;mes de cohabitation, tentant d'imposer leur loi et ressuscitant les tensions avec le POUM&lt;/i&gt;2&lt;i&gt;, comme &#224; l'&#233;poque de la guerre. Mais leur attitude &#233;tant ridicule, ils avaient rapidement d&#251; faire marche arri&#232;re.&lt;/i&gt; &#187; Paz a une th&#233;orie : si la propagande les englobe tous dans le terme g&#233;n&#233;rique de &#171; rouges &#187;, c'est que Franco a choisi l'ennemi qui lui convient, aussi autoritaire que lui, et qui participera &#224; la transition l&#233;gitimiste du dauphin Juan-Carlos Ier en 1975. Mais de leur c&#244;t&#233;, les anarchistes sont divis&#233;s. Ceux qui furent ministres du front r&#233;publicain participent au gouvernement en exil de Toulouse et se compromettent dans des n&#233;gociations avec les monarchistes, pendant que la base militante &#339;uvre &#224; reconstruire un syndicalisme r&#233;volutionnaire. Jusqu'&#224; la d&#233;sillusion de 1945, quand Franco survit &#224; la d&#233;b&#226;cle &#173;d'Hitler et Mussolini. &#171; &lt;i&gt;Le cas espagnol n'entrait pas dans les calculs de Staline, Churchill ou Truman.&lt;/i&gt; &#187; Le&#231;on encore valide aujourd'hui : les syst&#232;mes de domination pr&#233;f&#232;rent le fascisme &#224; tout projet d'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clandestinit&#233;, prison, congr&#232;s de l'Association internationale des travailleurs&#8230; Paz s'active et observe. Il voit bien que l'id&#233;e libertaire est sur le point d'&#234;tre marginalis&#233;e. Mais son livre porte haut les sentiments qui la perp&#233;tuent. Lors d'un No&#235;l en prison, o&#249; l'on partage du vin de contrebande, l'optimisme rousseauiste des anars ressurgit : &#171; &lt;i&gt;L'air transpirait la joie de vivre, ce tr&#233;sor in&#233;puisable du pauvre que la bourgeoisie ne pourra jamais faire sien, malgr&#233; tous les efforts qu'elle d&#233;ploie pour se l'approprier. La joie est comme le soleil, la lune, les saisons. Le capitaliste et l'&#201;tat peuvent toujours chercher des recettes pour changer le cours des choses, ils n'y parviendront pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Par Bruno Le Dantec&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Au pied du mur &#8211; M&#233;moires 1942-1954&lt;/i&gt; est traduit et publi&#233; pour la premi&#232;re fois en France chez les &#233;ditions Rue des cascades (2023), fond&#233;es par le regrett&#233; Marc Tomsin.&lt;/p&gt;
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