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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Fumer son taf</title>
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		<dc:date>2019-04-14T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>P&#233;n&#233;loppe Lepaon</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#201;t&#233; 2017, nous sommes trois potes &#224; travailler dans l'animation, en colo en Finlande. On n'est pas tr&#232;s bien pay&#233;s, comme presque tout le temps dans l'animation. Alors, quand on s'aper&#231;oit &#224; la fin du s&#233;jour qu'il reste pas mal de fric sur l'enveloppe destin&#233;e aux menues d&#233;penses des ados, on d&#233;cide de l'utiliser pour se faire plaisir. Histoire d'avoir l'impression qu'on s'en sort le moins mal possible et qu'on roule un peu le patron dans la farine. Sauf qu'on s'y prend comme des manches. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no166-juin-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;166 (juin 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2862 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L225xH242/-796-36f53.jpg?1779602979' width='225' height='242' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#201;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;t&#233; 2017&lt;/strong&gt;, nous sommes trois potes &#224; travailler dans l'animation, en colo en Finlande. On n'est pas tr&#232;s bien pay&#233;s, comme presque tout le temps dans l'animation. Alors, quand on s'aper&#231;oit &#224; la fin du s&#233;jour qu'il reste pas mal de fric sur l'enveloppe destin&#233;e aux menues d&#233;penses des ados, on d&#233;cide de l'utiliser pour se faire plaisir. Histoire d'avoir l'impression qu'on s'en sort le moins mal possible et qu'on roule un peu le patron dans la farine. Sauf qu'on s'y prend comme des manches. Qu'on se met en retard. Et qu'on finit dans un petit supermarch&#233; de seconde zone, o&#249; rien ne nous fait vraiment envie. De d&#233;pit, et abandonnant nos r&#234;ves de champagne et de renne s&#233;ch&#233;, on finit par acheter une dizaine de cartes postales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maigre larcin&lt;/strong&gt;, qu'on se partage quand m&#234;me fi&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma vie est remplie&lt;/strong&gt; de petits butins du travail. J'&#233;cris ce papier sur mon ordinateur du boulot, je poss&#232;de une quantit&#233; astronomique de crayons de couleur et de stylos bleus, j'ai regard&#233; pas mal de s&#233;ries sur un vid&#233;oprojecteur &#171; emprunt&#233; &#187; au taf et j'ai imprim&#233; des tas de brochures sur des photocopieuses professionnelles - en y oubliant parfois l'original, ce qui a d&#233;clench&#233; d'int&#233;ressantes discussions politiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je ne suis pas la seule&lt;/strong&gt;. Au contraire : piquer au boulot, du marqueur &#224; l'ordinateur, est l'une des choses les plus r&#233;pandues au monde. Il me semble d'ailleurs, quand j'en parle avec des gens, qu'ils &#233;prouvent une joie presque enfantine &#224; raconter leurs histoires de vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le monde du travail, tout est proc&#233;dure&lt;/strong&gt;. Il faut toujours aller dans le sens de la production, de la norme. Tes mouvements, tes pens&#233;es, la mani&#232;re dont tu organises ta journ&#233;e appartiennent au patron. Modifier un brin ton planning pour choper une ramette de papier dans le local &#224; mat&#233;riel ne se r&#233;sume pas tant que &#231;a &#224; te fournir gratuitement en feuilles blanches. Ce qui importe, c'est que tu as r&#233;fl&#233;chi &#224; autre chose qu'&#224; ton boulot. Que tu as organis&#233; ton temps non pas pour le patron et pour la production, mais contre eux. Ou du moins, malgr&#233; eux. Au final, c'est moins l'objet de la choure qui compte que la marge de libert&#233; qu'il induit. Et puis, un outil vol&#233; au travail, c'est toujours un outil de moins que tu auras &#224; utiliser pour un chantier de merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand je chaparde au travail&lt;/strong&gt;, j'ai l'impression que &#231;a rend ma journ&#233;e bien plus supportable. Me voil&#224; avec un petit butin, plus ou moins arrach&#233; au capital. Victoire. Sauf que toute m&#233;daille a son revers. Ici, c'est ce sentiment qu'il serait plus supportable de passer cinquante heures par semaine au turbin pour peu qu'on puisse y choper gratos quelques fournitures. Au fond, je me fais avoir : ce vol est d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233; au processus de production. C'est un dommage collat&#233;ral qui a &#233;t&#233; anticip&#233;. Pis, il concourt &#224; me rendre plus disponible, z&#233;l&#233;e. &lt;i&gt;Corporate&lt;/i&gt;, en somme : je me sens plus &#171; appartenir &#224; ma bo&#238;te &#187; parce que je peux y r&#233;cup&#233;rer une machine me permettant de fabriquer des &#233;tag&#232;res le week-end...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce faisant, je ne cours &#224; peu pr&#232;s aucun risque&lt;/strong&gt;. Rien &#224; voir avec ces caissi&#232;res d'hypermarch&#233;s licenci&#233;es pour avoir r&#233;cup&#233;r&#233; un bon de r&#233;duction qui tra&#238;nait ou piqu&#233; un bout de fromage. Si je me fais surprendre par mon patron en plein photocopillage d'affiches, j'&#233;coperai peut-&#234;tre d'une gueulante paternaliste sur l'&#233;tat financier de l'association dans laquelle je travaille. Mais je ne me ferai s&#251;rement pas licencier. Parce que j'exerce une profession intellectuelle, mieux plac&#233;e dans l'&#233;chelle de la production que caissi&#232;re &#224; Carrefour. Et parce que mon geste sera vu comme un petit &#224;-c&#244;t&#233;, et non comme une attaque directe contre la structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis, il y a ces situations&lt;/strong&gt; dans lesquelles je me mets parfois pour chourer des trucs au boulot. Me planquer pendant la pause d&#233;jeuner des coll&#232;gues. Revenir le week-end pour faire des photocopies. Ne pas assumer devant les autres salari&#233;s. Le vol au travail reste ainsi un geste individuel, une petite d&#233;merde quotidienne qui rend les choses moins pourries. Mais il n'abolit ni les longues journ&#233;es de taf, ni les humiliations quotidiennes. Au fond, la d&#233;brouille au boulot, cette marge qu'elle peut ouvrir dans le quotidien, et tous les b&#233;n&#233;fices qu'on peut en tirer, eh ben c'est d&#233;j&#224; &#231;a. Mais &#231;a n'est que &#231;a.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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