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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#192; Marseille, un automne sous les gaz</title>
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		<dc:date>2019-03-02T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Kaba</dc:creator>


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&lt;p&gt;Avec les travaux de la Plaine, les effondrements de Noailles et les Gilets jaunes, la fin de l'ann&#233;e 2018 a &#233;t&#233; marqu&#233;e &#224; Marseille par les manifestations&#8230; et la r&#233;pression. Entre analyse des comportements policiers et t&#233;moignage de manifestant, ce texte, &#233;crit par un habitant du centre-ville, revient sur ces semaines de luttes et d'injustice. Zineb Redouane, 80 ans, est morte le dimanche 2 d&#233;cembre 2018, pendant son op&#233;ration du visage. La veille, pendant la manifestation contre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Les-echos-du-Chien-rouge" rel="directory"&gt;Les &#233;chos du Chien rouge&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Patxi-Beltzaiz-118" rel="tag"&gt;Patxi Beltzaiz&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/decembre" rel="tag"&gt;d&#233;cembre&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec les travaux de la Plaine, les effondrements de Noailles et les Gilets jaunes, la fin de l'ann&#233;e 2018 a &#233;t&#233; marqu&#233;e &#224; Marseille par les manifestations&#8230; et la r&#233;pression. Entre analyse des comportements policiers et t&#233;moignage de manifestant, ce texte, &#233;crit par un habitant du centre-ville, revient sur ces semaines de luttes et d'injustice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-943-bd922.jpg?1768731400' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Z&lt;/span&gt;ineb Redouane, 80 ans, est morte le dimanche 2 d&#233;cembre 2018, pendant son op&#233;ration du visage. La veille, pendant la manifestation contre les logements indignes, elle s'&#233;tait pris une grenade lacrymog&#232;ne (ou l'un de ses plots) en pleine poire, alors qu'elle fermait les volets de son quatri&#232;me &#233;tage. Ce drame fut en un sens le paroxysme d'une mont&#233;e de violence qui s'est maintenue tout l'automne &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La col&#232;re qui monte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re a commenc&#233; avec les travaux de requalification de la place de la Plaine&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Officiellement d&#233;nomm&#233;e &#171; place Jean-Jaur&#232;s &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, d&#233;but&#233;s le 11 octobre sous bonne garde polici&#232;re, malgr&#233; pr&#232;s de trois ans de luttes contre ce projet municipal loin de faire l'unanimit&#233;. Dans les jours qui suivent, des habitants du quartier s'encha&#238;nent aux arbres, mais ils sont ma&#238;tris&#233;s, gaz&#233;s, re-gaz&#233;s et frapp&#233;s par les &#171; forces de l'ordre &#187;. Apr&#232;s une semaine de mobilisation, une manifestation rassemble le samedi 20 octobre plusieurs milliers de personnes. La marche finit en mode festif sur la Plaine. On chante, on danse, des &#233;l&#233;ments de bois sont amen&#233;s puis mont&#233;s : c'est une cabane, magnifique, d&#233;plac&#233;e depuis Notre-Dame-des-Landes. Le &lt;i&gt;Gourbi 8&lt;/i&gt;, c'est son nom, reste l&#224; le temps d'un week-end, comme un petit monument sous lequel on se retrouve, comme la premi&#232;re pierre d'un espoir, d'une autre Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, on s'est bien dit que &#231;a n'allait pas durer&#8230; Dans la nuit du lundi au mardi, &lt;i&gt;bingo&lt;/i&gt; ! Op&#233;ration de police entre 3 h et 4 h du mat'. &#192; la tron&#231;onneuse, la cabane est d&#233;fonc&#233;e en moins de vingt minutes. Ils envoient un militant &#224; l'h&#244;pital en le blessant &#224; la hanche en le descendant d'un hamac. Et puis une semaine plus tard, c'est l'hallucination collective. Un mur&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce mur compos&#233; de panneaux en b&#233;ton mesure 2,5 m&#232;tres de hauteur. Lire aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, comme &#224; Berlin ou &#224; Alep, enfin, toutes proportions gard&#233;es&#8230; mais quand m&#234;me ! Personne ne veut y croire au d&#233;but, qu'ils aient os&#233; faire &#231;a pour &#171; prot&#233;ger &#187; leurs travaux. Suivent la marche fun&#232;bre pour la Plaine, les sabotages, les moments d'excitation o&#249; tombent des bouts de mur, qui se reconstituent le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis c'est l'effondrement rue d'Aubagne, le 5 novembre, de deux immeubles. &#192; Noailles, le quartier voisin de la Plaine. Drame, horreur, incompr&#233;hension... 8 morts. Le Collectif du 5 novembre se monte, tout le quartier et les environs y vont de leur solidarit&#233;. Le lien est recr&#233;&#233; sur la col&#232;re partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une col&#232;re, noire, face aux d&#233;clarations d'un maire qui a le culot d'invoquer la pluie quand on lui parle de ses responsabilit&#233;s. Un maire, Jean-Claude Gaudin (LR), qui ne s'excuse pas, qui a tellement l'air de s'en cogner que c'en est surr&#233;aliste. G&#233;rard Chenoz, son adjoint, pr&#233;sident de la Soleam (la soci&#233;t&#233; publique d'urbanisme de la m&#233;tropole marseillaise) aura le culot de condamner sur Twitter l'attaque de la vitrine de l'organisme le 8 d&#233;cembre. &#171; &lt;i&gt;Tol&#233;rance z&#233;ro pour les casseurs&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit celui qui vient d'investir pr&#232;s de 400 000 balles dans un mur en b&#233;ton pour emp&#234;cher les &lt;i&gt;g&#244;chistes&lt;/i&gt; de s'en prendre &#224; sa belle gentrification de la Plaine alors qu'il &#233;tait de son devoir de pallier &#224; l'urgence pos&#233;e par ces immeubles de la rue d'Aubagne qu'on savait dangereux&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la marche blanche (10 novembre), la marche de la Col&#232;re (14 novembre) finira vite par un gazage en r&#232;gle, apr&#232;s qu'une barri&#232;re prot&#233;geant la mairie a &#233;t&#233; &#224; peine secou&#233;e par des personnes du cort&#232;ge de t&#234;te. C'est &#224; partir de l&#224; que la col&#232;re a pu &#234;tre distill&#233;e en tension, au point que flics et pouvoirs publics mouill&#233;s jusqu'&#224; l'os arrivent &#224; renverser la situation en pr&#233;sentant les militant.es comme sources de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Strat&#233;gie(s) de la tension&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu un tel niveau de violence &lt;/i&gt;[en France]&lt;i&gt;, &#231;a me rappelle d'ailleurs beaucoup mes reportages sur l'&#201;gypte, sauf qu'on y tirait sur les manifestants avec de vraies balles. C'est le degr&#233; d'intensit&#233; de la violence qui varie, mais l'objectif est le m&#234;me. &#187; &lt;/i&gt;Rabha Attaf, grand reporter, sp&#233;cialiste du Moyen-Orient et par ailleurs pr&#233;sidente de l'association de d&#233;fense des droits humains Confluences, a constat&#233;, &#224; la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, l'utilisation de certaines tactiques pour provoquer la col&#232;re des manifestants et ainsi, justifier leur r&#233;pression :&lt;i&gt; &#171; Ce type de dispositif a &#233;t&#233; test&#233; dans les banlieues lors des &#233;meutes de 2005 : on utilise des grenades dispersantes, qui gazent tous le monde. Il y avait peu de CRS, dont c'est pourtant la charge de g&#233;rer les foules. Les forces de l'ordre &#233;taient surtout compos&#233;es de policiers et de la Bac&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brigade anti-criminalit&#233;.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#233;quip&#233;s de protections et plus nerveux. Je ne suis pas une complotiste, mais je sais par exp&#233;rience que les manifestations sont infiltr&#233;es. Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, j'ai vu un agent de la Bac provoquer un jeune manifestant avec un Taser, en face de la mairie, peu avant le lancer des gaz.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le t&#233;moignage de F. D., pr&#233;sent lors de la marche de la Col&#232;re, va dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-942-88d52.jpg?1768731400' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, j'&#233;tais aussi dans la manifestation, comme beaucoup d'amis, et nous avons tous vu la m&#234;me chose : deux ou trois fumig&#232;nes, trois p&#233;tards lanc&#233;s vers les flics, rien de plus. Ni cocktails Molotov, ni bouteilles, ni m&#234;me la moindre canette. Les flics se mettent imm&#233;diatement en tortue, et gazent, devant, mais aussi derri&#232;re, en lan&#231;ant des grenades dispersantes qui gravitent en cloche, puis se s&#233;parent en une multitude de disques, comme une bombe &#224; fragmentation. Rien de mieux pour faire d&#233;g&#233;n&#233;rer la situation : contrairement &#224; un gazage &#171; classique &#187; par l'avant qui cr&#233;e un mouvement de foule vers l'arri&#232;re, l&#224; les nuages sortant de partout, on ne sait pas o&#249; aller. Sans exactement savoir pourquoi, je me retrouve sur les rues adjacentes, puis vers le bas du Vieux-Port, en face de l'&#233;glise Saint-Ferr&#233;ol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois des flics qui tiennent la foule en joue au flash-ball, un flic communicant qui essaye de discuter, c'est le bordel. Des sapins de No&#235;l commencent &#224; br&#251;ler. Une femme en gilet jaune crie : &#171; &lt;i&gt;Mais je leur dis depuis tout &#224; l'heure d'arr&#234;ter les mecs qui mettent le feu au sapin, ils ne font rien.&lt;/i&gt; &#187; Effectivement, alors qu'&#224; ma droite un mec essaie p&#233;niblement d'allumer un sapin au briquet, les flics, distants de moins de dix m&#232;tres, se tournent beno&#238;tement de l'autre c&#244;t&#233;. Le feu, qui a eu d&#233;cid&#233;ment du mal &#224; prendre, sera ensuite &#233;teint par les pompiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les charges polici&#232;res s'encha&#238;nent, semant le trouble absolu dans la manif. Un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es rencontr&#233; furtivement dans les mouvements de foule affirme qu'il a d&#251; vider son stock de s&#233;rum physiologique pour aider une gamine de 6 ans. Comme l'observe Rabha Attaf : &#171; &lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, heureusement que les manifestants ne sont pas si mal intentionn&#233;s, car les flics sont entour&#233;s de chaque c&#244;t&#233; par des groupes de manifestants ; s'ils avaient voulu encercler et lyncher les flics, &#231;a aurait &#233;t&#233; facile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 20 heures, une pluie incroyable de lacrymos s'abat sur tout le monde. Elles sont lanc&#233;es en cloche, dans toutes les directions. &#192; cet instant, je suis de l'autre c&#244;t&#233; de l'ombri&#232;re du Vieux-Port, c&#244;t&#233; place D'Estienne d'Orves. Je vois distinctement les grenades parcourir pr&#232;s ou plus de 200 m&#232;tres, en passant au-dessus de l'ombri&#232;re pour se s&#233;parer en disques multiples qui tombent en &#233;toile, au-dessus de nous. Le gaz s'&#233;chappe de tous les c&#244;t&#233;s. Une femme panique, elle a perdu sa petite fille dans la cohue. On la lui ram&#232;ne, parcourue de quintes de toux. C'est vers ce moment que Zineb Redouane est touch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la version des flics est que les tirs de grenade ne se font qu'en cloche. Pourtant, le 8 d&#233;cembre, &#224; une autre manif rassemblant la Marche pour le climat, la marche contre l'habitat pr&#233;caire et les Gilets jaunes, dans laquelle je d&#233;couvre les blind&#233;s pour la premi&#232;re fois, je suis t&#233;moin direct de ce qu'ils disent impossible : alors que des jeunes commencent &#224; piller la boutique de l'OM sur la Canebi&#232;re, une bombe lacrymog&#232;ne en tir tendu rebondit sur la fen&#234;tre du premier &#233;tage, et les disques tombent directement sur les jeunes en train de d&#233;foncer la vitrine. L'effet est plut&#244;t radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la tension semble m&#233;thodique et ob&#233;it &#224; un protocole bien en place : un premier gazage en r&#232;gle et aveugle, puis on laisse br&#251;ler quelques poubelles, d&#233;truire un peu de mobilier urbain, probablement pour avoir de belles images, et on en finit avec les manifestants. C'est aussi ce qui s'est pass&#233; &#224; Toulouse &#224; la manif du 15 d&#233;cembre : du canon &#224; eau, des lacrymog&#232;nes et les grenades assourdissantes utilis&#233;es contre des Gilets jaunes qui attendaient simplement assis, nass&#233;s, de trouver une issue. Une demi-heure plus tard, quand tout le monde aura &#233;t&#233; rabattu vers les all&#233;es Jean-Jaur&#232;s, des dizaines de CRS assisteront tranquillement au d&#233;zinguage d'un chantier, &#224; la construction de barricades et &#224; leur mise en flammes avant de lancer la derni&#232;re charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute l'acharnement syst&#233;matique envers ceux qui filment les violences. G&#233;rard, vid&#233;aste bas&#233; &#224; Marseille, est pr&#233;sent &#224; la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre et filme les violences. Ce sexag&#233;naire est un vieux routard des affaires marseillaises et un fin connaisseur des techniques de flics : &#171; &lt;i&gt;Tu sais, mon p&#232;re &#233;tait au Sac&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Service d'action civique, &#171; service d'ordre &#187; mais surtout groupe de nervis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. C'&#233;tait un militaire &#224; la retraite, il y &#233;tait rentr&#233; pour &#233;ponger ses dettes de jeu, j'ai pass&#233; mon enfance &#224; entendre des r&#233;unions parlant de ratonnades dans la cuisine.&lt;/i&gt; &#187; Il t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Le jour de la manif, j'&#233;tais sous un porche, il n'y avait que mon bras, avec la cam&#233;ra, qui d&#233;passait. Je voyais les flics en &#233;quipe de deux, avec un qui pointait du doigt, l'autre qui tirait au flash-ball &#224; hauteur de torse. Alors que je me tourne vers le c&#244;t&#233; oppos&#233; aux flics, je prends un tir de flash-ball, qui ne me cause pas beaucoup de d&#233;g&#226;ts car mon manteau est solide. Quand je viens leur demander pourquoi ils ont fait &#231;a, en les insultant un peu, je crois, un flic dont je me rappelle, avec son regard plein de haine sous ses lunettes, me vide int&#233;gralement une bombe lacrymog&#232;ne sur le visage, et son coll&#232;gue m'en vide une seconde. Apr&#232;s &#231;a, un autre flic me dit de d&#233;gager. Je lui dis que je ne peux pas, vu que je n'arrive m&#234;me pas ouvrir les yeux. Il revient &#224; moi avec du s&#233;rum phy' et me dit&lt;/i&gt; &#034;Ah, vous voyez, les flics ne sont pas si m&#233;chants !&#034; &lt;i&gt;Je lui ai r&#233;pondu que &#231;a n'allait pas vraiment rattraper les deux bombes que je venais de me faire vider dans la figure. Ensuite, j'ai eu du mal &#224; dormir pendant quinze jours, d'abord parce que mes yeux restaient br&#251;lants, ensuite parce que j'ai une fibromyalgie&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syndrome essentiellement caract&#233;ris&#233; par des douleurs diffuses et une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; et que l'apr&#232;s-midi de violences a d&#233;clench&#233; une nouvelle pouss&#233;e. La lacrymo' a tellement d&#233;cap&#233; mes lunettes qu'elles sont pass&#233;es du bleu turquoise au bleu marine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-945-0246d.jpg?1768731400' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tomagn&#233;tik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La technique du point&#233;-chop&#233;, quoiqu'on puisse dire de son efficacit&#233;, est aussi l'opportunit&#233;, pour les flics, de se l&#226;cher sur des personnes d&#233;sign&#233;es en toute tranquillit&#233;. Par exemple, Pascal, vid&#233;aste install&#233; de G&#234;nes, a &#233;t&#233; choqu&#233; par la g&#233;n&#233;ralisation de cette m&#233;thode dans la manif marseillaise du 15 d&#233;cembre : &#171; &lt;i&gt;La Bac se concentrait sur les jeunes, j'ai bien vu faire l'un des groupes en particulier. La cheffe du groupe pointait des petits groupes de jeunes et ses coll&#232;gues les chopaient. Ce qui m'a vraiment choqu&#233;, c'est quand je l'ai vue pointer un groupe de deux jeunes &#8211; je ne suis pas s&#251;r qu'ils n'avaient pas pr&#233;par&#233; des cailloux mais en tous cas je suis s&#251;r qu'ils n'&#233;taient pas en train de les lancer. Ses deux coll&#232;gues en ont plaqu&#233; un &#224; terre avec la chaussure dans le dos et elle lui a align&#233; quatre ou cinq coups de poings &#224; terre, de mani&#232;re compl&#232;tement gratuite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Punir les militants et leurs quartiers&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette logique r&#233;pressive s'est instaur&#233;e dans un contexte local marseillais qui s'est combin&#233; avec la lutte nationale des Gilets jaunes. Elle ne peut pas ne pas avoir &#233;t&#233; organis&#233;e au plus haut niveau de l'&#201;tat. Il y a un objectif &#233;vident de manipulation m&#233;diatique : il faut bien qu'il y ait de la violence pour pouvoir r&#233;primer aux blind&#233;s l&#233;gers et en m&#234;me temps, il faut la garder sous contr&#244;le. Mais au-del&#224; de &#231;a, il y a &#233;galement un objectif punitif pur, de d&#233;moralisation des militants, de d&#233;foulement pour les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire du gazage de quartiers entiers ? Violaine a vu le bar dans lequel elle travaille se faire enti&#232;rement gazer. &#171; &lt;i&gt;Le soir de la marche de la Col&#232;re, je suis rentr&#233;e vers 18 heures pour ouvrir le bar. Il y avait de nombreuses &#233;chauffour&#233;es du c&#244;t&#233; de la Plaine et &#224; partir de 20 heures, des personnes sont arriv&#233;es au bar avec les yeux en pleurs, en toussant. Nous leur avons offert du soutien, des solidarit&#233;s se sont cr&#233;&#233;es entre employ&#233;s, clients et manifestants tout au long de la soir&#233;e. Autour de 23 heures 30, j'ai remarqu&#233; que le bar d'en face &#233;tait ferm&#233; et j'ai commenc&#233; &#224; vouloir fermer les volets mais &#224; ce moment les CRS chargeaient en pleine rue. Puis ils ont lanc&#233; des lacrymos en direction du bar. Tout l'int&#233;rieur du bistrot s'est trouv&#233; surcharg&#233; de gaz, les clients ont d'abord cherch&#233; refuge au fond du bar, sans succ&#232;s, puis j'ai r&#233;ussi &#224; les &#233;vacuer par la sortie de secours. Ensuite, quand ils sont sortis, une seconde charge a eu lieu et nous avons &#233;t&#233; re-gaz&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces charges en pleine rue passante et ne visant visiblement pas que les manifestants n'ont pas &#233;t&#233; faites au hasard. Elles visent &#224; punir l'ensemble d'un quartier pour sa solidarit&#233; envers le mouvement s'opposant au projet de la Plaine et &#224; celui r&#233;clamant la justice pour les victimes de Noailles. Certes, tout le monde &#224; la Plaine n'est pas contre le projet de requalification, mais la solidarit&#233; avec les sinistr&#233;s de Noailles fait quasiment l'unanimit&#233; et dans le quartier, plusieurs bars sont connus pour leur client&#232;le plut&#244;t militante. Par ailleurs, face &#224; la police, les habitants de la place Jean-Jaur&#232;s font souvent bloc tout en subissant eux aussi et de mani&#232;re indiscrimin&#233;e la r&#233;pression. Qa&#239;s, qui habite juste sur la place, d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s le d&#233;but et pendant une dizaine de jours, le gaz rentrait au minimum dans toute la cage d'escalier et se r&#233;pandait souvent jusque chez nous bien qu'on soit au quatri&#232;me &#233;tage. &#199;a passait par les fen&#234;tres. Les grenades balanc&#233;es en l'air atterrissent sur les toits, sur les balcons. Nos voisins ont eu les m&#234;mes probl&#232;mes. Qu'on soit pour ou contre le projet, tout le monde &#233;tait sur les balcons, la plupart du temps pour interpeller les policiers, et leur dire que ce n'&#233;tait pas normal ce qui se passait. Je n'ai vu qu'une personne qui &#233;tait contre les manifestants et qui avait balanc&#233; un seau d'eau sur eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette extension de la r&#233;pression au quartier entier, combin&#233;e avec l'ensemble de la mont&#233;e en tension calcul&#233;e sur des fronts multiples, montre qu'on a l&#226;ch&#233; la bride. On l'a l&#226;ch&#233;e au plus haut niveau de l'&#201;tat, et pas seulement en ce qui concerne la r&#233;pression polici&#232;re, mais aussi et surtout dans le discours id&#233;ologique.
Car en apparence, quel rapport entre Macron, les Gilets jaunes et les luttes locales marseillaise ? C'est l'expression lib&#233;r&#233;e du m&#233;pris des pauvres. Ce qui permet &#224; Gaudin et &#224; Chenoz d'afficher un tel cynisme tout en r&#233;primant &#224; toute berzingue, c'est un &#171; racisme de classe &#187; d&#233;complex&#233;, qui n'a plus &#224; se cacher le moins du monde, d&#233;j&#224; qu'il le faisait bien peu &#224; Marseille. C'est ce qui rend possible de r&#233;pondre &#171; &lt;i&gt;Tiens, prends ces lacrymos dans ta gueule&lt;/i&gt; &#187; quand les habitants de quartiers populaires demandent&#8230; &#224; ne pas craindre que leurs domiciles s'effondrent sur eux, ou d'&#234;tre relog&#233;s s'ils sont &#233;vacu&#233;s ! De tuer une innocente au passage. Et de s'en tirer tranquille. Cr&#232;me. Circulez, y a rien &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On gaze les quartiers populaires, &#171; &lt;i&gt;mais ce n'est pas l&#233;tal, hein, faut pas exag&#233;rer&lt;/i&gt; &#187;, comme disait le m&#233;decin l&#233;giste &#224; G&#233;rard, le vid&#233;aste, alors qu'il faisait constater son &#233;tat pour appuyer sa plainte. Pas l&#233;tal, en g&#233;n&#233;ral. Sauf pour Zineb.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Kaba, anthropologue, habitu&#233; de la Plaine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Officiellement d&#233;nomm&#233;e &#171; place Jean-Jaur&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce mur compos&#233; de panneaux en b&#233;ton mesure 2,5 m&#232;tres de hauteur. Lire aussi &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/La-Plaine-emmuree' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine emmur&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170, novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;171, d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Brigade anti-criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le t&#233;moignage de F. D., pr&#233;sent lors de la marche de la Col&#232;re, va dans le m&#234;me sens : &#171; &lt;i&gt;Au fur et &#224; mesure, les gens s'en vont. La Bac provoque sous les arcades, puis fait des raids pour extraire des manifestants, &#224; grand renfort de gazeuses et de matraques t&#233;lescopiques. Ils sortent de partout, et en particulier des rangs des manifestants. Sans brassard, les capuches rabattues sur des foulards qui cachent leur visage. On comprend alors que plusieurs d'entre eux se sont gliss&#233;s dans le cort&#232;ge...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Service d'action civique, &#171; service d'ordre &#187; mais surtout groupe de nervis proches du pouvoir gaulliste, actif dans les ann&#233;es 1960 et 1970, finalement dissous en 1982 apr&#232;s la &#171; tuerie d'Auriol &#187; (six morts).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Syndrome essentiellement caract&#233;ris&#233; par des douleurs diffuses et une fatigue chronique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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