<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_auteur=369&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1768648935</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Chemins de traverse...</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Chemins-de-traverse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Chemins-de-traverse</guid>
		<dc:date>2018-10-12T03:43:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis, Iffik Le Guen, Lola Miesseroff</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Arthur</dc:subject>
		<dc:subject>Refus</dc:subject>
		<dc:subject>Not-working class</dc:subject>
		<dc:subject>class hero</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il aimait</dc:subject>
		<dc:subject>Henri Campagnol</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cinq histoires de hors-piste socio-&#233;conomique. Not-working class hero Le refus de parvenir et le &#171; I would prefer not to &#187; de Bartleby ont rarement &#233;t&#233; aussi bien incarn&#233;s &#224; Marseille que par un certain Henri Campagnol. Ce fils de bonne famille la quitte &#224; 17 ans pour s'engager dans la marine et atterrir on ne sait comment &#224; Marseille dans les ann&#233;es 1950. Quelle avait &#233;t&#233; sa vie entre-temps ? Avait-il bien &#233;t&#233; prisonnier de guerre ? S'&#233;tait-il un jour mari&#233; et envol&#233; ensuite ? Personne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no142-avril-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;142 (avril 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Arthur-2347" rel="tag"&gt;Arthur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Refus" rel="tag"&gt;Refus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Not-working-class" rel="tag"&gt;Not-working class&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/class-hero" rel="tag"&gt;class hero&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il-aimait" rel="tag"&gt;qu'il aimait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Henri-Campagnol" rel="tag"&gt;Henri Campagnol&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cinq histoires de hors-piste socio-&#233;conomique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Not-working class hero&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le refus de parvenir et le &#171; &lt;i&gt;I would prefer not to&lt;/i&gt; &#187; de &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Bartleby-ou-la-lecon-de-volonte' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bartleby&lt;/a&gt; ont rarement &#233;t&#233; aussi bien incarn&#233;s &#224; Marseille que par un certain Henri Campagnol. Ce fils de bonne famille la quitte &#224; 17 ans pour s'engager dans la marine et atterrir on ne sait comment &#224; Marseille dans les ann&#233;es 1950. Quelle avait &#233;t&#233; sa vie entre-temps ? Avait-il bien &#233;t&#233; prisonnier de guerre ? S'&#233;tait-il un jour mari&#233; et envol&#233; ensuite ? Personne ne le savait, parce qu'Henri &#233;tait plut&#244;t taiseux. Ce qu'on sait de lui, c'est qu'il trouva alors un emploi &#224; la R&#233;gie des transports de Marseille qui s'appelait encore la RATVM. Au plus bas de l'&#233;chelle en tant que nettoyeur d'autobus, trolleybus ou tramways, il s'&#233;china d&#232;s lors &#224; y rester. &#192; chaque proposition d'&#233;volution de carri&#232;re, il r&#233;pondait en substance qu'il aimait autant ne pas changer d'emploi. Toute son &#233;nergie et son ing&#233;niosit&#233;, il pr&#233;f&#233;rait les consacrer &#224; faire en sorte de travailler le moins possible. C'est ainsi qu'il devint une sorte de champion toutes cat&#233;gories du cong&#233; maladie et de l'accident de travail dont la renomm&#233;e, si circonscrite qu'elle f&#251;t, atteignit n&#233;anmoins une envergure internationale. Voil&#224; comment notre Henri fut consacr&#233; h&#233;ros du non-travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pris de libert&#233;, il &#233;tait naturiste et fr&#233;quentait les calanques o&#249; on pouvait se baigner nu et ramasser des oursins. Et, tout anarchiste individualiste qu'il &#233;tait, il rejoignit une association nudiste, Les Libres culturistes de Provence, qui occupa trois lieux successifs &#224; Marseille et dans ses environs. Il faut dire que ces libres culturistes &#233;taient en effet plut&#244;t libres et leurs centres plut&#244;t foutraques, ce qui lui convenait parfaitement. C'est l&#224; que venaient s&#233;journer des naturistes venus de partout, et surtout du nord de l'Europe, et qu'ils rencontraient chaque ann&#233;e Henri, puisqu'il &#233;tait quasi perp&#233;tuellement en cong&#233;. Initi&#233;s &#224; ses stratag&#232;mes, ils s'enquerraient &#224; chaque fois de l'affection dont &#233;tait suppos&#233; souffrir un Henri visiblement en pleine forme et lui en sugg&#233;raient d'autres dont il pourrait se pr&#233;valoir. Son titre de champion du refus du travail eut donc bien un retentissement international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que croyez-vous donc qu'il advint ? La RATVM, pour ses 35 ans de bons et loyaux services, le proposa pour recevoir... la m&#233;daille du travail ! On vous laisse imaginer l'accueil qu'il fit &#224; cette d&#233;coration et les mois et les ann&#233;es de fou rire qu'elle suscita jusqu'&#224; Leeds, Stuttgart et Rotterdam.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-863.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH836/-863-fa69b.jpg?1768657073' width='400' height='836' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Diog&#232;ne et le refus de voir venir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier des R&#233;form&#233;s, &#224; Marseille, on l'appelle &#171; l'ing&#233;nieur des poubelles &#187;. Depuis des ann&#233;es, les gens ont pris l'habitude de le voir fourmiller autour des conteneurs. Il les d&#233;place, les astique, les renverse parfois, histoire de signaler une roue cass&#233;e aux services de la mairie. Les jours de grand vent, son bleu de travail en guenille flotte autour de lui comme l'&#233;tendard d'une troupe qui battrait en retraite, r&#233;v&#233;lant un corps tout en os, noir de crasse, blanc d'an&#233;mie. Ses godillots baillent, ses orteils ricanent. &#171; &lt;i&gt;Je crois que le monde est perdu, parce que les pauvres ne r&#234;vent que d'imiter les riches.&lt;/i&gt; &#187; Quelle blessure, quel deuil, quel coup de sang aura jet&#233; cette v&#233;n&#233;rable t&#234;te dans les frimas de la rue ? Nul ne le sait. Si raison il y a, le premier int&#233;ress&#233; ne tient pas &#224; en faire &#233;talage. Qu'on lui foute la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait, dit-on, inspecteur des imp&#244;ts et, aujourd'hui, il mange &#224; pleines mains dans les rebuts de la grande brasserie du quartier, avant de se plonger dans la lecture d'un magazine ou d'un livre &#233;corn&#233;, glan&#233; et &#233;tal&#233; sur le couvercle du conteneur ch&#233;ri. Apr&#232;s avoir professionnellement pourchass&#233; le &#171; vil m&#233;tal &#187; des contribuables, le voil&#224; en qu&#234;te de l'or des poubelles.Sa belle barbe, son visage &#233;maci&#233; de proph&#232;te asc&#233;tique &#233;voquent le fou de la montagne et imposent le respect. Son accent est d'ici, il claque comme le mistral dans le bleu du ciel. Ses aphorismes contrastent avec la mati&#232;re qu'il manipule m&#233;thodiquement : d&#233;chets m&#233;nagers, cagettes, journaux de la veille, le tout envelopp&#233; d'une &#226;cre odeur de pisse et de pourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel Sisyphe, toujours il semble sur le point de dompter le chaos, de l'ordonner, de le classer, avant de replonger invariablement au pied d'un monticule sans cesse aliment&#233; par l'intarissable machine &#224; consommer qu'est devenue la soci&#233;t&#233;. C'est la mission qu'il s'est donn&#233;e, sans doute pour ne pas perdre un peu plus le monde, et puis la boule. &#171; &lt;i&gt;Mon nom ? Quelle importance ? Pour nous parler, nous n'aurons pas besoin de nos &#233;tats civils. Le patronyme n'est qu'une convenance administrative, Monsieur, bien le bonsoir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Arthur et les dix vins&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quand il s'appelait encore Christian Marchadier, Arthur &#233;tait &#233;tudiant en allemand &#224; Bordeaux et, gr&#226;ce au d&#233;funt syst&#232;me de l'IPES, r&#233;mun&#233;r&#233; pour cela par l'&#201;ducation nationale en &#233;change d'ann&#233;es d'enseignement &#224; venir. Mais peut-on s&#233;rieusement aller emmerder des &#233;l&#232;ves apr&#232;s avoir commis avec d'autres vandalistes, en avril 1968, un tract o&#249; on peut notamment lire : &#171; &lt;i&gt;Ne dites pas &#8220;Monsieur le Professeur&#8221;, dites &#8220;Cr&#232;ve salope&#8221; &lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompant avec un futur tout trac&#233; et un p&#232;re &#233;leveur de chevaux &#224; la cravache leste, Arthur s'engagea alors r&#233;solument dans la voie du refus du travail stipendi&#233;, y consacrant au passage, avec un camarade lui aussi bordelais, une anthologie de textes publi&#233;e sous le titre explicite de &lt;i&gt;La Fin du travail&lt;/i&gt; et une couverture arborant le &#171; &lt;i&gt;Arbeit macht frei&lt;/i&gt; &#187; de l'entr&#233;e d'un camp de concentration nazi (ce qui d'ailleurs freina s&#233;rieusement sa diffusion chez Plon, son &#233;diteur). S'il effectua beaucoup de travaux de traduction, il n'en eut que quelques-uns de pay&#233;s (plut&#244;t mal) par les &#233;ditions Champ Libre. Il lui fallut bien, de temps &#224; autre, se louer avec parcimonie pour de petites t&#226;ches et survivre gr&#226;ce &#224; diverses combines que nous ne raconterons pas ici, mais ce n'est que vers la quarantaine qu'il se r&#233;signa &#224; aller au chagrin de fa&#231;on sporadique, en officiant comme correcteur. Ce qui l'obligea &#224; calmer quelque peu sa propension &#224; accuser ses amis qui bossaient de participer &#224; la perp&#233;tuation du rapport salarial. M&#234;me s'il ne s'en privait pas quand il avait trop bu, ce qui n'&#233;tait pas rare. Quoi qu'il en soit, peu nombreux sont ceux qui ont su avec autant de talent r&#233;sister &#224; la pression sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce refus de toute carri&#232;re, il faut aussi ajouter celui de la renomm&#233;e. Il n'eut de cesse d'appara&#238;tre sous toute une s&#233;rie de pseudonymes. Commen&#231;ant par remplacer son pr&#233;nom si malvenu par Alfred, Alfredo ou Alph&#233;, jusqu'&#224; adopter celui d'Arthur, emprunt&#233; &#224; Cravan, il signa m&#234;me un temps du nom de celui-ci, pr&#233;tendant que cette usurpation le ferait surgir du lieu o&#249; il s'&#233;tait cach&#233; apr&#232;s avoir fait croire &#224; sa mort dans le golfe du Mexique. Mais, le plus souvent, il se dissimulait sous des noms &#233;voquant les bons vins qu'il aimait tant. Nous e&#251;mes ainsi droit &#224; Gaston Montrachet, Ad&#232;le Zwicker, Claude Vougeot, Jeffrey Chambertin, Jean-Paul Musigny et autres Jean Pagne ou Clos de Baise Pommard. Et, au plus simple, il fut Arthur Toukkour ou Vivant de Nondamprun. Si le nom de Marchadier passe &#224; la post&#233;rit&#233;, il le devra donc &#224; ses occurrences r&#233;p&#233;t&#233;es dans la correspondance entre Guy Debord et Jean-Fran&#231;ois Martos, o&#249; on en dit pourtant le plus grand mal ! Paradoxalement, il fut de ceux qui s'employ&#232;rent &#224; d&#233;voiler l'identit&#233; de B. Traven, le myst&#233;rieux auteur du &lt;i&gt;Tr&#233;sor de la Sierra Madre&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Vaisseau des Morts&lt;/i&gt;. Celui dont le dessinateur Golo a fait le &lt;i&gt;Portrait d'un Anonyme c&#233;l&#232;bre&lt;/i&gt; n'&#233;tait autre que le r&#233;volutionnaire allemand Ret Marut. Mais il s'agit encore d'un jeu de masques, puisque Ret Marut n'&#233;tait qu'un autre pseudonyme, comme Ars&#232;ne Darchamier, Jean Bertin ou Jules Hy&#233;nasse pour Arthur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il avait choisi de rester fauch&#233; et anonyme, Arthur mourut &#224; l'automne 2014 en laissant derri&#232;re lui de nombreux &#233;crits, traductions, &#233;ditions et r&#233;&#233;ditions, dont celle des m&#233;connus Georges H&#233;nein et Pierre Mabille, ainsi qu'une surabondante collection de petits fascicules, les &lt;i&gt;Petites Biblioth&#232;ques en mal&#8230;&lt;/i&gt; d'aurore, d'aura, d'horaire, d'horreur, de mer, d'ivresse, de mousque (les Marseillais comprendront) et ainsi de suite, dans lesquels il publiait le plus souvent des extraits de livres qu'il aimait, assortis d'une pr&#233;face ou de commentaires de son (bon) cru et qu'il distribuait g&#233;n&#233;reusement au hasard de ses rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne s'agit-il pas l&#224; d'un d&#233;lit caract&#233;ris&#233; et r&#233;it&#233;r&#233; de refus de parvenir ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;L. M.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D'un non parvenu l'autre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois a pas mal c&#244;toy&#233; la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle et cette premi&#232;re partie du XXIe. Musicien et musicologue, il a tra&#238;n&#233; chez les ultra-gauches, les situs, les punks et le jazz musette. &#171; &lt;i&gt;Le refus de parvenir n'est pas forc&#233;ment li&#233; &#224; une attitude libertaire. Cela correspond &#224; des mod&#232;les humains de gens honn&#234;tes avec eux-m&#234;mes comme avec les autres.&lt;/i&gt; &#187; Mais encore ? &#171; &lt;i&gt;Dans la pratique, les communaut&#233;s que j'ai rencontr&#233;es, entre autres dans les squats en France ou en Angleterre, avaient d&#233;pass&#233; l'int&#233;riorisation des normes sociales, la hi&#233;rarchie, l'argent, la reconnaissance, le pouvoir&#8230; Tout simplement parce que la plupart des gens n'y croyaient pas. Comme un refus de la religion, si tu ne crois pas en Dieu, tu ne vas pas t'int&#233;resser &#224; ses saints. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans le quotidien ? &#171; &lt;i&gt;&#192; Fontenay-sous-Bois, l'Imprimerie quotidienne &#233;tait un lieu de rencontres informelles qui rassemblait toutes sortes de gens, des intellos aux punks de base, des id&#233;ologues sectaires en qu&#234;te de publication aux explos&#233;s du cerveau &#224; force de d&#233;fonces, dans un &#233;lan de simplicit&#233; et de g&#233;n&#233;rosit&#233;. On avait m&#234;me envoy&#233; une candidature &#224; la mairie, d&#233;tenue par le PC, avec un programme promettant le passage de la Marne dans la ville. Quand on a vu qu'on &#233;tait bien plac&#233;s au deuxi&#232;me tour, on s'est retir&#233;s. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les artistes ? &#171; &lt;i&gt;Certains groupes punks &#233;taient en phase avec leur public : des lumpen radicalis&#233;s, des rockers zonards, des prolos en rupture. D'autres y ont vu une autre fa&#231;on d'acc&#233;der au vedettariat. Pourtant, il n'&#233;tait pas difficile d'y &#233;chapper : refuser d'enregistrer, injurier les journaleux, &#234;tre d&#233;sagr&#233;able avec les autres groupes dans les festivals. Certes, tu finis par dispara&#238;tre du champ m&#233;diatique avant m&#234;me de d&#233;cider de te saborder.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le jazz musette ? &#171; &lt;i&gt;Je me suis aper&#231;u d'une coupure avec les autres cat&#233;gories sociales, notamment avec les prolos, en m&#234;me temps qu'un &#233;puisement de l'ultra-gauche. J'ai pris un boulot alimentaire &#224; la rubrique accord&#233;on dans une revue musicale et j'ai rencontr&#233; la bande &#224; Jo Privat, le Balajo et les vieux voyous. L&#224;, j'ai retrouv&#233; une culture ouvri&#232;re enracin&#233;e avec son argot, sa convivialit&#233;, son m&#233;pris du succ&#232;s comptabilis&#233; en termes d'argent sonnant et tr&#233;buchant. J'ai pris conscience de la marginalisation, de la mutilation que nous avions v&#233;cue apr&#232;s Mai-68 avec des types, presque tous issus de la classe ouvri&#232;re, qui avaient un profond m&#233;pris pour des &#8220;besogneux&#8221; trimant dix heures par jour et n'ayant rien &#224; raconter tant ils &#233;taient ali&#233;n&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe ? &#171; &lt;i&gt;Privat, sa passion, c'&#233;tait la musique et la richesse humaine autour. Il &#233;tait tr&#232;s bien pay&#233; et en m&#234;me temps il &#233;tait d'une g&#233;n&#233;rosit&#233; totale et discr&#232;te. Sa r&#233;ussite &#233;tait li&#233;e &#224; celle des autres musiciens comme Django Reinhardt. Son ressort n'&#233;tait pas dans le succ&#232;s et l'argent, mais dans l'amiti&#233; et la cr&#233;ation au quotidien, le tout noy&#233; dans des litres de picole.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Stanley Brinks n'a pas pris l'ascenseur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;2007. Apr&#232;s huit albums, le groupe Herman Dune commen&#231;ait &#224; flirter avec le succ&#232;s, et la major EMI voulut leur faire signer un contrat. De quoi faire splitter le duo de frangins fran&#231;ais : Andr&#233; Herman Dune refusa net de se compromettre avec l'industrie du disque et laissa N&#233;man seul dans l'ascenseur social. Andr&#233;, lui, repartit du sol pour y rester, changea de nom et d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, on l'appellerait Stanley Brinks &#8211; il s'ent&#234;terait &#224; fabriquer les sons anti-folk qu'il ch&#233;rit, et &#224; revisiter les uns apr&#232;s les autres tous les genres populaires que la musique conna&#238;t : folks italien ou cajun, bol&#233;ros, voire m&#234;me sifflotements d&#233;sinvoltes. Comme il chante faux, ses textes ont la saveur du quotidien, ses m&#233;lodies la simplicit&#233; des chansons de bar. Comme il se pla&#238;t &#224; fuir les r&#233;seaux sociaux, il faut errer pour trouver ses dates de concerts ou &#233;couter l'un de ses cent albums r&#233;alis&#233;s depuis, en complet DIY. Plut&#244;t qu'avec des stars, l'homme aime encha&#238;ner les duos avec ses ami.e.s : Les Kaniks, Cl&#233;mence Freschard, The Wave Pictures. Loin des projecteurs, Stanley Brinks se nourrit d'ombre et d'impr&#233;vu, de cette libert&#233; arros&#233;e de solitude. &#171; &lt;i&gt;I've never learnt, I've always tried/ That's my sickness and my pride/ The last train is long gone/ Let's leave before they turn the light on/ And walk through the rain, and walk through the night/ You and me, out of their sight &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je n'ai jamais appris, j'ai toujours essay&#233; / C'est ma maladie et ma (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, fredonne-t-il dans &#171; Max in the Elevator &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanley est un g&#233;nie discret, de ceux que l'on remerciera plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire aussi&lt;/strong&gt; sur le m&#234;me th&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Refus-de-parvenir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'introduction du dossier &#171; Refus de parvenir &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Chemins-de-traverse-ne-pas-revenir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Chemins de traverse : Ne pas revenir... &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Je n'ai jamais appris, j'ai toujours essay&#233; / C'est ma maladie et ma fiert&#233; / Le dernier train s'en est all&#233; au loin / Partons avant qu'ils ne rallument les lumi&#232;res / Et marchons &#224; travers la pluie / Toi et moi hors de leur vue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
