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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les habits (presque) neufs du pr&#233;sident Erdo&#287;an</title>
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		<dc:creator>&#201;tienne Copeaux</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; D&#233;mocrature &#187; ? Dictature ? Nous avons demand&#233; &#224; &#201;tienne Copeaux, historien du nationalisme turc, de nous livrer son analyse sur les r&#233;sultats contest&#233;s du r&#233;f&#233;rendum du 16 avril, qui accroissent les pouvoirs du pr&#233;sident Erdo&#287;an. Ce fut donc une victoire du &#171; oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum constitutionnel le 16 avril en Turquie, m&#234;me si cette victoire est contestable et contest&#233;e, car la campagne &#233;lectorale a &#233;t&#233; inique. Les partisans du &#171; non &#187; risquaient d'&#234;tre inculp&#233;s de soutien &#224; un mouvement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no154-mai-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;154 (mai 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Erdogan" rel="tag"&gt;Erdogan&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Erdogan-pourra" rel="tag"&gt;Erdogan pourra&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; D&#233;mocrature &#187; ? Dictature ? Nous avons demand&#233; &#224; &#201;tienne Copeaux, historien du nationalisme turc, de nous livrer son analyse sur les r&#233;sultats contest&#233;s du r&#233;f&#233;rendum du 16 avril, qui accroissent les pouvoirs du pr&#233;sident Erdo&#287;an.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1342-f09dc.jpg?1768721411' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Loez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e fut donc une victoire du &#171; oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum constitutionnel le 16 avril en Turquie, m&#234;me si cette victoire est contestable et contest&#233;e, car la campagne &#233;lectorale a &#233;t&#233; inique. Les partisans du &#171; non &#187; risquaient d'&#234;tre inculp&#233;s de soutien &#224; un mouvement terroriste. Les dirigeants du parti d'opposition HDP, favorable &#224; une solution pacifique de la question kurde, &#233;taient en prison, comme treize de ses d&#233;put&#233;s. Les affiches et calicots pour le &#171; non &#187; &#233;taient souvent enlev&#233;s par les municipalit&#233;s, ou par la police qui dispersait sans m&#233;nagement les rassemblements de rue, m&#234;me modestes, et arr&#234;tait les orateurs et distributeurs de tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jour du scrutin, &lt;/strong&gt;les irr&#233;gularit&#233;s ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;rales et probablement organis&#233;es par le parti d'Erdogan, l'AKP. Au cours de la journ&#233;e, le Haut conseil &#233;lectoral (YSK) a valid&#233; l'emploi de bulletins non conformes, en contradiction avec la loi qu'il est suppos&#233; faire respecter. Toutes sortes de tricheries ont &#233;t&#233; constat&#233;es, souvent film&#233;es : bourrages d'urnes, votes multiples d'une m&#234;me personne, pr&#233;sence de policiers lourdement arm&#233;s dans les bureaux de vote, de blind&#233;s &#224; proximit&#233;, manoeuvres d'intimidation, obligation de voter &#224; d&#233;couvert sous la menace, modifications inopin&#233;es des lieux de vote, etc. Les observateurs &#233;trangers d&#233;l&#233;gu&#233;s par des ONG, et m&#234;me ceux de l'Organisation pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe (OSCE), n'ont eu acc&#232;s ni au d&#233;roulement du scrutin, ni au d&#233;pouillement. L'OSCE est formelle : le r&#233;f&#233;rendum s'est d&#233;roul&#233; tr&#232;s en de&#231;&#224; des crit&#232;res de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Or, malgr&#233; &lt;/strong&gt;toutes ces irr&#233;gularit&#233;s, 51,4% seulement des &#233;lecteurs ont vot&#233; &#171; oui &#187;. Le nombre de bulletins non conformes &#224; la loi, mais valid&#233;s, se monte &#224; un million et demi, et si l'on tient compte des autres fraudes, on peut estimer que le &#171; non &#187; l'aurait emport&#233; si le scrutin s'&#233;tait d&#233;roul&#233; r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Formellement, &lt;/strong&gt;Erdogan est vainqueur. La moiti&#233; des Turcs n'a donc pas peur d'un pouvoir personnel ; ils ressentent le besoin d'une nouvelle figure paternelle et protectrice, mais autre que celle d'Atat&#252;rk, qui les lib&#232;re du poids des d&#233;sastres du d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et de la culpabilit&#233; engendr&#233;e par le g&#233;nocide de 1915. Pour r&#233;ussir, Erdogan a su, magistralement, se montrer en phase avec le &#171; tr&#233;sor de repr&#233;sentations&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression est de Sigmund Freud dans L'Avenir d'une illusion, 1931.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; de son &#233;lectorat, distill&#233; par l'&#233;cole depuis des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici en quoi &lt;/strong&gt;consistent les r&#233;formes. Le Premier ministre et le Conseil des ministres sont supprim&#233;s. Les ministres seront nomm&#233;s par le pr&#233;sident &#224; sa guise. Celui-ci pourra nommer un ou plusieurs vice-pr&#233;sidents de son choix, sans aucun contr&#244;le. Disposant de la totalit&#233; du pouvoir ex&#233;cutif, il pourra librement dissoudre l'Assembl&#233;e tandis que celle-ci ne pourra plus opposer de motion de censure au gouvernement. Le pr&#233;sident aura un droit de veto face aux d&#233;cisions de l'Assembl&#233;e. Lui seul proposera le budget. Il pourra &#234;tre chef de son parti, et ainsi d&#233;cider lui-m&#234;me des candidatures &#224; la d&#233;putation. Les &#233;lections pr&#233;sidentielles et g&#233;n&#233;rales devront avoir lieu le m&#234;me jour, et l'Assembl&#233;e ne pourra jamais &#234;tre renouvel&#233;e au cours d'un mandat pr&#233;sidentiel. L'&#233;tat d'exception pourra &#234;tre instaur&#233; plus facilement, instituant un &#201;tat policier sur lequel l'Assembl&#233;e n'aura aucune prise. La mise en accusation du pr&#233;sident deviendra presque impossible, ce dernier &#233;tant ma&#238;tre des nominations au Conseil des Juges et des Procureurs&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur Susam-sokak.fr mon analyse de la loi constitutionnelle.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En bref, l'Assembl&#233;e ne sera plus qu'une chambre d'enregistrement. En principe, Erdogan ira au bout de son mandat actuel (2014-1019). Puis, le 3 novembre 2019, on &#233;lira l'Assembl&#233;e et le pr&#233;sident, pour un mandat de cinq ans renouvelable. Erdogan pourra, en th&#233;orie, exercer un pouvoir personnel jusqu'en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On discute beaucoup &lt;/strong&gt;de la nature du pouvoir en Turquie. Pour comprendre, il n'est pas inutile de prendre du recul. La Turquie n'a jamais &#233;t&#233; une d&#233;mocratie, sauf si l'on confond ce concept avec celui de parlementarisme. D'une part parce que le r&#233;gime a toujours fonctionn&#233; avec ce qu'Achille Mbembe appelle &#171; le corps nocturne&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Achille Mbembe, Politiques de l'inimiti&#233;, La D&#233;couverte, 2016.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; de la d&#233;mocratie : une face inavouable, violente, qui non seulement coexiste avec le syst&#232;me, mais lui permet de fonctionner. En Turquie, c'est la succession de violences de masse (g&#233;nocide des Arm&#233;niens, expulsions des orthodoxes, massacres d'Al&#233;vis, massacres et d&#233;portation de Kurdes et guerre quasi permanente contre cette population depuis 1925, discriminations, expropriations, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certes, depuis 1950, &lt;/strong&gt;le syst&#232;me parlementaire pluripartite fonctionne. Mais seulement de fa&#231;on segmentaire. Il a &#233;t&#233; interrompu r&#233;guli&#232;rement par des coups d'&#201;tat violents (1960, 1971, 1980) ou sous la menace d'intervention de l'arm&#233;e (1997). En temps &#171; normal &#187;, ce r&#233;gime est alt&#233;r&#233; par des mesures qui limitent la d&#233;mocratie : le &#171; barrage &#187; &#233;lectoral de 10% qui a emp&#234;ch&#233; toute repr&#233;sentation kurde jusqu'en 2015 ; des articles de la Constitution et du code p&#233;nal qui instituent des d&#233;lits d'opinion tr&#232;s vagues pouvant &#234;tre mis en oeuvre en permanence ; des institutions de contr&#244;le et de r&#233;pression des m&#233;dias, de l'enseignement, de la justice ; une loi antiterroriste en vigueur depuis 1991, qui permet d'inculper facilement tout opposant ou suppos&#233; tel ; l'&#233;tat d'exception, en vigueur de 1987 &#224; 2002 dans le Sud-Est, reconduit sous forme de &#171; zones de s&#233;curit&#233; &#187;, et r&#233;instaur&#233; dans tout le pays en juillet dernier ; enfin des d&#233;crets de couvre-feu interdisant &#224; la population de sortir dans la rue, parfois pour des semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces mesures, &lt;/strong&gt;conformes &#224; la Constitution de 1982, frappaient principalement la population kurde. Depuis 2011 et surtout 2016, elles sont le quotidien de l'ensemble des citoyens de Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paradoxalement, &lt;/strong&gt;les premi&#232;res ann&#233;es de la gouvernance d'Erdogan avaient ouvert beaucoup d'esp&#233;rances, m&#234;me sur les sujets tabous comme la reconnaissance du g&#233;nocide, les questions kurde et chypriote. La guerre dans le sud-est avait connu une pause. Mais cette esp&#233;rance a pris fin d&#232;s 2011, avec une vague de r&#233;pression touchant particuli&#232;rement les partisans d'une solution pacifique au Kurdistan. Le r&#233;gime s'est emball&#233; apr&#232;s la tentative de putsch de juillet 2016 : arrestations de journalistes, de juges, d'avocats, de d&#233;put&#233;s et des dirigeants du parti HDP ; licenciement de plus de 60 000 fonctionnaires ; destitution et mise sous tutelle de l'&#201;tat des municipalit&#233;s tenues par le HDP dans le Sud-Est ; renvoi de plus de 11 000 enseignants de tous niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En somme, &lt;/strong&gt;Erdogan n'avait gu&#232;re besoin d'une telle modification constitutionnelle : le r&#233;gime autoritaire existait d&#233;j&#224;. Simplement, la nouvelle version de la Constitution ent&#233;rine et consolide le caract&#232;re personnel du pouvoir. Lorsqu'il proclame, au soir du r&#233;f&#233;rendum, que c'est la premi&#232;re fois qu'un changement de r&#233;gime a lieu sans coup d'&#201;tat, il masque la r&#233;alit&#233;, car la r&#233;pression de l'automne 2016 a tous les caract&#232;res d'un coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#233;mocrature &#187;, &lt;/strong&gt;dictature, en tout cas &#201;tat policier : m&#234;me si le d&#233;roulement et le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum avaient &#233;t&#233; r&#233;guliers, m&#234;me en consid&#233;rant qu'Erdogan et l'assembl&#233;e ont &#233;t&#233; &#233;lus &#171; d&#233;mocratiquement &#187; par la majorit&#233; des &#233;lecteurs, cela ne fait pas du pays une &#171; d&#233;mocratie &#187;, dont la condition d'existence selon Achille Mbembe est la libert&#233; pour les citoyens &#171; &lt;i&gt;de chercher et de faire valoir, sans cesse et chaque fois qu'il le faut la v&#233;rit&#233;, la raison, la justice et le bien commun &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, pp. 25-26.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux &#233;l&#233;ments &lt;/strong&gt;nouveaux d&#233;sormais. D'abord, Erdogan a &#233;t&#233; en situation de perdre, en partie parce qu'une partie de la base du parti fasciste MHP refusait de le soutenir. Il en avait peur sans doute, puisque son parti a organis&#233; la fraude. Ensuite, en raison des tricheries, l' &#187; Occident &#187; maintenant se m&#233;fie et se d&#233;fie plus ouvertement de lui. Au soir du scrutin et les jours suivants, de nombreux manifestants descendaient dans les rues &#224; Istanbul, Izmir, Ankara, apr&#232;s r&#233;v&#233;lation des fraudes. C'est la premi&#232;re fois qu'un scrutin est &#224; ce point contest&#233; en Turquie. Erdogan est au pouvoir l&#233;galement, mais il a perdu au moins une part de sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Copeaux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression est de Sigmund Freud dans &lt;i&gt;L'Avenir d'une illusion&lt;/i&gt;, 1931.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir sur &lt;a href=&#034;http://www.susam-sokak.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Susam-sokak.fr&lt;/a&gt; mon analyse de la loi constitutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Achille Mbembe, &lt;i&gt;Politiques de l'inimiti&#233;&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, pp. 25-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Taksim, place de l'oubli</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Taksim-place-de-l-oubli</link>
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		<dc:creator>&#201;tienne Copeaux</dc:creator>


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		<dc:subject>place Taksim</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Autrefois carrefour des minorit&#233;s orthodoxe et arm&#233;nienne, puis lieu de contestation en 2013, la place Taksim voit d&#233;sormais sa m&#233;moire recouverte d'une dalle en b&#233;ton. En balade &#224; Istanbul, l'historien &#201;tienne Copeaux revient sur le processus de turquisation d'un lieu qui semble avoir cess&#233; de r&#233;sister. *** En ce d&#233;but d'octobre, Istanbul para&#238;t insouciante. En fl&#226;nant &#224; proximit&#233; de la place Taksim, il y a toujours foule dans les rues : les bars, les restaurants sont pleins malgr&#233; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no170-novembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;170 (novembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/centre-culturel" rel="tag"&gt;centre culturel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Taksim" rel="tag"&gt;Taksim&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gezi" rel="tag"&gt;Gezi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/place-Taksim" rel="tag"&gt;place Taksim&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/culturel" rel="tag"&gt;culturel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autrefois carrefour des minorit&#233;s orthodoxe et arm&#233;nienne, puis lieu de contestation en 2013, la place Taksim voit d&#233;sormais sa m&#233;moire recouverte d'une dalle en b&#233;ton. En balade &#224; Istanbul, l'historien &#201;tienne Copeaux revient sur le processus de turquisation d'un lieu qui semble avoir cess&#233; de r&#233;sister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2748 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH342/-1005-115fc.jpg?1768731458' width='500' height='342' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce d&#233;but d'octobre, Istanbul para&#238;t insouciante&lt;/strong&gt;. En fl&#226;nant &#224; proximit&#233; de la place Taksim, il y a toujours foule dans les rues : les bars, les restaurants sont pleins malgr&#233; la s&#233;v&#232;re crise &#233;conomique. Pas d'affiches, pas de graffitis protestataires. On n'imagine pas que trois des plus importants journalistes du pays (Ahmet Altan, Mehmet Altan et Nazli Ilicak) viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; la prison &#224; vie. Depuis l'&#233;t&#233; 2016, la vague r&#233;pressive a &#233;t&#233; tellement large et impitoyable qu'il semble que les gens rentrent la t&#234;te dans les &#233;paules et g&#232;rent les probl&#232;mes du quotidien sans chercher d'histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; sont ces milliers de personnes &#233;vinc&#233;es de leur emploi, priv&#233;es de passeport, interdites de compte en banque ? M&#233;decins faisant le taxi clandestin, enseignants vendeurs de salades, il faut avoir l'&#339;il pour les reconna&#238;tre &#8211; tel ce vendeur de lunettes de soleil, d'&#226;ge m&#251;r, &#224; la t&#234;te d'intello bien mise, qui n'a certainement pas pass&#233; sa vie &#224; colporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insouciance apparente ne masque pas l'omnipr&#233;sence de la police, elle en est peut-&#234;tre la cons&#233;quence... Tr&#232;s visibles avec leurs canons &#224; eau et leurs blind&#233;s, qui bloquent les passages et occupent l'espace, pr&#234;ts &#224; intervenir, les agents contr&#244;lent : les mendiants, les jeunes et les groupes un peu trop nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce samedi 6 octobre, il s'agit d'emp&#234;cher le &lt;i&gt;sit-in&lt;/i&gt; hebdomadaire des m&#232;res et proches des personnes &#171; disparues &#187; qui se tenait depuis mai 1995 devant le lyc&#233;e de Galatasaray. Protestation silencieuse, assise, qui par l'exhibition de leurs portraits maintenait vivante la m&#233;moire des disparus, et questionnait les passants et le pouvoir sur leur sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la plus ancienne, la plus obstin&#233;e des protestations. Mais le 25 ao&#251;t dernier, les autorit&#233;s ont d&#233;cid&#233; d'en finir. Les manifestants ont &#233;t&#233; gaz&#233;s, y compris Emine Ocak, 82 ans, initiatrice du mouvement. Depuis la tentative du 29 septembre, la police met en place son dispositif par avance, chaque samedi, et l'acc&#232;s au lieu du &lt;i&gt;sit-in&lt;/i&gt; est impossible : le 13 octobre, la 707&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; manifestation n'aura pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherche &#224; enterrer la m&#233;moire de ces centaines de disparus, comme a &#233;t&#233; enterr&#233;e la m&#233;moire de tous les &#233;v&#233;nements survenus sur Taksim, et dans le quartier attenant de Beyoglu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour en arri&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusque dans les ann&#233;es 1920&lt;/strong&gt;, &#171; Taksim &#187; &#233;tait le territoire de casernes et de champs de man&#339;uvre. C'&#233;tait aussi le plus grand quartier &#171; grec &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grec &#187; d&#233;signe ici une population de religion orthodoxe et de langue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de la ville, Pera (aujourd'hui Beyoglu), o&#249; vivaient &#233;galement de tr&#232;s nombreux Arm&#233;niens. Leurs &#233;glises pars&#232;ment encore le quartier. L&#224; se trouvait aussi le cimeti&#232;re arm&#233;nien de Surp Agop, o&#249; les Arm&#233;niens de la ville avaient projet&#233; d'&#233;riger un monument comm&#233;moratif de ce qu'on n'appelait pas encore le g&#233;nocide. En 1939, le cimeti&#232;re a &#233;t&#233; expropri&#233;, puis le terrain utilis&#233; pour la construction de la Maison de la Radio et de grands h&#244;tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce terrain vague, et en bordure imm&#233;diate du quartier grec, qu'on a choisi de construire, en 1927, le monument de la R&#233;publique. L'emplacement est &#233;trange puisqu'il ne s'agit nullement, &#224; l'&#233;poque, du centre de la ville. Mais en 1923, la r&#233;publique a &#233;t&#233; fond&#233;e &#224; la suite de la victoire sur l'arm&#233;e grecque : &#224; la limite de Pera, entre un cimeti&#232;re arm&#233;nien et la grande &#233;glise de la Sainte-Trinit&#233;, il vise &#224; rappeler &#224; ces deux &#171; minorit&#233;s &#187; qui est ma&#238;tre du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proximit&#233; du monument et du quartier grec est explosive. En septembre 1955, en pleine crise de Chypre, une foule manipul&#233;e par l'extr&#234;me droite se rassemble autour du monument, puis investit le quartier, frappe, viole, incendie, pille et saccage les magasins, les &#233;glises, les habitations. &#192; la suite de cet immense pogrom, la population grecque de la ville passe de 100 000 &#224; quelques milliers. Apr&#232;s le g&#233;nocide de 1915, c'est la seconde grande phase du nettoyage ethnique. La place et le quartier sont devenus &#171; turcs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense place devient un lieu id&#233;al de manifestation, et son contr&#244;le un enjeu entre les forces politiques. C'est l&#224; qu'en 1976 se d&#233;roule le premier meeting syndical du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; Mai. &#192; nouveau, en 1977, une foule immense se rassemble sur la place, o&#249; la fa&#231;ade du centre culturel est recouverte d'une gigantesque toile repr&#233;sentant un ouvrier se lib&#233;rant de ses cha&#238;nes. Mais le meeting tourne au drame : des snipers tirent sur les manifestants. La foule s'engouffre dans la petite rue Kazanc&#305; qui descend en pente raide vers le Bosphore ; 32 personnes d&#233;c&#232;dent &#233;touff&#233;es ou &#233;cras&#233;es, en plus de cinq morts par balles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune plaque comm&#233;morative ne rappelle ce drame de l'histoire de la gauche turque. La fonction m&#234;me de la place, lieu de rassemblement, a &#233;t&#233; gomm&#233;e : jusqu'en 2010, son acc&#232;s est ferm&#233; aux manifestations autres que patriotiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Effacer Gezi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin, en 2013, le mouvement de Gezi&lt;/strong&gt;, du nom du jardin public attenant &#224; la place, est d&#233;clench&#233; par la volont&#233; des autorit&#233;s d'y construire un centre commercial. D&#232;s la premi&#232;re tentative de couper les arbres, une foule se r&#233;unit, monte la garde. La protestation se r&#233;pand et s'&#233;largit en un mouvement social et politique qui va toucher toute la Turquie au cours du mois de juin. Un mouvement in&#233;dit par son ampleur et son autonomie par rapport &#224; la vie politique traditionnelle. Le jardin, la place et le centre culturel sont occup&#233;s par une &#171; commune &#187; o&#249; tout est gratuit. Durant trois semaines, la fa&#231;ade du Centre culturel Atat&#252;rk, occup&#233;, devient un immense panneau d'affichage r&#233;volutionnaire. Mais le 15 juin, la police a &#171; nettoy&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques ann&#233;es, les murs du quartier furent des pages sur lesquelles se perp&#233;tua la m&#233;moire de Gezi, et celle des victimes de la police : &#171; R&#233;siste, Istanbul ! Boucle-la, Tayyip [Erdo&#287;an] ! &#187; ; &#171; Turcs, Kurdes, Arm&#233;niens, tous en r&#233;volte ! Ne pliez pas ! &#187; Puis le r&#233;gime s'est durci, sans cesse &#8211; et particuli&#232;rement apr&#232;s le coup d'&#201;tat manqu&#233; du 15 juillet 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res heures qui suivent cette tentative, la place est investie par les manifestations de soutien &#224; Erdo&#287;an, dans une atmosph&#232;re de reconqu&#234;te, avec des slogans de revanche explicites sur le mouvement de Gezi : &#171; &lt;i&gt;Ne laissons pas cette place &#224; une poign&#233;e de vandales&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Un portrait d'Erdogan est suspendu &#224; la fa&#231;ade du centre culturel, la presse pro-gouvernement commente : &#171; &lt;i&gt;Ceux de Gezi pr&#233;tendaient&lt;/i&gt; &#8220;Taksim est notre forteresse&#8221;&lt;i&gt;, voil&#224; qui va les rendre fous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Avons-nous r&#234;v&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;, doivent se demander les personnes qui ont v&#233;cu la r&#233;volte du parc Gezi. Aujourd'hui, plus rien n'&#233;voque cet &#233;pisode. Le jardin est toujours l&#224;, il est m&#234;me mieux entretenu qu'avant. Le Centre culturel Atat&#252;rk, premier op&#233;ra et plus belle salle de spectacle de Turquie, a &#233;t&#233; d&#233;moli. En face, un th&#233;&#226;tre historique, la &#171; Sc&#232;ne de Taksim &#187;, avait &#233;t&#233; ferm&#233; en 2007 et d&#233;truit en 2008 pour laisser place &#224; un centre commercial. Ainsi il n'y a plus rien de culturel sur Taksim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place &#233;tait devenue turque, il fallait qu'elle soit musulmane. Le pouvoir, s'il a sembl&#233; reculer pour le jardin, a impos&#233; la construction d'une immense mosqu&#233;e. D&#233;sormais, elle domine la place, et, si elle n'est encore qu'&#224; l'&#233;tat de chantier, les haut-parleurs sont d&#233;j&#224; install&#233;s ; l'espace sonore de Taksim, lieu embl&#233;matique de la r&#233;publique &#171; la&#239;que &#187; et de la gauche, est &#233;cras&#233; par de tonitruants appels &#224; la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flux de circulation sont d&#233;sormais souterrains : la place, qui &#233;tait jadis un enfer de bruit et de gaz d'&#233;chappement, a &#233;t&#233; recouverte d'une dalle de b&#233;ton. Elle est calme, mais sans caract&#232;re. Le monument de la R&#233;publique, ridiculement petit par rapport &#224; la nouvelle mosqu&#233;e toute proche, reste le seul vestige comm&#233;moratif. Tout le reste, tout ce qui s'est pass&#233; ici, a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;, &#233;touff&#233;, recouvert.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Copeaux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Pour aller plus loin&lt;/strong&gt; sur Istanbul et Gezi, voir le blog &lt;a href=&#034;http://www.susam-sokak.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Susam-sokak&lt;/a&gt;. Du m&#234;me auteur, lire aussi &#171; Taksim, lieu de rien, lieu &#224; conqu&#233;rir &#187;, &lt;/i&gt;in&lt;i&gt; Magali Boumaza, &lt;/i&gt;Faire m&#233;moire : regards crois&#233;s sur les mobilisations m&#233;morielles (France, Allemagne, Ukraine, Turquie, &#201;gypte)&lt;i&gt;, L'Harmattan, 2018.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Grec &#187; d&#233;signe ici une population de religion orthodoxe et de langue grecque, reliquat de l'ancienne population de Constantinople, prise par les Turcs en 1453. Ces &#171; Grecs &#187; sont citoyens de la r&#233;publique de Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Turquie : Au pays du consensus obligatoire</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Turquie-Au-pays-du-consensus</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Turquie-Au-pays-du-consensus</guid>
		<dc:date>2018-08-28T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;tienne Copeaux</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>l'histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
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		<dc:subject>qu'on appelle</dc:subject>
		<dc:subject>Turcs</dc:subject>
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		<dc:subject>constitu&#233; autour</dc:subject>
		<dc:subject>Arm&#233;niens</dc:subject>
		<dc:subject>turc</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Je crois que la soci&#233;t&#233; turque est une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment schizophr&#233;nique qui perd le contact avec la r&#233;alit&#233;. Il y a des raisons historiques &#224; cela. La Turquie refuse d'affronter son pass&#233;, ses crimes, les massacres du tout d&#233;but du XXe si&#232;cle et cela a un effet d'accumulation &#187;, expliquait r&#233;cemment l'&#233;crivaine Asli Erdogan, menac&#233;e de la prison &#224; perp&#233;tuit&#233; pour son soutien aux droits des Kurdes. Sp&#233;cialiste du nationalisme turc, &#201;tienne Copeaux revient pour CQFD sur les racines de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no161-janvier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;161 (janvier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/recit" rel="tag"&gt;r&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-histoire" rel="tag"&gt;l'histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Turquie" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/genocide" rel="tag"&gt;g&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on-appelle" rel="tag"&gt;qu'on appelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Turcs" rel="tag"&gt;Turcs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/politiquement-dominant" rel="tag"&gt;politiquement dominant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/constitue-autour" rel="tag"&gt;constitu&#233; autour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Armeniens" rel="tag"&gt;Arm&#233;niens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/turc" rel="tag"&gt;turc&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je crois que la soci&#233;t&#233; turque est une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment schizophr&#233;nique qui perd le contact avec la r&#233;alit&#233;. Il y a des raisons historiques &#224; cela. La Turquie refuse d'affronter son pass&#233;, ses crimes, les massacres du tout d&#233;but du XXe si&#232;cle et cela a un effet d'accumulation&lt;/i&gt; &#187;, expliquait r&#233;cemment l'&#233;crivaine Asli Erdogan&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans &#171; Asli Erdogan persiste &#224; parler, m&#234;me si cela peut lui valoir la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, menac&#233;e de la prison &#224; perp&#233;tuit&#233; pour son soutien aux droits des Kurdes. Sp&#233;cialiste du nationalisme turc, &#201;tienne Copeaux revient pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur les racines de cette schizophr&#233;nie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant la fondation en tant qu'&#201;tat-nation de ce qu'on appelle la Turquie en 1923, l'Empire ottoman &#233;tait constitu&#233; autour d'un noyau de population politiquement dominant, les musulmans. La d&#233;nomination de &#171; Turcs &#187; pour d&#233;signer ces musulmans est source de confusion. En r&#233;alit&#233;, il s'agit de Kurdes, d'Arabes, de Bosniaques, d'Albanais, de Tcherkesses, etc. Cette population c&#244;toie des &#171; minorit&#233;s &#187; d&#233;finies par leur seule religion : les orthodoxes (souvent appel&#233;s &#171; Grecs &#187;), les Juifs et les Arm&#233;niens. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, un discours national turc appara&#238;t parmi les intellectuels &#171; turcs &#187; (azerba&#239;djanais, tatars, turkestanais) issus de l'Empire russe et r&#233;fugi&#233;s &#224; Constantinople apr&#232;s 1905. Il est bas&#233; sur une notion de &#171; turcit&#233; &#187; raciale et linguistique, qui va chercher une &#171; authenticit&#233; &#187;, une &#171; puret&#233; &#187; dans le centre de l'Asie. Grosso modo le discours historique est d&#233;j&#224; pr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;truire la soci&#233;t&#233; plurielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2533 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH402/-799-e5aa4.jpg?1768651125' width='400' height='402' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit va &#234;tre celui d'un peuple id&#233;alis&#233;, et non celui d'un territoire. L'histoire des populations anatoliennes qui vivent sur la terre devenue Turquie n'int&#233;resse pas le nationalisme turc. L'Anatolie, o&#249; les Turcs sont arriv&#233;s au XIe si&#232;cle, n'a pas d'histoire propre. Celle qui se forme en m&#234;me temps que le nationalisme est &#171; l'histoire des Turcs &#187;, dite aussi &#171; histoire nationale &#187;. Le champ g&#233;ographique de l'histoire enseign&#233;e couvre toute l'Asie, le Proche-Orient et l'est de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce nouvel &#201;tat qu'est la Turquie de 1923, la plus grande partie de la population non-musulmane a &#233;t&#233; &#233;limin&#233;e : les Arm&#233;niens par le g&#233;nocide de 1915 et la majorit&#233; des orthodoxes par une double d&#233;portation de masse, dite &#171; &lt;i&gt;grand &#233;change&lt;/i&gt; &#187;, en 1923. Inversement, des millions de musulmans des Balkans et du Caucase ont gagn&#233; l'Anatolie. En 1923, pr&#232;s de la moiti&#233; de la population anatolienne &#233;tait ainsi constitu&#233;e de musulmans immigr&#233;s, qui vivaient dans un cadre architectural (maisons, immeubles, etc.) &#171; abandonn&#233; &#187; par les Arm&#233;niens et les orthodoxes. On leur enjoignait d' &#171; &#234;tre turcs &#187; et d'en &#234;tre fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fable des k&#233;malistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;publique fond&#233;e par Mustafa Kemal Atat&#252;rk devait donc inventer un r&#233;cit national pour f&#233;d&#233;rer cette agglom&#233;ration de peuples d&#233;sorient&#233;s par dix ans de guerres et d'horreurs. Ce r&#233;cit ne pouvait &#234;tre pluriel, puisqu'il n'y avait presque plus de non-musulmans. Atat&#252;rk en personne a alors pris les choses en main, cr&#233;ant une institution sp&#233;ciale pour l'&#233;laboration de la nouvelle histoire. Un groupe d'intellectuels d&#233;vou&#233;s a mis au point un mythe ahurissant, dont les fonctions &#233;taient claires : emp&#234;cher toute revendication territoriale arm&#233;nienne ou grecque, effacer l'histoire des peuples anatoliens et redonner leur fiert&#233; aux populations musulmanes rassembl&#233;es en Anatolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fable invent&#233;e par les k&#233;malistes raconte qu'une brillante civilisation urbaine turque aurait prosp&#233;r&#233; sur les rives d'une mer int&#233;rieure en Asie centrale, ass&#233;ch&#233;e au VIIe mill&#233;naire avant J.-C. par un changement climatique. Ces premiers Turcs auraient donc d&#251; migrer vers toutes les extr&#233;mit&#233;s de l'Eurasie : Chine, Inde, M&#233;sopotamie, &#201;gypte, Anatolie, Gr&#232;ce, Cr&#232;te, Italie, Europe. La civilisation serait n&#233;e, dans le monde entier, de cette migration, avec l'introduction de l'agriculture et de l'&#233;levage, l'irrigation, la diffusion des c&#233;r&#233;ales. Les Turcs auraient &#233;galement apport&#233; l'urbanisme, l'organisation politique, la d&#233;mocratie parlementaire, l'&#233;galit&#233; entre les sexes, la tol&#233;rance religieuse, etc. Les &#171; scientifiques &#187; r&#233;unis par Mustafa Kemal ont m&#234;me pr&#233;tendu que les Sum&#233;riens, les Hittites, les &#201;trusques, les Cr&#233;tois, etc. &#233;taient en fait des Turcs. C'est un r&#233;cit extraordinairement narcissique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se turco-islamique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mythe des origines a &#233;t&#233; introduit dans de nouveaux manuels scolaires en 1931 et est rest&#233; la base de l'enseignement de l'histoire pendant des d&#233;cennies. Il avait une fonction premi&#232;re : masquer toutes les violences de 1912-1923 &#224; l'encontre des minorit&#233;s. Certes tr&#232;s att&#233;nu&#233; &#224; partir des ann&#233;es 1960-1970, ce r&#233;cit n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;fut&#233; officiellement : il fait partie de la politique n&#233;gationniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier tiers du XXe si&#232;cle, ce r&#233;cit des origines reste en place mais de fa&#231;on implicite. La d&#233;finition ethnique du Turc continue de pr&#233;valoir. Il n'y a donc pas de place pour les Kurdes, &#224; moins de pr&#233;tendre qu'ils ne sont qu'une branche de la &#171; race &#187; turque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les manuels scolaires de la fin du XXe si&#232;cle, l'id&#233;ologie de la synth&#232;se turco-islamique impose une nette identit&#233; musulmane, une identification aux h&#233;ros de l'islam autant qu'aux h&#233;ros de la turcit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Porte-drapeaux et boucliers de l'islam&lt;/i&gt; &#187;, les Turcs l'auraient sauv&#233; de la scl&#233;rose, avant d'&#233;tendre son domaine, notamment en Europe. Cons&#233;quence implicite : on ne peut &#234;tre un vrai Turc si l'on n'est pas musulman. Le paradoxe est que cette &#171; synth&#232;se turco-islamique &#187; a &#233;t&#233; favoris&#233;e par les militaires auteurs du coup d'&#201;tat de 1980 [r&#233;put&#233;s d&#233;positaires de la&#239;cit&#233;, Ndlr] ; ils ont &#233;galement encourag&#233; l'enseignement religieux et le retour des confr&#233;ries, pensant ainsi faire rempart au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conformisme universitaire et r&#233;sistances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour du religieux ne date donc pas d'Erdogan. Et il ne s'agit en r&#233;alit&#233; que d'un retour du refoul&#233;, car la fausse la&#239;cit&#233; mise en place par Atat&#252;rk n'&#233;tait qu'un autre masque appos&#233; sur les conditions de la cr&#233;ation de la Turquie, un &#201;tat n&#233; de l'&#233;limination des non-musulmans ! Erdogan et son parti, l'AKP, apparaissent ainsi comme l'accomplissement des politiques ant&#233;rieures et de l'id&#233;e de synth&#232;se turco-islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours h&#233;g&#233;monique d'&#201;tat a fortement pollu&#233; la recherche universitaire. Dans la vie intellectuelle, le n&#233;gationnisme et le conformisme restent des garanties de carri&#232;re, de promotion. L'Histoire fait partie de ce que j'appelle &#171; &lt;i&gt;le consensus obligatoire&lt;/i&gt; &#187;, comme la question kurde, celle du g&#233;nocide... Celui qui ne s'y conforme pas se voit progressivement exclu de la soci&#233;t&#233;, au moins professionnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, la Turquie est un pays o&#249; les courageux sont en nombre ! &#192; ma connaissance, la premi&#232;re mise en cause de ce r&#233;cit historique narcissique et de la dissimulation de la r&#233;alit&#233; kurde est due au sociologue Ismail Besik&#231;i, qui a pay&#233; de 17 ans de prison son obstination intellectuelle. Puis en 1992, B&#252;sra Ersanli a soutenu une th&#232;se tr&#232;s importante, publi&#233;e sous le titre &lt;i&gt;Le Pouvoir et l'Histoire&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Pouvoir et l'Histoire. La gen&#232;se des th&#232;ses de &#171; L'histoire officielle &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Dans le m&#234;me esprit, mon propre travail d'analyse des manuels scolaires sur soixante ans a &#233;t&#233; imm&#233;diatement traduit, publi&#233; en 1998, et tr&#232;s lu depuis par les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lever la chape de plomb&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, le travail historiographique s'est compl&#232;tement renouvel&#233;, gr&#226;ce &#224; une institution priv&#233;e, la Fondation turque d'histoire, regroupant des intellectuels refusant d'inf&#233;oder leurs recherches &#224; l'&#201;tat. Ce dernier a lui-m&#234;me favoris&#233;, &#224; la fin du si&#232;cle pass&#233;, la cr&#233;ation d'universit&#233;s priv&#233;es. Si le concept est tr&#232;s impopulaire en France, je crois qu'il s'est finalement r&#233;v&#233;l&#233; b&#233;n&#233;fique pour la Turquie, car l'enseignement et la recherche ont pu partiellement &#233;chapper au contr&#244;le &#233;tatique. Ainsi de l'universit&#233; Bilgi &#224; Istanbul, qui a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; organiser en 2005 un colloque exclusivement consacr&#233; au g&#233;nocide des Arm&#233;niens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re g&#233;n&#233;ration d'historiens a r&#233;ussi &#224; lever la chape de plomb. Et les librairies proposent aujourd'hui des rayons tr&#232;s fournis sur bien des sujets rest&#233;s longtemps tabous, comme le g&#233;nocide, la r&#233;pression contre les Kurdes, l'histoire des Kurdes et des al&#233;vis, celle des grands massacres de Kurdes du XXe si&#232;cle, les pogroms de Juifs, etc. Au final, une historiographie tr&#232;s stimulante. Et soutenue par le monde de l'&#233;dition, gr&#226;ce &#224; des personnes remarquables. Parmi elles d'exemplaires traducteurs, qui n'ont pas peur de la r&#233;pression et de la prison, comme le couple d'&#233;diteurs Zarakolu, des &#233;ditions Belge (prononcer &#171; belgu&#233; &#187;), qui ont publi&#233; d&#232;s 1995 &lt;i&gt;Le G&#233;nocide&lt;/i&gt;, ouvrage de l'Arm&#233;no-Am&#233;ricain Vahakn Dadrian. Ou encore, les fondateurs des &#233;ditions Iletisim, dont un responsable, Osman Kavala, a r&#233;cemment &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Taner Ak&#231;am fut le premier &#224; aborder de front la question du g&#233;nocide : son ouvrage &lt;i&gt;L'Identit&#233; nationale turque et la question arm&#233;nienne&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; d&#232;s 1992 chez Iletisim. Enfin, en France m&#234;me, il existe une g&#233;n&#233;ration de jeunes chercheurs doctorants d'origine turque, qui travaillent de mani&#232;re compl&#232;tement ind&#233;pendante de l'historiographie officielle, y compris sur le g&#233;nocide des Arm&#233;niens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu tout ce travail est menac&#233; par la r&#233;pression. Celle-ci a toujours frapp&#233; les intellectuels non conformes&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'image de la sociologue Pinar Selek, emprisonn&#233;e d&#232;s 1998, tortur&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, mais elle atteint d&#233;sormais, depuis l'&#233;t&#233; 2016, des dimensions inou&#239;es. Il n'est plus possible de s'exprimer librement, et les chercheurs encourent des sanctions beaucoup plus graves : interdictions professionnelles et peines de prison se comptent par milliers.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; En exterminant les Arm&#233;niens, en expulsant les orthodoxes, les Turcs ont d&#233;truit leur propre monde, celui d'une soci&#233;t&#233; plurielle dans laquelle ils avaient v&#233;cu depuis le Moyen &#194;ge. Tout en profitant des biens &#8220;abandonn&#233;s&#8221; par les non-musulmans, ils ont perdu voisins, amis, artisans, commer&#231;ants, agriculteurs, &#233;leveurs, et toute une structure &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait de &#171; &lt;a href=&#034;http://www.susam-sokak.fr/2017/11/la-violence-et-ses-masques-notes-preparatoires-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La violence et ses masques &#8211; Notes pr&#233;paratoires&lt;/a&gt; &#187;, article d'&#201;tienne Copeaux mis en ligne le 27/11/17 sur le site Susam-Sokak.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans &#171; Asli Erdogan persiste &#224; parler, m&#234;me si cela peut lui valoir la prison &#224; vie &#187;, article mis en ligne le 27/11/17 sur le site de L'Autre Quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Pouvoir et l'Histoire. La gen&#232;se des th&#232;ses de &#171; L'histoire officielle &#187; en Turquie, 1929-1937&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Iktidar ve Tarih. T&#252;rkiyede &#171; Resmi Tarih &#187; Tezinin Olusumu, 1929-1937&lt;/i&gt; &#8211; 1re &#233;d.1993), Istanbul, Ilitesim Yayinlari, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; l'image de la sociologue Pinar Selek, emprisonn&#233;e d&#232;s 1998, tortur&#233;e, plusieurs fois condamn&#233;e &#224; la prison &#224; vie, et qui a d&#251; se r&#233;fugier en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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