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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Tout le monde apprend avec la crise &#187;</title>
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		<dc:creator>Duccio Scotini, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Exil&#233; en France apr&#232;s les mouvements italiens des ann&#233;es 1970, auteur de Gouvernement par la dette et de Marcel Duchamp et le refus du travail, le philosophe Maurizio Lazzarato accompagne la lutte des Intermittents depuis les ann&#233;es 1990. Il aborde ici la crise de la dette, la g&#233;n&#233;ralisation&#8232;du pr&#233;cariat et le renouvellement des formes de lutte internationales, notamment autour des occupations de places et de leurs transversalit&#233;s. En quoi la question des intermittents permet-elle de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no143-mai-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;143 (mai 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ferdinand-Cazalis-190" rel="tag"&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Exil&#233; en France apr&#232;s les mouvements italiens des ann&#233;es 1970, auteur de &lt;i&gt;Gouvernement par la dette&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Marcel Duchamp et le refus du travail&lt;/i&gt;, le philosophe Maurizio Lazzarato accompagne la lutte des Intermittents depuis les ann&#233;es 1990. Il aborde ici la crise de la dette, la g&#233;n&#233;ralisation&#8232;du pr&#233;cariat et le renouvellement des formes de lutte internationales, notamment autour des occupations de places et de leurs transversalit&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-580-aa1d4.jpg?1779628331' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la question des intermittents permet-elle de penser l'organisation du travail en g&#233;n&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1992, la Coordination des intermittents de Lyon avait dit deux choses importantes : 1. l'intermittence allait se g&#233;n&#233;raliser pour devenir un mode de travail adopt&#233; par tous et toutes, 2. leur r&#233;gime propre de protection sociale devrait alors &#234;tre la r&#232;gle pour tout le monde. Ces intuitions se v&#233;rifient aujourd'hui : l'emploi discontinu, les r&#233;mun&#233;rations variables et la d&#233;pendance &#224; plusieurs employeurs deviennent la norme. L'intermittence ou la pr&#233;carit&#233; &#8211; d&#233;sormais quasiment &#233;quivalents &#8211; qualifient l'ensemble de l'emploi. Nous sommes pass&#233;s du &#171; plein emploi &#187; de l'apr&#232;s-guerre au &#171; plein emploi pr&#233;caire &#187;. Et m&#234;me les gens qui ne sont pas pr&#233;caires sont affect&#233;s, car ils partagent la m&#234;me peur : &#234;tre pr&#233;caris&#233;s &#224; leur tour, licenci&#233;s ou requalifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on red&#233;finir un sujet politique et r&#233;volutionnaire fond&#233; sur le pr&#233;cariat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des pr&#233;caires n'a pas vocation &#224; remplir le vide laiss&#233; par le mouvement ouvrier. On assiste &#224; un processus mobilisation beaucoup plus large, qui s'est mis en &#339;uvre depuis les sommets de Seattle et G&#234;nes. Dans nombre de pays, de nouvelles formes de lutte ont &#233;merg&#233;, avec une communaut&#233; des modes d'organisation : 1. la capacit&#233; d'occuper un espace &#171; public &#187; (en r&#233;alit&#233; privatis&#233;, la ville n'est d&#233;sormais qu'un lieu de circulation pour se d&#233;placer d'un emploi &#224; un autre, d'un achat &#224; un autre) qui devient un lieu d'organisation, 2. la r&#233;appropriation de la politique &#224; travers la parole et l'action 3. la non-s&#233;paration de l'activit&#233; politique et de la vie quotidienne, 4. une organisation horizontale et le refus de la personnalisation de la lutte politique. C'est de l&#224; que peuvent surgir des nouvelles subjectivit&#233;s politiques, avec toutes ses modalit&#233;s &#8211; luttes des races, des sexes, des classes, des pr&#233;caires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on ainsi en finir avec l'individualisation construite par le patronat en r&#233;action au mouvement ouvrier ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1999 et du contre-sommet de Seattle (faisant suite aux soul&#232;vements zapatistes au Mexique), on a assist&#233; &#224; une resubjectivation de la r&#233;sistance et &#224; une r&#233;appropriation de la parole politique. C'est ce qu'on retrouve aujourd'hui en France avec le mouvement contre la loi Travail et Nuit Debout : un renversement total de la logique de l'&#233;tat d'urgence, en reprenant la rue, qui avait &#233;t&#233; vol&#233;e par le pouvoir, notamment quand les quarante chefs d'&#201;tat y avaient d&#233;fil&#233; &#8211; ceux-l&#224; m&#234;mes qui sont directement responsables des attentats et des conflits mondiaux. La chape de peur et d'angoisse qui pesait sur la France est repouss&#233;e : il s'agit de rouvrir l'espace politique, d'occuper l'espace public. Peu importent les frictions &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la place : de nouvelles possibilit&#233;s apparaissent. Si l'on prend la France d'il y a un mois et celle d'aujourd'hui, on commence d&#233;j&#224; &#224; respirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un enjeu de taille demeure n&#233;anmoins : le rapport avec les banlieues, donc avec l'histoire du colonialisme et du capitalisme &#8211; c'est au fond la m&#234;me chose, puisque depuis la conqu&#234;te de l'Am&#233;rique, le capitalisme est fond&#233; sur le colonialisme. Il s'agit d&#233;sormais de r&#233;fl&#233;chir &#224; la fa&#231;on dont on peut r&#233;agencer cette question, compl&#232;tement neutralis&#233;e et mystifi&#233;e par le d&#233;bat fran&#231;ais sur la la&#239;cit&#233;. L'organisation de la division du travail est travers&#233;e par les divisions sexuelles (le travail de reproduction assum&#233; par les femmes) et raciales. Les habitants des banlieues appartiennent au niveau le plus bas du prol&#233;tariat, mais &#231;a va &#234;tre tr&#232;s difficile de les impliquer avec le seul discours &#171; &#233;conomique &#187;. Ils sont bien entendu directement touch&#233;s par la loi Travail, mais ce qu'il importe aussi de penser, c'est qu'ils se voient domin&#233;s (et de longue date) par les Blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mouvements d'occupation des places comme Nuit Debout peuvent-ils inqui&#233;ter le pouvoir ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; une radicalisation des r&#233;ponses du pouvoir, car il sent que quelque chose lui &#233;chappe. Il n'est absolument pas dispos&#233; &#224; changer sa ligne politique ; il ne consid&#232;re aucune alternative et ne souhaite pas mettre en &#339;uvre de politique r&#233;formiste sur le mod&#232;le du New Deal. &#192; l'&#233;poque, l'existence de l'Union sovi&#233;tique, la puissance des luttes sociales, la guerre d'Espagne, etc. les ont contraints &#224; l&#226;cher du lest. Mais aujourd'hui, cela n'est plus possible : on va vers des formes de gestion autoritaires de la situation sociale et &#233;conomique, vers une g&#233;n&#233;ralisation de l'&#233;tat d'urgence comme forme de gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH428/-581-08d74.jpg?1779603322' width='400' height='428' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu crois &#224; des sc&#233;narios de guerre civile ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t &#224; diff&#233;rentes formes de guerre civile. La dynamique de la guerre au niveau mondial est en train de ressurgir. Il y a un continuum de guerres qui se d&#233;veloppent entre l'Europe et le Moyen-Orient, passant par la Gr&#232;ce qui couple la crise de la dette et celle des r&#233;fugi&#233;s. Le terrain de la lutte des classes s'est d&#233;plac&#233; avec les politiques de la dette (finance) qui agissent &#224; un niveau d'abstraction beaucoup plus &#233;lev&#233; que celui de l'organisation du travail. Quand on demande la s&#233;paration du Medef et de l'&#201;tat comme dans les manifs de ces jours-ci, on oublie que la France doit emprunter, rien que cette ann&#233;e, 200 milliards de dollars pour pouvoir faire fonctionner l'&#201;tat. Les cr&#233;anciers qui ach&#232;tent la dette sont ceux qui d&#233;cident et posent les conditions (dont la loi Travail fait s&#251;rement partie). Gattaz et l'&#201;tat ne sont pas seuls aux commandes. En r&#233;alit&#233; ils ne sont que des articulations de la machine de financiarisation transnationale qui d&#233;cide les niveaux de salaire, d'emploi, ou de ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, tout le monde apprend avec la crise. Elle permet au mouvement de s'attaquer davantage &#224; la racine des probl&#232;mes. En Gr&#232;ce, par exemple, personne n'ignore plus que ce ne sont ni le gouvernement ni le patronat grec qui d&#233;cident, mais des agents de la machine financi&#232;re. Aussi, de nouvelles pistes de lutte se dessinent, on exp&#233;rimente, notamment depuis 2008, des modalit&#233;s d'organisation, mais les &#171; gouvern&#233;s &#187; n'ont pas encore invent&#233; de machine de guerre capable de renverser le rapport de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu d&#233;fends par ailleurs que m&#234;me les droits sociaux ont &#233;t&#233; transform&#233;s en dette... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout un travail id&#233;ologique de culpabilisation a &#233;t&#233; conduit pour que les allocations ne soient plus vues comme quelque chose que l'on te doit parce que tu as cotis&#233; ou parce que c'est un droit social, mais comme quelque chose qu'on te &#171; pr&#234;te &#187; dans le cadre d'une dette. En &#233;change, tu dois fournir de la loyaut&#233;, des responsabilit&#233;s et surtout de la disponibilit&#233; &#224; chaque &#233;tape du circuit de production. C'est toi qui es coupable d'&#234;tre au ch&#244;mage, et tu dois &#234;tre &#171; disponible &#187; pour racheter ta faute. Au fond, cela revient &#224; contr&#244;ler ton temps. Les exemples sont nombreux : du contrat de travail &#171; z&#233;ro heure &#187; en Grande-Bretagne jusqu'au job &#224; un euro en Allemagne en passant par les contr&#244;les RSA en France : &#234;tre disponible tout le temps. Pour un travail et un salaire de merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le lien entre refus du travail et mouvement social ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus d'&#234;tre soumis &#224; la logique du travail salari&#233; traverse toute l'histoire des r&#233;sistances politiques, car il exprime le refus de la subordination : il faut cette capacit&#233; &#224; dire &#171; non &#187;, cette rupture subjective, pour interrompre la domination et ouvrir &#224; d'autres possibilit&#233;s politiques. L'interruption des flux de la production dans une usine, ou des flux de la vie normalis&#233;e (comme avec l'occupation des places) font sauter les cha&#238;nes de commandement dans le travail et la vie sociale. De quoi favoriser le d&#233;ploiement de logiques &#233;galitaires. C'est seulement dans cet espace-temps ouvert par le refus, qu'on peut s'organiser et op&#233;rer une &#171; reconversion &#187; de la subjectivit&#233;. Le refus, l'interruption, l'arr&#234;t de flux de production, de consommation et de communication est un pr&#233;alable au changement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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